Un écran de tissu est déroulé dans la salle, une lampe halogène pend derrière. Elle éclaire des marionnettes de cuir et de corne et permet à l’histoire de se dérouler. Voici le Wayang Kulit, le théâtre d’ombres indonésien. Undalang manipule les marionnettes et propose au public une pièce d’une nuit entière rythmée d’un savant mélange de chants, de poésie, de féerie. Ce dalang est l’homme qui actionne le corps des marionnettes, mais il est accompagné par un gamelan, un orchestre. L’histoire qu’il raconte est souvent tirée des épopées hindoues le Mahâbhârata et le Râmâyana. Dans sa toute dernière exposition, la Maison de la Marionnette détaille les différents types de Wayangqui existent à travers des marionnettes découvertes de manière inédite.

©Maëlle Sinou

En effet, à la Maison de la Marionnette, différentes idées cohabitent : former à l’art de la manipulation, être un centre der essources mais aussi de résidences pour les artistes marionnettistes, valoriser un patrimoine pluriel fondé sur les marionnettes ainsi que les histoires qu’elles cachent, leurs usages et leur fabrication. Au sein d’une collection internationale regroupant 2500 pièces d’Europe, d’Afrique ou d’Asie, les personnages du wayang sont réveillés pour nous faire découvrir la culture indonésienne. Cette dernière, particulièrement syncrétique, combine les influences de la culture hindoue dans la Wayang Kulit, mais aussi celles deslégendes de l’islam qui ont donné des formes propres au Wayang Klitik ou au Wayang Golek .

© CMFWB / DGNP

© CMFWB / DGNP

L’exposition met en valeur les formes de marionnettes qui découlent de ce croisement culturel. Ainsi, au rez de chaussée, le parti pris est d’exposer les différents types de Wayang, car s’il s’agit au départ d’un théâtre d’ombres, des pièces en ronde bosse existent aussi avec des traits particuliers en fonction de leurs rôles. À l’étage, le discours est focalisé sur le récit du Râmâyana. Les personnages présentés proposent une grande diversité, entre beauté  et grotesque. En effet, des caractères se distinguent : la catégorie Putri Dangah concerne la dame noble et élégante qui possède des traits fins, une peau blanche et des yeux baissés, tandis que les démons Petruk semblent héler le visiteur avec leurs trognes grimaçantes voire belliqueuses. L’exposition se déploie sur tous les niveaux de la Maison de la Marionnette : aussi, les pièces javanaises côtoient celles africaines ou européennes. Dans ce sens, les personnages décrits peuvent être comparés à ceux que le public connaît déjà, et en même temps  dévoiler leurs propres subtilités.

Cette exposition s’intégrait dans la programmation de la biennale d’art Europalia. Cette dernière, à chacune de ses éditions, promeut la culture d’un pays à travers toutes les disciplines de la mode à la littérature, de la gastronomie au théâtre. Elle s’étend sur plusieurs villes belges et limitrophes afin d’ouvrir le public européen à de nouvelles inspirations, de nouvelles créations. Après la Chine, le Brésil, l’Inde, la Turquie... cette année, le choix s’était porté sur l’Indonésie. La Maison de la Marionnette de Tournai participait à cette dynamique et proposa autour de son exposition des workshops de construction de marionnettes, une visite guidée portée sur le Râmâyana pour les 6-12 ans et un spectacle du dalang I Made Sidia, invité spécial de l’événement.

©CMFWB / DGNP

Coline Cabouret

#ombres

#marionnettes

#festival