Il est des expositions qui marquent. Des artistes que l’on découvre. Des œuvres que l’on oublie puis qui se rappellent à notre bon souvenir. Ce dimanche je triais mon dossier « photos d’expositions »quand mon objectif dominical a pris une toute autre tournure. J’ai retrouvé une œuvre. J’ai retrouvé une œuvre que j’ai vue, aimée puis oubliée. C’était il y a cinq ans, un samedi de Novembre, l’exposition Storm à la galerie Emmanuel Perrotin. C’est là que j’ai découvert le travail de l’artiste américain Daniel Arsham. Là que j’ai découvert Hiding figure

L’année 2012 marque les vingt ans du cyclone Andrew, événement qui inspire le titre de l’exposition et laisse indéniablement sa trace sur les œuvres qui y sont exposées.

Et sil’artiste met en scène un monde glissant comme emporté dans la chute des mursnous entourant c’est que son œuvre est profondément marquée par un événementtraumatique : le cyclone dévastateur qui toucha Miami en 1992. L’artisteavait douze ans. Il parle de cet évènement en ces termes « Ce fut ma première expérience avec ce qu’ily a à l’intérieur des murs : ils sont construits de manière à ce qu’onimagine que les buildings tiendront toujours debout, alors qu’en fait il y atous ces déchets à l’intérieur d’eux ».

Cettesculpture en trois dimensions a tout de la momie, de l’installationfunéraire ; elle représente un homme pris dans un voile, plaqué de doscontre le mur, seules ses chaussures dépassent. Daniel Arsham raconte cetteanecdote à propos de son œuvre : les gens l’ayant vu dans son atelier onttous pensé à Han Solo (Star Wars) piégé dans de la carbonite.

Daniel Arsham, Hidingfigure, 2012, fibre de verre, tissu, peinture, chaussures

Exposition Storm,galerie Emmanuel Perrotin, Paris, 3 Novembre – 22 Décembre 2012

C’est lanotion de piège qui est ici intéressante. Absolument tout le monde est impactépar cette œuvre ; le génie de Daniel Arsham est ici d’arriver àcréer/représenter/déclencher, de manière universelle et automatique la phobie.L’approche première de cette œuvre est donc « phobique » : ledrame visuel qui se joue sous nos yeux nous pousse à imaginer l’agonie parsuffocation du personnage.

Une idée delutte prédomine dans cette installation, elle découle de la violence aveclaquelle le personnage est plaqué par le drapé, les bras et les piedslégèrement écartés. La phobie peut être universelle mais ses raisons d’êtresont propres à chacun, ainsi cette installation appelle à une introspection. Cen’est pas par hasard si elle a déjà été mise en scène avec un danseur à ses côtés.Quoi de plus introspectif que l’exécution d’un pas de danse ? Que le choixde ce pas et pas d’un autre ?

D’ailleursmalgré l’universalité de son impact, c’est bien introspectivement que cetteœuvre a été conçue : le moule du mannequin est réalisé sur l’artiste, ilest la continuité, l’alter égo de Daniel Arsham. Tout de suite, on va doncsituer l’œuvre comme l’expression du traumatisme subi lors du cyclone, et bienqu’indéniablement cette œuvre soit en lien avec cet événement il me semble quesa lecture n’est pas si évidente que ça.

En effet,lorsque Daniel Arsham s’exprime sur le positionnement de la figure il utilisele terme « hide » ou« cacher » en français. Lanotion de « cacher » fait automatiquement référence à la notion de danger mais aussi et surtout à la notionde refuge.

Selon lesdires de Daniel Arsham, la figure serait donc « cachée derrière la surfacedu mur », ces mêmes murs, si fragiles qui se sont effondrés et n’ont surésister au cyclone lui ayant presque ôté la vie. En quelque sorte, c’est àcause de la fragilité de ces murs que l’artiste a failli mourir à l’âge dedouze ans. Pourquoi donc les considère-t-ils comme un refuge ? Pourquoiles met-ils en scène comme le refuge de ce personnage plaqué, presque avalé pareux ?

Peut-êtreparce que Daniel Arsham à grandit et que cette date anniversaire marque sinonle surpassement de son traumatisme, son acceptation. Comme une sorte deréconciliation.

Peut-êtreaussi que ce surpassement est le signe de l’amour inconditionnel que l’artistevoue à l’architecture et la confiance qu’il lui porte.

Puisque DanielArsham considère l’architecture, et donc, ce mur comme « la forme la plus durable et la plus significative » alorsHiding figure serait -à notre plusgrande surprise et contre notre première impression- l’œuvre la plus positivede l’exposition Storm, la seule àévoquer un refuge au milieu du chaos. Il arrive d’être dupé par ses sens, soninstinct.

H.F

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