A l’heure où nos oreilles n’ont, pour seul refuge, que le sommeil pour lutter contre les agressions sonores de notre quotidien, Baudouin Oosterlynck, plasticien belge, nous invita, lors d’une exposition monographique, à « écouter la forme de l’air ».


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M. Tresvaux du Fraval

A l’heure où nos oreilles n’ont, pour seul refuge, que le sommeil pour lutter contre les agressions sonores de notre quotidien, Baudouin Oosterlynck, plasticien belge, nous invita, lors d’une exposition monographique, à « écouter la forme de l’air» (1). L’artiste s’installa, durant près de trois mois, dans un site reculé, loin de toute pollution : le Musée d’arts contemporains (MAC’s) du site du Grand Hornu, dans le Hainaut (Belgique).

Dans l’œuvre d’Oosterlynck se rencontrent l’histoire de l’art et la gymnastique, deux de ses passions : les visiteurs, en entrant dans l’unique salle d’exposition, s’apprêtaient à effectuer une acrobatie auditive. Cependant, rassurez-vous, pas de courbatures au sortir de cette exposition, uniquement une délicate impression d’avoir redécouvert l’un de nos sens.

Disposées de manière ordonnée sur des tables et mises à disposition de chacun (petit ou grand), des « prothèses acoustiques » composées de stéthoscopes, d’aquaphones et d’instruments de chimie en verre, intriguaient et interrogeaient les visiteurs. Les murs blancs de la pièce d’exposition pouvaient rappeler l’atmosphère froide et aseptisée de certaines salles d’hôpital où nous retrouvons, également, des instruments aux formes similaires. Malgré l’invitation appuyée du personnel du musée à venir les manipuler, les futurs auditeurs hésitaient devant la beauté fragile de ces objets… Quelques secondes plus tard, ni une, ni deux, ils se lançaient dans cette expérience sensorielle.

Si l’ouïe est requise, la vue et le toucher sont aussi importants pour l’appréciation de ces œuvres tout à la fois ludiques, poétiques et drôles. L’exposition accorde une place importante à l’hygiène des visiteurs, en leur proposant de nettoyer, après chaque utilisation, les embouts des stéthoscopes grâce à des mouchoirs désinfectants disposés de manière discrète, dans une petite boîte blanche, au centre de chaque table.

Certaines œuvres, intouchables, étaient soit placées sous vitrines, soit suspendues au plafond par des fils transparents. Une quantité importante de dessins de l’artiste (des croquis préparatoires précédents chaque réalisation d’objet), difficilement compréhensibles – car il s’agit plus de dessins poétiques que techniques – étaient accrochés au mur à proximité les uns des autres.

L’interactivité entre les œuvres et les visiteurs justifie en grande partie le succès de cette exposition. Cependant, de nombreuses questions demeurent en suspens. Mais, qu’en est-il de la connaissance théorique du travail de l’artiste ? Pourquoi a-t-il réalisé ces instruments ? Quelles sont ses réflexions ? Où sont les cartels ?

Il est important de noter qu’aucune information n’était transmise aux visiteurs – hormis un livre, disposé sur une table à l’extérieur de l’exposition, dont à première vue, nous pouvions penser qu’il correspondait au livre d’or ; il s’agissait en réalité de la monographie de l’artiste.

Trois agents de surveillance vous permettaient d’entrer dans la salle (une file d’attente était prévue à l’unique entrée-sortie afin d’optimiser au mieux la visite). De plus, ceux-ci nous indiquaient comment manier les objets. Cependant, nous pouvions regretter l’absence de guides ou de médiateurs. En effet, malgré la grande écoute adonnée à chacun des visiteurs, le personnel interrompait brusquement ses explications afin d’interdire la manipulation de certaines œuvres, réservées uniquement à l’usage de l’artiste (point de cartels ni de panneaux explicatifs ne prévenaient les visiteurs).

Pour les explications, mieux valait être au MAC's lorsque l'artiste est venu en personne présenter ses œuvres. En effet, Baudouin Oosterlynck est intervenu à deux reprises au cours de l’exposition. Entre les objets, les visiteurs et l’artiste, une relation viscérale se mettait en place. L’artiste expliquait alors, à l’intérieur de la salle d’exposition ou dans la cour principale et verdoyante du Grand Hornu, ses instruments avec humour, passion et patience.

Une exposition déconcertante dont l’originalité ne tenait pas à l’événement en lui-même, mais bien aux œuvres de cet artiste malheureusement peu connu du grand public.

Marie Tresvaux du Fraval                

Exposition Instruments d’écoute (du 20 novembre 2011 au 5 février 2012) au Musée des Arts Contemporains du Site du Grand-Hornu


(1) Baudouin Oosterlynck, cité dans le magazine lesoir.be, le 21 janvier 2012