Chaque année, le Palais des Beaux-arts de Lille organise son « Openmuseum » et donne carte blanche à un invité inattendu qui investit le musée et propose un dialogue inédit avec les collections.

Après Alain Passard ou encore Zep, le PBA a choisi cette année de ne pas inviter une personnalité mais plutôt un genre d’art bien particulier : les séries télé.

Et pour cause, le festival Séries Mania a eu lieu pour la première fois à Lille cette année (du 27 avril ou 5 mai 2018). Cet évènement propose de nombreuses projections, animations et rencontres autour des séries télé du moment. C’est donc naturellement que le PBA a pensé et conçu  l’Openmuseum Séries TV, présenté du 14 avril au 16 juillet 2018 !

Openmuseum
Palais des Beaux-Arts © Rmn Grand Palais

Alors oui, il s’agit d’une thématique porteuse et qui attire. Surtout lorsque l’on sait que Netflix a atteint les 125 millions d’abonnés dans le monde en 20181 et ça c’est sans compter toutes les personnes qui regardent les séries en streaming ou qui passent à la télévision et sur le câble. Regarder des séries est devenu incontournable. Avec un tel thème, on peut facilement tomber dans la critique : c’est « trop facile » de faire une exposition sur ce sujet, c’est « blockbuster » pour ramener un maximum de personnes. Si le PBA espère faire venir du monde (comme toutes institutions pour toutes expositions) je ne pense pas que l’on puisse la qualifier ni de facile ni de blockbuster.

Selon Albert Elsen, les expositions blockbusters sont de « très grandes expositions prêtées où des gens qui ne vont normalement pas au musée font la file pendant des heures pour visiter ».2

Ici, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une « très grande exposition », et ce pour une raison très simple : le principe de base de l’Openmuseum est d’intervenir ponctuellement dans le parcours permanent, faisant écho aux collections. Elle n’est pas non plus « prêtée » puisque d’une part elle a été conçue par les équipes du musée et que d’autre part, comme pour toute utilisation d’audiovisuel, des droits d’auteur et d’utilisation ont été réglés pour la diffusion des extraits. Alors jusque-là, pas grand-chose de blockbuster. Peut-être dans la suite : « où des gens qui ne vont normalement pas au musée font la file pendant des heures pour visiter ». Bon pour faire la queue pendant des heures, on reviendra...  Mais la précision : « des gens qui ne vont normalement pas au musée » nous intéresse. En effet, traitant d’un sujet si populaire, on espère attirer un grand nombre de personnes et toucher des personnes peut-être qui ne viennent pas habituellement au musée. 

Et c’est à mes yeux la première grande réussite de cette exposition : avoir réussi à mettre sur un pied d’égalité les séries télé, que l’on pourrait qualifier de « culture populaire », et les collections du musée que l’on estime plutôt de culture dite « savante ». Il n’y en a pas un qui l’emporte sur l’autre : nous ne sommes ni dans la mise en avant des séries avec des écrans géants partout, ni dans la sous-estimation de leur importance. Dépouillée de toute scénographie particulière, l’exposition est constituée d’écrans de tailles moyennes et des cartels couleurs différentes. La seule série dérogeant à cette règle est Twin Peaks, ci-dessous.

Openmuseum Twin Peaks
Exception de la salle projetant la série Twin Peaks qui a été reconstituée, avec ses tapis noir et blanc et les statues de marbres. © Méline Sannicolo

Le parti-pris de l’Openmuseum est simple : les séries « puisent une partie de leur inspiration dans le monde de l’art et des musées ». Donc ont été sélectionnés des passages de séries faisant références à l’art plus ou moins subtilement (ici un peintre en action, là une confrontation à un tableau, ou encore une discussion sur l’art…), et sont mis en regard avec les œuvres du musée qui correspondent le plus.

Openmuseum exposition
© Méline Sannicolo

Les séries qui sont présentées ne sont pas uniquement des séries françaises ou de grosses séries américaines. On trouve des séries récentes comme des plus anciennes et surtout toutes ces séries ne proviennent pas d’une seule et même société de production. De fait on peut espérer qu’elles ont été choisies pour leur pertinence (par leur thème abordé, leur lien avec des éléments de la collection ou par leur esthétisme proche de certaines œuvres) et pas selon un producteur-mécène quelconque. Et c’est là la deuxième réussite de l’exposition : grâce à cette grande variété de typologie de séries, les plus jeunes comme les plus âgés, les Français comme les touristes étrangers peuvent connaître les séries en question et apprécier le dispositif.

 Petite liste des séries présentées : Top of the lake ; Twin Peaks ; Sherlock ; P’tit Quiquin ; Dr. Who : The Simpsons ; Versailles ; Dexter ; Sex in the City ; The Handmaid’s tale ; Mad Men ; Deadwood ; et plein d’autres…

Est-ce qu’on peut qualifier de « scientifiquement justes » les éléments de cette exposition particulière, sûrement que non, mais je ne crois pas que ce soit l’objectif premier et qu’au fond ce n’est pas ce qui importe mais plutôt d’amener un regard plus neuf et plus insolite sur des collections classiques. Et inversement, accorder une importance toute particulière à un extrait qui repasse en boucle, sans être en attente de la suite.

Belle façon d’en apprendre plus sur les séries que l’on regarde (ou pas encore) et une nouvelle façon de se réapproprier les collections de ce beau musée ! Les cartels sont intéressants et avec des médiateurs un peu partout dans le Palais, il est toujours facile d’en savoir plus. 

Openmuseum exposition
Cartel de l’extrait de Sherlock. © Méline Sannicolo

J’ai encore découvert de nouvelles choses, même après ma 10ème visite ! Ah l’addiction aux séries contaminerait-elle le musée ?

Méline Sannicolo

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#surprenant

1 LECHEVALLIER Pascal, pour ZDNet [article du 17 avril 2018] http://www.zdnet.fr/blogs/digital-home-revolution/netflix-gagne-74-millions-d-abonnes-et-accro-t-ses-recettes-de-streaming-de-43-au-premier-trimestre-2018-39867038.htm

2 ELSEN Albert, « Assessing the pros and cons », Art in America, 1990 p.24