A la rencontre des professionnels : la formation MEM en live

Albert Khan : se dévoiler par nuances

Les deux promotions du Master MEM ont rencontré Valérie Perles et Jean-Christophe Ponce lors de leur « semaine expographique ».  Cette dernière permet aux étudiants à rencontrer des professionnels qui fourniront  un point de vue concret sur un thème prédéfini : celui de cette année est la rénovation et l’extension de musées. La conservatrice et le scénographe se sont libérés en pleine période de travail pour une journée d’échange afin d’exposer le projet de rénovation du Musée Albert Khan.

Un autochrome, s’il s’apparente à une des premières formes de photographie en couleur, se rapproche de la peinture par l’apport de couches successives  afin de former une image. Cette dernière est captée grâce à l’application de vernis, de fécule écrasée, de carbone et d’émulsion sensible. Le résultat donne une photographie à l’aspect un peu décalé, voire poétique. La couleur tranche franchement avec l’aspect solennel des premières photographies, elle leur donne un ressort qui promet à celui qui prend le temps de les regarder un aperçu vivant et succinct du passé. Toutefois, l’autochrome est fragile, son procédé nécessite des conditions particulières de conservation qui ne permet pas une exposition sur le long terme. Des reproductions sont nécessaires pour pouvoir révéler ce qu’un autochrome veut donner à voir.

La plus grande collection d’autochromes a été formée par Albert Khan dans ce qu’il a appelé « Les Archives de la planète ». Ce banquier français a fait converger sa fortune et ses idéaux philanthropiques pour mobiliser des photographes et cameramen sur plus de 60 pays entre 1909 et 1931. Cela afin de saisir  «  des aspects,des pratiques et des modes de l’activité humaine » dont Khan avait -déjà- conscience de la disparition prochaine. Cet engouement documentaire a permis de constituer une collection de 72000 autochromes, portant sur les coutumes, les paysages, les portraits. Ce projet avait pour but de faire connaître les cultures étrangères afin de promouvoir le respect de chacune dans une optique pacifiste. Quatre axes permettent de comprendre la démarche de départ : le voyage, la géographie,l’actualité, l’ethnologie.

N°A69 807 X © Collection Archives de laPlanète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine

N°A70 472 XS © Collection Archives de laPlanète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine

Mais ce projet documentaire avait aussi vocation à être diffusé : Khan invitait dans sa maison de Boulogne-Billancourt artistes & diplomates internationaux dans le but de les confronter à l’étranger, au dépaysement et à sa propre sensibilité. La visite se déroulait alors entre deux espaces : la sphère intime avec le cabinet de projection et l’extérieur dans les quatre hectares de jardin qui entourent la maison, composés de serres, de reconstitutions d’architectures asiatiques.

Dans les années 1930, le krach boursier n’épargne pas Albert Khan : le département de la Seine rachète alors collections et jardins afin d’en faire un musée éponyme. Il ouvre ses portes au public en 1937. Le musée actuel prend place à Boulogne-Billancourt dans l’ancienne maison du banquier et s’accompagne des jardins départementaux qui le corroborent. Si le jardin est retravaillé dans les années 1990,  la rénovation du musée débute en 2013, quatre ans après, les espaces d’exposition sont en phase d’aménagement ;

N°B778 S © Collection Archives de la Planète- Musée Albert-Kahn

© Département Hauts-de-Seine

Quel a été ce projet de rénovation ? Comment travailler à la fois sur une démarche universelle et sur la personnalité d’Albert Khan ?

Il était question alors de donner une cohérence à la pluralité des domaines qui composent les collections du musée : de l’immatériel recueilli, un jardin immense, des heures de films, des objets personnels, une maison.. et les fameux autochromes des Archives de la Planète. Dans le musée Albert Khan, le parti pris a été de se concentrer sur la démarche à la fois documentaire et philanthropique du banquier afin de plonger le visiteur dans le temps, le remettre dans les pas des invités d’antan. Mais alors serait-ce une énième immersion biographique à coup de dioramas, de photographies personnelles illustrant l’œuvre d’Albert Khan ? Loin de là, ici point d’épitaphe surannée, mais un voyage immobile, où l’imagination du visiteur est sollicitée afin de recréer l’univers de Khan, où on suggère un espace temporel plutôt qu’on ne l’impose.

© Scenorama- esquisse de parcours

Il existe une porosité entre le présent et le passé, rappelé par à-coups par la forme du mobilier, le dispositif scénographique, les montages sonores… Le portrait chinois d’Albert Khan en est représentatif : un plâtre de Rodin, un écorché, un vase en porcelaine bleue,  une paire de lunettes … Khan est présenté au visiteur à travers une évocation de sa personne plutôt qu’une illustration explicite des différentes étapes de sa vie. Cette mise à distance permet en même temps une approche plus intime du personnage, une rencontre anachronique avec une personnalité pacifiste et réformiste.

L’évocation de la transmission des Archives de la Planète est aussi visible à travers un bâtiment nouveau qui propose un aperçu original et poétique des collections, articulant modernité et patrimoine. Le cabinet de diffusion du banquier est présenté par un espace voué à la projection des autochromes. 

© Scenorama- esquisse du cabinet de diffusion

La salle n’est pas une reconstitution mais la suggestion dudit cabinet : le visiteur prend place face à l’écran aux côtés d’un extrait du mobilier original. Un montage sonore accompagne cette rencontre entre deux époques et propose au voyageur de comprendre d’emblée l’esprit documentaire et humaniste de Kahn.

Au milieu du désordre ambiant que propose l’actualité, aller au musée Albert Khan à sa réouverture en février 2018 promet une méditation sur les liens entre cette période et la nôtre ainsi qu’une pause poétique à travers le temps. Le projet du musée Albert Khan se comprend finalement comme un autochrome : par suggestions, il propose au visiteur un parcours réflexif sur une personnalité emblématique de son temps ; par touches successives, il met en exergue les nuances de l’âme humaine.

Coline Cabouret

#nuances

#autochromes

#rénovation

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Pour en savoir plus : http://renovation.albert-kahn.hauts-de-seine.fr/

Avec les Petits Débrouillards, embarquement immédiat vers la science

Etudiants et étudiantes en première et deuxième année du Master Muséographie-Expographie, nous avons eu l'occasion cette année 2014 de rencontrer de grands professionnels de la culture scientifique qui nous ont exposé leur fonctionnement et leur démarche.

Né au Québec en 1984, l'association les Petits Débrouillards vise à vulgariser la culture scientifique et technique par le biais d'activités destinés aux enfants. Présente partout en France, son antenne nationale se situe en Île-de-France et plusieurs antennes sont en région.

Former le citoyen à la culture scientifique

Les intervenants nous ont expliquél'objectif de leur association : faire découvrir la science auxjeunes, tout en s'amusant. Il s'agit de donner le goût à la culturescientifique et de favoriser la curiosité des petits et des grands.Dans le dialogue qui s'établit alors, le respect de l'autre estfondamental pour permettre de nombreux échanges et débats entrel'enfant et l'animateur mais aussi entre les jeunes eux-mêmes.

Les différentes animations sontd'abord prévues pour des enfants de 7 à 12 ans mais elles visentfinalement tous les publics. Les membres des Petits Débrouillardsfont des activités régulières toute l'année avec les jeunes enallant dans les écoles et les centres de loisirs. Ils amènent lascience aux jeunes pour leur donner envie de se déplacer ensuitevers les institutions scientifiques.

Ils conçoivent trois types d'outilspédagogiques : des expositions itinérantes sous forme depanneaux, des mallettes pédagogiques avec des fiches parcours et desactivités à réaliser ainsi que des livrets pédagogiques et desfiches d'activités.

Une démarche innovante

Je vous propose une petite expériencequ'ils nous ont fait partager lors de cette journée enrichissante.

Prenez une feuille de papier que vous divisez en trois verticalement.La première feuille consiste à un pliage. Chiffonner la deuxièmefeuille de sorte à faire une boule de papier et laisser la dernièrefeuille intacte comme dans la vidéo explicative.

Monter sur une chaise, laissez tomberles feuilles une par une et observez.

On constate que la première feuilletourne dans le sens des aiguilles d'une montre. La boule tombe selonune ligne droite et la feuille non modifiée fait un simple zig-zag.Vous venez de mener une expérience sur la gravité.

Comme vous venez de le découvrir, ladémarche des Petits Débrouillards consiste à favoriser lequestionnement par le biais de l'observation. Cette démarche se veutexpérimentale puisqu'elle se réfère au geste de la personne menantl'expérience. Pour l'association, la science ne doit pas sepréoccuper du Pourquoi immédiatement mais plutôt commencerpar aborder le Comment, concret et observable. Par exemple, sinous ne savons pas pourquoi la feuille de papier tombe, nous savonscomment elle tombe. Dans la médiation, l'importance est d'apprendreà poser des questions. Les réponses ne sont pas le cœur duproblème, elles viennent ensuite.

Les enjeux fondamentaux desPetitsDébrouillards

  • L'engagement et la participation des jeunes sont l'un des enjeux de l'association. Il s'agit de sensibiliser les jeunes aux préoccupations sociales et environnementales, à l'actualité scientifique, à travers la mise en place d'actions et de projets. Ces actions doivent permettre aux jeunes d'acquérir une base scientifique. Par exemple, chaque année, l'association met en place le Festival des Explorateurs où plus de 400 projets sont créés et animés par des jeunes. Ouvert au grand public, cet événement a pour but de valoriser la culture scientifique et technique du territoire.

  • Le développement durable est l'une des préoccupations majeures des Petits Débrouillards. Des outils pédagogiques et des expositions sont créés sur cette thématique pour sensibiliser les jeunes sur les problèmes actuels liés à la planète telles que la disparition des espèces animales et végétales ou la pollution de l'air, de l'eau et de la terre.

  • La solidarité entre les jeunes est une base importante pour avoir la notion d'échange et de partage dans la vie de tous les jours. Par exemple, des actions de médiation sont spécialement créées dans le cadre de cohésion sociale pour mettre l'insertion des jeunes dans la vie active. Ils apportent un soutien à l'enfant par la pratique des sciences.

  • L'association souhaite lier sciences et sociétés pour permettre aux jeunes de trouver leur place dans la société au sein des problèmes actuels pour qu'ils puissent comprendre les enjeux, et les inciter, pourquoi pas, à participer à des débats et à agir.

Un événement débarque chez vous

Développé et conçu par les PetitsDébrouillards, en partenariat avec C'est Pas Sorcier etFrance Télévisions, le Science Tourvient chez vous, de maià décembre 2014, en Franche-Compté, en Ile-de-France, dans leCentre, en Bourgogne, en Corse, en Midi-Pyrénées, dans leLanguedoc-Roussillon, dans le Nord-Pas-de-Calais, dans lePays-de-la-Loire et en Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Plusieurs camions équipés d'outils pédagogiques etd'expositions itinérantes viennent vous rendre visite. Avec des médiateurs scientifiques, lesjeunes peuvent mener des expériences scientifiques et découvrir lemonde des sciences et des techniques. Pourquoi ne pas aller à larencontre de ces camions ?

Ludivine Perard

©Les PetitsDébrouillards

   

Adresse de l'Antenne Nationale :

La Halle aux Cuirs

2 rue de la Clôture

75930 Paris Cedex 19

Tél : 01 40 05 75 57 Fax 0140 05 79 21

Pour en savoir plus :

Le site internet de l'association

Informations sur les étapes du "Science Tour" 

#science#jeunesse#expérience

Éric Miot, un passionné du 7ème art

Délégué général du Festival international du film d'Arras et de l'association Plan séquence, Éric Miot met en valeur le patrimoine cinématographique grâce à un certain nombre de missions notamment avec le jeune public. Entre le professionnel et l'associatif, la structure existe depuis 21 ans et est remaniée en 2003.

Éric Miot a présenté d'abord le patrimoine cinématographique de manière générale. Un panorama de la grande histoire du Cinéma nous est brossé, de la création du média par les frères Lumière en 1895 en passant par l'impulsion des films muets comme ceux de Georges Méliès, l'industrie Gaumont, Hollywood, l'expressionnisme allemand de Metropolis, l'apparition du film sonore avec Le chanteur de Jazz, ou encore les films de propagande de Goebbels.

Éric Miot a également mis en avant les problèmes de conservation liés aux supports fragiles et a insisté sur l'intérêt de préserver ce patrimoine, source et témoin historique.

 

Le professionnel a ensuite parlé de son activité et de son rôle dans le cadre du Festival international du film d'Arras. Gagnant en notoriété, il met en valeur le cinéma européen à travers une sélection de films à la fois artistiques et divertissants, tout en portant un regard sur notre société. De nombreuses activités et thèmes sont proposés tels que des compétitions, des avants-premières, des ciné-concerts, des hommages, des expositions ainsi que des projections de films européens mais également du monde, ou destinés aux enfants.

Lucile Tallon

Etudes des publics et recherche : Au service du Louvre

Au cours du mois d’octobre, les Master 2 sont partis en visite au Louvre Paris afin de rencontrer l’équipe d’Anne Krebs. Celle-ci dirige le service d’études et de recherche de la Direction de la politique des publics et de l’éducation artistique du musée,le premier dans son genre. Depuis 2002, cette équipe mène des analyses pour approfondir les connaissances sur les publics dans le but de développer une offre culturelle et éducative toujours mieux adaptée aux nouvelles tendances muséales. Au-delà de ce travail principal, nous avons pu découvrir qu’elle mène aussi des études externes en partenariat avec d’autres musées franciliens.

            

Les différentes méthodes d’approches - quantitative, qualitative et observation - enmatière d’étude des publics sontutilisées au sein du service en fonction des objectifs à atteindre et de laproblématique de l’étude. Concernant la typologiedes études fournies, nous distinguons l’étudebarométrique, ad hoc stratégique, évaluative et sociologique. Au mêmetitre, différentes méthodologies sont utilisées par le service afin de menerles études, dont le questionnaire libre, l’enquêteen face à face et la représentativité. Ce panel très varié de propositionspermet au service d’avoir les capacités derépondre à tous types d’études. Entre 2002 et2011, on compte environs 90 études réalisées.[1]

Crédits : Marie Tresvaux du Fraval

Lors de notre rencontre avecune partie de l’équipe, nous avons parlé plus particulièrement de l’organisationdes études sur les expositions temporaires en amont de la présentation aupublic, afin de définir le visuel le plus adapté pour l'affiche. L’objectif decette action est de rendre la communication de l’évènement la plus efficacepossible. Des sessions de groupe avec différents panels de publics sontorganisées dans ce cadre. Elles sont animées par un enquêteur dont le rôle estde donner les thèmes de discussion, de stimuler, recadrer, synthétiser et enfincontrôler le temps. Le Louvre part du postulat que le visuel d’une expositiondoit savoir parler de la thématique abordée tout en la rendant attractive pourles visiteurs. Ce sont donc les réactions du groupe face aux couleurs, auformat et à la typographie qui sont analysées par le service.

Puis nous sommes allées tester le nouveau dispositif de médiation embarquée misen place dans le Louvre depuis le premier semestre 2012 : la Nintendo DS3D ©. Celui-ci comprend deux écrans qui permettent au visiteur de se situer dansle vaste espace du musée grâce à un système de géolocalisation ainsi queplusieurs parcours en fonction de ses attentes de visite, le tout en proposantle discours d’un audioguide de base. Après avoir passé environs trois heures àtester l’audioguide par nous-même ainsi que d’interroger et d’observer l’utilisationde ce système par les visiteurs, une session de débriefing a été organisée parAnne Krebs et son équipe. Ils ont la mission d’évaluer l’impact de ce nouveausystème sur les parcours de visite mais aussi plus généralement sa réceptionpar le public. La session s’est déroulée sous forme de brainstorming mettant enavant nos principales impressions quant à l’utilisation de la Nintendo.

Crédits : MTDF

Les avis au sein de lapromotion ont été très mitigés quant à déterminer l’utilité d’un dispositifaussi perfectionné. Certaines ont pu lui reprocher son manque de facilité deprise en main. Tandis que d’autres ont apprécié le contenu interactif avec lapossibilité de visualiser certaines œuvres ou objets d’arts en détail. Nousavons pu remarquer pendant notre temps d’observation que la plupart desutilisateurs de la Nintendo DS s’en servait comme d’un simple audioguide sansutiliser les écrans de l’appareil. 

A partir de toutes lesinformations et impressions que nous avons données, les membres du serviceprésents nous ont montré quels étaient les faits importants à mettre en avantdans une évaluation d’un dispositif interactif, comme les aspects techniquespar exemple.

Cette journée a permis à l’ensemblede la promotion de découvrir concrètement les missions d’un service d’étude despublics ainsi que d’appréhender leurs méthodes de travail. Nous remercions AnneKrebs et son équipe de nous avoir accueilli dans leur locaux et fait partagercette expérience.

Laura Clerc


[1] Voirla liste des études réalisées par le service études et recherche du Louvre

In Flanders fields...

"In Flanders fields the poppies blow / Between thecrosses, row on row...» 1 ainsi commence le poème du lieutenant-colonel canadien John McCrae, écrit après la deuxième bataille d'Ypres le 3 mai 1915. Poème qui est devenu, au Canada et en Grande-Bretagne,l'emblème des morts de la Première Guerre Mondiale et qui est à l'origine du choix du poppy/coquelicot comme symbole des soldats. Poème, enfin, qui donne son nom au musée commémoratif d’Ypres. La ville rend tous les soirs hommage aux 54 896 soldats disparus sur son sol, lors de la cérémonie du Lastpotsous les voûtes du mémorial de la Porte de Menin.

In Flanders fields museum est à l'origine un musée associatif qui se professionnalisera en 1998. Quinze ans plus tard, la muséographie vient d'être complètement revue. A deux ans du centenaire de la Grande Guerre, ce n'est pas anodin, à l'heure où ses derniers témoins ont disparu, le rapport à l’événement se modifie. Il y a lieu de réfléchir sur la transmission de cette mémoire, et du rôle des musées de guerre aujourd'hui,comme l'ont rappelé les journées d'études organisées les 11 et 12 décembre àY pres : «Comment construire collectivement un patrimoine commun ? » 

Crédits : MTDF

Comme à Péronne,l'historiographie, sans cesse plus riche sur cette période, a porté ses fruits,tous les belligérants sont représentés dans le musée d'Ypres, mais l'histoirecommémorée est locale et donne à voir la guerre vécue en Flandre Occidentale, inflanders fields...

La scénographie derniercri, s'accompagne d'une bande-son parfois oppressante. Les concepteurs ontchoisi une ambiance grave un tantinet sensationnelle, sans toujours éviter lamise en scène macabre. Entre deux cimaises grises, une série de clichés, àl'accrochage esthétisant, représente des soldats morts, photographiés afind'être ultérieurement reconnus.

Crédits : MTDF

Lemême dispositif met en scène les victimes du gaz Moutarde ou les « GueulesCassées ». L'usage de l'émotion est d'ailleurs légitimé par la thématiquedu musée qui donne la part belle à l'individu dans la guerre, et laisse laparole aux témoins. Ces derniers sont incarnés sur grand écran par des acteursqui interpellent le visiteur auquel ils racontent leur histoire (dans lalangue correspondant au récit : anglais, allemand ou néerlandais avecsous-titres quadrilingues). Car l'angle muséographique choisi estdélibérément interactif  c'est là l'aspect leplus intéressant d'In Flanders fields museum. Les visiteursbénéficient d'un parcours personnalisé et singulier au sein de l'espace muséal.En effet, le billet d'entrée se présente sous la forme d'un bracelet encaoutchouc orné d'un coquelicot, à l'intérieur duquel une puce RFID1permet de se connecter à différentes bornes interactives. Avant de découvrirles salles, il nous faut donc préciser prénom, provenance, autant d'élémentspersonnels qui orienteront notre visite : un Anglais ne vivra pas la mêmeexpérience qu'un Français. Une fois au cœur des collections, ces écransinteractifs ponctuent le parcours et remplacent les cartels : le braceletpermet d'accéder à des informations détaillées sur les objets en vitrine, dansnotre langue maternelle.

Crédits : MTDF

Le choix des témoignages àdécouvrir est également orienté selon notre nationalité, notre région. A l'issuede la visite, avant de se déconnecter, nous avons la possibilité de recevoirpar mail les informations collectées tout au long du parcours. Toutefoisl'aspect participatif est limité, il s'inscrit dans un processus de visite« classique », l'outil RFID (intéressant aussi pour étudier leparcours des visiteurs dans l'espace) se substitue à un dispositif d'aide à lavisite (cartels...) mais ne renouvelle pas réellement la médiation.

 En résumé, levisiteur vivra une expérience forte qui l'interpellera dans son vécu (une bornepermet de rechercher ses ancêtres morts sur le front) et cherchera àl'impliquer dans la construction de cette mémoire. A l'aube de 2014, c'est unsite à ne pas manquer !

Noémie Boudet

Site internet du musée In Flanders Fields Museum

1 : "au champ d'honneur lescoquelicots,entre les croix de lot en lot"

2 : " RFID : radioidentification, permet de mémoriser et repérer à distance des informationscontenues sur les marqueurs

L’Alimentarium de Vevey, un musée vivant pour explorer notre alimentation

Lors de son épopée suisse, la caravane arrageoise s’est arrêtée le temps d’une matinée à L’Alimentariumde Vevey. Monsieur Denis Roher, conservateur du musée, nous a accueillis et guidés au sein de cette institution entièrement dédiée à l’alimentation. Cette rencontre nous a permis de comprendre l’évolution du musée, ses partis pris mais également ses projets, car le musée prépare sa troisième version et fermera ses portes en 2014 pour deux ans de rénovation.  


Crédits : Camille Savoye

Monsieur Martin R. Shärer, anciennement à la direction du musée, a conçu les deux premières versions qui ont connu un succès et une reconnaissance certaine, tant de la part des spécialistes que du public. Des ouvrages tel que Promenades muséologiques et L'épopée d’une soupière font preuve de l’évolution de ses réflexions pour la conception d’une muséographie adaptée à la thématique de l’alimentation. C’est aujourd’hui à Monsieur Andres Fruger,nouveau directeur du musée, d’offrir une nouvelle gourmandise muséographique à son public.

Crédits : Camille Savoye

Le caractèreéphémère de l’aliment nécessite d’engager une réflexion sur l’objet à exposer. Celui-ciest en effet valorisé pour le sens qu’il permet d’apporter à l’exposition etnon pas pour parler de la collection du musée. Dans cette muséographie dudiscours « l’objet est utilisé comme moyen de mise en scène permettant unevisualisation explicative des faits absents »(Shärer, 2003). L’exposition permanente présente ainsi  des objets qui gravitent autour de l’alimentet le parcours de la visite se décompose en quatre espaces thématiques : acheter, cuisiner,mangeret digérer. Lerestaurant du musée s’inscrit au sein même de la démarche de l’institution etse présente comme un dispositif d’exposition vivant. Cet espace est accessiblepar l’entrée générale du musée, les cuisines sont ouvertes et proposent desmenus en adéquation avec les expositions, les saisons et les thématiquesdéterminées par la direction.

Crédits : Camille Savoye

L’alimentationest un objet d’études complexe et passionnant qui s’insère au sein de nombreux domaines :des implications liées au corps à un aspect sociologique, d’une approcheanthropologique à celle économique ou encore écologique.  Ces différentes approches sont exploitées toutau long du parcours et intègrent l’ensemble des espaces muséographiques par lebiais de dispositifs qui questionnent et interpellent. En arrivant dansl’espace acheter, deux grandes tables sont accrochées à la verticalele long du mur, sur celles-ci sont disposés les différents produits de consommationcourante au XIXème siècle pour l’une et au XXIème siècle pour l’autre. Cedispositif permet non seulement de comparer les différents modes de consommationmais également de penser à l’évolution des manières de tables et de questionnernos propres habitudes de consommation. La médiation orale, qui sera privilégiédans la troisième version du musée, permet d’exploiter toute la richesse de cedispositif.

Valoriser une médiation oralesemble en effet opportun pour un musée vivant ou le visiteur expérimente toutau long de sa visite. N’est-ce pas, par ailleurs, la meilleure façon d’aborderl’alimentation, par le biais du partage et d’une démarche conviviale ? Cecaractère inhérent à l’alimentation est par ailleurs très bien exploité dans lapartie cuisine du musée où de nombreux ateliers sont animés par lesmédiateurs-cuisiniers. Les ateliers permettentd’explorer l’aliment selon des thématiques, déterminées géographiquement ouhistoriquement. Ces ateliers ne sont pas conçus pour apprendre à mangeréquilibré mais pour expérimenter, découvrir des cultures à travers leuralimentation et interpeler notre palais. Chaque participant repart avec sapréparation, une belle occasion de partager chez soi l’expérience vécue aumusée et de prolonger sa visite. 

La cuisine semble avoir prisbeaucoup de place au sein de la structure au fil des années, ce qui ne semblepas être au déplaisir du public : le musée enregistre en moyenne 65 000entrées par an, composé d’autant d’adultes que d’enfants. Afin de rééquilibrerle musée et d’insérer une approche plus scientifique Monsieur Denis Rohrer,conservateur du musée, souhaite mettre en place une politique d’acquisitionafin d’enrichir la collection. Bien qu’il s’agisse d’une fondation Nestlé celle-cine se constitue non pas autour de l’entreprise mais bien sur l’alimentation engénéral.

Crédits : Camille Savoye

On note une recrudescenced’expositions temporaires sur le thème de l’alimentation, qu’il s’agisse deparler d’une culture (Les séductions du palais présenté au QuaiBranly) ou d’engager une réflexion sur ce que nous mangeons par le biais dedispositif interactif et pédagogique, souvent à l’intention d’un jeune public (A tous les goûts, Maison Folie de Lambersart, Qu’est ce qu’on mange ?PLUS de Capelle la grande). Desinstitutions explorent également cette thématique de façon permanente enFrance, tel que le centre d’art La cuisine dans le Tarn et Garonne et bientôtla Cité de la Gastronomie. Quelque soit le statut de l’institution culturelle,l’attractivité de cet objet d’étude, en ce qu’il fait parti intégrante duquotidien, par plaisir et nécessité, de façon naturelle et culturelle, permetd’attirer et de fidéliser un public et de l’emmener au cœur de problématiquessociétales.

CamilleSavoye

L'Alimentarium

 

La Chartreuse de Douai, un musée à la médiation exemplaire

La Chartreuse de Douai est un musée de beaux-arts municipal. Nous pouvons y accéder en franchissant un portillon et un petit parc recouvert de gravier blanc et de végétaux variés. Là nous découvrons une architecture très authentique qui nous invite à entrer dans ce bâtiment, ou plutôt monument. L'architecture est une partie prenante de ce lieu attrayant. Une des caractéristiques de ce musée est qu'il est installé dans un ancien couvent. Les noms des salles ont d'ailleurs été conservés tels quels : le petit cloître, le réfectoire, la sallecapitulaire, et la chapelle.

Ce musée possède une large collection de peintures, sculptures, orfèvrerie et objets d'arts. Il s'inscrit dans un scénario chronologique, entre néo-classicisme et réalisme et parcourt diverses contrées.

Il prend en compte l'accessibilité tarifaire : le tarif réduit est de seulement 2,30 euros et le plein tarif est de 4,60 euros. Ceci est plutôt rare et permet d'attirer davantage le public ! Puis, pour chaque personne, des visites guidées gratuites sont organisées chaque premier dimanche du mois, ce qui permet au public d'appréhender les collections sous divers angles. 

Une architecture incontournable

© http://www.musenor.com/Les-Musees/Douai-Musee-de-la-Chartreuse 

            L'équipe de médiateurs, qui sontconférenciers ou plasticiens, est composée de six salariés très investisdirigés par une chargée des publics ancienne infirmière anesthésiste ! Ce quiest plutôt atypique ! Les médiateurs créent des contenus, des activités et desvisites à destination du public scolaire et adulte et également à destinationdu public handicapé, hospitalier et pénitentiaire. Chaque personne est prise enconsidération et trouve sa place au sein de cet espace culturel.

 De nombreux musées se cantonnent souvent à desactions culturelles envers les scolaires et les groupes d'adultes. Ici le muséesaisit l’idée de démocratisation culturelle tout en l’élargissant. Il valoriseses collections en les proposant à une palette de publics très large. Malgrédes périodes difficiles et un budget qui est plus faible que celui de grandsmusées nationaux, le musée est fort de propositions très attractives enverschacun.

Le musée propose sesactivités à de nombreux acteurs tels que les associations, les comités d'entreprises,les centres sociaux et les centres de formation, les centres hospitaliers etles maisons d'arrêt. Il souhaite toucher un public vaste et créer despartenariats forts avec ces institutions. Les projets proposés sont d'ailleursadaptés selon la demande de ces lieux.

            Le public peut suivre desvisites-conférences pour découvrir l'exposition temporaire et l'expositionpermanente, à travers des thèmes variés ce qui permet au public de comprendredivers points de vue et aux médiateurs de varier leurs visites quotidiennes. Certainesvisites se déroulent en langue des signes. Le public peut suivre des activitésmais aussi en devenir l'acteur ! Les personnes qui ont subi des séjoursdifficiles en hôpital psychiatrique peuvent voir leurs œuvres, créées durantl'année avec les médiateurs, exposées au sein du musée à côté des œuvresd'artistes renommés et cités. Une exception ! L’art ici est une thérapie à partentière. Autre action menée : les détenus peuvent participer à uneexposition au sein des prisons et présenter leurs œuvres aux autresdétenus.

Le cloître : lieu d'expression des publicsCrédits : Lilia Khadri 

Les projets à destination du public handicapésont à long terme, sur l'année, ce qui permet de mieux s'approprier lescollections et de créer un lien fort avec l'art et le lieu.

Pour les malvoyantsle musée a créé le musée au bout des doigts en s'appuyant sur lepatrimoine architectural du lieu qui est intéressant à explorer. Pour cela unemaquette tactile a été créée, elle comprend la distribution des salles maisaussi les époques de construction. De nombreux musées implantés dans ce type delieu patrimonial pourraient s'inspirer de ce dispositif. De plus les personnesmalvoyantes peuvent tout de même découvrir des œuvres du musée, durant desvisites au sein desquelles le médiateur présente une collection d'œuvres qu'ila choisi, à travers des tables d'orientation accompagnées de commentaires audioet des équipements en braille.

Le public ensituation de handicap mental est confronté lors d'évènements aux notions detemps, corps ou encore beauté.

De plus, ce muséed'arts visuels propose des activités qui touchent d'autres arts tels que lesarts du spectacle vivant. Notamment, au sein de la chapelle des sculptures,ornée par une lumière et un calme quasi-religieux, des performances contemporainessont proposées, le public peut y participer. C'est une opportunité sympathiquede pouvoir contribuer à une expérience de ce type, dans un tel environnement.Certains concerts sont proposés durant les beaux jours. Pour le public de latranche d'âge 4-12 ans le musée suggère aussi l'art de l'écrit, à travers lesateliers contes, et  les arts plastiquesà travers différents ateliers. 

 La chapelle du musée Crédits :Lilia Khadri

  

Ce que chaque visiteur peut retenir de sa visite au sein de laChartreuse est l’architecture remarquable, la collection très variée et mise envaleur, et un musée compréhensible par tous !

Lilia Khadri 

En savoir plus : 

- http://www.museedelachartreuse.fr/

 

# Musée pour tous

# Beaux-Arts

# Région des musées

                                                                                                                              

La Piscine, championne de médiation

Suivez l'animateur, pieds nus et esprit libre! Bienvenue à La Piscine, musée d'art et d'industrie de Roubaix, à la politique des publics enthousiasmante.

Ouvert en 2001 dans l'ancienne piscine municipale fermée en 1985, le musée de Roubaix a connu une histoire mouvementée : d'abord musée industriel de 1835 à 1861, puis les collections s'installent à l’École Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles construite à partir de 1881. Gravement atteint lors de la Seconde Guerre Mondiale, le musée sera déclassé en 1959 et ses collections dispersées, fait unique en France. Le renouveau viendra avec le don du fonds d'atelier du peintre Jean-Joseph Weerts et l'installation d'un musée dans l'hôtel de ville de 1963 à 1980, années pendant lesquelles le projet du musée actuel est en gestation et les équipes font leurs armes au sein de la mairie. Actuellement, le service de médiation s'organise en deux équipes qui correspondent à deux offres distinctes : les animations pour les moins de 18 ans et les visites au-delà de cet âge. Les animations retiendront ici notre attention. Suivons par exemple Julien Ravelomanantsoa (dit Julien), artiste-animateur-fantaisiste, le temps de l'animation « 4 sens ».


(c) Marie Tresvaux du Fraval

On se déchausse, perplexes, amusés mais sceptiques, et nous voilà partis pour une balade, guidés par nos sensations : pieds nus pour mieux apprécier la texture du sol, la différence de température, prétexte pour découvrir La Piscine et son histoire. L'olfactif prend le relais, on renifle les échantillons conçus par Christian Astuguevieille – qu'on ne présente plus- passée la première impression un peu désagréable, Julien convie notre imaginaire, une odeur de café, des couleurs imaginées et nous voici devant une Nature Morte, plus loin du jasmin nous ouvre à l'orientalisme... « Papa, Maman j'ai senti Picasso »pourront s'exclamer les enfants au retour du musée.


Crédits : Marie Tresvaux du Fraval

Plus tard allongés sur le sol au pied de l'ancien grand bassin, non loin de paisibles statues, nous méditons. Julien nous invite à livrer nos impressions du moment présent : « vastitude et au-delà » pour certains « bien-être » pour d'autres. En effet nous sommes dans un ancien cloître (bien antérieur à la piscine). Ailleurs, des meubles tactiles conçus eux aussi par Astuguevieille, au contact des textiles nous recréons des histoires.Ce parcours décalé et désinhibant au sein des collections permanentes du musée a l'air iconoclaste mais il sert un discours sérieux et accessible sur les œuvres. L'aspect ludique et l'attention portée à l'individu (enfant), son vécu, son imaginaire permet une lecture et une approche de l'art très stimulante, véritable parti pris du lieu, le jeune public est d'ailleurs prioritaire par volonté politique de la ville. Mais liberté et plaisir ne sont pas synonymes de « n'importe quoi », les animateurs, souvent plasticiens, font montre d'un grand professionnalisme qui convainc même les plus récalcitrants. 


Crédits : MTDF

Les adolescents, publics difficiles et peu captifs, ne sont pas en reste avec "promène-carnets" qui les invite à s'exprimer librement par l'écrit et le dessin tout au long de leur visite. Toujours sur le terrain, au plus près des Roubaisiens, la team de FlorenceTételain, chargée de la politique des publics, mène depuis plusieurs années différents projets culturels avec les associations, des crèches aux prisons.

Notre enthousiasme ne doit pas faire oublier la réalité des moyens, nos animateurs sont pour la plupart vacataires et donc précaires et les animations dans les salles, si elles permettent une mise en valeur du site, désengorgent aussi les deux ateliers trop petits. Car c'est là le paradoxe, La Piscine est victime de son succès et booke en quelques jours ses réservations pour l'année. Débordés, les animateurs-concepteurs n'entendent toutefois pas se complaire sur leurs lauriers et remettent sans cesse leur ouvrage et leur imagination sur le métier. Espérons que l'extension prochaine du musée (en 2015) qui verra notamment la recréation de l'atelier du sculpteur Henri Bouchard, un agrandissement des salles d'expositions temporaires et de nouveaux ateliers pour le jeune public, améliore les conditions de travail, quoiqu'il en soit La Piscine garde une longueur d'avance !

Noémie Boudet

La Piscine, musée d'art et d'industrie André Diligent

23 rue de l'espérance, 59 100 Roubaix

Le participatif pour la mémoire des deux guerres Journées d'études à Ypres les 11 et 12 décembre 2012

« Dans les musées de guerre,on passe du vécu au récit, alors que la question de la transmission entre les générations est très importante » a déclaré Dominiek Dendooven, le directeur du musée In Flanders Fields, en introduction des deux journées d'études où nous avons eu le plaisir d'être reçus. Organisées conjointement entre son équipe et le département du Nord, il s'agissait de dresser un panorama d'expériences menées avec les techniques participatives pour les musées des deux guerres mondiales.


Crédits : L'Art de Muser

« Dans les musées de guerre,on passe du vécu au récit, alors que la question de la transmission entre les générations est très importante » a déclaré Dominiek Dendooven, le directeur du musée In Flanders Fields, en introduction des deux journées d'études où nous avons eu le plaisir d'être reçus. Organisées conjointement entre son équipe et le département du Nord, il s'agissait de dresser un panorama d'expériences menées avec les techniques participatives pour les musées des deux guerres mondiales.

C'est Sébastien Magro, le chargéde projet pour les nouveaux médias au Musée du Quai Branly, qui a ouvert lebal, avec le travail de recensement des logiques participatives qu'il aeffectué ces dernières années.Il nous a montré, à travers l'histoire fictive d'une visiteuse nommée Sophie,toutes les interactions qu'il est possible pour un musée  d'avoir avec son public aujourd'hui, grâceaux réseaux sociaux. Avec les réseaux et les nouvelles technologies, on assistemaintenant au passage vers le « transmédia », où une interaction estpossible avec le média, contrairement à ce que le propose par exemple latélévision où l'on ne peut que recevoir et non échanger. Il a alors cité leprojet « le défi des bâtisseurs », mené par l'équipe de la cathédralede Strasbourg, où avec un webdoc, une application mobile et un blog, il est àchaque fois possible de partager son expérience.

Crédits : L'Art de Muser

Ad Pollé et Alun Edwards nous ontensuite entretenus du vaste projet d'Européanaqui recense 22 millions d'objetssur internetgrâce à la participation de 2200 musées. Cela fonctionne par agrégateurs. Ilsnous ont dit que les réseaux sociaux pouvait être un excellent moyen d'obtenirdes informations complémentaires sur un document. Cela a apparemment très bienmarché pour une photo de Marilyn Monroe visitant les marines durant la seconde guerremondiale. De plus, cela peut être financièrement avantageux : l'Universitéd'Oxford aurait calculé que l'information revient à environ 50 dollars dans uneinstitution alors qu'elle lui reviendrait à 1,30 dollar lorsque l'on fait appelau crowdsourcing (la recherche collective).

Ils sont en train de préparer lecentenaire de la grande guerre, qui commencera l'année prochaine en 2014, etune collecte avait justement lieu au musée In Flanders Fields pendantles journée d'études. Nous avons eu l'occasion d'y jeter un œil et c'étaitimpressionnant : des dizaines de personnes viennent avec un objet leurappartenant datant du premier conflit pour le recenser dans la banque dedonnées européenne.

James Whitman nous a ensuiteexpliqué le rapport à internet du Musée canadien de la guerre (le War Museum)dont il est le vice-président à Ottawa.Le point de départ était d'offrir un survol pour les étudiants de la guerre14-18, afin d'apporter des informations certifiées et lisibles. Il y a aussi denombreux cours préparés pour les enseignants, et de nombreux liens versd'autres sites. Ainsi, le musée répond à sa mission de divulgation desconnaissances, en se trouvant là sur internet, là où se formulent les premièresdemandes de renseignements.

Patrick Pecatte nous a ensuiteraconté l'évolution du projet Photo Normandie,où un groupe d'une soixantaine de contributeurs bénévoles font de la« redocumentarisation » des photos de la bataille de Normandie surFlikr. Ils ne sont jamais rencontrés dans la vraie vie, mais forment sur le netune communauté de passionnés. Il nous explique que pour un bon fonctionnement,il est nécessaire d'animer cette communauté, de relancer pour avoir toutes lesinformations, et chercher la vérification des sources. Ils arriventgénéralement à une validation collective au bout d'un temps. Diversesinstitutions ont parfois parlé de projet commun, mais sans que celan'aboutisse à chaque fois. Alors, dit-il « on fait notre travail sanssavoir si ça plaît ou si plaît pas ».

Après la pause de midi, PaulinaBrault nous a parlé du Musée virtuel de la résistance,où elle est chargée de projet. Créé par l'Association d’Études sur laRésistance Intérieure (AERI), cela avait commencé par la diffusion de CD-romsur les réseaux de la résistance de France pendant la guerre 39-45. Depuis,c'est sur une base de donnée internet que l'on peut retrouver toutes cesinformations, qui continuent d'êtrecomplétées peu à peu. Un musée virtuelpermet notamment de montrer des sites fermés au public, comme c'est le casd'Eysses.

Crédits : L'Art de Muser

Julien Goetz nous a ensuiterelaté son expérience d'OWNI,qui a mis en ligne des informations de Wikileaks sur la guerre d'Algérie.Constatant que les archives étaient disponibles mais qu'il était difficile d'yaccéder, ils ont alors décidé en petit groupe de créer un site internet pourpartager ces informations publiques. Comme un média en Algérie faisait un appelà témoignages sur le conflit au même moment, un partenariat s'est engagé pourque le site rassemble les prises de paroles. Les document militaires ont étéanonymes et il témoigne qu'il était difficile de trancher parfois entre ce quel'on cache et ce que l'on diffuse. Deux historiennes ont été associées auprojet, pour qu'une expertise existe. Il avait été mis en garde contre undanger possible, des réactions négatives, mais il n'y en a eu aucune. Aucontraire, il y a une réaction positive très forte, en Algérie comme en France,et le site enregistre des temps de visite très longs. Il recense aujourd'hui1500 visites par jour.

Pour conclure cette premièrejournée, Martine Aubry, ingénieur de recherche à l'Université Lille 3, nous aretracé l' histoire de son travail sur la base de données des monuments auxmorts dont elle est en charge.Un partenariat a été proposé aux mairies de France pour documenter la premièreguerre mondiale en s'appuyant sur les stèles commémoratives qui proposent uneliste de toutes les personnes tombées au front dans chaque commune. Ils fontaussi des collectes de cartes postales auprès d'amateurs éclairés, car ce n'estqu'en croisant les sources qu'une information se complète.

Anne Labourdette, conservatricedu Musée de la Chartreuse de Douai, a ouvert la deuxième journée avec le projetdes conservateurs du Nord-Pas-de-Calais « Guerres & Paix ». Il vas'agir d'une grande numérisation de collections en lien avec ces thématiques,et d'un cycle d'exposition que va concerner 25 musées pour le centenaire de laGrande Guerre. L'idée serait de faire une indexation participative, car lesconservateurs sont plutôt des spécialistes d'art que d'histoire. Le projet esten préparation, affaire à suivre...

Héléne Blanc nous a entretenu desapports du logiciel d'inventaire Transmusite 14-45, acquit dans le cadre d'unprojet transfrontalier. Les musées ont ainsi l'occasion de se rencontrer etd'échanger autour de leurs collections et de leurs méthodes d'indexation.

Michèle Gellereau et AlainLamboux-Durand ont poursuivi avec le projet Témuse. Ce projet de recherche sur troisans du Laboratoire GERIICO de l'Université de Lille 3 avait pour objectif derassembler les informations des collectionneurs d'objets de guerre, et deréfléchir à leur transmission et leur capitalisation. Pour beaucoup decollectionneurs, « tout est dans la tête », mais il est nécessaire deles faire partager car ils possèdent de nombreuses connaissances. 17 entretiensont ainsi été menés à deux caméras pour faire raconter l'histoire de cesobjets, souvent étonnante. La réflexion sur la mise en partage est en cours.

En guise de conclusion, avant quenous allions visiter le musée In Flanders Fields, Dominiek Dendoovennous a raconté comment s'est déroulée la rédaction du cahier des charges ayantabouti à la nouvelle muséographie en 2011. Il y a ainsi quatre parcours quis'entrecroisent, un chronologique, un thématique, un personnel, et unréflectif. L'article que nous avons écrit sur ce muséepourra vous en dire davantage. Il est intéressant de noter que le musée estconsidéré à Ypres comme un centre de ressources : au moins une fois parjour des personnes viennent demander des informations sur leur aïeul. La GrandeGuerre de 14-18 semble ne pas avoir fini d’intéresser, et gageons que tous lesprojets dont nous avons entendu parler trouveront bien leurs publics.

L'Art de Muser

Osez, osez, Evelyne !

La Zouzeau Next festival : embarquez à bord du Galaxia, une expérience unique

Article à plusieurs mains 

La Zouze est une compagnie de danse,notamment conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication,basée à Marseille et dirigée par Christophe Haleb, tour à tour chorégraphe,directeur artistique, danseur et pédagogue. Née il y a 20 ans, cette compagnie a la particularité d’investir sans cesse de nouveaux lieux et de construire des créations de manière collective, y faisant intervenir le réseau culturel local.L’expression « laboratoire participatif public » la définit parfaitement. Espace, corps et interdisciplinarité en sont des maîtres mots.Depuis ses débuts au Théâtre Contemporain de la Danse à Paris, puis sa participation au festival d’Avignon, au Théâtre National de Chaillot, à la Townhouse Gallery au Caire ou encore lors de l’inauguration du MUCEM, La Zouze cherche toujours à s’ouvrir à de nouveaux spectateurs et à multiplier les regards. Sa participation à la soirée de clôture« See You NEXT Time » du Next festival, qui s’est déroulé du15 au 30 novembre 2013, fut une nouvelle occasion de choix pour proposer son univers à un public habitué aux créations contemporaines novatrices et engagées. Elle proposait son spectacle Evelyne House Of Shamedécliné pour l'occasion en Galaxia. C'est de cet événement dont nous allons développer le déroulement.

Ce festival international et transfrontalier vise à soutenir, produire et diffuse rla création et les nouvelles formes artistiques dans le domaine des arts vivants au sein de l’Eurométropole Lille - Kortrijk - Tournai et Valenciennes.En collaborant ensemble, ce sont cinq structures culturelles qui s’unissent pour dynamiser cette région : la Maison de la Culture de Tournai, le Cultuurcentrum de Kortrijk, le centre d'arts de BUDA de Courtrai, La Rose des Vents à Villeneuve d'Ascq et l'Espace Pasolini, théâtre international de Valenciennes.

Crédits : Lucie Vallade

        Ence qui concerne notre stricte participation en amont, rappelons tout d’abordque d’autres étudiants préparaient également cette soirée avec nous, « muséophiles ».  Trois étudiants en Arts du spectacle del’université d’Artois répétaient au sein de l’atelier chorégraphique et desétudiants des Beaux-Arts de Tournai s’occupaient des projections vidéos etautres technologies iconographiques et ont, comme nous, collaboré à la mise enplace d’éléments plastiques et scénographiques. Pendant ce temps, nous noussommes astreintes, ainsi que Aurélien, étudiant en Master 2 Arts duspectacle à l’université d’Artois, à des tâches manuelles et artistiques :peinture de socles/estrades et atelier graphique.

Crédits : Lucie Vallade

Eh bien oui, ces cubes blancs que vousvoyez dans cette photo à droite, ce sont nos petites mimines qui les ontpeints, et en rythme, pendant les répétitions chorégraphiques !Sous-couche, couche et retouches, nous sommes prêtes pour nos montages d’expo. !

En ce qui concernel’atelier graphique, nous mettions à contribution nos imaginaires et nosréférences en tous genres. Notre objectif ? Concevoir et dessiner destypographies, les attribuer à des phrases puis les apposer sur des plaques enpolystyrène. Dans quel but ? Comme à l’arrivée en gare ou à l’aéroport,que chaque danseur tienne une plaque afin d’accueillir le public. Nous y avonsmis soin et rigueur, mais nous ignorions alors le destin desdites plaques… être détruites : l’art del’éphémère. Ce que nous retiendrons ? L’esprit d’équipe et d’initiative,de la bonne humeur sous des ambiances festives avec un accueil chaleureux de lapart de la compagnie : un régal ! Enfin, n’oublions pas l’essentiel,participer à cet évènement aura nourri et stimulé notre regard sur la place desarts du spectacle au sein des musées et des espaces d’exposition.

Entreles guindes et la piste de danse : entre organisateurs et spectateurs

        Samedi soir, 23:00, le momentest venu pour nous d'accomplir la modeste – mais ô combien importante – tâchequi nous a été confiée : actionner les guindes de la structure qui constitue lapièce maîtresse de la soirée. C'est notamment autour de cette  impressionnante méduse de papier que la fêtes'articule. Imposante et informe, ajourée à la manière d'une délicate dentelle,elle devient un support à des projections lumineuses faisant varierl'atmosphère. 

Crédits : Marine

        Sa robe, tantôt mauve ou bleutée,accompagne une musique parfois enjouée puis inquiétante. Le temps d'une soirée,nous devenons marionnettistes et jouons avec les ficelles de ce décor quirespire au rythme de la fête. Attentifs, nous travaillons en symbiose avec lescollègues situés de part et d'autres de la salle afin de chorégraphier lesmouvements de l'élégant OVNI. L'interaction entre également en jeu avec lamusique, les danseurs, les chanteurs et les participants qui se retrouventparfois enfermés dans le ventre de la bête qui finira en miettes.En effet, àmesure que les passagers du vaisseau imaginaire GALAXIA s'approprientles lieux, ils commencent à jouer avec la structure en allant jusqu'à ladéchiqueter pour en faire des confettis ou un habit de fortune. La force de cedécor éphémère réside dans l'esthétique de la destruction. Qu'il s'agisse despancartes que nous avions confectionnées, du décor tout entier ou des costumesdes danseurs, tout finit par être dissolu dans l'atmosphère festive. A l'imagede l'ambiance, le décor évolue jusqu'à laisser place à un nostalgiquecapharnaüm, comme dans toute fête réussie... 

        Grâce à ce rôle« d'actionneurs de guindes » synchronisés, nous faisons désormaispartie intégrante de la troupe. Une intégration quis'est difficilement mise en place pendant la phase de préparation. Côtoyer desdanseurs dont le rapport au corps est tout à fait différent du nôtre nous arenvoyées à notre propre relation au corps. Leur « décomplexion »suscite l'admiration autant qu'elle nous confronte crûment à notre pudeur« intériorisante ».Lorsque notremission est achevée, nous pouvons désormais nous mêler à la foule, portées parla joie d'avoir participé à la mise en place des festivités. Nous pouvons alorslaisser s'exprimer nos corps dans la folie galaxienne. Situés entremembres actifs de la troupe et simples spectateurs, notre statut particuliernous a  permis de nous investir dans unrôle de relais avec le public en lui montrant la marche à suivre pour le quadrilleou le jeu du Kissing-Game.

        Concentréespuis décontractées, nous avons pu expérimenter la soirée selon différentspoints de vue ce qui l'a rendue d'autant plus agréable à vivre. Une expérienceiconoclaste qui fait du bien et que nous avons hâte de renouveler uniquement ducôté du spectateur ! Notre perception en sera-t-elle changée ?

Evelyne,  je t'aime... moi non plus...

        Chez Evelyne, le publiccatapulté spect’acteur se trouve sur le plateau, ou plus exactement l’espace duspectateur et l’espace du performeur, traditionnellement distincts, forment unéden unique à vivre ensemble. Si une partie du public (averti de l’originalitéde l’œuvre dans laquelle il a choisi d’entrer) joue le jeu et profitepleinement de ce moment hors du temps pour s’exprimer et éprouver sans taboucette contrée de liberté, cette aire partagée demeure pour beaucoup difficile àinvestir et apprivoiser.

        Sous-estimer le cadre et le rôlehabituellement dévolu au spectateur et la proposition de s’en écarterconstitue, dans le meilleur des cas, une maladresse. Troquer les limitesrassurantes de son fauteuil contre l’inconnu in situ demande parfois efforts etencouragements.

Crédits : Marine

        Au cours du spectacle, le publicest notamment sollicité afin de former différents groupes en fonction decaractéristiques capillaires. Une jeune femme blonde paraît désorientée. Ellehésite à rejoindre le groupe en train de se constituer, à la périphérie de lasalle, autour d’un danseur chef de file des créatures à la chevelure couleurdes blés.

Quelsrisques prend-elle ? Quelles peuvent être les raisons de ses tergiversations ?

Quittertemporairement son groupe d’amis et être confrontée directement à des inconnus.Être exposée au regard de l’assemblée le temps de l’exposition de ce petitgroupe sous les feux des projecteurs. Participer et être éventuellemententraînée, ensuite, dans les circonvolutions du spectacle qu’elle ne maîtrisepas.Cettejeune femme, rassurée sur la suite des événements, rejoint finalement quelquescourageux intrépides et s’installe au pied du podium où trône la reine desêtres de son espèce. Elle contribue ainsi à la création d’un des nombreuxtableaux de la pièce… Elle n’a cependant pas connu le souffle rafraîchissant dulâcher prise.

        Lespectacle suit son cours, avec ou sans elle, mais le principe est laparticipation du public. Il s’enrichit de celle-ci et s’épanouit à cettecondition.Danscette optique les professionnels et amateurs bénévoles référents au cœur de lastructure protéiforme d’Evelyne ont tout à gagner à prendre quelques instantssupplémentaires pour guider en douceur les participants. Mieux accompagnés, cesderniers bénéficieront de la dynamique d’enrichissement par l’expérienceinitiée par la Diva.

Deux spect'actrices livrent sansdétour leurs impressions :

        Pauline, intéressée par « leconcept de spectacle interactif », regrette qu'il ne soit pas « complètementexploité par la troupe qui propose surtout une déconstruction de l'organisationspatiale de la pièce de théâtre. Une grande partie de la soirée se passe àobserver les différentes performances. Le public reste dans le flou quant aurôle et aux initiatives qui lui sont laissés. Le point culminant de la soiréereste le quadrille, qui rassemble le public. Mais la participation[decelui-ci], trop irrégulière par rapport aux nombreux moments de flottement,ne m'a pas permis de me prendre au jeu ».Cyrielleest arrivée à la Maison de la Culture « pleine de curiosité etd'attentes » se demandant d'emblée « comment la troupe[animera] cette soirée présentée comme totalement folle ? ».Lors du concert d'ouverture, elle est « surprise par l'immobilité dupublic ». « La troupe nous emmène ensuite dans les différentsespaces où se déroulent des performances auxquelles le public est parfoisinvité à participer. Ces moments participatifs sont très amusants mais on peutregretter que les performances non participatives soient parfois trop longueset trop à distance du public qui, n'étant pas dans le même monde que la troupe,a parfois du mal à comprendre ce qui se passe autour de lui. La troupe a vouludéstructurer les codes de la fête et elle y est arrivée mais peut-être un peutrop, car le fêtard devient souvent plus spectateur qu'acteur de la fête,d'autant que les temps morts entre deux performances sont souvent longs. »

        Toutesdeux auraient souhaité des moments consacrés à la danse plus développés aucours de la soirée ainsi qu'une plus forte présence de la musique, maisconcluent respectivement ainsi : «certains moments étaient vraimentbien, mais trop rares pour exploiter le concept jusqu'au bout »,« j'ai passé une très bonne soirée, inhabituelle, déjantée, à l'image deLa Zouze."

        Le public d'Evelyne, tout commeelle, est exigeant et cela ne peut qu'être source d'émulation pour de futuresexpériences plus riches et appréciées.

        Evelyne propose, en plus decette invitation à faire « spectacle » ensemble, son corps augmenté,détourné, paré, nu. Ce corps n’est pas à bonne distance, sur le plateau, maiseffleure, entoure le spect’acteur. Le regard et l’attitude, mis en question, setravaillent.

        Certains considèrent Evelynecomme une provocation, d’autres comme une créature séduisante qu’il faut suivresans crainte, d’autres encore comme un cadre privilégié où expérimenterprudemment ses différentes limites.

Evelynepeut être tout cela et plus encore, c’est à vous de la sculpter, de la vivre,de la partager.

Osons entrer dans la danse, apprenties muséographes !        Quel intérêt des étudiantes en muséographiepeuvent-elles bien trouver à participer à l'élaboration de la soirée de clôturedu festival Next ? A priori cela n'a rien d'évident, et pourtant, le travailfourni par la compagnie La Zouzen'est pas si éloigné du travail du muséographe. Le muséographe conçoit lescontenus d'une exposition. Il construit un discours dont le déroulement setraduit sous la forme d'un parcours rythmé. La compagnie travaille à laconstruction d'un scénario dont la pertinence tient aux rythmes, àl'interaction publics-troupe et à une mise à distance avec les codes de lafête. Notre participation à l'élaboration d'un spectacle vivant intégrantdiverses disciplines telles que la danse, le théâtre, les arts plastiques et lamusique nous a permis d'entrer, pendant quelques jours, dans un milieu culturelque nous avons peu l'occasion de côtoyer de l'intérieur. Ce temps nous a permisd'appréhender les parallèles et les différences entre la construction et lamise en scène d'un spectacle vivant et d'une exposition. La place du corps,centrale chez les danseurs, nous a forcées à interroger nos propres rapports,plus abstraits, plus distanciés. Ces moments vécus sont nécessaires à laréaffirmation de la place éminente que doit faire le muséographe au corps duvisiteur, de parler autant à ses sens qu'à son intellect pour produire unparcours d'exposition sensé. Une exposition efficace travaille donc le corps duvisiteur pour lui faire prendre conscience de lui-même par rapport à un espacedonné. Les dispositifs de médiation étant à la fois outils et conditions de cerapport singulier du corps à un espace.

        Cetteexpérience en appelle d'autres car, rien de plus bénéfique que de croiser lesregards, de multiplier les expériences pour acquérir une vision d'ensemble surles métiers culturels. La transversalité ne serait-elle pas une manièrepertinente pour expérimenter le présent ? Ces moments de travail et le rôle quenous avons joué pendant la soirée nous ont offerts un nouveau regard sur lespectacle vivant. Nous souhaitons, maintenant, pouvoir vivre ces moments"hors du temps" créés de toutes pièces et de tous corps par La Zouzedu point de vue du spectateur.Nous en voulons encore, et vous invitons à Bruxelles[1], les 17, 18 et 19 janvier pour vivre une soiréeunique et poétique avec Evelyne et sa troupe !

Lucie Vallade, Anne Hauguel, Marine, Ophélie Laloy

étudiantes en Master Expo-Muséographieà l'Université d'Artois

La forme participative de cet articletraduit l’ambiance de la soirée et le travail de la Compagnie La Zouze.C’est en unissant nos expériences, nos idées et nos savoir-faire qu’il a puvoir le jour !

Nousremercions la Compagnie La Zouze de nous avoir accueillies et toutparticulièrement Christophe Haleb et Laurent Le Bourhis ; Amièle Viaud de LaRose des Vents ; la Maison de la Culture de Tournai ; noscollègues d'Arts du Spectacle ;notre responsable de formationSerge Chaumier et tuteur de projet Isabelle Roussel-Gillet.

Légende des photos :

Photo 1. J-1, répétition sur ces socles.

Photo 2.J-1, (avec Laurent) le moment où il faut penser et réaliser les panneaux qui accueillent les spectateurs comme les voyageurs dans les aéroports.

Photo 3 . Jour J, la structure de papier respire doucement, nous tirons les ficelles.

Photo 4. Jour J, le moment où il faut rejoindre le groupe auquel on appartient, la reine des créatures blondes sur son piédestal.

Liens des reportages vidéo de Notélé :

Si on sortait… avec la compagnie de laZouze - 29/11/13

See you next Time - Spectacle declôture du festival Next à Tournai - 06/12/13

# La Zouze

#Evelyne HouseOf Shame

#Galaxia

#Next Festival

#participatif-interdisciplinarité


[1] Lesvendredi 17 & samedi 18 janvier à 20h30 : EVELYNE HOUSE OF SHAME aux Halles de Schaerbeek à BRUXELLES. Du08 au 16 janvier : résidence in situ, ateliers chorégraphiques etplastiques.

Pompidou-Metz : entre centre d’art et musée…

Rencontre avec Hélène Guénin, responsable adjointe du pôle programmation

Découvrir par matin d’hiver, le centre Pompidou-Metz endormi sous une fine couche de givre blanc relève d’un bel instant deg râce… C’est une œuvre architecturale absolument impressionnante quand on sait que la source d’inspiration de l’architecte Shigeru Banest née de l’achat d’un simple chapeau traditionnel chinois acheté à la Maison de la Chine à Paris! Le bâtiment se présente coiffé d’un assemblage de poutres d’épicéa en lamelles collées qui s’entrelacent pour former un maillage hexagonal recouvert d’une fine membrane de téflon opaque et transparente de nuit.


Crédits : Marie Tresvaux du Fraval

On retrouve l’idéede l’hexagone dans l’architecture globalede l’édifice avec trois galeries auto portées traversant l’espace en se croisant. Ces trois galeries sont apposées àune colonne métallique sur laquelle est suspendue la toiture, laquelle va se reposersur plusieurs poteaux-tulipes contournant le bâtiment. Passé le seuil de l’édifice, on entre alors dans une véritable relationsensorielle jouant entre l’espace architecturalintérieur et l’environnement extérieur. Celuici se dévoile à chaque étage par des pans de murs vitrés mettant en œuvre unemagnifique interaction avec le panorama de la ville de Metz.

La structure se décline en trois parties avec sestrois galeries, un bâtiment annexe administratif, et un studio ; espacemodulable de 500 m² dédié aux arts vivants. Lagrande nef, vaste hall translucide, permet d’accueillirune diversité d’évènements et dispose d’un premier espace d’exposition.Un auditorium pouvant diffuser films et conférences dont la particularitéoriginale et innovante est attribuée à la réalisation de Shigeru Ban. Leplafond en forme de vagues conçues en tubes cartonnés contribue ainsi à laperformance acoustique du lieu. Restaurant, café, bibliothèque, boutiqueterrasses et jardins enrichissent le lieu.

Le projet visant le mouvement de décentralisationdes collections nationales a été amorcé en 2003 et développé sous le ministèrede la Culture dirigé par Jean-Jacques Aillagon. Il représente donc la premièreexpérience de ce type en France. Metz a été retenue pour combler un manque enmatière de structures régionales d’art moderne. La villedisposait d’une implantation urbaine etgéographique intéressante avec l’idée de construire lemusée dans le quartier de l’amphithéâtre (lieu d’anciennes friches ferroviaires).Plus d’une centaine d’hectares autour de l’édifice est dédiée à la construction de centres d’affaires, de commerces et d’habitationsdans une démarche de projet HQE[1].

Le centre Pompidou-Metz est un EPCC[2]. Ce fonctionnementautonome lui confère également une plus grande liberté au niveau du choix de laprogrammation scientifique et culturelle qui cependant est validée et entérinéepar Beaubourg. L’établissement ne possède pasde collections propres. Celles-ci ne dépendent pas non plus uniquement deBeaubourg mais peuvent passer par les circuits internationaux et nationaux. Lesexpositions reçues peuvent être itinérantes comme l’unedes prochaines d’Hans Richter, programmée enseptembre 2013 et coproduite avec le Lacma de Los-Angeles.

L’un des objectifs duprojet scientifique et culturel  est de mettre en avant la pluridisciplinarité,en présentant les arts vivants (danse, performance, musique, théâtres, cirque),le cinéma ou des cycles de conférences variés. Le budget alloué aux artsvivants ne représente que 10% du budget global mais cette programmation dans leprolongement des expositions et permettant de mettre en lien un chorégrapheavec un artiste ou un auteur comble les visiteurs. Ainsi dans le cadre d’un partenariat, et sous forme de coproduction avec l’EPCC Metz/Arsenal, l’œuvremajeure Fasede la chorégraphe Thérésa de Keersmaeker sera présentée aumois de janvier 2013 accompagnée d’une conférence Danseles années 80 et la naissance de lauteur.

Actuellement la danse s’expose,la grande nef présente Parade, ballet présenté en 1917 au théâtre duChâtelet à Paris. Evènement exceptionnel dans l’histoiredes arts qui rassembla Jean Cocteau, Erik Satie, Pablo Picasso, LéonildeMassine et Serge Diaghilev autour d’une œuvre magistralede l’histoire de la danse. De la genèse au processus decréation le visiteur défile au gré d’un parcours circulaireaux tons nacrés parmi une sélection documentaire exceptionnelle et centralisépar l’œuvre incontournable du rideau peint de Picasso.

Visite insolite en contraste total etdéstabilisant avec Frac Forever ou pour fêter les trente ans de fondsrégionaux d’art contemporain, le centreinvite le Frac Lorraine à investir la galerie 3. Dans l’obscuritéla plus totale, bruitage et éclats lumineux ajoute une dimension surréaliste. Levisiteur se doit de recharger la batterie d’unepetite lampe de poche, distribuée à l’entrée de l’exposition, pour éclairer à sa convenance les œuvres d’une soixantaine d’artistesmajeurs de ces quarante dernières années et réparties  sur les murs d’un large espace vide.

Crédits : Isabelle Capitani

Au niveau de la galerie 2 est présentée unerétrospective sans précédent en Europe de l’artisteconceptuel américain Sol Lewitt (1928-2007). Trente-trois œuvres murales s’imposent magistralement à travers plusieurs combinaisonsde noir et blanc, composées de lignes ou de formes géométriques. Contrairementaux deux autres expositions le parcours se poursuit rectiligne suivant l‘espace parallélépipède rectangle de la galerie.

Œuvre en lui-même, le centre Pompidou Metz rayonne aucœur d’un espace encore en construction ; contraste qui justifiela grandeur de l’art au service dudéveloppement culturel et économique d’une région et l’on ne peut éviter le clin d’œilau petit frère Louvre Lens en lui souhaitant un même second et grand succèsdans la nouvelle conquête du territoire Nord-Pas de Calais …

 

Nous remercions chaleureusement Hélène Ghéninpour son aimable présentation de l’institution.

Isabelle Capitani


[1] haute qualitéenvironnementale

[2] établissementpublic de coopération culturelle

Privilégier le contexte, conversation avec Joanna Lang

Joanna Lang, restauratrice et conservatrice d'œuvres picturales au début de sa carrière, est maintenant curatrice et conservatrice du musée de l'insurrection de Varsovie depuis son ouverture, il y a 13 ans. Elle a été l’invitée du Master MEM pendant une semaine expographique consacrée à l’extension et la rénovation des musées.

Retour sur une histoire. L'insurrection de Varsovie est une histoire marquante de la Pologne qui se déroule à la fin de la Seconde guerre mondiale. Fin juillet l944, le peuple polonais ne pouvait plus se résoudre à vivre sous le joug allié, il décide de prendre les armes et de récupérer le Varsovie occupé. L'insurrection a duré du 1er août au 2 octobre 1944, la résistance s'est élevée avec l'armée et les civils. Tous se sont soulevés. Le 2 octobre, après des pertes humaines immenses et la destruction à 80 % de la vieille ville de Varsovie, l'armée polonaise capitule. Les civils survivants sont transportés dans des camps de travail par les Allemands, les plus chanceux réussissent à fuir la ville.

Les grands parents de Joanna ont fui Varsovie à cette époque. Elle n’a regagné Varsovie que bien plus tard. Si le lien familial à l'insurrection de Varsovie est évident dans l'histoire de Joanna, le grand challenge de son travail  était de sortir du carcan « Beaux-Arts » où seules les « belles œuvres » comptent pour rendre aux souvenirs de cet événement toute la précaution de conservation qui leur est due. 

Le projet muséal sur l'insurrection de Varsovie s'est fait en quatre ans, le bâtiment a été construit en une seule année. Ce temps court s'explique par une volonté politique d'ouvrir le musée pour célébrer les 60 ans de l'insurrection et réunir les survivants ainsi que les nouvelles générations. Un rythme de travail soutenu jusqu'àl'ouverture était de mise. L'appui du maire de la ville a été capital, et toute décision fut prise de manière rapide, quasi expéditive.

© Wikipédia

Le temps de réalisation du musée était très court par rapport à la moyenne, il a été facilité par une grande équipe d'historiens, de scénographes, de conservateurs ayant travaillé sur le projets cientifique et culturel du musée, mais également facilité par une collection déjà existante et grandissante.

Cette rapidité dans l’exécution est exceptionnelle en France comme en Pologne. Les musées sont soumis aux mêmes contraintes européennes et les marchés publics, les obligations diverses telles que l'accessibilité sont également les mêmes. Joanna insiste sur l'importance de privilégier un temps long pour la conception d'un musée ou sa réhabilitation. Il est nécessaire que le projet soit mature et soit compris de tous. Cette cohérence ne peut se faire que par un temps de réflexion, de conception et de discussion afin de ne pas passer à côté de son propos.

Les murs abritant le projet muséal tout juste né ont une grande importance. Si le lieu abritant le futur musée a une histoire locale, il semble primordial d'utiliser ce lieu et de garder le contexte du musée pour créer un attachement de la population proche.

Ne pas jurer par le nouveau est un maître mot de Joanna. Un musée d'objets usuels aura tout intérêt à garder ces objets dans leur contexte domestique car, si pour nous leur utilisation semble évidente, la prochaine génération aura du mal à être attentive aux objets dont ils ne connaissent pas l'usage et s’ils sont placés dans un lieu neutre.

Il en est de même pour des musées d'art dont la collection vient de notables locaux. Il est judicieux de montrer dès l'entrée l'apport de ces collectionneurs pour ancrer le visiteur et ainsi le placer face à une chose palpable et immuable à laquelle ils peuvent se raccrocher.

L'importance du contexte. Selon Joanna Lang, le contexte est la base évidente à la bonne implantation d'un musée sur le territoire. Que ce soit par l'utilisation d'un lieu inscrit dans l'inconscient (ou le conscient) collectif d'une population locale ou par l'utilisation d'une histoire locale à inscrire dans un nouveau lieu, il est essentiel de créer un lien. Le lien est souvent l'histoire commune. Cela permet de rencontrer un public, d'évoluer avec lui, de ne pas être l'alien de sa propre ville. Les musées font parfois peur et souffrent des à priori qu'on leur plaque. Si on rentre plus facilement dans un groupe quand on y a un contact, le contexte est notre allié.

© Wikimedia - Adrian Grycuk

Plus que pour gagner en popularité, le contexte est également la base du développement du musée. « Pour savoir où tu vas, sais d'où tu viens » en somme. Le contexte du musée, son implantation auprès d'une population locale permet d'évoluer à plusieurs. Si le contexte est ancré, il sera plus simple d'agir vers un but commun, de sortir de divers orgueils intra-musée et d'ainsi travailler en équipe pour une chose plus grande.

Le musée, s'il est bien implanté devient alors une institution scientifique permettant de montrer l'impact d'une exposition sur les individus mais également l'impact des individus sur les projets muséaux à venir. Le musée peut alors s’agrandir et devenir égalementune zone d'actions sociales diverses, d'ateliers variés, un lieu de rencontre etc. L'histoire, l'utilisation d'un ancrage local, la valorisation du contexte de création d'un musée permettent d'animer le lieu et de valoriser les actions qui s'y passent. Ce n'est qu'à ce prix qu'un musée peut être compris et peut s'épanouir avec ses visiteurs.

Donner au musée de l'insurrection de Varsovie ces lettres de noblesses par l'Histoire, c'était la mission belle et bien accomplie de Joanna. Merci à elle,

Do zobaczenia !

( «  à bientôt »,  en polonais).

Alice Majka

#semaineexpographique

#joannalang

#muséedelinsurrection

#pologne

Un muséographe révélé ?

Interview d’Olivier Romain Rouchier

Olivier Romain Rouchier est commissaire de l’exposition « Objets révélés » programmée au musée de la Chartreuse de Douai pour 2018, c’est un homme vif et chaleureux qui me parle avec passion,de sa nouvelle mission dont il se sent pleinement investi. Son parcours est atypique et ne le prédestinait pas à travailler un jour pour un musée. Cette opportunité s’est toutefois présentée à lui presque par hasard et il ne regrette pas du tout cette expérience, bien au contraire ! 

Vélo © Olivier Romain Rouchier

Que la été ton parcours avant de devenir commissaire d’exposition au musée de laChartreuse de Douai ?

Depuis tout petit j’ai la passion des vieuxobjets. Dès mes 12 ans je commençai à collectionner des objets que je trouvais dans des brocantes ou chez les antiquaires. Très tôt, et de façon autodidacte,je me suis documenté sur ces objets et j’ai acquis une connaissance assez pointue et spécifique sur ce sujet. A 23 ans je deviens antiquaire Nancy, métier que j’ai exercé jusqu’en 2007. J’ai vendu beaucoup de choses identiques à celles qui sont dans les réserves du musée !

A cepropos, comment en es-tu arrivé à travailler au sein du musée ?

C’est Anne Labourdette, la conservatrice, qui m'a contacté. Elle avait besoin d’une expertise pour certains objets (des boucles de chaussure du 18eme siècle). J’ai commencé à travailler comme consultant bénévole en 2015, mon rôle a été de décrire et d'identifier certainsobjets et aussi de corriger des descriptions anciennes erronées.

Identifier un objet, le retrouver àl’inventaire, retrouver son histoire, le comprendre, c'est pour moi une sortede sauvetage et donc une grande joie. Cette première expérience fut unémerveillement.

Vousavez fait des trouvailles excitantes ou bien était-ce du simpleétiquetage ?

C’était une chasse au trésor ! Je suis tombé sur des objets dont je ne soupçonnais même pas l’existence comme un objet en fer et en laiton du XIXe siècle qui servait à mesurer les sabots deschevaux. Chasse au trésor mais aussi un voyage puisque nous avons trouvé,parfois au fond d’une grosse caisse ou incognito à proximité de plusieursobjets banals, des objets rares et exotiques. J’ai par exemple reconnu uneamulette égyptienne rescapée de l’ancienne collection d’ethnologie du muséeperdue pendant les conflits historiques. Celle dont je suis le plus fier restequand même cet éperon à molette du XIVe qui (après des recherches) s’avérait apparaître dans l’inventaire de 1807 qui le rangeait déjà dans les antiquitésde l’Antiquité et du Moyen-âge ! C’est un objet rare. Il faut dire qu’Anne Labourdette est très active pour impulser une recherche d’œuvres disparues enrégion.

Maiscomment a germé l’idée de concevoir une exposition autour de tous cestrésors ?

C’est Anne Labourdette qui a lancé cette idée, je pense que mon enthousiasme communicatif qui a sensibilisé l’équipe dumusée à toutes ses trouvailles. Nous avons eu encore plus conscience de lavariété et de la richesse des collections du musée. Elle m’a donné carteblanche pour sélectionner une petite centaine d’objets (sur près de cinq mille)qui seront exposés. J’ai donc eu le privilège de choisir les objets de façonpersonnelle et arbitraire, j’ai choisi en fonction de mes goûts et de la« force d’évocation » sur le public que ses objets peuvent avoir. Ces objets se distinguent aussi par leur rareté, leur curiosité et leur qualité. Iln’y aura pas que du « joli », mais des choses cassées ou rouillées et des objets « gore » ou drôles.

Sac à tête © Olivier Romain Rouchier

L’exposition semble surtout reposer sur le sensationnalisme, as-tu pensé en amont à un concept muséographique ?

Bien-sûr, j’ai décidé de regrouper les objets autour de thèmes universels et intemporels comme « Naître etmourir », « La Violence », « l’Amour »,« l’Exotisme et le Voyage »... Mon but est de parler au plus grandmonde. J’assume le parti-pris de jouer avant tout sur l’émotion du visiteur. C’est selon moi le meilleur moyen de relier ce dernier avec ses vieux objetsdans leur cœur et dans le temps. Je ne veux pas qu’on reste indifférent à ceque nous allons exposer. En même temps que je dessinais le parcours de visite,je me suis documenté sur les objets sélectionnés ce qui va me permettre de lesdécrire, de rédiger les cartels, les textes de salle et le catalogue de l’exposition. Je vais à l’essentiel dans un souci de vulgarisation scientifique. Mon exposition sera libre : pas de parcours de visite,seulement des petits îlots à thème autour desquels les visiteurs pourront naviguer à leur guise.

Unvéritable travail de muséographe en somme, et la scénographie c’est toi quit’en occupes ?

Jusqu’ici pour la muséographie j’ai travaillé seul et j’ai des idées pour la scénographie. Cependant je ne pense pas que j’endosserai un rôle de scénographe en plus de celui de muséographe. Ce sera untravail collectif dans lequel je pense tout de même avoir mon mot à dire. Jen’abandonne pas mon projet une fois que je l’ai écrit, je serai là pour sa miseen place, sachant que des réajustements au niveau du contenu auront peut-être lieu face à certains problèmes que l’équipe scénographique auront pointé. Je souhaite par exemple, à la fin du parcours de visite, organiser un couloir( ré)créatif de médiation innovante. Je veux que le public soit intéressé, qu’il réagisse à ce qu’il voit.

Podomètre © Olivier Romain Rouchier

Quelregard portes-tu sur les musées aujourd’hui ?

Souvent dans les musées et les expositions, les cartels sont illisibles ou incompréhensibles, et on peut rarement s'asseoir ! Il n'y a pas assez de jeunes dans les musées d'art ancien, trop de gens se disent " le musée ce n'est pas pour nous, c'est ennuyeux ". Il faut aller à leur devant et renouveler et régénérer le public des musées. Notre exposition est destinée à tous bien sûr, mais j'espère qu'elle attirera les jeunes. Ce serait pour moi un beau compliment qu'un adolescent me dise qu'il ne pensait qu'un musée pouvait être aussi "cool". Donc l’exposition seraludique, libre et pour tous ?

Exactement ! Je rajoute qu’elle sera confortable, il y aura des sièges ! Ce sera une exposition sérieuse qui ne se prendra pas au sérieux.

Etla cohabitation avec des muséographes « du cru », un choc descultures ?

En réalité j’ai été très étonné par l’accueilet la confiance dont les collègues du musée ont fait preuve. Ils ont fait l’école du Louvre, moi je n’ai aucun bagage muséographique, juste mes connaissances de spécialiste autodidacte. Pourtant, on m’a adopté immédiatementet on a porté une grande attention à mes avis. C’était très confortable comme situation. On m’a même demandé d’organiser une visite des réserves au conseil municipal, c’est là que j’ai remarqué que j’arrivais à intéresser les gens mêmeaux trucs moches et détériorés.

Amaury Vanet

 #Objets

#Antiquités

#Réserves 

Pour en savoir plus : http://www.museedelachartreuse.fr/

Une année 2012 finie en beauté!

Au cours du mois de décembre 2012, la promotion Marie-Geneviève Bouliard est partie en voyage d’étude à travers la Belgique, la Lorraine et la Suisse. Ces cinq jours organisés par Serge Chaumier furent intenses en découvertes. 

Notre première escale fut la ville d’Ypres en Belgique où se tenaient les journées d’études sur les Constructions mémorielles participatives organisées par le département du Nord. En plus des interventions, nous avons découvert In Flanders Field Museum : musée commémoratif de la première Guerre Mondiale et nous avons même participé à la cérémonie du Last Postau Mémorial de la Porte de Menin, accompagné par le collaborateur scientifique recherche du musée, Dominiek Dendooven. 

La suite de notre voyage s’est poursuivie par la Lorraine avec la visite du Centre Pompidou Metz où Helène Guénin nous a accueillis et fait découvrir la programmation culturelle du lieu. Le FRAC Lorraine nous a aussi ouvert ces portes et Chéryl Gréciet, chargée des publics et de la programmation culturelle,  nous a fait découvrir leur collection axée sur les artistes féministes contemporaines travaillant sur toutes formes de support (arts graphiques, vidéo/son, etc). 

Nous posons finalement nos bagages à Neuchâtel, au bord du Lac après avoir bravé la neige suisse. Après une nuit de repos, nous sommes accueillis au Musée d’Ethnologie de Neuchâtel par Marc-Olivier Gonseth – conservateur - et Grégoire Mayor - conservateur adjoint. Une majeure partie de la journée sera consacrée à l’étude de l’exposition temporaire actuelle Hors-Champs,hymne à l’intérêt que Jean Gabu, créateur du musée, portait aux régions.  

Le lendemain nous voici à Vevey : au bord du Lac Léman, une fourchette géante plantée dans l’eau nous indique que nous sommes arrivés à l’Alimentarium. Denis Rohrer, conservateur au musée, nous accompagne dans la visite du lieu et nous en profitons aussi pour flâner dans la délicieuse exposition sur les collectionneurs.

L’après-midi, nous prenons la direction de Lausanne pour visiter la Fondation Verdan - Musée de la main. Ce centre d’expositions est consacré à la culture scientifique, médicale et artistique. L’exposition du moment Touch a été un moment plein d’expérimentations et de (re)découverte de l’utilisation des sens, en particulier du toucher, à travers de nombreux dispositifs interactifs. 

Le séjour s’est fini par la visite du Laténium – musée archéologique de Neuchâtel. Construit au bord du lac, le parcours muséographique intègre toutes les époques (de la préhistoire au moyen-âge) d’occupation de ces rives. La rencontre avec Marc-Antoine Kaeser, conservateur du musée, nous a permis de mieux comprendre les ambitions du lieu un peu différentes de ceux plus « archéo-classiques ». La volonté est de mettre le visiteur en position de réflexion par rapport aux objets qui l’entoure, afin de l’amener à créer des liens entre les époques, sans suivre un parcours chronologique. 

Crédits : L'Art de Muser

Ce séjour hors de la région Nord-Pas de Calais s’inscrit dans la continuité de la formation qui est, non pas d’assister à de nombreux cours théoriques à l’Université, mais d’aller à la rencontre des professionnels, le plus souvent sur leur lieu de travail. Ceux-ci nous donnent une approche concrète de leur travail et de certaines problématiques qui les touchent. En ce début d’année 2013, nous avons notamment rencontré Cyril Dermineur au Musée des Beaux-arts de Valenciennes, pour une journée sur le récolement, ainsi que Véronique Mary, directrice du Forum Antique de Bavay, et Anne Labourdette, conservatrice du musée de la Chartreuse de Douai, sur les questions que soulèvent l’écriture du Projet Scientifique et Culturel.

Promotion Marie-Geneviève Bouliard

In Flanders Fields

Centre Pompidou Metz

FRAC Lorraine

Musée d’Ethnologie deNeuchâtel

Alimentarium de Vevey

Fondation Verdan –Musée de la main

Le Laténium Neuchâtel