Le dimanche 8 novembre 2015, la 3e édition de Museomix Nord prenait fin. Les museomixeurs laissaient leurs prototypes entre les mains de l’équipe de la Manufacture de Roubaix et retournaient à leur quotidien, loin de l’euphorie de l’événement.

Museomix, depuis 5ans,c’est trois jours, 72 heures, un musée, 6 équipes et des esprits en ébullition.L’objectif ? Créer un prototype de médiation innovant qui parle à tous.Comment ? Les museomixeurs disposent d’un grand nombre d’outils :découpe laser, imprimantes 3D, hologrammes, tablettes, écrans,rétroprojecteurs, matériel informatique et bien sûr du bois, de la peinture et une menuiserie est mise à notre disposition. Toutes les conditions sont réunies pour qu’il n’y ait aucune limite à notre créativité. 

Pour commencer, les museomixeurs visitent la Manufacture ou plutôt le Musée de la mémoire et de la création textile de Roubaix. Des métiers à tisser de toutes époques sont mis en mouvement sous nos yeux. De la pédale, à la machine à vapeur jusqu’à l’électricité, de la navette à la lance ou encore du jacquard au système informatisé, le musée nous propose de découvrir l’évolution de l’industrie du textile. Une fois les marques prises dans les lieux, les équipes se forment autour de 6 grandes thématiques dont Tissu / tissage ; Métier(s) ;Mémoire/patrimoine ; Le futur /demain/ innovation ; Maillage/ territoire ;Collecter /connecter / recycler et Usine/machine, celle vers laquelle je me suis tournée.

© C.B.

Du fil au motif

Un coach, un médiateur,un chargé des contenus, un codeur, un graphiste et enfin une bricoleuse (moi !)se regroupent autour des mots Usine et Machine pour se lancer dans une journéede discussions, de débats mais surtout d’échanges d’idées du Jacquard. Inventéen 1801 par Joseph Marie Jacquard, le Métier Jacquard permet la réalisation demotifs de façon automatique.  Pour cela, les métiers sont équipés d'unmécanisme qui sélectionne les fils de chaîne grâce à un programme inscrit surdes cartes perforées. Basées sur un système binaire, les cartes jacquardvont permettre de créer des motifs allant du simple losange au plus complexedes ornements. Aussi fascinant que soit ce procédé, son fonctionnement estdifficile à comprendre, d’avantage du fait que tout se passe au sommet desmachines, c’est-à-dire à quelques mètres au-dessus de nos têtes. 

La volonté d’expliquerle métier Jacquard au public fédère l’équipe. Dès le samedi matin, les débatsreprennent sur la forme que prendra notre prototype et plusieurs pistesapparaissent. Pourquoi ne pas présenter le Jacquard à travers le son ? Eneffet, l’orgue de barbarie produit de la musique en utilisant un procédémécanique qui fonctionne à l’aide de papier perforé comme le jacquard. Autreidée ? Le visiteur actionnerait un métier jacquard virtuel à l’aide d’unsystème permettant d’interagir par la reconnaissance de mouvements. Desproblèmes de réalisation technique surviennent rapidement et rendent ces idéesnon réalisables.

Un visiteur aux commandes

Ce que nous souhaitonsabsolument retrouver dans notre futur outil de médiation est la manipulation duvisiteur. Nous considérons que pour faire comprendre le procédé du jacquard aupublic, ce dernier doit réaliser son propre motif en actionnant lui-même lesystème jacquard. Nous pensons alors à ramener la partie supérieure du métier àtisser à hauteur du regard du visiteur afin que ce dernier puisse le manier. 

Avec l’aide d’un ancientravailleur du textile, nous réfléchissons au mécanisme à mettre en place et leconcept prend forme au fil des échanges et des croquis. En parallèle, lecontenu explicatif s’élabore entre la graphiste la médiatrice et la chargée ducontenu. Logo, vidéo de présentation et tweeter se mettent également en placepour présenter à tous La mini-jacquard.À la fin de la journée les plans définitifs sont réalisés, les mesures sontdécidées et la liste des matériaux est rédigée avec l’aide du menuisier. Leprincipe du prototype sera donc de soulever les fils désirés grâce à descrochets qui seront introduits dans les trous supérieurs de la machine et de lacarte jacquard. Une fois les fils disposés, il suffit de passer la navetteentre ceux-ci et le motif apparaîtra peu à peu.

© C.B.

« Merci, j’ai enfincompris ! »

© C.B.

Le troisième et dernierjour est consacré à la construction de la « mini jacquard » et à laréalisation graphique des contenus. Scier, percer, coller, clouer, visser,petit à petit le jacquard prend forme et des tests sont régulièrement réaliséspour s’assurer de la faisabilité du prototype. Cette dernière journée est unecourse contre la montre, dès 14h, les prototypes doivent être disposés dans lemusée et être prêts à passer au crashtest. Nous devons régler les derniers détails et préparer nos discours pourl’arrivée du public. 

L’installation se faitrapidement, c’est à cet instant que certains problèmes techniquesapparaissent : un fil pas assez tendu ou encore des aiguilles difficiles àmanipuler. Mais nous n’avons plus le temps d’y remédier car dès 15h lesvisiteurs affluent. Toute l’équipe se transforme alors en médiatrice afin deprésenter le fruit de ce marathon créatif, passionnant et exigeant. Le publicest attentif, il nous écoute, pose des questions, manipule et quel plaisird’entendre « Merci, j’ai enfin compris ! ». 

C.B.

Pour en savoir plus :

http://www.lamanufacture-roubaix.fr/

http://www.museomix.org/

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