Le musée mis en scène

"Arto" quoi ?

Une artothèque c’est quoi ? Communément elle peut se définir comme « un organisme pratiquant le prêt d’œuvres d’art ou de reproductions » (définition Larousse). Celle que je vous propose de découvrir a bien d’autres fonctions.

© L’art de muser

Une artothèque c’est quoi ? Communément elle peut se définir comme « un organisme pratiquant le prêt d’œuvres d’art ou de reproductions » (définition Larousse). Celle que je vous propose de découvrir a bien d’autres fonctions.

Inaugurée en avril2015 à l’occasion de Mons 2015, l’artothèque définie ici comme « le muséedes musées » se place au cœur du réseau muséal de la ville. Y sont réuniesprès de 50 000 œuvres d’art issues des collections communales des différentsmusées de la ville. Des collections, en somme éclectiques, prenant place aucœur de l’ancienne chapelle du couvent des Ursulines, bâtiment datant duXVIIIe, restauré à cette occasion. L’artothèque, réserve mutualisée pour lesdifférents musées de la ville, se donne quatre missions : conserver, restaurer,étudier et communiquer les collections. Ici est offert aux visiteurs lapossibilité de s’immerger dans les réserves, de découvrir la face cachée desmusées, et les différents métiers de l’ombre gravitant autour. Pensée comme un« Muséum Lab », l’artothèque abrite, en plus des réserves, un espacede numérisation et un atelier de restauration.

Pour des raisonsévidentes de conservation la visite de l’artothèque ne consiste pas à mener lespublics de réserves en réserves, l’expérience se vit autrement. Dés le halld’entrée, les visiteurs touchent du doigt les collections, comme placées sousverre les œuvres se dévoilent sans pour autant s’exposer. Il s’agit d’une« vraie » réserve, un lieu où l’optimisation de l’espace estprivilégiée et dans lequel les nouvelles technologies rendent visibles les collections.Grâce à la numérisation de nombreuses œuvres, l’artothèque s’est constituée uneréserve virtuelle, là est expérimentée une nouvelle façon de valoriser lestrésors habituellement cachés aux visiteurs.

©Amandine Gilles

Dispositiftactile présent à l’entrée permettant aux visiteurs d’explorer l’artothèqueétage par étage afin d’y découvrir les différents espaces qu’elle abrite et lesmissions qu’elle se donne.

Pour accéder à cetteréserve virtuelle il faut prendre la direction de la nef latérale pour ydécouvrir une salle où se côtoient différentes technologies. Parmi elles, unécran panoramique incurvé qui, grâce au procédé de la Kinect, permet auxvisiteurs d’interagir physiquement avec les œuvres. D’un simple mouvement debras, de main, le visiteur évolue entre les œuvres, en sélectionne certaines et,grâce à la numérisation HD, en découvre les moindres détails. En somme, levisiteur entre dans l’œuvre.

© L’art de muser

L’expérience nes’arrête pas là, au centre de la salle sont placés différents mobiliers surlesquels sont disposées des tables numériques. Trois modes d’exploration sontproposés, de la frise chronologique « Mons au fil des siècles », à la« Visite virtuelle de Mons », en passant par la « Visite de lachapelle », nous sommes amenés à découvrir la diversité des collectionsmontoises. Là aussi le visiteur peutsélectionner une œuvre, puis zoomer pour en découvrir le moindre détail. Pourcertaines œuvres l’expérience va plus loin, en les sélectionnant un plan de lasalle apparaît, ainsi qu’un schéma du mobilier, des zones précises s’illuminentalors. En effet, certaines œuvres numériques ont leurs pans réels dans lasalle, en explorant les différents tiroirs du mobilier les visiteurs découvrentdes œuvres de toutes sortes.

 © L’art de muser  

 ©Amandine Gilles

© L’art de muser

Ce dispositif estaussi le moyen d’exposer de manière ludique les différentes étapes de larestauration d’un objet. Grâce aux différentes numérisations le visiteur peut ainsicontempler l’état d’un même objet à chaque étape de restauration. Ces technologiesimmersives et participatives permettent de plonger le visiteur dans l’universdes réserves, de lui donner accès aux œuvres, et de lui faire découvrirl’importance de certains métiers, qui lui étaient peut-être inconnus jusque là.L’intérêt est aussi scientifique, en effet, la qualité de la numérisation desdifférentes œuvres permet notamment la visualisation de détails alorsinvisibles à l’œil nu.

Pour les visiteurssouhaitant approfondir leurs connaissances, notamment sur une œuvre découverteplus tôt, un centre documentaire est mis à leur disposition au premier étage.Véritable outil au service des publics, on y retrouve une multitude d’ouvragesen lien avec les collections communales et le patrimoine montois.

© L’art de muser

L’artothèque de Monsest un lieu aux potentialités et à l’imagination sans limites. Pourl’inauguration les visiteurs étaient invités à se mettre dans la« peau » d’une pièce entrant dans les collections. Ainsi, à leurentrée dans l’artothèque, emballés telles de véritables œuvres d’art, lesvisiteurs étaient étudiés par le personnel afin d’évaluer leur état. Selon leurâge et bien d’autres critères, ils étaient ensuite répartis dans les différentsservices de l’artothèque, l’atelier de restauration pour « les plusabîmés », et les différents espaces de réserve pour ceux « en bonétat ». A travers cette immersion originale, les visiteurs découvraientles différents parcours qu’une œuvre d’art pouvait emprunter en entrant dansles collections, et prenaient connaissance des différents métiers liés à lagestion des collections. Actuellement, différents projets de médiation,toujours plus inventifs, sont en cours de réflexion promettant bien d’autres expériencesau cœur des réserves !

Amandine Gilles

#Mons2015

#artothèquePour en savoir plus : http://www.artotheque.mons.be/

À la chasse aux œuvres

Prenez une salle qui rappelle les cabinets d’amateurs du 18ème siècle : tapisserie violette à motifs en velours, meubles et objets d’époque, tableaux de chasse à cadres larges dorés. Ajoutez à cela des animaux naturalisés. Puis de l’art contemporain.

Salon de Compagnie © Méline Sannicolo

Bienvenue, vous êtes arrivés au Musée de la chasse et de la Nature, un des plus beaux exemples de décloisonnement des techniques et époques artistiques.Le mélange des disciplines et des époques, bien sûr ne relève pas de la simple recette que j’énonce en préambule, il est si subtil et bien amené que lorsque l’on visite ce musée pour la première fois, il est bien délicat de remarquer tout de suite que chaque salle a son lot d’œuvres contemporaines. Cela vient du fait que celles-ci, souvent produites par des artistes contemporains invités à intégrer les collections, font réellement écho aux œuvres du musée.C’est là qu’est tout le jeu. Dès que l’on comprend que toutes les œuvres d’une même pièce ne proviennent pas de la même époque, un phénomène très étrange se produit : on se met à la recherche des œuvres contemporaines et des éléments décalés et cachés de chaque salle. Et c’est ainsi que chaque visiteur devient, le temps la visite, un chasseur traquant ces particularités. 

« Bien sûr, il y a les merveilles sorties des collections du musée. Mais elles ne sont pas seules. Un monde s’est créé autour d’elles. »

Frédérique Paoletti & Catherine Rouland, architectes DPLG muséographes,

scénographes du parcours permanent

Un coup de génie me direz-vous, car pour trouver ces éléments, il faut alors examiner minutieusement chaque œuvre, chaque cartel, chaque bout du musée. Même le sol peut cacher des surprises, comme des traces de pattes ou un trou de souris.Le musée devient alors le terrain de chasse du visiteur.En ce moment, c’est au tour de l’artiste Miguel Branco de venir investir à la fois la cour du musée et les collections permanentes (jusqu’au 12 février 2017). Ses œuvres s’éparpillent le long du parcours et il faut bien ouvrir l’œil pour les remarquer.

Salon Avifaune © Noé Robin

Ainsi, en arrivant dans la salle Avifaune, vous remarquerez le grand grand mur d’études d’oiseaux. Jusque-là rien d’extraordinaire. En regardant d’un peu plus près ces peintures, au milieu de tous ces oiseaux vous trouverez deux représentations d’avions, plus exactement des drones militaires : cette fois c’est bon, vous êtes sûr d’avoir repéré une des œuvres contemporaines de Miguel Branco ! En examinant ces œuvres, vous constaterez qu’elles sont dans les mêmes cardes que les oiseaux, qu’elles ont également le même cartel, le même nom d’artiste, … Vous êtes alors saisi d’un doute… Serait-il possible que ce peintre du XVIIIème ait peint à la fois des études d’oiseaux, très réalistes et les avions dans un tout autre style ? Au vu des dates, c’est difficile d’y croire, mais c’est encore plus difficile de se résoudre à remettre en cause une chose affirmée dans un musée ! Quelle étrange sensation !Dans ce musée, nous sommes tous amenés à remettre en cause le discours de vérité de l’instance muséale, à questionner chaque œuvre et éléments présentés.Tiens donc, regardez au plafond, regardez les caméras de surveillance. Êtes-vous sûr que ce sont de vraies ?

« Le jeu est enfin devenu ce qu’il voulait être, humours, légèreté́ ;un jeu d’autant plus frais qu’il n’est pas un jeu d’enfant.Car ce n’est pas une anecdote que ce jeu.Il est la dernière œuvre inaugurée ici : la grande installation contemporaine qu’est le musée lui-même. »

Frédérique Paoletti & Catherine Rouland

 

Alors que d’autres musées essayent de décloisonner les périodes de l’histoire de l’art, à travers une architecture et un choix scénographique qui se débarrassent réellement des cloisons murales (comme dans la Galerie du Temps du Louvre-Lens), le Musée de la Chasse et de la Nature, lui, propose un parcours bien défini, aves des salles ayant toutes quatre murs bien existants. Le décloisonnement est ici d’autant mieux réussi qu’il amène de visiteurs à être actifs et conscients lorsque son regard passe d’une œuvre de beaux-arts classique, à un ours blanc naturalisé, à une tapisserie du XVIème siècle, à une œuvre contemporaine de Jean Fabre ou Jean-Michel Othoniel. Ici les œuvres et objets de toutes les périodes communiquent entre elles et surtout avec le public.

                                                                

Méline Sannicolo#musée #chasse #décloisonnement #miguelbranco

                                                                                                                                               Pour en savoir plus :Musée de la Chasse et de la Nature : http://www.chassenature.orgArtiste invité jusqu’au 12/02/2017, Miguel Branco : http://www.chassenature.org/miguel-branco-black-deer/

Barbie, la poupée controversée

C’est avec un regard curieux et loin de mes a priori sur la poupée Barbie que je décide de mettre des mots sur mon expérience. Si certains dénoncent le modèle féminin de la Barbie, c’était une toute autre vision que nous proposait l’exposition Barbie au Musée des Arts décoratifs de Paris de mars à septembre 2016. 

 

Barbie Fashion, Joseph Condé © photo A. Erard

C’est avec un regard curieux et loin de mes a priori sur la poupée Barbie que je décide de mettre des mots sur mon expérience. Si certains dénoncent le modèle féminin de la Barbie, c’était une toute autre vision que nous proposait l’exposition Barbie au Musée des Arts décoratifs de Paris de mars à septembre 2016. Exposition ayant été conçue par Anne Monier (conservatrice du département des jouets), assistée d’Aurore BAYLE-LOUDET, et scénographiée par Nathalie Crinière. Depuis les années 60, Barbie s’est imposée comme une figure phare, une icône pour la jeunesse, qui fascine aujourd’hui toutes les générations. Et quelle bonne surprise que de pouvoir se replonger dans son univers féerique le temps d’une visite ! Les adeptes n’avaient qu’à bien se tenir car c’est une réelle redécouverte qui nous attendait dans ce « Barbieland ». Strass, froufrous et paillettes étaient au rendez-vous, mais qui connaissait réellement sa gigantesque famille, son évolution physique au fil des décennies, sans parler de sa carrière fluctuante digne des plus grandes figures de ce monde ? « À travers ses tenues, nous dessinons ses carrières, les étapes de sa vie, et plus largement toute l’histoire de Barbie » disait Robert Best, directeur en chef du design de Barbie. La poupée a inspiré les plus grands artistes et l’exposition leur rend hommage.

Barbie Karl Lagerfeld © photo A. Erard

Je démarre donc cette visite sans a priori sur l’image idéalisée par la société Mattel, de la femme moderne qui a souvent fait parler d’elle. L’exposition prend tout son sens en ce qu’elle nous présente la Barbie dans un parcours de vie des plus complets. La maison Mattel est mise en lumière à plusieurs reprises, on retrouve notamment ses ateliers de fabrication en version miniature qui évoquent la conception du jouet qui sera bientôt idolâtré.

Décor de l'atelier Mattel © photo A. Erard

Des Barbie en veux-tu ? En voici en voilà ! C’est un défilé de Barbies auquel nous assistions, pour cette figure de mode qui a inspiré les plus grands, tels Karl Lagerfeld, Thierry Mugler, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier, Agnès B, Cacharel ou encore Christian Louboutin. Chacun habille la Barbie à son image ou bien la représente une icône de la mode. On ne cherche donc pas à toucher un public exclusivement jeune ou féminin mais également les amateurs de mode et toute personne curieuse de l’évolution de la poupée dans son aspect historique et dans les modes qu’elle a représentées au fil des décennies.

Car la Barbie a connu de multiples changements physiques, c’est un jouet en constante évolution. Longtemps critiquée, elle arbore fièrement ses nouvelles formes et ses couleurs de peaux. 14 visages, 23 couleurs de cheveux, 8 couleurs de peau, une diversité qui ne satisfera que partiellement les plus sceptiques et même 4. Certes, un certain canon esthétique demeure. Dans la salle dédiée à l’évolution du jouet, je ne peux m’empêcher de sourire en voyant la transformation du mécanisme de la Barbie dont les articulations s’assouplissent au fil du temps pour la rendre de plus en plus maniable. Barbie s’inscrit donc dans une évolution historique riche en rebondissements, et c’est certainement l’aspect socio-culturel du jouet qui est mis en avant dans cette exposition. On constate notamment l’évolution des rôles joués par Barbie au fil du temps, si la première Barbie incarnait le phénomène « girly », Mattel a lancé la production de barbies exerçant des métiers initialement appréhendés par les hommes (cosmonaute, footballeuse, présidente …). En ce sens, elle représente l’image de la femme indépendante dans un monde qui ne serait idéalement pas dominé par l’homme. Robert Best disait que « Barbie doit être représentative de son époque mais surtout nous devons garder à l’esprit qu’il s’agit avant tout d’un jouet pour enfants. » Je m’attache alors à comprendre l’enjeu d’un tel phénomène dans l’époque dans laquelle elle s’inscrit. Dois-je comprendre que la poupée serait une inspiration plus qu’un modèle à imiter ? En nous laissant penser cela, le créateur cherche sûrement à camoufler l’image initiale qu’il a cherché à transmettre au travers de ses poupées, soit la superficialité d’un jouet et de son image. Je peux néanmoins m’amuser de la voir déclinée dans plus de 150 tenues représentant le même nombre de métiers qu’elle a pu exercer au cours de sa vie.

La visite se déroule le sourire aux lèvres. Nul besoin d’une ambiance des plus silencieuses, car Barbie c’est avant tout le jeu et la joie de vivre. J’entends en fond sonore la chanson « Barbie Girl », musique ayant traversé des booms générationnelles. Une salle est consacrée au jouet, à ses aventures et ses publicités télévisées. Je déambule le long de ces écrans qui passent en boucle les images de la poupée animée, et qui nous rappellent que le phénomène va au-delà de la simple représentation physique du personnage.

Salle des vêtements © photo A. Erard

Afin de contenter les plus adeptes de mode, l’exposition nous plonge dans une nouvelle salle dédiée à la garde-robe de Barbie. Une déclinaison d’habits, un arc-en-ciel de couleurs et des centaines de vêtements et accessoires miniatures sont fixés aux murs de cet espace de transition. Créativité et diversité sont au rendez-vous dans ce dressing que l’on voudrait avoir chez soi. 

Je poursuis ma visite en entrant dans une salle consacrée à l’entourage de Barbie, un arbre généalogique sans fin, des amis que l’on ne compte plus, une famille représentative de la prétendue famille américaine « modèle » et bien sûr ses conquêtes amoureuses. L’arbre généalogique nous présente ces personnages fixés aux murs pour faciliter sa lecture, ce qui s’avère plutôt nécessaire vu le nombre de membres dans son entourage proche. 

La visite se termine sur une déclinaison de plusieurs Barbies réalisées par des étudiants en Ecole de design textile. Ces représentations démontrent l’inspiration irrémédiable de la poupée, qui voyage à travers les temps, marque les esprits et s’impose à la manière d’un mythe universel. Elles donnent à voir le potentiel de futurs créateurs et clôturent la balade sur une touche de créativité.

L’exposition Barbie aura-t-elle réussi à convaincre les plus sceptiques de l’univers de la poupée ? La muséographie aura-t-elle participé à une surenchère de critiques sur le caractère superficiel de la Barbie ou aura-t-elle épousé des mouvements de société ou de la mode ?

Anna Erard

#barbie

#artsdécoratifs

Découverte du musée du Folklore de Tournai par le biais d'une visite atypique à but créatif

Cet article a été rédigé à la suite de ma première visite de cette institution municipale, à l’occasion de l’opération Musées(em)portables, concours de film courts organisé par le SITEM. Dans ce cadre 3 étudiantes du MEM sont responsables du jumelage entre le Musée du Folklore de Tournai (lieu de tournage) et les étudiants de l’HELHa qui créent leur film sur place. Simple accompagnatrice de mes camarades, je n’ai été qu’observatrice des interactions et de la découverte des lieux par les septante étudiants (présence en territoire belge oblige je ne dirai pas soixante-dix par respect de la culture wallone).

Devant l'entrée du Musée du Folkore après avoir sonné la cloche © J. D.

Installé dans une maison tournaisienne derrière la Grand’Place, les collections du musée sont abritées derrière des façades datant du XVII et épargnées par les bombardements. Après que l’on ait fait sonner la cloche de la porte d’entrée, Jacky Legge responsable du lieu depuis septembre nous accueil. Il est une personnalité phare de la vie culturelle de Tournai puisqu’il est aussi coordinateur de la maison de Culture, et chargé de cours auprès des étudiants participants. 

Crée en 1930 sous la direction du conservateur Walter Rivez, le Musée du folklore de Tournai en Belgique fut novateur notamment par la récolte importante des dons de la populations, pratique muséale que l’on retrouve aujourd’hui dans des institutions de plus grande échelle tel que le Musée national de l’Histoire de l’Immigration1. 

Toutefois comme le concède le nouveau responsable des lieux à ses étudiants, l’ensemble est resté dans son jus. En parcourant les 23 pièces du musée nous découvrons effectivement dioramas, vitrines et maquettes qui évoque la vie quotidienne la région tournaisienne entre 1800 et 1950 aussi bien par les expôts que par-là scénographie. 

Ce retour dans le temps c’est aussi bien la force et la faiblesse de ce musée (au point que cela en ferait presque un cas d’école). Les effets en sont donc multiples pour l’expérience du visiteur dépendant bien évidemment de son profil. La visite gratuite est un point fort car elle permet une visite plus « légère » sans pression de rentabilité du temps passé sur place. De même en cassant la barrière financière on révèle davantage les autres barrières d’entrées au musée. De par son sujet non élitiste, le musée du folklore de Tournai n’est certes pas concerné par l’inconfort que certains groupes qualifiés tantôt de « public empêché », « champ social » voir « non public » peuvent ressentir dans des lieux de culture dite légitime. Au contraire ces individus peuvent prendre goût à leur visite par le caractère authentique des lieux des artefacts présentés. D’autant plus s’ils reconnaissent des objets, décors, particulièrement si le groupe de visite est intergénérationnel. L’ancrage territorial du musée, ainsi que sa longévité renforce ce type de visite. En effet aux mémoires préservés dans les lieux par les collections s’ajoutent celles des visiteurs qui venaient enfants avec leurs parents, aujourd’hui adultes ils peuvent prendre plaisir à retrouver les liens tel qu’ils les ont connus et, évoquer leurs souvenirs de visite.

D’un autre coté si le groupe ne possède pas les codes de référence des époques traités, on pense aux jeunes non accompagnés par leurs familles ou enseignants, le ressenti est tout autre. C’est d’ailleurs ce que j’ai pu observer lors de cette visite, certes dans un cadre scolaire mais dont le but était la production d’un contenu créatif s’inspirant des lieux, collections, sujets. Aussi a aucun moment il n’y a eu à l’intérieur du musée de transmission traditionnel délivré par un « savant » à un « non-initié ». La classe s’est de suite dispersée, à la recherche d’un point de départ d’une fiction. Ils n’ont pas été déçu par l’image du musée figé et des éléments de mise en scène « un peu flippant »2 (voir les photos ci-dessous) car pour eux c’était la matière nécessaire à leur créativité. 

Ce sont souvent les mannequins et poupées qui sont perçues de manière négatives par nos jeunes visiteurs.

Sentiments que nous étudiantes du MEM partageons. © J. D.

Aussi plus qu’au statut et au contexte d’utilisation des objets, c’était l’effet du visuel qui était recherché au prime abord par ces étudiants. Jacky Legge s’est d’ailleurs étonné qu’ils ne soient pas venus demander de renseignements complémentaires sur les objets alors qu’il avait spécifié qu’il était disponible et volontaire à ce sujet. Ce constat n’est pas pour autant négatif, il montre juste que leurs imaginations n’ont pas besoin (pour la plupart) d’être nourries par des faits scientifiques sur les sujets filmés. Il est fort probable qu’ils reviennent par la suite, lors du développement de scénario demander le contexte d’utilisation d’un objet particulier par exemple. Cette visite alternative en groupe peut aussi susciter la même curiosité qu’un visiteur individuel peut avoir, c’est à dire qu’il choisit l’objet qu’il souhaite approfondir en termes de connaissance. 

Cependant le musée du Folklore de Tournai étant très chargé malgré ses 1000m2, la documentation n’est pas toujours accessible librement, aussi c’est souvent une personne physique qui est dans la capacité de renseigner le visiteur. C’est par ailleurs une chose que le personnel permanant (trois personnes au total sur place) réalise d’une manière remarquable. Sylvain passionné par son lieu de travail et les mémoires qu’ils conservent, n’a pas hésité à me faire une visite spontanée. Agissant comme un médiateur volant qui s’ignore. Les actions envers le public m’ont semblé du même acabit. Simples, tout en étant efficaces et sensibles, ici les défauts sont tellement flagrants, les actions de renouvellement de l’exposition tellement faites « mains » que l’on ait touché par ce nouveau souffle apporté au musée… 

© J. D.

C’est le cas pour les photos qu’une artiste a récolté en lançant un appel auquel professionnels reconnus et amateurs anonymes ont répondu. Elle a ensuite disséminé et mis en parallèles ces clichés avec la collection tout en y ajoutant des textes choisit de la même manière. Ce choix subjectif qui unit des clichés à un décor, un objet de manière surprenante, pertinente, savante,… Crée un fil rouge stimulant la visite habituelle, et renoue le musée au participatif. 

Par ailleurs comme on peut le voir sur le cliché ci-haut cette intervention de l’artiste est signalée par un fil rouge noué. Il s’agit d’une table d’accouchement liée à une photo en noir et blanc d’une toile d’araignée (Bénédicte Hélin). Ce rapprochement permet de nombreuses interprétations : le fil serait cité comme une allusion au cordon ombilical. A cette association s’ajoute le texte « Si j’étais un fil je serai un filou philanthrope et je donnerai du fil à retordre » de Eric qui peut entrer en résonnance avec l’ensemble, si l’on pense par exemple qu’un accouchement peut donner du fil à retordre à la femme allongée sur la table ainsi qu’au gynécologue. Suivre cette idée conduit à des questionnements sur le contexte d’utilisation de l’objet valorisé, « A quel point cette table d’accouchement a-t-elle été bénéfique en terme pratique ? Est-ce que cela a été une révolution dans les arts obstétriques ? Est-ce que cela a permis de minimiser les risques ? ».

La liberté et surtout la présence du travail d’un artiste de manière temporaire dans un musée de société tel que le musée du Folklore de Tournai est à saluer. Ce sont des initiatives de ce genre que Jacky Legge peut poursuivre de manière plus fréquente, qu’à l’occasion de la programmation culturelle de la ville, dont le festival d’art contemporain l’Art dans la Ville3 (3ème édition en 2017) utilise le même principe de disposition d’œuvres en complicité avec des éléments, de l’espace urbain, de commerces et d’équipement culturels. Cette année, en octobre c’était Nicolas Verdoncq et sa proposition nommée L’île Noire qui s’est prêté au jeu au sein d’un musée du Folklore. 

On peut imaginer que la participation du Musée du Folklore au projet Musées(em) portables grâce au jumelage avec les septante étudiants de l’HelHa pourra être valorisée tout en éclairant les collections grâce à la projection des films in situ.

Julie D.

#muséedufolklore

#tournai

#musées(em)portables

#HELHa 

_________________________________________________________________________

1 Voir la galerie des dons du musée

2 Citation de plusieurs élèves qui ont utilisé des objets dans leurs films pour faire un film reprenant les codes des films d’horreurs.3 https://artville.tournai.be/

Faire l’expérience de la conservation-restauration à l’Ashmolean Museum d’Oxford

Lors de notre visite à l’Ashmolean Museum nous avons découvert, dans les sous-sols du musée, un espace d’exposition dédié à la présentation des collections et à l’explicitation de lapratique de la conservation-restauration. En plus de donner de la visibilité à une action généralement méconnue du grand public, tout ce qui fait l’attractivité de ce parcours est qu’il est également doté de plusieurs dispositifs interactifs et de manipulations.

© A.G.

Lors de notre visite à l’Ashmolean Museum nous avons découvert, dans les sous-sols du musée, un espace d’exposition dédié à la présentation des collections et à l’explicitation de la pratique de la conservation-restauration. En plus de donner de la visibilité à une action généralement méconnue du grand public, tout ce qui fait l’attractivité de ce parcours est qu’il est également doté de plusieurs dispositifs interactifs et de manipulations.

L’actuel Ashmolean Museum d’Oxford a été fondé au tout début du XXe siècle sur la fusion des anciennes collections du musée éponyme et des collections d’art de l’Université de la ville, jusqu’alors présentées dans la Bodleian Library. Le musée compte une grande variété de départements : d’antiquités, d’art oriental, d’art occidental (du Moyen-âge à nos jours), de numismatique ou encore de moulages.Toutefois, nous nous intéresserons ici plus spécifiquement à la façon dont le musée évoque au sein même de ses espaces d’expositions deux de ses missions essentielles : la conservation et la restauration.

Sensibiliser les publics

« Merci de ne pas toucher », « Flashinterdit »…sont autant de recommandations auxquelles sont confrontés les visiteurs. Une foissortis des réserves les objets sont en effet exposés à un certain nombre derisques, autant liés aux visiteurs qu’à l’atmosphère ou encore à la températurede la pièce. D’une certaine manière les réserves restent encore les lieux lesplus sûrs pour assurer leur bonne conservation, mais cela est loin d’être unesolution à long terme. Ainsi, il est légitime de se demander si dicter desimples consignes aux visiteurs est vraiment la seule solution pour garantir àla fois la bonne préservation des objets et leur exposition au public ?

Grâceà ces différents dispositifs, le parti pris de l’Ashmolean Museum est plutôt dedonner des clefs de compréhension aux visiteurs afin de les sensibiliser auxenjeux de la conservation-restauration.

« Objectsare fragile »

© A.G.

Dans unpetit cadre doré accroché au mur, sont disposées deux plaques, une de métal etune de calcaire. Les visiteurs sont explicitement incités à toucher la partienon protégée des plaques : « Please touch ! »,faisant ainsi augmenter le compteur. Par ce geste très simple, et en comparantavec les parties protégées, on découvre alors les dégâts que peut engendrer letoucher sur la matière.A traversdes textes explicatifs, des photographies et différentes manipulations lesvisiteurs découvrent les problématiques auxquelles sont confrontéesquotidiennement les institutions muséales. Sont aussi dévoilés plusspécifiquement une profession, ses techniques et ses problématiques amenant lesvisiteurs à percevoir le musée autrement qu’un simple lieu d’exposition. Plutôtrare dans un musée de type beaux-arts, cette proposition de parcours se révèletrès accessible et ludique. Faire entrer les visiteurs dans l’envers du décorsemble cependant s’inscrire dans une tendance de plus en plus présente au seindes structures muséales ou culturelles, rappelons nous l’exemple del’Artothèque de Mons !

Faire entrer les publics dans lescoulisses du musée

 

Enpénétrant dans les « coulisses » du musée, les visiteurs expérimententpar eux-mêmes les techniques et les méthodes de la conservation-restauration.  

« Exploringwith light »

© A.G.

Face auxvisiteurs se présentent trois objets, placés dans des vitrines. En dessous dechacune d’elles sont disposés des capteurs devant lesquels les visiteurs sontinvités à passer leur main. Par cette action, ils activent différents types delumière sur l’objet. Leur est aussi explicitée par de courts textes, lafonctionnalité de chacune. Pour exemple la lumière UV qui révèle lesdifférences de matériaux, permet potentiellement de découvrir des restaurationsantérieures. Les visiteurs sont sollicités pour trouverpar eux-mêmes si la sculpture a été réparée ou non par plusieurs questions: « Do you think this piece mighthave been repaired ? »

 « Conservation Lab »

© A.G.

Entronsmaintenant dans le laboratoire du conservateur pour en apprendre un peu plussur les objets, et peut-être faire de nouvelles découvertes !

À l’aided’un petit carnet et de deux loupes les visiteurs sont conviés à examiner lesobjets sous vitrine. Pour chaque objet ils sont guidés dans leur expertisegrâce à plusieurs questions qui leurs sont posées : « What other colours do you see ?What materiel do you think this knife is madeof ? ».Cesdispositifs permettent aux visiteurs de comprendre les gestes qu’implique laconservation-restauration. Ils ne font cependant pas qu’expérimenter. En effet,par différents questionnements qui leurs sont directement adressés, ils sontégalement amenés à établir leur propre réflexion sur les enjeux de laconservation-restauration et à prendre conscience de son rôle crucial dans latransmission du patrimoine.

Certainesinstitutions vont même plus loin dans la démarche notamment en réalisant desrestaurations face aux visiteurs. Comme en 2009-2010, au Musée des Beaux-Artsde Tourcoing (MUba Eugène Leroy) où des restaurateurs effectuaient leur travaildirectement dans les espaces d’exposition, confrontant ainsi les visiteurs à laréalité de ce type d’intervention.

D’autrepart, que cela soit à l’Artothèque de Mons ou encore au Louvre-Lens, lesinstitutions tendent de plus en plus à ouvrir leurs réserves ou simplement àles rendre visibles au public. Un argument d’attrait qui est indéniable pourles visiteurs, toujours désireux de voir ce qui est habituellement gardésecret.Le choixde ce parcours réalisé par l’Ashmolean Museum s’apparente également à unetentative de dévoiler l’invisible au visiteur et à lui faire littéralementtoucher du doigt les problématiques de conservation et de restaurationauxquelles l’institution fait face. D’une certaine façon aussi, un tel parcoursau sein du musée est une sorte de préambule à la visite et contribue à donner auxpublics un autre regard sur les collections du musée. Acteur pendant sa visite,il prend autant conscience de la fragilité des pièces conservées que de lamanière dont il faut les préserver.

Mais au-delàde la fonction pédagogique première, ces initiatives permettent également deproposer une nouvelle expérience de visite, pour toujours plus d’interactionsentre les publics et les œuvres.

Amandine Gilles et SarahHatziraptis

#Ashmolean

#Oxford

#Restauration

#Conservation

#Interaction 

Fiez vous à votre flair!

Le mélange subtil entre Beaux-arts, Art contemporain et la multitude d’animaux naturalisés, est ce qui fait tout le charme du Musée de la Chasse et de la Nature, situé en plein centre de Paris.

Afin de rendre le parcours permanent encore plus vivant et attractif, un artiste contemporain est invité chaque saison à investir le musée,avec ses créations se fondant dans la collection. C’est le cas actuellement pour l’artiste Marlène Mocquet, du 7 mars au 4 juin2017, qui présente une cinquantaine d’œuvres de son univers imaginaire peuplé de créatures fantastiques aux allures enfantines mais en réalité moqueuses et cruelles.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui ce n’est pas seulement cette nouvelle artiste. En effet, le musée a complété son parcours :une « nouveauté » qui se marie à merveille avec les collections. Mais de quoi peut-il bien s’agir ? Un conseil :« Fiez-vous à votre flair ! »

 Maisavant de vous révéler cette nouveauté, voyons un peu comment sontsollicités les cinq sens dans ce musée. C’est parti !

Quels sens sont sollicités lors d’une visite d’exposition ? Facile, me direz-vous : principalement la vue ! Et c’est tout à fait juste, bravo. D’autant que le Musée de la Chasse a une collection très riche et il faut mieux garder les yeux grand ouverts pour remarquer la multitude de détails étonnants et détonants tout au long de la visite.

☑LaVue, Ok !

L’ouïe peut être sollicitée ponctuellement lorsque des films sont projetés par exemple. C’est plutôt commun dans les expositions, rien de bien innovant. Dans son parcours, le Musée de la Chasse a déjà mis en place des éléments renforçant l’utilisation de ce sens :on trouve en effet, dans le cabinet des oiseaux de proie, des chants et bruits de forêt qui nous plongent dans un univers forestier. Dansla salle des trophées, le sanglier albinos de Nicolas Darrot nous surprend par son  rugissement inquiétant.

☑L’ouïe c’est fait !

Passons maintenant au toucher.

Là encore, ce sens est déjà sollicité dans de nombreux musées, pas de quoi casser trois pattes à un canard. Ici, les « armoires »font très bien l’affaire : le visiteur peut ouvrir les différents tiroirs et découvrir les spécificités de chaque animal. De plus, dans la salle des armes, les très nombreux tiroirs peuvent également être manipulés par les visiteurs les plus téméraires ou ceux qui ont eu le conseil de la part du gardien.Ces tiroirs impliquent le visiteur dans sa visite mais pour plusd’information sur la thématique des tiroirs dans le musée, jevous renvoie à un autre article du blog : Tirer, ouvrir et soulever 

☑Le toucher c’est bon aussi ! 

Doncon a : vue, ouïe, toucher. Jusque là, facile. Mais quantest-il du goût et de l’odorat ? C’est déjà beaucoup plus difficile à mettre en place.

Pour le goût, les événements gustatifs dans les musées se font de pluse n plus. Le Palais des Beaux-Arts de Lille a invité un chef étoilé,Alain Passard, lors de l’Open Museum #4 .Le musée de la Chasse a également voulu tester :« Mange-moi », une visite comestible, a eu lieu le jeud i4 mai 2017. Créée en lien avec l’exposition de Marlène Mocquetet son monde imaginaire, l’artiste scénographe Brigitte de Malau aréalisé une dégustation face aux œuvres. Il faut dire que dans les œuvres de Marlène Mocquet, on trouve bon nombre de pommes,fraises et autres œufs au plat…

☑Le gout : check ! 

Finalement ,qu’est ce qui peut être mis en place pour l’odorat ? Quelle est la grande nouveauté du Musée de la Chasse ? Je vous le donne en mille : le « Sentiment de la licorne » qui est un parcours olfactif ! Enfin « parcours »,plutôt une ambiance olfactive créée dans quatre salles du musée :la salle des armes, le cabinet du cheval, le cabinet de Diane et le cabinet de la licorne. Il a été mis en place en collaboration avec la Maison Trudon, Manufacture Royale de Cire. Les « fragrances »ont été créées par Antoine Lie de la Maison Takasago.

Je me suis adonnée à un jeu simple : j’ai décrit les odeurs que je m’attendais à trouver selon les salles avant de comparer avec le parfum réellement diffusé.

Voici le résultat de la première étape. Mes attentes :

Salle des armes : une odeur de poudre, de feu éteint et de métal refroidissant. Quelque chose qui pique un peu le nez et qui remonte bien dans les sinus. Et puis quelque qui reflète la chasse àl’animal donc quelque part la mort.

Cabinet du cheval : le foin, le crottin de cheval. L’écurie enfait, l’odeur du box de cheval.

Cabinetde Diane (des chouettes) : une forêt mais fraiche, un peul’odeur de la forêt la nuit, peut être également l’odeur de lapluie et puis bien sûr la fiente de pigeon (parce que je ne connais pas d’autre odeur de fiente, désolé).

Cabinet de la licorne: alors là il faut que ça sente les paillettes,la magie, l’arc-en-ciel ! J’imagine une odeur très sucrée,comme une barbe à papa. Oui, quelque chose de doux et sucré.

Une fois cet exercice accompli, je me suis rendue dans les différentes pièces, et les yeux fermés, j’ai pris une grande inspiration.

 

 

Salle des armes : ça sent le vieux, le renfermé. C’est un peu l’odeur de chez ma grand-mère tiens… mais finalement çacorrespond assez bien avec l’agencement de cette salle qui est composée de grande armoires renfermant plusieurs dizaines d’armes.Et en reniflant bien, je sens l’odeur du métal, et puis un peu celle du coup de feu ou en tout cas celle de la poudre. Et c’était d’ailleurs la volonté de l’artiste-nez, Antoine Lie, qui voulait retranscrire l’odeur de « la poudre à canon / bête blessée » et a utilisé pour cela de la graisse à fusil ainsique de la poudre à canon.

Cabine tdu cheval : Je perçois légèrement la senteur de l’écurie,mais assez subtilement (voir trop) pour ne pas prendre au nez commeune réelle écurie. On sent bien avec cette salle que le but n’est pas de reconstituer une réelle odeur conforme à la réalité maisque c’est un vrai travail créatif, avec une interprétation propre. En regardant le cartel, je suis quand même tout à faitravie de voir qu’il a réellement du crottin de cheval dans le parfum ! Malgré cela, plus l’on s’approche de la source de diffusion, plus l’effluve s’éloigne du crottin pour devenir du patchouli, également présent dans la composition. En recherchant également dans ma mémoire olfactive, cela me rappelle l’odeur de l’église, plus précisément l’eau bénite. Allez savoir pourquoi, peut-être que le cheval est en odeur de sainteté.

Cabinet de Diane (des chouettes) :dans cette petite salle c’est un parfum frais et fruité que ce discerne. C’est acidulé, citronné même, et me donne vraimentl’impression de me trouver dans un sous-bois un beau jour de printemps. C’est une « chouette » odeur ! Dans la fragrance, on retrouve entre autres : de l’épicéa, de lamousse de chêne, du humus. 

Cabinet de la licorne : Ah, c’est doux, chaud et sucrée. Une odeur tout à fait mystérieuse qui colle bien avec la figure de la licorne. C’est très subtil mais également très enveloppant, unpeu comme un nuage. Cela me rappelle très fortement l’odeur du parfum de ma mère lorsqu’elle sortait le soir quand j’étais petite et que je ne savais pas où elle pouvait bien aller : c’est ça, c’est l’odeur du mystère ! L’ingrédient principal de ce parfum est le beurre d’iris.

Donc l’odorat aussi : ☑

Solliciterles cinq sens (ou quatre, puisque le goût n’est sollicité quetrès ponctuellement) dans une exposition est tout à faitintéressant. Cela permet une expérience complète et l’odorat,récemment arrivé dans ce musée, permet de parfaire l’ambiancegénérale d’une salle. Ce dispositif sert vraiment le propos dessalles out en restant délicat et non agressif pour le visiteur, quipeut-être n’en a même pas conscience et qui se fait mener par lebout du nez.

Méline Sannicolo

#museedelachasse

#odorat

#cinqsens

#parfum

 

 

La fable d’un éveil à l’art

Tapis de jeu de l'oie géant en l'honneur de M. Cognacq et Mme. Jay ©Emeline Larroudé

 

L’Enfancedes Lumièresse présente comme la nouvelle fable du musée Cognacq-Jay. Cette« expopour s’éveiller à l’art »s’est installée sous les combles de la structure du 12 avril au 29juillet 2018. Paris Musées en est l’initiateur, soucieux departiciper à l’éducation du jeune public et d’aller à sarencontre. Pour ce faire, cet établissement public a entrepris decréer une série d’expositions qui leur sont adressées. Destinéesà l’itinérance, elles entendent présenter des thèmes en lienavec les musées et institutions dans lesquels elles s’implantent.Ces parcours, conçus pour les enfants de 7 à 11 ans, sont confiésau commissariat d’Anne Stephan. Muséographe chargée des projets de médiation, elle s’emploie vivement à coordonner ces initiatives avec l’aide des équipes de Paris Musées et desstructures d’accueil elles-mêmes. Fruit d’échanges entre multiples acteurs, L’Enfance des Lumièresveut avant tout répondre aux attentes d’un public trop souvent délaissé.

Al’instar des enfants du XVIIIe siècle, explorons l’exposition à travers les personnages des fables de La Fontaine,auteur du XVIIe, qui ont bercé les enfants du siècle suivant.

Salle d'exposition et modules ©Emeline Larroudé

LaCigale et le Musée

« Nuitet jour à tout venant, Je chantais, ne vous déplaise.»- LaCigale et la Fourmi,Jean de La Fontaine

Le5e étage du musée Cognacq-Jay reçoit gratuitement toutes les cigales qui s’y présentent. A l’accueil du musée les attend un dépliant présentant l’exposition en cours. Des lutrins à destination des plus petits font écho à l’Enfance des Lumièresen indiquant les œuvres qu’elle emprunte au parcours des collections permanentes. D’un pas léger, elle a alors l’occasion de s’aventurer paisiblement sous la magnifique charpente des combles après (ou serait-ce avant ?) avoi rarpenté les niveaux précédents. Qu’y trouve-t-elle ? De quoi se repaître de ses plaisirs simples tout en empruntant subtilement à la fourmi pour s’approprier du contenu. Comment ? En s’adonnant à toutes les activités proposées par chacun descinq modules en place ainsi que par les trois tablettes numériques à disposition. Le champ des possibles est large et varié : de la comptine à chanter au selfie sous fond de tableau de paysage XVIIIepour satisfaire toutes les grenouilles et les corbeaux, en passan tpar de multiples dispositifs interactifs et ludiques. Le tout est articulé autour d’un jeu de l’oie géant en l’honneur de M.Cognacq-Jay. Quelle respiration au sein d’une balade muséale pour le reste très classique et contemplative, passive ! Un jardin de relaxation et de confort pour la cigale en quête de bon temps. 

Recomposition de visages enfantins issus de tableaux ©Emeline Larroudé

LeLion et les Lumières

« Ona souvent besoin d’un plus petit que soi. »- LeLion et le Rat,Jean de La Fontaine

Duplaisir, oui, mais qui passe par l’apprentissage et la connaissance. L’exposition aborde le XVIIIe siècle etle regard intéressé qu’il a posé sur le premier âge de la vie,durant lequel toute forme d’éducation est possible pour quel ’enfant devienne un bon citoyen et plus seulement un bon sujet. Ilest alors considéré pour lui-même, comme un être doué de sensations, de sentiments, et non comme un adulte miniature. Faisantsuite à une introduction sur cette enfance du XVIIIe etsa perception, quatre séquences distinctes, représentées par desmodules, permettent de traiter tour à tour les rapports à lafamille, à l’éducation, au jeu et à la santé. Chaque séquenceest illustrée par une œuvre présente dans le parcours permanent.Celle-ci est ensuite déclinée en œuvre tactile en relief, rendant accessible l’exposition aux personnes en situation de handicap visuel. Cela constitue cependant également une porte d’entrées upplémentaire au contenu pour tout un chacun, en mettant à profit le plus de sens possible pour cette découverte du temps passé. De réguliers échos sont également établis entre ce que connaîtl’enfant du XXIe, et ce qui préexistait trois siècles auparavant pour ses ancêtres à son âge. Ces rapports entre passé et présent sont bienvenus dans la mesure où ils tendent à rendrel’information moins abstraite et apportent du concret. Le visiteurse base sur sa propre expérience pour s’approprier celle de l’autre.

Activité proposée dans le dernier tiroir du module éducation ©Emeline Larroudé

LeRenard et les Modules

« Ettoi, Renard, a pris ce que l’on te demande. »- LeLoup plaidant contre le Renard par devant le Singe,Jean de La Fontaine

De grands livrets illustrés, à l’image de livres géants, approfondissent chacune des thématiques en six pages à feuilleter. Si la lecture rappelle une implication classique du visiteur qui s’en remet aux cartels, elle est essentielle. Cet incontournable se complète cependant par une mise en action systématique. Les renardssont invités à recourir à leur logique pour réaliser les nombreuxpuzzles présentés afin de reconstituer le tableau emblématique dechaque partie. Par ailleurs, une vitrine comparative les invite àfaire le lien entre ce qui relève du familier et ce qui relève presque de l’inconnu. Ces dispositifs font place dans les différents tiroirs des modules, dont les derniers permettent l’expérimentation et la pratique en proposant de s’approprier des outils, objets ou costumes. Les sens, autant que l’intuition etla logique, sont vivement sollicités. Aussi, ces activités peuventvoire nécessitent, pour certaines, de s’envisager à plusieurs. Lamise en action n’est plus solitaire mais collective, ce qui participe à l’enrichissement de cette exposition pleine d’aventures. 

 

Vitrine comparative du module jeu ©Emeline Larroudé

Commen tmieux impliquer le visiteur, d’autant plus lorsqu’il est avide d’interactivité et d’expériences, qu’en le rendant acteur ? L’Enfance des Lumières, initiatrice d’une série d’expositions lancée par Paris Musées, répond parfaitement aux attentes probablement insoupçonnées d’un public auquel peu s’adressent. Une multiplicité d’accès à l’informations’offre à lui afin qu’il saisisse et s’approprie le contenud’une exposition riche par le ou les biais qui lui conviennent.Tout comme le XVIIIe siècle s’est intéressé àl’enfant et son développement en lui consacrant une place nouvelle, cette initiative se place en digne successeuse de cesconsidérations en en faisant l’interlocuteur principal. De même,si le jeu s’est avéré être un élément constitutif dudéveloppement de l’enfant au siècle des Lumières, il est ici mis en exergue. Cohérence et pertinence se mêlent avec brio pour transmettre un message tout en exploitant le plus de sens possible. 

 

EmelineLarroudé

#enfants  

#jeunepublic

#jeu 

Pour en savoir plus :

http://www.museecognacqjay.paris.fr/fr/les-expositions/lenfance-des-lumieres

https://www.facebook.com/museecj/

http://www.parismusees.paris.fr/fr/expositions

La Nuit au Musée ou la solution miracle

« Tout ce qui est dans ce musée n’est-ilpas supposé être plus ou moins mort ? » Larry, futur gardien de nuit du Muséumd’Histoire Naturelle de New-York.

2007, j’ai 12 ans. Mon objectif dans la vie : réussir mon interro’ d’anglais etconvaincre mes parents d’avoir un téléphone portable. L’histoire, les musées,l’art, le patrimoine…c’est intéressant, oui, mais vite barbant. Je n’aijusque-là que très peu fréquenté les lieux de culture. J’ai même du mal à mesouvenir de ma première visite dans un musée, comme quoi celle-ci ne m’a pasmarquée. 

Le 7 février de la même année sort dans les salles ce film où les collections duMuséum d’Histoire Naturelle de New York prennent vie à la nuit tombée… Voussavez, ce blockbuster américain où Ben Stiller est le nouveau gardien qui faitface à des papis malfrats en plus de ce phénomène mystérieux. Déjà à cetteépoque, j’avais été conquise par le principe du film… Qui n’a jamais rêvé devoir des animaux naturalisés, des miniatures ou des statues s’animer et dansersur September d’Earth, Wind and Fire ?

Aujourd’hui,j’ai 22 ans. Mon objectif dans la vie : réussir à écrire cet article etconvaincre que l’avenir de la Culture se trouve dans les médiations originaleset innovantes. Ma fréquentation et mon esprit critique vis-à-vis des lieuxculturels se sont largement accrus. Non, l’histoire, les musées, l’art, lepatrimoine ne sont pas barbants, bien au contraire, ils seraient à mon sensaussi intéressants qu’un film américain au pitch déluré et bourré d’effetsspéciaux.

Enretombant un soir sur Night at the Museum, je me suis demandée si le filmdonnait une vraie image des musées. Pas d’inquiétude pour ma santé mentale, jesais bien, hélas, que les collections du Muséum de New-York ne prennent pas viela nuit, quoi que... Tout l’intérêtde la réflexion est le questionnement sur la place et l’image du musée dans lefilm : le musée comme personnage à part entière, comme prétexte au scénario oucomme simple décor ? C’est aussi l’occasion de donner le premier rôle augardien, le plus souvent laissé à la discrétion de l’ombre et de la nuit. Grâceà Larry, celui-ci n’est plus le potiche statique et impassible.

La tension entre réalité vécue et fiction tient à l’imaginaire, à l’inconscientcollectif. Bref à l’image que l’on se fait du musée. La représentation communeque nous nous faisons se reflète évidemment dans le cinéma où les musées sontprésents mais ne sont que rarement utilisé comme la base d’un scénario. Avec LaNuit au Musée, c’est plutôt parlant. Ici le musée est le personnage central dufilm.


Crédit photo : Allociné

« Tout ce qui est ici est vieux » CecilFredericks, ancien veilleur de nuit du musée.

Bien sûr, ce ne sont pas des muséographes qui ont écrit le scénario du film.Celui-ci, réalisé par Shawn Levy, est inspiré du livre éponyme de Milan Trenc.Les deux scénaristes, Thomas Lennon et Robert Ben Garant, sont deux New-Yorkaisqui rêvaient étant petits de donner vie aux collections du Muséum qu’ilsfréquentaient assidument. Alors, le film s’inscrit pleinement dans l’imaginairecollectif donc dans les idées reçues et les stéréotypes qui collent à la peaudu monde muséal.

Après tout, penser à ce qui fait parfois dresser le poil à nous autres, muséologuesen herbe, est obligatoire. Tout est une question d’identité et dereconnaissance du musée. Voir dès le début du film son architecturemonumentale, ses grands escaliers, ses colonnes, ses immenses sallesrecouvertes de marbre ou ses œuvres impressionnantes pose le décor. Demandez àla première personne que vous croisez dans la rue de vous décrire l’aspectphysique d’un musée… Déjà par son cadre prestigieux et ses colletions quisemblent inaccessibles (incompréhensibles ?) le musée exclut. Avez-vousremarqué comment Larry (le personnage de Ben Stiller) défie le musée et hésiteà y entrer ? Écoutez la musique choisie pour ce passage. Oui, pour beaucoup,les musées sont des temples réservés aux élites et ne sont pas faits pour eux.

Deuxième constat : une fois notre personnage passé le pas de la porte, il règne uneambiance très calme, trop calme. Hormis les quelques enfants en visite, lespersonnes âgées ou les visiteurs perdus, le musée est vide. À croire que celane serait pas qu’un phénomène français, surtout lorsque l’on apprend que leMuséum de NY n’a pas de politique tarifaire fixe, chacun est libre de donner cequ’il veut. Mais, nous ne tarderons pas à avoir l’explication de la crise dumusée au moment où le Professeur McPhee, le directeur, fait son entrée sur unagressif « on regarde, on ne touche pas ! ». Cette fois, ce sont lesconservateurs de musée qui en prennent pour leur grade et ils ne seront pasdéçus. Voyez  son accoutrement, uncostume trois pièces en tweed marron et d’une chemise pastel rehaussée par unecravate violette. Voilà un look très british, très sage, très coincé. Et soncôté acariâtre se révèle de plus en plus lorsqu’il maugrée contre la « populace» ou s’adresse à un parent gentiment « surveillez votre progéniture enfin ! ».Le cadre est donc posé : le public quel qu’il soit n’est pas le bienvenu aumusée, tout comme le rêve ou l’humour.

Troisième constat : l’arrivée de Larry comme nouveau gardien s’explique par la volonté deremplacer les trois précédents, nos papis malfrats, par un seul homme. L’un desagents explique alors que le musée se vide de son public (pas étonnant vu ledirecteur) et perd de l’argent. Triste réalité. Grâce à ces pépés gardiens, lespectateur en apprend un peu plus sur les métiers et pratiques du musée. Bienqu’il ne soit pas en contact direct avec le public, Larry, veilleur de nuit,revalorise l’image des gardiens de musée en général. D’accord, tous lessurveillants n’ont pas un aussi joli uniforme ou un si beau matériel (les clésdu bâtiment, le manuel de fonctionnement et la torche – pratique pour ungardien de nuit). Il fait aussi la connaissance de Rebecca, la guide du muséequi rédige une thèse sur Sacagewea entre plusieurs visites à des scolaires. Ouencore, lorsque les œuvres se sont échappées dans Central Park, Robin Williams(Théodore Rooselvet) procède à l’inventaire des collections : une autrepratique essentielle dans les institutions muséales.

Après avoir épuisé les stéréotypes qui malgré tout parlent à tout le monde, l’équipedu film s’est aussi permis quelques petits arrangements avec la réalité. Quellene fut pas ma surprise d’apprendre qu’aucune scène n’avait été tournée au seinmême du vrai Muséum d’Histoire Naturelle ! Eh oui, la production n’en a pas eul’autorisation. Les quelques passages en extérieur ont bien été pris aux abordsdu musée mais toutes les scènes en intérieur ont été tournées dans des studiosà Vancouver où le musée a été reconstitué grandeur nature. Bien que laressemblance soit frappante quelques petits couacs, volontaires ou non, sontvisibles. L’aspect général des salles est plus ou moins fidèles, certainesœuvres/objets s’inspirent des collections mais ne sont pas pour autant descopies. Par exemple, le petit singe Dexter n’a rien à faire dans la salle desmammifères d’Afrique puisque les capucins sont originaires d’Amérique du Sud,la statue de l’île de Pâques (Gum Gum) n’est pas à sa place et s’inspireseulement de la véritable,  la zone despyramides, elle, s’inspire de celle du MET…

« Saisissez-votre chance Larry ! »Théodore Roosevelt, statut de cire du 26ème président des États-Unis.

Finalement, l’équipe n’a fait que construire son musée idéal pour le film et pour le monde.Plus La Nuit au musée se poursuit, plus les spectateurs font face à une imagepositive du musée. D’abord par les collections prestigieuses mises en valeurpar le cadre de la caméra ou par l’intérêt que leur porte Larry lorsqu’il veutapprendre à les connaître. On le voit alors éplucher des livres d’histoire,suivre une visite… Quoi de mieux que de savoir qu’Attila Le Hun était fascinépar la magie pour l’apprivoiser ? Le musée est vu comme un lieu de savoir, detransmission où dialoguent les cultures : au sens propre comme au figurélorsqu’on assiste à de féroces batailles entre soldats romains et Cow-boys. Deplus, dans la philosophie-même du film, on comprend que grâce au musée,l’histoire reste vivante : la statue de cire de Sacagewea ne va-t-elle pasraconter son histoire à celle qui lui dédie ses recherches ?

Visiblement, tout est bien qui finit bien au musée… Le vol (autre fantasme du musée) despapis malfrats est résolu, Larry trouve sa vocation grâce à son ami de cireThéodore Roosevelt, personne n’a été réduit en cendre ou presque... Mais monpassage préféré reste la résolution involontaire de toutes ces péripéties.Lorsque New-York s’éveille le lendemain de la fuite des œuvres, tous croient àun coup de pub du musée. Les traces de Tyrannosaurus Rex dans la neige, lespeintures rupestres dans les stations de métro, l’homme des cavernes sur letoit … ont fait venir une foule impressionnante au musée qui se presse pour voirles collections. Cela ne serait-il pas un présage pour l’avenir des lieuxculturels ? Voilà que le film souligne l’importance de l’événementiel qui estprésenté comme un remède à la crise des musées. Il faut donner envie aux gensd’aller au musée, rendre ces lieux plus attrayants sans tomber dans lespectacle. Face aux nombres de visiteurs se massant dans le hall, le directeurMcPhee est d’ailleurs obligé de reconnaitre le succès accidentel de Larry etlui rend son travail. Ne serait-ce pas là la légitimation de l’événementiel aumusée ? Tout est une question d’équilibre : ici, le gardien a réussi à attirerles gens au Muséum de façon ludique et originale sans dénaturer le proposscientifique et l’offre culturelle du musée. D’un musée imagé et stéréotypé,nous voici passé à un musée idéal où le public est au rendez-vous, où les genss’épanouissent et ont soif de savoir. Un musée comme je les aime.

Alors, on fait moins les malins ?       

Vous l’avez compris, La Nuit au musée, film populaire, peut être regardé d’un pointde vue plus sérieux et ancré dans l’actualité muséale. Je me suis en dernierlieu intéressée à l’acteur qui incarne le musée du film, le Muséum américaind’Histoire Naturelle, afin de savoir si cette production avait changé sa vie.J’ai été ravie de découvrir que oui, le musée a en effet développé son offreculturelle depuis la sortie du premier film…

Depuis deux ans environ, il propose de passer une vraie « Night at the museum ».Plusieurs fois dans l’année, le musée ouvre ses portes à 300 enfants de 6 à 13ans (accompagnés d’un adulte) à qui il propose (de 18h à 9h) une explorationdes collections à la lampe torche, un Live animal Show et une nuit dans le Milstein Hall of Ocean Life sous la grande baleine bleue. Il suffit de se munirde sa brosse à dent, son oreiller et de 145$. Pour les plus peureux, le musée amis en place un parcours spécial de visite, le Night at the Museum Tour quiinvitent les visiteurs à découvrir les œuvres du film ou celles dont il s’estinspiré. Sans aucun doute, les films de Shawn Levy ont eu un impact plus que positif sur sa fréquentation, laprogrammation du Muséum mais aussi sur la vision globale que l’on peut avoirdes musées. Il faut cependant souligner qu’un musée d’histoire naturelle commeun musée de Beaux-Arts se prêtent plus au jeu qu’un musée des techniques…


Crédit photo : Julian Jourdès pour The New-York Times

Pour mapart, le premier musée que je visiterai à New-York sera sans nul doute celui-ci : grâce à La Nuit au Musée. Et vous ?

Lucie Taverne

#Nuit au musée

#Cinéma

#Événementiel

BULLOT Érik, DALLE VACCHEAngela, MICHAUD Philippe-Alain et JOUBERT-LAURENCIN Hervé, « Cinéma et musée :nouvelles temporalités », Perpectives [En ligne], n°1, 2011.

VAN-PRAËT Annie, « L’image dumusée dans le cinéma de fiction », Hermès, La Revue, n°61, 2011, p. 61-63.

La place du radiateur et la place de l'oeuvre

Le musée de la photographie de Charleroi est un beau musée.

Si on pouvait installer le chauffage au plafond par toile tendue, le musée de la photographie de Charleroi serait un très beau musée.

Oui, voilà, tout est beau, tout est propre, tout est lisse mais les radiateurs, eux, font tâche. Parfois peint, caché derrière une grille ou perché au dessus de nos têtes, le radiateur est et doit absolument être dissimulé. On pourrait en déduire une formule infaillible : belle collection + radiateur caché = beau musée.


Radiateur peint au Musée de la photographie, Charleroi.

C’est le cas, à Charleroi. Installé dans un anciencloître, le musée s’est agrandi en 2008. Une belle réalisation architecturaleest venue se greffer à l’ancien pour accueillir les nouvelles œuvres photographiques,dont les tirages sont de plus en plus grands.

Cette extension est pour le musée l’occasion derepenser l’organisation, le flux des visiteurs, leurs déplacements dans chaque espace d’exposition,l’accueil, la cafeteria, l’auditorium, la bibliothèque et même le parc. Tout est pensé pour faciliter une circulation fluide,sans obstacle, où l’on ne pense qu’aux œuvres. Mais voilà, les radiateurs c’estplus compliqué, toujours là où on ne les attend pas ceux-là. La place duvisiteur, OK. La place de l’œuvre, OK. La place de la technique, derrière.

Pourtant, ce qui fait la richesse d’une mise enexposition, temporaire ou permanente, c’est davantage l’interaction entre cestrois acteurs que la place de chacun. Ainsi, dans chaque partie du musée, l’œuvre fait face au visiteur. Celui-ci laregarde, celle-ci le regarde. Droit dans les yeux,  face àface, comme figés dans le même cadrage, le visiteur et l’œuvre sont en tête àtête.

Le musée en tant que contenant est pourtant bien loind’être une simple boîte à chaussure, ou même un « white cube »idolâtré par les musées d’art contemporain. L’ancien cloître a été rénové avecsoin, son charme est intact. Les parquets qui craquent sous nos pas nousrappellent au temps passé, comme une vieille maison qui grince et dans laquelleon retrouve de vieilles photos jaunies. La partie récente du bâtiment offretout autant aux usagers. Les jeux de volumes et de lumière, créent des espacesriches et travaillés.

Mais voilà, reste l’obsession du « lisse » et du« beau ». A force, le musée semble figé comme placé sous son plusbeau profil en attendant qu’on lui tire son portrait. Paradoxalement celui qui bouge là-dedans c’est lui,le fameux, le gênant ; le radiateur. Contrairement à l’œuvre fixéeinexorablement au milieu du mur blanc, le radiateur explore l’espace muséal. 

Le radiateur explore l'espace tandis que l’œuvre reste fixe.

Et si c’était l’inverse ? Si on réinventait chaque fois, la relation entre l’œuvreet le visiteur. Si l’œuvre bouge et que le radiateur reste fixe ? lequeldes deux sera le plus mis en valeur ?

L’œuvre explore l'espace muséal tandis que le radiateur reste fixe.

Cette question bien qu’anecdotique révèle une obsession de la perfection,du beau. A l’origine, le musée et les beaux-arts étaient des notionsfondamentalement liées. Malgré l’élargissement de la notion d’art et lerenouvellement des musées, une « tenue correcte exigée » semblepersister dans les espaces d’exposition. Belle réalisation, le musée de laphotographie, pourrait presque être un lieu de vie et d’animation. Le parc dumusée, où l’on peut se promener, mais où l’on ne peut pas amener de musique, nid’animaux, montre que ce beau musée n’est prêt à transformer en lieu d’action culturelle plus qued’exposition.

L’extérieur est présent à chaque recoin du musée maisrien ne semble bouger à l’extérieur, fixe comme les paysages captés surpellicule. Les possibilités sont là, le carcan aussi. Alors, les radiateursrebelles du musée de la photographie de Charleroi sont des précurseurs d’unelibération créatrice, saccageant la pureté et libérant les espacesd’exposition !

Oiseau en sticker collé sur une vitre dans la caged’escalier, musée de la photographie, Charleroi.

En 1929, au Bauhaus de Dassau, un radiateur étaitexposé, comme chef d’œuvre du génie moderne et industriel, dans la caged’escalier principal de la prestigieuse école d’art. Les révolutions prennentparfois du temps !

Margot Delobelle

#scénographie

#photographie#musée

Le musée, muse du cinéma

Alors que le musée propose aujourd’hui de plus en plus de documents filmiques, intégrant le 7èmeart à ses chefs d’œuvre[1], [2],on peut à l’inverse s’interroger sur la place que prend celui-ci au grand écran.Les représentations que nous avons du musée peuvent en dire beaucoup sur l’imaginaire collectif, les préjugés ou plus positivement les projections dans ce lieu emprunt de poésie, de fantasmes, d’exotisme. Comment le musée est-il mis en œuvre par le cinéma ? Comment un espace de contemplation devient-il une scène "d'action" cinématographique ? Cette sélectionne se veut pas exhaustive, mais propose quelques grands angles de regard.

Le musée, espace de tous les possibles


Photogramme du film"L'affaire Thomas Crown"
1999,©UnitedArtists

La place du musée dans le cinéma réside avant tout dans son attachement aux « trésors », à l'objet précieux, érigé au domaine du sacré. Ce lieu si prestigieux, si stable,parfaitement surveillé, contrôlé, suscite un désir de transgression. L'idée de profanation d'un lieu sacré se retrouve aussi bien dans les scénarios de vols d’œuvres d'art que de meurtres au musée.

Pour cette raison le musée constitue l'objet de toutesles convoitises, et l'action s'attachera donc aux moyens mis en place afin dedérober l'œuvre d'art. On comprend donc la quantité impressionnante delong-métrages à suspensposant leur caméra au musée. Toute l’intrigue dufilm réside alors dans le très long processus de pénétration du musée, et dansl'organisation tout entière, du vol . Les plans qui sont fait du bâtiment mettenten exergue l'aspect prestigieux, colossal de l'architecture, et surtout soncaractère institutionnel et inviolable. Cette idée résonne dans « L'affaireThomas Crown »,film où l'art sort véritablement du tableau àtravers des dizaines de figurants arborant le chapeau melon du tableau deMagritte, sauvant ainsi le protagoniste – auteur du vol- de ses assaillants.

(Metropolitan Museum of Art, New York)

Summum du vandalisme ? Agir aumusée, et verser sans remords des litres de peinture rouge sur les tableaux lesplus prisés du moment. Cet exercice de style, réalisé par Tim Burton, dans « Batman »(1989), montre le terrible Joker invitant cordialement ses acolytes àdégrader les œuvres du musée de Gotham City – et ne s'arrête que lorsqu'ils'agit de Francis Bacon (« J'aime assez celui-là »).

(Musée de Gotham City – fictif)

Dans un registre plus onirique, lemusée inspire aussi les cinéastes y trouvant parmi ses collections des objetsd’évasion. Le musée demeure ancré dans un imaginaire fantastique, nouspermettant, par les objets qu’il contient, de rêver, de voyager, de se projeterdans un autre temps … Ce rapport au musée s'applique d'avantage aux muséesd’ethnologie ou d’histoire naturelle : le très connu « La Nuit au Musée » (Shawn Levy, 2006), avec ses 2 millions d'entrées, en est lapreuve ! Les statues, dinosaures, animaux naturalisés, etc. viennent alorsprendre vie et troublent le bon fonctionnement du musée. Cette libertéd'appropriation du musée se retrouve avec « L'Arche Russe »(Alexandr Sokurov, 2003), dans lequel le spectateur se voit offrir un voyagedans le passé par le biais des 33 pièces du musée de l'Ermitage deSaint-Pétersbourg. Film tourné en une seule prise, l'action permet d'aborder autravers des collections 4000 ans d'une histoire russe haute en couleurs.

(Museum Américain d'Histoire Naturelle de New York)(Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg)

Le musée, espace de séduction

Woody Allen et Diane Keaton dans Manhattan, 1979, ©Jack Rollins & Charles H. Joffe Productions

Par son architecture et le comportement qu'il suggère,le musée s'apparente également au miroir des passions humaines. Le visiteur,invité à déambuler parmi les nombreuses pièces et dédales du musée, peut voiret être vu au travers des colonnes, enfilades, statues... Cet espace clôt,hors du monde, semble propice aux errances amoureuses. Woody Allen exploitefréquemment cette dynamique : un grand nombre de ses longs-métrages posesa caméra au musée . En portant un regard vif sur le milieu intellectuelnew-yorkais, le réalisateur emmène les personnages entre flâneries amoureuseset réflexions existentielles. Au travers des réactions que suscite un tableauou une œuvre, le personnage révèle aussi beaucoup de lui-même :indifférence, surprise, amusement... La rencontre au musée semble alorspermettre à chacun de mieux comprendre l'autre, de mieux connaître sesaspirations, ses sensibilités. Pour le réalisateur, l’art est aussi un moyen derevendication et de libération des mœurs. Dans le plus récent « WhateverWorks » (2009), une mère de famille très conservatrice se tournesubitement vers l’art contemporain et réalise des collages sexuellementexplicites exposés dans une galerie new-yorkaise. Pour Woody Allen, c'est grâceà l'art que nous pouvons revendiquer notre identité politique et sexuelle.

(Musée d'Art Moderne, New York)

Cette représentation se retrouve enécho dans le cinéma plus brutal de Brian de Palma. L'exemple de « Pulsions »(1980) est assez parlant dans la mesure où le musée devient un véritable lieude rencontres pour une femme malheureuse dans son couple. Voulant s'assurerqu'elle peut encore séduire, le réalisateur la montre alors arpentant pendantde longues minutes les dédales du musée, guettant l'attention et l’intérêt dela gente masculine. Un jeu de cache-cache se joue alors entre Kate Miller et unvisiteur anonyme du musée, jeu dans lequel le musée n'est qu'un moyenmétaphorique de représenter les rites de séduction.

(Musée des Beaux Arts de Philadelphie)

Le musée, espace d’introspection

Photogramme issu deSueurs Froides (Vertigo),©ParamountPictures

Enfin, le musée semble incarner pour les cinéastes unlieu d'introspection, de refuge pour des personnages tourmentés, à la recherchede réponses à leurs questionnements. Pourquoi cette projection ?

Ce regard s'explique surtout par laplace que le musée occupe dans son rôle de « gardien » de l'histoireet de la mémoire commune. Est-il donc étonnant, en perdant ses repèrespersonnels et son identité, de se « re-trouver » au musée ?

Le meilleur exemple en est sansdoute le film culte d'Alfred Hitchcock, « Sueurs froides », oùl’héroïne de l'action, Madeleine, une jeune femme psychiquement instable,revient régulièrement au musée pour contempler durant de longues heures leportrait présumé de son arrière-grand-mère. Au delà de l'aspect narratif de ceplan, il apparaît que cette scène est la seule dans laquelle ce personnagesemble apaisé, quittant temporairement un monde et une réalité qui latorturent.

(California Palace of the Legion ofHonor, San Fransisco)

Desplechin illustre cette idée dans la scène qui clôt« Rois et Reine » (2003). Ismaël, le musicien, erre dans lessalles des collections anthropologiques avec Elias, le fils de dix ans de sonancienne compagne. C'est dans cet environnement qu'Ismaël explique à l'enfantqu'il ne peut l'adopter, contrairement aux désirs de sa mère. Métaphoriquement,les collections pleines de passé représentent aussi la transmission de l'adulteà l'enfant, ce rapport à la filiation et les responsabilités qu'ellesimpliquent. Les plans très serrés sur les visages et les corps des deuxpersonnages ne permettent pas au spectateur de saisir l'ambiance et lescollections du musée, et occultent donc le lieu pour servir le propos. Ce cadred'action participe aussi à l'atmosphère de calme et de sérénité dont la scèneest baignée.

(Musée de l'Homme, Palais de Chaillot, Paris)

Ce rapide tour d'horizon du cinéma met enavant la prépondérance des musées de beaux-arts, d'histoire naturelle ou d'ethnologie comme cadrenarratif. Par ailleurs, le cinéma s'attache moins aux spécificités du muséedans lequel le film est tourné qu'à son aspect esthétique et symbolique :les émotions que provoque ce lieu intemporel deviennent alors universelles. Endehors de quelques grandes institutions mondialement connues (Le Louvre, LeBritish Museum, le musée Guggenheim,...), il est souvent impossibled'identifier le lieu du tournage, car le musée n'est qu'un décor mettant enavant le propos du film.

Le cinéma ne vise donc pas à retranscrireparfaitement le discours muséal, la particularité des collections, son aspectéducatif, mais véhicule avant tout une atmosphère, une « aura » .C'est un faire-valoir qui met en lumière le propos de l'œuvrecinématographique.

Encontinuité avec l'article, un film sorti en 2013: « Museum Hours » de Jem Cohen. Celui-cirelate l’amitié se tissant progressivement entre un gardien de musée et unevisiteuse. Le lieu devient alors prétexte à une réflexion sur la vie, sur lemonde, et sur l'art, dans un espace si distant de l'agitation quotidienne.

Alléchés ? Voici unefilmographie sélective, parmi laquelle certaines œuvres sont disponibles à laBibliothèque Universitaire d'Artois ! La liste est longue, en dehors des filmsaméricains, russes et français. Amusez vous à chercher la scène de musée duprochain film que vous aurez la chance de voir !

Sueurs froides – Alfred Hitchcock, 1958 (USA)

Bande à part- Jean-LucGodard, 1964 (France)

Annie Hall – Woody Allen, 1977 (USA)

L'affaire Thomas Crown– NormanJewison, 1968 (USA)

L'affaire Thomas Crown (remake)– JohnMcTiernan, 1999 (USA)

Pulsions – Brian dePalma, 1980 (USA)

Le syndrome de Stendhal– DarioArgento, 1996 (Italie)

L'arche russe - Alexander Sokourov, 2003(Russie)

Rois & Reine – Arnaud Desplechin, 2004(France)

Whatever Works– Woody Allen, 2009 (USA) 

Pauline Wittmann

#cinéma

#image du musée

#représentation

[1] « L’imageanimée est si attractive qu’elle contamine le parcours muséal. »L’extension du domaine de l’art, MichelGuerrin, le Monde, 29 novembre 2013

[2]  Cinémaau Musée : expositions, installations, production Paris,Berlin, New York...Cahiers du Cinéma n°611, Avril 2006

Le sort des expositions temporaires

Qu’advient-il du mobilier d’une exposition temporaire quand elle se termine ? Ce n’est pas la question que l’on se pose lorsqu’on visite une exposition, sauf si, comme moi, vous voulez tout remporter chez vous). Par contre, c’est une question que se posent les concepteurs d’exposition, qu’ils soient exécutants ou commanditaires. Petit tour d’horizon des différents cas de figure.

Direct à la poubelle...

Le cas le plus triste est l’aller simple à la case poubelle. Faute de moyens de stockage ou manutention, les lieux d’exposition doivent se résoudre à jeter les mobiliers utilisés. Mais comme l’éco-conception rentre de plus en plus dans les mœurs, les déchets occasionnés ne sont pas forcément importants. Si quelque chose doit vraiment être jeté, un suivi est mis en place pour que les déchets soient acheminés vers les centres de tri appropriés. Au musée portuaire de Dunkerque, l’exposition Tous pirates ? finira sa course à la poubelle, excepté pour certains éléments qui peuvent servir à la médiation. C’est aussi le sort qui a été réservé à l’exposition Zizi Sexuelréalisée par la Cité des Sciences et de l’Industrie. 

Mobilier de Zizi sexuelà la Cité des Sciences et de l’Industrie © Sortir à Paris

Vive le réemploi !

Consciente des enjeux, la Cité des Sciences a élaboré un guide d’éco-conception des expositions pour ne pas reproduire cette destruction. Ainsi l’exposition Ma terre première pour construire demain a été conçue de manière à ce que les supports soient réutilisables pour d’autres expositions : avec une nouvelle esthétique, les supports embrassent une nouvelle identité. 

Les structures de Ma terre première pour construire demain © Musées et développement durable

La conception de mobilier durable et réutilisable dès le départ d’une exposition n’est pas encore de mise partout. C’est toutefois le cas à la BnF, sur le site de Richelieu, où des cimaises mobiles conçues en 2007 ont été réutilisées quatre fois par la suite.

Quand le mobilier ne peut resservir tel quel comme dans le cas précédemment abordé, il est stocké dans l’attente d’une possible réutilisation ou d’une itinérance. Au Musée National de l’Education à Rouen, le mobilier est stocké là où on peut, sans lieu dédié, jusqu’à sa réutilisation. Le Musée essaye de prévoir celle-ci en amont, en demandant aux scénographes lors de la conception des nouvelles expositions d’essayer de réutiliser l’existant. C’est le même principe à la BnF, qui inclut dans les cahiers des charges de nombreux critères de développement durable, dont l’obligation d’utiliser au maximum les vitrines existantes. Au Musée de l’île d’Oléron, ce sont des matériaux de récupération qui servent à faire les expositions et qui, une fois celles-ci terminées, sont “remis en jeu”. Pour l’exposition À la côte, des palettes furent utilisées pour créer des cloisons puis servirent à la manutention au sein du musée. 

Les palettes de À la côte © photos du musée de l’île d’Oléron

De son côté, le musée de Bretagne dispose de peu d’espace de stockage dédié aux matériaux bruts, c’est pourquoi on n’y garde que des grandes surfaces de bois ou de plexiglas, qui peuvent être réutilisées pour d’autres usages. Des cloisons de la dernière exposition de l'Écomusée du pays de Rennes ont été utilisées pour l’exposition-écrin Louise de Quengo - Dame des Jacobins qui a eu lieu cet hiver. 

L’exposition Louise de Quengo - Dame des Jacobins© Musée de Bretagne

A l’inventaire !

A l’inverse, Rennes Métropole a mis à disposition du musée un espace où sont gardés tous les mobiliers moins ordinaires. Ceux-ci sont répertoriés dans une base de données indépendante, qui est communiquée aux scénographes pour privilégier la réutilisation en amont même de la conception. 

D’autres lieux d’exposition possèdent des espaces de stockage conséquents pour leur mobilier d’exposition. C’est le cas du Centre Pompidou-Metz qui, dans une ancienne base aérienne, conserve les mobiliers intéressants. Un inventaire de ce mobilier est tenu à jour pour faciliter la réutilisation. La Cité des Sciences et de l’Industrie dispose elle aussi d’un tel lieu, où le mobilier est entreposé en attente d’itinérance ou de réutilisation. 

L’entrepôt de la Cité des Sciences et de l’Industrie © M. C.

L’essor des ressourceries

Si la réutilisation des mobiliers n’est pas possible pour le lieu d’exposition lui-même, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas envisageable pour quelqu’un d’autre. Au musée de Bretagne, c’est La Belle Déchette, une ressourcerie qui donne une seconde chance à des objets et matériaux réutilisables, qui récupère une bonne partie du mobilier que le musée ne peut pas garder. Sinon, les chutes de matériaux font le bonheur des petites associations et des maisons de quartier de Rennes. 

Upcycling, késako ?

La BnF, lorsqu’elle ne fait pas des expositions en carton, donne ses bâches d’exposition à la société bilum, qui les “upcycle” en articles de bagagerie. L’upcycling est l'action de récupérer des matériaux dont on n'a plus l'usage afin de les transformer en produits de qualité ou d'utilité supérieure : c’est du recyclage « par le haut ». En plus de l’intérêt écologique, l’upcycling crée des objets uniques, comme cette gamme de bagagerie à partir des expositions Astérix à la BNF et Astérix s'affiche à Bercy Village. La RMN-Grand Palais et le Louvre font aussi confiance à bilum. 

Modèles issus des expositions Astérix à la BnF, Monetet Hokusai© bilum

Plus tournés vers le grand public et sans partenaire régulier, les Ateliers Chutes Libresinvestissent des lieux d’exposition le temps d’un atelier, pour réutiliser les chutes de matériaux d’exposition et fabriquer des objets divers à destination du grand public. 

Et les coopératives ?

La règle des 3R (réduire, réutiliser, recycler) est de plus en plus respectée par les musées et lieux d’exposition. Toutefois, les exemples abordés ici ne sauraient être représentatifs du paysage français, qui est bien plus varié. La vie du mobilier d’exposition temporaire devrait être une question centrale pour toutes les institutions : certaines ont du mobilier qui ne va plus servir mais qui pourrait servir à d’autres, des manipes et des maquettes, du matériel audiovisuel,... Il faudrait, comme Michaël Liborio le suggère dans l’ouvrage Musées et développement durable, créer une coopérative de mobilier d’exposition à l’échelle d’une région, d’un département ou tout simplement d’un réseau d’institutions. Une coopérative de ce type permettrait à bien des lieux de faire des expositions qu’ils ne pourraient faire autrement, et aux autres de s’engager plus fortement dans une démarche durable et solidaire. 

Si l’on se penche sur l’éco-conception des expositions, il y a beaucoup à dire, à réfléchir et bien sûr à faire. De nombreuses structures se sont déjà engagées dans cette voie (la BnF, Universciences pour ne citer qu’elles), et il y a fort à parier que d’autres vont suivre d’ici quelques années.

Juliette Lagny

#recycler

#expositiontemporaire

#développementdurable

_________________________________________________________________________

Pour en savoir plus :

CHAUMIER Serge et PORCEDDA Aude (sous la direction de), Musées et développement durable, Paris, La Documentation Française, 2011

DEROUAULT Serge et RIGOGNE Anne-Hélène, « Une gestion responsable des expositions temporaires à la Bibliothèque nationale de France », La Lettre de l’OCIM [En ligne], 140 | 2012, mis en ligne le 01 mars 2014, consulté le 06 janvier 2018

http://journals.openedition.org/ocim/1035

Les galline innamorate de Museomix Bologna

C’est au Museo Tolomeo de Bologne que s’est déroulée la première version de Museomix Italia du 11 au 13 novembre 2016. Situé au cœur de l’institut des aveugles Francesco Cavazza, le Museo Tolomeo a ouvert ses portes au public en janvier 2015.

Pendant trois jours, trente-cinq personnes venant de tous les horizons et aux compétences variées, se sont retrouvées au sein du museo. Leur mission : créer des dispositifs originaux pour que la visite du musée puisse se faire en autonomie. Le contexte : jusqu’à présent un médiateur accompagne toujours les visiteurs dans la salle unique du musée qui présente l’évolution des machines du XXème siècle pour lire et écrire le braille. C’est une salle sombre, étrange même, qui propose de développer un point de vue différent sur la ville de Bologne. Il faut admettre qu’il est particulièrement difficile de s’y retrouver sans les explications de Fabio Fornasari, conservateur.

Lancement de museomix : une dynamique de groupe s’installe. Guidés par les managers d’entreprise, les groupes se forment. Je fais partie des galline innamorate, littéralement les poules amoureuses, autant vous dire tout de suite que je préfère ce nom aux muche sexy (vaches sexy). Puisque le Museo Tolomeo veut être un musée qui parle, qui interpelle, les poules amoureuses ont pour objectif de créer un dispositif autour du thème du son. Pour comprendre, pour apprendre, il est nécessaire d’écouter, d’entendre. C’est dans ce contexte que la TOLOCOMANDO est née. Inspirée de la forme du domino à six points, matrice du braille, la télécommande invite le visiteur à appuyer sur l’un de ses six boutons sensoriels. Chaque bouton émet un son en lien avec l’un des trois thèmes abordés par le musée. La connaissance est évoquée à travers deux boutons sur la lecture et l’écriture. La ville et la carte permettent d’aborder le thème de l’existence alors que des sons relatifs au conte et à la musique parlent de la sensibilité, de l’émotion. Chaque son oriente le parcours du visiteur dans la salle.

7.png

Illustrations explicatives du concept de la tolocomando réalisées par nos graphistes © Elena Della Rocca – Gummy Illustrations

La question centrale de ce museomix a été sans aucun doute celle de l’accessibilité. Il fallait imaginer des prototypes accessibles aux voyants comme aux non-voyants. Mais rendre ces dispositifs accessibles à tous n’était pas le but car travailler autour du son exclut forcément les personnes malentendantes. Quant à notre public cible, Hoëlle Corvest, chargée de projet accessibilité public handicapé visuel de la Cité des Sciences et de l’Industrie, nous a beaucoup aidés. En répondant à nos questions, en nous prodiguant de nombreux conseils et suggestions, Hoëlle nous a permis d’adapter la justesse de nos propositions de prototypes au public visé.

8.png

© Elena Della Rocca – Gummy Illustrations,  Aperçu final de la tolocomando © M.D.

Ces trois jours se sont déroulés dans une dynamique de travail et de production inébranlable. Tout va très vite, peut-être trop vite. Les idées fusent et il me semble que nous ne prenions pas assez le temps de nous poser des questions fondamentales sur le sens des prototypes que nous voulons créer. Ce qui crée parfois une certaine frustration. Pourquoi créer une tolocomando ? Quel est le message ? Est-ce réellement une idée originale ? Certes, le but de museomix n’est pas de repenser le musée mais de le remixer et nous ne disposons que de trois jours pour créer nos prototypes. Nous n’avons pas le temps de nous interroger autant mais cela se ressent aussi sur la pertinence des propositions.

Enfin, Museomix Bologna c’est également une expérience humaine hors norme. C’est arriver dans une ville étrangère, sur un lieu inconnu avec un objectif précis. C’est pouvoir produire avec des personnes motivées et impliquées durant trois jours rythmés par les rencontres. Et pour finir, se dire que finalement, j’ai été capable de le faire, d’aller jusqu’au bout et de créer un prototype qui fonctionne.

             

9.jpg

Les « galline innamorate » © Michela Malvolti

M.D.

http://www.museomix.org/it/prototypes/tolocomando/

#museomix

#museomixbo

#tolocomando

Les toiles prennent leur envol

Du rouge, du bleu, du noir, du orange, tels des cerf-volants, d'amples voilures émergent au loin sur la place de la République, derrière l'Hôtel de ville de Cambrai. Une sorte de cirque, entendrons nous dire par quelques curieux passants. Oui, mais pas tout à fait. Sur la place, s'élèvent trois longues tentes triangulaires et colorées desquelles vibre une certaine légèreté. Cette structure, simplement montée comme un chapiteau de cirque, appelle le marcheur comme à la fête foraine. Cette sensation d'intimité, cette invitation, tend à favoriser le désir de pénétrer au sein de ces curieuses toiles.

© D.R

Du rouge, du bleu, du noir, du orange, tels des  cerf-volants,  d'amples  voilures  émergent  au  loin sur la place de la République, derrière l'Hôtel de  ville de Cambrai. Une sorte de cirque, entendrons nous  dire  par  quelques  curieux  passants.  Oui, mais pas tout à fait. Sur la place, s'élèvent trois longues tentes triangulaires et colorées desquelles vibre  une  certaine  légèreté.  Cette  structure,  simplement  montée  comme  un  chapiteau  de cirque,  appelle  le  marcheur  comme  à  la  fête foraine. Cette sensation d'intimité, cette invitation, tend à favoriser le désir de pénétrer au sein de ces curieuses toiles.

©D.R

Ni structure lourde, ni tendeurs métalliques, ni parpaings disgracieux, mais huit sacs à voiles de marins emplis d'eau ancrent  l'ensemble  au  sol. Pas d'édifice imposant, pas d'antique portique effrayant, un simple sas de toile permet à « tout un chacun » d'entrer sous ces chapiteaux accueillants.

L'entrée se fait librement et l'accès aux différents espaces est gratuit. Mais qu'est-ce donc ? Pas de clowns amusants, ni d'animaux exotiques. Il semblerait que l'appât des couleurs vives et des formes familières ait marché. Le visiteur égayé se laisse généralement emballer  par la proposition  de cet étrange lieu.

« Un musée mobile ! », lui dit-on. Un musée tout en kit conçu pour abriter une dizaine d’œuvres d'art tout droit sorties des collections du Centre Beaubourg. A l'intérieur, une ambiance ouatée et sobre enveloppe le visiteur. Les volumes, tous teintés de blanc, se mettent au service des œuvres exposées et accompagnent les flâneurs au gré de la couleur mise en exergue tout spécialement pour cette première exposition. En effet, le thème de cette initiative est la couleur. Une idée forte qui touche un tout public en étant également au coeur des préoccupations de l'art contemporain. Cet éloge de la couleur est en effet représenté par des joyaux de grands maîtres classiques et contemporains tels Pablo Picasso, Françis Picabia, Sonia Delaunay, Yves Klein, Fernand Leger, Alexander Calder mais également l'artiste contemporain Olafur Eliasson.

Frantisek KupkaLa gamme jaune

Pour accentuer cette impression d'intimité, de modestes cimaises protègent et  sécurisent  les  œuvres  tout  en  laissant  paraître un  sentiment  d'étroite proximité. Ainsi, les tableaux sont fixés au sein des  cimaise-caissons et se dévoilent au travers d'humbles vitres. Ce parcours, signé par la commissaire de l'exposition et conservatrice du Centre Pompidou Emma Lavigne, raconte alors une histoire de la couleur accessible et qui met en lumière une façon originale et ludique d'appréhender l'art en général. Cette histoire de la couleur est alors réinventée par une médiation nouvelle et très particulière. Non pas des clowns, ni des mimes ou des farceurs mais des comédiens issus de l'art du spectacle sont appelés à mettre en scène les œuvres. Cette approche, quelque peu surprenante, permet tout de même aux plus novices de stimuler une certaine construction d'un regard sensible sur l’œuvre. Pas de longs cartels à déchiffrer, point de mots savants incompréhensibles, La gamme jaune de Frantisek Kupka parle tout simplement d'elle-même.

Toutefois, un bémol vient s'inscrire dans cette si belle proposition : une médiation culturelle quelque peu restreinte et cloîtrée dans un scénario rigide et peu enclin à l'échange. Ainsi, les comédiens évoqués précédemment prétextent un mauvais rhume les empêchant de mener à bien leur rôle de « guide ». Ces derniers délèguent alors la majorité de leur prestation orale à une tablette tactile qu'ils utilisent comme une télécommande pour actionner tel ou tel fond sonore. L'idée est intéressante finalement car elle est abordable et appréciable par le plus grand nombre des publics. Cependant, il est impossible de suggérer un échange avec le médiateur, tant celui-ci est conformé dans son texte et ses différents outils. Il faut déplorer aussi le peu d'informations et de formation (!) dont ils ont disposé.

Cette idée de l'écrin, les voiles colorées, les œuvres protégées, est actionnée depuis l'année 2007 par le directeur du Centre Pompidou parisien, dans la continuité du Centre Pompidou-Metz. En effet, ces baldaquins, comme dirait l'architecte des lieux, Patrick Bouchain, sont à l'initiative du directeur de Beaubourg. La direction de ce musée d'art moderne et contemporain, dont les collections font parties des plus fournies dans le monde, a fait le pari de miser sur une itinérance de ses collections.

François LacourCHANEL Mobile Art

Beaucoup diront que c'est une première dans le monde muséal. Mais il est à souligner que d'autres avant le Musée National d'Art Moderne avaient imaginé pareille entreprise. Le Corbusier par exemple, avait rêvé d'un musée itinérant dès les années 1930 ! Sans oublier André Malraux pour qui la décentralisation culturelle était une priorité dans la création de son ministère de la culture dans les années 1960. Pour les évoquer seulement, il existe aussi le CHANEL Mobile Art, pavillon d'exposition itinérant financé par la marque Chanel et offert à l'Institut du Monde Arabe de Paris ; le MuMo, pour musée mobile destiné aux enfants, qui fait également son entrée sur la route de la culture nomade ; ainsi que le Musée Précaire Albinet ayant pour objectif d'exposer des œuvres clefs de l'histoire de l'art du XXe siècle, en partenariat avec le Centre Pompidou et le Fonds National d'Art Contemporain, en impliquant les habitants du quartier dans toutes les phases du projet.

© D.R

MuMo

Le Pompidou Mobile, projet de démocratisation culturelle, est calibré et modulable afin de lui permettre une implantation facile qu'il soit posé sur une friche industrielle, un site portuaire ou une place de marché. Ce centre veut privilégier avant tout les villes composées de 20 000 à 30 000 habitants parmi des zones rurales ou péri-urbaines culturellement défavorisées. Mais en s'installant sur des terres sous-équipées en lieux culturels, cette installation compensera-t-elle les inégalités territoriales ? Est-elle vraiment indispensable pour une ville comme Nantes lorsque l'on connait sa programmation artistique et culturelle ?

Soulignant la spontanéité de la rencontre avec les œuvres, ce projet donne tout de même à voir qu'une manifestation populaire peut aussi être un événement de qualité. Pour citer Bourdieu dans sa publication L'Amour de l'art : «... le plus important, c'est la médiation. Il faut donner au public les moyens de s'approprier les œuvres... ».

 Jennifer Bouche 

Lire sur les murs

Souvent, durant mes visites de musées, je ressens une certaine frustration devant un élément particulier des expositions. Je vous laisse deviner : je regarde les vitrines, et finis souvent par éprouver une gêne dans le cou que l’on peut sentir à force de trop tourner la tête… Vous ne voyez pas ?

Rappelez-vous,vous êtes devant ce magnifique objet en cuivre taillé (ou cette intrigante photographie argentique dans un cadre, chacun ses goûts) et vous aimeriez en connaître les détails, alors vous cherchez autour de vous des informations.Vous trouvez le cartel : avec un peu de chance, il se situe à moins d’un mètre de vous. Avec moins de chance, vous faites quelques pas pour aller le lire. Manque de chance, arrivé devant celui-ci, vous avez déjà oublié le numéro que portait votre Graal. Vous avez beau regarder les descriptions, espérant en trouver une qui corresponde à l’objet, vous ne savez pas faire la différence entre une fibule et une broche. Alors vous revenez vers votre objet. Ah oui,numéro 35. Vous retournez vers le cartel. C’est donc une fibule, en cuivre, du IIe siècle avant Jésus Christ. Vous retournez contempler l’objet. Attendez,c’était avant ou après Jésus Christ ?

On a tous connuun moment comme celui-ci. Voire plusieurs. Des moments où les cartels étaient àplusieurs mètres de l’objet (vous avez probablement vos propres exemples).Voire des moments où les objets en vitrine ne portaient pas de numéros, et où,après avoir parcouru la vingtaine de cartels délicatement apposés en bas decelle-ci, vous avez abandonné.Et encore, je ne vous parle pas du cartel placé trop haut, ou trop bas.

Celui-ci estpas assez informatif, celui-ci trop détaillé. Celui-ci trop haut, celui-citrop bas. Celui-ci écrit trop petit, celui-ci est… où est-il enfin ?Sûrement plus loin, là où il ne gênera pas le regard du visiteur. Pourtant levisiteur attend souvent des ressources qu’il ne trouve pas toujours. Et à partdirectement à côté de l’expôt, peu d’emplacements ont grâce à mes yeux. 

Récemment, j’ai visité un musée d’ethnographie, j’ai purelever trois dispositifs pour se repérer parmi les expôts. Il ne s’agit pasici de dispenser des conseils techniques, d’autant plus que les contraintes quipèsent sur la disposition des cartels sont différentes selon les lieux et lestypes d’expôts. Il s’agit plutôt de pointer ce que j’ai trouvé de positif dansma visite.

- Celui qui mentionne où regarder

Pas renversant, mais c’est plussimple quand on sait si l’on doit regarder en haut ou en bas, à gauche ou àdroite. 

- Celui qui trône fièrement aumilieu de la vitrine

Musée de Normandie @NP

Ou qui « veille » surles expôts, à vous de voir.

- Celui qui est un peu plus que dutexte


Il est aussi un schéma explicatif qui reconstitue ce que vous avez sous lesyeux. Plusieurs expôts composent la vitrine, et ils sont difficilementséparables : j’ai retrouvé ce procédé plusieurs fois pour des collectionsarchéologiques, il permet de saisir entièrement la vitrine ou l’assemblage d’expôtsen regardant le cartel. Très pédagogique, c’est celui que je trouve le plusingénieux, et le plus pensé pour le public.

 Musée de Normandie@NP

Mais il y a bien sûr pleind’autres solutions intéressantes et qui aident le confort de visite, quellessont les vôtres ?

NP

 #Cartel

#visite

#texte

 

Mon premier Hackathon

La frénésie ‘Muséomix’ a commencé pour moi le vendredi 11 novembre à 9 heures tapantes autour de croissants, cafés, jus de fruits et goodies. J’étais encore loin d’imaginer à quoi aller ressembler mon week-end, notamment parce que je ne savais pas précisément dans quoi je m’étais engagée ! On m’avait parlé d’un événement pour réinventer le musée et je n’avais pas voulu fouiller les archives du site internet pour garder un effet de surprise.

Source : AG+ Studio

Me voilà donc au milieu d’une foule en liesse, où chacun trépigne en donnant l’impression de déjà savoir ce qu’il veut faire. Il n’y a pas de temps à perdre. Le café est à peine avalé qu’on organise déjà deux groupes pour visiter la structure ! Le premier part examiner le musée en compagnie du directeur. Il nous annonce la couleur dès le début : le musée archéologique de Vieux-la-Romaine manque de renouvellement et d’attractivité alors plus on est créatif, plus on propose des projets fous, plus nous serons soutenus ! S’amuser et profiter sont presque des devoirs !

L’ambiance est posée. Pourtant pendant la visite chacun suit poliment et prend note à la manière d’un cours magistral… Finalement il va falloir encore un peu de temps pour se libérer ! Mais qu’importe c’est déjà le moment de visiter « l’usine à inventer » ! Les ‘ingénieux’, qui sont là pour nous épauler dans tout ce qui touche aux technologies du Fab Lab, nous énumèrent tout un tas d’outils, dont la plupart semblent encore incongrus pour un musée. Il va vraiment falloir commencer à se lâcher ! Justement pour partir à la recherche de notre imagination, bien cachée ce matin-là, nous commençons un brainstorming géant, autour de cinq grandes thématiques. Armés de post-it multicolores et de stylos, nous voici la trentaine de participants, fourmillant d’un tableau thématique à l’autre, écrivant à tout va des mots-clés et répondant aux post-it précédents. Chacun y va de son commentaire ou sa blague. Toute idée, aussi farfelue qu’elle soit, se doit d’être exposée à tous !

Les groupes se forment en fonction des affinités thématiques et des compétences de chacun. Un petit pins permet de distinguer chaque savoir-faire : médiateur, bricoleur, designer, communicant, scientifique ou codeur. Une compétence par équipe est nécessaire à la réalisation de chaque projet. Enfin, le marathon créatif peut commencer... Les heures suivantes n’étaient que des discussions dynamiques autour de l’imagination d’un sujet, d’un dispositif et comment le mettre en place. Exposer ses idées et les confronter aux points de vue des autres n’est finalement pas si évident, surtout quand certains ne préfèrent pas entendre d’autres opinions que la leur.

En définitive, nous nous sommes accordés pour concevoir deux petits parcours se construisant autour des vitrines et textes de l’exposition permanente du musée. Le visiteur se munit soit d’une tesselle de céramique soit d’une coquille d’huître, et part à la recherche de son réemploi dans l’Antiquité, cherchant des indices dans l’espace d’exposition. Par des jeux d’interaction, de renvois lumineux et d’indices il peut reconstituer un pot en céramique, jouer à la marelle antique (jeu de plateau dont les pions sont constitués de tesselles) et participer à la construction d’une route romaine. Le principe est identique pour les coquilles d’huîtres : le visiteur doit trouver comment recycler ce déchet (très important en Normandie du fait d’une très grande consommation d’huîtres à l’époque) et finalement, il est invité à poser sa coquille sur un chantier de construction d’un sol. Les parcours sont libres mais interactifs et conviennent aux adultes comme aux enfants. Le musée est au cœur du dispositif pour inciter à s’approprier les espaces et y être attentif.

Table de travail du groupe Les Vieux Débris lors de la conception du parcours céramique

Source : C. Maury

Après les débats, c’est le début de la conception matérielle et les premiers problèmes techniques ressortent ! Sous le stress, l’excitation et l’effervescence chaque contrariété prend des proportions excessives ! C’est aussi ça l’expérience Muséomix : se maîtriser, s’adapter aux autres, organiser son temps et apprendre à mieux communiquer. Le bouillonnement créatif nous fait perdre toute notion de temps et même d’environnement. Le monde extérieur n’existe plus. On pense Muséomix, on mange Muséomix, on dort Muséomix ! Les journées sont intenses par leur longueur et productivité et finalement le soir en quittant l’équipe, il y a presque un vide.Les trois jours s’enchaînent avec la rapidité d’un éclair, et finalement dimanche arrive déjà. L’après-midi les visiteurs sont invités à tester les prototypes et donner leur avis. Eux aussi vivent une drôle d’expérience: partir visiter des sites archéologiques avec un parapluie transformé en GPS ou construire une voie romaine avec des coquilles d’huîtres, ce n’est pas ce à quoi on s’attend lorsque l’on choisit de visiter un musée archéologique ! Mais d’ailleurs la surprise est meilleure... J’entends certains visiteurs dire qu’ils ne trouvent plus l’archéologie ennuyeuse et trop éloignée de notre société… et ça c’est gagné !

Alliance de nouvelles technologies avec l'archéologie

Source : AG+ Studio

Après plus de trois heures de test avec un vrai public, le musée referme ses portes. C’est l’heure du bilan. On nous annonce que le dispositif pour lequel je me suis donné corps et âme sera certainement pérennisé. Quelques détails devront être repensés pour être parfait, mais le directeur semble confiant. Sur les cinq projets, seul le notre se voit récompensé de la sorte !

Nous fêtons cette réussite autour d’un dernier verre et les petits fours de la soirée de clôture. L’aventure s’achève déjà… Je ressens comme une sorte de nostalgie et en même temps un soulagement… Enfin la pression peut redescendre. C’est aussi à ce moment là que je réalise que je viens de vivre une expérience intense, humaine et riche où l’innovation est au cœur de toute pensée.Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer autant de gens aux parcours si différents et pourtant unis dans un objectif commun, qu’était ici la rénovation de l’expérience muséale, je n’avais pas non plus eu l’occasion d’exercer ma créativité de telle manière et en si peu de temps, et surtout c’était la première fois que j’avais autant de moyens (tant matériels qu’humain) pour m’accompagner dans un projet d’invention. Finalement les délires peuvent parfois devenir cohérents et concrets !

Présentation du prototype des Vieux Débris en plénière

Source AG+ Studio

En partant, un de mes coéquipier me lance : « On se voit au prochain hackathon ! » Quoi ? C’est quoi ce charabia ?! Et lui de m’expliquer qu’un hackathon c’est l’événement qui vient de se terminer… C’est un processus de création soutenu pour concevoir par équipes de nouveaux dispositifs, ou réinventer une structure. Décidément je ne savais vraiment pas dans quoi je m’engageais en participant à Muséomix !

CM#Museomix#Vieux-la-Romaine#LesVieuxDébris#Hackaton

Musée en tous sens !

J’ai visité l’exposition « corps rebelles » au musée des confluences de Lyon. Afin de favoriser l’immersion du visiteur dans l’univers de la danse,le son prenait une place importante : dès l’entrée où se font entendre des bruissements de vêtements, des battements de cœurs, des mouvements de corps. Tout du long, l’ouïe est sollicitée par la musique sur laquelle se déplacent les danseurs, les paroles qu’ils prononcent sur leur pratique, ou les bruits qui émanent de leurs danses. Cette immersion est d’autant plus importante que chaque visiteur porte un casque.


Visuel de l'Exposition Corps rebelles © Jessy Bernier

Jouer sur les différents sens, offrir une nouvelle expérience au visiteur, mobilisant différentes sensations et émotions cela est à mon sens primordial dans l’exposition. La vue est le sens le plus monopolisé au musée. Le public voit les œuvres, lis les cartels, regarde les détails d’un objet, etc. Quelques musées proposent des expériences où l’on coupe ce sens afin d’utiliser les autres, mais cela est très rare, et le musée est avant tout un lieu visuel où le public vient pour « voir »des choses. La scénographie prend alors une place importante afin de mettre en valeur les objets, en les surélevant, les encadrant, les contextualisant, etc.Dans les musées de beaux-arts notamment l’expérience du beau est essentielle,un soin particulier est donc accordé à la mise en spectacle de l’objet. Mais aujourd’hui,le visuel n’est plus le principal sens sollicité au musée, ainsi d’autres éléments apparaissent dans la scénographie tel que la sonographie.

Lemusée dans l’imaginaire commun est encore perçu comme un lieu de silence, danslequel il faut rester calme et ne pas faire de bruit. Faire entrer l’ouïe aumusée n’est donc pas chose commune. C’est d’ailleurs ce que précise CécileCorbel dans son introduction à un article sur le son au musée :« Avanttoute chose, je voudrais dire que j’ai trouvé « amusant » — certains dirontdécourageant — lorsque je faisais part de mon sujet à mes connaissances — dontdes amis musiciens — de constater leur étonnement, voire leur incompréhension,quant au rapprochement des sons et de l’univers du musée »[1]. Cette démarche nonévidente existe pourtant. Ainsi le son fait son apparition de manièreindividuelle avec les audio-guides, qui sonorisent le discours du musée. Onpeut aussi le trouver comme objet des collections avec par exemple la diffusiond’extraits de musique dans l’exposition. Au musée Dauphinois de Grenoble pourl’exposition Nunavik, un chant de gorge inuit était diffusé pour illustrer lapratique de ce peuple, ce chant créait aussi une ambiance sonore puisqu’ils’entendait avant d’apprendre à quoi il correspondait. L’utilisation du soncomme créateur d’ambiance est un autre usage.  L’ouïe est beaucoup utilisée dans les musées,bien que sa sollicitation ne soit pas évidente, le brouillage entre pistessonores étant à éviter. Les dispositifs travaillant ce sens sont trèsintéressant car ils posent plusieurs questions. Lorsque l’on déclenche undispositif manuellement que d’autres visiteurs peuvent entendre, ne va--ton pasles gêner ? Le son peut être invasif. Il est certes possible d’utiliserdes dispositifs individuels, à ce moment-là la coupure avec les autres est plusnette. Les dispositifs avec casques ferment aux autres, ils recentrent sur lemusée, permettent l’immersion dans l’exposition mais plus l’interaction avecles autres visiteurs, ce que je trouvais dommage dans l’exposition « corpsrebelle ». Il y a alors la solution des douches sonores qui netransmettent pas le bruit à tout le monde mais qui permettent d’avoir desdispositifs individuels sans se couper des autres.

Letoucher est sûrement le 3ème sens le plus utilisé, surtout aujourd’hui avec l’apparition des écrans tactiles qui permettent plus de médiation active. A une époque le visiteur pouvait toucher à sa guise lesobjets des cabinets de curiosité et musée, mais les dernières années on faitdes objets muséographies des objets saints, alors « prière de ne pastoucher ». De nouvelles médiations proposent de faire d’objets decollection des objets de médiation. Et de plus en plus de reproductions sont tendues aux mains des publics dans les visites. Certains musées font même pied de nez à toutes les autres institutions comme au musée de Tinguely qui proposel’exposition PRIÈRE DE TOUCHER.

Visuel de l'exposition Prière de toucher © Musée de Tinguely

Par convention le visiteur est éduqué à ne pas toucher dans le musée, même si l’envie de transgression est forte, il faut souvent indiquer la possibilité dele faire pour que le visiteur se permette d’apposer sa main sur les objets exposés.On notera qu’en dehors des dispositifs de médiation pour des publicsparticuliers : handicap visuel, enfant, etc., le musée a tendance à être un lieu où il faut mieux garder ses mains dans ses poches.

Enfin l’odorat et le goût sont des sens peu mobilisées dans le musée. Pourtant il existe des médiations gustatives et olfactives, mais très rare. Ces sens peuvent être au cœur de l’exposition comme lors de l’exposition Gourmandises ! – Histoire de la gastronomie à Lyon,sans pour autant être mobilisés. Des dispositifs permanents faisantappel à ces sens sont trop contraignants, et ils sont surtout une histoire demédiation ponctuelle, par exemple au musée portuaire de Dunkerque pourl’exposition Banane, un atelier de confection de cake avec ce fruit étaitproposé en médiation pour les enfants. 

Bananes suscitant le goût pour l’exposition Banane © Musée portuaire de Dunkerque

Ces médiations peuvent être nommée visite sensorielle, comme au musée de La Piscine à Roubaix[2].   

Les 5 sens sont donc beaucoup sollicités en médiation, peu de collections font appel à l’odorat et le goût, bien certains objets liés à ces sens soient inscrits dans notre patrimoine, comme le patrimoine gastronomique français. Il est déjà difficile de mettre en place des dispositifs faisant appel aux autres sens. Les enceintes des dispositif audio finissent par grésiller, les objets donnés au toucher s’abiment, les odeurs s’évanouissent et les aliments sontpérissables. Cela nécessite donc beaucoup de contraintes, et de maintenance, maiscela n’est-il pas plus intéressant de favoriser le multi sensoriel pour que le visiteur bénéficie d’une expérience de visite optimale ?

C’estun sujet large que les 5 sens au musée, pour satisfaire au mieux la soif de connaissance sur ce qui a pu être fait, l’art de muser a de quoi nourrir :

·     Quenelles, grattons, bugnes et autres spécialités des bouchons à l'honneur: médiation gustative

·        La Maison-Musée Hector-Berlioz: à voir et à entendre: médiation auditive 

·        L'alimentarium de Vevey, un musée vivant pour explorer notre alimentation: médiation gustative

·        Un audio-guide au cœur des oeuvres

·        Mmmmmmmh!: médiation gustative

·        Au musée de Flandre de Cassel, "cette oeuvre est à toucher"

·  "Touchez la musique!" Lancez vous dans le parcours du musée de la musique.: médiation auditive 

·     Au musée j'ai touché...!: médiation tactile

·     La Nuit met nos sens en éveil!: multisensoriel 

·   Faire l'expérience de la conservation-restauration à l'Ashmolean Museum d'Oxford: médiation tactile

·    La Piscine, championne de médiation: médiation olfactive 

   

 Océane De Souza

Le Musée de Tinguely propose des expositions basées sur les 5 sens.

Les médiations gustatives ou l’art de la mise en bouche. Emmanuelle Lambert: complément sur la médiation gustative

#5sens

#Médiation

#Rétrospective


[1] CécileCorbel, « L’intégration du sonore au musée », Cahiers d’ethnomusicologie [Enligne], 16 | 2003, mis en ligne le 16 janvier 2012, consulté le 03 janvier2017. URL : http://ethnomusicologie.revues.org/571

[2] A cepropos : http://lartdemuser.blogspot.fr/2012/10/la-piscine-championne-de-mediation.html?q=la+piscine

                                                                                                      

Musée, un naufrage annoncé ?

Musée haut, musée bas est un film de Jean-Michel Ribes, sorti en 2007, qui bien que centré sur  le musée n’est pas un documentaire. Le musée devient le lieu d’une lutte entre la nature et la culture. Ce musée regroupe les signes de la culture humaine sans pour autant placer les œuvres au premier plan. L’objet ici n’est pas de faire une critique du film mais plutôt d’analyser ce que cette comédie nous dit sur le musée, ses publics, ses agents et son avenir.


Affiche du film - 2007

Musée haut, musée bas est un film de Jean-Michel Ribes, sorti en 2007, qui bien que centré sur  le musée n’est pas un documentaire. Le musée devient le lieu d’une lutte entre la nature et la culture. Ce musée regroupe les signes de la culture humaine sans pour autant placer les œuvres au premier plan. L’objet ici n’est pas de faire une critique du film mais plutôt d’analyser ce que cette comédie nous dit sur le musée, ses publics, ses agents et son avenir.

Le scénario présente, à traversdifférents groupes stéréotypés, les visiteurs du musée d’art. Le musée présentéici est ultra généraliste puisque composé des grandes structures nationales etparisiennes (Louvre, Cité de l’Architecture, Musée Guimet, Cité de la Musique…). Le Petit Palais a été choisi pour représenter l’extérieur de ce musée dontle plan est invraisemblable, alambiqué et truffé de codes couleurs divers. 

Parmi ces groupes on trouve :

  • Les visiteurs en groupe, pressés, bruyants, …
  • Les visiteurs individuels un peu perdus soitdans les méandres du plan soit dans l’incompréhension de ce qu’ils voient, cequi donne lieu à des scènes loufoques, surréalistes (ou baroques).
  • Les artistes contemporains qui se questionnentsur leur art ou présentent des expositions pour le moins conceptuelles ousexuelles
  • Les élus, représentés par un ministre de laculture, qui à peine arrivé au vernissage de l’exposition est déjà ailleurs,débordé par les inaugurations et les vernissages sans trop savoir évaluer laqualité de ces événements.

Sans oublier le personnel du musée : les guides qui tentent de gérer les groupes et renseigner les visiteurs ; les gardiens de salle qui ne supportent plus leur vie tellement ils sont entourés de beau ; la régisseur qui réceptionne les objets d'art primitif pour la prochaine exposition ; les ouvriers, baptisés du nom de apôtres, qui effectuent les mouvements d’œuvres. 

Photogramme du film - Les gardiens de salle© David Koskas

Ce film est ponctué de jolismoments qui peuvent faire échos à des expériences de visite, à des œuvres. Sitout est présenté avec ironie et un certain goût de l’absurde, un fond devérité est bien présent dans les points de vue qu’on peut avoir sur les musées.Intéressant à garder en tête pour les prochaines expériences muséales.

Au delà de ces petites histoires,se tisse une histoire principale, celle de la lutte, de plus en plus présente,entre la nature et la culture. Le musée subit en effet l’invasion progressivede la nature de son abord immédiat : des cygnes, des crapauds, descafards, des végétaux puis la mer. La nature veut reconquérir ses droits alorsque le musée symbolise la culture. Les peintres sont, selon les propos duconservateur de ce musée imaginaire, les garants du non retour vers l’âge descavernes : « L’art, c’est à dire l’artificiel, nous protège du retourau préhistorique ». Et quand bien même le musée fait naufrage, il y auratoujours les rescapés de la Méduse pour aller refaire un musée ailleurs,autrement, ou peut-être seulement pas tout à fait pareil…

Photogramme du film© David Koskas

 Morceaux choisis :

« Ce n’est pas un très bonexemple pour les enfants, un peintre qui se fait renvoyer dans unesemaine »

 « On n’sait plus trop bien qui on est, oùon va, qui sont ces gens dans la rue en imperméable, quand on a trop longtempsregardé Klimt ou Man Ray. »

« Non, ce qui compte c’est ceque tu ressens après. Par exemple, il y a trois ans en sortant de l’expositionPicabia, j’étais contente, mais tellement contente qu’en rentrant à la maison,j’ai quitté mon mari. »

« Il dit qu’il ne comprend paspourquoi, les statues africaines obtiennent toujours des papiers pour entrerdans ce pays et jamais les Africains. »

« Si elle te l’a dit, y aaucun risque, les musées en matière de bon goût c’est la garantie absolue, avecce qui est accroché au mur, ils peuvent pas se permettre de faire un faux passur les tasses à café »

« Ça c’est sûr qu’ils enavaient du talent les Impressionnistes ! Je n’sais pas si vous êtes déjàallé à Argenteuil, mais c’est une horreur Argenteuil. Et encore, aujourd’huiils ont refait la place et arrangé le pont. Alors on s’imagine ce que ça devaitêtre de leur temps. Eh bien déjà rien qu’arriver à peindre cette ville pourried’Argenteuil et qu’elle se trouve maintenant dans un musée, chapeau bas lesImpressionnistes ! »

« C’est l’opposé madame, c’estune création. Ce n’est pas quelqu’un qui disparaît, c’est quelqu’un quiapparaît, l’envers exactement, l’envers du crime. »

« Si on a un sens, Sulku,est-ce qu’on sera encore de l’art ? » (Sulku, œuvre d’art / performeur)

CoralieGalmiche

#cinéma

#image du musée

#publics

Musées dans le métro

Doukevienlafiche ? Mais que vois-je ?  Dans les couloirs du métro, Orsay a ressorti ses affiches, créée par l’agence Madame Bovary enoctobre 2015.

 

Elles n’annoncent pas une nouvelle exposition, un événement, non elles incitent les citadins à revenir user leurs savates dans l’ancienne gare. Plus, elles appellent les parents à venir éduquer leur progéniture. Le musée, lieu d’éducation et de délectation. C’est le meilleur moyen de fidéliser un public, montrer dès l’enfance que le musée n’est pas (plus ?) un lieu poussiéreux et ennuyeux (enfin, pas tous), un lieu non scolaire (quoique les visites de primaires tendent bien souvent à n’en faire qu’une extension de l’école, où l’on y suit les mêmes règles : s’asseoir et écouter, lever le doigt, ne pas parler, ne pas courir, ne pas rire…), un lieu où l’on s’amuse. Mais assez sournoisement, ces slogans confortent les théories de Bourdieu :« Toute la tradition culturelle des pays de vieille tradition s’exprime en effet dans un rapport traditionnel à la culture qui ne peut se constituer dans sa modalité propre, avec la complicité des institutions chargées d’organiser le culte de la culture, que dans le cas où le principe de la dévotion culturelle a été inculquée, dès la prime enfance, par des incitations et les sanctions de la tradition familiale.[1] »  La tradition familiale, déterminisme social de la fréquentation des lieux culturels.J’ignore si des études ont été menées pour évaluer la portée de cette campagne publicitaire, mais la fréquentation du musée a-t-elle vu déferler des vagues de familles primo-visiteurs ? N’était-ce qu’une piqûre de rappel pour les nouveaux parents (anciens enfants visiteurs, de fait), qui déjà fréquentent régulièrement les musées ?

 

Il y a quelques semaines, lestrente années du musée d’Orsay ont été fêtées par la floraison de plusieursnouvelles affiches aux slogans alléchants : mettez vous sur votre 31 et Aucunetenue n’est exigée (ou presque). Robe de soirée ou nu artistique, on n’estpas loin du Venez comme vous êtesd’une certaine chaîne de malbouffe institutionnalisée… mais le message sonneétrangement faux lorsque le musée est éclaboussé à la même période parplusieurs sorties manu militari declasses de banlieue et de familles défavorisées[2]qui viennent contredire le message d’ouverture baba cool si lyriquementannoncé. Sans même parler de l’artiste Déborah de Roberti, expulsée par deuxfois du musée pour s’être allongée nue[3]devant L’Origine du monde et l’Olympia.

Les opérations de comm’ cherchent àattirer de nouveaux publics, moins enclins à passer leurs après-midi pluvieusesdevant des Kandinsky ou des cathares grecs. La mise en place d’une carte passétudiant au musée Fabre de Montpellier a été l’occasion de lancer à la rentréede septembre une opération de séduction pour le public étudiant. Ces deuxvisuels diffusés uniquement en ligne jouent sur la même corde décalée que lemusée d’Orsay, le musée étant aussi un lieu des premières sensationsémoustillées (moi même...).

   

L’idée venant du musée a été soumiseà une agence. Celle-ci a réalisé une petite étude du public et proposé plusieurspistes, soumises à la Métropole dont dépend le musée avant validation. Ladiffusion sur les réseaux étudiants, universitaires, ou via les réseaux sociauxa ses limites, sans compter la pudibonderie aberrante de Facebook qui a censuréces deux floutages au motif decaractère tendancieux. (Cette opération de censure d’œuvres au nom de la peaudévoilée, de ce sein que la bienséance ne saurait voir et qui vise ausystématisme – on ne compte plus les photos de fontaines baroques, tableaux etsculptures centenaires interdites de séjour sur le sol pas palpable d’internet– n’est pas sans évoquer l’emballage des indécentes statues antiques du Muséedu Capitole afin de protéger les chastes pupilles du président iranien enjanvier 2016.) Fort heureusement, après quelques semaines de blocage, cesaffiches ont tout de même pu être lancées à la conquête du réseau. Il demeurecependant que ces affiches restent très discrètes et peu diffusées hors dupublic ciblé directement (étudiants montpelliérains), ce qui est dommage pourune campagne publicitaire.

Orsay n’a cependant pas le monopoledes affiches du métropolitain. On y croise les placards annonçant desexpositions temporaires. À venir : le Grand Palais a lancé une campagneavec un seul mot, une seule promesse : « Bientôt ». Nulle dateni titre. Le sujet n’étant précisé que sous l’excuse d’un # en petites lettresen bas. Si on reconnaît vite le Penseur, le tableau de Klimt ne touche qu’unpublic averti, quant à la parure indienne…

Les couloirs nous allèchent avecdes expositions en cours ou presque terminées, les affiches alors dotées d’unbandeau « derniers jours » ou « prolongation », collé de biaistel une écharpe d’élu, sous entendu : « dépêchez vous de venir, maisattention il y aura du monde ! ».

Le Château de Versailles n’est pasen reste et envahit lui aussi la lumière blafarde des couloirs métropolitainspour y ouvrir des fenêtres de couleur et de soleil. Jouant, comme  Orsay sur une série d’affiches avecpour leitmotiv une expression anaphorique suivie  de  l’emploi del’impératif, qui n’est pas anodin et est loin d’être une nouveauté dans ledomaine de la publicité, avant les variations de fin.

Un certain modèle de publicité pourmusée se démarque ces dernières années. Miser sur l’humour, sur la tentation oule besoin de vacances, bref sur le côté décontracté des institutions muséales.Se désolidariser de la poussière des salles glauques d’un vieux Louvre. Briserles barrières psychologiques dressées devant la pompe de ces lieux, nouvelleaux yeux de ceux qui ne sont pas habitués à en arpenter les allées.

L’ouverture de l’antenne de Lensjouait déjà sur cette corde (cas intéressant de publicité périssable puisquel’œuvre de Delacroix est retourné après un an d’exposition dans les galeries depeinture française du Louvre-Paris).

 

En fouillant un peu les archivespublicitaires, on peut trouver des publicités totalement à l’opposé de cettevision, insistant sur le contenu de façon plus sérieuse, froide, distante, etsans doute plus rebutant : en2012, le Musée de la Grande Guerre, à Meaux et la Cité de l’Immigration, àParis, ont fait une proposition particulièrement austère, alors même quel’ouverture d’un nouveau musée ou la réouverture après une période de travauxest l’occasion de donner une identité particulière au musée et le ton de sondiscours. La sentence péremptoire à haute vertu pédagogique, associée à unephoto ancienne noir et blanc éloignant encore davantage l’institution de lavision d’un musée moderne, vivant et dynamique et surtout comme lieud’éducation non scolaire. Comment attirer ainsi un public peu enclin à franchirles portes imposantes d’un musée ?

Affiche du Musée de la Grande Guerre, à Meaux (2012)

    

Si une deuxième affiche de la Citéde l’Immigration plaçait « Tongrand-père dans un musée. » (notons la formule sans verbe, presque uneapostrophe, presque une insulte délicieusement absurde), elle ne faitqu’insister sur le musée nostalgique plein de vieux albums de famille et devieilleries poussiéreuses mais sans doute est-ce une fibre qui attire un publicfamilial urbain, nostalgique d’un c’était mieux avant et du pittoresque desanciens métiers.

Plus récemment, en 2016, annéeanniversaire de nombreux musées parisiens, en particulier des dix bougies du QuaiBranly (pardon, du désormais baptisé Muséedu Quai Branly – Jacques Chirac), occasion d’inviter le dessinateur RiadSattouf à réaliser l’affiche dont les traits de Bande dessinées ne sont passans évoquer le fétiche à l’Oreille Cassée et la pop-culture voguant surl’esthétique de l’archéologie et des cultures non occidentales. Le médiumutilisé, le personnage qui vient compléter la série (après le grand-père, voilàle gamin sous vitrine), interpellent un public plus jeune, visent mêmedirectement les enfants, contrairement à la campagne d’Orsay qui s’adresse auxparents (encore que…).

Que de raisons de se rendre aumusée ! S’instruire et s’amuser, voir « des sales gosses » oudes bijoux de famille, des antiquités ou son aïeul… Encore faut-il que lesmusées tiennent leurs promesses. 

JérômePoliti

#affichedemusée

#sinstruirensamusant

#métro

Merci à Marion Boutellier, Chargéedes publics au Musée Fabre, pour avoir répondu à mes questions. 


[1] BourdieuPierre et Darbel Alain, L’Amour de l’art,Les éditions de Minuit, 1969, p. 65-66

[2] http://www.sudouest.fr/2016/12/09/des-eleves-de-banlieue-chasses-du-musee-d-orsay-leur-prof-s-indigne-sur-facebook-3013559-4699.php 

et

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/01/29/01016-20130129ARTFIG00323-une-famille-defavorisee-expulsee-du-musee-d-orsay.php

[3] http://www.huffingtonpost.fr/2016/01/17/nue-musee-orsay-paris-exhibitionnisme_n_9003114.html

Museomix à la Manufacture des Flandres : vivre le musée différemment

Le dimanche 8 novembre 2015, la 3e édition de Museomix Nord prenait fin. Les museomixeurs laissaient leurs prototypes entre les mains de l’équipe de la Manufacture de Roubaix et retournaient à leur quotidien, loin de l’euphorie de l’événement.

Museomix, depuis 5ans,c’est trois jours, 72 heures, un musée, 6 équipes et des esprits en ébullition.L’objectif ? Créer un prototype de médiation innovant qui parle à tous.Comment ? Les museomixeurs disposent d’un grand nombre d’outils :découpe laser, imprimantes 3D, hologrammes, tablettes, écrans,rétroprojecteurs, matériel informatique et bien sûr du bois, de la peinture et une menuiserie est mise à notre disposition. Toutes les conditions sont réunies pour qu’il n’y ait aucune limite à notre créativité. 

Pour commencer, les museomixeurs visitent la Manufacture ou plutôt le Musée de la mémoire et de la création textile de Roubaix. Des métiers à tisser de toutes époques sont mis en mouvement sous nos yeux. De la pédale, à la machine à vapeur jusqu’à l’électricité, de la navette à la lance ou encore du jacquard au système informatisé, le musée nous propose de découvrir l’évolution de l’industrie du textile. Une fois les marques prises dans les lieux, les équipes se forment autour de 6 grandes thématiques dont Tissu / tissage ; Métier(s) ;Mémoire/patrimoine ; Le futur /demain/ innovation ; Maillage/ territoire ;Collecter /connecter / recycler et Usine/machine, celle vers laquelle je me suis tournée.

© C.B.

Du fil au motif

Un coach, un médiateur,un chargé des contenus, un codeur, un graphiste et enfin une bricoleuse (moi !)se regroupent autour des mots Usine et Machine pour se lancer dans une journéede discussions, de débats mais surtout d’échanges d’idées du Jacquard. Inventéen 1801 par Joseph Marie Jacquard, le Métier Jacquard permet la réalisation demotifs de façon automatique.  Pour cela, les métiers sont équipés d'unmécanisme qui sélectionne les fils de chaîne grâce à un programme inscrit surdes cartes perforées. Basées sur un système binaire, les cartes jacquardvont permettre de créer des motifs allant du simple losange au plus complexedes ornements. Aussi fascinant que soit ce procédé, son fonctionnement estdifficile à comprendre, d’avantage du fait que tout se passe au sommet desmachines, c’est-à-dire à quelques mètres au-dessus de nos têtes. 

La volonté d’expliquerle métier Jacquard au public fédère l’équipe. Dès le samedi matin, les débatsreprennent sur la forme que prendra notre prototype et plusieurs pistesapparaissent. Pourquoi ne pas présenter le Jacquard à travers le son ? Eneffet, l’orgue de barbarie produit de la musique en utilisant un procédémécanique qui fonctionne à l’aide de papier perforé comme le jacquard. Autreidée ? Le visiteur actionnerait un métier jacquard virtuel à l’aide d’unsystème permettant d’interagir par la reconnaissance de mouvements. Desproblèmes de réalisation technique surviennent rapidement et rendent ces idéesnon réalisables.

Un visiteur aux commandes

Ce que nous souhaitonsabsolument retrouver dans notre futur outil de médiation est la manipulation duvisiteur. Nous considérons que pour faire comprendre le procédé du jacquard aupublic, ce dernier doit réaliser son propre motif en actionnant lui-même lesystème jacquard. Nous pensons alors à ramener la partie supérieure du métier àtisser à hauteur du regard du visiteur afin que ce dernier puisse le manier. 

Avec l’aide d’un ancientravailleur du textile, nous réfléchissons au mécanisme à mettre en place et leconcept prend forme au fil des échanges et des croquis. En parallèle, lecontenu explicatif s’élabore entre la graphiste la médiatrice et la chargée ducontenu. Logo, vidéo de présentation et tweeter se mettent également en placepour présenter à tous La mini-jacquard.À la fin de la journée les plans définitifs sont réalisés, les mesures sontdécidées et la liste des matériaux est rédigée avec l’aide du menuisier. Leprincipe du prototype sera donc de soulever les fils désirés grâce à descrochets qui seront introduits dans les trous supérieurs de la machine et de lacarte jacquard. Une fois les fils disposés, il suffit de passer la navetteentre ceux-ci et le motif apparaîtra peu à peu.

© C.B.

« Merci, j’ai enfincompris ! »

© C.B.

Le troisième et dernierjour est consacré à la construction de la « mini jacquard » et à laréalisation graphique des contenus. Scier, percer, coller, clouer, visser,petit à petit le jacquard prend forme et des tests sont régulièrement réaliséspour s’assurer de la faisabilité du prototype. Cette dernière journée est unecourse contre la montre, dès 14h, les prototypes doivent être disposés dans lemusée et être prêts à passer au crashtest.Nous devons régler les derniers détails et préparer nos discours pourl’arrivée du public. 

L’installation se faitrapidement, c’est à cet instant que certains problèmes techniquesapparaissent : un fil pas assez tendu ou encore des aiguilles difficiles àmanipuler. Mais nous n’avons plus le temps d’y remédier car dès 15h lesvisiteurs affluent. Toute l’équipe se transforme alors en médiatrice afin deprésenter le fruit de ce marathon créatif, passionnant et exigeant. Le publicest attentif, il nous écoute, pose des questions, manipule et quel plaisird’entendre « Merci, j’ai enfin compris ! ». 

C.B.

Pour en savoir plus :

http://www.lamanufacture-roubaix.fr/

http://www.museomix.org/

#Museomix

#Roubaix

Museum Fighter

Amoureuxde street-fighter et de scénographie ? Cet article est fait pour vous.

Amoureux de street-fighter et de scénographie ? Cet article est fait pour vous.

Le white cube et la scénographie théâtrale s'affrontent ici dans un match au sommet !

Entant qu'arbitre je vous propose deux combattants : Camille Claudel,miroir de l'Art Déco (La Piscine, Roubaix) & Arras vous fait la Cour(Musée des Beaux-Arts, Arras).

Le match se fera en deux rounds gagnants. 

Vous pouvez choisir la durée du match : 30, 60 ou 90 secondes selon vos capacités de lecture. Je vous déconseille cependant la version en temps illimité.

Mais avant de commencer lancez cette vidéo,je suis certaine que la bande-son vous mettra en condition.

Round 1 : Multitude d'objets vs choix de cent œuvres

            La qualité d'une exposition n'équivaut pas au nombre d'objets qu'elle expose. Ce n'est pas la taille qui compte, on le sait bien !

            Arras a fait le choix d'exposer « uniquement » cent chefs-d’œuvre deVersailles. Des spécialistes vous diront sûrement que le château n'a pas prêtéses plus belles pièces ! Cette remarque ne vaut pas bien entendu pour despièces comme le magnifique groupe Apollon servi par les nymphes –qui nesera d'ailleurs pas exposé sur la totalité du temps de l'expo (18 mois) – maison remarquera juste que les pièces ne sont pas toutes des chefs-d’œuvre. Cependantle simple amateur – c'est-à-dire une personne qui n'a pas fait une thèse de 799pages sur la marqueterie versaillaise entre 1526 et 1532 – reste ébloui parces objets de luxe ! Dans les salles, point trop d'objets, ce qui permetde les découvrir réellement. Ici je m'attarde sur un tableau, là sur une chaiseou ici encore sur un fusil de chasse. Je ne me sens pas oppressée, le lieu melaisse le temps de vagabonder sereinement.

            Ducôté de Roubaix, on a plutôt sorti l'artillerie lourde ! Des dizaines etdes dizaines d’œuvres de l'artiste sont exposées : sculptures, dessins,photographies, esquisses, moulages, etc. Sans compter les œuvres de son maître,de ceux qui l'ont inspirée, etc. Sur le papier, ça m'emballe de suite !Camille Claudel, j'adore ! Elle a tout pour plaire, la beauté, le talent,la passion et la folie ! Cependant, comme souvent dans ce typed'exposition je déchante.  J'ai du mal àme fixer, il y a trop d’œuvres à découvrir, trop de traitements différentsd'une même sculpture. Résultat je suis un peu perdue au milieu.

Résultat du round :un point pourArras pour avoir su choisir un nombre d’œuvres limité ! On est désoléepour Camille Claudel, nous aussi on l'aime, mais la on parle de muséo et descéno.

Round 2 : Sobriété vs Démesure

            Honneurau perdant on commence avec La Piscine. Le choix du musée a étécelui du White Cube. Pour rappel ce type de scénographie consiste à créer unespace blanc pour que le public se focalise uniquement sur les œuvres d'art. Ceconcept a été schématisé de la façon suivante par l'essayiste BrianO'Doherty : 

Pour le meilleur et pour le pire, le “cube blanc” est la seuleconvention majeure à laquelle l’art ait dû se soumettre. Sa pérennité estgarantie parce qu’il n’y a pas d’alternative.

Est-ce vrai ? Les murs blancs sont-ilsle seul moyen de mettre en avant une œuvre d'art ? J'en doute. Voilàdes siècles que les objets sont exposés dans des habitations, des églises oumême dans la rue. C'est-à-dire dans un contexte où l'objet n'est pas forcémentle centre de toutes les attentions. Mais bon quitte à sacraliser ce dernier onpeut en effet l'exposer dans un environnement blanc. Cependant, est-ce vraimentle meilleur moyen de valoriser un marbre de Camille Claudel ?  De but en blanc je pense justement que leblanc, c'est idiot mais ça salit rapidement, alors ce n'est vraiment pasl'idéal, surtout pour les assises. Concernant les vitrines, sur ce point encorej'ai été déçue elles s'alignent le plus souvent contre les murs, et nepermettent pas de faire le tour des rondes-bosse. Ce qui est dommage quand onconnaît le talent de Claudel. Quant à la compréhension des salles, elle s'avèreardue. Les textes sont déclinés en couleurs pâles … sur les murs blancs. Brefdans la foule, je n'ai découvert leur existence qu'après avoir parcouru lamoitié de l'exposition. En ma défaveur j'avoue aussi qu'un guide de visiteétait fourni à l'entrée du musée, mais qu'au milieu des dizaines de prospectusdistribués, je ne l'ai lu qu'une fois rentrée chez moi. Dommage quand onconnaît le talent de Claudel. 

            Ducôté d'Arras, les mots d'ordre seraient plutôt « démesure etextravagance ! ». La scénographie tient une place à part entière dansl'exposition, on la voit. Par moments trop. Cependant elle permet d'êtretransporté directement dans l'ambiance du lieu. Bien sûr, on est loin duchâteau de Versailles, on appréciera d'ailleurs que les commissairesd'exposition n'aient pas tenté d'en faire une pâle imitation. Chaque sallepossède une ambiance, ce qui facilite la lecture de celle-ci. Sans avoir besoinde consulter un plan vous savez que vous vous trouvez dans les bosquetsoudans la salle consacrée aux Fêtes. La scénographie est donc élégante et à mon sens léchée. Elle procure auxvisiteurs une véritable expérience de visite. Cependant il y a un hic, enfindeux. Le premier : la scénographie prend parfois, voire souvent le pas surles expôts. Dans les premières salles, elle est certes présente mais valoriseles objets. Mais une fois dans la salle des Eaux et Fontaines, on oublie complètement l'objet. Cette scénographie grandiloquente a d'ailleursété très critiquée par la presse spécialisée. Personnellement j'ai appréciél'installation numérique, même si ce fut au détriment de la sculpture Latoneet ses enfants, par ailleurs très abîmée. Si vous avez aimé le Marie-Antoinettede Sofia Coppola vous apprécierez peut-être la présence d'une boule àfacettes contemporaine dans la salle dédiée aux fêtes (oui ça existait àl'époque mais pas cette version là). Deuxième hic : on parle quasiment uniquement de la scénographie dans lapresse. C'est ce que je fais aussi d'ailleurs.

Résultat du round : serré, trèsserré ! Malgré tout Arras l'emporte pour m'avoir transportée dans un autreunivers, pour avoir essayé de contextualiser les œuvres, alors que pourl'exposition Camille Claudel, la scénographie était selon moi absente.

And thewinner is :

Versailles gagne donc le match d'une courte tête !

Si vous désirez refaire le match, protestez contre lesjugements totalement subjectifs de l'arbitre ou juste me donner raisonn'hésitez pas laisser un commentaire.

Marion Boistel

Pour avoir une idée un peu plussérieuse de ce qu'est le White – Cube je vous invite à lire :

BrianO'Doherty, White cube: l'espace de lagalerie et son idéologie, Zurich, JRP, 2008.  

Si vous cherchez une vision plus synthétique :

 LaureBodonaba, « Note de lecture », Cahiers philosophiques 1/2011(n°124), p.123-126, disponible ici.

Pour lire un avis beaucoup plus tranché que le mien sur l'exposition d'Arras, 

je vous conseille l'article très virulent de Didier Rykner, intitulésobrement : 

De Versaillesà Arras, cent chefs-d'oeuvre déplacés pour rien

#scénographie 

#muséographie 

#battle

Open Museum Passard, une mission réussie ?

Le Palais des Beaux-Arts de Lille a choisi un chef étoilé pour donner un nouveau regard sur ses collections, sa mission est-elle remplie ?

Affiche d’Open Museum #4 © PBA

Décembre 2015 – Palais des Beaux-Arts, Lille.

Je commence un stage en médiation dans cette incroyable structure. Le musée est en pleine effervescence : conception de son nouveau projet scientifique et culturel dédié aux publics, projet de réaménagement de l’Atrium, réalisation de l’Open Museum ZEP…

Tout en m’imprégnant des objectifs de cet Open Museum, revisiter l’histoire de l’art et attirer de nouveaux visages, ma principale mission était d’aider à la mise en place du vernissage enfants en réalisant les fiches des œuvres que ZEP a choisi de mettre en lumière. Faire le lien entre ces deux univers pour que les jeunes du Conseil Municipal d’Enfants soient les meilleurs guides d’un jour.

Je me sentais presque privilégiée de voir les dessins et animations exclusives que l’auteur de BD avait réalisés en s’appuyant sur les chefs d’œuvre du musée. Le pari était gagné. J’en étais certaine, cet Open Museum ferait un carton. Le père de Titeuf avait réussi à décomplexer notre rapport à l’histoire de l’art et à capter l’attention de ses amateurs mais aussi de ses initiés. On irait au musée par plaisir, on rirait devant des œuvres, on comprendrait leur histoire et sortirait avec l’envie de revenir l’année prochaine en se demandant ce que le PBA pourrait bien nous réserver.

 

Février 2016 – même lieu.

Ce questionnement, je l’ai moi-même eu. Discrètement, j’ai donc demandé à ma tutrice de stage si le musée avait une idée du nouvel invité de la quatrième édition de l’Open Museum. J’appris alors que le directeur, Brunon Girveau, était en discussion avec Alain Passard, le chef étoilé du restaurant l’Arpège, mais que rien n’était encore fixé. Décidément, le PBA me surprendrait toujours.

J’avais laissé libre cours à mon imagination : comment un chef pouvait apporter un regard nouveau sur les collections du Palais des Beaux-Arts ? Quel nouveau public pouvait-il attirer ? Quelle forme prendrait cet Open Museum ? Et puis, j’avais attendu patiemment son ouverture, sans savoir si  Passard serait définitivement l’heureux élu.

   

Septembre 2016 – chez moi, Lille.

Ça y est, c’est officiel. Cela sera bien Alain Passard le centre de l’attention pour l’Open Museum #4. Le PBA lui offre sa fameuse carte blanche devenue un rendez-vous annuel. Que cela va-t-il bien donner ?

Je lis quelques articles de presse qui annoncent l’événement, me documente et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce chef Passard avait lui-même une pratique artistique autre que la cuisine. Ce féru d’art contemporain fait d’ailleurs ressentir dans sa cuisine ses autres passions : la sculpture, le collage à travers des associations de matières ou de formes…

 

Mars 2017 – le Sweet Flamingo, Lille.

Je déjeune avec mon ancienne tutrice de stage. Elle m’avait envoyé les documents de communication pour que je cerne cet Open Museum dont j’avais entendu quelques remarques par une amie agent d’accueil…

Surprise, Alain Passard est le commissaire de l’exposition et présentera quelques-unes de ses œuvres, mais, il donnera aussi la primauté à d’autres artistes contemporains. Il partagera l’événement avec Valentine Meyer, une curatrice indépendante et bien sûr Bruno Girveau et Régis Cotentin, le chargé de la programmation contemporaine.

À partir de ce moment, je doute. Je ne suis pas une initiée de l’art contemporain, et pourtant, je travaille dans le milieu culturel, qui plus est dans celui des musées. Alors, je me mets à la place de ceux qui ne sont pas des habitués, ceux qui sont éloignés de ces problématiques. Comment un Open Museum peut-il attirer de nouveaux venus en proposant un événement intégrant de l’art contemporain, qui peut selon moi, autant réunir qu’exclure. En choisissant cette orientation, le PBA s’est lancé dans un pari risqué mais conscient. Comment allait-il réussir son coup ?

 

30 avril 2017 – Palais des Beaux-Arts, Lille.

J’entre dans le PBA curieuse et décidée à m’ouvrir aux méandres de l’art contemporain. Je trouve toujours génialel’idée d’inviter un chef dans un musée mais je m’interroge quant à la façon de procéder. Ticket et livret d’aide à la visite en main, nous voilà lancées, Joanna et moi. Nous n’avons pas bien vu la première installation, les grandes pinces de homard installées dans l’entrée, dommage. Peut-être mériteraient-elles plus de lumières ou un autre lieu d’exposition… Mais nous nous sommes arrêtées un moment dans l’atrium. Les Marmites enragées de Pilar Albarracín qui reprennent l’Internationale nous font sourire et nous partons confiantes. L’art de la cuisine ou la cuisine de l’art est un monde à découvrir.

 

Taverne Lucie, Open Museum Passard, une mission réussie (1).JPG
Les Marmites enragées de Pilar Albarracin © L.T.

Nous tentons de suivre le parcours, nous devons certainement rater quelques œuvres, nous passons plus ou moins de temps devant d’autres, nous nous promenons à tous les étagesdu musée. Certaines nous posent question : pourquoi ce choix ? quel lien ? quelle utilité ? Nous sommes parfois dubitatives. Malheureusement, ce n’est pas avec l’Open Museum Passard que je vais m’ouvrir plus largement à l’art contemporain, ; ce n’est pas l’art en lui-même qui me dérange, ici c’est la façon dont il intervient sur le parcours et le lien entre le musée et la cuisine. Le propos peut être évident lorsque l’on croise sur son chemin une tenue de cuisinier. Le montage vidéo avec Le Gobelet d’Argent de Chardin est intéressant : voir le chef à l’ouvrage dans le reflet des instruments de cuisine… Je reste sur ma faim. J’aurais souhaité que les liens avec les œuvres du musée soient plus intuitifs. Le dialogue entre la sculpture du vendeur ambulant indien faite de montres (Mumbai Dabbawala de Valey Shende, 2015) et d’un tableau qui évoque l’Orient avec L’adoration des mages n’est pas évident pour tout le monde… Pour avoir travaillé sur une édition précédente, je sais que les œuvres de l’Open Museum ne sont pas placées là par hasard, alors pourquoi en ai-je la sensation pour cette quatrième saison ?

 

Taverne Lucie, Open Museum Passard, une mission réussie (2).JPG
Mumbai Dabbawala de Valey Shende, 2015 ©L.T.

 

Mai 2017 – chez moi, Lille.

En écrivant cet article, je me rends compte que je ne sais toujours pas ce que je pense de cette quatrième édition, Open Museum Passard. J’avais envie d’aimer. Je n’avais pas envie de ne pas aimer. Mais je dois me l’avouer, j’espérais que cela soit différent : plus de choses à toucher, sentir, plus de sons, d’effervescence. Bref, vivre et ressentir l’atmosphère même d’une cuisine, découvrir qu’en tant que lieu de travail, que contenant d’autres objets et personnages à l’ouvrage, en tant qu’ambiance, la Cuisine était une œuvre d’art, un art en elle-même. Passer après ZEP et son humour décalé était une difficulté en soi et créait chez le visiteur une véritable attente : inviter un chef lors de cette édition laissait à penser que cela serait surtout son métier d’artiste culinaire qui serait mis à jour et que des liens seraient tissés par ce biais. Cela est parfois chose faite grâce à l’exposition des menus qui selon qu’ils soient lus dans un restaurant ou dans un musée n’ont pas le même effet… De fait, le PBA nous a bien étonnées et continuera de tisser des liens entre les différents pans de la culture, des arts. Il fallait oser.

 

Lucie Taverne

#openmuseum
#pba

 

Openmuseum Séries TV : seulement une thématique attractive ?

Chaque année, le Palais des Beaux-arts de Lille organise son « Openmuseum » et donne carte blanche à un invité inattendu qui investit le musée et propose un dialogue inédit avec les collections.

Portraits au féminin

A l’heure où la Suède est considérée comme un modèle d’égalité hommes-femmes, l'une des dernières expositions du Nationalmuseum de Stockholm avant sa fermeture en mars 2013 pour 5 ans de rénovation nous a démontré à travers Pride and Prejudice qu'il fut un temps où les femmes n'avaient pas accès au savoir, à l'éducation au même titre que les hommes.


Crédits : Anaïs Kraemer

A l’heure où la Suède est considérée comme un modèle d’égalité hommes-femmes, l'une des dernières expositions du Nationalmuseum de Stockholm avant sa fermeture en mars 2013 pour 5 ans de rénovation nous a démontré à travers Pride and Prejudice qu'il fut un temps où les femmes n'avaient pas accès au savoir, à l'éducation au même titre que les hommes. A cette époque, l'Académie des Beaux-Arts était constituée uniquement d'hommes. L'exposition explorait la condition des femmes artistes en France et en Suède entre 1750 et 1860. Le portrait de plusieurs d'entre elles, dont certaines ont été les premières à pénétrer ce monde très masculin, démontrait que oui, même sans autorisation, les femmes aussi savaient manier un pinceau et qu'aujourd'hui, certaines d'entre elle ont même leur place au musée.

Crédits : Anaïs Kraemer

Au premier étage, les femmes prennaient le pouvoir, chaque artiste disposait de sa cimaise et de son chevalet, dressant son parcours à l'origine avec des œuvres associées. En plus d'une courte biographie classique, le panneau était complété par de petites anecdotes personnelles qui permettaient d'installer une plus grande proximité avec le public. Le visiteur parcourait les différents espaces sans aucun sens de visite défini, le discours étant réduit à ces différents portraits. L'absence à première vue d'autres éléments de médiation rendait le propos quelque peu confus au visiteur qui n'était pas attentif. En effet, bien qu'un accès principal avec un texte introductif ait été mis en place, la présentation de plusieurs expositions en simultané, permettait un accès par les salles mitoyennes. De plus, l'absence d'une scénographie en nette rupture avec les autres salles du musée ne permettait pas une réelle délimitation de l'exposition dans l'espace. Il n'y avait guère que les gardiens pour nous signaler la transition de l'espace temporaire à l'espace permanent.

Le choix des couleurs de fond ne présentait pas de continuité entre les salles. La cohésion était apportée par les espaces de repos. Vous l'aurez compris, c'est dans la scénographie que se situait le point faible de l'exposition ; bien que très convenable, il fallait être un visiteur aguerri pour comprendre les contours et la finalité. La proposition était restée très simpliste et ne servait pas suffisamment le propos. Un bon point néanmoins concernait les assises. Dans le prolongement des cimaises autoportantes se dressaient des colonnes autour desquels étaient disposés des coussins, identiques dans chaque salle, lesquels jouaient le rôle de liant entre les espaces. La présence en nombre de ces coussins donnait un aspect cosy au lieu et facilitait la contemplation de l'ensemble des expôts de par leur emplacement stratégique, qui permettait un angle de vue très complet sur les différents espaces d'exposition.

Au sortir de l'exposition, les sentiments étaient mitigés. Tout d'abord le choix du sujet semblait pertinent en regard du rapport particulier de la Suède avec le féminisme. De même pour les portraits qui permettaient de connaître l'artiste mais également la femme. Ensuite, les choix scénographiques permettaient au visiteur de prendre ses aises dans la déambulation et la contemplation des œuvres picturales. Cependant, ces mêmes choix de mises en exposition ne permettaient pas de voir se dessiner un réel parcours de visite. Le discours promis à l'entrée n'était pas entièrement tenu. Certes on nous présentait des artistes souvent peu présentes dans les institutions, mais l'aspect franco-suédois n'était pas exploité, et de plus, aucun lien n'était tissé entre les différents portraits et œuvres présentées. Une dernière rencontre avec des femmes remarquables du XVIIIe et XIXe siècle avant la fermeture du musée pour rénovation complète.

Anais Kraemer

 

Quel Carambolage ? Élitisation ou démocratisation du musée ?

Quel premier article vais-je écrire pour le blog ? Un petit tour sur l’Art de muser pour me donner des idées, voir les sujets abordés, si divers, et y rencontrer des expositions, des radiateurs et des films, reconnaître des noms dans les titres et dans les signatures. Un regard autour de moi, l’affiche de Carambolages me retient, déjà aperçue en coup de vent dans les couloirs labyrinthiques de l’Université de Liège pendant la semaine expographique. Certes, l’exposition est terminée depuis trois mois.Certes, d’autres musées m’appellent, avec leurs nouveaux accrochages. Mais je ne veux pas ici faire une critique journalistique, bien plutôt, j’aimerais évoquer mes sentiments envers une démarche originale.


L'affiche de Carambolages. Clin d'œil étonnant, ce tableau provient descollections de l'Université de Liège.

            Ma première visiteremonte au mois de mars, (période de chômage à l’avantage rarement évoqué depermettre de rentrer à prix réduit sinon gratuitement dans la plupart desexpositions parisiennes en semaine, évitant la foule du samedi matin), maseconde visite, précisément un samedi pour accompagner un ami qui ne pouvaitfaire autrement. On ne peut pas tout avoir. Deux visites, donc. Deuxexpériences opposées.

            Rappelons le principe del’exposition orchestrée par Jean-Hubert Martin : faire du musée un jeu dedomino, confronter des œuvres et des objets venant de tout le globe et detoutes les époques par un lien sémantique, une ressemblance esthétique, unthème, et rebondir ainsi dans une danse narrative continue, inspiré de L’Atlas Mnémosyne d’Aby Warburg.

Aby Warburg, Atlas Mnemosyne,planche 79.

            Uneexposition mêlant tout, s’affranchissant des catégories traditionnelles demusées (art ancien ou contemporain, ethnographie, archéologie, histoire naturelle…),sans discours universitaire, sans autre discours même que celui que le visiteurveut se raconter. D’où la mise à distance : ni savant ni élève, juste desjoueurs.

Quelques partis-pris : un plande salle boustrophédon déroulant le fil de la comptine marabout, bout de ficelle,selle de cheval... Aucune explication sur les expôts, les cartels numériques –minimalistes – relégués au fond des allées et tournant en boucle. Sempiternelleritournelle. Des objets décontextualisés : on en connaît certains,d’autres sont totalement obscurs.

Un jeu, je vous dis ! On sedétend, on avance et on regarde. « Un travelling ludique pour tous lespublics » clame le dossier de presse, « un divertissement qui entendstimuler le savoir » explique le (seul et unique) texte (introductif) del’exposition. L’affiche elle-même n’annonçait-elle pas qu’il ne s’agit là qued’une blague ?

            L’idée est bonne, originale, innovante… L’expo seveut donc accessible pour tous, les experts de tous poils qui s’amuseront àtisser des liens entre les œuvres, les visiteurs cultivés, habitués au muséetraditionnel qui verront ici une nouvelle expérience à explorer, les visiteursoccasionnels, qui n’ont pas besoin de bagages culturels foisonnants puisquel’exposition se refuse à toute démonstration et n’ont qu’à se bercer au rythmedes découvertes. Car « point n’est besoin d’aller chercher si loin dans lepassé, pour trouver des exemples de présentation échappant à l’axiomehistorico-géographique. » dixit J-H M.

 

Un écran-cartel aux informations obscures pour qui n’a pas une licenced’ethnographie océanienne.

            Seulement voilà, nous ne sommes pastous Jean-Hubert Martin.

            Première visite : il y avaittrès peu de monde, je ressors émerveillé. Quel concept étonnant ! J’ai vutant de choses diverses, réveillant les souvenirs de tant de lieux, de tantd’expositions, de tant de cours d’histoire de l’art, d’archéologie, d’anthropologie…Ce jeu intellectuel a en effet « stimulé » mes connaissances et monimagination. Je suis heureux, amusé d’avoir cherché les liens cachés, devinéles rebondissements en restant longtemps devant chaque vitrine, et confortédans mon ego d’universitaire historien d’art – archéologue – muséologue.

Comment ? Et les autres ?Quels autres ? Les salles étaient presque vides, c’était d’ailleurs trèsagréable !

            Seconde visite, un moisplus tard, un samedi. Damned ! Le monde ! Impossible de circuler dansces allées étroites que l’on doit suivre à la queue leu-leu (une danse vousdis-je et vous assène-je !), on avance donc un peu pour revenir ensuitelorsque le groupe de la visite guidée sera passé. Mais comment établir lesliens ludiques entre les œuvres dans ces conditions ? Le fil est rompu, onle raccommode bien une fois ou deux mais après quelques temps ce n’est plusqu’une pelote emmêlée. Encore une exposition qui ne prévoit pas la présencemassive de visiteurs. Qu’avez-vous dit ? Une visite guidée ? S’il y abien une exposition au monde qui ne doit pas avoir de visite guidée c’est biencelle là ! Je vais la suivre un peu… On vous vend un divertissementfrivole et vous avez un cours d’ethnographie sur un crâne surmodelé de Vanuatu,un cours d’histoire de l’art sur une gravure de Dürer, un cours d’archéologiedevant une momie de chat… À la sortie je tends l’oreille. Moi qui me suis tantamusé à ma première visite, je tombe des nues : que de critiquesnégatives, que de déception. Quel mépris envers les visiteurs ! Ne rienexpliquer, mais on ne comprend rien ! C’est très joli, mais à quoi bon sion ne sait pas ce que l’on voit et qui est beau ? Les conservateurs, onles connaît, ils ne font que des expositions pour eux, ils s’amusent, mais nousqui n’y connaissons rien, qui n’avons pas les clés de compréhension, sommesenfoncés dans notre ignorance. Humiliés. Le jeu a cessé d’être drôle.

            Le Huffington Post titrait "Carambolages" au Grand Palais,l'expo qu'un enfant de 4 ans comprendra mieux que les experts en art.Certes. Un enfant de quatre ans ne se pose pas les mêmes questions qu’unadulte. Sans doute il regarde et s’interroge. Il comprendra le jeu et« carambolera » aussi longtemps qu’il chantera sa comptine.

« Si quelques trouvaillesdevraient ravir les initiés, l’exposition ambitionne de s’adresser au public leplus large, en particulier à ceux qui n’ont aucune connaissance en histoire del’art, en suscitant choc, rire et émotion » (toujours dans le communiquéde presse).

Cette exposition est un passe-tempsludique, un jeu, une blague à ne pas trop prendre au sérieux ! Une blague,oui, mais une blague d’intello ! Ou pour les gamins ! Entre les deux,le visiteur imaginé et visé n’existe pas.

Jean Huber, Voltaire à son lever à Ferney, MuséeCarnavalet. Tableau introduisant l’espace de l’étage. Echo/ego ?

            Ainsi,cette tentative de décloisonner le musée de son carcan thématique, dedécontextualiser les œuvres pour la plus pure délectation esthétique,débarrassée des connaissances scientifiques, est un échec, ou bien n’est pasallée assez loin. Echec, car humiliant, combien de visiteurs dégoûtés à jamaisne poseront plus un orteil sur le perron d’un musée ? Relisons ensembleBourdieu ! Pas assez loin, car si la règle du jeu est clair, le muséejalonne la visite d’entorses et de tricheries : on veut décontextualiserles œuvres ? Supprimons complètement les cartels au lieu de n’y rienmettre, ainsi qu’à Insel Hombroich, en Allemagne ou au Pitt Rivers Museumd’Oxford où la collection démentielle est classée par ordre alphabétique dethème. Annulons les visites guidées explicatives : va-t-on commenterchaque case du Monopoly ? Carambolage devait-elle apprendre enamusant ? Raté, car ceux qui s’amusent connaissent déjà. Et dans un teldispositif, où le visiteur est « joueur », la médiation n’a pas saplace, du moins pas la médiation traditionnelle. Sans doute le Grand Palaisn’a-t-il pas osé laisser le visiteur totalement démuni, mais c’était pourtantpire que mieux. L’innovation n’était pas complète, inachevée. Et, selon lesmots mêmes du commissaire, le catalogue est là pour donner les informationsdétaillées des œuvres… a posteriori donc, et au modeste prix de 49€ (en plusdes 13€ du ticket d’entrée).

            À trop vouloir démocratiser le musée par laconceptualisation, on peut craindre d’élever encore plus haut le piédestal surlequel il repose, et de le rendre encore plus hermétique à ceux qui n’ont pasla clé pour y pénétrer. Pour un jeu populaire, les règles étaient simples, maisle sous-entendu inconsciemment méprisant. Carambolage des œuvres, carambolagedu public.

JérômePoliti

23 octobre2016

#Grandpalais

#public

Sésame, ouvre-toi !

Ou un groupe se prenant pour Ali Baba devant la porte des réserves du MuCEM

Bon, il ne fautpas rêver, dans la réalité, tout le monde n’a pas la même chance qu’Ali Baba.Vous avez beau essayer de prononcer la formule magique devant les portes d’unmusée, il est peu probable qu’elles s’ouvrent. Et pourtant ce sont bien destrésors qu’il renferme. Alors, changement de méthode, prenez votre téléphone etinscrivez-vous à une visite des réserves. C’est moins exotique, mais au moins,ça marche.

Le Centre de Conservation et de Ressources du MuCEM

© www.mucem.org

Se promener dansle quartier de la Belle de Mai à Marseille, ce n’est pas comme se promener enPerse. Quoique. Même si le Centre de Conservation et de Ressources du MuCEM estimposant il reste néanmoins bien camouflé. Je n’ai pas compté le nombre depersonnes qui passent à côté sans le voir. Et oui, un trésor ça se cache, ilfaut se donner du mal pour le trouver. J’exagère puisque le nom« MuCEM » est tout de même inscrit sur la façade, mais bon, comme aucuneindication n’invite à franchir la grille ça fait un peu coffre-fort. Heureusement,vous qui êtes téméraire, vous allez franchir le pas. Devant la porte, c’estsimple : sonnez et il y a des chances pour que la porte s’ouvre. Cen’est pas pour autant que vous aurez accès aux réserves. Il faut réserver saplace (une action qui semble en fait évidente pour accéder aux réserves…), et,en plus, la visite a lieu le premier lundi de chaque mois. Ou alors il faut fairedes études et avoir un enseignant super qui vous emmène dans la semaine. Ce n’estpas gagné. Mais bon, si vous avez vraiment beaucoup de chance, le fameux lundiarrive dans trois jours et, ça tombe bien, vous serez encore à Marseille. Etoui, je vous l’ai dit, entrer dans les réserves, ça se mérite.

Le jour J enfinarrivé, un petit groupe se rassemble devant une porte qui semble assez banale(soyez patients la prochaine porte est plus impressionnante). Mais avant d’entrer,il faut déposer ses affaires, y compris et surtout sa bouteille d’eau. Certainscraignent la déshydratation et sont réticents à laisser leur précieusebouteille. Est-ce qu’ils n’en font pas un peu trop ? Je vous le répète, cequi se cache derrière cette porte, ce n’est pas une grotte perdue en pleindésert, tout le monde en ressortira. En attendant que chacun retrouve laraison, les plus impatients commencent à toucher à ce qu’ils peuvent. Remarquezmieux vaut se défouler dans le hall qu’une fois dans les réserves, sauf qu’àforce de vouloir faire les malins, de vouloir ouvrir des portes, c’est l’alarmequi se déclenche. Au moins, ça calme. C’est vraiment dur d’entrer dans lesréserves, pourvu que ça vaille le coup.

Les réserves du MuCEM

© www.mucem.org

Pas de grandesformules, juste un badge, un bip, et c’est bon nous voilà entrés. Enfin, pasencore, il y a une autre porte à franchir, pour le coup une grande porte dutype porte blindée. Un autre bip et c’est parti pour la visite ! Leplafond est immense, l’horizon paraît lointain et le groupe reste sagement dansl’entrée, émerveillé. Je vous le dis tout de suite, ne vous attendez pas à untas de pièces d’or et de bijoux, mais plutôt à des instruments de musique, dela vaisselle, des meubles, des skates et autres objets de toute sorte rangéssur 800 m2. Au fond, ça change des trésors habituels et c’estpeut-être pour cela que c’est si impressionnant. La visite commence alors etplus le groupe avance entre les étagères, les armoires, les racks et lescompactus (oui tout ce vocabulaire s’apprend pendant la visite), plus il semblefasciné. Bien sûr interdiction de toucher les objets, mais si vous êtes sagesvous pourrez manœuvrer les compactus et, croyez-moi, ça donne un sentiment dedécouverte plus important encore. Mais je n’en dis pas plus, si vous voulezsatisfaire votre curiosité vous savez ce qu’il vous reste à faire (regarder lesinformations pratiques à la fin de l’article par exemple ?). 

Alorsverdict ? Si Ali Baba nous avait vus, il serait certainement vert dejalousie. Les réactions sont unanimes : « Je m’attendais pas du toutà ça ! », « C’est incroyable ! » et même « MonDieu que c’est beau ! ». Conclusion, ça valait le coup de se donnerdu mal car c’est une expérience et quelque chose me dit que les membres dugroupe ne verront plus les musées de la même façon. Franchir la porte (un peumagique quand même) des réserves, c’est découvrir un autre visage du muséed’autant que la médiatrice alimente la visite d’informations sur laconstitution de la collection, les métiers du musée et bien d’autres sujetsencore. Imaginez en plus que la visite ne montre qu’une partie des réserves duMuCEM qui sont réparties sur une surface totale de près de 8000 m2 !D’autres portes renferment d’autres trésors, mais pour voir le reste, il fauttravailler dans le monde des musées. Comme quoi ça a des avantages, comment nepas se sentir privilégier après ça ? Rassurez-vous tout de même, de plusen plus de musées souhaitent ouvrir leurs réserves au public. Inutile doncd’essayer d’entrer en contact avec Ali Baba, il n’est plus le seul à détenir lesecret pour voir un trésor.

C.D.

Pour aller plus loin :

Visite gratuite de « L’appartementtémoin » (les réserves) tous les premiers lundi du mois, de 14h à 17h, surréservation. (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

Si vous avez aimé votre visite, sachez que tout lemonde peut consulter les archives, les ouvrages, les documents et même lesobjets des réserves sur demande ! (http://www.mucem.org/fr/node/2823)

#MuCEM 

#réserves #coulisses

Un Louvre, habillé de blanc

Imaginez, le Louvre, sans aucune file d’attente, sans passage de sécurité ; mais aussi le Louvre, pour votre cérémonie de mariage…Science fiction, rêve, souhait, non, tout simplement Zola !

Page de couverture du roman

© psychiatrie.histoire

Dans L’Assommoir[1], Emile Zola, nous invite à parcourir l’un des plus grands musées du monde, en quelques minutes. Sous les mots se dessine une incroyable et inattendue visite…

« Gervaise Macquart se marie avec Coupeau, c’est un petit mariage, fait à la hâte, avecles amis proches et la famille. A la suite de cela, la noce décide de partir faire une balade …

Mais voilà, un orage qui arrive et le cortège transforme sa promenade bucolique en visite culturelle. A quelques mètres se trouve le Louvre, alors pourquoi ne pas s’y rendre …

A la tête du cortège, Monsieur Madinier, qui est déjà venu plusieurs fois. Il les mène à travers les salles, où la noce laisse son imagination s’échapper.

[…] « En bas,quand la noce se fut engagée dans le musée syrien, elle eut un frisson.Fichtre ! Il faisait chaud ; la salle aurait fait une fameuse cave » […]

Les œuvres se suivent et défilent devant leurs yeux. Le cortège continue sa visite en se rendant au 1er étage, où Monsieur Madinier les emmène devant le Radeau de la Méduse, qu’il affecte plus particulièrement.

[…] « Boche résuma le sentiment général : c’était tapé. » […]

La noce continue alors dans les autres salles, avec des yeux émerveillés mais aussi sous des regards amusés et interrogateurs des autres visiteurs,voyant un tableau, bien, inaccoutumé se déplacer devant eux.

[…] « Peu à peu,pourtant, le bruit avait dû se répandre qu’une noce visitait le Louvre :des peintres accouraient, la bouche fendus de rire ; des curieux s’asseyaient à l’avance sur des banquettes, pour assister commodément au défilé ; » […]

Représentation du Louvre en 1878

© La Muse au musée

Emile Zola, nous fait découvrir ici, le Louvre à une autre époque où les copistes venaient, encore, armés de leur chevalet, croquer et recopier les grands de ce nom.

[…] « Mais ce qui les intéressaient le plus, c’était encore les copistes, avec leur chevalet installés parmi le monde, peignant sans gêne ; » […]

La Joconde était exposée le plus simplement du monde, adieu gardiens, sécurités et touristes ; elle était visible et accessible.

[…] « Coupeau s’arrêta devant la Joconde, à laquelle il trouva une ressemblance avec une de ses tantes.» […]

L’Assommoirnous permet de pouvoir imaginer le musée d’un autre temps, comme cela pouvait être plaisant de ne pas programmer une visite et venir quand bon nous semble ou à cause d’une simple averse. Ainsi que le ravissement de déambuler juste déambuler et musarder à travers les œuvres.

Illustration du roman :

Les noces dans le Louvre

© L’Assommoir illustré

Cependant, il est intéressant de découvrir, que certaines impressions et questionnements restent les mêmes à notre époque.

[…] « Ils suivirent l’enfilade des petits salons, regardant passer les images, trop nombreuses pour être bien vues. Il aurait fallu une heure devant chacune, si l’on avait voulu comprendre. Que de tableaux, sacredié ! » […]

On y retrouve même le questionnement sur la présentation des tableaux qui, de nos jours, continue de faire quelques controverses et nous rappelle que la pratique du cartel est somme toute bien récente.

[…] « Gervaise demanda le sujet des Noces de Cana ; c’était bête de ne pas écrire les sujets sur les cadres. » […]

Découvrir un musée à travers ces mots, est ici, tout aussi évocateur qu’une visite. Notre imagination dessine les œuvres et les espaces au fur et à mesure et l’on y redécouvre le Louvre et ses collections. Il nous faut juste quelques instants de lecture pour nous transporter dans cet ancien palais…

Margaux G.L

Lien vers le texte

Le Louvre


[1] L’Assommoir : Roman consacré au monde ouvrier d’Emile Zola de1876. Il décrit la langue, les mœurs et les ravages (misère et alcoolisme) de ce milieu social.

Un nouvel écrin pour la mode : l'ouverture du musée Yves Saint Laurent à Paris

Vous n’avez pas encore eu l’occasion de visiter le nouveau Musée Yves Saint Laurent ? Une étudiante du master MEM s’est infiltrée pour vous ! Installé dans l’ancien hôtel particulier qui a accueilli la maison de couture d’Yves Saint Laurent, le musée éponyme a tout pour intriguer. Au loin, on ne peut que s’interroger sur la longue file d’attente. Que viennent donc faire tous ces gens ? En s’approchant, une photographie d’Yves Saint Laurent accompagnée d’une citation interpelle le piéton qui marche sur les trottoirs de l’avenue Marceau. 

© N.V.

Le musée a été inauguré le 3 octobre 2017, une dizaine de jours avant son homologue à Marrakech1 et près d’un mois après la mort de Pierre Bergé2. Auparavant, de nombreuses expositions ont déjà pu attirer l’attention des férus de mode : depuis 2004, la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent propose des expositions temporaires. Avec Yves Saint Laurent, Dialogue avec l’Artou Deux collectionneurs de génie, Jacques Doucet et Yves Saint Laurent, ce n’est donc pas la première fois que le créateur de mode est mis à l’honneur. Cependant, l’ouverture du musée par la Fondation propose un lieu d’exposition permanente et une reconnaissance muséale (et donc patrimoniale) encore plus forte d’Yves Saint Laurent. Peu de créateurs ont la chance d’avoir leur propre musée ! Il existe par exemple le musée Pierre Cardin (25€ l’entrée en plein tarif, contre 10€ au Musée Yves Saint Laurent !) ou le musée Christian Dior à Granville (à 8€ l’entrée). Autrement, de nombreuses expositions temporaires sont organisées au musée des Arts décoratifs, au Grand Palais, ou encore à la Pinacothèque, mettant à l’honneur Hermès, Dior, Louis Vuitton ou Karl Lagerfeld. 

Ici, il s’agit véritablement d’un hommage au génie d’une personnalité, voulu originellement par son partenaire en amour et en affaires, Pierre Bergé. Yves Saint Laurent a profondément marqué l’histoire de la mode, avec des répercussions sociales. En effet, ses vêtements font véritablement partie de l’histoire du XXe siècle : ils accompagnent l’émancipation des femmes, tant dans le privé que dans le public. « Les modes passent, le style est éternel. La mode est futile, le style pas » : le caractère éternel de la création d’Yves-Saint-Laurent s’affirme, dans ce musée labellisé Musée de France garantissant l'inaliénabilité des collections. 

Les musées Yves Saint Laurent, aboutissement des missions de la Fondation

La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent prend le relais de 40 ans de création (1961-2002). Reconnue d’utilité publique l’année même de sa création, elle a pour objectif de conserver des collections variées (vêtements de haute couture, accessoires de mode, croquis…), de mettre en valeur ce patrimoine et d’organiser des expositions sur la mode, les arts décoratifs, les photographies, etc., et de soutenir des actions culturelles et éducatives. D’emblée, cela rappelle indéniablement les missions d’un musée (conservation, mise en valeur patrimoniale et actions tournées vers les publics) ! 

Depuis 2010, la Fondation est également propriétaire du Jardin Majorelle à Marrakech, ville que le créateur de mode a découverte en 1966.

© N.V.

C’est ainsi qu’à proximité du jardin Majorelle, un musée de près de 4 000m² est désormais consacré à Yves Saint Laurent3. Cette antenne marocaine - installée dans un assemblage de cubes qui semblent habillés de dentelle4 - est complémentaire au musée parisien. Le génie créatif d’Yves Saint Laurent ne peut se comprendre sans le véritable choc esthétique qu’a symbolisé pour lui l’expérience marocaine. C'est à Marrakech qu'il disait avoir « découvert la couleur ». En attendant d’avoir la chance de faire un petit voyage dans « la ville rouge », concentrons-nous sur le cas parisien.

Si le choix du majestueux ancien hôtel particulier de la maison de haute couture est pertinent du point de vue du propos, il n’est pas adapté pour accueillir un musée.

Le parcours inaugural : l’immersion au prix d’une bonne circulation ?

Le musée propose une exposition inaugurale, prévue pour durer 1 an5. L’alliance du décorateur Jacques Grange et de l’agence de scénographie et d’architecture d’intérieur Nathalie Crinière donne beaucoup d’élégance, de luxe et de sophistication à ce lieu. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé étaient des clients de longue date de Jacques Grange : c’est donc tout naturellement qu’il a apporté sa touche « classique-contemporaine » à l’ancien hôtel particulier. L’agence Nathalie Crinière, quant à elle, n’en est pas à sa première exposition pour la Fondation, ni dans le domaine de la mode6. Elle est donc familière avec le fait de magnifier les pièces de créateur, les collections de luxe. Le mot d’ordre de la scénographie semble être celui de l’élégance : épurée et accompagnée d’un éclairage particulièrement soigné, elle propose un véritable environnement d’écrin aux objets. Comme le dit Yves Saint Laurent, « La ligne doit avant tout son élégance au dépouillement et à la pureté de sa construction. […] Jamais de surcharge, il ne faut pas trop de fantaisie. ». Le visiteur a l’impression d’assister à un doux bal d’étoffes, tant les matières sont mises en valeur dans leur diversité de formes, de couleurs, de textures. La mise en scène s’accompagne de jeux de drapés, d’effets d’ombre et de lumière… Et les photos ne peuvent donner qu’une infime idée de l’effet rendu ! 

© N.V.

Du point de vue des contenus, l’exposition propose un bon équilibre entre les différents expôts et éléments scénographiques : les pièces de haute couture côtoient les croquis, les documents d’archives, les textes (cartels, textes explicatifs assez courts), les ressources audiovisuelles (interviews, films) et l’ambiance sonore7. Les choix muséographiques offrent donc un bon équilibre entre contemplation et consultation d’informations. 

En revanche, la complexité du parcours de visite rend l’organisation du propos assez floue. Le visiteur entre dans le bâtiment, commence son cheminement par une salle à gauche (film sur la biographie d’Yves Saint Laurent) avant de revenir sur ses pas, de repasser par la salle de l’accueil. Il doit ensuite monter au 1er étage, puis au 2e étage, avant de repasser par le 1er étage, puis de descendre au niveau -1, pour enfin terminer sa visite au rez-de-chaussée. Si la signalétique fait office de fil d’Ariane, difficile tout de même de comprendre la logique d’un tel cheminement ! Ajoutez à cela les problèmes en termes de circulation (sas d’attente avant la découverte d’un film… dans un escalier !) en raison du nombre de visiteurs (dans des salles souvent assez exiguës), l’expérience de visite s’en trouve gênée. C’est ici que l’exploitation architecturale d’un ancien hôtel particulier, dont le rôle originel n’était en aucun cas d’accueillir un ERP, montre ses limites. Un ascenseur permet toutefois de rendre la visite accessible aux PMR.

© N.V.

N. V.

#muséeprivé#mode#museeyslparis

#myslmarrakech

_________________________________________________________________________

1 Le Musée Yves-Saint-Laurent de Marrakech a ouvert le 19 octobre 2017, après 3 ans de travaux.

2 Pierre Bergé est décédé le 8 septembre 2017. C’est lui qui est à l’initiative du musée.

3 Comprenant un espace d’exposition permanente de 400 m², une salle d’exposition temporaire, une bibliothèque de recherche, un auditorium de 140 places, une librairie et un café.

4 Ce bâtiment a été conçu spécialement pour accueillir le musée. L’architecture a été confiée au studio KO (Olivier Marty et Karl Fournier).

5 Du 03.10.2017 au 09.09.2018.

6 Elle s’est notamment chargée de la scénographie de Hermès à tire-d’aile au Grand Palais, et de Dior, couturier du rêve au Musée des arts décoratifs.7 Dans la salle « Hommage à la mode » : chanson de Maria Callas ; dans la salle « Les fantômes esthétiques » : musique du film L’amour fou de Pierre Thoretton, composée par Côme Aguiar.

___________________________________________________________________________________

Pour en savoir plus :

Musée Yves Saint Laurent Paris

Musée Yves Saint Laurent Marrakech

Und....Aktion !

Le musée du cinéma de Berlin, ou Museum für Film und Fernsehen, se confond dans l'architecture du Sony Center sur une des places emblématiques de Berlin, la Potsdamer platz. Dès 1963, une collection constituée d'archives vidéo, de costumes, d'affiches et de photographies existait dans les archives de la Deutsche Kinemathek mais ce n'est qu'en 2000qu'elle est rendue accessible au public avec l'ouverture de ce musée. Le musée est situé dans un ensemble appelé le Filmhaus où se trouve également la cinémathèque allemande, une importante bibliothèque sur le cinéma et un institut pour le film et l'art vidéo. La visite de ce musée - pourtant peu connu des flux de touristes qui visitent Berlin - est particulièrement marquante car la muséographie et la scénographie en font davantage qu'un musée sur le cinéma allemand, pour diverses raisons.

Le Filmmuseum ne présente pas une histoire exhaustive du cinéma allemand : seulement certaines périodes sont abordées et illustrées d’objets, de photographies et d’extraits de films emblématiques. Le parcours de la visite est chronologique et traverse une période de 1895 jusqu’à aujourd’hui. Certains espaces marquent le parcours par une scénographie et une muséographie intrinsèquement liées.

Spiegelsaal © Deutsche Kinemathek

 

A l'entrée, le visiteur accède à la Salledes miroirs (Spiegelsaal), un espace saisissant pour le visiteur. Prologue dumusée, le circuit de visite est entouré de toutes parts par des miroirs et quelquesécrans diffusant des extraits de films emblématiques qui se reflètent àl’infini. Le visiteur retrouve ces films à travers l’exposition permanente etl’effet de multiplication d’écrans est aussi récurrent. Les images diffuséesmontrent surtout des couples, des personnages isolés et des gros plans sur desvisages. Par exemple, des extraits de Métropolis de FritzLang, du Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene ou de LolaRennt de Tom Tykwer animent les murs. La musique d’ambiance évoque labande originale d’un film à suspense.

Salle Caligari © T. Rin

Les sections du musée se suivent commeautant de plongées historiques dans des périodes du cinéma allemand. Celleconsacrée au film muet de Robert Wiene, leCabinet du docteur Caligari, par exemple, immerge dans l'univers du film.Ce dernier a fortement marqué l’Histoire du cinéma allemand à ses débuts. Lesthèmes abordés, comme l’hypnose, les forces occultes ou les excès de cocaïne,en font un film à l’atmosphère particulière. Cette dernière est très bienrendue dans la salle du musée. Elle est plutôt sombre et un son inquiétantprovenant du film est diffusé, comme le râle d’un des personnages. De longsextraits sont projetés dans un renfoncement noir, qui évoque une salle decinéma. Concernant les objets exposés, il y a des affiches et des croquis, unereconstruction en maquette du studio et des décors... La pièce devient presqueun décor de ce film, une immense photographie de scène de rue et un faux mur debriques où est écrit « Du musst Caligari werden » plaçant le visiteur dans laposition de l’acteur.

Salle sur le cinéma nazi © T. Rin

La section « Transatlantique » montrequant à elle comment Berlin a été un centre européen du cinéma avec desvitrines consacrées à Murnau, Lubitsch et Stronheim mais aussi les artistes quisont partis aux Etats-Unis où leur renommée fut très importante. C’est le caspar exemple d’Emil Jannings qui reçoit le premier Oscar à Hollywood pour leprix du meilleur acteur en 1927. Pour représenter cette émigration, l’espace dumusée a également été réfléchi. Au fond, le visiteur peut distinguer unebarrière avec une photo de paysage en arrière-plan. Sur les côtés, des hublotsfont office de fausses fenêtres. La volonté de l’architecte a donc étéd’évoquer un bateau ; ce bateau qui emmenait les artistes de l’autre côté del’Atlantique. 

Cette salle contraste énormément avec celle consacrée à lapériode nazie. Cette dernière est très froide et les murs sont quasimentnus, couverts de plaques de métal. Dans ces murs, quarante tiroirs, quicontiennent aussi bien des documents papiers que des vidéos, peuvent êtreouverts. Ce sont des extraits ou des documents en lien avec le cinéma depropagande qui envahissent la culture de l’Allemagne. Le fait que cestiroirs soient fermés et l’atmosphère si froide renvoient à cettepériode sombre de l’Histoire allemande. A travers ces quelques exemples, il estfacile de comprendre la réflexion poussée des muséographes et scénographes pournous faire comprendre l'histoire du cinéma allemand.

Tunnel du temps © Deutsche Kinemathek

Cette réflexion se poursuit d'ailleursdans la partie consacrée à la télévision. Le but de l’exposition permanente estde donner un aperçu de l’évolution de la télévision, de ses débuts jusqu’àaujourd’hui. Elle comprend tout d’abord la galerie des programmes où levisiteur a accès aux archives de la cinémathèque et peut regarder des émissionset des films en entier. Ensuite, l’accès à la deuxième partie de l’expositionse fait par un escalier blanc entouré de miroirs et d’écrans blancs trèslumineux. On arrive alors dans la pièce appelée le « tunnel du temps » quirappelle les étapes de l’Histoire de la télévision. Des dates et des écransentrent en écho et le couloir matérialise l’évolution de la télévision jusqu’àson omniprésence dans notre société actuelle. Son aspect minimal et trèslumineux paraît futuriste. Cela renvoie certainement à la modernité de latélévision, qui a bouleversé notre quotidien en seulement quelques décennies.

La fin du parcours nous conduit dans une autre salle de miroirs, qui fait échoà l'entrée. Un documentaire projeté sur des dizaines d'écrans et se reflétantsur 141 miroirs retrace l’histoire de la télévision. La vidéo est réalisée enmosaïques : des dizaines et des dizaines d’extraits d’émissions se confrontent.Des thèmes émergent : le divertissement, la musique, les informations, lesscandales, la cigarette à la télévision. C’est un véritable kaléidoscope de latélévision de 1950 jusqu’aux années 2000.

Spiegelsaal 2 © Deutsche Kinemathek

Ainsi, ce n'est pas un musée sur lestechniques du cinéma même s’il y a beaucoup de matériels cinématographiquesdans leurs archives, comme des caméras. Ce musée est en réalité un musée surl'Histoire allemande sous le prisme du cinéma comme le montre les divisionschronologiques du musée, toutes en écho avec une période historique. Le muséemontre à quel point le cinéma est souvent un reflet de sa société et deson époque. Pourtant le parcours évoque aussi la force critique du cinéma faceà l'Histoire et sa force d'anticipation. La section sur l'œuvre de Fritz Lang, Métropolis de 1927 nous rappelle sonaudace pour l'époque, en nous immergeant dans un décor de ville tentaculaire etaliénante comme peuvent l'être les mégalopoles d'aujourd'hui.

Ce parcours évocateur est le résultat destravaux de l'architecte Hans Dieter Schaal. Il explique ainsi sa conception de la scénographie du musée: «I imagined the pathway through film history like a musical score : still, quietzones give way to loud, shrill areas, there are slow increases in intensity,eddies, melody-clusters and harmony fields. Then again disharmony breaksthrough the wall of images like a stabbing knife ». Aurisque de paraphraser, il montre ici que l’espace du musée n’est pas linéaire,chaque pièce procure une sensation particulière au visiteur. Il y a des piècesclassiques où des éléments de l’histoire du cinéma allemand sont présents dansdes vitrines mais il y a aussi des pièces où la scénographie est plusimportante que le contenu. La musique, la lumière et tous les autres élémentsscénographiques ont une place majeure dans le musée. Ils ponctuent la visite etrenvoient aux sens éveillés par le cinéma : l’ouïe et la vue. En quelque sorte,l’espace muséal possède la même dramaturgie qu’un film : il y a des espacesinquiétants, d’autres plus calmes, d’autres bruyants, etc. Les sections dumusée ont quelque chose de métaphorique : elles représentent une périodehistorique et cinématographique grâce à leur décor, leur lumière et lacollection présentée. Hans Dieter Schaal explique d’ailleurs qu’il a choisi lesmatériaux de chaque pièce en fonction de l’atmosphère de la période exposée.

Hans Dieter Schaal parle également d’unaspect intéressant qui peut nous faire comprendre l’importance de la muséographieet de la mise en scène dans un musée sur le cinéma. Il est difficile de parlerdu cinéma en tant que tel car il est lié a beaucoup d’éléments. Le film dans unmusée n’est pas présenté comme au cinéma mais sous un autre angle : on voitl’envers du décor si on peut dire. En effet, le Filmmuseum présentedes maquettes des décors, des photographies, les biographies des acteurs ouactrices, des costumes ou des objets utilisés pendant les tournages. Laprésentation de ces éléments est donc fondamentale.

La singularité du musée vient du contextehistorique particulier dans lequel le cinéma allemand a évolué. Sa visite estaussi bien une expérience visuelle qu'un aperçu de l'Histoire de l'Allemagne.  Cemusée est à l'image de la ville de Berlin sur de nombreux points : innovant,singulier, en perpétuelle reconstruction, tout en gardant, toujours visibles,les traces du passé.

TiphaineRin

#cinéma

#histoire

#scénographie

Pour en savoir plus :

https://www.deutsche-kinemathek.de/

Une lettre ouverte au Victoria and Albert Museum

Londres, le 11 novembre 2014

Chère Victoria and Albert Museum, Merci beaucoup pour votre accueil quand je suis venue visiter votre musée cette semaine.  Vos instructions sur votre site web étaient très claires et précises : j'ai facilement trouvé le musée.  Les prix des expositions temporaires sont abordables, surtout en sachant que les expositions permanentes sont gratuites.

Affiche de l'exposition

Crédits photo : JC

En tant que visiteur, j'ai pu découvrir votre exposition, Wedding Dresses1775-2014, sur les robes de mariage.  En tant que femme qui approche de latrentaine, avec toutes ses copines qui se marient en ce moment, j'ai trouvél'exposition particulièrement pertinente sans trop nous asticoter (pour direque les membres féminins de la famille qui demandent aux jeunes femmes de nosjours "quand est-ce que tu vas te marier?" reproduisent une pressioncollective et un modèle. Certes, l'exposition ne choisit pas la glorificationde la construction de la famille comme thème central, mais on vit uneexposition au prisme de son expérience aussi.).  Je trouve que la façonchronologique de raconter l'évolution des robes de mariage était un bon fil àsuivre pour le parcours muséographique, et de restituer le mariage de la ReineVictoria d'Angleterre avec le Prince Albert où la robe de mariage blanche estdevenue à la mode.

J'aurais vivement recommandé votreexposition pour ceux--ou plutôt celles--dans ma tranche d'âge (c'est-à-dire,les femmes entre 20-35 ans nées dans un pays occidental et qui ont grandi sanshandicap sans aucune autre envie que de vivre une histoire féerique enrecherchant le Prince Charmant) ; mais heureusement, ou malheureusement selonvotre regard, nous ne sommes pas tous et toutes les mêmes sortes devisiteur.  J'ai trouvé particulièrement absente l'interaction entre lemusée et le visiteur: pour un sujet si individuel comme le mariage, il n'yavait aucune personnalisation dans le discours.Pour cela, j'ai préparé une liste des petites améliorations pour un plus grandpublic, sans dépenser trop d'argent (même avec votre mécène Waterford, lamarque de la cristallerie mondialement célèbre, c'est la crise).  Sansdélai :1.  L'accessibilité despublics.  Les mariées et les mariés ont  toutes les tailles etformes, mais l’exposition ne montre que très peu d'effort pour atteindre cespublics.  J'ai vu à l'entrée un livre avec tous les textes des cartels engrande police pour les malvoyants.  Bravo!  Mais sans contexte,comment pourrais-je savoir quelle robe va avec quel texte?  Les ascenseursse trouvent en dehors de l'exposition, ce qui veut dire que je dois sortir del'exposition si je suis en fauteuil roulant ou si je ne peux pas monter desmarches pour l'étage.  Et alors, le discours est totalement interrompu.

Crédits : JC

2.  La diversification du discours.  Le mariage existe biensûr dans différentes cultures.  Malgré la diversité ethnique du RoyaumeUni, les robes exposées reflètent presque uniquement l'idée de la robe blancheoccidentale.  Il est vrai que vous avez présenté des robes des femmesnon-anglaises (notamment une mariée chinoise et une mariée nigérienne qui sesont mariées avec des Anglais avec les robes avec quelques influences de sespays d'origine; également une femme qui voulait un style indien pour sa robe),mais aucune de ces robes ne parlait de l'histoire du mariage dans ces autrescultures, et donc l'influence sur le marché de nos jours. Je vous félicite pourl'inclusion des costumes pour les hommes dans le contexte du mariage pour tous.

Crédits : JC

3.  Je veux toucher les robes!  Je connais les problèmessoulevés par la conservation des textiles, et les robes de mariées ne font pasexception.  Mais vous parlez sans cesse de l'importance de la qualité dutissu, en otage en pleine vue derrière les vitres.  Qu'est ce qui se passequand un enfant, qui n'est jamais allé dans un magasin de tissu ou qui n’ajamais touché les tissus riches, comprend si on dit que cette robe-ci est faitede soie, tandis que celle-là est faite de mousseline?  A quoi servent lescerceaux trouvés sous les jupons ou les corsets ?  Un public savant sauraque ces éléments étaient à la mode de l'époque, mais peut-être il n’en saurapas les raisons.  Peut-être  faut-il ajouter un petit atelier sur lafabrication de la dentelle, ou l'application des billes en verre pour montrerla main d'œuvre nécessaire pour réaliser chaque robe.  Comme votrecollection est visible sur Pinterest, quel est l'intérêt à venir au musée si lavisite n'ajoute pas une autre dimension?

4.  Laissez jouerl'imagination!  Je sais à quel point c’est nunuche, mais j'ai rêvé de marobe de mariée depuis que je suis toute petite.  Après avoir vu toutes cesrobes bien travaillées, j'avais tellement envie de partager mon avis sur lesrobes et faire "retravailler" la mienne dans l'imaginaire.  Ceserait "la cerise sur la pièce montée" de trouver un moyen de partagermes idées en s'inspirant de toutes ces robes présentées.  Imaginez si vosvisiteurs pouvaient trouver à la fin de l'exposition un logiciel interactifpour créer sa propre robe de mariage, et de l'envoyer à sa boîte mail? Encore plus loin, sur votre site web peut-être vous pouvez proposer de"pinner" les créations du public sur Pinterest?

5.  Laissez-moitémoigner!  Une grande lacune est le manque de conversation entre le muséeet le visiteur.  Plus concrètement, le musée alimente le visiteur, mais levisiteur ne peut pas alimenter le musée.  En 2011 pour le mariage duPrince William et Kate Middleton, le monde a été témoin de la cérémonie la plusdiffusée dans le monde.  Ceci est particulièrement touchant pour lapopulation régulière du musée car le lieu royal du mariage, Westminster Abbey,se situe seulement à quatre arrêts de métro du musée, on y est en quinzeminutes.  Les vidéos des mariages royaux britanniques depuis le 20èmesiècle sont diffusées dans la salle, mais il n'est pas possible d'ajouter sessentiments--et vu les chiffres des spectateurs pour le mariage de Will et Kate,la population anglaise, et le monde entier d'ailleurs, ont quelque chose àpartager.  Je propose de créer un tableau interactif pour ajouter lessouvenirs du public de ces jours.  Selon les âges des visiteurs, le muséepeut cueillir des souvenirs de la cérémonie de la Reine Elizabeth et le PrincePhilip en 1947, le mariage du Prince Charles et Lady Diana en 1981, et bien sûrle mariage de Will et Kate.  Laissez-nous la parole, et vous augmenterezénormément notre expérience en tant que visiteur.

Crédits : JC

J'espère que vous ne prenez pas mal ces recommandations, j'avoue que celles-civisent à vous aider pour ne pas capter uniquement les 40 autres femmes (moi ycompris) qui visitaient alors l'exposition.  Comme j'ai beaucoup entenduparler de vos efforts d'accessibilité et d'interactivité dans les expositionsdu passé, honnêtement je m'attendais à plus d'interactions.Merci pour votre attention.  Je vous invite à me contacter pour toutesquestions (ou offres d'emploi auprès de votre service des publics). Veuillez agréer l’expression de ma considération distinguée,

Mademoiselle CARLSON

#Londres 

#robedemariage 

#textiles 

#recommandations 

#VandAmuseum

UNE SOIRÉE ZUMBA

Jeudi 1er octobre 2015 – 20 h 00. Je suis assise dans un des magnifiques fauteuils en velours rouge de l’Opéra de Lille, en train d’écouter Madamela Directrice Caroline SONRIER exposer la programmation artistique de la saison2015/2016. Les statues représentants les personnifications de la Danse, la Musique, la Tragédieet la Comédie me dominent depuis le plafond doré.

Attendez un moment avant de bâiller.

Le parterre et le premier balcon de l’opéra sont pleins, mais aucun des spectateurs n’a plus de 28 ans. Autour de moi, les langues des étudiants Erasmus se mélangent : anglais, espagnol, italien... Dans une demi-heure,nous aurons tous abandonné nos manteaux pour nous lancer dans une session de danse, avant de nous restaurer avec une petite bière assis sur le tapis rouge du grand escalier.

C’est ce qui se passe à la Soirée Découverte de l’Opéra de Lille : une invitation aux jeunes pour passer une soirée « dans la maison », avec l’espoir, bien entendu, qu’ils auront envie de revenir.

L’accueil chaleureux de Caroline SONRIER met l’accent sur le mot clé d’ouverture (à double sens : vers les artistes et vers le public), un aspect porté par l’architecture même du théâtre, qui dispose d’un foyer s’étendant sur l’intégralité de sa façade principale, vers l’extérieur. C’est la volonté qui guide le théâtre depuis sa rénovation, quand l’impulsion de Lille 2004 lui a rendu sa grandeur.


Photographie : L.Zambonelli

Ma présence à cette soirée démontre que cette politique de médiationculturelle est efficace. Je suis rentrée à l’opéra un peu par hasard lors des Journéesdu Patrimoine. Comme moi, beaucoup d’autres jeunes et d’étudiants sont entréspar curiosité, pressés de voir et découvrir un lieu un peu sacré comme celui-ci.L’équipe présente nous a alors parlé de la Soirée Découverte et nous a invités ày participer : la simple évocation d’un drink a fait le reste.

Au programme de cette soirée apparait un paragraphe sibyllin qui annonceque la chorégraphe et son équipe nous feront « partager » un momentde danse. Mais surprise ! Si la plupart de nous s’attendait simplement àprofiter d'un morceau de ballet, une fois tous rassemblés dans le Foyer, nous n’assistonspas à une démonstration, mais nous participons. Alors qu’on est en traind’essayer d’apprendre quelques pas tirés de Xerse, (premier Opéra qui ouvre lasaison 2015), je ne peux pas m’empêcher de faire une similitude trèsirrespectueuse et de nous imaginer élèves de Zumba dans une gym d’exception.

Mais enfin, n’était-ce pas l’objectif de la soirée : nous mettre àl’aise dans les espaces monumentaux de l’Opéra ?

Photographie : L.Zambonelli

Les initiatives d’appropriation des établissements culturels de la partd’un public (notamment jeune) se multiplient donc non seulement dans le mondemuséal, où le flash mob et la nuit des musées font désormais partie des outilsclassiques de médiation, mais aussi ailleurs. Peut-être alors pourrait-on saisircette dernière forme d’inclusion des visiteurs proposée par l’Opéra et imaginerune session de Danse dans le merveilleux hall du Palais des Beaux-arts de Lille,en lien bien sûr avec une programmation ? Joie de Vivre, Joie de danser !

Une petite anecdote en guise de conclusion : il y a trois ans, pendantla première version de la Soirée Découverte, une jeune fille de 23 ans, séduitepar la politique novatrice de cet établissement culturel, s’entretient longuementavec les artistes et l’équipe de l’Opéra. Elle s’appelle Marion GAUTIER. Elleest aujourd’hui Présidente de l’Opéra de Lille, ou de « la fabrique àémotions » comme elle l’aime à l’appeler.

Si ce n’est pas le conte de Cendrillon de la médiation culturelle !

Lara ZAMBONELLI.

#MEDIATION

#OPERA

#LILLE