Architecture - Beaux Arts

Impressionnistes aujourd'hui ?

Pour le Festival Normandie Impressionniste le Musée des Beaux-Arts de Rouen présente l’exposition Manet, Renoir, Monet, Morisot... Scènes de la vie impressionniste. Comme l’introduit le musée : « À travers onze thèmes articulés chronologiquement, une centaine de peintures de première importance, mais aussi des photographies, des dessins, des sculptures et des correspondances, l’exposition offre une plongée au cœur d’univers personnels souvent occultés par une œuvre immense. »  Le parcours est effectivement composé de onze séquences : Premiers portraits: Monet et la caricature ; Identité artistiques ; Muses et modèles ; L'enfance ; Correspondances ; Jeunes et Julie; En société ; Intimités ; Salle des photos : poser pour l'éternité ; Le temps retrouvé.

Cet événement pose un certain nombre de questions : que peut apporter aux publics une exposition sur les impressionnistes aujourd’hui ? Comment renouveler le traitement dece mouvement ? D’autant plus sur un territoire où l’héritage de ces peintres est « sur-exploité » ; comment justement ne pas tomber dans la facilité ?

Première chose notableet mise en avant dans la communication de cette exposition il y a de trèsnombreuses œuvres … peut-être trop. C’est une chance d’en voir autant réuniesmais peut-être au détriment d’un approfondissement. Comme nous en discutionsavec mon acolyte pendant notre visite pourquoi ne pas montrer moins d’œuvressur lesquels le discours de l’exposition s’appuierait davantage ? Lesœuvres et le discours se renforcent mutuellement et cela permettrait à l’expositiond’avoir une posture plus ouverte, peut-être plus transversale etinterdisciplinaire. En effet je n’ai pas eu l’impression que l’expositiondépassait le fait de montrer des œuvres exceptionnelles de peintres marquants,certes sous l’angle de l’intime.

De la mêmemanière il y a  de nombreusesinformations présentées. Les textes comme l’articulation de l’exposition restentclassiques avec des références et jeux de mots dans les titres :« Jeune et Julie », « le temps retrouvé »… Cependant onpeut facilement avoir l’impression de rester en surface malgré la richesse descontenus. Les textes de salle et les fréquents cartels élargis autour desœuvres sont soit très généraux soit très précis. Il est trop rare que soitévoqué une réalité plus large autour des peintres ou des œuvres comme lecontexte social sinon la place de l’enfant dans la société est abordée. Certes unmur généalogique et chronologique explore les liens de trois famillesimpressionnistes, les Monet Hoschédé, les Renoir et les Manet Morisot enparallèle avec les évènements historiques et sociétaux.

La scénographiecorrespond bien à l’exposition. Elle reste dans l’esprit de ce qui s’est faitces dernières années, notamment au Musée d’Orsay : des cimaises de couleurspastels, et parfois des motifs. Les titres des œuvres et les textes de sallessont écrits en caractères assez importants pour qu’un maximum de personnes puisseles lire. Il est toutefois troublant que dans chaque salle, en dessous du texteprincipal, on puisse lire la mention du mécénat pour la peinture descimaises : le nom de l’entreprise, la référence de la teinte utiliséeainsi qu’occasionnellement l’indication d’un papier peint original ayant servid’inspiration ou ayant été reproduit des collections du Musée des ArtsDécoratifs.  S’il fait partie du jeu de citerses soutiens à la fin de l’exposition, ici ce sont des inscriptions trèsprésentes …

Je suis ressortiemitigée de mes deux visites mais j’ai pu constater que le Musée n’oubliait pasles publics. Trois dispositifs ressortent dans l’exposition, deux dans unpremier espace appelé « salle de médiation » qui se trouve pasdirectement dans le parcours mais à partir d’une des salles principales, pratiquepour accueillir des groupes mais peut-être un peu isolé. Le premier est le murgénéalogique dont nous parlions plus haut.

Le second est unetablette accompagnée d’une assise pour se prendre en photo puis y appliquer unfiltre à la manière de Monet, Renoir ou Cassat. Si on accepte, notre portraitpeut être projeté sur le mur d’entrée dans l’exposition, il peut également êtrepartagé. Ce dispositif  pourrait êtrecreusé pour avoir une dimension encore plus interactive en renforçant lesréseaux sociaux. Mais il faut laisser plus de liberté aux visiteurs : ilest actuellement interdit de prendre toute photo dans l’exposition, même desdispositifs de médiations. Pouvoir uniquement se portraiturer avec une tabletteest bien limité  pour partager l’expositionpar ce biais.

© S. Goudal

© S. Goudal

Letroisième ? Juste avant la sortie de l’exposition dans un espace lumineux,un grand tableau représentant un Salon des Artistes Français où denombreux personnages figurent est sonorisé et théâtralisé. On peut assister àsix discussions, entre divers personnages qui sont présentés dans un grandpanneau entre le visiteur et le tableau. C’est une idée qui aurait plus  de potentiel si  les voix et le jeu des acteurs étaient plusnaturels et la lecture des pistes plus interactive. Actuellement il estimpossible de choisir une scène ou un personnage et il faut se reporter à ladroite du tableau, sur un cartel, pour identifier les scènes. Pour unemeilleure expérience il aurait été intéressant de choisir la discussion quel’on souhaite entendre et de signaler les personnages activés à l’aide d’un signallumineux sur le panneau.

Cette expositionest scientifiquement juste et les œuvres sont riches, c’est indéniable, mais ellemanque d’originalité et d’innovation. Certes je suis une visiteuse relativement« avertie » et j’ai eu la chance d’étudier le mouvementimpressionniste aussi je suis ressortie du musée sans avoir l’impression quecela m’ait apporté quoi que ce soit de nouveau, je n’ai pas été surprise ouétonnée. Peut-être m’a-t-il manqué un lien avec nos réalités, nos vies, notreactualité ou société, un élément qui nous touche et nous fasse rentrer dans l’exposition :l’exposition est trop en vase clos. Cela nous pose la question :qu’attendons-nous d’une exposition ? Et à qui s’adresse-t-elle ?

Alors non, eneffet, il ne me semble pas évident d’organiser aujourd’hui une exposition surles impressionnistes. C’est un mouvement pictural porteur, rassembleurgénéralement synonyme de succès d’audience. Comment conjuguer ce capital avecun parti-pris, un discours innovant, original ?

 Salambô Goudal

#NormandieImpressionniste

#Beaux-Arts

#Rouen

http://scenesdelavieimpressionniste.fr/fr


Un géant à affronter...

Vienne, on a tous rêvés de Sissi l'impératrice, des balades en calèche dans la neige,du chocolat viennois, de Wolfgang Amadeus Mozart, mais Vienne est beaucoup plus, c'est aussi de nombreux trésors à dévoiler ! Ville d'histoire et de culture, classée depuis 2001 au patrimoine mondial de l'UNESCO, elle regorge d'une multitude de musées des plus divers, du Palais de Schönbrunn aux musées d'art moderne. Ces lieux incontournables sont aussi nombreux que différents.

©A.G

Il y a tant à découvrir dans cette capitale autrichienne où la culture est omniprésente, que mes trois petits jours n'ont pas suffi. Cependant le Léopold Museum, inauguré en 2001, reste le musée incontournable et le plus visité du Museum Quartier. Il rassemble la collection privée de Rudolf et Elisabeth Leopold, couple d'amoureux d'art auquel est attribué le nom de l'institution.

Enarrivant sur cette place, encerclée de musées, notre regard estsystématiquement attiré par cet édifice blanc immaculé, mais surtout par cettereproduction d'un homme nu, gigantesque ! (référence à l'une des expositionstemporaires « Nackle Männer »).

LeLéopold Museum établit les règles. Avec plus de 5 000 travaux exposés, deuxétages entiers attribués aux expositions temporaires, il s'impose comme le chefde file des musées viennois et le proclame haut et fort.

Premierspas timides dans ce «monstre » de l'art, l'accueil est agréable (en français !), malgré le prix élevé (8€ étudiant 12€ tarif normal ), comme la majorité descentres culturels de la capitale. Un immense hall nous submerge de lumière.C'est alors que deux choix s'imposent à nous : à gauche la partie consacrée aumaître de l'expressionnisme autrichien - Egon Schiele - et à droite les 4étages restant. Le choix est vite fait ! C'est parti pour la plus vastecollection d'œuvres d'Egon Schiele au monde ! Cette partie du bâtiment nousoffre un aperçu unique sur la création de cet artiste hors du commun : 44peintures à l'huile et près de 180 dessins. L'exposition est partagée en troissalles, et l'immersion est totale ! On passe d'une œuvre à l'autre avectoujours cette même impression d'hypnose fasse à un Egon Schiele, il noustransporte dans son Œuvre tourmentée et mystique. Chaque salle est accompagnéed'un commentaire d'Elisabeth Leopold. Ceux-ci nous éclairent, très brièvement,sur la vie de Schiele et de ces différents rapports au corps humain, notammentcelui des femmes.

Deuxièmeétape : le sous-sol, consacré aux expositions temporaires. On admire alorsl'exposition « Japan–Fragilität des daseins » ou « Japon- Les sentiments dutrait » (que l'on pouvait admirer jusqu'en février dernier), consacrée auxestampes japonaises. Cette partie nous fait voyage dans un monde de sensibilitéet de légèreté. Les calligraphies représentent, avec une grande virtuosité, lafinesse des sentiments.

©A.G

Troisièmeétape : second étage, on se dirige vers le deuxième espace d'expositiontemporaire (qui a malheureusement fermé ses portes en janvier dernier), « Nackle Männer » ou « Les hommes nus ». L'exposition est d'uneoriginalité et d'un humour peu commun. Elle s'interroge sur les différentesreprésentations corporelles du «mâle ». De Pierre et Gilles à Paul Cézanne,cette exposition nous montre l'un des point fort du Léopold : son l'habilité àmélanger contemporain et Beaux-arts.

Lavisite continue, déjà 2h30 de passées, et nous ne sommes qu'à la 4éme partie !Nous entrons dans la zone de la collection privée à proprement parler de lafamille Leopold. Elle est consacrée aux différentes personnalités artistiquesles plus éminentes de la sécession viennoise. Entre peintures, estampes etobjets du 19éme et 20éme, nous retrouvons aussi le mobilier de cette écolesingulière et complète. On se promène entre Wiener Werkstätt, Gustave Klimt,Oskar Kokoschka, Alfred Kubin, Richard Gerstl, Koloman Moser... le tout enparallèle avec les travaux d'Egon Schiele, qui est le fil conducteur de cettesection permanente. Nous nous imprégnons de cette ambiance, le musée Léopoldveut assurément nous faire entrer dans un univers mystique, à travers cettecollection permanente.

Ledernier étage se termine sur une touche plus sombre, et peu visité. Néanmoinsil s'agit de la deuxième partie de la collection permanente. On découvre alorsdes œuvres de l'entre deux guerres, fascinantes et perturbantes à la fois,montrant les horreurs de la première guerre, les incertitudes et la montée dufascisme en Autriche. Malheureusement le visiteur épuisé par les 5 partiesimmenses du musée ne s'attarde pas sur cette dernière exposition. Quel dommage!

Aprèsplus de 3h00 de visite, de prise de notes, de rêves, d'immersions,d'interrogations, de surprises et de coups de cœur, la visite se termine. Nousvoilà donc de retour au 2éme étage dans le bar-restaurant d'où nous avons unevue imprenable sur cette place MuseumQuartier. Le Leopold Museum est assurémentun musée à ne pas manquer lors d'un séjour à Vienne, néanmoins la superficie etla richesse en œuvre de l'édifice peut être pour certain novice, une épreuve.Pour moi, le géant a été vaincu !

AgatheGadenne

MuséeLeopold,

Museumsplatz1 im MQ, 1070 Vienne, Autriche

Tél.: +43 1 525.70-0

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"National Gallery" : Le musée à travers la caméra de Frederick Wiseman.

Comme les articles récents du blog le prouvent, le musée et le cinéma entretiennent une longue histoire commune, des films d'Alfred Hitchcock à ceux plus récemment de Wes Anderson, le musée a souvent investi le grand écran.


Affiche du film
, 2014.

 Cetteannée, c'est le réalisateur Frederick Wiseman qui s'est attaché àce lieu dans son dernier documentaire. Ce dernier a consacré sacarrière de cinéaste à filmer de grandes institutions publiquescomme l'Université de Berkeley aux Etats-Unis, un service de soinintensif, et des institutions culturelles telles que l'Opéra deParis. S'immergeant dans les lieux pendant des semaines jusqu'àfaire oublier sa présence, il veut dresser un portrait fidèle del'institution et son fonctionnement... Filmer le musée étaitdoncla continuation logique de son entreprise,et c'est la National Gallery de Londres qui a été sélectionnéepour ce documentaire. Wiseman a accumulé 170 heures de rushes pourréaliser son documentaire de 3h.

NationalGallerycommence sur unplan fixe d'une des salles d'exposition du musée.Un technicien de surface passe devant la caméra. Comme tous lesdocumentaires du cinéaste, celui-ci nous montre le fourmillementd'activités que le musée contient : restauration (de cadres,de peintures, nettoyage de toiles), analyses de tableaux, mais aussidémontage et montage d'exposition (réaménagements des sallescomprenant la peinture, le changement des revêtements..), atelier demodèle vivant, médiation diverse sur divers aspects de diversesœuvres (technique, historique, artistique...), prise en photo desœuvres, scénographie (il montre par exemple une discussion sur lalumière naturelle et ses impacts sur la vision des œuvres),entretien (arrangement de bouquets de fleurs et plantes dans lesespace), mais aussi les question de gestion (les questionnements derévision de dépenses dues aux restrictions budgétaires) et ainside suite.

Maisdans ce documentaire, une place particulière est accordée auxœuvres d'art, plus qu'à l'aspect social des institutions queWiseman privilégie habituellement. Les tableaux sont présentés deface, morcelés parfois, pour en relever les détails, et ce parfoislonguement. Il montre beaucoup ces œuvres, mais aussi le face à faceentre celles-ci et les visiteurs. Il filme le regard des visiteursvers l’œuvre. Il s'attarde ainsi sur ce jeu de regards dontl’œuvre est la cible.

Outrela rencontre directe des œuvres, Wiseman consacre une grande partiede son documentaire à présenter une autre forme de rencontre entrele public et les œuvres, à travers les médiations diverses, quis'avèrent très intéressantes : une médiatrice fait revivre,par l'imagination, la façon dont les contemporains d'un triptyqueissu d'une Église le regardaient. Une autre médiatrice révèle quel'acquisition des collections a été faite avec l'argent de laLloyd's, et a donc été financée par la traite négrière, toutcomme l'acquisition des collections de la Tate et du British Museum.Ces aspects de l'histoire des musées sont généralement tus et ilest intéressant de voir des médiateurs rappeler ce qui n'estgénéralement pas dit.

NationalGallery montre aussi lesquestions et les enjeux actuels qui pèsent sur l'institutionmuséale : surtout ceux de représentation et d'identité dumusée. Comment prendre en compte le public ? Une des premièresscènes nous donne à voir une discussion entre deux membres dumusée. La première, chargée de la communication, rappelle que lemusée est aussi une attraction touristique et que le public devraitêtre pris en compte dans le discours, quand l'autre interlocuteur,conservateur, dit ne pas vouloir faire une exposition à succès quisoit « moyenne », prenant le « plus petitdénominateur commun » et y préférant un échec« intéressant ».

Celamontre aussi les positions de professionnels du musée, une vision« marketing », mais plus ouverte sur le public quirencontre une vision encore très verticale de la culture, qui oppose l'expert et le profane, et qui assimile « grand public »à « simplification ».

Aun autre moment, lors d'une réunion, la question de la participationà un événement populaire de charité (le marathon du « SportRelief »), est posée. Celui-ci se termine devant le musée, etla population londonienne y est fortement attachée :quelle image le musée renvoie en ne s'associant pas à un projet quetout le mondeapprécie ? Mais comment sera t'il perçu en s'associant à unévénement populaire et non culturel ? Wiseman nous donne ainsi àvoir les stratégies de communication mises en place par le musée.

Habilement,le film se termine sur une scène de danse dans les galeries, dontl'organisation a été discutée précédemment, les danseurs seretirent, la présentation est finie.

Le seul regret est que la questiondes démarches du musée envers les publics ne soit pas plusdéveloppée dans le documentaire, lequel est plus centré sur larencontre avec les œuvres. L'exploration des coulisses, à part pourcertains exemples évoqués ici, mettent les œuvres au centre del'attention. Ainsi,le musée de Wiseman semble être plus tourné vers les œuvres quevers son public, comme certains le sont encore aujourd'hui.Le film reste une immersion passionnante à l'intérieur d'uneinstitution telle que la National Gallery.

N.PPour en savoir plus : - Cliquez ici !#cinéma#NationalGallery#coulisses

A Cassel, le cri sourd des animaux

À poils et à plumes. L’exposition présentéejusqu’au 9 juillet au Musée de Flandre de Cassel propose de se pencher sur laquestion de l’utilisation de l’animal dans l’art ancien et contemporain.

Marie-Jo Lafontaine, I love The World / Can you hear me ? 2006, Duratrans - Studio Marie-Jo Lafontaine

À poils et à plumes. L’exposition présentéejusqu’au 9 juillet au Musée de Flandre de Cassel propose de se pencher sur laquestion de l’utilisation de l’animal dans l’art ancien et contemporain. Pource faire, neuf artistes belges ont été invités à dialoguer avec les maîtresflamands présents dans la collection du musée. Une initiative aux multiplespossibilités, car en passant de la représentation à l’utilisationdel’animal, l’art contemporain a opéré une rupture majeure.

Le texte d’introduction de l’expositionannonce clairement ce dont il retourne : le point commun de tous ces artistes,c’est la matière animale. Pourquoi les artisteschoisissent-ils ce matériau si particulier ? Quels en sont les enjeux ? Quelsens y mettent-ils ? Autant de questions délicates mais intéressantes quel’exposition promettait d’aborder via des œuvres tantôt poétiques, engagées, entous les cas troublantes. L’animal comme matière artistique : un sujet quidonne matière à penser !

Texte d'introduction de l'exposition © A.L 

Le casting est en tout cas au rendez-vous:  les pièces sont fortes, troublantes,glaçantes, belles et poétiques. De ce point de vue-là, on a ce que l’on estvenu chercher et c’est un bel exploit d’avoir réuni toutes ces œuvres. Maistout l’enjeu pour nous résidait dans la mise en place d’un discours, d’un liantentre ces œuvres qui vienne les questionner, les triturer, les rassembler, lesopposer, bref, les faire parler.

Au cas par cas, le dialogue entre lesdifférentes époques fonctionne. Le plus souvent, le lien entre les œuvresrepose sur des analogies formelles ou thématiques. Par exemple, les sept hibouxMessagers de la Mort décapités font écho à des scènes de chaos et dejugement dernier. Pas de traces d’un quelconque animal dans ces gravures carc’est la thématique qui importe ici. 

Vue del'exposition, premier plan : Leda,engel van de dood, arrière-plan : Peeter Boel, Nature morte de chasse avec un cygne© J.L

Mais ce type de rapprochement est en faitassez rare dans l’exposition, et pour cause : il est plus difficilementperceptible. On lui a préféré les rapprochements formels. Ainsi, la Leda,engel van de dood(ange de la mort) de Jan Fabre figure auxcôtés d’une Nature morte de chasse avec un cygne de Peter Boel. Ces parallèlesiconographiques dans la présence du cygne sont immédiatement perçus par lespectateur, et ce quelle que soit son habitude de l’art ou des musées. Ilstrouvent toute leur pertinence dans le cas de lieux comme celui-ci quin’accueillent normalement pas d’œuvres contemporaines. Ils permettent auvisiteur non habitué de se raccrocher à ce qu’il connait, de rapprocher lesdifférentes pièces et ainsi de commencer à se les approprier. Mais si cesrapprochements permettent d’apprécier les liens entre art ancien etcontemporain et de voir la constante réactualisation des mêmes sujets,qu’en-est-il du thème de l’exposition ? Que cherche-t-on à nousdire ?

Il est très difficile de répondre à cettedernière question, en partie parce que les murs de l’exposition sont totalementdépourvus d’écrit. Hormis le texte introductif et les cartels, le visiteur netrouvera ni titre de sections, ni explications. Aussi, même si certaines sallessemblent faire ressortir des thèmes généraux (la mort, l’alimentation), il esttrès difficile de percevoir où le parcours nous conduit. Aucun axe de réflexionn’est mis en avant, on déambule de salle en salle, se confrontant à telle outelle œuvre, en comprenant le plus souvent les liens qui l’unissent aux autres.

Vue del'exposition, au premier plan Patrick Van Coaeckenbergh, Le Cheval ; arrière-plan :Jan Fyt, Le Marché aux poissons© A.L.

Est-ce que le livret d’exposition disponibleà l’accueil propose une alternative ? Oui et non. S’il comprend bien desnotices pour chaque œuvre, elles ne semblent pas spécifiquement adaptées authème de l’exposition et passent parfois complètement à côté. Pour exemple, unesalle du musée présente des œuvres de la collection liées au thème du repas, dela nourriture. En plein milieu de cette salle trône LeCheval dePatric Van Caeckenbergh, une sculpture entièrement réalisée de boîtes deconserves. Un animal fait d’un amoncellement de bocaux alimentaires, le toutdans une salle liée à l’alimentation, on est en droit de se dire que l’artistetient là un propos militant attaché aux thèmes de la nourriture et de laconsommation. Pourtant la notice n’y fait pas du tout mention. Elle nes’attarde pas sur le choix symbolique du cheval, ni sur la démarche del’artiste dans le cadre de cette œuvre précise. Comment, pourquoi et quid de laquestion de l’animal ? Les notices survolent le thème de l’exposition sans le creuser.

Vue de l'exposition, au premierplan : Berlinde de Bruyckere, InFlanders Fields, 2000 © A.L.

À dire vrai, quand nous sommes sorties decette exposition, nous étions ravies ; ravies d’avoir pu découvrir ce beaumusée, d’avoir pu voir ces pièces d’artistes renommés. Nous nous sommeslaissées emportées par le mysticisme des œuvres de Jan Fabre, la violenceglaçante de l’installation de Berline de Bruyckere, la poésie de l’œuvre deThierry Cordier ou la vision engagée de Michel Vanden Eeckhoudt.

Et puis nous avons essayé de mettre des motssur notre expérience de visite. Or la seule chose qui nous restait, c’était uncatalogue d’œuvres. Mais au fond qu’en est-il de cette question de la matièreanimale ? Quepeut-on dire de plus à ce sujet après avoir vu l’exposition ? Quels en étaientles partis-pris ? C’est une situation récurrente dans bien des musées d’art etqui pose la question de l’enjeu d’une exposition et de ce que l’on attendd’elle. Ici, nous avons pris du plaisir - à coup sûr - , mais nous aurions aussiaimé réfléchir.

Car il y avait tant de choses à dire et àfaire. À l’heure où les consciences s’éveillent de plus en plus à la conditionanimale, les usages contemporains posent nécessairement question. Peindre unanimal ou utiliser sa peau, sa graisse…, les enjeux ne sont définitivement pasles mêmes. Nombreux sont les artistes actuels à s’emparer de ce matériau, cequi ne manque jamais de soulever de vives réactions. Parce que ces démarchescharrient avec elles des questions éthiques, esthétiques et sociétales àcommencer par celle-ci : qu’est-ce que l’on est en droit de faire au nom del’art ?

Sans doute que les pièces choisies par lemusée ne permettaient pas d’aller si loin dans le discours, mais il est dommagequ’elles n’affleurent pas davantage. Ce sont des questions délicates,probablement difficiles à aborder dans un musée, plus encore à assumer et cen’était visiblement pas le parti-pris choisi de questionner la conditionanimale. Mais peut-on vraiment parler de l’animal comme médium artistique enévacuant complètement ces interrogations ?

Resteque l’exposition réussit à marier les styles et les époques, rappelant quel’art ancien se trouve constamment réactualisé dans les créations actuelles.Ceux qui cherchent matière à réfléchir sur cette condition animale serontsûrement déçus quand d’autres, souhaitant surtout se laisser happer par lesœuvres, y trouveront leur bonheur.

Et pourceux d'entre-vous qui se demandent où se trouve Cassel et ce que l'on peut bieny faire, je vous invite à aller parcourir l'article de Joanna qui vous racontenotre périple à travers la flore casseloise: http://lartdemuser.blogspot.fr/2017/06/museo-transpi.html.

Annaëlle Lecry

#artcontemporain

#conditionnimale

Attention patrimoine en construction ! Analyse croisée d'un livre et d'une chronique radiophonique.

Le patrimoine et moi, c’est un peu « qui aime bien châtie bien ».Plus je l’aime plus je le maltraite, le renie, le chamboule, et ose tous les blasphèmes : détruire une partie de la conciergerie à grand coup de dynamite pour écrire une nouvelle histoire, je suis pour ! Je vous l’accorde, cet amour vache tourne parfois à la caricature !

Mais face à des budgets de la culture qui s’amaigrissent d’année en année, vous ne m’enlèverez pas l’idée que les vieilles pierres sont de vieilles bourgeoises aigries face aux associations culturelles de banlieue, fraiches et révoltées, mais, fauchées.

Pour cet article j’ai convoqué deux voix, paroles écrites ou radiophoniques, pour tenter de vous convaincre ;celles d’Hassan Fathy dans son ouvrage Construire avec le Peuple et d’une jeune chroniqueuse de France inter, Nicole Ferroni. Avant de vous parler du livre et de la chronique, laissez-moi-vous présenter les auteurs. Hassan Fathy représente souvent le mythe de l’architecte aux pieds nus,le Pierre Rabhi du béton armé, bref le métèque du prix Pritzker[1] !Il a d’ailleurs reçu le premier prix Nobel alternatif en 1980. Nicole Ferroni,elle est une ancienne professeure de Sciences et Vie de la Terre, devenue humoriste et chroniqueuse à France Inter.

couverture du livre "construire avec le peuple" d'Hassan Fathy

En 1945,l’architecte égyptien Hasan Fathy est chargé de reconstruire le village deGourna, près de Louxor, en Egypte. Son livre, Construire avec le peuple, est le récit de cette grande réalisationmais c’est aussi pour l’auteur l’occasion d’exprimer ses convictionsarchitecturales et sociales. Les pieds (nus) dans la terre argileuse et la têtetournée vers l’avenir, l’auteur développe sa réflexion au fur à mesure del’avancement du projet : analyse des lieux, des traditions locales, dessystèmes économiques du village et en parallèle réflexion sur l’ensemble dupays et la population égyptienne…

Dès le débutdu récit, Hassan Fathy montre son attachement à la campagne égyptienne  et souhaite reconstruire ce villageselon les traditions constructives et sociales locales.  Cette volonté se traduit par le choixd’un matériau aussi traditionnel que malléable et éphémère : la brique de boue. 

Loin d’être anecdotique ou purement technique,l’importance du matériau de construction montre que la tradition pourrait êtreun matériau primordial pour l’architecture. La vision d’Hasan Fathy est richeet pourtant extrêmement simple : la tradition est modelable et surtoutconstructive.

La tradition prend alors un sensparticulier dans son discours : en effet, la notion de tradition (etnotamment tradition constructive) s’apparente à celle de  patrimoine bâti et pourrait même laremplacer. La tradition devient une matière à travailler sans nécessité d’existencephysique. On peut alors se demander ce qu’il en est de l’histoire, souventprisonnière de ce patrimoine bâti. En effet, beaucoup diront qu’au-delà d’unetechnique ou beauté constructive, chaque bâtiment véhicule aussi une histoire,un contexte, et témoigne d’une époque.

Il ne renie pas, bien aucontraire le lien entre matérialité et histoire. Il le met en évidence pourpouvoir en débattre. Et c’est là tout l’intérêt de ce livre face aux enjeuxactuels. Il affirme ainsi que sans aucune référence à la culture ancestrale dupays les architectures contemporaines perdent tout caractère humain et sedétachent de la société qu’elles habitent. Il parle ainsi, d’ « enlaidissementprogressif de la ville et de la campagne », marquant volontairement ledécalage entre l’énergie et le budget alloués à la conservation d’un certain patrimoinebâti et l’indifférence face à l’aménagement de nos périphéries urbaines.

Cette réflexion menée sur larelation entre construction contemporaine et patrimoine bâti  peut s’appliquer à d’autres vecteursculturels, artistiques et sociaux. Et c’est pourquoi je voudrais croiserl’analyse d’Hasan Fathy à la chronique radiophonique de Nicole Ferroni diffuséesur France Inter le 3 Septembre 2004, et intitulée « A Marseille, je suispartie à la pêche aux subventions ».

Dans cette chronique, NicoleFerroni cherche à définir les objectifs traduits par la répartition dessubventions du ministère de la culture. Sur un air faussement naïf, elle interroge avec lucidité le rôle du toutnouveau Muceum dans la vie culturelle marseillaise. Elle dénonce avec subtilitéun lien, non négligeable, entre culture et communication et rappelle que l’actionculturelle est motivée par une recherche de visibilité. Appliquant la réflexiond’Hasan Fathy au spectacle vivant, cette envie de « Construire avec lepeuple » et notamment avec la jeunesse marseillaise peut prendre forme au traversd’actions culturelles de proximité. Nicole Ferroni mentionne d’ailleurs le cas d’unthéâtre de la banlieue Nord de Marseille, dont le budget nécessaire à sonfonctionnement semble englouti dans les remarquables façades du Muceum ! 

Détail d'une façade du MUCEM - Joran Briand

Ce parallèle pousse à croire qu’àtravers de tels projets (celui du Muceum, du Louvre-Lens) nous projetons unnouveau patrimoine bâti, que nous conserverons à grands coups de subventionsplus tard.  Ces bâtiments, quiécrasent parfois des lieux culturels existants, ne font-ils pas figure depatrimoine pré-classés avant même qu’ils prennent et prouvent leur sens dans l’espaceet la vie publics ? La notion de patrimoine et les raisons de saconservation doivent demeurer une question toujours ouverte. A l’heure où lespolitiques actuelles semblent vouloir figer leurs actions dans du béton, depeur que nos traditions culturelles, fruits d’une transmission humaine, soient déjà en voie de disparition… ré-ouvronsle débat !

En savoir plus : 

Hassan Fathy, Construire avec le peuple,Paris, éditionsJérôme Martineau, 1970

Chronique de Nicole Ferroni, à réecouter sur le site deFrance inter : http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-nicole-ferroni-a-marseille-je-suis-partie-a-la-peche-aux-subventions

Margot Delobelle

# patrimoine bâti# Hassan Fathy


[1] Le prix Pritzker d'architecture est un prixd'architecture annuel décerné par un jury indépendant depuis 1979

Au Musée de Flandre de Cassel, « cette oeuvre est à toucher ».

Situé sur la Grand Place de Cassel dans le département du Nord et à environ cinquante kilomètres au nord est de Lille et dix kilomètres au nord de Hazebrouck, ce musée que l’on pourrait qualifier de « Beaux-arts », propose des médiations tactiles originales et plutôt novatrices. Il prend place au sein de l’Hôtel de la Noble-Cour (XVIème siècle) classé monument historique depuis1910 et entièrement rénové. Ce même monument fût le théâtre en 1964 de l’inauguration d’un musée d’art, d’histoire et du Folklore. En le rachetant en1997, le département en aura la tutelle et le chantier du musée de Flandre ne s’ouvre qu’en 2008 après dix ans de fermeture. Projet muséographique moderne et unique en Europe, la thématique s’inscrit dans le territoire et sa priorité constitue la mise à jour de l’identité culturelle et artistique de la Flandre en valorisant sa richesse à travers les âges. Les collections présentées initient un dialogue entre les oeuvres dites « classiques », ethnographiques et contemporaines.

           On note immanquablement unobjectif d’accessibilité à un large public. Fonctionnel pour les personnes àmobilité réduite, ce musée présente des médiations et animations diverses pouroptimiser l’accès à la compréhension des œuvres : outils multimédias, panneauxexplicatifs, visites guidées adaptées aux publics (visites en LSF, pour lesenfants…), ateliers divers, attention particulière donnée aux groupes et biend’autres. Le musée de Flandre accorde en outre un soin particulier en faveurdes personnes déficientes visuelles ; c’est notamment la raison pour laquelleont été crées ces maquettes tactiles qui permettent de surcroît de donner vie àses collections. Ces publics spécifiques sont bien pris en compte et impliqués.Le parcours muséographique est partagé en quatre thématiques ambivalentes «Soumission et Colère », « Entre Terre et Ciel », « Mesure et Démesure » et «Ostentation et Dérision » et est enrichi d’une maquette tactile par thèmepermettant une approche sensorielle du contenu de l’exposition permanente.

"Carnaval de Cassel" d'Alexis Bafcop – 1876

© Artesens, association dontle « but est d’offrir

un éveil à l’Art par le biaisdes sens », a réalisé

les maquettes tactiles del’exposition permanente

Ces maquettes représentent uneadaptation en 3D et reliefs d’œuvres phares au sein des thématiques danslesquelles elles sont disposées ainsi que des cartels qui les accompagnent. Cesderniers sont constitués d’une apposition en transparence d’un texte en braillesur le texte classique, ce qui est pertinent pour des publics souvent non prisen compte. Leur sens du toucher est sollicité par le relief et la description ;l’imagination opérant, d’autres images peuvent naître.

           Pour les deux premièresmaquettes du parcours, on peut parler d’une traduction sensorielle de l’imagepicturale et de support de délectation esthétique de quelque visiteur. Présentédifféremment, l’art est perçu autrement et de façon inhabituelle. De fait, despublics plus « secondaires » peuvent également utiliser ces maquettes. Parexemple, toucher un expôt présent dans un musée s’assimile à l’élan naturel del’enfant. Je vis d’ailleurs un enfant, sourire aux lèvres, prononcer un « jepeux toucher ? » adressé à sa mère les yeux pétillants : les doigtss’affairaient déjà à toucher cette maquette simultanément au son produit. Ainsiil est possible que le jeune public soit d’entrée capté par une maquettetactile car elle peut donner l’occasion de s’approprier ce qu’il peutconsidérer comme un jeu, alors même qui lui est transmis un certain savoir. Etmême si son interprétation est approximative, l’enfant est accompagné dans sadynamique et sa soif de découverte du monde qui passe principalement parl’usage des yeux et des mains. Un musée communément boudé par l’enfant estdevenu vivant et attractif, alors que sans médiation particulière la visiterevêtirait un aspect contraignant par l’attention et la concentrationnécessaire à l’observation des œuvres (si différent de son environnement habituel).

           La troisième maquette présente un aspect plus didactique au regard del’histoire de la pièce où elle se situe : cette ancienne cuisine est baptisée «Gourmandise » dans le parcours de visite. Celle-ci est plutôt un « meubletactile » avec plusieurs tiroirs à ouvrir de haut en bas et séparé en deux : lagauche éclairant sur la gastronomie « chez les riches », la droite celle « chezles pauvres ». Le tiroir le plus bas présente deux maquettes en reliefillustrant deux scènes de repas. La lecture du cartel incite à découvrirsuccessivement les tiroirs afin de toucher et décrypter les différents objets :porcelaine, fruits de mer, légumes… Le toucher est confronté à l’aspect desmatières : lisse, rugueux, chaud, froid etc., ce qui participe à l’apprentissagedes différentes perceptions. Cette maquette tactile ramène à la réalité enréajustant la thématique abordée à la réalité du quotidien. Enfin, la dernièreapporte et révèle une plus-value du discours véhiculé par le musée. C’est ainsique celle représentée par la photographie ci-dessus invite plutôt les visiteursà s’imprégner des us et coutumes flamands : la tradition spécifique, lecarnaval et de surcroît celui de Cassel. Cette création comportant des piècesmobiles évoque l’ambiance et l’énergie de la fête avec la foule, les danseurset l’identification d’un géant (Reuze Papa), élément reconnu du patrimoinecassellois. L’esprit du carnaval transparaît d’une manière innovante. Le nouvelélan du musée, incarné par la diffusion de ce type de médiation, met à jour unrenouveau dans l’interaction avec l’art et les oeuvres, ouvrant alors d’autresperspectives d’expériences émotionnelles et/ou sensorielles.

           A quand la généralisation de cesmédiations dans les musées « traditionnels » pour démocratiser et favoriserl’accessibilité à l’art et principalement aux Beaux Arts, au plus grand nombre?

Lucie ValladeMusée de Flandre de Cassel

Ave BDvores !

Amateurs de Bandes dessinées, passionnés de l'Antiquité ou simples curieux : l'exposition Bulles d'Antiquité, le monde romain dans la B.D, est faite pour vous !


© Droits réservés

Amateurs de Bandes dessinées, passionnés de l'Antiquité ou simples curieux : l'exposition Bulles d'Antiquité, le monde romain dans la B.D, est faite pour vous ! Le Forum antique de Bavay, musée archéologique du département du Nord nous offre une belle immersion du 2 février au 28 août 2012. Hommage à Jacques Martin et Gilles Chaillet, deux figures incontournables de la B.D, l'exposition est également l'occasion de comprendre la façon dont les professionnels de ce genre, scénaristes et dessinateurs, ont envisagé les différents aspects de la complexe société romaine.  

L'exposition s'organise en cinq espaces distincts délimités par de grands panneaux constituant des blocs, ainsi que par trois couleurs qui différencient les thèmes abordés ; le tout formant un carré de quatre parties reliées par une zone centrale. Les grands panneaux se dotent de vitrines incrustées, exposant des collections, qui permettent avant tout de créer des effets de profondeurs entre les diverses parties qui se coordonnent. Notre déambulation dans cet univers se réalise donc dans un espace ouvert où l'on ne se sent pas enfermés. Avec amusement, on peut remarquer que les panneaux s'assimilent à des planches de B.D : écriture noire sur fond blanc, encadrée de couleur rappelant les fameuses vignettes, et ils sont agrémentés d'anecdotes placées dans les incontournables bulles, marques de fabrication de ce genre littéraire à part entière.

La première partie bleue constitue une introduction, présentant deux bandes dessinées phares sur l'Antiquité : Alix, première B.D à succès, et Astérix. Elle est aussi l'occasion d'exposer des livres anciens tels que les gravures d'Auguste Racinet ou encore des manuels scolaires et des couvertures de cahiers datant des années 50. La partie suivante en vert s'attarde sur les Gaulois. Utilisant Astérix comme point de départ, elle aborde des sujets divers comme leur nourriture, leur mode de vie et met à bas les préjugés concernant la moustache, la hutte, les druides et la magie, en nous dévoilant des Hommes tout à fait civilisés. Denier, ancienne monnaie grossie à la loupe, rhyton, corne à boire, ou encore maquette de maisons gauloises s'offrent à notre regard curieux. La couleur rouge illustrant les Romains ornent les deux parties suivantes. L'une dévoile à travers la B.D les thèmes de l'armée, des jeux du cirque et de l'amphithéâtre ou encore la religion, exposant ainsi diplômes militaires en bronze, trousseaux de toilette et d'impressionnants casques et poignards de Gladiateurs en provenance de Pompéi. La seconde se concentre sur l'Urbs, la ville ; la domus, la maison ; et la nécropole. Un immense plan de la ville de Rome composé de quatorze dessins originaux de Gilles Chaillet frappe par la complexité des nombreux détails. À la découverte de ce monde lointain couronné d'un univers de dessins et de bulles, on a presque envie de s'exclamer : « Ils sont fous ces Romains ! ». Pour finir, la partie centrale peut amuser petits et grands grâce à des bancs et poufs qui poussent à s'installer confortablement afin de se plonger dans les bandes dessinées mises à disposition. C'est également l'opportunité d'expliquer la fabrication d'une B.D, notamment grâce à une table à dessin exposant des planches en cours, originales et inédites d’Arelate. Par ailleurs, un reportage du dessinateur Gilles Chaillet défile. Bien évidemment, tout au long des différents espaces, planches et bandes dessinées d'époque sont exposées.

Par ailleurs, plusieurs activités et journées ont été organisées autour de l'exposition ; ainsi, conférences, journées gratuites telles qu'Archéo'culte avec entre autres dédicaces de B.D et montgolfière à l'effigie d'Obélix,  ou encore Ciné-Forum où l'on peut assister à une séance plein air parmi les vestiges antiques, de même que des stages pour le jeune public s'inspirent de la B.D pour notre plus grand plaisir.

Néanmoins, l'exposition comporte quelques défauts non négligeables. Trop de texte tue le texte, aurait-on envie de dire... Même si les thèmes abordés sont particulièrement intéressants, lire l'ensemble est impossible et l'on finit par survoler, ce qui est dommage. De même, certains termes employés sont parfois très compliqués et supposent un temps de « décodage ». En outre, le reportage dure quinze minutes, ce qui est beaucoup trop long. Arrivant au milieu, il est difficile de s'y intéresser, et qui aurait la patience d'attendre ou de jeter un coup d’œil régulièrement pour le reprendre au début ? De tels constats en induisent un autre : ce n'est pas destiné aux enfants ! Il aurait été judicieux de leur consacrer une partie, quand on sait à quel point le jeune public apprécie ce genre littéraire.

Toutefois, cette exposition n'en reste pas moins agréable et instructive. En effet, on apprend beaucoup de celle-ci, avant tout pédagogique, aussi bien sur l'univers de la bande dessinée que sur les modes de vie gauloise et romaine ; en contraste avec le côté « douillet » des poufs qui offrent un temps de pause appréciable. En outre, elle présente une très belle collection d'objets particulièrement remarquables et fascinants. Qui plus est, les tarifs relativement faibles de 5€, 3€ pour les tarifs réduits et gratuit pour les moins de 18 ans, billet comprenant l'accès à l'ensemble des activités proposées, - expositions permanente et temporaire, site archéologique, film 3D et visites guidées individuelles -, ne constitue pas un obstacle à la découverte de cette petite exposition fort sympathique. Les plus férus se régaleront et comme le dit si bien un professionnel du milieu : « Quand l'appétit va, tout va ! ».   

Lucile TALLON

Brève de stage : Dans la ville. Architecture et "cartels ambulants"

En première année du Master Expo-Muséographie j’ai effectué mon stage à la Maison de l’Architecture Rhône-Alpes à Lyon.


Crédits : Archipel CDCU

En première année du Master Expo-Muséographie j’ai effectué mon stage à la Maison de l’Architecture Rhône-Alpes à Lyon. J’y occupais le postede chargée d’exposition mais participais également aux autres projets de lastructure. Par exemple, j’ai eu en charge de rédiger quelques notices pourl’application Smartphone Archiguide Lyon Métropole, version2014. Avant de détailler plus en avant cette mission, voici quelques élémentsde contexte…

En perpétuelle transformation, les villes se sontconstruites au fil des siècles et recèlent de vrais trésors d’architecture. Lesédifices composent notre cadre de vie et définissent nos modes d’habiter, de sedéplacer, voire nos rapports sociaux. Chaque ville possède son caractère ettire une partie de son identité dans son architecture. Ou plutôt sesarchitectures, puisque de la période antique à nos jours en passant par laRenaissance, des milliers d’édifices se juxtaposent et interagissent entre eux.Ils forment une collection impressionnante racontant l’histoire des villescomme celle des hommes. De véritables musées à ciel ouvert… Si les muséespossèdent leurs propres outils de médiation, qu’en est-il pour lesvilles ?

Il existe des lieux comme les Maisons del’Architecture qui ont pour vocation de sensibiliser les publics à la culturearchitecturale. Chaque région à sa Maison de l’Architecture, chacune organisedes expositions, des conférences, des ateliers afin de diffuser le pluslargement possible et sous différents modes, les savoirs et les enjeux actuelsde l’architecture.

La Maison de l’Architecture Rhône-Alpes, aussi appeléeArchipel Centre de Culture Urbaine,offre aux publics plusieurs formes de médiation, susceptibles de parler au plusgrand nombre. Elle est située place des Terreaux, en plein centre de Lyon, onpeut notamment y admirer la maquette au 1/1000° de la ville de Lyon.Actuellement, Archipel met àl’honneur les meilleurs Projets de Fin d'Etudes 2013 de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Lyon à travers l'exposition Futur Architecte. Si maquette et photographie sont des outils  demédiation incontournables lorsqu’on parle d’architecture, il en existe un autre: le texte. 

Logements,quartier Confluence E. Colboc, architecte.   ©www.emanuelle-colboc.com

Lors de mon stage, j’ai donc eu en charge la rédactionde quelques notices pour l’application Smartphone Archiguide Lyon Métropole. Cette application, présente lesconstructions du XXèmeet XXIème siècle du Grand Lyon.Véritables « cartels ambulants » les notices jouent donc le même rôleque les cartels de musée : donner des informations sur« l’objet » que l’on a en face de soi. Ainsi le promeneur-visiteurpeut déambuler au gré de ses envies à travers la ville contemporaine et seconstituer un parcours inédit dans cette riche collection. La plupart desédifices dont j’ai rédigé les notices se situent dans le nouveau quartier Confluence, comme le groupe scolaire Germaine Tillion.

Voici un exemple de notice :

Groupe Scolaire Germaine Tillion

Rue Casimir Périer, rue Denuzière 69002 Lyon

Livraison : 2013

Architectes : Bernard Garbit & Jean-Pierre Blondeau

Maître d’ouvrage : Ville de Lyon

Groupescolaire Germaine Tillion

Garbit etBlondeau architectes

©www.pss-archi.eu

Le groupe scolaire Germaine Tillion se situe aucœur du nouveau quartier Confluence traversé par la voie de chemin de ferreliant la gare de Perrache à Oullins. Il réunit une école primaire etmaternelle, un relais d’assistantes maternelles, une crèche, une Maison desJeunes et de la Culture et une salle de sport. Lʼœil est attiré par cet orangevif présent dans le creux du bloc supérieur soulignant l’entrée de l’écoleélémentaire. La juste composition de pleins et de vides forme un ensemble trèséquilibré et à l’échelle des petits usagers. L’enveloppe en zinc de couleurkaki parfait l’édifice en affirmant la simplicité et la sobriété de laconstruction. Une attention particulière a été donnée à l’apport de végétation,la présence d’un imposant mur végétalisé de 312m2 situé au niveau dela cour en atteste.

L’écriture de ces cartels n’est pas chose aisée…Délivrer un message clair avec un maximum d’informations et ce, avec peu demots (600 signes), relève du défi ! Mais tout l’intérêt est bien là. Il s’agit de transmettre un messagecourt comportant les informations essentielles concernant l’édifice.  La consigne est d’être le plus neutrepossible, le lecteur n’a que faire de mon propre ressenti… Attirer sonattention sur un détail d’architecture, sur la position urbaine du bâtiment,sur les matériaux de construction sont autant de manières de parler del’édifice, et par là même, d’architecture au sens large. C’est donc importantde bien choisir ses mots, et de bien construire son discours.

Ainsi, cette première expérience d’écriture est-elletrès formatrice et également très agréable. En effet, se promener dans les ruesde Lyon, à la découverte de ces nouvelles présences architecturales dans lacollection architecturale de la ville Rhodanienne, est unréel délice.

                                                                       C.IPour en savoir plus :- Lien vers le site d'Archipel CDCUL'application Archiguide-Lyon

#archipelcdcu

#architecturecontemporaine

#cartel

CONTRE TEMPS / Le Bureau du dessin

Le Bureau du dessin est un événement réunissant les écoles d'art du Grand Est : l'ESAL (Metz-Epinal), l'ENSAD (Nancy), la HEAR (Strasbourg-Mulhouse) et l'ESAD (Reims).

5 étudiants sont sélectionnés en novembre dans chaque école et se rencontrent pendant une semaine de workshop intensif où ils produisent des projets qui questionnent les formes multiples du dessin et ses modalités d'exposition.


Affiche de l'exposition

Une exposition est ensuite montée par les étudiants dans un lieu proche de l'école organisatrice ou dans l'école en question ( par exemple«et inversement... » s’est tenu dans la Galerie Namima del'ENSAD, Campus Artem, Nancy)

Pour cette édition 2017, c'est à Reims que cela se passe, au cœur dumusée historique Saint-Remi.

                 

Pour saisir le point de vue d'un jeune artiste, allons à la rencontre  de Simon Deburck, étudiant à l'ENSAD, et Cécile Pétry, étudiante àl'ENSAD également, pour l'exposition Contre Temps qui s'est déroulé du 18 novembre 2017 au 8 décembre 2017.

Début de l'interview

Charlène :Quel est la problématique de cette édition 2017 de l'exposition Contre Temps ?

Simon : Cette édition a lieu dans le musée Saint-Remi de Reims et la problématique Contre Temps y est fortement liée. Le musée recense beaucoup d’œuvres et de pièces de différentes époques relatant l'histoire de Reims. Cela va du Mérovingien aux années 1900. Jepense que les mots "Contre Temps" montrent parfaitementcette étendue d'histoire concentrée en un seul lieu, le musée Saint-Remi.

  ©ESAD Reims, vue de l'exposition

   

Comment as-tu abordé cette thématique ? Peux-tu nous expliquer ton projet ?

Étant donné l'écart chronologique dans le musée et la disparité des œuvres, j'ai voulu créer un personnage de bande dessinée immortel qui aurait eu une histoire, un lien avec tous ces objets.

©Simon Deburck, « Les aventures de John l'Immortel »

   ©Bureau du dessin, Vue rapprochée d'une vitrine

Comments’est déroulé la préparation à l'exposition ?

Le lundi 13 novembre, nous sommes allés au musée vers 15h. Puis nous étions lâchés pour le visiter. Nous avions jusqu'à 16h pour trouver une idée de projet. De 16h à 18h, grande réunion pour présenter nos projets. Le lendemain matin, de 9h à 12h, nousdevions trouver les dispositifs d'accrochage. Pour ce musée classé,nous devions trouver des alternatives différentes en fonction deslieux d'accrochages et des projets. Ensuite, lemardi de 14h à 18h, Le mercredi et jeudi toute la journée, j'ai créé mon projet. Et le vendredi, du matin jusqu'à 15h, nous avons accroché.

Quellesétaient ces alternatives d'accrochage ?

Par exemple, ne pas mettre de clous sur tous les murs et sur certains, on ne pouvait rien mettre. On a mis du double face. Pour accrocher le projet de Cécile Pétry (artiste de l'exposition), les professeurs ont mis des allumettes cassées dans des fissures du mur puis avec des épingles, ils ont planté le dessin dans les morceaux d'allumettes.

Quelest ton projet et quelles ont été les contraintes liées àl'accrochage ?

Cécile :Pour l'accrochage, mon dessin est dans la salle des arcs boutants. Onne pouvait rien utiliser (ni scotch, ni clous, ni patafix), il étaitseulement possible de se servir de ce qui était déjà en place.Avec Etienne Pressager (professeur à Nancy) nous avons vu des petites fissures dans le mur là où je voulais placer mon dessin, Etienne a proposé un système d'accrochage qui exploiterait ces fissures sans endommager le mur. On a finalement glissé desallumettes dans les fissures (après avoir mesuré et coupé la profondeur adéquate), puis dans ces allumettes nous avons fixé de petits clous qui tenaient le dessin? C'est assez compliqué comme système, mais finalement l'accrochage est presque imperceptible et ça me plaît beaucoup.

Comment as-tu géré le fait que ce soit un bâtiment classé ?

Le fait que ce soit un bâtiment classé m'a  influencé dans mon travail. C'était très stimulant, où qu'on aille il y avait deschoses extraordinaires et intéressantes qui en quelque sorte nous poussaient à faire de notre mieux. En même temps, la diversité desformes exposées, le lieu transformé (une abbaye en musée) nous autorisaient une certaine liberté d'interprétation.

©Cécile Pétry

 

Charlène :Commentse passe le montage de l'exposition ?

Simon :Pour ma part, j'avais choisi les lieux où je placerai mes bandes dessinées. C'est pourquoi le mardi toute la matinée j'ai conversé avec la personne chargée de l'accrochage de l'exposition pour trouver des solutions. J'ai dû demander l'ouverture d'une vitrine pour pouvoir y placer une de mes planches. Et seule une personne dumusée est autorisée à les ouvrir. Il y avait beaucoup decontrainte de ce type pour l'accrochage, ce qui nous forçait à yréfléchir en amont. Les enseignants sont présents pour nous aiderlors des accrochages. Enfin, quand un étudiant avait fini d'accrocher son travail, il aidait les autres car nous avions peu det emps avant le vernissage.

         

©ESAD Reims, vue du montage de l'exposition

Quellemédiation est prévue ?

Sije ne me trompe pas, ce sont des étudiants de Strasbourg qui ontcréé la signalétique à l'aide d’autocollants colorés. Nous étions quelques étudiants à avoir un travail dispersé dans lemusée, il fallait alors un moyen simple et efficace pour signalerles liens entres les productions. Le catalogue d'exposition se baseégalement sur cette signalétique. Pour ce qui est de la médiationorale, nous avons expliqué à la personne chargée de la communication notre travail et elle s'est chargée de l'expliquer auxmédiateurs du musée.

Est-ceque c'est ta première exposition ? Quelles sont tesopportunités d'exposer en tant que jeune artiste ?

C'estma 4ème exposition. Étant en option Communication, je dois t'avouer que ce n'est pas un sujet auquel j'ai réfléchi. Ma première exposition, avec la classe entière, a eu lieu à Cholet grâce à laPrépa des beaux arts de Cholet dont j'ai fait partie. La secondeexposition a eu lieu durant ma première année avec le projet Coraqui est proposé chaque année à Nancy. La troisième est dû àLina Hentgen (professeur à l'ENSAD) l'année dernière à la GhotHouse de Delme. Lina étant invitée pour exposer, elle a entraînéune quinzaine d'étudiants pour travailler avec elle. Avec du recul,c'est grâce aux personnes que j'ai rencontrées que j'ai pu exposer. Je pense donc que se faire un réseau est un moyen d'avoir des opportunités d'expositions.

Dansquel musée aimerais-tu exposer ? Et quelles sont tes attentesen tant qu'artiste des lieux d'exposition ?

Je ne sais pas dans quel lieu d'exposition j'aimerais le plus exposer.Je ne suis pas contre les contraintes dans les lieux d'expositions.Le musée Saint-Remi en est la preuve, cela donne à réfléchir etnos productions peuvent évoluer ou prendre une tournure différentes grâce aux contrainte. J'ai souvenir d'un lieu d'exposition à Nantes du nom de Tripode où les murs sont noirs et inclinés, ce qui donne à réflexion pour un accrochage.

Finde l'interview

Les rendez-vous du Bureau du dessin sont une occasion pour les étudiants, jeunes artistes, de monter une exposition où tout le déroulement est un processus inédit. Le workshop intensif permet de monter un projet en entier par rapport à la thématique en rapport avec le lieu, classé monument historique. Cela remet en cause les logiques d'accrochage et confronte les artistes à de nouvelles contraintes qui ne sont pas vues lors d'accrochage dans  l'école. C'est uneoccasion d'apprendre avec les professeurs, habitués à exposer dansdivers lieux et à imaginer des astuces. Pendant l'accrochage, les étudiants apprennent aussi à manipuler des œuvres : utiliser des gants, les protéger et les stocker, les premiers rudiments de la régie d'exposition.

Si vous avez loupé cette édition, ne vous inquiétez pas Le Bureau dudessin remet le crayon l'année prochaine !

Charlène Camarella

#Bureaududessin

#ContreTemps

#MuséeSaintRémi

#Art

http://www.tripode.fr/index.php?/2014/francois-lancien-guilberteau-vues-expositions/

http://esad-reims.fr/bureau-du-dessin-edition-2017/

http://www.reims.fr/312/musee-saint-remi.htm

D'un masque à l'autre

 L’« authenticité » dans les sculptures africaines : Le cas de la statuaire africaine subsaharienne

« Il n’y a peut-être pas d’autre art que l’Européen aborde avec autant de méfiance que l’art africain… »[1]

La question qui guida la rédaction de cet article fut toute simple : étant moi-même amateur de sculptures africaines, particulièrement de sculpture sur bois (masques et statuettes), je me suis interrogé sur l’« authenticité » des sculptures africaines aujourd’hui présentées au sein de collections muséales ? En effet, une statue ou bien une toile d’un artiste occidental est « authentique » ou non, et en ce cas, elle est une « copie » ou bien un « faux ». Mais est-ce aussi évident en ce qui concerne les sculptures africaines, pour lesquelles, souvent, la datation, la nature et la provenance d’acquisition restent floues sur les cartels de certains musées ?

Petit retour historique ! Au début du XXe siècle, l’on sait que c’est principalement grâce aux artistes expressionnistes, primitivistes, fauvistes ou bien encore cubistes (Picasso, Braque, Brancusi, Matisse, Léger, etc.) que les sculptures africaines, tantôt classées dans des collections d’archéologie, tantôt classées dans des collections d’histoire naturelle et d’ethnographie, ont été, finalement assez récemment, promues au rang d’œuvres d’art à part entière.

Pablo Picasso (1881-1973),dans son atelier du Bateau-Lavoir à Paris, v. 1908

© Gelett Burgess, Musée Picasso

Mais par leur ‘redécouverte’, ces artistes européens ont aussi ouvert l’appétit des collectionneurs pour ces créations africaines, en leur faisant découvrir et surtout en leur donnant goût à des représentations somme toute très nouvelles et étrangères dans le paysage artistique occidental, si bien que, très rapidement, se développe, en parallèle, un important commerce de copies et de faux. Non seulement l’envolée des prix sur le marché de l’art, mais aussi la raréfaction grandissante des sculptures africains « authentiques » – raréfaction imputable soit à des disparitions naturelles (l’environnement), soit à des destructions (volontaires, par les populations africaines elles-mêmes, ou forcées, par les missionnaires européens notamment), soit enfin à la colonisation et aux pillages européens –, créées alors un terrain propice pour les faussaires. Se pose dès lors la question de l’« authenticité » des sculptures africaines. Qu’est-ce finalement qu’une sculpture africaine « authentique » ?

Pour bien définir « l’authentique », il nous semble tout d’abord intéressant de parler de pièces « inauthentiques », afin d’isoler deux types de sculptures fabriquées dans le seul but d’être vendues à un public amateur. Premièrement, il y a tout simplement les sculptures « fausses », c’est-à-dire le produit de la fraude, et autrement dit les sculptures africaines fabriquées avec la volonté patente de tromper et de fausser « le jugement porté sur une œuvre » [2]. Une sculpture africaine « fausse » pourrait ainsi se définir comme une création vidée de toute identité, de toute valeur ethnique, puisque crée en tant que produit et mis sur le marché de l’art pour tromper intentionnellement. Et il faut bien avoir à l’esprit qu’un « faux » masque africain, ou qu’une « fausse » statuette africaine, n’est jamais la création d’un faussaire de génie – comme nous pouvons le connaître en Occident avec la figure du faussaire-artiste isolé, tels Han van Meegeren (1889-1947) pour la peinture, André Mailfert (?-?) pour l’ébénisterie, Alceo Dossena (1878-1937) pour la sculpture, etc. –, mais il s’agit au contraire toujours de réseaux de faussaires, que ce soit en Afrique, en Amérique et en Europe, les artisans-faussaires travaillant en atelier, et donc en clandestinité, et presque toujours d’après des photos. Ainsi, c’est en juin 2013 qu’en France le plus grand réseau de faussaires en sculptures africaines a pu être démantelé dans la périphérie parisienne, donnant lieu à 22 interpellations (artisans, intermédiaires, rabatteurs, et galeristes) et plus de 500 « fausses » sculptures saisies (vendues généralement entre 100.000 et 400.000 euros pièce !). Mais alors, me direz-vous, qu’en est-il des sculptures-souvenirs que l’on peut trouver derrière les vitrines des boutiques de la plupart des musées africains ? En effet, au sein d’une boutique de musée, la copie de masques présentés ou non dans le parcours muséal, peut, paradoxalement, trouver toute sa place, comme nous avons pu encore le constater dernièrement dans la boutique d’un musée d’ethnographie, où seul un petit cartel légitime leur présence et, par conséquent, leur commercialisation et leur entrée dans le marché du « faux » :

« Ces masques sont des objets d’artisanat. Malgré leur qualité esthétique, il ne s’agit en aucun cas d’objets d’art issus de collections muséales. Ces masques ont été réalisés par des artistes africains contemporains. »

Que faut-il en penser ? En quoi ces objets seraient-ils plus légitimes que les produits de la fraude, qui, eux-aussi, sont des « objets d’artisanat » puisque créés par des artisans-faussaires ? Est-ce simplement la traçabilité de la production des dits objets ? Car en dehors du cadre légal de commercialisation, à savoir l’espace boutique d’un musée, la différence une fois acheté, entre un « faux » masque produit de la fraude, et un « faux » masque proposé dans une boutique de musée, est quasi-inexistante…

 

Peigne Ashanti authentique,Bois et pigments (H. 23 cm)

© Coll. privée

Peigne Ashanti faux

Bois et pigments (H. 20 cm)

Produit de la fraude, saisi en 2010, détruit

Deuxièmement, à côté de ces « fausses » sculptures contemporaines fabriquées au cours des XXe et – principalement – XXIe siècles pour tromper délibérément (si l’on écarte les « faux » des boutiques de musées) et qui, fort heureusement, n’ont aucune place dans les musées, nous distinguerons les sculptures que l’on peut qualifier  de « vraies-fausses » ou « fausses par destination », c’est-à-dire des sculptures, bien plus anciennes collectées en Afrique, qui furent spécialement réalisées pour répondre à une demande coloniale, pour les colons européens qui fréquentèrent les côtes africaines à l’époque moderne ou, plus tard à partir du XIXe siècle, en poste ou de passage dans une colonie. Dans une de ses œuvres majeures, L’Afrique fantôme [1934], l’écrivain, poète, ethnologue et critique d’art français Michel Leiris (1901-1990) décrit justement comment des masques africains furent détournés de leurs utilisations rituelles traditionnelles lors de fêtes villageoises orchestrées par l’administration dans les colonies françaises au début du XXe siècle (pour la fête du 14 juillet par exemple), celle-ci faisant par la suite rapidement rentrer ces objets dans le marché de l’art colonial européen.

Masque-Cimier Ciwara utilisé dans une colonie française,lors des festivités du 14 juillet 1932

© Anonyme, in Derlon, Brigitte, La Passion de l’art primitif, Paris, Gallimard, 2008, p. 283

Mais ces « vraies-fausses » sculptures apparaissent finalement sur les places marchandes européennes dès le XVe siècle, par le biais des premiers contacts entretenus par des armateurs, explorateurs et marchands qui fréquentèrent les côtes subsahariennes du continent africain. Et les exemples sont nombreux : on peut citer, entre autre, l’importante figure du marchand français Jean Barbot (1655-1712) qui écrit, dans son Journal de voyage posthume [1732], avoir spécialement commandé auprès de certaines populations autochtones africaines des sculptures sur bois afin de les exporter ; ou bien encore l’on peut déceler, dans un panneau de retable peint en 1527 par le peintre portugais Lopes Grégório (v. 1490-1550), La Mort de la vierge, la présence d’une de ces fameuses cuillers en ivoire, dites « afro-portugaises » et que les Africains fabriquaient alors spécialement (sur les côtes du Golfe de Guinée) pour répondre à une demande européenne, « hybrides extraordinaires et raffinés, destinés uniquement à la clientèle coloniale »[3] qui, selon l’historienne et ethnologue Jacqueline Delange (1924-1991), s’apparentaient déjà à un véritable « art commercial »[4].

Grégório Lops, Morte da Virgem, huile surchêne,

1527,H.128,5 cm x L. 87 cm, détail

© Lisbonne, Museum Nacional de Arte Antiga

Cuillerafro-portugaise, ivoire, v. 1490-1530

H. 20cm x L. 19,5 cm

© Ecouen, Musée nationalde la Renaissance

Face à cette production de sculptures africaines « fausses par destination » et qui, à partir du milieu du XXe siècle vont véritablement envahir le marché de l’art européen, une réflexion autour de plusieurs critères d’appréciation commence alors à se construire à partir des années 1970-1980, autant chez des conservateurs de musées que chez des marchands et des experts ; critères jugés pertinents pour évaluer, non de l’« originalité » de ces pièces qui, effectivement, sont originales puisque présentant forcément de légères différences entre elles, mais de leur « authenticité ».

Il faut d’abord se méfier du parallèle que nous faisons implicitement, en tant qu’occidentaux, entre l’« ancienneté » d’une pièce et son « authenticité », puisque, en ce qui concerne les arts africains, celle-ci n’a strictement aucun rapport avec sa date de création. Cas assez unique, nous semble-t-il, en histoire de l’art, si nous prenons en exemple les sculptures africaines, nous nous rendons compte finalement qu’une pièce « inauthentique » peut s’avérer être antérieure, plus ancienne, qu’une pièce « authentique », et qu’une pièce « inauthentique » et une autre pièce « authentique » peuvent provenir de la main d’un même artiste. C’est le cas par exemple avec l’artiste gabonais Simon Misère (?-?) qui, dans les années 1970 à Libreville, pouvait tout aussi bien réaliser des sculptures destinées au culte de sa propre communauté (sculptures « authentiques »), que des sculptures « fausses par destination » puisque destinées tout spécialement aux colons européens, soit en travaillant sur commande pour la préparation de festivités coloniales, ou bien en réalisant tout simplement des sculptures de pure décoration ; objets réalisés par un seul et même artiste, avec le même savoir-faire, avec les mêmes matériaux, mais dont la destination finale, l’utilisation, fait toute la différence.

Simon Misère dans son atelier à Libreville (Gabon) dans les années 1970© Réginald Groux

Malheureusement, à défaut d’avoir un œil expert dans le domaine, nous remarquons qu’aujourd’hui encore, dans la grande majorité des musées d’art africain français, les sculptures « vraies-fausses » et celles « authentiques » ne se distinguent pas, puisque les cartels n’explicitent souvent pas le statut, la provenance et les particularités de chacune. Certains musées, tels que les Musées des Beaux-Arts de Grenoble, le Musée des Beaux-Arts d’Angoulême ou encore le Musée des Arts d’Afrique et d’Asie à Vichy, portent au contraire une grande attention à cette question, le cartel de chaque pièce exposée rattachant celle-ci à son contexte de fabrication et d’utilisation originelle, et lui donne une traçabilité visible en mentionnant son origine, si elle provient d’une collecte ou d’une collection particulière, etc. Le Musée de Vichy qui, justement, a organisé l’année dernière son exposition temporaire d’art africain avec pour fil directeur l’interrogation sur ce que furent ces objets dans leurs contextes d’origine, et sur ce qu’ils sont devenus suite aux contacts avec les occidentaux, et surtout sous le regard des occidentaux. 

Un des critères fondamentaux de l’« authenticité » dans la sculpture africaine semblerait donc être la non-commercialisation : une sculpture africaine « authentique » n’est exécutée et destinée qu’à l’usage rituel ou fonctionnel de la communauté africaine dont il provient, fabriquée dans un but non lucratif, alors qu’en Occident toutes les formes d’art que nous connaissons sont presque toujours faites d’après une commande et pour être exposées et vendues. Admettons alors qu’une sculpture africaine n’est « authentique » que si elle a été fabriquée pour l’usage auquel elle correspond initialement, si elle est rentrée dans un système symbolique, dans des manifestations rituelles ou domestiques traditionnelles, devant, de fait, présenter une certaine patine d’usage attestant de son vécu. Mais en raison de l’avancée de la colonisation, du XVIe jusqu’au XXe siècle, et de ses effets sur les croyances et les cultures matérielles, le collectionneur et marchand d’art Henri Kamer, président de International Arts Experts Association, propose, dans un essai publié au début des années 1970, de distinguer trois grandes catégories de sculptures africaines pouvant être considérées comme « authentiques »[5] :

- premièrement, les sculptures « n’ayant subi aucune influence extérieure », considérées comme un « art du début ».

- deuxièmement, « les objets de la période intermédiaire », sur lesquels on peut constater des influences dues aux « apports étrangers à l’ethnie » (clous de cuivre, verroterie, peinture, etc. d’origine européenne).

- et enfin, les sculptures de la « troisième période », présentant une influence qui peut-être aussi bien inter-tribale qu’européenne (les représentations de nus qui deviennent de plus en plus rares, par exemple).  

Cependant, trente ans après la publication de cet essai, les recherches en histoire de l’art, mais aussi en histoire et en ethnographie, ont considérablement progressé en Afrique, et ce travail d’H. Kamer, bien qu’il fasse toujours référence dans le milieu de l’expertise des sculptures africaines, nous semble aujourd’hui discutable sur plusieurs points. Notamment, et pour ne prendre qu’un exemple assez significatif, cet essai peut être discutable au sujet du statut du créateur, puisqu’à l’époque d’H. Kamer, l’on considérait que le qualificatif d’« artiste » était impropre pour évoquer l’auteur d’une création africaine, mais que ce furent seulement des « artisans » qui exécutaient des commandes, et ce en suivant non leur inspiration propre mais des canons hérités dans leurs communautés ; H. Kamer parle alors, à ce propos, de « spontanéité du geste », et l’on considère, de fait, que les sculptures africaines (rituelles et domestiques) n’ont jamais été conçues en tant qu’œuvre d’art, mais que c’est uniquement le regard de l’amateur européen, éclairé, qui a pu révéler dans ces objets le caractère artistique. Or l’on sait aujourd’hui, grâce à certaines fouilles archéologiques menées en Afrique subsaharienne, qu’à côté des simples artisans, devant réaliser effectivement des objets pour répondre aux demandes de leurs communautés, des artistes ont bien existé en Afrique dès l’époque moderne – si ce n’est même antérieurement –, souvent réputés dans leurs sociétés et rattachés aux cours princières et royales de grands royaumes. 

            En somme, force nous est de constater que les critères pour déterminer l’« authenticité » d’une sculpture africaine n’ont cessé d’évoluer. Et ces critères montrent véritablement l’évolution du regard sur cet art particulier, « mettant clairement en évidence le fait que l’« authenticité » est un concept finalement assez large qui résulte d’un consensus entre collectionneurs sur l’origine d’un objet, les techniques de sa fabrication et ses usages ; critères qui renvoient implicitement à la construction même de la conception du monde et de la société dans une culture donnée »[6]

                                                                                                                        Camille Noé MARCOUX 

 « Au sujet de l’art africain, les mots ‘’vrai’’ et ‘’faux’’ sont fréquemment employés comme qualificatifs pour décrire les objets faits au sud du Sahara. Pour moi, les termes ‘’vrai’’ et ‘’faux’’ me semblent être des notions extrêmement floues lorsqu’on parle d’art africain. Un ‘’vrai’’ quoi ? Un ‘’faux’’ quoi ? Ces termes simplistes sont employés pour appréhender un sujet extrêmement complexe. Dire d’un objet africain qu’il n’est pas ‘’vrai’’ signifie probablement ‘’n’ayant jamais été utilisé, ni fait pour être utilisé dans un but spirituel’’, par exemple un objet fait pour être vendu. Etant donné qu’un nombre de plus en plus grand d’objets de ces dernières décennies glissent peu à peu dans cette catégorie, une redéfinition du terme ‘’vrai’’ semble appropriée. Ces objets sont certainement ‘’vrais’’ dans le sens où ils font bien partie de la vie africaine. Certains sont indéniablement l’expression d’une vision individuelle en réponse à une forme sculpturale familière. À quel point un masque ou une statuette sacrée soi-disant ‘’vrais’’ sont-ils ‘’vrais’’ lorsqu’ils ne sont pas utilisés à des fins spirituelles ou cérémonielles ? Lorsqu’ils sont créés pour des festivités coloniales, exposés sous vitrine dans un musée ou accrochés au mur d’une chambre à coucher ?... » 

WILSON, Fred (commissaire d’exposition), Cité in Flam, Jack, et Shapiro, Daniel, Western Artists / African Art, New York, Museum for African Art, 1994, p. 97

Pour en savoir plus :

- « Distinction Vrai-Faux : quelques réflexions sur la fabrication de « faux », sur creative-museum.com

- BONNAIN-DULON, Rolande, « ‘’Authenticité’’ et faux dans les Arts premiers », in BÉAUR, Gérard, BONIN, Hubert, LEMERCIER, Claire (dir.), Fraude, contrefaçon et contrebande, de l’Antiquité à nos jours, Genève, Droz, 2006, pp. 183-196

- COULIBALY, Marc, Des masques culturels au masque muséifié : leurs usages et représentations, Binche, Musée international du Carnaval et du Masque, 2014

- DEGLI, Marine, et MAUZÉ, Marie, Arts premiers : le temps de la reconnaissance, Paris, Gallimard, 2000

- DELANGE, Jacqueline, Arts et peuples de l’Afrique noire : introduction à une analyse des créations plastiques, Paris, NRF Gallimard, 1967, p. 209

- DERLON, Brigitte, et JEUDY-BALLINI, Monique, La passion de l’art primitif : enquête sur les collectionneurs, Paris, Gallimard, 2008

- KAMER, Henri, « De l’authenticité des sculptures africaines », in Arts d’Afrique noire, 1974, n°12, pp. 17-40

- LEIRIS, Michel, L’Afrique fantôme, Paris, Gallimard, 1992 [1934]

- MARCOUX, Camille Noé, Objets, de la Côte-de-l’Or à l’Europe des curiosités : échanges et regards (XVIe-XVIIIe siècles), Mémoire de master en Histoire de l’Art, réalisé sous la direction de Mme Catherine Cardinal, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2015

- MARTINEZ, Nadine, La réception des arts dits premiers ou archaïques en France, Paris, L’Harmattan, 2010

- SOMÉ, Roger, Art africain et esthétique occidentale, Paris, L’Harmattan, 1998

# arts premiers# sculptures africaines

# faux / authentiques 


[1]EINSTEIN, Carl, La Sculpture nègre,Paris, L’Harmattan, 2002 [1915], p. 43

[2]BONNAIN-DULON, Rolande, « ‘’Authenticité’’ et faux dans les Artspremiers », in Béaur, Gérard, Bonin, Hubert, et Lemercier, Claire (dir.), Fraude, contrefaçon et contrebande, del’Antiquité à nos jours, Genève, Droz, 2006, p. 183

[3]BASSANI, Ezio, « Œuvres d’arts et objets africains dans l’Europe du XVIIesiècle », in Ouvertures sur l’artafricain, Paris, Dapper, 1986, p. 70

[4]DELANGE, Jacqueline, Arts et peuples del’Afrique noire : introduction à une analyse des créations plastiques,Paris, NRF Gallimard, 1967, p. 209

[5]KAMER, Henri, « De l’authenticité des sculptures africaines », in Arts d’Afrique noire, 1974, n°12, pp.17-40

[6]BONNAIN-DULON, Rolande, op. cit., p.189

Et la lumière fut !

Cette année, Reims fête comme il se doit le huit centième anniversaire de sa cathédrale. Chef-d’œuvre de l’architecture gothique, cette dernière s’est vue ornée des nouveaux vitraux d’Imi Knoebel.

© Musée des Beaux-arts de Reims

Cette année, Reims fête comme il se doit le huit centième anniversaire de sa cathédrale. Chef-d’œuvre de l’architecture gothique, cette dernière s’est vue ornée des nouveaux vitraux d’Imi Knoebel. L’artiste contemporain allemand répond ici à une commande publique soutenue par le ministère de la Culture et de la Communication. Ce n’est pas la première fois que des vitraux d’édifices religieux rémois sont réalisés par des artistes contemporains. Leurs implantations témoignent du savoir-faire des maîtres verriers locaux tel que Simon Marq.

À cette occasion, le musée des Beaux-arts de Reims présente une exposition dédiée aux vitraux et à leur changement de perception grâce à ces artistes. Cette irruption de l’art profane dans un contexte sacré et dans une spécification artisanale fait écho à la reconstruction de quantité d’édifices religieux après les grandes guerres mondiales. Tel est le fil conducteur de cette exposition intitulée Couleurs et lumières : Chagall, Sima, Knoebel, Soulages… des ateliers d’art sacré au vitrail d’artiste.   

En parallèle avec la mise en lumière et couleur exceptionnelle de la façade de la cathédrale de Reims, les commissaires David Liot, directeur du musée et Catherine Delot, conservatrice en chef, nous entraînent dans un parcours initiatique avec le travail du verre, de la couleur et de la lumière. Dessins, croquis, préparations, mais aussi focus sur les artistes qui marquent le renouveau du vitrail et son évolution : cubisme, fauvisme, abstraction.

Ainsi, on retrouve le travail préparatoire d’Imi Knoebel : du rouge, du jaune et du bleu dans tous les sens ! Ces couleurs primaires, qui font partie de la palette de l’artiste, font résonance avec celles utilisées par les maîtres verriers jusqu’au 19ième siècle. Pour mettre son travail en condition, les commissaires de l’exposition ont opté pour une remarquable approche : un vitrail de l’artiste a directement été inséré au cœur de l’un des murs du musée ouvrant la perspective sur la cathédrale !

Ceux qu’il a réalisés pour la cathédrale de Reims prennent place de part et d’autres des vitraux qu’avait achevés en 1974 Marc Chagall. Dans cette lignée, le musée des Beaux-arts de Reims nous présente le travail de Chagall, bien-sûr la préparation des vitraux de la cathédrale de L’ange au sourire, mais aussi ceux qu’il a exécutés pour d’autres églises. Ainsi le travail de Sima, de Da Silva, qui ont eux aussi travaillé le verre sur d’autres édifices religieux rémois, mais aussi toute la genèse des vitraux de Pierre Soulages à l’abbaye de Conques sont exposés.

On comprend vite à quel point la création contemporaine a su saisir l’opportunité de s’immiscer là où l’on ne l’attendait plus. La lumière et le verre comme médium permettent de travailler la couleur, la translucidité et de révéler les architectures sacrées. Ainsi en témoigne le parti pris de la scénographie d’exposer sur des cimaises colorées, plongeant le visiteur dans l’ambiance émanant de chaque artiste.  Les vitraux et esquisses sont d’une grande splendeur, leur mise en situation est vraiment très réussie, surtout pour une exposition consacrée aux vitraux et donc à la lumière. En effet, nombre d’entre eux sont exposés dans des caissons lumineux en fer forgé, tel le plomb d’un vitrail, laissant apercevoir les détails et autres imperfections du verre, devant nous, à posture humaine. Splendide !

Catalogue de l’exposition,

Co-édition Point de vues et Musée des Beaux-arts de Reims

Cette exposition a par ailleurs bénéficié d’un soutien exceptionnel puisqu’elle est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication, la direction générale des patrimoines mais aussi par le service des musées de France. Pourtant, cette exposition de qualité déconcerte à la vue de la petite salle consacrée à la création du vitrail, de ses outils, de ses techniques, en fin de parcours, cachée derrière un mur. On ressent ici le manque de temps et d’espace pour proposer une initiation réussie à égale valeur que les alcôves précédentes. 

Heureusement, pour pallier ce bémol, un magnifique catalogue a été réalisé afin de pousser plus loin la réflexion sur le vitrail, rappelant les liens fondamentaux entre l’artiste et le maître verrier, la couleur, le verre et la lumière.

 Romain Klapka

Explorateur : prends ton carnet, et pars à la conquête du musée

Le Musée Tomi Ungerer – Centre international de l'Illustration, situé à Strasbourg, regroupe un fonds important d'environ 11 000 dessins, archives, jouets et revues donnés à sa ville natale par le dessinateur et illustrateur français Tomi Ungerer.


© Musées de la Ville de Strasbourg

Le Musée Tomi Ungerer – Centre international de l'Illustration, situé à Strasbourg, regroupe un fonds important d'environ 11 000 dessins, archives, jouets et revues donnés à sa ville natale par le dessinateur et illustrateur français Tomi Ungerer. C'est l'un des seuls musées consacrés entièrement à l’œuvre d'un artiste encore vivant à l'heure actuelle.L’ensemble de la collection est présenté dans un parcours thématique d’environ 300 œuvres originales comportant des dessins de livres pour enfants, des dessins satiriques et publicitaires ainsi que des œuvres érotiques. Son travail est également mis en parallèle avec d'autres grands illustrateurs du XXe et XXIe siècle, notamment grâce aux expositions temporaires renouvelées fréquemment.

C'est dans le parcours permanent que s'inscrit le carnet « explorateurs du musée Tomi Ungerer » outil de médiation et d'aide à la visite. Clairement destiné au jeune public, ce livret est rempli d'images de l’artiste ainsi que de propositions pour rendre l'enfant actif dans le musée et mettre à profit son imagination.

© Musées de la Ville de Strasbourg

Commençons donc par étudier la forme donnée à cet outil de médiation. Le choix du support papier se réfère immédiatement aux carnets de croquis et livres illustrés présents ce qui en fait un choix évident. Les couleurs vives sont une référence à la quadrichromie employée dans l'imprimerie, Elles ont cependant été utilisées avec beaucoup trop de facilité. En efet, la conception globale est très classique, sans cachet, on ne retrouve pas du tout l'esprit de l'artste. Par chance, cela n'altère pas son utlisaton. L'alternance de visuels très diférents (photos, dessins) permet de garder l'attention de l'enfant et renouveler son imaginaire notamment grâce à des actvités dont les instructons restent très claires grâce à un discours familier facilitant la compréhension de chacun. Prenez pour exemple les extraits ci-contre, les couleurs sont vives, le message est clair, mais le tout manque clairement de liant.

A contrario, les activités proposées sont plutôt pertinentes, et vont permettre à l'enfant de mieux appréhender le musée, mais surtout l’œuvre de Tomi Ungerer. L'entrée dans son œuvre petit à petit, selon les titres suivants : qui es-tu ?, le trait, les supports et les outils, expression et émotions, mise en scène et cadrage, le texte et l'image, l'absurde et le collage, le bricolage et la récup', engagement et la cocote de Tomi. Comme attendu, le carnet laisse la part belle au dessin. En s'inspirant des œuvres présentées, cherchées, choisies par l'enfant dans le musée, l'enfant se réapproprie les principes de l’artiste pour créer ses propres personnages et histoires. On peut, par exemple, reproduire son style graphique à la ligne claire, en hachures ou en niveaux de gris en se basant sur un des éléments exposés dans le musée. La page suivante on assemblera ces différents objets en un seul pour tomber dans le domaine de l'absurde, notion souvent abordée par l’artiste. Le livret provoque des allers-retours constants entre les éléments exposés et les activités, l’exploration du lieu est mise à profit dans chaque parte. Ainsi, son utilisation pourrait se diviser en trois temps. Un temps d’observation où l'enfant devient un enquêteur au sein du musée afin de répondre aux questions posées, mais aussi s'inspirer pour la parte deux où il devient à son tour illustrateur en s'inspirant de tout le travail effectué par l’artiste et présenté dans le musée. Le troisième temps, qui correspond à la dernière partie du carnet propose une médiation hors du musée, directement au domicile de l'enfant. On crée sa propre sculpture avec les objets que l'on trouve à la maison et en bonus la dernière page se transforme en cocote, laquelle permet selon les citations découvertes de revisiter telle ou telle activité proposée précédemment dans le cahier.

Il vient donc en accompagnement de la visite. Distribué au jeune public à l'accueil du musée, il permet une visite autonome de l'enfant si celui-ci sait lire convenablement. Pour les autres, l’activité se fait en famille, les parents servant alors d'intermédiaires pour expliquer les activités à mener, l'aider dans ses recherches tout au long du parcours.

Alors faut-il vraiment mettre ce carnet d'explorateur entre toutes les mains des enfants qui entrent dans le musée ? La volonté du musée est de rendre l'enfant actif tout au long du parcours afin d'augmenter son intérêt et sa compréhension des pièces présentées semble être plus efficace qu'une visite traditionnelle avec un guide qui envoi des informations à des enfants passifs. En effet, on apprend bien quelques éléments clés sur l’œuvre de Tomi Ungerer et les techniques qu'il utilise, mais l'efficacité de l’outil aurait pu être amplifiée si la réalisation avait été menée avec plus de rigueur. Peut-être aurait-il été judicieux de s'inspirer du style graphique de l’artiste, afin de donner à ce carnet une plus grande personnalité.

En clair, un fond intéressant et pile dans la cible, mais une mise en forme qui réduit un peu l'impact de la médiation. Ce livret a vraiment sa place dans le musée, il faut juste espérer dans le futur avoir une réalisation plus rigoureuse afin de rendre l'objet incontournable pour la visite.

Anaïs Kraemer

Exposer l'art contemporain dans un musée de beaux-arts, pour quoi faire ?

Depuis le début des années 1980, il existe en France les Fonds Régionaux d’Art Contemporain (dit FRAC) dont les objectifs principaux sont de collecter, conserver et diffuser localement des œuvres d’art contemporain, toutes pratiques confondues. En créant ainsi une collection nationale, l’État souhaite soutenir les artistes nationaux et internationaux tout en décentralisant l’art de Paris pour l’apporter à tous.

Exposition Rubens, autopsie d'une aura

L’exposition pensée par le muséographe commence quand on passe la porte. Mais la rencontre entre l’exposition et le visiteur commence bien plus tôt : dès qu’il l’imagine à partir de la communication, qu’il découvre certains contenus par des lectures ou des jeux, qu’il achète des objets sélectionnés ou créés pour l’exposition etc. Tout ce qui est autour de l’exposition constitue ce qu’on pourrait appeler une aura. Nous proposons d’en étudier une précisément.

Premier regard

Notre exemple est l’exposition « Rubens, portraits princiers » qui se tient au Musée du Luxembourg (en partenariat avec la réunion des monuments nationaux) du 4 octobre 2017 au 14 janvier 2018. De cet énoncé se dégage déjà de nombreux indices : le visiteur sait qu’il a affaire à une exposition d’art abordée sous 3 angles croisés : le peintre célèbre, un type de réalisation et une catégorie de sujets. Le lieu, central, royal, politique, ne dessert pas l’aura fastueuse de Rubens et de ses sujets princiers.

Affiches de l’exposition © Musée du Luxembourg

Les affiches complètent cette première impression : les tableaux choisis, un homme et une femme, font honneur aux détails vestimentaires des costumes d’apparat et à des visages altiers. Face au luxe des peintures, le graphisme se fait simple mais très explicite. Le titre « RUBENS » est immense et du même blanc que les dentelles de ses tableaux, souligné par un sous-titre « PORTRAITS PRINCIERS » en jaune d’or.

Il s’agirait presque d’inverser les rôles : Rubens avait signé en tout petit ses tableaux de personnages célèbres que chacun connaissait et révérait. Aujourd’hui, c’est la célébrité du peintre qui fait qu’on présente ces tableaux et sera prétexte à revenir sur l’identité de ces têtes couronnées.

Le communiqué officiel, synopsis ou dithyrambe ?

Le texte officiel de présentation de l’exposition est le suivant :

« Rubens fut, sans doute un peu malgré lui, un immense portraitiste de cour. S’il se voulait d’abord peintre de grands sujets historiques, il excella dans le domaine du portrait d’apparat, visitant les plus brillantes cours d’Europe. Prisé pour son érudition et sa conversation, il joua aussi un rôle diplomatique important, jouissant d’une position sociale sans égale chez les artistes de son temps. Autour des portraits de Philippe IV, Louis XIII ou encore Marie de Médicis réalisés par Rubens et par quelques célèbres contemporains (Pourbus, Champaigne, Velázquez, Van Dyck…), l’exposition plonge le visiteur dans une ambiance palatiale au cœur des intrigues diplomatiques du XVIIe siècle. »

Au premier abord, ce texte fait miroiter la réussite de Rubens sous tous ses angles : « immense portraitiste », « excella », « les plus brillantes cours d’Europe », « position sociale sans égale », « Philippe IV, Louis XIII ou encore Marie de Médicis » ou « célèbres contemporains (Pourbus, Champaigne, Velázquez, Van Dyck) ». Ce choix pourrait nous inquiéter, impliquer que cette exposition ne serait fondée que sur la célébrité sans nuance et sans explication des peintres ou des sujets.

Mais, en seconde lecture, un portrait est esquissé, celui de Rubens lui-même. L’exposition semble s’appuyer sur les différentes facettes du personnage : ses qualités humaines, ses motivations professionnelles, ses compétences de peintre et sa position sociale.

La dernière phrase, enfin, lie tous ces grands noms par la promesse de plonger « au cœur des intrigues diplomatiques du XVIIe siècle ». Rubens devient alors le héros de notre nouvelle série historique préférée (enfin plutôt de notre future exposition préférée), chaque célébrité devient un personnage et le faste des palais devient le décor. La promesse d’entendre des histoires séduira peut-être les visiteurs encore indécis.

Les contenus complémentaires, des amuse-bouche ?

Avant ou après l’exposition, on trouve en ligne des aides à la visite (une vidéo promotionnelle, le guide de la visite, des applications mobiles à télécharger et le dossier pédagogique), et des contenus complémentaires (des articles, des liens vers d’autres productions et des jeux). Puisque ces derniers sont davantage autosuffisants c’est eux que nous étudierons pour avancer encore dans notre autopsie de l’aura de l’exposition Rubens.

Page d’accueil du jeu © Musée du Luxembourg

Le jeu et l’article permettent de rentrer dans le contenu de l’exposition par des biais aussi différents que l’action (le jeu) ou la réflexion (l’article). Elles ont des publics cibles probablement différents (le jeune public, les intellectuels) mais j’avoue avoir aimé autant l’un que l’autre. Elles construisent le suspense sans en révéler trop sur l’exposition.

Ces deux créations démontrent que cette exposition suit un cheminement, développe un contenu riche et ne se contente pas d’afficher des grands noms et des couronnes dans un Palais. Le jeu éduque notre regard aux détails de l’œuvre de Rubens, aux couleurs, à la symétrie, à la subtilité. Il nous implique aussi dans le geste de composition d’un tableau. Mais on n’a vu qu’un seul tableau !

L’article, quant à lui, est bref mais situe bien les enjeux des portraits au XVIIe siècle et, par l’intermédiaire d’une vidéo, introduit une comparaison avec les portraits officiels présidentiels et leurs symboles. Cette pensée ouverte donne des clés de compréhension tout en stimulant l’attention du visiteur et son esprit critique. Cela donne envie de voir si les textes de l’exposition sont de la même veine !

La boutique et les produits dérivés

La boutique, en ligne et sur place, étoffe encore cette aura par un étal varié et séduisant. Parmi les classiques, guide de l’exposition, presse, livres d’art ou de réflexion sur la thématique et parmi les produits sur mesure, un livre écrit pour l’occasion Rien que Rubens de Philippe Forest (éditeur : Réunion des Musées Nationaux), ainsi qu’un espace d’impression à la demande (sur toile ou papier) des œuvres de l’exposition. Une manière de rapporter plus qu’une carte postale pour afficher dans son salon. L’impression se fait sur place, remise en main propre ou à domicile pour des prix variés. Par ailleurs, la boutique du musée du Luxembourg est placée sous le regard d’un prince et d’une princesse, les mêmes que sur les affiches. En très grand format, ils surplombent la salle où différents objets vendus font écho au luxe de leur parure comme des bijoux imitant la dentelle ou bien des mouchoirs en véritable dentelle.

Pratique plus originale, la boutique étend ses « goodies » habituels (mugs, crayons, marque page, magnet …) à des couteaux (coupe papier), des bières et des spéculoos ! Les trois produits mettent en avant leur origine et on comprend que la géographie européenne (Belgique et Italie tout du moins) aura une importance toute particulière dans l’exposition.

L’aura de cette exposition est riche, dans tous les sens du terme. 

Visitez l’exposition ! 

Et voyez si elle tient ses promesses ?

Eglantine Lelong

#rubens

#muséeluxembourg

#princes


Pour en savoir plus :

Vous pouvez trouver le jeu ici : http://jeunepublic.grandpalais.fr/puzzle-rubens/moyenEt l’article « Qu’est-ce qu’un portrait » ici : http://www.grandpalais.fr/fr/article/quest-ce-quun-portrait

Fantastique ! Deux expositions en une

Depuis quelques semaines déjà, une exposition au titre intrigant s’est installée au Petit Palais, musée des beaux-arts de la ville de Paris : « Fantastique ! » Alors que se cache t-il derrière ce titre évocateur et plein de promesses ?


Affiche de l'exposition - © Petit Palais, musée des beaux-arts de la ville de Paris

L’exposition « Fantastique ! »est en réalité deux expositions en une. « Kuniyoshi le démon de l’estampe » compose la première partie du parcours complété par« L’estampe visionnaire, de Goya à Redon » en partenariat avec la BNF. Comme vous l’aurez compris, cette double exposition traite de l’estampe, àla fois japonaise et occidentale. Outre leur technique, leur thématique est également commune : le fantastique, c’est-à-dire la transgression du réel,l’imaginaire, le rêve mais aussi le surnaturel.

   Ces deux espaces ont été pensés comme unparcours global et par un même scénographe, Didier Blin ; l’expérience etle discours sont liés et les expositions ne peuvent vivre l’une sans l’autre.

Kuniyoshi, le démon de l’estampe

   Le Petit Palais met donc à l’honneur danscette première partie du parcours un maître d’estampes japonaises du XIXesiècle moins connu que ses illustres confrères, Hokusai et Hiroshige, etpourtant tout aussi talentueux.

Le parcours, présentéde façon thématique, invite le visiteur à s’échapper avec des titres aussiévocateurs que poétiques : Légendes, guerriers et dragons, paysages aubord de l’eau, les plaisirs d’Edo... Les œuvres colorées et dynamiques deKuniyoshi s’intègrent parfaitement dans une scénographie vive et joyeuse quidonne le rythme à une visite passionnante.

Entrée de l'exposition © LT

 Le cheminement se termine par un espacepédagogique qui introduit la technique de l’estampe japonaise à l’aide d’outilset de vidéos (mais peut-être un peu tard après avoir vu toutes les œuvres !).Confortablement installé dans des fauteuils colorés, le visiteur peut égalementlire des mangas mis à disposition pour comprendre à quel point Kuniyoshi ainfluencé ce genre littéraire.

L’estampe visionnaire, de Goya à Redon

   Après une orgie de couleurs, et unetransition par des espaces de projections d’estampes animées, le visiteur entredans la seconde exposition. La scénographie s’adapte aux œuvres présentées,uniquement des estampes en noir et blanc aux sujets très sombres et macabres,en ôtant toute joie et vivacité dans les couleurs.

Les Spectres sans têtes - Lithographie d’après LouisBoulanger © Maison de Victor Hugo

Goya, Redon,Doré... chaque estampe paraît plus stupéfiante et captivante que la précédente.Là encore, l’aspect pédagogique n’est pas oublié et une salle présente lesdifférentes techniques d’estampes grâce à des vidéos, des œuvres et des outils.

On parcourt peut-êtreplus vite cette exposition, du fait de sa seconde position mais aussi troublépar la force des représentations de la mort, notamment par le très belaccrochage des pendus.

   Fantastique ! est une des expositionsde la rentrée à ne rater sous aucun prétexte : la qualité des œuvres et dudiscours et la poésie mais aussi l’horreur qui s’en dégagent devraient captiverle visiteur le plus exigeant !

Laura Tralongo

Exposition Fantastique !

Petit Palais, Musée des beaux-arts de laville de Paris

Avenue Winston Churchill

75008 Paris

Du 1er octobre 2015 au 17 janvier2016

#fantastique

#estampe

#imaginaire

  

Héritage provençal

C’est en parcourant les ruelles de Grasse, que je suis tombée sur un petit musée, qui pourrait passer complètement inaperçu, mais révèle un profond héritage historique que je ne soupçonnais pas. Grasse est souvent qualifiée de capitale mondiale du parfum. Il faut dire que la renommée de la ville repose avant tout sur le Musée International de la Parfumerie, de quoi voler la vedette aux autres musées gérés par la Communauté d’agglomération de Grasse. Quant à l’héritage vestimentaire de la ville, le Musée Provençal du Costume et du Bijou, propriété de la ville de Grasse, retrace l’histoire des femmes provençales en préservant une collection de costumes et de bijoux des XVIIIème et XIXème siècles. Sa collection privée a été assemblée par Hélène Costa.

Gravure de mode, Musée Provençal

du Costume et du Bijou  © A.E

Le musée est situé dans l’Hôtel particulier de Clapier-Cabris, ancienne demeure de la Marquise de Cabris, sœur de Mirabeau. Un emplacement d’une grande valeur qui devrait donc attirer les visiteurs. Mais à ma grande surprise, personne. Personne dans le musée si ce n’est une gardienne faisant office d’hôtesse d’accueil, ravie de nous accueillir en ce lieu visiblement déserté. Deux euros, seulement deux euros pour accéder à ce patrimoine qui n’a sûrement pas plus de valeur aux yeux des Grassois.

C’est donc en terrain inconnu que je monte le grand escalier central du musée, un lustre éclaire cet espace sombre. En entrant dans la première salle, je découvre sur une estrade une scène de vie : deux femmes provençales, dans une cuisine, habillées de leur robe, coiffe et tablier en dentelle. A la manière d’un musée de Folklore, les deux personnages sont mis en scène de façon à illustrer et conserver l’image de coutumes provençales. Un écriteau explique l’histoire des dentelles, de la fabrication manuelle à celle mécanique. Il s’agit d’un long texte, que je ne lis qu’en diagonale tant mes yeux sont rivés sur la minutie des détails apportés à la dentelle des costumes.

Je poursuis ma visite dans une pièce, dont la scénographie m’intrigue. Des mannequins sont disposés de manière aléatoire, ces femmes elles-mêmes placées sous de grandes cloches cylindriques en verre. L’idée me paraît intéressante en ce qu’elle m’évoque la mise en flacon d’un parfum. Une scène du film « Le Parfum » me vient également à l’esprit, lorsque la femme est enfermée par Grenouille dans un cylindre de verre pour en distiller son odeur. Je m’interroge néanmoins sur la vocation de ce dispositif, le propos du musée n’ayant pas de rapport direct avec le thème du parfum. Vous me direz que je vois un lien là où il n’y en pas, que l’esprit de Grasse agit sur moi, distille dans mon inconscient sa trace et me pousse à faire cette relation directe alors que le scénographe n’y avait pas pensé.

           

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Décor du film Le Parfum de Tom Tykwer © A.E  

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Mannequins sous « cloches » © A.E

La conservation des costumes est certainement à l’origine de ces dispositifs, ils sont préservés de tout contact avec les visiteurs. En cela, j’y vois une nouvelle ressemblance aux cloches de mariées qui visaient à préserver le bouquet de la mariée. Si cela provoque par conséquent une distance entre le contenu de ce musée et le visiteur, ce dernier peut cependant apprécier le vêtement sous toutes ses coutures en tournant autour de ces cylindres et ainsi observer tous les détails de la dentelle. Un jeu de lumière donne lieu à l’appréciation des mouvements du textile, les plis, bien que ces mannequins soient figés. Chacun représente l’habit typique d’une région à un moment donné. Toulon, Grasse, le Gard, Marseille, le Var … la collection illustre une richesse tant dans le nombre de costumes conservés que dans la diversité des villes représentées. Des gravures de mode accompagnent chacun des cartels et situent le costume dans son époque. Cela m’évoque immédiatement les gravures de Paul Iribe dans l’ouvrage Les robes de Paul Poiret racontées par Paul Iribe, par le dessin de femmes de la bourgeoisie posant dans  leurs riches tenues.

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Gravure de mode, Musée Provençal du Costume et du Bijou  © A.E

Je poursuis ma visite en déambulant dans ces pièces qui parfois présentent des scènes de vie préservant les vêtements portés derrière des paravents de verre, suggérant l’intimité de ces dames ainsi que la préciosité de leurs vêtements. Sur les murs sont inscrits des proverbes comme une voix narrative invitant à poursuivre la visite.

Le décor change dans la salle dédiée à la présentation des bijoux provençaux : salle carrée sans source de lumière naturelle, où l’éclairage joue un rôle primordial. Un imposant lustre vient éclairer la vitrine centrale qui présente tout en longueur des parures et boucles de ceintures en argent. Sur chacun des murs sont alignées des vitrines encastrées. Il s’agit en quelque sorte de petites boîtes profondes où la lumière n’éclaire que le bijou. Ce procédé accentue ici encore la préciosité et une forme d’inaccessibilité pour les visiteurs. Paradoxalement, des cartels sont disposés sous ces vitrines de façon à révéler les techniques de fabrication de ces bijoux, ou bien leurs usages, leurs valeurs, leurs symboliques etc…

https://4.bp.blogspot.com/-h7Vqyt77kgE/WH30am-6isI/AAAAAAAADGg/AZ7p7U74iG0bD5_ZVXX2M4kRYApq4X3oACLcB/s320/15879139_10211923657873570_1020417813_n.jpghttps://4.bp.blogspot.com/-wdR25f_6SRY/WH30gBj16pI/AAAAAAAADGk/_-6KuuDLTjYpkeWzqm3KqvGhDpPOXHJjgCLcB/s200/15841000_10211923668233829_1054901453_n.jpg

Salle des bijoux et vitrine murale © A.E

La visite se termine sur une touche graphique discrète où l’on perçoit les silhouettes de Provençales peintes au mur du dernier couloir, lui-même percé de fenêtres offrant un dernier regard sur les mannequins de la salle « des cloches en verre ».

Un sentiment me traverse : la distance établie entre le visiteur et le contenu de cette collection mise sous verre est-elle à l’image de la méconnaissance du public vis-à-vis de ce musée ? En effet, les dispositifs de présentation ne permettent pas au visiteur de s’approprier le contenu du musée, tant les objets semblent préservés de tout contact. De la même façon l’absence de communication autour de la structure ainsi que son emplacement peu connu créent une réelle distance entre les visiteurs et le musée. Quelles techniques pourraient être mises en œuvre, par le biais d’une médiation par exemple, pour attirer davantage de visiteurs ? Quel est l’intérêt d’installer un musée d'artisanat dans une ville qui en possède déjà un autre très connu, pourquoi ne pas l'installer dans une autre commune ou voisinant celui du parfum pour inciter les gens à le visiter ?

Anna Erard

#grasse

#muséeprovençalducostumeetdubijou

#costume

Hiding Figure

Il est des expositions qui marquent. Des artistes que l’on découvre. Des œuvres que l’on oublie puis qui se rappellent à notre bon souvenir. Ce dimanche je triais mon dossier « photos d’expositions »quand mon objectif dominical a pris une toute autre tournure. J’ai retrouvé une œuvre. J’ai retrouvé une œuvre que j’ai vue, aimée puis oubliée. C’était il y a cinq ans, un samedi de Novembre, l’exposition Storm à la galerie Emmanuel Perrotin. C’est là que j’ai découvert le travail de l’artiste américain Daniel Arsham. Là que j’ai découvert Hiding figure

L’année 2012 marque les vingt ans du cyclone Andrew, événement qui inspire le titre de l’exposition et laisse indéniablement sa trace sur les œuvres qui y sont exposées.

Et sil’artiste met en scène un monde glissant comme emporté dans la chute des mursnous entourant c’est que son œuvre est profondément marquée par un événementtraumatique : le cyclone dévastateur qui toucha Miami en 1992. L’artisteavait douze ans. Il parle de cet évènement en ces termes « Ce fut ma première expérience avec ce qu’ily a à l’intérieur des murs : ils sont construits de manière à ce qu’onimagine que les buildings tiendront toujours debout, alors qu’en fait il y atous ces déchets à l’intérieur d’eux ».

Cettesculpture en trois dimensions a tout de la momie, de l’installationfunéraire ; elle représente un homme pris dans un voile, plaqué de doscontre le mur, seules ses chaussures dépassent. Daniel Arsham raconte cetteanecdote à propos de son œuvre : les gens l’ayant vu dans son atelier onttous pensé à Han Solo (Star Wars) piégé dans de la carbonite.

Daniel Arsham, Hidingfigure, 2012, fibre de verre, tissu, peinture, chaussures

Exposition Storm,galerie Emmanuel Perrotin, Paris, 3 Novembre – 22 Décembre 2012

C’est lanotion de piège qui est ici intéressante. Absolument tout le monde est impactépar cette œuvre ; le génie de Daniel Arsham est ici d’arriver àcréer/représenter/déclencher, de manière universelle et automatique la phobie.L’approche première de cette œuvre est donc « phobique » : ledrame visuel qui se joue sous nos yeux nous pousse à imaginer l’agonie parsuffocation du personnage.

Une idée delutte prédomine dans cette installation, elle découle de la violence aveclaquelle le personnage est plaqué par le drapé, les bras et les piedslégèrement écartés. La phobie peut être universelle mais ses raisons d’êtresont propres à chacun, ainsi cette installation appelle à une introspection. Cen’est pas par hasard si elle a déjà été mise en scène avec un danseur à ses côtés.Quoi de plus introspectif que l’exécution d’un pas de danse ? Que le choixde ce pas et pas d’un autre ?

D’ailleursmalgré l’universalité de son impact, c’est bien introspectivement que cetteœuvre a été conçue : le moule du mannequin est réalisé sur l’artiste, ilest la continuité, l’alter égo de Daniel Arsham. Tout de suite, on va doncsituer l’œuvre comme l’expression du traumatisme subi lors du cyclone, et bienqu’indéniablement cette œuvre soit en lien avec cet événement il me semble quesa lecture n’est pas si évidente que ça.

En effet,lorsque Daniel Arsham s’exprime sur le positionnement de la figure il utilisele terme « hide » ou« cacher » en français. Lanotion de « cacher » fait automatiquement référence à la notion de danger mais aussi et surtout à la notionde refuge.

Selon lesdires de Daniel Arsham, la figure serait donc « cachée derrière la surfacedu mur », ces mêmes murs, si fragiles qui se sont effondrés et n’ont surésister au cyclone lui ayant presque ôté la vie. En quelque sorte, c’est àcause de la fragilité de ces murs que l’artiste a failli mourir à l’âge dedouze ans. Pourquoi donc les considère-t-ils comme un refuge ? Pourquoiles met-ils en scène comme le refuge de ce personnage plaqué, presque avalé pareux ?

Peut-êtreparce que Daniel Arsham à grandit et que cette date anniversaire marque sinonle surpassement de son traumatisme, son acceptation. Comme une sorte deréconciliation.

Peut-êtreaussi que ce surpassement est le signe de l’amour inconditionnel que l’artistevoue à l’architecture et la confiance qu’il lui porte.

Puisque DanielArsham considère l’architecture, et donc, ce mur comme « la forme la plus durable et la plus significative »alorsHiding figure serait -à notre plusgrande surprise et contre notre première impression- l’œuvre la plus positivede l’exposition Storm, la seule àévoquer un refuge au milieu du chaos. Il arrive d’être dupé par ses sens, soninstinct.

H.F

#artcontemporain

#architecture

#sculpture

Immersion au Musée Léon Dierx à la Réunion.

Bienvenue à tous sur l’île de la Réunion. Je vous invite à découvrir le musée des beaux-arts de ce département : le Musée Léon Dierx, du nom d’un peintre et poète réunionnais, qui a ouvert ses portes en 1912. Cette institution culturelle prend place dans l’ancien évêché de Saint-Denis, chef-lieu de la Réunion, au sein de l’emblématique rue de Paris.

L’entrée du Musée Léon Dierx, © LK

Bienvenue à tous sur l’île de la Réunion. Je vous invite à découvrir le musée des beaux-arts de ce département : le Musée Léon Dierx, du nom d’un peintre et poète réunionnais, qui a ouvert ses portes en 1912. Cette institution culturelle prend place dans l’ancien évêché de Saint-Denis, chef-lieu de la Réunion, au sein de l’emblématique rue de Paris.

Sa collection permanente abordeles courants propres au 19ème siècle. Le parcours y estchronologique (le romantisme, l’école de Barbizon, l’impressionnisme etc) etthématique (le nu, les marines, le paysage urbain etc). Ces peintures relèventde  deux genres principaux, les portraitset les paysages. Les collections du musée, hors réserves, sont actuellementdotées également de sculptures et d’estampes. Les collectionneurs et marchandsd’arts, pour la majorité réunionnais, qui ont enrichi le musée, ayant beaucoupvoyagé, les paysages et les portraits proviennent de divers pays. Vous pouvezdécouvrir des œuvres de Cézanne, Chagall, Picasso, Gauguin, Valtat, Redon…

 

Une salle de la collection permanente du Musée Léon Dierx, © LK

L’espace du musée mesure environ700 m2. Ce musée de petite taille entraîne un confort de visite et l’intimitéd’une maison. Il est appréciable de s’y promener. Le musée est entouréd’un jardin très agréable, foisonnant de plantes locales. Le Musée Léon Dierxpropose chaque année environ trois grandes expositions temporaires et deuxpetites. Les expositions ont toujours un lien avec l’art d’aujourd’hui. Ledirecteur et conservateur du musée souhaite, en effet, mettre en avant lacréation artistique réunionnaise et au-delà de l’Océan indien. Le musée appuiele propos d’une création actuelle en lien avec la société.

Le jeudi 2 juillet,nous avons accueilli plus de 500 visiteurs à l’occasion du vernissage de lanouvelle exposition : L'Envers de l'île. Cette exposition tissedes liens entre l’art contemporain réunionnais et les archives anciennes, entrecollections publiques et privées, entre artistes formés aux beaux-arts etautodidactes. Elle présente des œuvres qui ont été réalisées sur l’île de laRéunion, à des périodes très différentes. L’exposition est dédiée à tous, aux personnes qui connaissent l’île enprofondeur, aux personnes qui rêvent de la découvrir. Elle se prête à provoquerun dialogue entre les visiteurs sur leur perception de l’île. La pluralité desœuvres est vouée à intéresser chacun, entre photographies, peintures, dessins,sculptures, installations…

 

L’entrée de l’exposition, avant l’arrivée de visiteurs © LK  

    

Durant le vernissage, © LK 

  

   

La scénographie del’exposition nous emmène à la découverte et à l’ouverture dans cette île auxmultiples facettes. L’exposition se compose de différentes salles, toutesouvertes. La visite peut s’effectuer avec calme et légèreté. Nous pouvonsressentir une grande liberté en arpentant les espaces.

Des salles ouvertes, unsens de visite libre ©LK

Au fur et à mesure nousen découvrons davantage sur l’île depuis l’extérieur jusqu’à l’intérieur, pourarriver en son cœur. L’exposition nous dévoile d’abord le territoire et lareprésentation que nous pouvons nous faire de la Réunion : photographies duPiton de la fournaise et côtes terrestres, installation entre nuages etmontagnes, cartes et dessins représentant le territoire de l’île de la Réunionetc.

 La Réunion, entre ciel et terre : unterritoire aux représentations communes©LK

Notre cheminement nousentraîne plus près, à proximité de l’homme réunionnais, entre identités etpratiques culturelles plurielles. La population réunionnaise étantcomposée de personnes provenant de Madagascar, d’Inde, de Mayotte, des Comores,de France, d’Afrique et de nombreux lieux du globe. Cette richesse entraîne despratiques culinaires, religieuses, culturelles d’une grande ouverture. Cetteexposition, forte de sens, rassemble le public local autour d’un territoire.Elle reflète des fondements de cette société. Elle réunit chaque individuautour d’un patrimoine commun.

Une terre aux multiples pratiques©LK

Une terre aux multiples pratiques©LK

 Une population diversifiée et tolérante©LK

Le travail de l’artisteStéphanie Hoareau m’a particulièrement marquée. Première œuvre : une femmeâgée en résine. Certains la frôlent, d’autres l’observent. Cette femme nommée Jacqueline est une sans domicile fixe dela Réunion. Elle est assise sur un banc, dans l’attente de quelque chose quenous ignorons. Puis dans une autre salle nous découvrons Jack le fou. « Qui est-il ?» demandais-je ? On meraconte alors des légendes sur cet homme nomade qui se déplace de villes envilles, cette figure emblématique que tous les Réunionnais connaissent.L’artiste souhaite honorer ces personnes considérées comme hors normes. Leurprésence dans un espace muséal leur redonne une identité, une place dans lasociété. A travers plusieurs techniques, elle dresse les portraits desmarginalisés.

Jacqueline,Sculptureen résine et bois,2014

      

Je laisse les derniers mots à Stéphanie Hoareau :

« Chacun a croisé au détour d’une rue, d’uneplace, ou d’un bâtiment, un personnage énigmatique, toujours présent, qui sefond dans le décor.

Chacuna entendu des histoires extraordinaires sur ces personnes qui font partie desrécits folkloriques et de l’imaginaire commun des villes et des quartiers.Chacun les ignore, les observe, les craint, ou leur apporte soutien etbienveillance par compassion ou encore par empathie.

Maispersonne ne peut les sortir de leur torpeur car personne ne peut les priver dece qu’ils ont de plus cher : leur liberté». 

                

                                                                                                                                         Lilia Khadri

En savoir plus :

http://www.cg974.fr/culture/index.php/L%C3%A9on-Dierx/pr%C3%A9sentation-dierx/musee-leon-dierx.html

                                                                           # Beaux-arts

# Identité

# La Réunion

La Chartreuse de Douai, un musée à la médiation exemplaire

La Chartreuse de Douai est un musée de beaux-arts municipal. Nous pouvons y accéder en franchissant un portillon et un petit parc recouvert de gravier blanc et de végétaux variés. Là nous découvrons une architecture très authentique qui nous invite à entrer dans ce bâtiment, ou plutôt monument. L'architecture est une partie prenante de ce lieu attrayant. Une des caractéristiques de ce musée est qu'il est installé dans un ancien couvent. Les noms des salles ont d'ailleurs été conservés tels quels : le petit cloître, le réfectoire, la sallecapitulaire, et la chapelle.

Ce musée possède une large collection de peintures, sculptures, orfèvrerie et objets d'arts. Il s'inscrit dans un scénario chronologique, entre néo-classicisme et réalisme et parcourt diverses contrées.

Il prend en compte l'accessibilité tarifaire : le tarif réduit est de seulement 2,30 euros et le plein tarif est de 4,60 euros. Ceci est plutôt rare et permet d'attirer davantage le public ! Puis, pour chaque personne, des visites guidées gratuites sont organisées chaque premier dimanche du mois, ce qui permet au public d'appréhender les collections sous divers angles. 

Une architecture incontournable

© http://www.musenor.com/Les-Musees/Douai-Musee-de-la-Chartreuse 

            L'équipe de médiateurs, qui sontconférenciers ou plasticiens, est composée de six salariés très investisdirigés par une chargée des publics ancienne infirmière anesthésiste ! Ce quiest plutôt atypique ! Les médiateurs créent des contenus, des activités et desvisites à destination du public scolaire et adulte et également à destinationdu public handicapé, hospitalier et pénitentiaire. Chaque personne est prise enconsidération et trouve sa place au sein de cet espace culturel.

 De nombreux musées se cantonnent souvent à desactions culturelles envers les scolaires et les groupes d'adultes. Ici le muséesaisit l’idée de démocratisation culturelle tout en l’élargissant. Il valoriseses collections en les proposant à une palette de publics très large. Malgrédes périodes difficiles et un budget qui est plus faible que celui de grandsmusées nationaux, le musée est fort de propositions très attractives enverschacun.

Le musée propose sesactivités à de nombreux acteurs tels que les associations, les comités d'entreprises,les centres sociaux et les centres de formation, les centres hospitaliers etles maisons d'arrêt. Il souhaite toucher un public vaste et créer despartenariats forts avec ces institutions. Les projets proposés sont d'ailleursadaptés selon la demande de ces lieux.

            Le public peut suivre desvisites-conférences pour découvrir l'exposition temporaire et l'expositionpermanente, à travers des thèmes variés ce qui permet au public de comprendredivers points de vue et aux médiateurs de varier leurs visites quotidiennes. Certainesvisites se déroulent en langue des signes. Le public peut suivre des activitésmais aussi en devenir l'acteur ! Les personnes qui ont subi des séjoursdifficiles en hôpital psychiatrique peuvent voir leurs œuvres, créées durantl'année avec les médiateurs, exposées au sein du musée à côté des œuvresd'artistes renommés et cités. Une exception ! L’art ici est une thérapie à partentière. Autre action menée : les détenus peuvent participer à uneexposition au sein des prisons et présenter leurs œuvres aux autresdétenus.

Le cloître : lieu d'expression des publicsCrédits : Lilia Khadri 

Les projets à destination du public handicapésont à long terme, sur l'année, ce qui permet de mieux s'approprier lescollections et de créer un lien fort avec l'art et le lieu.

Pour les malvoyantsle musée a créé le musée au bout des doigts en s'appuyant sur lepatrimoine architectural du lieu qui est intéressant à explorer. Pour cela unemaquette tactile a été créée, elle comprend la distribution des salles maisaussi les époques de construction. De nombreux musées implantés dans ce type delieu patrimonial pourraient s'inspirer de ce dispositif. De plus les personnesmalvoyantes peuvent tout de même découvrir des œuvres du musée, durant desvisites au sein desquelles le médiateur présente une collection d'œuvres qu'ila choisi, à travers des tables d'orientation accompagnées de commentaires audioet des équipements en braille.

Le public ensituation de handicap mental est confronté lors d'évènements aux notions detemps, corps ou encore beauté.

De plus, ce muséed'arts visuels propose des activités qui touchent d'autres arts tels que lesarts du spectacle vivant. Notamment, au sein de la chapelle des sculptures,ornée par une lumière et un calme quasi-religieux, des performances contemporainessont proposées, le public peut y participer. C'est une opportunité sympathiquede pouvoir contribuer à une expérience de ce type, dans un tel environnement.Certains concerts sont proposés durant les beaux jours. Pour le public de latranche d'âge 4-12 ans le musée suggère aussi l'art de l'écrit, à travers lesateliers contes, et  les arts plastiquesà travers différents ateliers. 

 La chapelle du musée Crédits :Lilia Khadri

  

Ce que chaque visiteur peut retenir de sa visite au sein de laChartreuse est l’architecture remarquable, la collection très variée et mise envaleur, et un musée compréhensible par tous !

Lilia Khadri 

En savoir plus : 

- http://www.museedelachartreuse.fr/

 

# Musée pour tous

# Beaux-Arts

# Région des musées

                                                                                                                              

La fable d’un éveil à l’art

Tapis de jeu de l'oie géant en l'honneur de M. Cognacq et Mme. Jay ©Emeline Larroudé

 

L’Enfancedes Lumièresse présente comme la nouvelle fable du musée Cognacq-Jay. Cette« expopour s’éveiller à l’art »s’est installée sous les combles de la structure du 12 avril au 29juillet 2018. Paris Musées en est l’initiateur, soucieux departiciper à l’éducation du jeune public et d’aller à sarencontre. Pour ce faire, cet établissement public a entrepris decréer une série d’expositions qui leur sont adressées. Destinéesà l’itinérance, elles entendent présenter des thèmes en lienavec les musées et institutions dans lesquels elles s’implantent.Ces parcours, conçus pour les enfants de 7 à 11 ans, sont confiésau commissariat d’Anne Stephan. Muséographe chargée des projets de médiation, elle s’emploie vivement à coordonner ces initiatives avec l’aide des équipes de Paris Musées et desstructures d’accueil elles-mêmes. Fruit d’échanges entre multiples acteurs, L’Enfance des Lumièresveut avant tout répondre aux attentes d’un public trop souvent délaissé.

Al’instar des enfants du XVIIIe siècle, explorons l’exposition à travers les personnages des fables de La Fontaine,auteur du XVIIe, qui ont bercé les enfants du siècle suivant.

Salle d'exposition et modules ©Emeline Larroudé

LaCigale et le Musée

« Nuitet jour à tout venant, Je chantais, ne vous déplaise.»- LaCigale et la Fourmi,Jean de La Fontaine

Le5e étage du musée Cognacq-Jay reçoit gratuitement toutes les cigales qui s’y présentent. A l’accueil du musée les attend un dépliant présentant l’exposition en cours. Des lutrins à destination des plus petits font écho à l’Enfance des Lumièresen indiquant les œuvres qu’elle emprunte au parcours des collections permanentes. D’un pas léger, elle a alors l’occasion de s’aventurer paisiblement sous la magnifique charpente des combles après (ou serait-ce avant ?) avoi rarpenté les niveaux précédents. Qu’y trouve-t-elle ? De quoi se repaître de ses plaisirs simples tout en empruntant subtilement à la fourmi pour s’approprier du contenu. Comment ? En s’adonnant à toutes les activités proposées par chacun descinq modules en place ainsi que par les trois tablettes numériques à disposition. Le champ des possibles est large et varié : de la comptine à chanter au selfie sous fond de tableau de paysage XVIIIepour satisfaire toutes les grenouilles et les corbeaux, en passan tpar de multiples dispositifs interactifs et ludiques. Le tout est articulé autour d’un jeu de l’oie géant en l’honneur de M.Cognacq-Jay. Quelle respiration au sein d’une balade muséale pour le reste très classique et contemplative, passive ! Un jardin de relaxation et de confort pour la cigale en quête de bon temps. 

Recomposition de visages enfantins issus de tableaux ©Emeline Larroudé

LeLion et les Lumières

« Ona souvent besoin d’un plus petit que soi. »- LeLion et le Rat,Jean de La Fontaine

Duplaisir, oui, mais qui passe par l’apprentissage et la connaissance. L’exposition aborde le XVIIIe siècle etle regard intéressé qu’il a posé sur le premier âge de la vie,durant lequel toute forme d’éducation est possible pour quel ’enfant devienne un bon citoyen et plus seulement un bon sujet. Ilest alors considéré pour lui-même, comme un être doué de sensations, de sentiments, et non comme un adulte miniature. Faisantsuite à une introduction sur cette enfance du XVIIIe etsa perception, quatre séquences distinctes, représentées par desmodules, permettent de traiter tour à tour les rapports à lafamille, à l’éducation, au jeu et à la santé. Chaque séquenceest illustrée par une œuvre présente dans le parcours permanent.Celle-ci est ensuite déclinée en œuvre tactile en relief, rendant accessible l’exposition aux personnes en situation de handicap visuel. Cela constitue cependant également une porte d’entrées upplémentaire au contenu pour tout un chacun, en mettant à profit le plus de sens possible pour cette découverte du temps passé. De réguliers échos sont également établis entre ce que connaîtl’enfant du XXIe, et ce qui préexistait trois siècles auparavant pour ses ancêtres à son âge. Ces rapports entre passé et présent sont bienvenus dans la mesure où ils tendent à rendrel’information moins abstraite et apportent du concret. Le visiteurse base sur sa propre expérience pour s’approprier celle de l’autre.

Activité proposée dans le dernier tiroir du module éducation ©Emeline Larroudé

LeRenard et les Modules

« Ettoi, Renard, a pris ce que l’on te demande. »- LeLoup plaidant contre le Renard par devant le Singe,Jean de La Fontaine

De grands livrets illustrés, à l’image de livres géants, approfondissent chacune des thématiques en six pages à feuilleter. Si la lecture rappelle une implication classique du visiteur qui s’en remet aux cartels, elle est essentielle. Cet incontournable se complète cependant par une mise en action systématique. Les renardssont invités à recourir à leur logique pour réaliser les nombreuxpuzzles présentés afin de reconstituer le tableau emblématique dechaque partie. Par ailleurs, une vitrine comparative les invite àfaire le lien entre ce qui relève du familier et ce qui relève presque de l’inconnu. Ces dispositifs font place dans les différents tiroirs des modules, dont les derniers permettent l’expérimentation et la pratique en proposant de s’approprier des outils, objets ou costumes. Les sens, autant que l’intuition etla logique, sont vivement sollicités. Aussi, ces activités peuventvoire nécessitent, pour certaines, de s’envisager à plusieurs. Lamise en action n’est plus solitaire mais collective, ce qui participe à l’enrichissement de cette exposition pleine d’aventures. 

 

Vitrine comparative du module jeu ©Emeline Larroudé

Commen tmieux impliquer le visiteur, d’autant plus lorsqu’il est avide d’interactivité et d’expériences, qu’en le rendant acteur ? L’Enfance des Lumières, initiatrice d’une série d’expositions lancée par Paris Musées, répond parfaitement aux attentes probablement insoupçonnées d’un public auquel peu s’adressent. Une multiplicité d’accès à l’informations’offre à lui afin qu’il saisisse et s’approprie le contenud’une exposition riche par le ou les biais qui lui conviennent.Tout comme le XVIIIe siècle s’est intéressé àl’enfant et son développement en lui consacrant une place nouvelle, cette initiative se place en digne successeuse de cesconsidérations en en faisant l’interlocuteur principal. De même,si le jeu s’est avéré être un élément constitutif dudéveloppement de l’enfant au siècle des Lumières, il est ici mis en exergue. Cohérence et pertinence se mêlent avec brio pour transmettre un message tout en exploitant le plus de sens possible. 

 

EmelineLarroudé

#enfants  

#jeunepublic

#jeu 

Pour en savoir plus :

http://www.museecognacqjay.paris.fr/fr/les-expositions/lenfance-des-lumieres

https://www.facebook.com/museecj/

http://www.parismusees.paris.fr/fr/expositions

La Halle aux Sucres, histoire d'un troisième lieu

La Halle aux sucres est une institution atypique qui regroupe en son sein le Learning center villes durables, l’Agence d'urbanisme et de développement de la région Flandre-Dunkerque, le Centre de la mémoire urbaine d’agglomérationainsi que l’Institut national spécialisé d’études territoriales. Toutes ces organisations sont liées à l’urbanisme dans un lieu résolument mis sous le signe de l’architecture, dès son entrée pensée par Pierre-Louis Faloci. A l’origine, le bâtiment était une grande halle qui servait à transformer la betterave en sucre. Aujourd’hui il est évidé et coupé en deux. Ne restent dans la nouvelle construction que les murs extérieurs. Ce nouveau lieu très moderne métamorphosé illustre le lien passé-présent-futur qui est central pour la Halle aux sucres.

L’entrée du site © Daniel Osso

Elle est également porteuse d’un regardouvert sur l’international : en effet l’exposition du Learning centeresquisse les différentes manières d’appréhender l’urbanisation dans le monde.Elle insiste sur ce qui se fait actuellement et les répercussions que celapourrait avoir pour demain. Elle évoque différentes problématiques actuellescomme le transport, l’eau ou l’environnement et questionne les manières defaire et les problèmes actuels en essayant de montrer que des solutionsexistent. 

Dunkerque est une ville parfaite pourporter ces enjeux, puisque la ville n’a eu de cesse de se renouveler au niveauurbain. On peut citer comme exemple magistral, l’opération dynamo de 1940, oùla ville s’est elle-même inondée grâce à ses wateringues [1] pour résister aux assaillants nazis. Par ailleurs, un film de Christopher Nolanportera cette histoire sur grand écran cette année  [2]. Cette opération a profondément changé la ville et son urbanisation en quelquesheures seulement, faisant de Dunkerque une ville mouvante.

Le terme anglo-saxon de Learning centerest utilisé pour désigner la double fonction du lieu : centre de ressources avec quantité d’ouvragessur l’urbanisation, espace de vie chaleureux et lieu d’apprentissage porté parl’exposition.

L’exposition pensée par la muséographeAgnès Levillain se tient sur trois étages et repose sur les problématiquessociales, environnementales et économiques que soulève l’urbanisme. Pour que levisiteur s’interroge elle le rend actif, mobilise tous les sens avec lapossibilité de sentir et d’entendre les différents bruits de la ville.

Dispositif sonore sur les bruits de la ville © MélineSannicolo

Elle évoque par exemple les différentesmanières de se déplacer en ville, en montrant divers exemples de transports etde couloirs routiers. Ainsi on apprend qu’au Brésil des routes sont réservéesaux bus, coupées du reste de la circulation. On peut voir les grandes autoroutesaméricaines remplies de voitures ou le développement des cyclistes dans le nordde l’Europe. Bien plus, elle laisse une grande place au numérique et aux médiasparticipatifs. Il est d’ailleurs dommage que ceux-ci soient sous-exploités, unmanque de témoignages empêche de les rendre lisibles. En effet, les contenusdépendent des visiteurs et utilisateurs de l’application [3] du musée, or peu d’entre eux fournissent des vidéos et photos pour rendre lesmédias participatifs, en témoignant sur leur ressenti de la ville. 

Par exempleun dispositif interactif propose aux habitants de dessiner le chemin qu’ilsfont tous les jours dans la ville de Dunkerque sur l’application : aller àl’école ; s’arrêter pour prendre des croissants ; aller au boulot ;etc. Il montrerait les différentes manières de se déplacer dans la ville avecdifférents trajets proposés. Malheureusement ce dernier n’est pas actif, carpeu d’habitants font leur « tracking » [4]. Cette absence de témoignages peut s’expliquer par le manque de visibilité del’application dans la ville et par le côté anxiogène de la notion de« tracking ».

L’exposition se lit facilement avec desillustrations immenses et de la data vision. Enfin les exemples utilisés sontsaisissants, entre dimension locale et internationale, insistant sur le faitque les enjeux d’urbanisme sont les enjeux de tous.

Un quatrième étage est destiné àl’exposition temporaire « Villes réelles, villes rêvées ». Son côtéartisanal avec les cartels écrits à la main et la scénographie en carton, luidonne un certain charme et n’enlève rien à son propos scientifique sur lesvilles utopiques. Des jeux et des livres sont disséminés dans toutel’exposition incitant à y passer la journée.

Entrée de l’exposition temporaire © Annaëlle Lecry

La Halle aux sucres est donc un lieutiers et hybride sur l’urbanisme, à la croisée du centre de documentation, dulieu de vie et de l’espace d’expositions qui s’implante parfaitement dans sonterritoire.

Océane De Souza

#Urbanisme

#Dunkerque

#LearningCenter

http://testweb.halleauxsucres.com/: le site dumusée

https://www.urbanisme.fr/: pour en savoir plussur l’urbanisme 


[1] "Ensemble des travaux de dessèchement des pays situés au-dessous du niveau de la mer, dans le nord-ouest de la France, en Belgique et aux Pays-Bas." Dictionnaire Larousse

[2] http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=240850.html

[3] http://itunes.apple.com/fr/app/la-halle-aux-sucres/id1063723812?l=en&mt=8

[4] Suivre le chemin d’une personne pour analyser son comportement, notion de marketing à la base. 

La Neue Nationalgalerie, un lieu idéal d'exposition et de conservation des œuvres ?

Sortez donc du U-Bahn Potsdamer Platz – ce cher métro berlinois- et passez devant l'édifice qui abrite la Berliner Philarmoniker (l'orchestre philharmonique de Berlin), en suivant la Potsdamerstraße, vous voilà face à un bâtiment à l'architecture étonnante mais quasi-vide.

© Camille Françoise

Vue extérieure de la Neue Nationalgalerie

Le bâtiment a été conçu par l'architecte américain d'origine allemande Ludwig Mies Van der Rohe pour abriter les collections d'art du 20ème siècle. Métal et verre, sont les principaux matériaux de ce qu'on nomme « le Temple de la lumière et du verre », le tout soutenu par des piliers d'acier donne à cette construction une allure lumineuse et épurée ; la dernière œuvre, réalisée du vivant, de MvDR est devenue un symbole de l'architecture moderne. 

Mais cette architecture intrigante pour un musée laisse place à de nombreuses questions relatives à la conservation des œuvres.Comment est-il  possible de concilier conservation des œuvres et expositions aux publics avec un édifice laissant une place aussi déterminante à la lumière ?  

Vueintérieure de la Neue NationalgalerieCrédits : Camille Françoise

L'entréeet la salle supérieure (espaces très lumineux) ne peuvent pas sepermettre d'abriter tous les types d’œuvres. Le placementdes œuvres se fait, donc, en fonction de la conception du bâtiment qui n'est pas adapté aux contraintes de conservation.La Neue Nationalgalerie fait donc le choix de mettre en place desexpositions temporaires avec une scénographie adaptée à cetespace. Il s'agit ainsi de réaliser des cimaises protégeantl'intérieur de l'exposition et ses œuvres de l'extérieur trèslumineux mais également des installations qui nenécessitent pas une prévention aussi soignée.

Ilest vrai que le bâtiment est un délice pour les yeux, mais c'est audépend de la mise en valeur d'une partie des collections. Il estdonc obligatoire de créer une scénographie en cimaises englobantespour protéger les œuvres ou de mettre des œuvres inaltérables, etcette obligation à un prix. Cependant, le reste du musée est penséen opposition à la lumière puisqu'il faut descendre dans le ventredu musée pour découvrir le reste des collections. C'est l'étage inférieur abrite les principales collections du 20ème siècle.  

Lux et Oriente 1959© Adolph Gottlieb

Lessalles sont présentées par thématique. La première nous ouvre lesportes de la collection par une vision d'après-guerre avec le nom« les arlequins fous devant les ruines de la guerre »donnant à voir des œuvres de Wols, Hans Grundig ou encore HeinrichEhmsen. Cette première salle est la seule qui propose une scénographie des œuvres, différente. En effet, le visiteur peuttourner autour des œuvres puisqu'elles sont encadrées par deuxlongues barres en métal verticales et disposées de manièrefaussement aléatoire. Les thèmes ne répondent pas à un standardmais plutôt à un sujet particulier ou sur un mouvement comme onpeut le voir avec la salle « peinture informelle » avecdes œuvres de Soulages, Tapies, Gottlieb, Yves Klein. Onpeut également y voir des œuvres des Nouveaux Réalistes, deWarhols, Bacon, et autres artistes de référence.

Cetédifice qui interroge sur les enjeux de l'architecture muséale, estun endroit complexe, jouant sur l'horizon vide jeté aux yeux duvisiteur au premier abord, contrastant avec l'image du Musée« collectionneur de la profusion » et questionnanttoujours sur la prise en compte des contraintes de conservation et des véritables volontés de l'architecte.

CamilleFrançoise

 Neue Nationalgalerie

La part d’ombre d’une icône - L’exposition Warhol : Life, Death and Beauty

Pour marquer la réouverture de ses bâtiments au public, le BAM de Mons a frappé un grand coup en exposant l’un des plus célèbres artistes du XXème siècle : Andy Warhol. Ouverte jusqu’au 19 janvier 2014, cette exposition inédite, produite par le Musée Andy Warhol de Pittsburgh, présente plus de cent-quarante œuvres de l’artiste américain dans les espaces entièrement rénovés du musée.

J’entends déjà marmonner derrière vos écrans : «Encore une exposition blockbuster sur Warhol…». Oui, si vous vous rendez au BAM de Mons, vous allez pouvoir admirer, ou réadmirer, les célébrissimes sérigraphies de Marylin Monroe, de Jacky Kennedy ou encore les mythiques boîtes de soupe Campbell's. Life, Death and Beauty est une immanquable occasion de découvrir ou de redécouvrir les œuvres majeures du grand maître du Pop art mais pas seulement. La grande majorité des œuvres exposées au BAM sont inédites et méconnues du public provenant de musées internationaux ou de fonds de collectionneurs belges. Andy Wahrol est de ces artistes que nous pensons tous connaître et pourtant…

Andy Warhol estperçu pour beaucoup comme un artiste du showbiz, intéressé par l’argent, lanotoriété, la gloire mais, sous la couche de couleurs acidulées, de pailletteset de célébrités, se cache le travail d’un artiste complexe, fragile, d’unhomme obsédé et terrifié par la mort, par le temps qui s’échappe. GianniMercurio, spécialiste de l’art américain et commissaire de l’exposition,ne propose pas unerétrospective sur l’artiste mais une exposition aux thématiques originales quiapportent un nouvel éclairage, une nouvelle compréhension de ses travaux.

Le Pape du Popart et ses icônes

The Last Supper, Andy Warhol, 1986

©The Andy WarholFoundation

 for the Visual Arts

La singularitéde cette exposition réside dans les thématiques choisies et dans le corpusd’œuvres sélectionné. Vous serez sans doute étonné de découvrir la place énormequ’occupaient la religion et la spiritualité dans le travail de l’artiste. L’unedes salles de l’exposition, au rez-de-chaussée, est consacrée à cet aspect. AndyWarhol était en effet un homme très croyant. Les référencesreligieuses fusent dans nombreuses de ses productions, parfois de manièreévidente, parfois de manière plus subtile. J’ignorais qu’Andy Warhol avaittravaillé sur le thème de la Vierge à l’Enfant, sur l’image du Christ ou encoresur le symbole de la croix. L’image du Christ entouré des apôtres a obsédé l’artistetout au long de sa vie. Vous pourrez notamment découvrir quelques exemplairesd’une longue sérieréalisée quelquesannées avant sa mort intitulée The LastSupper. L’artiste revisite à la sauce Pop La Cène de Léonard de Vinci à partir d’une reproduction papier de l'oeuvre. Andy Warhol varie les couleurs, camoufle les personnages, déchire,triture cette scène biblique en plus d’une centaine de versions. 

Les mythiques sérigraphies de Marylin Manroe © Avpress

Mais c’est aussi lorsqu’AndyWarhol tire le portrait sérigraphié de célébrités que la spiritualité serévèle. Qu’elles soient religieuses ou commerciales, l’artiste s’intéresse auxicônes. Marylin, icône de son temps, apparaît figée pour l’éternité dans uneexpression sans relief ni profondeur. Elle devient un motif, une image, presqueun symbole. Placée sur un fond abstrait et coloré, l’image de Marylin rappelle celle des icônes religieusespeintes sur les panneaux de bois des églises orthodoxes.

L’obsession de la mort / Memento Mori

Self-portrait with Skull, Andy Warhol, 1978 © The Andy WarholFoundation 

for the Visual Arts

Life, Deathand Beautyest un titreparticulièrement bien choisi qui exprime parfaitement la triade thématique quisous-tend le travail d’Andy Warhol. La mort a côtoyé la vie del’artiste, dès son enfance, avec la disparition de son père, la perte denombreux de ses amis et sa tentative d’assassinat. Deux autoportraits exposésau BAM montrent Andy Warhol mis en scène d’une manière extrêmement inquiétante.Il y simule une scène d’étranglement et, sur le second, l’artiste se figureaccompagné d’un crâne d’une manière trèsshakespearienne.

Lamort est pour Andy Warhol à la fois un sujet et un motif. Elle apparaît avecviolence dans Electric Chairmontrantune chaise électrique, instrument de supplice moderne, ou encore dans la série Disaster. Elle devient motif esthétiqueavec la série Skulls,œuvres quis’apparentent à des vanités modernes.Et, si l’on songe un instant aux sérigraphies de célébrités comme JackieKennedy ou Marylin Monroe, Andy Warhol dresse le portrait de personnalitéscomplexes et torturées sonnant comme des « Memento mori ». Ces deuxfemmes ont toutes deux connu un destin aussi glorieux que tragique. Les couleurscriardes de leurs portraits, leurs images souriantes, cachent en réalité un granddésarroi. L’exposition m’a fait réaliser qu’Andy Warhol n’est pas seulement « l’artiste du consumérisme ». L’ensemble de son travail a une gravité que j'ignorais.

Skulls, Andy Warhol© Sami Belloumi –Voix du Nord

Life, Death and Beauty est une expositionréussie. Elle permet au visiteur à la fois de voir ou revoir les œuvres d’undes maîtres sacrés de l’art contemporain, mais aussi de découvrir l’universintriguant, étrange et fascinant d’Andy Warhol. Les œuvres du « sacré »Andy Warhol sont d’ailleurs scrupuleusement surveillées par les gardiens du BAM(peut-être un peu trop). Une atmosphère étrangement spirituelle se dégage decette exposition. Life, Death and Beautydonne à voir de nouvelles facettes d’un artiste aux mille visages et profondémenthumain.

L’exposition donne un belavant-goût de l'événement Mons2015-Capitale Européenne de la Culture et des futures expositions du BAM. Le musée a résolument choisi de proposer desexpositions de grande ampleur à portée internationale. La prochaine grandeexposition sera consacrée à un artiste mythique du XIXème siècle : Vincent van Gogh. En attendant janvier 2015 >> Mons - Capitale Européenne de la Culture 2015

Astrid Molitor

Pour en savoir plus :

Andy Warhol. Life, Death and Beauty - Exposition inaugurale de réouverture du BAM

Vidéo Arte.tv

#exposition

#Warhol

#BAM

La place du radiateur et la place de l'oeuvre

Le musée de la photographie de Charleroi est un beau musée.

Si on pouvait installer le chauffage au plafond par toile tendue, le musée de la photographie de Charleroi serait un très beau musée.

Oui, voilà, tout est beau, tout est propre, tout est lisse mais les radiateurs, eux, font tâche. Parfois peint, caché derrière une grille ou perché au dessus de nos têtes, le radiateur est et doit absolument être dissimulé. On pourrait en déduire une formule infaillible : belle collection + radiateur caché = beau musée.


Radiateur peint au Musée de la photographie, Charleroi.

C’est le cas, à Charleroi. Installé dans un anciencloître, le musée s’est agrandi en 2008. Une belle réalisation architecturaleest venue se greffer à l’ancien pour accueillir les nouvelles œuvres photographiques,dont les tirages sont de plus en plus grands.

Cette extension est pour le musée l’occasion derepenser l’organisation, le flux des visiteurs, leurs déplacements dans chaque espace d’exposition,l’accueil, la cafeteria, l’auditorium, la bibliothèque et même le parc. Tout est pensé pour faciliter une circulation fluide,sans obstacle, où l’on ne pense qu’aux œuvres. Mais voilà, les radiateurs c’estplus compliqué, toujours là où on ne les attend pas ceux-là. La place duvisiteur, OK. La place de l’œuvre, OK. La place de la technique, derrière.

Pourtant, ce qui fait la richesse d’une mise enexposition, temporaire ou permanente, c’est davantage l’interaction entre cestrois acteurs que la place de chacun. Ainsi, dans chaque partie du musée, l’œuvre fait face au visiteur. Celui-ci laregarde, celle-ci le regarde. Droit dans les yeux,  face àface, comme figés dans le même cadrage, le visiteur et l’œuvre sont en tête àtête.

Le musée en tant que contenant est pourtant bien loind’être une simple boîte à chaussure, ou même un « white cube »idolâtré par les musées d’art contemporain. L’ancien cloître a été rénové avecsoin, son charme est intact. Les parquets qui craquent sous nos pas nousrappellent au temps passé, comme une vieille maison qui grince et dans laquelleon retrouve de vieilles photos jaunies. La partie récente du bâtiment offretout autant aux usagers. Les jeux de volumes et de lumière, créent des espacesriches et travaillés.

Mais voilà, reste l’obsession du « lisse » et du« beau ». A force, le musée semble figé comme placé sous son plusbeau profil en attendant qu’on lui tire son portrait. Paradoxalement celui qui bouge là-dedans c’est lui,le fameux, le gênant ; le radiateur. Contrairement à l’œuvre fixéeinexorablement au milieu du mur blanc, le radiateur explore l’espace muséal. 

Le radiateur explore l'espace tandis que l’œuvre reste fixe.

Et si c’était l’inverse ? Si on réinventait chaque fois, la relation entre l’œuvreet le visiteur. Si l’œuvre bouge et que le radiateur reste fixe ? lequeldes deux sera le plus mis en valeur ?

L’œuvre explore l'espace muséal tandis que le radiateur reste fixe.

Cette question bien qu’anecdotique révèle une obsession de la perfection,du beau. A l’origine, le musée et les beaux-arts étaient des notionsfondamentalement liées. Malgré l’élargissement de la notion d’art et lerenouvellement des musées, une « tenue correcte exigée » semblepersister dans les espaces d’exposition. Belle réalisation, le musée de laphotographie, pourrait presque être un lieu de vie et d’animation. Le parc dumusée, où l’on peut se promener, mais où l’on ne peut pas amener de musique, nid’animaux, montre que ce beau musée n’est prêt à transformer en lieu d’action culturelle plus qued’exposition.

L’extérieur est présent à chaque recoin du musée maisrien ne semble bouger à l’extérieur, fixe comme les paysages captés surpellicule. Les possibilités sont là, le carcan aussi. Alors, les radiateursrebelles du musée de la photographie de Charleroi sont des précurseurs d’unelibération créatrice, saccageant la pureté et libérant les espacesd’exposition !

Oiseau en sticker collé sur une vitre dans la caged’escalier, musée de la photographie, Charleroi.

En 1929, au Bauhaus de Dassau, un radiateur étaitexposé, comme chef d’œuvre du génie moderne et industriel, dans la caged’escalier principal de la prestigieuse école d’art. Les révolutions prennentparfois du temps !

Margot Delobelle

#scénographie

#photographie#musée

La Tour Abbatiale : un musée de territoire témoin d'une historie locale

Situé à une quinzaine de kilomètres de Valenciennes, le musée municipal de Saint-Amand-les-Eaux est abrité dans la tour de l’ancienne église abbatiale. Cet édifice du XVIIème siècle, classé Monument Historique depuis 1846, a subi d’importantes rénovations de 2004 à 2012. Le musée bénéficie d’un cadre remarquable, et tient à conserver cette vocation intellectuelle et créative qui a fait la renommée de cet ancien édifice religieux influent.

Musée de la Tour Abbatiale © Idhem Mehdi

Des expositions temporaires qui traitent de l’histoire de la commune :

La visite débute dans la salle Lannoy, attenante à la boutique, et abritée sous une voûte sculptée en pierre. C’est ici que sont présentées les expositions temporaires tout au long de l’année, en rapport avec les collections permanentes, ou dans la continuité de la programmation culturelle municipale. Ces expositions abordent des thèmes particulièrement variés : art moderne et contemporain, faïences, histoire de l’édifice entre autres.

Celle qui s’y déroule actuellement depuis le 8 octobre 2016, et qui s’achèvera le 31 décembre 2016 s’intitule : « Par les Villes et les Champs, Regards d’artistes sur la vie quotidienne dans le Nord (1890-1950). » Le second volet de cette exposition est présenté au Musée d’Archéologie et d’Histoire Locale de Denain depuis le 19 octobre 2016, et jusqu’au 8 janvier 2017. Cette exposition temporaire traite des évolutions économiques et sociales ayant marqué la région au cours des XIXème, et XXème siècle.

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« Par les Villes et les Champs » © Ville de Saint-Amand-les-Eaux

En particulier la révolution humaine et paysagère propres à l’industrialisation, et son impact auprès de l’artisanat et de l’agriculture. Le parcours, qui ne propose pas de sens de visite spécifique, expose essentiellement des peintures à travers des parties thématiques. Quelques sculptures et objets sont aussi à découvrir, notamment un jeu de logique ancien. Les peintures présentent des scènes de genre de l’époque, et relatent des instants essentiels de la vie quotidienne.

L’exposition tient à refléter cette sensation de « bon vieux temps » auprès du visiteur contemporain, à travers une reconstitution qui placent ces œuvres dans leur contexte historique. La scénographie est sobre, et tient à mettre naturellement en valeur le style architectural de l’édifice. La couleur rouge des cimaises valorise les œuvres exposées, et renforce le message chaleureux véhiculé au travers des tableaux. Les choix en matière de lumière privilégient un éclairage doux, ce qui rehausse l’architecture du bâtiment.

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Salle d’exposition temporaire © Lucie Taverne

Parmi les peintures exposées, la plupart proviennent de collections de musées de la région, parmi lesquelles : le Musée diocésain d’art sacré de Cambrai, le Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, le Palais des Beaux-Arts de Lille, ou encore la Piscine de Roubaix. Ces prêts participent au succès de cette exposition, qui est sans doute l’une des plus importantes parmi celles présentées à la Tour Abbatiale.

Une collection permanente qui révèle un savoir-faire traditionnel :

La suite de la visite se poursuit à l’étage de la tour, où sont présentées les collections permanentes du musée municipal. Elles se sont constituées au début des années 1950 autour de la céramique amandinoise, avec plus de trois cent pièces de faïences du XVIIIème siècle. Une première salle expose des faïences anciennes et contemporaines, de même que leur technique de fabrication. Ces pièces témoignent de la renommée de la tradition céramique à Saint-Amand-les-Eaux, marquée par l’implantation de manufactures de porcelaine au sein de la ville à partir de 1705.

En effet, la commune disposait d’un environnement adéquat à l’installation d’une usine de faïence : un réseau routier qui facilitait le transport de la porcelaine, et la présence d’une forêt à proximité, permettait de disposer facilement de bois pour les fours. Une seconde salle, située sous une voûte à arcs brisés, présente des œuvres consacrées à l’histoire de l’abbaye. Sont aussi exposées des peintures et sculptures religieuses du XVIème au XVIIIème siècle des anciens Pays-Bas du Sud ; ainsi que des objets en lien avec l’art campanaire (claviers, cloches).

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Salle d’exposition permanente © Tripadvisor

Les restaurations récentes sont relativement visibles, puisqu’aucune trace de dégradations biologiques, humaines ou de sinistres sont à constater. Ce qui prouve à quel point l’édifice est bien entretenu en termes de conservation préventive. De même que pour la salle d’exposition temporaire au rez-de-chaussée, les choix scénographiques misent sur la sobriété, de sorte à ne pas dénaturer les décors sculptés de la tour abbatiale. Les céramiques sont exposées dans des salles aux murs blancs, à l’intérieur de vitrines quasi neuves, et sont mises en valeur grâce à la lumière naturelle qui pénètre l’intérieur des pièces, à travers de grandes fenêtres.

Un édifice municipal classé qui s’efforce de rester accessible :

La question de l’accessibilité se pose dès l’arrivée au musée puisque l’entrée s’effectue par une porte située sur la façade est de la tour ; porte qui est trop étroite pour permettre à des personnes en fauteuil roulant de pouvoir y accéder. Tout comme l’accès au premier étage, qui s’effectue par un escalier à vis situé près de l’entrée. Sachant que l’édifice n’est pas équipé d’un ascenseur, le musée demeure donc difficilement accessible pour certains types de publics. La mise en accès de l’édifice pour les personnes à mobilité réduite semble difficilement envisageable du fait que le monument soit classé, et compte-tenu aussi du manque de moyens en termes financiers et humains dont dispose le musée.

En matière de signalétique, seul un panneau dans la salle d’accueil indique la direction à suivre pour accéder à l’exposition temporaire et les collections permanentes. Panneau qui n’est pas forcément visible de prime abord. D’autant que certaines œuvres de la collection permanente qui sont présentées en vitrines ne possèdent pas de cartels. Malgré tout, certains éléments portent à croire que le Musée de la Tour Abbatiale s’applique à élargir son accès au plus grand nombre. Tout d’abord, le fait que le musée soit ouvert toute l’année, et tous les jours de la semaine (excepté le mardi).

La visite est gratuite, il suffit simplement d’indiquer son code postal à son arrivée. Bien qu’il n’existe pas d’outils d’aide de compréhension à la visite, l’accueil du musée qui fait également office de boutique, propose en libre-service divers documents : catalogues d’exposition, documents informatifs sur l’édifice, programmes d’activités, etc. Des cartels et panneaux explicatifs clair et illustrés aident à la compréhension du visiteur, aussi bien dans la salle d’exposition temporaire que permanente. Les informations mentionnées sont aisément compréhensibles, et s’adressent de ce fait à un large public.

Des activités de médiation de qualité adaptées à tous sont organisées tout le long de l’année. D’autres sont proposées de manière ponctuelle dans le cadre des expositions temporaires. La plupart sont gratuites, et s’adressent à un public familial, ou demeurent à un prix relativement accessible. La Tour Abbatiale assume ainsi pleinement son identité de musée municipal ancré dans son territoire. Un musée municipal prometteur, qui s’évertue à se réinventer, et à demeurer ouvert au public le plus large.

                                                                                                                    Joanna Labussière

#Architecture

#Céramique

#Monument Historique

Pour plus d’informations : http://www.saint-amand-les-eaux.fr/fr/culture/musee-expositions/musee.htm

Le Cabinet des Merveilles : plongée dans les collections strasbourgeoises

L’exposition temporaire pour mettre en valeur ses collections et la diversité d’un réseau de musée municipal.


Affiche de l'exposition © MAMCS

Le Musée d’Art Moderne et Contemporain (MAMCS) de la Ville de Strasbourg proposait du 21 mai au 23 octobre 2016 l’exposition Le Cabinet des Merveilles, Quinze ans d’acquisitions des Musées de Strasbourg. La direction commune des musées de la Ville de Strasbourg est constituée de onze établissements très divers : le Musée Archéologique, le Musée des Beaux-Arts, le Musée des Arts décoratifs, le Musée de l’Œuvre Notre-Dame, le Musée Historique, le Musée Alsacien, le Cabinet des estampes et des dessins, le Musée d’Art Moderne et Contemporain, le Musée Tomi Ungerer, l’Aubette 1928 et le Musée Zoologique.Réalisée par des conservateurs de plusieurs musées municipaux dans le cadre de la saison « Passions Partagées. Au cœur des collections » regroupant un ensemble d’expositions dédiées à la valorisation des collections des musées de Strasbourg, elle s’inscrit dans un mouvement plus large dont je n’ai malheureusement pu voir que cette exposition.L’exposition est conçue comme un parcours thématique, et non chronologique, qui inviterait à une « déambulation jubilatoire », pour « découvrir », de manière « sensible »… selon les mots du « Petit Journal » de l’exposition. Elle présente ensemble et sans distinction les acquisitions des onze musées de la Ville de Strasbourg (le musée d’appartenance est simplement précisé dans les cartels). Ce choix montre une action unifiée, cohérente et permettant de mettre en valeur la diversité des structures muséales de la ville. Si les pièces étaient séparées par musée non seulement nous nous dirigerions probablement encore plus vers nos thèmes ou disciplines de prédilection, en négligeant peut-être d’autres œuvres et n’aurions-nous pas une impression « de chacun pour soi ». Ne serions-nous pas naturellement encouragés à la comparaison entre les différents établissements ? Le fait de ne pas signaler particulièrement la provenance des pièces montre une unité dans la diversité, décloisonne les disciplines et donne plus de sens à une exposition commune qui démontre une complémentarité. En matière de dialogue, sans donner un exemple précis, nous voulons insister sur le décloisonnement de « disciplines » et le travail collaboratif au sein d’une ville. Subtilité relative que l’on retrouve dans la scénographie entre cabinet de curiosité et « white cube ». L’utilisation du bois se révèle très judicieuse dans la mise en valeur des œuvres présentées et l’espace reste clair et aéré la majeure partie de l’exposition. Ainsi cette exposition réussit-elle plusieurs « missions » : mettre en valeur les acquisitions, les collections des musées de Strasbourg, présenter une image unifiée et complémentaire des établissements… et encourager la curiosité ? 

Salambô Goudal

#collections

#miseenvaleur

#réseau

                                                                                                                                                     

Pour en savoir plus :Exposition présentée du 21 mai au 23 octobre 2016 au MAMCS à Strasbourg. http://www.musees.strasbourg.eu/index.php?page=musee-dart-moderne-et-contemporain-mamcs

Le City-trip immobile au Pavillon de l’Arsenal La nouvelle maquette numérique

Qui n’a jamais rêvé de survoler Paris, surplomber tous les quartiers de la capitale, voir toujours plus, explorer la ville dans sa totalité? Le city-trip immobile est maintenant possible au Pavillon de l’Arsenal.


©
Clara Louppe

Qui n’a jamais rêvé de survoler Paris, surplomber tous les quartiers de la capitale, voir toujours plus, explorer la ville dans sa totalité? Le city-tripimmobile est maintenant possible au Pavillon de l’Arsenal. Ré-ouvert le 14décembre 2011, la nouvelle exposition permanente du Pavillon de l’Arsenal, lieu chargé d’exposer l’histoire urbanistique et architecturale de la capitale, intègre une gigantesque maquette numérique« Paris, métropole 2020 », créée par le Pavillon en partenariat avec Google et JCDecaux.

Ce projet de 37m² règne en maître des lieux dans le hall. Aménagé sous laforme d’un patio et centré par rapport à la mezzanine, il cohabite parfaitementavec l’architecture des lieux. Au total, ce sont 4 pupitres tactilesmultipoints, 17 ordinateurs, 48 écrans LCD basse consommation, donc 48 GoogleEarth synchronisés, cent millions de pixels et mille mètres de câbles, quirassemblent 1300 projets en 2D ou en 3D. Absolumentimpressionnant, ce dispositif haute technologie, conçu sur le principecartographique du logiciel Google Earth, procure une expérienceinteractive unique, ludique et pédagogique. Sur le site internet, vous pouvezadmirer la vidéo de l’installation de la maquette. En une minute quarante-cinq,celle-ci montre en accéléré les quelques jours de montage et la complexité dumatériel utilisé, nécessitant de s’armer de techniciens expérimentés etd’informaticiens ingénieux.

Ce projet multimédia permet au Pavillon de l’Arsenalde dépasser les limites géographiques de l’ancienne maquette en carton,précédemment à cet emplacement, qui ne reprenait que le centre« construit » de Paris. Actuellement, ce sont plus de 12 000 km² duterritoire métropolitain que l’on survole d’un doigt, de 15m à 50km d’altitude,permettant de traverser « les grands territoires de projets en mutation,les nouveaux ou futurs réseaux de transport et les architectures emblématiquesde la ville de demain ou déjà en construction dans la métropoleparisienne ». L’utopie n’est pas de mise, l’ensemble ne reprend queles projets déjà pourvu d’un permis de construire.

Cette premièremondiale donne donc la possibilité unique de présenter simultanément l’existantet le futur d’une agglomération sur Google Earth, pour découvriraujourd’hui les quartiers de demain : voir en 3D les projets de laPhilharmonie, des Halles, la fondation Louis Vuitton pour laCréation, … . Au travers d’une “navigation libre outhématique”, elle propose des visites guidées (bientôt disponibles),thématiques – architecture, urbanisme, transports- ou par recherche libre.Facilement manipulable et étonnamment fluide, il faut cependant prendre letemps de comprendre son fonctionnement car le doigté n’est ni celui du MACbook,ni celui connu de Google Earth. Le zoom, l’inclinaison, et larotation nécessite une dextérité particulière comme de retourner chaque fois enbas de l’écran pour utiliser les flèches et icônes de l’option en question.

Cetoutil, permettant bien des surprises, paraît cependant encore bien incomplet.Les principaux bâtiments et monuments y sont déjà modélisés (de la même façonqu’une bonne partie des villes de New-York et de San Francisco l’ont étéfaites), mais beaucoup de travailattend encore la communauté d’internautes de GoogleEarth pour lui assurer un ensemble harmonieux et cohérent. Fortheureusement, il a été conçu pour être « constamment et simplementcomplété et actualisé » car c’est bien un outil commun aux acteurs quifaçonnent notre lieu de vie. Terrible challengede rassembler tous lesprojets d'architecture et d'urbanisme en cours d'élaboration pour donner unepré-vision complètement unifiée.

Ses concepteurs ontla volonté que cet outil soit « accessible à tous, jeunes, étudiants,parisiens et franciliens, professionnels français ou étrangers ». Il nel’est cependant pas totalement car, certainement par soucis de pureté, ilmanque de clarté : les noms des rues et des arrondissements ne sontmalheureusement pas indiqués, ce qui ne rend pas évident l’orientation. Lesfiches techniques sont elles aussi bien inégales dans leurs informations. Ontrouve parfois une date, parfois une photo, parfois un texte informatif sur leprojet, mais bien souvent, elles sont en attente de traitement.

L’application« Paris, métropole 2020 » sera bientôt téléchargeable pour vivrecette expérience chez soi, bien installé dansson divan.  La question qui se pose est : qu’offre-t-elle de plus auPavillon de l’Arsenal? Sa force première est bel etbien les différents points de vue qu’offre son emplacement. Sa taillemonumentale en fait aussi l’élément agréable qui permet de s'accouder à labalustrade de lamezzanine pour se laisser guider par un autreutilisateur, qui mène la barque un étage plus bas.

Cette innovationtechnologique questionne, comme bien d’autres, l’utilité qu’offrent de tels outils. Pour le moment, ce sont surtout les fantasmes de latransposition des supports qu’elle révèle, s'avérant des limites plutôt qu'un avantage.Le manque de contenu induit cette envie technophile d’attirer, desurcroit avec des grands partenaires tels que Google et JCDecaux. Cettetechnologie avant-gardiste devrait avant tout être conçue comme un élément demédiation permettant une meilleure accessibilité au contenu. Ne serait-est pasnécessaire d’y amener le jeu pour que les plus petits découvrent et apprennenteux aussi en s’amusant ? Des animations ou diverses vidéos lui permettraientd’acquérir l’ensemble des possibilités et des opportunités du multimédia,complémentaires à l’exposition permanente, réalisée de panneaux traditionnelset exposée sur les murs du Pavillon de l’Arsenal.

Clara Louppe

Le MUba Eugène Leroy un musée en perpétuel questionnement et renouvellement

A l’occasion d’un stage au MUba EugèneLeroy de Tourcoing, j’ai eu la chance de participer au premierrenouvellement des collections pour l’année 2014. Créé en 1860, et anciennementdénommé Beaux-Arts de Tourcoing,  le MUba Eugène Leroy présente sescollections dans un dialogue permanent entre art classique, art moderne et artcontemporain. Peintures, dessins, estampes, sculptures se côtoient dans lesparcours où l’on croise par exemple Boilly ou Rembrandt en écho avec lescontemporains Antoine Petitprez, Philippe Cazal ou encore avec des figures du xxe sièclecomme Martin Barré ou bien sûr Eugène Leroy.

Les collections permanentes occupent lamoitié de la surface d'exposition. Leur accrochage est régulièrement renouvelépour faire écho aux grandes expositions temporaires programmées deux fois paran. L’exposition Permanente/Provisoire a été repensée à travers le thème de laforme et de la sculpture afin de faire écho aux deux expositions temporairesréalisées par le MUba. Le musée des Beaux-arts de la ville propose une granderétrospective de l’œuvre de l’artiste contemporain autrichien Elmar Trenkwalderet une exposition plus réduite sur la forme et le design pratiquée à la Manufacture de Sèvrespar le biais de vases. Ces expositions sont visitables depuis le 17 avril jusqu’au24 novembre 2014, alors n’hésitez pas à vous y rendre car lesexpositions mais aussi le lieu valent le détour!

Vue de la salle d'exposition temporaire (c) F.Kleinefenn

L’exposition phare du moment "Ornement et Obsession" est la première rétrospectiveorganisée autour de l’œuvre fantasmagorique d’Elmar Trenkwalder. L’amateurconfronté pour la première fois à l’art de cet artiste autrichien, qu’ils’agisse de ses dessins, de ses premières peintures ou des sculptures de terre cuitesdes dernières années, n’a pas fini de s’étonner. Installé à Cologne au milieudes années 1980, l’artiste né en 1959 et qui vit aujourd’hui à Innsbruck,connaît un succès rapide avec des dessins et des tableaux d’inspirationsymboliste dont les cadres, d’abord en moquette, puis en terre, font reculer lecontenu du tableau vers la périphérie et l’élargissent. Les premiers travaux enterre émaillée de couleur frappent par l’extraordinaire expression physique ducorps masculin dans la droite ligne d’une certainetradition autrichienne de transgression des limites sexuelles. Cette grandeexpositionprésente l’œuvremonumentale de l’artiste, des peintures et dessins, en incluant et mettant enperspective les œuvres acquises par le MUba. Elmar Trenkwalder crée des sculpturesmonumentales en céramique. Ses structures et ses architectures qui rappellentl’art flamboyant du gothique tardif, fusionnent des formes imaginairesbiomorphiques et végétales. La représentation figurative, quant à elle, estdéformée, elle joue de symboles féminins et masculins. L'artiste dresse un panorama complexe, fantastique et délirant empreint de formes del’histoire de l’art, des arts appliqués ou des arts populaires. La grandenef du MUba est emplie de ses œuvres créant une atmosphère particulière,quasi-magique. 

Vue de la salle d'exposition Permanente/Provisoire(c) D. Knoff

En liaison avec l’exposition "ElmarTrenkwalder - Ornement et obsession" , l’exposition Permanente/Provisoire intitulée enréponse à la formule de Baudelaire "Un objet pas si ennuyeux que ça, lasculpture?", s’est façonnée à partir de la collection de sculptures duMUba, qui sont ainsi interrogées dans un parcours dynamique sur toutes lescomposantes de la sculpture, sa matière du marbre à la simple planche decontreplaqué, du bronze à la céramique, en passant par le bois de récupération,de la fonte d’aluminium au plâtre en passant par la terre ; sonaccrochage, sur un socle, sur le mur, directement au sol, dans l’espace, ousimplement représentée ; ou encore son sujet figuré, réaliste, suggéré ouabstrait. L’exposition Permanente/Provisoire est repensée comme une expositiontemporaire, dont la présentation est renouvelée régulièrement. Le parcours del’exposition propose une déambulation au rythme des œuvres exposées autour dela question de la sculpture selon le concept de la relation de l’artcontemporain et l’art ancien. Ces nouvelles relations apportent un nouveauregard sur les œuvres en établissant entre elles des parallèles, multipliantainsi les lectures possibles de l’œuvre. L’exposition permet de mettre aucentre la question du rapport de l’œuvre au lieu et de son expérience.

Autour de ces expositions, le MUbaEugène Leroy, toujours dans un souci de faire dialoguer les arts et les formes,a pensé une exposition temporaire, "V de S", en étroit lien avec la Cité de laCéramique. Le parcours de l’exposition propose de circuler autour des vases etformes emblématiques de la Manufacture autour de la question du renouvellementdes formes des vases et de l’étroit lien entre l’art ancien et l’artcontemporain. Ces nouvelles relations, associant les plus grands créateursinternationaux aux collections du patrimoine national, apportent un nouveauregard sur les œuvres, multipliant ainsi les grilles de lectures possibles. LaCité de la Céramique représente l’excellence des métiers d’art et de lacréation en France. Les résidences exploratoires d’artistes et de designers quis’enchaînent depuis des décennies à la Cité de la Céramique, occupentquotidiennement plus d’une centaine de céramistes d’art, et ouvrent l’horizonsur de nouveaux territoires et de nouvelles potentialités artistiques encoreinédites. L’exposition propose un parcours au travers d’une double perspective: la continuité de la forme en blanc, que l’on retrouve chez Charpin, Arp ouencore Renonciat et les ruptures, qui ne sont qu’apparentes, proposées par denombreux artistes et designers tels que Sottsass ou Biecher.

Pour tout cela et bien plusencore, venez découvrir ces expositions particulières et différentes maistoujours en dialogue les unes avec les autres et participant à l’éternellequête de questionnement et de renouvellement que suit le MUba Eugène Leroy,exemple dont pourrait bien s’inspirer nombreuses autres structures.

Elisa Bellancourt

Le Musée Communal Jeanne Devos ou la maison des souvenirs.

Face à l’église Saint-Martin de Wormhout, une ruelle mène au Musée Communal Jeanne Devos. Un musée ? Une maison en réalité. C’est à peine si l’on ose passer le pas de la porte de son propre chef, craignant de s’introduire avec désinvolture


© Katia Fournier

Face à l’église Saint-Martin de Wormhout, une ruelle mène au Musée Communal Jeanne Devos. Un musée ? Une maison en réalité. C’est à peine si l’on ose passer le pas de la porte de son propre chef, craignant de s’introduire avec désinvolture

dansune propriété privée. Une fois qu’on vous a invité àentrer, ne cherchez pas de signalétique, vous venez de pénétrerdans la maison de Mademoiselle Devos. La guide et gardienne de celieu sanctifié est la dernière personne ayant vécu auprès de« Mademoiselle » comme elle le raconte. Yvonne, de sonprénom, fera la médiation mieux qu’aucun dispositif ne pourraitle faire. Elle vous invite à vous asseoir dans une petite salle,autour d’une table recouverte de prospectus et de flyers commeen sont remplis les présentoirs à l’accueil des musées. C’estlà que débute l’histoire. Comment Jeanne Devos est-elle devenuepropriétaire de cet ancien presbytère ?  Pourquoiest-elle devenue photographe ? Comment s’est déroulée savie ? Après cette introduction biographique, nous sommesinvités à visiter la maison. Au fil des salles, la guide détaillele mobilier, précise sa provenance et leurs créateurs qui sont denombreux admirateurs et amis de Melle Devos. Chaque piècesemble avoir été laissée telle quelle après la mort deMademoiselle Devos, et c’est bien le cas.  

Leplus frappant lors de la visite de ce musée, est le comportement quel’on y adopte. Loin des conventions imposées dans certains muséescontrariés par la trop grande proximité entre le visiteur etl’œuvre, au Musée Communal Jeanne Devos, la guide invite àmanipuler les stéréoscopes, ou à feuilleter les albums durant desheures si le cœur nous en dit. Mais le plus incroyable, est lasimplicité avec laquelle nous sommes reçus. S’asseoir à table,dans la cuisine de Jeanne Devos, autour d’une cannette de jus defruit, tout en discutant des mœurs d’antan, cela frôle lesurnaturel. En apparence, la maison s’est figée. Durez-de-chaussée au grenier, ustensiles de cuisines, mobilier, jouetsd’antan, photographies et bien d’autres objets de l’époquepermettent cet arrêt sur image. Cependant, le musée vit. Commepropulsé vers le passé, le visiteur qui fera la connaissanced’Yvonne, vivra avec elle au temps où Mademoiselle parcourraitencore les différents étages de la maison. 

            Letemps nous échappe lorsque l’on « fouine » dans cettemaison comme on le ferait dans le grenier de l’un de nos aïeuls.Pour s’arracher à cette curiosité qui nous pousse à parcourirtous ces albums qui se sont accumulés sur les tables, il suffitd’apercevoir le magnifique jardin qui s’étend derrière lamaison. La guide vous y attendra par beau temps, assise au soleil,sur l’une des jolies chaises du salon de jardin. Dans le fond, noussommes peut-être chez Jeanne Devos, mais aussi chez Yvonne.

            Cejardin a une particularité très surprenante. Au bout du sentiers’élève une stèle où reposent Jeanne Devos et l’abbéLamps, qui a permis à Mademoiselle Devos de découvrir ce talent dephotographe qui sommeillait en elle. 

LeMusée Communal Jeanne Devos est une curiosité à ne pas manquer.Les amateurs de la photographie y découvriront ou y redécouvrirontles clichés de Mademoiselle Devos. Les amoureux du NordPas-de-Calais se délecteront des souvenirs figés en noir et blancmais aussi en couleur de la région. Les amateurs de musées ytrouveront un concept de « musée-témoin-vivant » quiincite à la réflexion quant à l’importance et à la portée destémoins réels. Yvonne vous accueille du 1er avril au 31octobre contre 2 euros, les lundis, mardis, jeudis, vendredis etsamedis de 14h00 à 17h00. Et le 1er dimanche du mois de 15h00 à18h00. Et du 1er novembre au 31 mars, les lundis, jeudis etsamedis de 14h à 17h. 

Katia Fournier 

Le musée des beaux arts de la Rochelle, le MBA qui donne envie d’y retourner !

Au 28 rue Gargoulleau de La Rochelle se trouve l’hôtel Crussol d’Uzès, construit sous Louis XVI. Cet imposant bâtiment, caché dans une rue semi-piétonne proche du port, abrite deux institutions qui habituellement sont radicalement opposées : l’Espace d’Art Contemporain, qui occupe le rez-de-chaussée, et le Musée des Beaux-Arts, installé depuis 1844dans les deux autres étages. Une cohabitation intéressante qui permet de casser tous les préjugés sur les lieux d’accès à la culture et de diffusion de l’art. Cet article sera consacré au musée des Beaux-Arts.

Le Musée des Beaux Arts,chaleureux, accessible, et engagé.

Même si la portefermée du deuxième étage intimide un tantinet le visiteur, l’accueil qui luiest réservé derrière celle-ci, est des plus appréciables. Lors de ma visite,deux agréables personnes me reçoivent et me donnent tout de suite desindications : le 2ème étage est réservé aux collections« permanentes », et le premier étage est consacré aux expositionstemporaires d'art contemporain.

Elles me précisent aussi qu’il n’existe pas delivret explicatif gratuit de la collection, mais seulement une édition,disponible pour 10€.

Au deuxième étage, lavisite se fait en deux temps. Dans la première partie, un chapeauintroductif  informe que la collection s’est faite petit à petit par ungroupe d’amateur d’art depuis 1841, grâce à des dons, des legs, et des achats àhauteur de leurs moyens, ce qui explique pourquoi la collection comporte enmajeur partie des œuvres de 1840 à 1930.

Un deuxième texte explique au visiteur que lacollection comporte plus de 900 œuvres, mais que l’espace d’expositiondisponible ne permet pas de toutes les montrer. C’est pourquoi, l’expositionchange tous les ans. La particularité de ces expositions, c’est qu’elles sontréalisées par une personne ou un groupe de personnes lambda(s) qui choisissenteux-mêmes le thème, les tableaux, et créent la scénographie. Ces personnes sontdes acteurs de la vie Rochelaise, qui ne sont pas forcement initiés à l’art. Pourla sixième édition (du 06 septembre 2012 au 31 août 2013), c’est le CentreTechnique Municipal qui a accepté cette mission. Le thème choisi a été« De l’ombre à la lumière… » à travers plusieurs sous thèmes :scènes quotidiennes, marines et pêcheurs, paysages, et portraits plébéiens. Unepolitique innovante de la part de la conservatrice Annick NOTTER qui a compriscomment prendre en compte le public.

C’est à travers unecentaine d’œuvres que le visiteur découvre sur différents thèmes des jeux declairs-obscurs et un travail pictural de la lumière qui séduit tout un chacun. Ilest donc surprenant, mais pas inintéressant, de trouver dans le même espace,une lithographie du XIXème siècle,  une huile sur toileréaliste de 1861, une peinture impressionniste de 1904, une sculpture de la fin du XXème, et une photographie de 1980, qui se complètent avec desnotions autres que des liens chronologiques.

La visite est rapide et accessible à tous, et enplus, des espaces de repos sont idéalement positionnés en face des grandstableaux.

Salle Eugène FromentinCrédits : M. T.

          Dans la deuxième partie, de l’autre côté de l’accueil, on explore une salle surEugène Fromentin, un peintre rochelais qui a passé une longue période de sa vieau Maghreb, ce qui influença considérablement ses sujets et sa techniquepicturale. Ici l’organisation est un peu plus chaotique. Le chapeau explicatifsur cet artiste est à la sortie de la salle, ce qui n’est pas l’endroit le plusstratégique. En revanche, il est proche d’une banquette, et cela est importantcar ce chapeau est long. Mais il est facile à lire et essentiel pour comprendrela pièce, les œuvres et la mise en ambiance. En effet, pour immerger levisiteur dans une ambiance orientale, la scénographie propose un procédépoétique pour lier le public avec les œuvres et leur contexte. On est doncbercé par une  lumière tamisée et la banquette est recouverte de tapiscolorés, ce qui nous plonge dans une atmosphère chaleureuse. 

Enfin, on accède à la dernière pièce de l’étage,où l’on retrouve le parti-pris de faire côtoyer des œuvres qui ne sont pas desmêmes époques. Cependant, la compréhension de cette salle n’est pasaisée : la plupart des œuvres n’ont pas de cartel, et aucun texten’introduit à une quelconque problématique ou réflexion. C’est très dommage,car on aimerait savoir pourquoi une huile de Gustave Doré se retrouve entre uneVénus de 1904, une toile de Chaissac, et des paysages de Corot.

Quand l’art contemporain trouve sa place au MBA

Exposition de Sylvie Tubiana, « Japons »Crédits : M. T.

Suite et fin de mavisite au premier étage, avec l'exposition temporaire et itinérante de SylvieTubiana, intitulée « Japons » qui était présentée du 19 octobre 2012au 28 janvier 2013. L'exposition proposait dans un premier temps un travailphotographique de l’artiste : suite à des choix d’estampes japonaises,celles-ci ont été projetées sur des corps nus de femmes agenouillées, suivid’un travail de photographie de ces projections. L’aspect esthétique et lerapport au corps présent dans ces photos sont déjà à eux seuls d’un intérêtparticulier, mais les photographies étaient également confrontées à de vieillesestampes japonaises, issues de la collection du musée de la Roche-sur-Yon. Lacollaboration continuait avec des vitrines montrant divers objets nippons trèsanciens. Dans les dernières salles, des installations immergeaient lespectateur dans un environnement particulier, mêlant toujours l’ancien etl’actuel. Le dépaysement est total, on oublie le lieu, l’hôtel Crussol d’Uzès,La Rochelle, le port. Nous voilà au Japon.

Le musée des Beaux-Arts de la Rochelle (labelliséMusée de France) a donc très bien intégré l’art contemporain au sein de sesmurs, en lui donnant une place importante, et non en lui laissant la placed’une statue dans une cour pour intriguer le passant et essayer d’êtreattractif (comme dans beaucoup de MBA qui prétendent s’ouvrir à l’artcontemporain). La moitié du musée est consacrée à l’exposition d’artcontemporain. Et quand cela s’ajoute à une politique d’accessibilité à tous(plein tarif à 4€, expositions collaboratives réalisées par les citoyens,lycéens, agent de la mairie, association…), enfin on peut dire qu’un musée estvraiment accessible et dynamique. Enfin un musée qui ne se sclérose pas etévolue avec son temps ! Et cela ne veut pas dire être rempli des derniersoutils de médiation issus des nouvelles technologies. Le prochain effort àfaire se situe du côté des publics handicapés, mais pour le reste, on a enviede savoir qui seront les prochains commissaires d’exposition, et on court voirla nouvelle expo au premier étage "Mille et un bols : hommage à un bol dethé indien" (du 15 février 2013 au 17 juin 2013).

Mélanie TOURNAIRE

Pour en savoir plus :

La-Rochelle/Musee-des-Beaux-Arts/Vie-du-musee-actualites/Mille-et-un-bols

Le musée Soulages à Rodez : un succès ?

Dans les années 2000 la ville de Rodez a décidé de dédier un musée à Pierre Soulages, natif de la ville.


Vue extérieure du musée © tourisme.grand-rodez.com  

Un artiste très impliqué dans la création de son musée

Dans les années 2000 la ville de Rodez a décidé de dédier un musée à Pierre Soulages, natif de la ville. Marc Censi, maire à ce moment-là, dut d’abord convaincre Pierre Soulages qui avait auparavant déjà refusé qu’on lui consacre un musée à Montpellier. À Rodez il n’accepta qu’à la condition qu’un espace de 500m2 soit réservé à des expositions temporaires consacrées à d’autres artistes, il en donne l’explication dans un article pour Geo Voyage :  

« Ce n’est pas une question de modestie : un musée d’artiste, on y vient trois ans, pas plus, et puis ça lasse… et le musée meurt. Je ne veux pas d’un mausolée Soulages ». 

Le musée est donc dès ses débuts fortement marqué par la volonté de Pierre Soulages dont l’implication a rendu possible la création du musée. Au-delà de sa participation à la définition du concept, il s’est aussi engagé sur le plan matériel. Cette donation initiale de 250 œuvres et 250 documents en 2005 a vraiment marqué la concrétisation du projet du musée. La collection est enrichie ensuite en 2012 par une autre donation et par des dépôts de l’artiste. Au total il a donné 500 œuvres à la ville. Quand il est question de la très grande valeur des donations, (évaluées à une trentaine de millions d’euros) Pierre Soulages répond qu’il ne s’intéresse pas aux questions d’argent et que justement il aime l’idée qu’un public large puisse apprécier son travail.C’est aussi en lui proposant d’exposer des aspects moins connus de son travail que Marc Censi a convaincu Pierre Soulages. L’exposition permanente actuelle présente ainsi ses œuvres de gravure et les travaux préparatoires des vitraux de Conques, mettant ainsi le musée en lien avec un autre lieu emblématique de la région.


Présentation de son travail de gravure © Salambô Goudal 

Le musée comme moteur de développement local

Comme de nombreuses villes Rodez a misé sur la création d’un nouveau musée pour entrainer le développement local grâce à l’accroissement espéré du tourisme. Le plan de redynamisation du centre-ville impulsé en parallèle de la construction du musée fait partie de cet effort en faveur du tourisme, d’où les travaux urbanistiques, notamment la rénovation et le développement du parc du Foirail qui borde le musée. L’importance du public touristique pour le musée est visible dans les horaires du musée dont l’amplitude est plus élevée en été. Du 1er juillet au 31 août le musée est ouvert tous les jours, le lundi de 14 heures à 19 heures et de 10 heures à 19 heures du mardi au dimanche. En revanche, entre le 1er octobre et le 31 mars le musée ferme le lundi, entre midi et deux heures en semaine et le soir à 18 heures.   Les habitants de Rodez et sa région sont un public à ne pas négliger puisque le musée se veut comme un lieu de vie, volonté partagée par de nombreux musées. Les Ruthénois ne sont en effet pas oubliés, outre les bénéfices qu’ils retirent des aménagements du centre-ville et de l’accroissement du tourisme, le musée enrichi la vie culturelle de la région. Les espaces du musées permettent d’accueillir les œuvres d’artistes très connus et d’en faire profiter la population locale. C’était le cas de l’exposition Picasso à l’été 2016, dont le public venait majoritairement d’Occitanie. Le musée participe également à la vie locale par les visites et activités qu’il propose aux scolaires et groupes issus du secteur social. La visite du musée Comme de nombreux visiteurs, je suis allée au musée Soulages en m’attendant à retrouver des peintures noires, ses œuvres les plus connues du grand public. Je pensais à peu près savoir à quoi m’attendre en entrant dans un tel musée ! J’ai été au contraire agréablement surprise par la diversité des œuvres exposées. Dans le parcours permanent sont exposées des œuvres des différentes pratiques de Pierre Soulages, les travaux de préparation des vitraux de Conques, ses eaux-fortes et enfin ses tableaux. Le parcours mêlant chronologique et thématique, permet de bien appréhender la personnalité et les œuvres de l’artiste dans l’ensemble qu’elles composent, sa longueur est adaptée aux propos et agréable.Pourtant, je n’ai pas pu l’apprécier pleinement, je me suis très rapidement sentie oppressée par l’atmosphère du lieu crée par l’architecture et la scénographie. De nombreux espaces de l’exposition temporaires sont semblables à des boites noires : très sombres avec peu de hauteur de plafond, ce qui crée une ambiance, pensée pour les œuvres de Soulages, mais construit des espaces très fermés qui ne proposent pas de respiration. De tels espaces posent donc la question de l’arbitrage entre immersion dans un univers et bien-être des visiteurs. Les espaces latéraux présentant les grands tableaux gardent la même ambiance tout en étant moins oppressants grâce à leur grande taille et à la présence de fenêtres. 


Les espaces « boîtes noires » © tourisme.grand-rodez.com

En entrant dans l’exposition temporaire de l’été 2017 consacrée à Alexander Calder, le contraste est saisissant que ce soit par le fond comme par la forme. Dans l’espace dédié aux expositions temporaires les œuvres souvent très colorées d’Alexander Calder étaient exposées dans un espace entièrement blanc. Ce contraste peut être bénéfique en mettant en valeur les spécificités des deux artistes présentés dans le musée. Vraie plus-value pour le musée, le contraste crée par les deux expositions temporaires par an permet de maintenir l’intérêt du public et de le faire revenir au musée.


L’exposition Calder © Salambô Goudal

Le musée est un franc succès : il réussit à montrer les œuvres de Pierre Soulages sans être un mausolée et à être un pôle d’attraction dans la région, en septembre 2016 un peu plus de deux ans après son ouverture la barre du demi-millions de visiteurs a été franchie ! 

Bethsabée Goudal

#MuséeSoulages#Calder#Rodez

 

Le XVIIIe, un siècle où l'on s'expose !

Paris met à l’honneur, cet automne 2015, les plaisirs raffinés du siècle des Lumières en exposant ses plus illustres artistes comme Fragonard, Louise Elisabeth Vigée-Lebrunet ses plaisirs matériels les plus exquis à travers le biscuit tendre de Sèvres et les boissons exotiques.

Scène pastorale, Höchst XVIIIe siècle © Rmn-GP

Paris met à l’honneur, cet automne 2015, les plaisirs raffinés du siècle des Lumières en exposant ses plus illustres artistes comme Fragonard, Louise Elisabeth Vigée-Lebrunet ses plaisirs matériels les plus exquis à travers le biscuit tendre de Sèvres et les boissons exotiques. Ce condensé de saveurs me conduit, en visitant ces expositions, à m’interroger : Pourquoi en tant qu’étudiante en muséologie puis-je sentir ce siècle comme proche de mes goûts et préoccupations professionnelles en matière d’exposition ?

Cette affinité se situe-t-elle du côté de tout ce qu’est et ce qui fait l’art au 18e : le raffinement, la délicatesse, le plaisir de vivre, le développement du jugement esthétique, l’apparition des salons, comme premières formes d’exposition et que sais-je encore ? C’est l’époque où l’individu prend de plus en plus de place au sein de la société. La vie devient une xercice de représentation, pour ne pas dire une exposition maitrisée de sa personne. A mon sens, l’idée que nous nous faisons de ce siècle a un lien à avoir avec l’univers expographique actuel ! Voyons les différents mediums qui à l’époque ont facilité cet exercice de représentation de soi.

A l’origine… le latin : Expono, is, ere, posui, positum !

Au 1ersens donné du terme, « exponere » signifie expliquer, présenter. Si on ledécompose, le « ex » renvoie à l’idée d’extériorité. « Ponere » tout seul (endehors que c’est un composé de possum !) veut tout simplement dire poser. «Exponere » est donc l'action de mettre, situer, poser, installer en directionde l'extérieur. Cette idée s’inscrit donc dans une logique de monstration. Ellepeut concerner les objets mais aussi les personnes. Comme verbe pronominalréfléchi, s’exposer exprime une action que le sujet fait surlui-même…intéressant pour notre démonstration !

 « S’exposer » c’est «mettre en péril »

Exposerses propres idées sur un sujet tabou peut s’avérer dangereux…Pour l’exposition« Fragonard Amoureux, galant et libertin» au Musée du Luxembourg, le discours de l’exposition portait sur le traitementpictural des comportements amoureux, allant de la galanterie à l’érotisme. Lasection 7 du parcours montre au public comment le peintre a réussi à promouvoirdans son art une imagerie dite « licencieuse». Les tableaux que nous pouvons voir actuellement au musée, résultaient àl’origine de commandes très privées, pour décorer les appartements de richesaristocrates. Ces initiatives restaient secrètes par peur du scandale.

Autreexemple : dans une partie de l’exposition « LouiseElisabeth Vigée-Lebrun » au Grand Palais, un tableau de 1783 représente lareine Marie Antoinette en robe de Gaulle, robe de gaze blanche légère qui étaitconsidérée comme indécente à l’époque. On sait que ce portrait de la reine afait scandale au Louvre et que le tableau a aussitôt été retiré. Ainsi untableau exposé au Salon peut mettre à mal la réputation de son peintre s’il aenfreint les codes établis.

MarieAntoinette en robe de mousseline dite en gaulle.1783Kronberg, © Rmn-Grand Palais

Une définition toujours d'actualité au XXIe ! 

« Exposer, c'estdéranger le visiteur dans son confort intellectuel ».

                                                            JacquesHainard

                                              Le portrait : exposer au sens moderne de la « théâtralisation ».

Point d’orguede cette volonté de représentation de soi : l’art du portrait. Avoir sonportrait permet de revendiquer sa position sociale. Louise Elisabeth VigéeLebrun est une des plus illustres portraitistes de son temps qui s’attache àsaisir la ressemblance de ses modèles tout en l’idéalisant. Ces portraits sontdestinés à être diffusés. Ce sont des outils politiques.

Leportrait ne s’arrête pas qu’à la peinture ! L’exposition à la Manufacture deSèvres « La sculpture de Louis XV à laRévolution » donne à voir les bustes des grandes personnalités en biscuitde porcelaine tendre. L’épisode révolutionnaire eut à cœur de mettre en valeurles défenseurs de la liberté et la production de médaillons sculptés permit dediffuser plus facilement les idées de la Révolution.

S’exposer par des objets, signes extérieurs de richesse

Vouloirexposer son goût pour le « beau » relève d’une mise en scène de son propre modede vie, souvent souhaité comme modèle. C’est ce qu’illustre l’exposition « Thé, café ou chocolat » au muséeCognacq-Jay qui s’intéresse à un nouvel art de la sociabilité, celui desboissons exotiques. Des tableaux de François Boucher ou de Jean Siméon Chardinnous permettent de comprendre que ces boissons servies dans un apparat de luxeparticipaient activement à l’exercice de représentation de soi.

   © Musée Carnavalet/Roger-Viollet 

                                     Exposer, c’est raconter une histoire, expliquer, faireconnaitre…

Cettedéfinition se rapproche plus de celle que l’on connait, dans son acceptationmuséale actuelle. L’exposition est un récit espace-temps que l’on a matérialiséet que l’on offre à la vue et à la critique du public. Le discours choisi pourl’exposition sur Elisabeth Vigée-Lebrunest en cela très évocateur puisqu’il s’agit d’une rétrospective visant à réunirles plus belles productions picturales de l’artiste. Cette exposition estorganisée comme un livre où le récit est ponctué par divers chapitres. On nousraconte la fabuleuse destinée de cette femme peintre, de ses débuts deformation à sa consécration auprès de la famille royale à Versailles et descours européennes.

Le pan de mur "1789" divisant l'exposition en deux © Sandra pain

Lecheminement séquentiel est marqué au milieu par la rupture symbolique, à lafois scénographique et historique de 1789. Cette date marque ici la frontièrepsychique et mentale, le passage vers un autre monde, comme le IIèmetome de sa vie.

Du latin à aujourd’hui, quels sens pour ce geste d’exposer ?

Que dedéfinitions juxtaposées et de significations multiples autour de la notiond’exposition ! Prendre les différentes visions que l’on a de l’exposition du 18epour les confronter et les confondre avec celles du 21e…est une démarcheque j’ai voulu vous proposer pour rendre à l’exposition sa polysémie, elle quiest tout à la fois monstration, mise en scène des objets, théâtralisation desoi, mise en péril, histoire, déduction de faits…et que sais-je encore ? Et vous,quelle est votre définition personnelle de l’exposition ?

A mesyeux, au-delà de tous les aspects techniques qu’elle peut revêtir aujourd’hui,l’exposition est la mise en forme et en action d’une pensée à transmettre. Elleest ce qui nous renvoie à notre humanité puisqu’elle nous permet de réfléchirsur des sujets qui nous tiennent à cœur.

Sandra Pain

Pour en savoir plus, le site de l'exposition de la portraitiste au RMN-GP :

http://www.grandpalais.fr/fr/article/elisabeth-louise-vigee-le-brun-toute-lexpo

 # louise-elisabeth-vigée-lebrun 

 # biscuit de porcelaine

 # fragonard

                                                                                                                                                                        

Les enjeux de l'architecture muséale

Lorsque l’évènement est éphémère, tel qu’un colloque ou une exposition temporaire, les traces peuvent se manifester sous différentes formes. La mémoire de l’exposition se fera à travers son catalogue, un colloque peut faire de même en éditant les actes de la manifestation. Ces ouvrages permettent aux personnes présentes comme à celles n’ayant eu la possibilité de s’y rendre ou ayant eu vent de la rencontre après sa date effective, de découvrir ou compléter les réflexions abordées.

Les textes réunis dans « Architecture et musée » sont les actes d’un colloque organisé au Musée Royal de Mariemont en janvier 1998. L’ouvrage en question m’a donc permis de revivre la rencontre par la lecture attentive des articles débattant sur une question qui m’interpelle: « le bâtiment muséal,aujourd’hui, doit-il apparaitre comme une simple « coque » servant de réceptacle minimaliste aux pièces exposées ; ou bien, tout au contraire,la structure architecturale du musée doit-elle devenir œuvre à son tour, au risque d’interférer dangereusement avec les autres œuvres présentées en son sein ? ».

L’ouvrage,à son grand avantage, regroupe un panel d’acteurs de la sphère muséale.Spécialistes et hommes de terrains, ceux-ci sont issus de formationsdiverses : conservateurs, historiens, architectes, muséologues (théoricienet praticiens), critiques et gestionnaires culturels, ce qui permet d’aborderla question sous divers angles, confrontant les points de vues professionnels.Certains textes abordent une réflexion sur un thème particulier comme« Sustainable Museum, les musées de demain », « de la nécessitéd’une architecture muséologique », « surface d’exposition ou espaced’exposition : lorsque la muséographie fait place à la muséologie »,« si le musée sortait de ses pompes ! », d’autres textestraitent de thèmes précis comme  « le message et l’image »,« œuvre et lieu », « muséographie et design decommunication ». D’autres encore abordent des cas précis d’architecturemuséale locale et internationale de Louvain-la-Neuve, Liège, Gand et Bruxellesà Saint-Etienne, Aix-la-Chapelle, Péronne, Copenhague, Québec, … L’ouvrageaborde peu la problématique de l’institution prenant place dans un bâtimentancien. Étant forcément soumis aux difficultés de conservations, d’entretien,de restriction liées au bâtiment, accentuées si celui-ci est classé, ce cas defigure peut faire l’objet d’un colloque dans sa totalité.

Couverture de Architecture et Musée

Avantde détailler quelque peu le contenu de l’ouvrage, il me semble important depréciser le cadre dans lequel s’est développé le colloque. Deux professeurs del’institut supérieur d’architecture de Tournai, Pierre Coussement et MichelDussart, sont à l’initiative du projet. Dans le cadre de leur atelierd’architecture pour les quatrièmes années, ils ont proposés aux membres dumusée de Mariemont de réfléchir ensemble à de nouvelles implantations,extensions du musée. Suite à l’exercice, une exposition a pris lieu au deuxièmeétage du musée, intitulée Muséofolie,relatant une douzaine de réponsesgraphiques, créatives et imaginatives, présentées sous forme de plansdétaillés, maquettes, dessins d’architecture et vidéos expliquant la nature etles caractéristiques des projets d’étudiants. Cet exercice est à admirer car,ayant moi-même étudié l’architecture, le même travail est effectué dansd’autres écoles sans sortir de l’atelier, impliquant un manque d’échange avecles théoriciens du monde muséal et les professionnels ou sans aller à larencontre des visiteurs réguliers.

Letexte de Philippe Samyn, figure majeure de l’architecture belge aujourd’hui,énonce que le rôle de l’architecte est de répondre à la demande du maîtred’ouvrage, des pouvoirs publics, municipalités, … en apportant sa vision, sescritères et son expérience. L’architecture des nouveaux musées, quelques foisrelevant de la folie, de l’ambition s’avèrent être parfois de grandes boitesvides extrêmement coûteuses à l’usage. L’architecte se doit de répondre aussi àce critère en pensant aux frais d’entretien et de maintenance que devrontassumer par la suite les collectivités. Jean Barthélémy, professeur à l’écolepolytechnique de Mons, relève aussi dans son texte la question d’unearchitecture muséale spectaculaire conduisant quelques fois à des dérives« dans la mesure où le souci de remporter la course à la notoriétél’emporteraient sur l’authenticité de la recherche ».

Laprincipale question du colloque aborde la problématique de l’édificationmuséale en relevant les relations parfois difficiles entre les œuvres et lesbâtiments qui les abritent. Une autre donnée semble importante et revient dansdivers articles de l’ouvrage, dont celui d’André Juneau, directeur de larecherche et de la conservation au musée de la Civilisation à Québec.L’architecte ne peut concevoir un édifice muséal sans avoir une idée de qui unjour viendra le fréquenter ponctuellement ou régulièrement : doncconnaître les publics potentiels, leurs gouts, leurs attentes, leurs pratiques.Les équipements muséologiques doivent être conçus comme des lieux de rencontre,de découverte, de réflexion, d’apprentissage, de loisir ; « unendroit privilégié dans nos sociétés modernes pour la médiation, lacommunication, la compréhension entre les peuples ». Les planificateurs nedevraient-il dès lors pas penser les musées comme des espaces de rencontre etnon comme des lieux d’exposition ? « Le musée doit ressembler à lavie puisqu’il veut en être le reflet au passé et au présent ».

Lesréflexions abordées dans l’ouvrage édité en 2001 restent d’actualité.L’institution muséale soulève encore bien des questionnements. Dans moins d’unmois, nous vivrons l’ouverture d’un grand musée en province, l’arrivée duLouvre à Lens relève aujourd’hui divers défis. Ce musée ressemblera-t-il à lavie ? Un musée comme acteur social, lieu d’interaction et d’expertise. Cemusée, vu par ses concepteurs comme « nouveau modèle» de par sonarchitecture et sa programmation, arrivera-t-il à dépasser une attitude, unepensée à son égard, perçue comme « pyramide des temps passés » ?

ClaraLouppe

Les toiles prennent leur envol

Du rouge, du bleu, du noir, du orange, tels des cerf-volants, d'amples voilures émergent au loin sur la place de la République, derrière l'Hôtel de ville de Cambrai. Une sorte de cirque, entendrons nous dire par quelques curieux passants. Oui, mais pas tout à fait. Sur la place, s'élèvent trois longues tentes triangulaires et colorées desquelles vibre une certaine légèreté. Cette structure, simplement montée comme un chapiteau de cirque, appelle le marcheur comme à la fête foraine. Cette sensation d'intimité, cette invitation, tend à favoriser le désir de pénétrer au sein de ces curieuses toiles.

© D.R

Du rouge, du bleu, du noir, du orange, tels des  cerf-volants,  d'amples  voilures  émergent  au  loin sur la place de la République, derrière l'Hôtel de  ville de Cambrai. Une sorte de cirque, entendrons nous  dire  par  quelques  curieux  passants.  Oui, mais pas tout à fait. Sur la place, s'élèvent trois longues tentes triangulaires et colorées desquelles vibre  une  certaine  légèreté.  Cette  structure,  simplement  montée  comme  un  chapiteau  de cirque,  appelle  le  marcheur  comme  à  la  fête foraine. Cette sensation d'intimité, cette invitation, tend à favoriser le désir de pénétrer au sein de ces curieuses toiles.

©D.R

Ni structure lourde, ni tendeurs métalliques, ni parpaings disgracieux, mais huit sacs à voiles de marins emplis d'eau ancrent  l'ensemble  au  sol. Pas d'édifice imposant, pas d'antique portique effrayant, un simple sas de toile permet à « tout un chacun » d'entrer sous ces chapiteaux accueillants.

L'entrée se fait librement et l'accès aux différents espaces est gratuit. Mais qu'est-ce donc ? Pas de clowns amusants, ni d'animaux exotiques. Il semblerait que l'appât des couleurs vives et des formes familières ait marché. Le visiteur égayé se laisse généralement emballer  par la proposition  de cet étrange lieu.

« Un musée mobile ! », lui dit-on. Un musée tout en kit conçu pour abriter une dizaine d’œuvres d'art tout droit sorties des collections du Centre Beaubourg. A l'intérieur, une ambiance ouatée et sobre enveloppe le visiteur. Les volumes, tous teintés de blanc, se mettent au service des œuvres exposées et accompagnent les flâneurs au gré de la couleur mise en exergue tout spécialement pour cette première exposition. En effet, le thème de cette initiative est la couleur. Une idée forte qui touche un tout public en étant également au coeur des préoccupations de l'art contemporain. Cet éloge de la couleur est en effet représenté par des joyaux de grands maîtres classiques et contemporains tels Pablo Picasso, Françis Picabia, Sonia Delaunay, Yves Klein, Fernand Leger, Alexander Calder mais également l'artiste contemporain Olafur Eliasson.

Frantisek KupkaLa gamme jaune

Pour accentuer cette impression d'intimité, de modestes cimaises protègent et  sécurisent  les  œuvres  tout  en  laissant  paraître un  sentiment  d'étroite proximité. Ainsi, les tableaux sont fixés au sein des  cimaise-caissons et se dévoilent au travers d'humbles vitres. Ce parcours, signé par la commissaire de l'exposition et conservatrice du Centre Pompidou Emma Lavigne, raconte alors une histoire de la couleur accessible et qui met en lumière une façon originale et ludique d'appréhender l'art en général. Cette histoire de la couleur est alors réinventée par une médiation nouvelle et très particulière. Non pas des clowns, ni des mimes ou des farceurs mais des comédiens issus de l'art du spectacle sont appelés à mettre en scène les œuvres. Cette approche, quelque peu surprenante, permet tout de même aux plus novices de stimuler une certaine construction d'un regard sensible sur l’œuvre. Pas de longs cartels à déchiffrer, point de mots savants incompréhensibles, La gamme jaune de Frantisek Kupka parle tout simplement d'elle-même.

Toutefois, un bémol vient s'inscrire dans cette si belle proposition : une médiation culturelle quelque peu restreinte et cloîtrée dans un scénario rigide et peu enclin à l'échange. Ainsi, les comédiens évoqués précédemment prétextent un mauvais rhume les empêchant de mener à bien leur rôle de « guide ». Ces derniers délèguent alors la majorité de leur prestation orale à une tablette tactile qu'ils utilisent comme une télécommande pour actionner tel ou tel fond sonore. L'idée est intéressante finalement car elle est abordable et appréciable par le plus grand nombre des publics. Cependant, il est impossible de suggérer un échange avec le médiateur, tant celui-ci est conformé dans son texte et ses différents outils. Il faut déplorer aussi le peu d'informations et de formation (!) dont ils ont disposé.

Cette idée de l'écrin, les voiles colorées, les œuvres protégées, est actionnée depuis l'année 2007 par le directeur du Centre Pompidou parisien, dans la continuité du Centre Pompidou-Metz. En effet, ces baldaquins, comme dirait l'architecte des lieux, Patrick Bouchain, sont à l'initiative du directeur de Beaubourg. La direction de ce musée d'art moderne et contemporain, dont les collections font parties des plus fournies dans le monde, a fait le pari de miser sur une itinérance de ses collections.

François LacourCHANEL Mobile Art

Beaucoup diront que c'est une première dans le monde muséal. Mais il est à souligner que d'autres avant le Musée National d'Art Moderne avaient imaginé pareille entreprise. Le Corbusier par exemple, avait rêvé d'un musée itinérant dès les années 1930 ! Sans oublier André Malraux pour qui la décentralisation culturelle était une priorité dans la création de son ministère de la culture dans les années 1960. Pour les évoquer seulement, il existe aussi le CHANEL Mobile Art, pavillon d'exposition itinérant financé par la marque Chanel et offert à l'Institut du Monde Arabe de Paris ; le MuMo, pour musée mobile destiné aux enfants, qui fait également son entrée sur la route de la culture nomade ; ainsi que le Musée Précaire Albinet ayant pour objectif d'exposer des œuvres clefs de l'histoire de l'art du XXe siècle, en partenariat avec le Centre Pompidou et le Fonds National d'Art Contemporain, en impliquant les habitants du quartier dans toutes les phases du projet.

© D.R

MuMo

Le Pompidou Mobile, projet de démocratisation culturelle, est calibré et modulable afin de lui permettre une implantation facile qu'il soit posé sur une friche industrielle, un site portuaire ou une place de marché. Ce centre veut privilégier avant tout les villes composées de 20 000 à 30 000 habitants parmi des zones rurales ou péri-urbaines culturellement défavorisées. Mais en s'installant sur des terres sous-équipées en lieux culturels, cette installation compensera-t-elle les inégalités territoriales ? Est-elle vraiment indispensable pour une ville comme Nantes lorsque l'on connait sa programmation artistique et culturelle ?

Soulignant la spontanéité de la rencontre avec les œuvres, ce projet donne tout de même à voir qu'une manifestation populaire peut aussi être un événement de qualité. Pour citer Bourdieu dans sa publication L'Amour de l'art : «... le plus important, c'est la médiation. Il faut donner au public les moyens de s'approprier les œuvres... ».

 Jennifer Bouche 

Louis Boilly - Un artiste régional au rayonnement national

En ce jour ensoleillé du Jeudi 2 Février 2012, je me hâte avec curiosité vers le Palais des Beaux arts de Lille, plus communément appelé le PBA où du 4 novembre 2011 au 6 Février 2012, a eu lieu une exposition permettant de découvrir, parait-il, un des plus talentueux artistes français des XVIIIème et XIXème siècles à savoir Louis Léopold Boilly.


© Droits réservés. 

En ce jour ensoleillé du Jeudi 2 Février 2012, je me hâte avec curiosité vers le Palais des Beaux arts de Lille, plus communément appelé le PBA où du 4 novembre 2011 au 6 Février 2012, a eu lieu une exposition permettant de découvrir, parait-il, un des plus talentueux artistes français des XVIIIème et XIXème siècles à savoir Louis Léopold Boilly.

Son nom vous est peut-être étranger, mais sûrement pas ses œuvres, notamment ses célèbres mini-portraits ainsi que ses caricatures. Cet artiste polyvalent, né le 5 Juillet 1761 à La Bassée et décédé le 4 Janvier 1845 à Paris, originaire de notre région du Nord-Pas de Calais, est ici mis à l'honneur à l'occasion de la célébration du 250ème anniversaire de sa naissance.

Sa carrière fut des plus brillantes et des plus enviées puisqu'il connut un succès triomphant et ce, dès son vivant, en France comme à l'étranger. C'est donc bille-en-tête que je m'engouffre dans ce magnifique Palais qu'est le musée des Beaux-arts de Lille, et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que l’exposition, annoncée comme un vibrant hommage à cet artiste, se déroule … au sous-sol du musée. Ma stupéfaction s’est accrue subitement pour mieux disparaître lorsque j’ai  vu cet espace, d’une luminosité exceptionnelle due à son plafond constitué d’une immense verrière, offrant ainsi un écrin étincelant à la collection exposée. Thierry Germe, architecte diplômé DPLG, a conçu un parcours scénographique des plus étonnants. En effet, le visiteur découvre une scénographie géométrique réfléchie, alternant niches et ouvertures, permettant tantôt d’abriter quelques bustes et autres sculptures qui s’offrent inopinément à la vue du visiteur, tantôt d’entrevoir la prochaine salle mais sans trop en dévoiler, laissant ainsi la surprise au visiteur.

C’est ainsi que, suivant un parcours formant une boucle, les sept salles se suivent mais ne se ressemblent pas, chacune ayant une thématique prédéfinie, citons notamment la salle exposant les caricatures, et correspondant à une chronologie précise tel le Directoire ou encore l’Empire, renforcée par une ambiance coloriste sobre propre à chaque salle, mélangeant simplement mais habilement les teintes des cimaises de manière à s’adapter aux divers moments de la carrière de Boilly.

Ce travail simple et complexe à la fois laisse au visiteur le plaisir immense de (re)découvrir la richesse et la variété des productions de cet artiste qui comprennent notamment des peintures, des sculptures, des pastels et autres merveilles graphiques, tels les mobiliers décorés de trompe-l’œil, qui se succède à sa vue.Au total, pas moins de 190 œuvres, dont des dessins, lithographies, miniatures et pièces de mobilier prêtées par de nombreux collectionneurs particuliers et par les plus grandes institutions internationales, britanniques ou américaines telles la National Gallery de Londres ou le Paul Getty Museum de Los Angeles, allemandes ou russes avec ou le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, ainsi que par les grands musées français notamment le musée du Louvre et le musée des Arts décoratifs de Paris, viennent compléter la collection possédée par le Palais des Beaux-arts de Lille.

Une succession d’œuvres, pour ne pas dire chefs-d’œuvre, qui pourraient se suffire à elles-mêmes mais l’on peut déplorer l’absence de technologie dans cette exposition, à l’heure des tables tactiles et du Web 3.0. Henry Harrisse a dit : « Une exposition publique de l’œuvre de Louis Boilly s’impose. C’est alors, et alors seulement, qu’on lui rendra pleine justice ».

C'est désormais chose faite, avec cette rétrospective, hommage vibrant et brillant puisqu’ayant accueilli 52000 visiteurs, qui a su rendre sa juste place à ce très grand peintre français originaire de notre région, que le public a pu apprécier et, pour beaucoup, découvrir.

Céline DESCHAMPS

    

Louvre Lens, à l'ère du post internet art ?

La Galerie du Temps au Louvre Lens se veut innovatrice dans la conception muséale. La disposition des œuvres en attente dans ce grand hall surprend. Cette organisation dans l'espace renvoie à une relation particulière de l'image objet mentionnée par la culture Post-Internet, notamment le Post-Internet art.

© C. Camarella, La Galerie du Temps, Louvre Lens

Le Post-Internet art, qu'est-ce que c'est ?

Le Post-Internet art est un nouveau terme pour qualifier le travail des artistes contemporains qui utilisent internet comme un outil. L'idée de l'art est produite dans un contexte numérique. On peut le situer entre le New Média et le Conceptualisme, c'est à dire un travail avec les nouvelles technologies et leur matérialité, et l'utilisation de méthodes de diffusion comme concept.

Cela s'inscrit  dans une démocratisation des nouveaux médias et tout à la fois  dans une certaine désacralisation des œuvres d'art due à leur utilisation sur le web.

Certains artistes, Artie Vierkant, Marisa Olson ou Gene McHugh, ont mis des mots sur ces nouvelles conditions de création et productions artistiques rassemblées sous ce terme.

© Artie Vierkant, Image Objects, installation view, 2013

Marisa Olson le dit simplement, après avoir utilisé internet elle « fait de l'art » tandis que McHugh s'intéresse plus à définir une époque, quand internet est autant indispensable pour les programmeurs que pour tous dans lavie quotidienne.

© Katja Novitskova, Pattern of Activation, installation, 2014

Le résultat n'est que très rarement un objet physique, et majoritairement un objet virtuel sans indication de source et de techniques utilisées qui donneraient un repère à l'internaute : l'artiste joue entre la réalité et le virtuel, le matériel et l'immatériel, si bien que vous ne savez si plus si l'artiste est l'auteur ou non de la photo retravaillée, ou élaboré et peint à même l'espace.

Notons aussi la pluridisciplinarité engendrée par ses nouveaux outils de création artistique.

De plus le Post-Internet art pose des questions sur l'utilisation massive des réseaux sociaux, le flux continu d'informations et d'images, des liens entre les ressources qui ne sont plus évidentes, et une liberté d'utilisation à la convenance des personnes qui en font un outil de la création contemporaine.

Scénographie et dispositifs

Imaginons ici un parallèle entre La Galerie du Temps et le Post-Internet art au regard de la scénographie.

La scénographie prend le parti de créer une grande étendue laissant libre cours à l'expérience, que ce soit de circulation, de points de vue, d'approches concernant l'ensemble des œuvres. Du côté des artistes post internet la création de variations d'un même objet dans une reproductibilité infinie affirme un principe d’ouverture, loin de tout état fixe.

Le parcours propose un long cheminement à travers les œuvres du Louvre retraçant l'Histoire de l'art, de la naissance de l'écriture au 4e millénaire avant notre ère,jusqu'à la révolution industrielle.

Les œuvres ne sont pas classées dans une salle peinture ou une salle sculpture, la scénographie mélange les médias et crée un ensemble pluridisciplinaire entre les périodes, les techniques et les civilisations.

Selon un même principe de décloisonnement, les objets et images post-internet sont développés avec un intérêt particulier pour la matérialité des techniques, les outils et médias ainsi que la variété des méthodes de présentation et de diffusion.

Si le Post-Internet art questionne quant au respect des droits d'auteurs, les cartels dans l'exposition, eux, ne manquent pas de rappeler que les œuvres sont la propriété du Louvre.

La salle offre différents points de vue, renouvelés et réinventés à chaque déplacement du spectateur.  D’où un renouvellement annoncé par le Louvre (qui promet une rotation d’œuvres), qui reste cependant bien plus figé qu'internet, avec son flux d'informations nouveau chaque jour.

Sous vitrine,sur socle, rond, carré, rectangulaire, estrade, groupé ou seul, à l'horizontal ou à la verticale, ou sur table : la profusion de dispositifs de soclage s'adapte à l’œuvre et aux médias, et intensifient le groupement de données que l'on retrouve dans cette esthétique particulière du post internet.

Cette scénographie a le point positif de réellement mettre en action le visiteur.

Les vitrines sont rares et certaines sculptures sont à hauteur d’homme, mais il ne faut pas s'appuyer sur les socles ou autres dispositifs mis sous alarme... une mise à distance contraire à  l’accessibilité sur le web.

© C. Camarella, la Galerie du Temps, dispositifs scénographiques

Et le visiteur ?

Le spectateur déambule, au gré de ses envies, tout droit, en diagonale, tourne en rond, fait demi-tour, s'arrête, repart. Le seul élément semblant maintenir l'ordre est une frise chronologique du Temps sur le mur. Il choisit, pioche les informations,sans pression historique. Cette liberté rappelle certains comportements lorsque nous surfons sur internet. Nous serions dans un musée d'hyper connexions ?

Un click, un retour, une lecture, une autre page. L'avancée du visiteur au long del'exposition dans un espace linéaire se compare à une page internet qui défile,un arrêt devant cette œuvre, un click sur cette page, ce qui renvoie à une autre œuvre et une autre page dans un flux d'images et d’œuvres en perpétuel mouvement.

© C. Camarella, capture d'écran retravaillée, Galerie d'images

© SANAA - Kazuyo Sejima - Ryue Nishizawa,retravaillée sur photoshop, Plan Galerie du Temps

Si le chemin du visiteur devait être tracé, on le verrait comme une souris de clavier qui se déplace dans une galerie d'images sur internet.

Comment l'espace d'exposition et les œuvres sont-elles finalement abordées ?

Le Post-Internet art est un mouvement artistique qui s'ancre aussi dans un contexte social comprenant les évolutions des technologies, l'accessibilité à internet et le monde tramé par les réseaux.

Pas de quartiers, les œuvres et médias se mélangent pour créer un ensemble à disposition des points de vue dans une seule échelle du temps. Il n'y a pas de médium plus ou mieux présenté qu'un autre, toute forme d'art se vaut. C'est cette ensemble montré qui construit le Temps et l'histoire des arts.

Acteur principal, le visiteur est autonome, c'est lui qui accorde de l'importance à telle ou telle œuvre. Cherchant habituellement à échapper au parcours prévu,une avancée vers le fond de la salle, les recoins, objets cachés, dénivelés sont appréciés. Le visiteur fera autant attention à ces détails qu'aux œuvres.La scénographie joue avec les œuvres et les visiteurs.

Dans un réseau, la perte de rationalité et de repère est inévitable entre toutes les informations.La démocratisation des outils et médias nous donne pour le moment de nouveaux champs d'actions et la possibilité de faire évoluer les caractéristiques ancrées que ce soit dans les dispositifs muséaux, les idéologies ou doctrines communes par rapport à l'art et ses représentations.

                                                                                                                                  Charlène C. 

#LouvreLens

#Post-Internet art

#scénographie

#médias


Pour en savoir plus :

MarisaOlson : http://we-make-money-not-art.com/how_does_one_become_marisa/

La Galerie duTemps au Louvre Lens : http://www.louvrelens.fr/galerie-du-temps

Millet en rose et bleu

Un de mes premiers dimanche lillois. Il fait beau, je n’ai pas envie de rester enfermée chez moi. Je retrouve l’invitation pour le vernissage de l’exposition Millet au PBA… qui date un peu. Bon et si j’y allais? 8€ l’entrée tout de même, pour un peintre dont je ne connais pas grand chose si ce n’est l’Angélus, est ce que ça vaut le coup ? Comme c’est gratuit pour les étudiants en histoire de l’art, cela devrait l’être pour ceux de muséographie.

Me voici devant le musée, en travaux, une petite porte sur le côté fait office d’entrée. A l’intérieur personne… en même temps il fait beau et chaud, quelle idée d’aller s’enfermer dans un musée.

« Bonjour, je voudrais un billet pour l’expo Millet. Je suis étudiante en muséographie, est ce que cela rentre dans les conditions de gratuité du musée? » - J’obtiens l’entrée gratuite.

Armée de mon ticket, j’erre un peu et finis par trouver l’escalier pour descendre vers l’expo. Il fait sombre, des écrans diffusent des vidéos. Pas de cartel, pas de signalétique visible… d’un côté une inscription indique des plans reliefs (je ne suis pas de la région, je découvre le musée), je me dis que ça ne doit pas être par là et me dirige donc dans la direction opposée. J’arrive dans un espace consacré à Millet USA, des parallèles sont fait avec des photographes américains du début du siècle, chouette j’adore Walker Evans ! 

Allie Mae Burroughs, Wife of a Cotton Sharecropper, Alabama, Walker Evans, 1936

Mais c’est un peu étrange de commencer par des parallèles alors que je n’ai toujours pas vu une œuvre de Millet...

Je fais le tour et descends à nouveau des escaliers avant de comprendre que j’arrive en fait tout juste devant la véritable entrée de l’exposition… serait-ce qu’il y a deux expositions ? Les héritiers avant de parler du maître ? … pas très logique ! Je montre à nouveau mon ticket, et me voici dans un espace rose, un rose franchement laid, sur lequel les dates blanches sont peu lisibles, et un accrochage très classique de tableaux dans des gros cadres, avec des cartels sur le côté, à priori rien de très fun. Je m’approche de quelques portraits mais ce n’est pas vraiment ma tasse de thé… ah et puis maintenant des murs bleus…une sorte de division binaire : mur rose= tableaux et mur bleu=dessins (puisque des dessins sont accrochés à ces murs bleus).

© J. S.

Je passe vite la partie tableaux, je m’attarde un peu plus sur les dessins, qui sont d’une précision et d’une finesse très agréable. Et puis vers la fin, un espace avec des tableaux de paysages où les murs sont couleur bordeaux, ce qui fait ressortir de superbes lumières dans les paysages.

© J. S.

Par contre c’est déjà la dernière salle. Une exposition plutôt petite donc, qui se visite assez rapidement.

Je retourne vers ce qui était en fait la fin de l’exposition et peux pleinement apprécier et comprendre ces parallèles avec ces photographes américains ainsi qu’avec Edward Hopper. Plus qu’une simple rétrospective, ces liens mis en avant paraissent vraiment évidents, pointant des similitudes entre les photos des artistes américains, et le travail de Millet. Le travail cinématographique de Terence Malick vient donner vie à l’œuvre picturale de Millet, dans la même volonté de magnifier l’image du paysan et de sa terre.

Malgré un bilan un peu mitigé, je ne suis pas très sensible au sujet, vous l’aurez compris, Millet ce n’est pas trop mon truc… je reste sur une bonne impression notamment grâce aux œuvres de Hopper, aux incontournables photos de Evans et contente d’avoir découvert des dessins de Millet. Je garde aussi en mémoire les couleurs de ses paysages. Etrangement, j’en oublierais même peut-être l’Angélus, qui était la seule peinture de l’artiste que je connaissais avant de voir l’exposition.

Dans ma tête, des images de paysans, de campagne, de nature, et de belles couleurs se prolongent encore un peu en retrouvant le soleil dehors. 

Julie Schafir

#millet

#PBA

#BeauxArts

#USA


Pour en savoir plus :

http://www.pba-lille.fr/Agenda/J.F.Millet-retrospective2

Ne rien lire sur les murs, ou si peu








L’article de la semaine dernière vous
parlait de Lire sur les murs, poursuivons à travers une expérience critique de
visite au Musée Magritte de Bruxelles. La question porte toujours sur ce que
nous offrent les murs des musées.















Façade du Musée Magritte lors de
travaux © Routard












Sur les murs du Musée Magritte de
Bruxelles, que voir ?


1.      
Les œuvres (ce qui semble normal pour un musée
Magritte)


2.      
De longues frises chronologiques illustrées à l’entrée
de chaque étage. Vous savez, là où tout le monde se presse, entre par paquets
et vous invite à surtout ne pas stationner.


3.      
Des citations. De courtes citations, qui permettent de
mieux connaître l’artiste, d’entrer dans ses pensées. Ces citations sont belles
et s’intègrent parfaitement à la scénographie. Elles sont écrites en creux sur
les murs, se détachant par leur couleur bois clair sur le fond bleu foncé des
salles. C’est beau, c’est réussi. Mais aucune information ne nous est donnée
sur la provenance de ces citations. Viennent-elles d’un écrit singulier ou sont-elles
piochées dans plusieurs ? J’ai demandé à un gardien de salle qui n’était
pas certain que toutes les citations soient bien de Magritte… Je n’ai pas
insisté auprès du gardien de salle croisé ensuite, occupé à interdire les
photographies.


4.      
Des cartels. Mais pas développés. Juste le strict
minimum d’informations sur les œuvres. Le titre, la date, le numéro
d’inventaire… 












Exemple de cimaises du Musée Magritte
de Bruxelles © Musée Magritte de Bruxelles 
(magritte.be) 


















Ce qui est bien au Musée Magritte,
c’est que les cartels sont disposés juste à côté des œuvres.Vous n’avez pas
besoin de parcourir plusieurs mètres pour avoir une information. De plus, ils
sont plutôt lisibles et situés à une hauteur adéquate. Ce pourrait être une
belle réussite muséographique si l’on tient compte des remarques évoquées dans
l’article précédent… mais le problème vient 
du manque d’informations  dans toute l’exposition !





Les frises chronologiques sont les
seuls moyens d’en apprendre plus sur Magritte, sa vie et son œuvre.
Malheureusement, les conditions ne sont pas des plus propices. Elles sont
situées à l’entrée des étages, dans une sorte de couloir qui n’est pas assez
large pour permettre de stationner tandis que d’autres y circulent
simultanément. Cela est particulièrement visible à l’entrée du premier étage
auquel nous accédons par groupes en sortant de l’ascenseur qui donne accès à
l’exposition.





Le parti-pris du Musée Magritte est de
laisser le visiteur se plonger dans l’univers de l’artiste. Il est vrai que
l’œuvre du peintre mérite de se laisser porter, de voyager par nous même dans
ce monde, sans interférences. La balade de tableau en tableau proposée par le
Musée Magritte est plaisante : les citations font écho aux œuvres, nous
plongeons facilement dans leur contemplation. 











Mais nous passons parfois à côté
d’éléments et nous ne comprenons pas forcément tout le parcours suivi par
Magritte. C’est finalement le guide feuilleté à la librairie en fin de visite
qui nous livre certaines clefs et donne l’envie de retourner dans les salles
regarder plus attentivement un tableau dont nous n’avions pas saisi le sens en
le croisant dans une salle.

 









Aénora Le Belleguic-Chassagne





Pour en savoir plus :


- http://www.musee-magritte-museum.be





#Textes


#Magritte


#Exposition







Open Museum Passard, une mission réussie ?

Le Palais des Beaux-Arts de Lille a choisi un chef étoilé pour donner un nouveau regard sur ses collections, sa mission est-elle remplie ?

Affiche d’Open Museum #4 © PBA

Décembre 2015 – Palais des Beaux-Arts, Lille.

Je commence un stage en médiation dans cette incroyable structure. Le musée est en pleine effervescence : conception de son nouveau projet scientifique et culturel dédié aux publics, projet de réaménagement de l’Atrium, réalisation de l’Open Museum ZEP…

Tout en m’imprégnant des objectifs de cet Open Museum, revisiter l’histoire de l’art et attirer de nouveaux visages, ma principale mission était d’aider à la mise en place du vernissage enfants en réalisant les fiches des œuvres que ZEP a choisi de mettre en lumière. Faire le lien entre ces deux univers pour que les jeunes du Conseil Municipal d’Enfants soient les meilleurs guides d’un jour.

Je me sentais presque privilégiée de voir les dessins et animations exclusives que l’auteur de BD avait réalisés en s’appuyant sur les chefs d’œuvre du musée. Le pari était gagné. J’en étais certaine, cet Open Museum ferait un carton. Le père de Titeuf avait réussi à décomplexer notre rapport à l’histoire de l’art et à capter l’attention de ses amateurs mais aussi de ses initiés. On irait au musée par plaisir, on rirait devant des œuvres, on comprendrait leur histoire et sortirait avec l’envie de revenir l’année prochaine en se demandant ce que le PBA pourrait bien nous réserver.

 

Février 2016 – même lieu.

Ce questionnement, je l’ai moi-même eu. Discrètement, j’ai donc demandé à ma tutrice de stage si le musée avait une idée du nouvel invité de la quatrième édition de l’Open Museum. J’appris alors que le directeur, Brunon Girveau, était en discussion avec Alain Passard, le chef étoilé du restaurant l’Arpège, mais que rien n’était encore fixé. Décidément, le PBA me surprendrait toujours.

J’avais laissé libre cours à mon imagination : comment un chef pouvait apporter un regard nouveau sur les collections du Palais des Beaux-Arts ? Quel nouveau public pouvait-il attirer ? Quelle forme prendrait cet Open Museum ? Et puis, j’avais attendu patiemment son ouverture, sans savoir si  Passard serait définitivement l’heureux élu.

   

Septembre 2016 – chez moi, Lille.

Ça y est, c’est officiel. Cela sera bien Alain Passard le centre de l’attention pour l’Open Museum #4. Le PBA lui offre sa fameuse carte blanche devenue un rendez-vous annuel. Que cela va-t-il bien donner ?

Je lis quelques articles de presse qui annoncent l’événement, me documente et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce chef Passard avait lui-même une pratique artistique autre que la cuisine. Ce féru d’art contemporain fait d’ailleurs ressentir dans sa cuisine ses autres passions : la sculpture, le collage à travers des associations de matières ou de formes…

 

Mars 2017 – le Sweet Flamingo, Lille.

Je déjeune avec mon ancienne tutrice de stage. Elle m’avait envoyé les documents de communication pour que je cerne cet Open Museum dont j’avais entendu quelques remarques par une amie agent d’accueil…

Surprise, Alain Passard est le commissaire de l’exposition et présentera quelques-unes de ses œuvres, mais, il donnera aussi la primauté à d’autres artistes contemporains. Il partagera l’événement avec Valentine Meyer, une curatrice indépendante et bien sûr Bruno Girveau et Régis Cotentin, le chargé de la programmation contemporaine.

À partir de ce moment, je doute. Je ne suis pas une initiée de l’art contemporain, et pourtant, je travaille dans le milieu culturel, qui plus est dans celui des musées. Alors, je me mets à la place de ceux qui ne sont pas des habitués, ceux qui sont éloignés de ces problématiques. Comment un Open Museum peut-il attirer de nouveaux venus en proposant un événement intégrant de l’art contemporain, qui peut selon moi, autant réunir qu’exclure. En choisissant cette orientation, le PBA s’est lancé dans un pari risqué mais conscient. Comment allait-il réussir son coup ?

 

30 avril 2017 – Palais des Beaux-Arts, Lille.

J’entre dans le PBA curieuse et décidée à m’ouvrir aux méandres de l’art contemporain. Je trouve toujours génialel’idée d’inviter un chef dans un musée mais je m’interroge quant à la façon de procéder. Ticket et livret d’aide à la visite en main, nous voilà lancées, Joanna et moi. Nous n’avons pas bien vu la première installation, les grandes pinces de homard installées dans l’entrée, dommage. Peut-être mériteraient-elles plus de lumières ou un autre lieu d’exposition… Mais nous nous sommes arrêtées un moment dans l’atrium. Les Marmites enragées de Pilar Albarracín qui reprennent l’Internationale nous font sourire et nous partons confiantes. L’art de la cuisine ou la cuisine de l’art est un monde à découvrir.

 

Taverne Lucie, Open Museum Passard, une mission réussie (1).JPG
Les Marmites enragées de Pilar Albarracin © L.T.

Nous tentons de suivre le parcours, nous devons certainement rater quelques œuvres, nous passons plus ou moins de temps devant d’autres, nous nous promenons à tous les étagesdu musée. Certaines nous posent question : pourquoi ce choix ? quel lien ? quelle utilité ? Nous sommes parfois dubitatives. Malheureusement, ce n’est pas avec l’Open Museum Passard que je vais m’ouvrir plus largement à l’art contemporain, ; ce n’est pas l’art en lui-même qui me dérange, ici c’est la façon dont il intervient sur le parcours et le lien entre le musée et la cuisine. Le propos peut être évident lorsque l’on croise sur son chemin une tenue de cuisinier. Le montage vidéo avec Le Gobelet d’Argent de Chardin est intéressant : voir le chef à l’ouvrage dans le reflet des instruments de cuisine… Je reste sur ma faim. J’aurais souhaité que les liens avec les œuvres du musée soient plus intuitifs. Le dialogue entre la sculpture du vendeur ambulant indien faite de montres (Mumbai Dabbawala de Valey Shende, 2015) et d’un tableau qui évoque l’Orient avec L’adoration des mages n’est pas évident pour tout le monde… Pour avoir travaillé sur une édition précédente, je sais que les œuvres de l’Open Museum ne sont pas placées là par hasard, alors pourquoi en ai-je la sensation pour cette quatrième saison ?

 

Taverne Lucie, Open Museum Passard, une mission réussie (2).JPG
Mumbai Dabbawala de Valey Shende, 2015 ©L.T.

 

Mai 2017 – chez moi, Lille.

En écrivant cet article, je me rends compte que je ne sais toujours pas ce que je pense de cette quatrième édition, Open Museum Passard. J’avais envie d’aimer. Je n’avais pas envie de ne pas aimer. Mais je dois me l’avouer, j’espérais que cela soit différent : plus de choses à toucher, sentir, plus de sons, d’effervescence. Bref, vivre et ressentir l’atmosphère même d’une cuisine, découvrir qu’en tant que lieu de travail, que contenant d’autres objets et personnages à l’ouvrage, en tant qu’ambiance, la Cuisine était une œuvre d’art, un art en elle-même. Passer après ZEP et son humour décalé était une difficulté en soi et créait chez le visiteur une véritable attente : inviter un chef lors de cette édition laissait à penser que cela serait surtout son métier d’artiste culinaire qui serait mis à jour et que des liens seraient tissés par ce biais. Cela est parfois chose faite grâce à l’exposition des menus qui selon qu’ils soient lus dans un restaurant ou dans un musée n’ont pas le même effet… De fait, le PBA nous a bien étonnées et continuera de tisser des liens entre les différents pans de la culture, des arts. Il fallait oser.

 

Lucie Taverne

#openmuseum
#pba

 

Opération Wikimuseum au Palais des Beaux-Arts de Lille

Le rayonnement des collections des institutions muséales, se joue désormais dans le partage et dans les actions participatives en ligne. Le Palais des Beaux-Arts de Lille a lancé fin 2016, l'action Wikimuseum pour inciter les visiteurs à publier leurs documents personnels liés au musée (photos, dessins, écrits...). Sur la plateforme collaborative Wikimuseum, les documents sont mis en ligne par le grand public. Des "wikipermanences" organisées dans le musée aident les néophytes à se lancer dans le partage de documents parfois précieux ou insolites. 

En savoir plus : • Lancement de la collecte de photos en ligne par le Palais des Beaux-Arts de Lille  • Projet Wikimuseum sur le portail de Wikipedia • Exemple de document numérisé : Charles Patelle-Bluttel, "L'Ecole hollandaise de Lille"

Hélène Prigent

16 mars 2017

#collecte

#numérique

#collaboratif

Plongez dans l'univers du peintre Louis Boilly !

C’est toujours avec enthousiasme que nous découvrons les expositions du Palais des Beaux-arts de Lille, et c'est encore une fois une belle réussite de la part de ce musée. Le PBA accueil du 4 novembre au 6 février 2012, une très belle rétrospective du peintre L. Boilly originaire de la région du Nord Pas-de-Calais.

Le début du catalogue de l’exposition laisse place à une citation de Henry Harrisse, résumant bien cette rétrospective : « On ne pardonne pas à Boilly d’avoir tant d’esprit, ni au public de prendre si grand plaisir à regarder ses tableaux ».

Une figure marquante peu connue cependant  présente dans de nombreux musées de par le monde.

Cette rétrospective marque le 250ème anniversaire du peintre, à cette occasion le PBA rassemble les plus grands chefs d’œuvres de L. Boilly, avec de nombreux prêteurs venant de plusieurs institutions de Grande Bretagne, des États-Unis, d’Allemagne, de Russie, et de collections particulières, ce qui en fait une exposition éblouissante,  de par le caractère ubiquiste du peintre et des œuvres présentées.

© Droits réservés.

L’entrée de l’exposition est surprenante, le visiteur sera accueilli par une série de petits portraits exceptionnels. Le tempo de l’exposition est lancé, et les salles vont de surprises en surprises.

Le fil de l'exposition se fait tout simplement de manière chronologique,  surtout de l’évolution artistique, culturelle et politique de Boilly.  

Une exploration à travers le temps à partir des XVIIIème et XIXèmesiècles, avec non seulement des évolutions artistiques mais aussi ethnographiques, historiques et patrimoniales faites à cette époque.

Boilly se penche sur toutes les mutations des sociétés de cette époque, cela rend l’exposition d’autant plus fascinante et attrayante pour le visiteur et l’homme d’aujourd’hui.

En effet, chaque salle, représente une époque, une influence artistique de l'artiste.  Au total, sept grandes    sections chronologiques et thématiques, et à travers ces sections des petites salles découpées par parcours. 

Ces salles sont à la fois traversées par la « tourmente révolutionnaire » de l’artiste, des figures marquantes de la Révolution,  comme en témoigne ses magnifiques dessins de portraits réalisés avec une tendresse et une sincérité stupéfiantes des scènes de genre. Boilly se faisant sociologue, le visiteur peut constater les évolutions et les mutations de la vie sociale, des situations familiales et aussi politiques.

Le parcours de l'exposition est agréable, et offre des espaces clairs, dynamiques, grâce à la rythmique des  espaces mise en place pour accorder une fluidité de circulation et entre les œuvres. Le visiteur est  transporté de salle en salle,  d'époque en époque.

La scénographie fait partie aussi de la valeur du PBA, un décor "propre", soigné, mais finalement classique, toutefois cela participe au charme de l’exposition et s’accorde bien avec les œuvres. Les salles se présentent sous la forme de petits salons, sans nul doute pour rappeler les Salons de ces époques et dont l’artiste fut un participant assidu et ce, à de multiples reprises.

© Droits réservés

Après coup, la scénographie ne semble pas si classique, il y a une dynamique, les salles se  présentent comme des petites saynètes (pour chaque époque et mouvement artistique) avec des petites ouvertures et des niches entre les cloisons, cela permet d'entrecroiser les autres salles, mais sans trop en dévoiler sur le sujet. Ces petites niches instaurent cette dynamique et, avec un va-et-vient donnant lieu à un jeu du regard sur ces œuvres. En conclusion, on ne ressent aucune superposition des courants artistiques ou historiques.

Une métaphore donc sur notre regard contemporain sur l’histoire de l’art,  qui n’est pas juste une histoire linéaire de ces différents courants, on porte toujours un avis comparatif sur le passé. C’est pourquoi, les œuvres se reflètent à travers leurs époques, comme un effet miroir sur la vie de L. Boilly. 

       

          

C’est aussi créer un choc par rapport aux représentations artistiques et des transformations des courants artistiques du travail du peintre.

Une exposition montrant la grande virtuosité de cet artiste, et plus particulièrement les domaines où il excelle, à savoir l’art du portrait et celui du trompe-l’œil,  à qui la dernière salle est consacrée, et qui semble la plus attendue pour le visiteur.

Enfin, cette exposition qui a un grand succès à Lille et honore la mémoire de cet artiste exceptionnel, qui propose encore une fois, une surprise totale sur son travail.

                                                                                                                                  

                                                                                                              Meunier Chloé.

Pompidou-Metz : entre centre d’art et musée…

Rencontre avec Hélène Guénin, responsable adjointe du pôle programmation

Découvrir par matin d’hiver, le centre Pompidou-Metz endormi sous une fine couche de givre blanc relève d’un bel instant deg râce… C’est une œuvre architecturale absolument impressionnante quand on sait que la source d’inspiration de l’architecte Shigeru Banest née de l’achat d’un simple chapeau traditionnel chinois acheté à la Maison de la Chine à Paris! Le bâtiment se présente coiffé d’un assemblage de poutres d’épicéa en lamelles collées qui s’entrelacent pour former un maillage hexagonal recouvert d’une fine membrane de téflon opaque et transparente de nuit.


Crédits : Marie Tresvaux du Fraval

On retrouve l’idéede l’hexagone dans l’architecture globalede l’édifice avec trois galeries auto portées traversant l’espace en se croisant. Ces trois galeries sont apposées àune colonne métallique sur laquelle est suspendue la toiture, laquelle va se reposersur plusieurs poteaux-tulipes contournant le bâtiment. Passé le seuil de l’édifice, on entre alors dans une véritable relationsensorielle jouant entre l’espace architecturalintérieur et l’environnement extérieur. Celuici se dévoile à chaque étage par des pans de murs vitrés mettant en œuvre unemagnifique interaction avec le panorama de la ville de Metz.

La structure se décline en trois parties avec sestrois galeries, un bâtiment annexe administratif, et un studio ; espacemodulable de 500 m² dédié aux arts vivants. Lagrande nef, vaste hall translucide, permet d’accueillirune diversité d’évènements et dispose d’un premier espace d’exposition.Un auditorium pouvant diffuser films et conférences dont la particularitéoriginale et innovante est attribuée à la réalisation de Shigeru Ban. Leplafond en forme de vagues conçues en tubes cartonnés contribue ainsi à laperformance acoustique du lieu. Restaurant, café, bibliothèque, boutiqueterrasses et jardins enrichissent le lieu.

Le projet visant le mouvement de décentralisationdes collections nationales a été amorcé en 2003 et développé sous le ministèrede la Culture dirigé par Jean-Jacques Aillagon. Il représente donc la premièreexpérience de ce type en France. Metz a été retenue pour combler un manque enmatière de structures régionales d’art moderne. La villedisposait d’une implantation urbaine etgéographique intéressante avec l’idée de construire lemusée dans le quartier de l’amphithéâtre (lieu d’anciennes friches ferroviaires).Plus d’une centaine d’hectares autour de l’édifice est dédiée à la construction de centres d’affaires, de commerces et d’habitationsdans une démarche de projet HQE[1].

Le centre Pompidou-Metz est un EPCC[2]. Ce fonctionnementautonome lui confère également une plus grande liberté au niveau du choix de laprogrammation scientifique et culturelle qui cependant est validée et entérinéepar Beaubourg. L’établissement ne possède pasde collections propres. Celles-ci ne dépendent pas non plus uniquement deBeaubourg mais peuvent passer par les circuits internationaux et nationaux. Lesexpositions reçues peuvent être itinérantes comme l’unedes prochaines d’Hans Richter, programmée enseptembre 2013 et coproduite avec le Lacma de Los-Angeles.

L’un des objectifs duprojet scientifique et culturel  est de mettre en avant la pluridisciplinarité,en présentant les arts vivants (danse, performance, musique, théâtres, cirque),le cinéma ou des cycles de conférences variés. Le budget alloué aux artsvivants ne représente que 10% du budget global mais cette programmation dans leprolongement des expositions et permettant de mettre en lien un chorégrapheavec un artiste ou un auteur comble les visiteurs. Ainsi dans le cadre d’un partenariat, et sous forme de coproduction avec l’EPCC Metz/Arsenal, l’œuvremajeure Fasede la chorégraphe Thérésa de Keersmaeker sera présentée aumois de janvier 2013 accompagnée d’une conférence Danseles années 80 et la naissance de lauteur.

Actuellement la danse s’expose,la grande nef présente Parade, ballet présenté en 1917 au théâtre duChâtelet à Paris. Evènement exceptionnel dans l’histoiredes arts qui rassembla Jean Cocteau, Erik Satie, Pablo Picasso, LéonildeMassine et Serge Diaghilev autour d’une œuvre magistralede l’histoire de la danse. De la genèse au processus decréation le visiteur défile au gré d’un parcours circulaireaux tons nacrés parmi une sélection documentaire exceptionnelle et centralisépar l’œuvre incontournable du rideau peint de Picasso.

Visite insolite en contraste total etdéstabilisant avec Frac Forever ou pour fêter les trente ans de fondsrégionaux d’art contemporain, le centreinvite le Frac Lorraine à investir la galerie 3. Dans l’obscuritéla plus totale, bruitage et éclats lumineux ajoute une dimension surréaliste. Levisiteur se doit de recharger la batterie d’unepetite lampe de poche, distribuée à l’entrée de l’exposition, pour éclairer à sa convenance les œuvres d’une soixantaine d’artistesmajeurs de ces quarante dernières années et réparties  sur les murs d’un large espace vide.

Crédits : Isabelle Capitani

Au niveau de la galerie 2 est présentée unerétrospective sans précédent en Europe de l’artisteconceptuel américain Sol Lewitt (1928-2007). Trente-trois œuvres murales s’imposent magistralement à travers plusieurs combinaisonsde noir et blanc, composées de lignes ou de formes géométriques. Contrairementaux deux autres expositions le parcours se poursuit rectiligne suivant l‘espace parallélépipède rectangle de la galerie.

Œuvre en lui-même, le centre Pompidou Metz rayonne aucœur d’un espace encore en construction ; contraste qui justifiela grandeur de l’art au service dudéveloppement culturel et économique d’une région et l’on ne peut éviter le clin d’œilau petit frère Louvre Lens en lui souhaitant un même second et grand succèsdans la nouvelle conquête du territoire Nord-Pas de Calais …

 

Nous remercions chaleureusement Hélène Ghéninpour son aimable présentation de l’institution.

Isabelle Capitani


[1] haute qualitéenvironnementale

[2] établissementpublic de coopération culturelle

Quand Vincent devint Van Gogh

Le peintre néerlandais est à l'honneur de la ville européenne de la culture 2015, avec une exposition de soixante-dix peintures,dessins et lettres, à découvrir au BAM (Musée des beaux-arts de Mons) jusqu’au17 mai 2015.

©DR

Van Gogh au Borinage, lanaissance d’un artiste retentit comme un blockbuster. Le Borinage est un ancien site minier qui donnait jadis du charbon à l'affleurement avant de  creuser des mines. Le nom viendrait du néerlandais « boren » qui signifie « creuser ». C’est là, entre 1878 et 1880 que Vincent Van Gogh décida de se consacrer à la vie d’artiste. L'exposition du BAM n’offrepas seulement les débuts artistiques du peintre, elle dresse aussi un portrait des terribles conditions de vie, dans le Borinage decette époque qui ne conjuguent que labeurs et misères. Enfin, la plume magnifiquede Vincent Van Gogh nous plonge dans son cheminement intérieur,  semé dedoutes et d’émotions. Elle présente l’être humain derrière le « monstresacré » et gagne le pari de traiter d’un sujet complexe et sombre.

La dimension dramatique estfranche : salles immenses, murs colorés mats, accrochage minimaliste. Les œuvres, dans des cadres classiques doréssont éclairées par des spots directionnels. Positionnées à unehauteur imposante, elles obligent au recul sans nécessiter de mise à distance. Malgrél’affluence de ce dimanche après-midi, on n’entend que le parquet s’exprimer.

©      DR

Les coloris choisis pour les murs d’accrochage mènent la conversation. Ils reprennentla palette de couleurs des toiles de Van Gogh : bleu céleste, orange,rose, vermillon, jaune très vif, vert clair, le rouge clair du vin, violet.Sans doute, pour mieux souligner ses travaux à la craie noire, au fusain à lamine de plomb et mettre en perspective son génie de la couleur, mais ils interpellent nos mémoires en nous renvoyant sans cesse aux images que nous avons de l’œuvre de Van Gogh. Par ailleurs, l’exposition intègre plus de 20 œuvres que l’artiste copia ou quiinfluencèrent son travail et qui le rendent plus proche, plus compréhensible.

Pour garder la concentration desvisiteurs, un court paragraphe informatif en français, néerlandais et anglaisintroduit les séquences de l’exposition. De plus, un diaporama de 4 minutes joué enboucle résume le parcours. Les commentaires diffusés sous des bulles sonores permettent un visionnage en simultané dans les 3 langues. On prend avec plaisirces fils qui nous guident.

L’atmosphère, la lumière douce,appartiennent au répertoire de la confidence et de l’intimité. Dans chaquesalle, de confortables divans blancs permettent de s’assoir. Un livret devisite reprend des extraits de la correspondance du peintre, les textesintroductifs et explique chaque œuvre. Les textes sont clairs, le niveau delangage et le vocabulaire accessibles, sans termes recherchés ou spécialisés.Dans une salle dédiée, on feuillette les lettres de Vincent Van Gogh sur destables numériques ou des lutrins. Les lettres numérisées sont retranscrites etillustrées de photos ou des croquis auxquels elles se réfèrent.

©      MRH

Enfin, au sein de l’exposition,les visiteurs sont invités à re-colorier  La chambre en 3D. Au départ imaginéepour répondre aux besoins de jouer et de toucher des enfants, la chambre blanche est maintenantcouverte de ronds de couleurs. Il s’agit de coller des pastilles colorées surdes moulages de meubles identiques au tableau. Comme si chaque visiteur possédaitun peu de ce talent qui fait les artistes, adultes, adolescents, enfants etgrands-parents jouent de la gommette au petit bonheur, comme une touche de pinceau,  et participent avec humour à cette œuvre naissante.

 VanGogh au Borinage, la naissance d'un artiste,jusqu'au 17 mai au musée des Beaux-Arts deMons (Belgique).

Murielle

Quenelles, grattons, bugnes et autres spécialités des bouchons à l’honneur !

À l’heure où le repas gastronomique des Français est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité et où la ville de Lyon serait candidate pour accueillir la future cité de la gastronomie française, le Musée Gadagne présente pendant plus de cinq mois une exposition consacrée à la gastronomie lyonnaise.


© Musée Gadagne

À l’heure où le repas gastronomique des Français est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité et où la ville de Lyon serait candidate pour accueillir la future cité de la gastronomie française, le Musée Gadagne présente pendant plus de cinq mois une exposition consacrée à la gastronomie lyonnaise.

Intitulée  Gourmandises ! – Histoire de la gastronomie à Lyon, l’exposition se divise en trois sections : Lyon capitale de la gastronomie : construction d’une légende, les années glorieuses et modernité et nouvelles tendances de la gastronomie lyonnaise. Un parcours chronologique qui permet une approche historique simple et méthodique pour les Lyonnais comme pour les « étrangers » qui ne sont pas spécialistes. Au fil de l’exposition, le visiteur découvre témoignages littéraires, photographies, recettes, affiches, vidéos présentant ou prenant parti pour la cuisine rhônaise. Mis à l’honneur, le patrimoine culinaire de Lyon est célébré, honoré voire glorifié. La guide de l’exposition insiste particulièrement sur les comparaisons faites entre Lyon et les autres villes, terminant ses phrases par un trait chauvinisme non masqué. Certes, si une telle exposition est présentée au Musée d’histoire de Lyon, le Musée Gadagne, un point de vue « patriote » était inévitable… Pourtant peu ancré dans les dispositifs écrits de la muséographie, il a tout de même troublé ma visite par cette guide insistante et son groupe qui semblait me poursuivre dans les salles.

Mention spéciale pour la scénographie : l’espace d’exposition pas très grand est bien mis en valeur. Deux petites salles nous emmènent dans une cuisine, peinte en vert pomme, qui regorge de meubles (de cuisine bien sûr !) où tiroirs et autres placards deviennent des dispositifs de médiation. Le spectateur, piqué dans sa curiosité, se retrouve comme un enfant dans un terrain de jeu… ouvrant les buffets pour découvrir leurs trésors. La présence de ces outils est une très bonne initiative : les expôts étant principalement des documents écrits et visuellement peu attractifs (lettres, journaux, conseils culinaires, anciennes recettes…), le public n’y jette qu’un bref coup d’œil. Devoir ouvrir un casier et découvrir ce qui s’y cache, capte beaucoup plus l’attention du visiteur, adulte ou enfant.

Nous laissons, ensuite, derrière nous cette cuisine familiale pour nous retrouver dans une ambiance de restaurant… un peu chamboulée ! Ici, les tables se retrouvent sur les murs et les « dessous de bar » servent de cuisine !  En effet, en entrant le visiteur aperçoit sur le mur de droite, les nappes traditionnelles quadrillées de rouge et blanc typiques des « bouchons » (restaurant populaire lyonnais) ; et sur sa gauche, les nappes blanches qui rappellent un autre standing. Le bar du centre sert à la fois de lieu de repos, en nous transportant dans un environnement connu (les discussions s’engagent sans effort, on se retrouve au bistrot du coin…), et de dispositif de médiation pour les enfants qui préparent des plats faits de laine et tissu pour nous les présenter sous la cloche transparente du bar. De nombreux jeux permettent également de découvrir le « parler culinaire lyonnais », les odeurs typiques des mets ou encore leur composition.

D’autres initiatives sont à noter… Durant le temps de l’exposition, les Lyonnais (mais aussi les touristes qui s’initient au plaisir de la gastronomie lyonnaise) sont invités à envoyer témoignages, photos et/ou vidéos qui sont présentés à l’entrée. À la fin, les visiteurs trouveront une nouvelle cuisine scénographiée, plus petite et plus spartiate (celle d’un petit appartement lyonnais ?) où des livres sont proposés à la lecture.

Je regretterai, pour ma part, l’absence de dégustation à la fin de la visite… Entendre parler de cuisine pendant une heure donne envie de se mettre quelque chose sous la dent ! Cependant, c’est que je ne suis pas tombée au bon moment car en regardant le catalogue et le programme de l’exposition, on découvre les différentes propositions. Des rencontres gustatives aux « déjeuners-barvardage » en passant par les conférences ou les balades culinaires dans Lyon, le goût est bien présent dans cette manifestation autant que la vue ou l’odorat. Et pour les gens qui, comme moi, ne peuvent juste voir l’exposition, en sortant de musée le Vieux Lyon s’offre à nous avec toutes ses spécialités gastronomiques.

Cécile MASSOT

Gourmandises ! – Histoire de la gastronomie à Lyon,

Musée Gadagne, le musée d’histoire de Lyon,

du 18 novembre 2011 au 29 avril 2012.

Rêver l'architecture, parcourir l'imaginaire

Rêver c'est se permettre toute sorte de transgression, c'est l'imaginaire en liberté. Le rêve est créatif et les artistes aiment rêver.« Marcher dans le rêve d'un autre », voilà le titre de la Biennale d'Architecture d'Orléans organisée par le FRAC Centre-Val de Loire.

Pour« Marcher dans le rêve d'un autre », il faut parcourir l'imaginaire. Il n'y a pas qu'au FRAC que la Biennale prend lieu, il faut marcher dans la ville, dans la région. Il faut véritablement se mettre en mouvement physiquement et intellectuellement pour rêver. Les rêves s'inspirent de nos habitudes, mais les rêves sont absurdes. La Biennale bouleverse alors le FRAC, la ville d'Orléans,et la région Centre-Val de Loire en créant de l'imaginaire, en nous faisant vivre autrement les espaces.

Tout commence avec le FRAC. Patrick Bouchain, l'architecte invité d'honneur de la Biennale, a décidé de retourner le bâtiment. Je suis orléanaise et j'ai l'habitude d'aller au FRAC mais cette fois-ci tout est inversé. L'entrée est à gauche et non plus sur la droite, le parcours commence par ce qui auparavant le terminait et le visiteur a accès à de nouveaux espaces. Ce geste permet de découvrir l'espace autrement, d'avoir un regard nouveau. Ce qui était avant le hall avec l'espace d'atelier est maintenant devenu le« Haut lieu de l'Hospitalité » pensé par Patrick Bouchain. Comme dans beaucoup de ses projets, c'est la vie qui est au centre. Le nouvel espace est donc plus accueillant, il invite à s'asseoir, s'installer, lire, discuter, échanger. L'ambiance est intimiste, beaucoup de voiles sont déployés sur la structure intérieure du bâtiment et les lumières sont douces. Même si peu de visiteurs s'installent vraiment dans ce « Haut lieu de l'hospitalité » comme le définit Patrick Bouchain, cela permet de voir le musée autrement. C'est un espace qui accueille la vie et non des œuvres mortes. Ce lieu de partage coloré et reposant crée surtout un vrai temps de pause dans la visite de l'exposition. Pour continuer à rêver et « Marcher dans le rêve d'un autre », des installations d'artistes invités pour la Biennale prennent place dans ce lieu de convivialité (puits de lumière de Lucia Koch, livres de Lukas Feireiss, sculptures de Pierre Bernard).

Haut lieu de l'Hospitalité » © C.D.

Puits de lumière, Lucia Koch © FRAC Centre. Sculptures Pierre Bernard ©C.D.

Dans l'exposition, des éléments appellent au rêve et à l'imaginaire.Beaucoup de couleurs, des lumières intimistes, des passages par des rideaux à ouvrir qui suscitent la découverte, des maquettes disposées de façon anecdotique. Les titres des séquences déterminent les liens entre le fond du FRAC sur l'architecture et cette biennale sur le rêve : « Utopies »,« Paysages », « Architectures », « Haut lieu de l'Hospitalité », « Patrick Bouchain :tracer, transmettre », « Emotions ». Il s'agit d'une biennale de collection et donc certains projets et certaines œuvres ont déjà été présentés lors d'expositions antérieures.Même s'ils sont montrés selon une thématique nouvelle et en regard avec d'autres œuvres, le FRAC a demandé aux artistes invités de créer des œuvres originales spécialement pour cette biennale, ce qui évite l'impression de visiter toujours la même exposition.

 Portes rideaux, « Emotive City » Minimaforms, « How to Build Without a Land Blueprint » Saba Innab,

©C.D.

La séquence de cette exposition la plus inédite reste celle dédiée à Patrick Bouchain qui a fait don de ses archives au FRAC en 2016. Il s'agit d'une monographie de l'architecte, en lien avec la thématique de la biennale. La diversité des archives rend la monographie dynamique : maquettes, carnets de recherche, documents d'archives, photographies,etc. Cette séquence est pensée comme l'entrée dans le cabinet de curiosité de l'architecte, dans son atelier mental où le visiteur peut avoir accès à son imaginaire et donc est lui-même invité à rêver. Beaucoup de ses carnets sont exposés et des reproductions sont mises à disposition du public pour pouvoir les manipuler et être au plus près du processus de réflexion et de création.

Séquence«  Patrick Bouchain : tracer, transmettre », © C.D.

La visite au FRAC une fois achevée, le rêve n'est pas terminé. C'est finalement en sortant qu'on se rend compte que tout fait écho et que le rêve continue. Impression de déjà vu face à ce drapeau et à cette installation à l'entrée du FRAC. Dans la ville, je peux encore imaginer. Rue de Jeanne-d'Arc, les drapeaux traditionnels ont été remplacés par des drapeaux d'architecture expérimentale conçus pour l'occasion par la scène espagnole, les motifs me sont familiers car vus au FRAC. Le rêve peut même se poursuivre dans d'autre villes, dans toute la région. Si je vais à Fleury-les-Aubrais je peux découvrir les œuvres de Mengzhi-Zeng en résidence au Centre Hospitalier Daumezon et dont des maquettes sont présentées au FRAC. Et à Amilly je peux découvrir les projets rêvés par Guy Rottier.

Nidhal Chamekh ©C.D., Anonyme © C.D., José Maria Yturralde © C.D., Rue Jeanne-d'Arc © FRAC Centre

Pour« Marcher dans le rêve d'un autre » il faut franchir les espaces s'autoriser la divagation, l'absurde, la transgression, comme ont pu le faire les architectes et artistes présentés à la Biennale.

C.D. 

#architecture#rêve#imaginaire

Pour en savoir plus :

Biennale d'architecture d'Orléans du 13/10/2017 au 01/04/2018

https://biennale-orleans.fr/

http://www.frac-centre.fr/

Lieux de la Biennale :

Dans la ville :                                                            

Dans la région :

Ronronner de plaisir avec l'art !

La BD au musée

Le Musée en Herbe, situé à Paris, privilégie depuis 40 ans la rencontre entre l’art et les enfants en prenant soin d’aborder les expositions avec humour tout en alliant l’art au jeu. De février à décembre 2016, le musée prouve encore une fois cette dynamique en présentant dessins, sculptures et peintures de Philippe Geluck avec l’exposition L’Art et le Chat.Né le 22 mars 1983 dans les pages du journal Le Soir, Geluck et son Chat acquièrent rapidement un grand succès entre publications, albums et expositions.

L’entrée du 9e art au musée

Depuispeu, la bande dessinée s’impose dans les musées et les expositions qui lui sontconsacrées sont en plein boom. De Nicolas de Crécy au Quartier, le centre d’artcontemporain de Quimper aux installations de Blutch, Winshluss et Blanquet à laFerme du Buisson, la scène nationale de Marne-La-Vallée, en passant parl’intervention de Zep, le père de Titeuf au Palais des Beaux-Arts de Lille, le9e art envahit les musées. Et ce n’est pas terminé puisque Hergé sera mis àl’honneur en septembre au Grand Palais. Les musées misent sur la bande dessinéepour  attirer un nouveau public. Et celafonctionne, le Palais des Beaux-Arts de Lille avait attiré en 2015, 80 000visiteurs dont 70% étant des primo-visiteurs[1]lors de l’Open Museum interDuck. Uncollectif de peintres allemands parodiait des œuvres célèbres de bande dessinéeaméricaine en y ajoutant des têtes de canard : une statue de Toutankhamondevenant ainsi Duckankhamon.

Lacollaboration entre Geluck et le Musée en Herbe participe à cet enthousiasmepour l’entrée de la bande dessinée dans les lieux institutionnels. La volontéd’attirer un public nouveau mais surtout de faire aimer l’univers muséal auxenfants semble être l’objectif principal de l’exposition. Le tête-à-tête entrebande dessinée et Art, ne fait alors que commencer !

Lechat joue au critique d’art

       L’art et Le Chatpropose tout au long du parcours, un face à face entre lespensées humoristiques du Chat de Geluck et les œuvres de grands nomstels que Pierre Soulages, Pablo Picasso, Andy Warhol, Jeff Koons ou encoreJean-Michel Basquiat. Pour Geluck, il est question de rendre hommage à cesartistes tout en portant une réflexion sur l’Art. 

À gauche une œuvrede l’artiste César, à droite la « Salade César » de Geluck. © TorreLaurence

Unetrentaine de chefs d’œuvre de l’antiquité à aujourd’hui et mêlant tous lesstyles sont alors confrontés au regard critique et à l’humour du Chat. Ainsinous rencontrons un Chat qui « réfléchit », une « SaladeCésar » ou la vision du cubisme par le Chat. Chaque œuvre possède sonpendant signé Geluck et un clin d’œil humoristique nous rappelle même leplafond de la Chapelle Sixtine. 

©Torre Laurence

L’art et le Chat est une exposition qui nous meten confiance avec l’art, elle nous permet de l’appréhender avec humour et offrede nouvelles clés de lecture des œuvres. 

 « De 3 à 103 ans »

L’exposition vise un public large et,comme le Musée en Herbe voit large, il considère les personnes de 3 à 103ans ! Les premiers visiteurs ciblés sont les enfants, les œuvres del’exposition sont d’ailleurs accrochées à 90 centimètres en général afin d’êtreà leur hauteur.

Lesœuvres sont alors plus facilement visibles pour les tout-petits, tout enévitant les reflets. En plus d’un programme d’activités complet destiné auxenfants, un carnet de jeu de piste est offert à l’entrée. Il est proposé endeux niveaux de difficultés différents : pour les chats et les chatons. La difficulté des questions s’adapte alors à l’âge del’enfant puisque le livret chaton estdestiné à ceux ne sachant pas encore lire. À la fin du parcours, une fois lesénigmes autour du Chat et des œuvres résolues, un chocolat à l’effigie du matouest alors offert à l’enfant comme récompense. Des jeux, en rapport avec lesœuvres, sont également mis à disposition sur le parcours comme par exemple descubes devant un tableau de Picasso. Ainsi, tous les éléments sont regroupésafin que la rencontre entre l’art et les enfants soit la plus positive etinteractive possible.Maiscette exposition plaît autant aux adultes puisque l’humour de Geluck ne laissepersonne insensible. Jeux de mot et clins d’œil entre les œuvres nous poussentà réfléchir et à redécouvrir l’art à travers un regard différent. Desmédiateurs sont également présents sur l’ensemble du parcours afin de donnerquelques clefs de compréhension et d’échanger avec les visiteurs sur les senscachés des œuvres et autres plaisanteries de la part de Geluck. 

© Torre Laurence

Il n’estd’ailleurs pas rare d’entendre des rires dans le musée et ce jusque dans lestoilettes… Mais je ne vous en dis pas plus et vous laisse aller découvrirl’exposition, ouverte jusque décembre 2016.

C.B.

Pouren savoir plus :

http://www.geluck.com/

http://museeenherbe.com/

#Le Chat # Geluck # Musée en Herbe


[1]Potet Frédéric, Au musée, la BD enébullition,15 avril 2016,LeMonde [en ligne] http://www.lemonde.fr/arts/visuel/2016/04/15/la-bd-entre-au-musee_4903162_1655012.html

Sade, attaquer le soleil

Lorsque le musée d'Orsay ouvre une exposition temporaire, il est difficile de l'ignorer. Quand on ajoute les cris poussés par le grand public à la vue d'un clip de promotion plutôt sensuel, mettant en scène des corps nus, tordus, pressés les uns contre les autres, allant jusqu'à en restreindre l'accès à la vidéo au moins de 18 ans, cela devient impossible. A force d'en entendre parler, et pour peu que le sujet soit intéressant, ou même juste intriguant, il y a forcément un moment où on trouve le moyen d'y aller (de préférence le jour où l'entrée est gratuite). Et donc, au cas où personne ne le saurait, l'exposition « Sade. Attaquer le soleil » a ouvert, le 14octobre 2014 et fermera le 25 janvier 2015. Déjà, le nom de l'exposition a de quoi attirer l'attention: une exposition parlant d'un personnage aussi controversé? Je demandais à voir! Parce que oui, la façon dont un sujet tel que cet homme, dont certains trouvent,qu'il avait du génie alors que d'autres ne veulent pas en entendre parler comme d'un véritable auteur, me questionnait. Et puis l'intitulé restait, pour moi, assez mystérieux. Le résumé de la thématique consulté sur le site d'Orsay indiquait que la dimension qui serait abordée serait celle des micro-révolutions que l'œuvre de Sade aurait apportées aux normes artistiques de son époque, et qui resteraient encore d'actualité. Je vous livre un extrait du dit-résumé, juste pour vous mettre en bouche :

« L'œuvre du « Divin Marquis » remet en cause de manière radicale les questions de limite, proportion, débordement, les notions de beauté, de laideur,de sublime et l'image du corps. Il débarrasse de manière radicale le regard de tous ses présupposés religieux, idéologiques, moraux,sociaux. »

Tout un programme. Même si l'idée restait très nébuleuse.

Franz von Stuck, Judith et Olopheme

Il faut que je précise quelque chose:je n'ai pas pris l'audioguide. Je pense que prendre unaudioguide, pour voir une exposition, peut être enrichissant, maisne doit pas être nécessaire. Le musée d'Orsay n'est pas réputépour être le moins cher de Paris alors, me croyant maligne, j'y aiété le premier dimanche du mois, pour entrer gratuitement. Mais jene m'attendais pas à devoir payer 5 euros pour l'audioguide del'exposition temporaire. Par principe, j'ai dit non. La somme peutparaître modique, mais pas pour moi. En grève d'audioguide et arméede mes seules (et pauvres) connaissances scolaires sur le marquis deSade, j'ai commencé la visite.

Etes-vous déjà entrés dans unesalle de cinéma, en retard, pour vous rendre compte au bout dequelques minutes que vous vous êtes trompés de film? Les premièressalles, qui sont celles qui doivent donner envie de continuer, m'ontlaissé une impression de grand fouillis. Plusieurs écrans oùpassent de vieux films noirs et blancs dont le nom n'est visible qu'àla fin de chaque extrait, des tableaux de plusieurs époquesdifférentes, quelques citations de Sade aux murs... Et c'est tout.Pas d'explications. Juste cette sensation d'être au mauvais endroit.Et cette impression s'est renforcée au fur et à mesure de mavisite.

Pour être claire, je pense que le plusgrand défaut de cette exposition est son manque d'explications etpeu de supports de médiations mis en place. Je suis restée dans lebrouillard le plus complet jusqu'à ce que, dans la troisième salle,je finisse par trouver (enfin) un panneau m'expliquant succinctementde quoi allait traiter l'exposition: l'influence des œuvres de Sadesur les formes artistiques de son époque jusqu'à aujourd'hui. Unefois que la démarche expographique est clairement indiquée, leschoses s'éclairent, et la recherche de liens logiques peutcommencer. Par la suite, l'exposition se compose d'une multitude depièces, de taille limitée, concernant chacune un thème bienprécis, étudié en partant du point de vue de Sade, vers celui despeintres, sculpteurs, photographes ou autres qui l'ont représenté:le lien entre désir et violence, La luxure et la Révolution, ledésir et l'infini, le sexe et la religion, etc. Tous cela par coupled'idées, dont les liens sont explicités par des œuvres et descitations des ouvrages de Sade. Si il reste difficile de percevoirles limites entre les différentes « zones », c'est aussique ces notions sont imbriquées les unes dans les autres. Lamultitude de sujets traités relève sans doute du parti pris par lecommissaire d'exposition Annie Le Brun (auteur de plusieurs ouvragessur Sade, et de l'exposition « Petits et grands théâtres duMarquis de Sade »). Cela a l'avantage de mettre en lumière lavariété de sujets que le Marquis de Sade a traité au cours de savie, et le désavantage de perdre, encore une fois, le visiteur.

La scénographie reste très cohérente.Il faut reconnaître que ces espaces plutôt réduits par rapport àl'espace d'exposition permanente, installe une atmosphère pluscalme, peut être même intime, bien que plutôt sombre, me faisantpenser à ce qu'on appelait un boudoir à l'époque du Divin Marquis.

Je suis sortie avec des impressionsplutôt mitigées de « Sade. Attaquer le soleil ». Je nepeux pas dire que j'ai vu l'exposition en détail, vu la taille dulieu, et je pense que l'audioguide doit être un support nécessaireà cette visite. Mais, ne l'ayant pas pris moi-même, cela reste unesupposition.

Léa Gretchanovsky

#Beaux Arts

#Marquis de Sade

#Médiation

Sens et essence des meubles de Jean Nouvel

L’exposition « Jean Nouvel, mes meubles d’architecte. Sens et essence » annonce le retour de cet architecte renommé suite à une absence de 20 ans au musée des Arts Décoratifs à Paris dont il a aménagé les espaces dédiés aux expositions de graphisme et de publicité en 1998. Il a eu carte blanche pour mettre en place sa propre exposition du 27 octobre au 12 février 2017.

« Un meuble, une table, une chaise, un bureau, c’est une architecture en soi »

Jean Nouvel est bien une véritable star du bâtiment. On lui doit l’Institut du Monde Arabe, le Quai Branly, mais aussi l’antenne du musée du Louvre à Abou Dhabi. Cet architecte est souvent mis en avant pour ses réalisations architecturales. Cependant, l’exposition fait connaitre une facette moins connue de Jean Nouvel en présentant son travail de designer d’objets et de mobilier. Peu d’architectes contemporains ont créé une aussi importante collection d’objets de design.

Ensemblede tables de Jean Nouvel © SP

 « Je ne suis pas undesigner, mais un architecte qui fait du design »

Dans son travail d’architecte-designer, Jean Nouvel explore lesmodèles les plus communs. Que ce soit une table, une armoire ou un fauteuil, le« sens » de l’objet est étudié puis décortiqué afin d’en extirper« l’essence ». C’est en somme le même but qu’il poursuit à traverstoutes ses créations ; « faire du sens et du sensible ».

Par contre, il considère son mobilier comme de l’anti-design. JeanNouvel crée des meubles qu’il dessine en rapport avec la fonctionnalitéspécifique du meuble et son ancrage dans la culture de l’époque. Jean Nouvelpréfère la rigueur à l’exubérance, afin de créer un mobilier élémentaire, qu’ildéfinit en tant que petite architecture de poche. Sa pratique est comparableaux typologies classiques déjà existantes tel que le « Less is More »de Mies van der Rohe.

Tables modulables de Jean Nouvel © SP

«L’émotion naît toujours de la rencontre entre la complexité des problèmes poséset la simplicité de l’objet réalisé »

L’expositionprésentée par Jean Nouvel engage un dialogue avec le lieu, son histoire et sacollection. Séparée en deux sections, elle n’impose aucun parcours ou sens devisite.

Lapremière section invite le visiteur à découvrir les pièces iconiques del’architecte, la gamme de meubles de bureau « Less » et « LessLess ». Malgré une première pièce qui ressemble beaucoup à unshowroom, le visiteur se sent rapidement libre de se promener à travers cetespace de l’exposition, de découvrir toutes les étapes de création des meubles,de s’enthousiasmer de la fonctionnalité aussi simplissime qu’elle soit, et mêmed’être invité à tester le confort des canapés et des chaises.

Premièresalle de l’exposition © SP

Entreles tables planes et fines et les armoires parallélépipèdes, la réflexion deJean Nouvel sur son métier d’architecte et l’architecture du meuble est relatéevia des écrans disposés dans chacune des salles. Jean Nouvel se transforme enguide et invite le visiteur à dialoguer avec le lieu et les œuvres.

Pour cette première section, Jean Nouvel a mis en place unescénographie qui ressemble à ses meubles : simples et fonctionnels. Dansles anciens appartements du Palais du Louvre, principalement des meublesexposés et quelques écrans numériques y ont été installés. Seul le couloirdrapé d’un tissage sombre fait exception.

La deuxième section de l’exposition étonne : l’architecte yassocie ses créations avec des pièces des collections permanentes d’époquesqu’il affectionne particulièrement. Le visiteur se promène dans les galeries duMoyen-âge, de la Renaissance, du XVIIème et XVIIIème sièclesen étant épaté d’y admirer les meubles de Jean Nouvel.

La Table au kilomètre (2011)se confronte aux retables et aux Pietà, alors que les sièges Milana (1995) dialoguentavec les Sgabelli, des sièges en bois polychrome du Palais des Doges du XVIème siècle.

Table au kilomètre © SP

Cettemise en scène fonctionne grâce à la poésie que créée le dialogue entrecollections et mobilier de l’architecte, mais aussi aux jeux de lumières quiplongent le visiteur dans une semi-obscurité.

« L’architecture est à la fois grande et petite, qu’elle n’est pasmoins intérieure qu'extérieure » 

Au final, cette collection d’une centaine de pièces de mobilier demande à êtreexplorée par le public. L’association du mobilier contemporain avec des œuvresdatant du Moyen-âge jusqu’au 18ème siècle peut dérouter, maisimpressionne rapidement grâce à la poésie créée.

Avec cette exposition, Jean Nouvel nous prouve que ce musée del’objet, le musée des Arts décoratifs peut accueillir l’architecture enl’occurrence dans sa forme de poche.

Sarah Pfefferle

# Jean Nouvel

# Anti-design

# Architecture

L'exposition

Site de Jean Nouvel

Site du musée des Arts décoratifs

Six lycéens (em)portés dans les collections

Des idées ? Un smartphone ? L'envie de passer du temps dans un musée ? Ce concours national est peut-être fait pour vous... Musées(em)portables fédère de nombreux participants dans les Hauts-de-France chaque année. Une démarche activement soutenue par le Master Expographie-Muséographie à l'Université d'Artois.

Juliette Gouesnard et Camille Roussel-Bulteel, étudiantes de ce Master 2, ont accompagné plusieurs jeunes dans leur découverte d'un musée. Ces lycéens ont ainsi pu mener leur projet jusqu'à la réalisation de leur film et leur participation au concours. 

La série vidéo "Médiation au musée" témoigne de cette expérience :

  • Deux lycéens et leur professeur au musée d'histoire naturelle de Lille
  • Quatre lycéennes et un portable au musée de la Chartreuse de Douai

La prochaine édition de Musées (em)portables sera lancée le 1er juillet 2017 pour une remise des prix en janvier 2018 : infos et formulaire d'inscription.

En savoir plus :

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube

Juliette Gouesnard (réalisation vidéo)Camille Roussel-Bulteel (réalisation vidéo)

Hélène Prigent (article)

10 mai 2017

#concours

#smarphone

#création

Souvenir de stage : Une approche de la conservation préventive




C’était où ?






Mon stage de M1 s’est déroulé au sein des Musées
d’Art et d’Histoire de la Rochelle : un ensemble de trois musées
regroupant le musée des Beaux-arts, le Musée du Nouveau Monde, et la collection
du musée d’Orbigny-Bernon, actuellement fermé au public.


Grâce à mon poste polyvalent, ce stage m’a offert
une vision plurielle permettant de découvrir ou d’approfondir un grand nombre
de disciplines du musée, notamment en termes de muséographie, de scénographie,
d’animation, de public, d’organisation d’évènements, etc. J’aimerais
aujourd’hui partager mon incroyable expérience du monde étonnant et fascinant de
la conservation préventive, au sens professionnel du terme.


En effet, durant une semaine, une petite
vingtaine d’étudiants de l’Institut National du Patrimoine est venu réaliser un
chantier d’école dans les collections. Ils ont eu pour mission de mettre en
place une action de conservation préventive sur les collections du musée fermé
au public. Avec mes deux acolytes stagiaires, nous avons eu la chance de les
assister et de participer à leur projet en tournant au sein de leur équipe.




Organisation !





Nous avons été répartis en plusieurs ateliers,
qui ont fait l’objet de roulement suivant les journées, pour que tout le monde
puisse s’exercer dans les différentes spécialités. La collection Extrême-Orient
a été prise en charge par 2 équipes : les bouddhas et les laques (+
collection samouraï). Une grosse équipe s’est chargée des plâtres, une autre
des arts graphiques (peintures, posters, cartes, …) puis une équipe en textiles
et accessoires d’uniforme (casques, armures, épaulettes,…).


Ce
travail m’a fortement fait penser à un texte de Bruno Foucart dans lequel il
parle des moyens de conservation du patrimoine comme d’un service de santé[1].
En effet, pendant une semaine j’ai plutôt eu l’impression de travailler dans un
bloc opératoire que dans un musée.


D’abord, il faut toujours porter des gants, puisque
notre peau n’est pas neutre et que son acidité est une menace pour les objets.
Le port du masque est fortement conseillé, car même si l’on ne voit pas la
poussière, celle-ci est bien présente et elle provoque rapidement des quintes
de toux chez les personnes qui ne sont pas protégées. Enfin la blouse est
préconisée dans le traitement des gros objets et des objets infestés.








Qu’est-ce qu’on a fait ?





Ma première mission a été le dépoussiérage d’une
multitude de bouddhas. Pour cela, on utilise des brosses en poils de chèvre,
des microfibres avec des piques en bois pour aller dans les interstices, des
minis aspirateurs, et des brosse à poils plus durs pour les plâtres. Les gestes
de dépoussiérages doivent être précis et organisé. On ne le fait pas dans n’importe
quel sens, et on ne commence pas n’importe où. Avant de commencer, on doit
d’abord vérifier l’éventuelle fragilité de l’objet.


Après le dépoussiérage, chaque objet est ensuite
photographié et inventorié. Ainsi, une saisie numérique permet de rapporter un
certain nombre d’informations sur l’identité de l’objet et sa localisation
précise de l’objet dans les réserves, des informations descriptives sur les
matériaux, la taille, la technique…, un descriptif précis de l’état de l’objet
(diagnostic général, et précision sur les altérations, les marquages, …)


Puis les objets sont conditionnés. Le
conditionnement répond à une technique bien précise, et doit pouvoir s’adapter
aux différents objets. 









Le cas des bouddhas montre le professionnalisme
du conditionnement : les cartons acides ont été protégés par du papier
spécial qui est poli d’un côté pour empêcher la réaction électrostatique. Puis
les bouddhas sont placés dans des mousses où leur contre-forme est faite sur
mesure, puis protégés par du Tyvek©. Le tout est entreposé dans des étagères
qui sont venues remplir les anciennes salles d’exposition du musée. Les étages,
les salles, les étagères, les rayonnages et les cartons sont numérotés de façon
à pouvoir localiser exactement les objets.






En conclusion...





Le travail avec les étudiants était extrêmement
riche et important pour le musée. A 20, nous avons traité et conditionné450 objets en une semaine. Il permet de faire
une formation au personnel du musée sur les bonnes pratiques de conservation préventive.
Ensuite, il a permis un travail titanesque en un laps de temps très réduit.


Les objets ont été stockés dans des lieux plus
adaptés à leur conservation (température, hydrométrie) et une salle de
quarantaine a été aménagée pour les objets infestés. Cela permet à la fois de
ne pas infester les autres objets qui eux sont sains mais cela va aussi
permettre de contrôler les évolutions possibles des infestations ou des
moisissures. Cette salle va continuer d’être étudiée par les élèves et restera
à leur disposition pour leurs recherches, pour leurs cours, comme un cas
pratique. Travailler conjointement entre étudiants est extrêmement bénéfique,
tout le monde se retrouve gagnant. Le musée a sauvé une grande partie de sa
collection qui était extrêmement menacée, et il a appris des notions importantes
en termes de conservation préventive.





Mélanie TOURNAIRE












[1] « Les
architectes-chirurgiens chargés d’opérer sur le front des ruines sont assistés
d’un véritable service de santé monumentale. » Bruno Foucart, « A
l’aube du troisième millénaire », in Des Monuments historiques au
Patrimoine du XVIIIe siècle à nos jours, ou les égarements du cœur et de
l’esprit
, Françoise Bercé, éditions Flammarion, Série
Art-Histoire-Société, 2000.

Sur la Croisette, l’art aussi y trouve sa place !

Lors des mes dernières vacances au soleil j’en ai profité pour visiter le Centre d’art : la Malmaison, qui se situe sur la croisette à Cannes.

Lors des mes dernières vacances au soleil j’en ai profité pour visiter le Centre d’art : la Malmaison, qui se situe sur la croisette à Cannes. Oui, juste là ! Un endroit où l’on ne s’y attend pas. Ce centre est situé dans le seul pavillon rescapé du premier ensemble de l’ancien Grand Hôtel qui a été construit en 1863 et habité jusqu’à la fin des années 1950. Il fut démoli puis reconstruit en 1963 puis acheté par la Ville en 1970 et converti en espace muséal en 1983.

Cette petite galerie accueille desexpositions temporaires. Mais évidement à La Croisette on n'expose pas n’importe qui ! Il s’agit, ici, des peintres, sculpteurs, photographes, etc. degrand renom : Picasso, Matisse, Miró, etc. et bien d’autres encore, connus et reconnus internationalement. « Ces collections prestigieuseset contemporaines sont valorisées par le caractère intimiste du lieu et par sessalons aux charmantes proportions de maison » préconise le siteinternet de la ville de Cannes à son sujet.

           Cet hiver c’est donc AndréVilliers qui y est présenté. Ce photographe, de la ville voisine de Vallauris,est connu pour ses clichés de grands artistes : Fernand Léger, JacquesPrévert, Le Corbusier, Salvador Dalí, Joan Miro, Marc Chagall, Max Ernst, JeanCocteau, Bram Van Velde, Pierre Soulages, Luis Buñuel, Federico Fellini, LéoFerré, et encore bien d’autres…

           C’est une rétrospective, de tousses travaux et œuvres, qui lui est consacrée. Cette exposition est uneinvitation à la découverte de ce photographe ainsi que de son travail ; ony trouve des portraits, des photos de paysage et en grand nombre, des œuvresqui exemplifient la facette de sa recherche en chambre noire ; lors du processusde développement1des photographies (réalisation des encadrements, et d’autres interventions).Des créations inédites provenant de sa collection personnelle !

          Il s’agit d’une expositionavec une scénographie assez simple, la mise en scène est constituée de mursblancs, d’œuvres encadrées très sobrement, quelques cimaises, un faibleéclairage, des cartels très simples et rien de plus. Du point de vue duvisiteur cela m’a paru froid et sec comme approche, même si celaétait interdit (certainement à cause des politiques des droits d’auteur) j’aipris le risque pour mes lecteurs, de prendre quelques photos.

Vous verrezque je n’exagère pas, et que dans le contexte urbain immédiat decette salle d’exposition, on peut remarquer un contraste assez flagrant.L’exubérance des décors, animations, couleurs, illuminations, motifsgraphiques, des vitrines riches et éclatantes qui s’alignent le long de LaCroisette, s’oppose complètement au style d’accrochage dépouillé qui règne dansles 390 m2 qu’offrent les salles de la Malmaison. Si on ajoute àcela le manque de textes dans les lieux, on se retrouve dans une exposition àcaractère contemplatif, qui vise légèrement à une réflexion sur le travail deVillers. C’est un parcours qu’on laisse parcourir seul au visiteur, car nullemédiation (hormis l’accrochage et les cartels sommaires) est mise en place, etl’information fournie n’est pas plus approfondie que ce que l’on souhaiterait.

Tout celane m’a pas empêché de m’abstraire un peu de l’ambiance qui régnait sur LaCroisette, et passer un moment paisible et agréable.

Andrea Vazquez

1Techniques de développement et tirage / photocollage

Tous égaux au Petit Palais!

J’ai trouvé un outil de médiation bien curieux au Petit Palais dans la collection permanente. Il s’agissait d’une grande table, une table de Sculpture à toucher, où l’on peut trouver et toucher 9 moulures, d’une dimension d’environ 35cm x 15cm.

J’aitrouvé un outil de médiation bien curieux au Petit Palais dans lacollection permanente. Il s’agissait d’une grande table, unetable de Sculpture à toucher, où l’on peut trouver ettoucher 9 moulures, d’une dimension d’environ 35cm x 15cm. C’estune partie d’une sculpture, reproduite en divers matériaux, et/oudiverses étapes d’un procès avec un même matériau. Bien qu’audébut je l’ai considéré comme un outil conçu pour les personneshandicapes (mal voyantes ou sourds), après l’avoir, bienévidemment, essayé, et je me suis en fait rendu compte qu’ilétait vraiment enrichissante pour la visite pour n’importe queltype de public.

J’aidonc décidé aujourd’hui de vous parler de cette démarche qui mesemble bien intéressante et qui s’appelle la ConceptionUniverselle. Elle préconise qu’au lieu d’adapter un outil àun handicap, cet outil est conçu depuis le début pour êtreaccessible, et porteur d’informations à travers les expériences,la médiation, pour un large public.

Ony trouve : du texte, du braille, ainsi que du son mais en pluson peut toucher ces sculptures pour connaitre la sensation que donnechaque processus, chaque matériau. Ce qui sert sert aussi au pluscommun des visiteurs, car dans la plus part des musée il nous esttoujours interdit de toucher, et on ne peut qu’imaginer lessensations.

Lepetit extra que j’ai trouvé très sympathique et très utile pourles conservateurs, est une petite explication sur les conséquencesqui peuvent avoir lieu si on touche les vraies œuvres. L’érosiondont elles souffrent, donc l’importance de les préserver et bienfaire attention à elles. Le tout accompagné d’un exemple :les échantillons étaient à moitie protégés pour bien exemplifierla différence entre une sculpture à la quelle on fait attention etune autre à laquelle on touche tout le temps.

Ceque je trouve super intéressant dans cette démarche, est le fait dene pas faire une différence entre les publics selon ses conditionsphysiques ou motrices, mais de pré-concevoir l’utilisation de cetoutil par tout le monde. Par ce fait on est un peu plus prêt del’égalité, car le public handicapé ne se sent plus « àpart », quant aux autres, tout le monde peut profiter desexpériences offertes par cet outil et enrichir ses connaissances.

Andrea Vazquez

Site du Petit Palais

Un musée à la campagne

Au cœur de la vallée du Serein, dans un paysage de haies bocagères et de paisibles prairies bourguignonnes, niché dans un très beau village – un des « Plus beaux villages de France » selon le panneau qui le signale au touriste de passage – existe un petit musée aux collections foisonnantes. Ce musée, c’est le Musée des Arts Naïfs et Populaires de Noyers-sur-Serein.


Enseigne du musée
- C.P : P.W

Noyers-sur-serein, commune de l’Yonne de 675 habitants, est un village médiéval, particulièrement charmant et préservé des constructions les plus modernes. Une fois qu’on y est arrivé, ne reste qu’à suivre les panneaux disséminés au fil des ruelles pour trouver le chemin du musée.Musée de France, géré par la municipalité, il a été fondé en 1873 et expose dans un espace de 1500m2 des collections artistiques aussi riches que différentes : de l’art naïf, de l’art brut, de l’art populaire. Sur trois étages, le musée fait découvrir au public de bien curieuses collections : des tableaux, évidemment, mais pas seulement.  Et oui, tous les supports d’expression artistiques sont mis à l’honneur :estampes, gravures, ex-voto, boites métalliques, jouets, moulages, médaillons,statuts…

Mais c’est quoi l’art naïf, brut, etpopulaire ? Malheureusement, le musée ne le dit pas clairement. Le visiteur estdonc mis en face de collections très hétéroclites, tant sur la typologie desœuvres présentes, que sur leurs qualités formelles, ou encore sur les sujetsqui sont représentés. Pour quelle raison ces œuvres ont-elles été mises lesunes avec les autres, dans un seul et unique musée ?

Objets religieux des quatre coins du monde. C.P : P.W

De multiples donateurs et artistes, aussibien anonymes que plus connus (Camille Bombois, Yvon Taillandier, HokusaïKatsushika…) partagent un espace de dialogue qui les rassemble. On saisit demanière tacite ce qui lie toutes ces œuvres : le trait – simple -, les couleurs– extrêmement vives –, les sujets – des scènes de la vie quotidienne, du monderural, du folklore local – les perspectives et les échelles – absentes -  et une grande part d’innocence et de fraîcheur qui ravit un regard formaté par les représentations plus classiques. Un livret remis à l’accueil explique laprovenance des collections, les donations. Par conséquent, le visiteur doit enpermanence se rapporter à ce livret, ce qui complique un peu la tâche.

En somme, c’est en sollicitant l’ambianceun peu « archaïque » du cabinet de curiosité que l’on apprécie vraiment cemusée aux objets les plus fantaisistes. Chacun renferme une histoire, unvoyage, une part d’exotisme, de beauté «étrange», que l’on ne voit jamais dansles musées de beaux-arts.

Vue du rez-de-chaussée. C.P : P.W

Pauline WittmannEn savoir plus :

- Le musée est ouvert :

 du 1er octobre au 31 mai, lesweek-ends, jours fériés et vacances scolaires de 14H30 à 18H

Juin et Septembre tous les jours saufle mardi de 11H à 12H30 et de 14H à 18H

Juillet et Aout tous les jours sauf lemardi de 10H à 18H30

Fermeture hebdomadaire : lemardi

Fermeture annuelle : Janvier- Page web du musée sur le site de la ville  #Noyers-sur-Serein#artnaïf #muséedeFrance 

Un petit coin de paradis à Chaalis

C’est en déambulant au milieu d’un superbe parc de mille hectares que l’on peut découvrir les ruines d’une église abbatiale cistercienne, une chapelle dans laquelle se dévoile des fresques du Primatice ou encore un musée, ancienne abbaye aménagée en château au XIXème siècle.


© Droits réservés 

C’est en déambulant au milieu d’un superbe parc de mille hectares que l’on peut découvrir les ruines d’une église abbatiale cistercienne, une chapelle dans laquelle se dévoile des fresques du Primatice ou encore un musée, ancienne abbaye aménagée en château au XIXème siècle.

C’est la faute à Rousseau

Souvenez-vous, il y a trois cents ans, naissait un personnage aujourd’hui très reconnu … j’ai nommé Jean-Jacques Rousseau ! Afin de fêter cet événement comme il se doit, toute la partie du musée consacrée à ce grand personnage a été revu et corrigé par la société Harmatan.

© Droits réservés

Le nouveau parcours est fluide et très agréable àéprouver car les types d’accrochage alternent entre des vitrines (des tables oumurales) et un accrochage plus classique. Par ailleurs, la diversité dessupports présentés attise la curiosité du spectateur qui peut admirer des partitionsou manuscrits originaux, des sculptures, des dessins, des gravures, de l’audiovisuel,etc.

Le risque, avec les collections monographiques, est de basculer dansun parcours purement chronologique et donc beaucoup plus fastidieux. Cependant,cette difficulté a été contournée avec brio car la partie Jean-Jacques Rousseaua été structuré selon desthèmes facilement identifiables. En effet, chaque salle comporte deux ou troispanneaux explicatifs qui n’ont pas pour ambition d’être encyclopédiques sur laquestion abordée mais ils permettent, dans un langage clair et ordonné, d’obtenir quelquesclés de compréhension et, surtout, autorise la curiosité du spectateur qui peutêtre amené à approfondir  un aspect duphilosophe. Ces grands cartels codifiés par couleur selon l’ambiance de lasalle, apportent une visibilité dans la logique d’exposition et permet de nepas perdre le spectateur.

Les choix muséographiques sont pertinents car outrela biographie de Rousseau et son rapport entre les femmes, l’éducation et lesplantes, il est mis en évidence d’autres aspects moins connus. Ainsi, ondécouvre un Rousseau habité par la musique et surtout sa méthode d’écriture chiffréequi est explicitée ainsi que la réception de cette dernière. C’est d’ailleursau sein de cet espace qu’un extrait de la musique de Rousseau est diffusé. Deplus, la dernière pièce met en avant la postérité de ce grand personnage nonpas en abordant le sujet de manière trop intellectuel mais en mettant enévidence le culte voué à Rousseau, la « Rousseau mania », grâce àdes statuettes, des cartes à jouer ou encore des tasses à son effigie, tel unemarque dérivée. Cette présentation apporte une dose d’humour qui se poursuivitpar le thème « Rire avec Rousseau », confrontant le spectateur à des visionsnégatives du personnage par le biais de caricatures parues dans des journaux del’époque.

Cette nouvelle scénographie, outre le fait de nepas être mise à la portée des enfants, comme par exemple la hauteur des tablesvitrines, présente Rousseau tel qu’on le connait tout en révélant certainesparties de sa personnalité souvent occultées. Mais surtout, l’intelligence decet espace dédié à Rousseau se mesure par le parti pris qui n’a pas été depeindre le portrait de ce personnage tel que l’on pourrait se l’imaginer maistel qu’il était : un homme aux multiples facettes.

«  Ce que je sais bien,c’est que l’Identité du moi ne se prolonge que par la mémoire, et que, pourêtre le même en effet, il faut que je me souvienne d’avoir été. »Rousseau, « Profession de foi du Vicaire Savoyard », Emile, livre IV.

Un musée : une quêted’identité ?

                                                                                                                                                           

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Dans ce musée, Rousseau est, certes, mis àl’honneur mais il ne représente qu’une infime partie de l’établissement. Ainsi,le reste du musée présente une collection hétéroclite d’objets (mobilier,peinture, vaisselle, etc.) qui paraissent plutôt entreposés qu’exposés. Eneffet, la présentation de la collection rappelle les marchés aux puces, parfoisles cabinets de curiosité, invoquant le désordre et la confusion. De plus, lalogique de présentation tente difficilement de suivre un ordre chronologique.

Par ailleurs, aucun véritable sujet ne sembleréunir toutes les pièces présentées. On remarque en effet, que la « partieRousseau » est clairement définie car lorsque l’on commence celle-ci unpetit cartel informe le visiteur qu’il entre dans un espace où les collections gravitentautour d’un unique thème. Cependant, le spectateur ne peut déterminer la partiequ’il a, en principe, découvert avant puisqu’il n’a pas bénéficié d’un carteldéfinissant un quelconque sujet, ce qui est bel est bien symptomatique duproblème d’identité.

Ainsi, bien qu’aucun scénographe ne soit intervenudans l’espace des collections, cette manière de présenter les objets ainsi quel’absence de sujet clairement défini apparaissent un peu plus compréhensibleslorsque l’on connait l’histoire du lieu. En effet, Madame Jacquemart-Andréavait acheté l’ancienne abbaye afin d’entreposer sa collection d’objet d’art et,il était spécifier dans le lègue de la collection, la volonté de conserverl’esprit du collectionneur, d’où cette idée d’accumulation. 

C’est donc au cœur d’un magnifique écrin que lemusée de l’abbaye de Chaalis vous accueille chaque année lors des célèbres« Journées de la rose », uniquement le dimanche (10h30-12h30 et13h30-17h30) lors de la saison hivernale, puis tous les jours lors de la saisonestivale (11h00-18h00).

Il est a noté que le parc, la roseraie, la chapelle et l’égliseabbatiale sont ouverts toute l’année de 10h00 à 18h00.

En ce qui concerne le tarif comprenant l’accès au parc, à la roseraie,à l’église et la chapelle abbatiale ainsi qu’au musée, il est de 7 euros (tarifplein), de 5 euros (étudiants ou groupes adultes) ou de 3.50 euros (groupesscolaires de l’école primaire au lycée).

Alizée Buisson

Une histoire de bulles

Nos voisins belges n’excellent pas seulement dans le brassage de la bière ou la fabrication du chocolat, ils sont également les maîtres de la BD et le prouvent au Centre Belge de la Bande Dessinée à Bruxelles.


© CBBD

Nos voisins belges n’excellent pas seulement dans le brassage de la bière ou la fabrication du chocolat, ils sont également les maîtres de la BD et le prouvent au Centre Belge de la Bande Dessinée à Bruxelles.

A peine la grille d’entrée poussée, le hall baigné de lumière par une superbe verrière me transporte sur une agora oùla brasserie, la librairie et la bibliothèque structurent l’espace public. La 2CV de Boule et Bill, et la fusée de Tintin sont telles deux colosses à l’entréed’un majestueux escalier menant à ce qui semble être le temple de la BD. Lesquatre niveaux de ce monde me tendaient alors les bras.

La première présentation de l’exposition permanente retrace l’histoire de labande dessinée, des dessins rupestres aux ouvrages que l’on connaitaujourd’hui. Comme toutes les autres, elle est traduite en français, enflamand, ainsi qu’en anglais. Trop étendu chronologiquement, ce préambulepourtant concis m’a paru peu indispensable pour aborder les salles à venir.

A la sortie de cette introduction,j’espérais un nouvel éclairage mais cette fois-ci braqué sur la fabricationd’une bande dessiné, mais rien de cela ne m’attendait. La salle suivante nommée« La Gallery », est basse de plafond, sombre telle une chambre noire où l’onaurait aligné des chevalets de verre. Le lieu regorge de planches originales,le Saint Graal de l’amateur. Chacune d’entre elles possède son propre cartel oùfigurent le nom de l’auteur de la série, son titre, et la date de réalisation.L’enchainement de plus d’une centaine de planches de style différent devienttrès vite lassant, aucun parcours ou discours n’est proposé aux visiteurs. Lesdernières planches ne reçoivent alors qu’un simple regard passant.

A l’étage, sous les dômes de verres, «le Musée de l’imaginaire » présente, les principaux auteurs de la bandedessinée belge. Trois parcours muséographiques, d’époques et de formesdifférentes, invitent à découvrir ou redécouvrir les travaux de cesprotagonistes du 9ème art qui ont œuvré pour son essor. Leur travail estretranscrit à travers leur biographie, et des imprimés de leurs séries,auxquels s’intègrent des textes descriptifs de leur style. L’univers desartistes les plus populaires est mis en scène grâce à des décors reconstitués,certes défraichis et un peu datés, mais qui contribuent néanmoins à fairevoyager le visiteur dans la série phare de l’auteur.

Fiers de travailler dans un si bel édificeArt Nouveau, les responsables du CBBD n’ont pas hésité à intégrer au parcoursmuséographique, l’histoire et l’évolution du lieu. Cette présentation bien quesuccincte et instructive, est pourtant mal insérée dans le discours, l'on tombedessus par hasard.

Dans cette exposition permanente, onpeut principalement regretter le manque de diversité des supports. La lectureconsécutive du travail de chaque auteur lasse rapidement. Malheureusement aucunobjet, ou album original n’est présenté, il aurait pu casser la continuité desrécits en apportant une vision nouvelle et complémentaire sur l’œuvre del’auteur. Des tentatives de diversification, comme des maquettes mal réalisées,ou quelques vitrines de revues et d’objets publicitaires vieillissants, ne suffisentpas immerger le visiteur dans l’imaginaire du dessinateur.