Action culturelle et médiations

« C’est une forme d’amour que de créer »

Au cours de notre existence, nous pouvons être confrontés à la maladie, au handicap, à une situation de précarité, à toutes sortes d’accidents de vie. La pratique artistique peut être bénéfique dans ces moments difficiles pouvant apporter du soutien, apaiser et rendre le quotidien plus serein. Rencontre avec Caroline Chopin, sculptrice engagée auprès de publics spécifiques, dans son atelier situé dans l’ancienne filature de Saint André-lez-Lille.

Avant de devenir sculpteur, Caroline Chopin a étudié l’Histoire de l’art. C’est en voulant comprendre ce qu’elle étudiait, qu’elle se mit à la sculpture. La jeune femme débute alors une carrière artistique. Elle reçoit plusieurs commandes, contribue à de nombreux projets artistiques et culturels, crée des décors pour le cinéma et la télévision. S’ajoutent à ses multiples activités, les ateliers avec les publics dits « spécifiques ». Ces publics sont généralement des personnes en souffrance, qui ne donnent pas leur confiance facilement, qui ont souvent une vie réglementée et à qui on ne propose pas grand chose.

Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler avec des publics dits « spécifiques » ?

Je travaillais, étant jeune adulte, en tant qu'animatrice de colonie de vacances avec des enfants placés en foyer. Puis, j’ai voulu continuer à me rendre utile une fois devenue sculpteur.J’ai commencé à intervenir au centre social de l’Arbrisseau à Lille. Jeproposais des ateliers communs à des enfants et à des personnes atteintes de lamaladie d’Alzheimer qui étaient en hôpital de jour. C’était difficile parce qued’une semaine sur l’autre, les personnes malades ne se souvenaient plus de cequ’elles avaient fait. Par contre, elles se souvenaient des enfants qui lesaidaient à finaliser leurs travaux. Et ça, c’était vraiment magique ! Je veuxapporter à ces publics, en leur proposant des ateliers de sculpture, lapossibilité de s'exprimer, d’être fiers d’eux, de réaliser quelque chose deleurs mains, et de prendre confiance en eux par ce biais là. Je souhaite aussileur offrir la possibilité de s’ouvrir à l’art, de s’évader de leur quotidienqui n’est souvent pas facile. Ainsi, ils peuvent trouver un apaisement, sesentir libre mais aussi se confronter à leurs limites et à leurs possibilités.Souvent, les participants aux ateliers me disent « Je ne sais pas le faire » ou« Je n’y arriverai pas » et finalement ils se rendent compte qu’ils y arriventet qu’ils en sont capables.

Atelier au Centre Social de l’Arbrisseau

©Caroline Chopin

Avec quelles autres associations travaillez-vous ?

Actuellement, j’interviens auprès de l’association lilloise O.S.E.R (Objectif S'exprimer Ensemble pour Réussir) qui aide les personnes à se réinsérer dans le monde professionnel. Cette association propose, en plus de formations classiques liées au monde de l’entreprise, des ateliers artistiques afin que ces personnes puissent s’exprimer, s’ouvrir à l’art et prendre confiance en elles. Je travaille avec un groupe d’adultes âgés entre 20 et 45 ans sur une dizaine de séances de trois heures. Cependant la thématique de l’emploi leur est imposée. J’essaye alors de leur faire aborder le sujet de manière imaginative et humoristique.

J’ai aussi travaillé pendant deux ans au centre de détention de Bapaume par l’intermédiaire de l’association lilloise KOAN qui travaille sur la relation entre les quartiers et leurs habitants. L’association organise donc des événements, des rencontres et des ateliers avec des artistes locaux. Ils ont mené plusieurs actions avec des publics particuliers dont les détenus du centre de détention de Bapaume. J’ai travaillé pendant ces deux années avec un groupe d’une douzaine de femmes détenues pour de longues peines et bien souvent à perpétuité. Ces séances d’une journée entière avaient lieu une fois toutes les deux semaines pendant quatre mois. Ces ateliers étaient étonnants ! Ces femmes avaient une telle demande, un tel besoin de s’exprimer ! Elles ont produit, produit, produit et avec une qualité de travail impressionnante ! Je les ai laissées complètement libres dans ce qu’elles voulaient faire. Principalement, elles voulaient faire des cadeaux pour leurs proches. Pour elles, créer était un acte d’amour. C’était vraiment émouvant. Je retiens que c’était une belle expérience humaine.

Je suis aussi intervenue pour le projet MUS-E porté par l’association strasbourgeoise Courant d’Art. Ce projet met en place des ateliers artistiques dans des écoles de quartiers défavorisés de diverses villes françaises. Deux artistes sont affectés par classe et interviennent sur le temps scolaire. Il s’agit d’un véritable travail en binôme. J’ai travaillé avec des danseuses dans deux écoles lilloises situées dans les quartiers Faubourg de Béthune et Lille Sud. Le but du projet était avant tout de valoriser les enfants car beaucoup étaient en échec scolaire. L’autre objectif était de donner de la matière aux professeurs des écoles pour qu’ils puissent mieux intégrer les activités artistiques au sein de leur classe. Avec l’une de mes binômes danseuses, nous voulions aborder avec les enfants le thème de l’empreinte et nous les avons donc fait danser sur des lits et des murs de terre. Les enfants se lâchaient complètement. Il y a eu des moments magiques. Malheureusement ce projet a pris fin cette année faute de subventions. 

 Atelier à l’association O.S.E.R

©Caroline Chopin

Avez-vous de nouveaux projets ?Prochainement, je reçois les travailleurs handicapés de l’A.F.E.J.I du Val de Lys d’Armentières. Ils seront un groupe de 8 personnes qui viendront 6 matinées à l’atelier. L’association leur propose chaque année des formations avec des artistes. Je n’ai jamais vraiment travaillé avec des personnes handicapées, j’appréhende un peu. Pour l’année 2017 rien n’est encore prévu mais on m’a toujours sollicitée grâce à mon réseau associatif. Après, le problème est que ces associations dépendent beaucoup de subventions extérieures. 

Comment s’organisent les interventions et comment les préparez-vous ?

En général, je me plonge dans le projet quelques temps avant. Je m’adapte surtout au public : si ce que j’ai préparé ne convient pas, il ne faut pas que je l’impose sinon j’ai tout raté. L’atelier devient alors une obligation et là je perds mon public. S’adapter est très enrichissant : on se remet en question et on fait des choses auxquelles on n’aurait pas pensé. Souvent, je commence par une première séance de découverte sensorielle : les participants ont les yeux bandés pour mieux découvrir la matière. Cette première approche fonctionne bien, les personnes sont plus détendues pour la suite.  

Parmi ces personnes qui ont suivi vos ateliers, y en t-il qui se sont trouvées une passion pour la sculpture ?

Je sais qu’il y en a qui ont continué mais je n’ai pas d’exemples précis. Par contre, en 2008, sur le projet de l’exposition BD 3D, dans le cadre de Lille 3000, que je menais avec le dessinateur de bande dessinée, François Boucq, je me suis retrouvée à travailler toute seule. J’avais donc besoin d’un coup de main et j’ai proposé à l’École de la deuxième chance de Roubaix si ça intéressait des jeunes de travailler avec moi sur cette exposition. J’ai alors reçu une dizaine de jeunes à l’atelier, tous les jours pendant un mois, qui m’ont aidé à modeler, mouler et à faire des tirages papier pour préparer l’exposition. Ces jeunes ont pris confiance en eux, ils devenaient ponctuels et se levaient le matin avec un but. L’une des jeunes filles qui a participé à ce projet m’a demandé de faire son stage avec moi. Je l’ai donc prise dans mon atelier en tant que stagiaire.  

Parmi ces publics, avez-vous une préférence ?

J’ai beaucoup aimé travaillé au centre de détention car on a un jugement tout fait sur la prison. C’était vraiment très riche humainement. Même si ce n’était pas autorisé, je connaissais un peu l’histoire de ces femmes. Elles parlent beaucoup de leurs familles, plusieurs réalisaient le portrait de leurs enfants. C’était vraiment émouvant. Il y en avait toujours une qui faisait des gâteaux. C’était vraiment la journée à ne pas manquer pour elles. J’adore aussi travailler avec les enfants parce qu’ils sont dans l’expression. Les adultes quant à eux, ne se laissent pas aller, ils sont dans le résultat alors que les enfants, mais c’était aussi le cas des détenues, sont plus dans l'acte de faire.

Œuvre d’une détenue réalisée lors d’un atelier au Centre de détention de Bapaume

©Caroline Chopin

Pensez-vous qu’il soit important que les artistes s’investissent auprès de ces publics? 

Forcément, je ne vais pas dire non. Mais après ça dépend des personnalités. Moi, j’ai très vite aimé diffuser, transmettre mon savoir-faire. C’est important que les artistes fassent ces actions mais pas que, car c’est aussi une forme d’amour que de créer, de montrer son travail. Quand quelqu’un regarde une œuvre d’art il est ému, il reçoit quelque chose. Sans art, le monde dans lequel on vit va devenir encore plus compliqué. L’artiste doit révéler la beauté du monde et du quotidien : ma vision a toujours été celle là.

              Parmi tous ces retours d’expériences, les souvenirs au Centre de détention de Bapaume semblent figurer parmi les plus marquants pour l’artiste. Les actions culturelles dans le milieu pénitencier se développent grâce aux initiatives de nombreuses associations et au travail des SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) qui ont pour mission la réinsertion sociale des détenus. Citons l’exposition « Des traces et des Hommes, imaginaires du château de Selle » présentée jusqu’au 12 février 2017 au Musée des Beaux-Arts de Cambrai qui dévoile les regards d’un comité de détenus du Centre de détention de Bapaume sur ce château médiéval qui conserve une variété de graffitis ayant traversé l’Histoire. Ce projet, fruit d’un partenariat entre plusieurs acteurs dont le Musée des Beaux-Arts de Cambrai, le Centre de détention de Bapaume, le SPIP du Pas-de-Calais, l’association lilloise Hors Cadre et l’université de Lille 3 parcours Arts et Responsabilité sociale, illustre bien cette dynamique culturelle qui se déploie dans le secteur carcéral.

Camille ROUSSEL-BULTEEL

Lien : http://www.caroline-chopin.com/ #sculpture #publics spécifiques #associations sociales et culturelles

Accrochage numéro 11

Depuis 2008, le Musée des Beaux-arts de La Rochelle a mis en place une politique d'accrochages participatifs. Renouvelé chaque année, le commissariat d'exposition est confié à des citoyens rochelais (dont l’équipe de rugby du stade rochelais, les femmes du quartier de Mireuil, un groupe de détenus de la centrale de Saint-Martin de Ré, des personnes déficientes visuelles), pour proposer au public une sélection d’œuvres de la collection autour d'une thématique préalablement définie. 

La 11ème édition de l’opération Accrochage a été confiée à vingt-trois élèves de 1ère en baccalauréat technologique du lycée hôtelier de La Rochelle avec leur professeur de français Dominique Terrier, et la documentaliste de l’établissement et Florence Michaud. Ils vous invitent à découvrir l'exposition qu'ils ont intitulée "Accrochage n°11 - Le Palais des sens" à partir du 18 septembre 2017 jusqu'au 30 juin 2018. A l'heure où la question du participatif dans les musées est au cœur des débats, nous faisons le point avec Annick Notter, directrice du Musée des Beaux-arts.

Pour aller plus loin:

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube

Mathilde Esquer

#accrochageparticipatif

#cinqsens

#médiationsingulière

C'est bouleversant.

C’est bientôt l’imminence, c’est bientôt le début, mais aussi la fin. Je viens de sortir de ma salle de classe, j’y ai passé du temps dans un brouhaha productif et joyeux, plongée dans mes pensées, et j’ai de l’acrylique sur mes doigts. J’ai un peu mal aux pieds d’avoir tant marché. Jeudi c’est le lancement, le lancement d’Appel d’Air, la troisième édition de la biennale d’art contemporain d’Arras qui est organisée par les étudiants de mon master. Son thème cette année est le bouleversement. Sens-dessus-dessous, c’est marqué.

C en’est même pas le projet auquel je suis rattachée, mais l’ensemble de ma promotion est mandée pour en organiser la médiation. Avec ma classe donc, nous sommes tous chamboulés : ça fait depuis début février que l’on a des réunions pour l’organiser, depuis une semaine que l’on a réalisé les prototypes en commençant à rigoler, depuis ce matin que nous nous sentons concernés. Bien entendu, trois d’entre nous se sont déjà bien penchées sur le sujet afin de préparer ces réunions en amont devenant médiatrices entre nous et Annaëlle, Joanna, Margot, Julie & Alice, les chargées de production du projet.

Maisd’abord, qu’est ce que la médiation ? La médiationculturelle, on peut la comprendre depuis celle issue du social :on crée un dialogue. Entre l’œuvre et le visiteur si on veut,entre les visiteurs si on sait. J’ai beau en avoir déjà fait, jen’ai pas la prétention de savoir la faire bien, parce que la médiation, elle l’est toujours elle, en débats, en discussions,il n’y a qu’à voir le cours d’hier, ou bien les anecdotes passionnées de Mathilde. La médiation culturelle n’est pas qu’unentre-deux qui lancerait une discussion, elle est aussi porteuse de relation, porteuse de sens. De sens dessus dessous, s’entend. Elle s’élabore et s’adapte, elle essaye d’anticiper les publics quivont être faces à nous dans un premier temps.

Phase de réflexion sur la signalétique des parcours. © M.C

En somme, nous ne savons pas précisément qui sera là. On ne peut pas cibler le public passant. Alors on invente : et si on pensait àquelque chose qui interpelle sur le sol ? Et si on partait surle bleu dénominateur commun des trois éditions ? Et si on cherchait un jeu que tout le monde connaisse ? Julie prend desnotes sur le tableau.

 

Doncil y a cette interrogation, et puis l’émulation. Chaque groupe seforme assez spontanément, on sort du brouillon et des idées, on metcartes sur tables, on construit son idée et on la propose aux autresà la fin. Bethsabée présente le rythme du parcours qui lie lesœuvres entre elles. En autonomie, nous sommes nous, avec nos moues réflexives, nos idées auto-stoppées, et ce projet qui finit parprendre forme. Nos tables sont regroupées en espaces distincts de travail. Amaury a un tablier et joue du cutter sur le cartonplastifié, Clotilde annote dans du papier, Berivan prépare un pochoir. Chacun se prête au jeu : nos moues de ceux quivoulaient rentrer parce que bon, faim, dissert et compagnie sontquand même les dernières à êtres sorties de la salle parce que attends Maëlle, a t on pensé à ça ?

Élaboration de prototypes. © J.F.

Réalisation des cocottes interpellatrices. © C.D.

Entremêlée à ça, il y a la rencontre avec les œuvres que l’on va devoir présenter. Et derrière ces œuvres, les artistes. En début d’année lors des résidences, certaines d’entre nous ont accepté d’enloger alors que nous découvrions nous-mêmes Arras. Eloïse a dormi sur son matelas gonflable, il y avait quatre artistes qui dormaient chez Justine. Ces personnes, qui viennent des écoles d’art de Cambrai, de Bruxelles ou même du Mans, sont donc venues en octobredécouvrir la ville, le postulat de l’édition d’Appel d’Air,pour ensuite construire leurs pièces. Et puis ce matin, certains étaient là pour nous présenter leur travail, en lien avec ceparti-pris : bouleverser Arras et recréer un lien social entretrois quartiers d’une ville fragmentée par une grande ligne ferroviaire, étalée dans la longueur. Cette longueur que nous vivons nous mêmes au quotidien: Julia vit trop loin, et je croise souvent Coralie qui attend son bus.

Je ne vous dirai rien ce soir sur les artistes et sur les œuvres contemporaines qui seront exposées. Bah non, ça serait trop facile. À vous aussi de venir un peu : c’est à Arras du 16 au 18 c’est bleu, c’est entre 11 et 18 heures, c’est dans les rues. Allez un indice : mon premier est sphérique, mon second se tortille, mon troisième se déverse un peu partout dans le monde. Et puis dedans, on y trouve des ponts entre les lieux importants de laville, la participation des habitants et l’invitation à broder.C’est trouble ? C’est tentant ? C’est vendredi !

La médiation, on l’élabore en fonction du lieu où l’on sera.C’est pourquoi aujourd’hui nous avons marché, beaucoup, pouraller d’un point à l’autre et imaginer ce que seront lesvisites. Charlène a vérifié, ce matin on avait fait un peu plus de six kilomètres à travers toute la ville sans avoir fini. C’est uncorps à corps avec la ville à ce stade, on imagine comment lesœuvres se présenteront, une fois leur montage terminé demain soir.On se rend compte des éventuelles questions qui pourront être posées, alors on cherche un peu, on retourne la future visite dans tous les sens. Louison porte les plans que l’on fournira aux visiteurs, parce que oui, penser la médiation, c’est aussi penser l’organisation.

Réalisation des pochoirs de signalétique © C.D.

Ponctuation du parcours. © A.L.

Là je suis fatiguée, je suis un peu inquiète. Qu’aurons-nous à direaux visiteurs ? Ah bah non, attends, me souffle Charlotte, tu sauras quoi dire, il s’agit de créer le dialogue. Alors bien sûr tu n’auras pas rien à dire à tes interlocuteurs, mais le but n’est pas de leur faire un cours magistral, le but reste de les titiller. Et si le débat doit durer trois jours, de vendredi à dimanche, tu sauras le tenir, car on a pensé, ensemble, à tout cequi était en notre pouvoir.

Resteles impondérables sur lesquels on n’a pas de prise, comme lamétéo. Le temps qui a l’air de tourner au froid, juste quand onfera de la médiation en extérieur, cool. Emeline sera identifiableà coup sûr avec son écharpe bleue qui recouvre son manteau enhiver. Ce qui est rassurant c’est qu’on ne le fera pas pour rien,car dans la médiation, réside de l’engagement. Bon d’accordrester dans le froid pour créer un dialogue ça n’est pas non plusêtre un militant, mais c’est quand même le signe d’une volontéde questionner la ville, son sens, sa création, les personnes qui yvivent. Redonner la parole, le geste aux habitants, qu’ilss’approprient, qu’ils prennent conscience que leur ville, cen’est pas que de de la brique et des voies de circulation, mais que leur ville, ça commence par leur environnement du quotidien, àl’espace dans lequel ils évoluent.

Je conclus, parce qu’il faut que je travaille sur autre chose : nous sommes encore étudiants, ne l’oublions pas, nous avonsd’autres travaux à réaliser. Donc face à nous, qui aurons-nous ?Il y aura l’étudiant en musicologie de la fac de l’universitéd’Artois qui aura vu l’affiche d’Appel d’Air sur l’amphi K,et qui se sera dit ah bah ouais grave, il y aura la grand-mère quirentre chez elle et qui tombe sur de la broderie sur les murs et quisera intriguée, il y aura le maçon qui pensait faire son marché tranquille, et qui verra de loin des hurluberlus se balader avec desbulles de bande dessinée et qui voudrait savoir ce qu’elles auront à dire. Et vous, qu’aurez-vous à nous révéler ?

Coline Cabouret. 

#Appeld’Air

#Médiation

#Sens-dessus-dessous

Pour en savoir plus: http://www.biennale-appeldair.fr/

 

Communiquer à la Cité des Enfants

La Cité des Enfants de Paris-La Villette est un espace conçu spécialement pour les enfants mais aussi pour leurs familles. Divisée en deux, une partie est dédiée aux 2-7 ans et une autre aux 5-12 ans. Cet article repose sur une des thématiques de la Cité des 5-12 ans, la communication, outil indispensable au développement de l’enfant.

Communiquer, c’est entrer en relation et échanger avec les autres ; une aptitude importante pour pouvoir vivre avec eux. La communication repose sous des mots, des gestes mais aussi des images grâce au téléphone, à internet, à la télévision et à la radio mais elle passe aussi par le langage et l’écriture. De plus, la maîtrise du langage est fondamentale pour structurer la pensée. 

Fan de manipulations et d’outils pédagogiques, je me suis prise au jeu et je vous communique mon expérience.

Vivre Ensemble jusqu’au bout dela planète

Dans cet îlot, l’enfant est invité àvoyager et à découvrir le monde et les différentes cultures de la planète grâceau langage et notamment à trois outils.

●     « Les« bonjour » du monde » : cet outil est un énormeglobe terrestre équipé d’un téléphone que l’enfant branche sur un pays pourentendre comment se dit “bonjour” dans chaque pays. Le but est de permettre àl’enfant d’entrer en contact avec les principales langues et de les situer surla planète mais aussi de connaître les autres cultures et de s’ouvrir à ladiversité. Il a la possibilité d’écouter7 000 langues différentes. Dans certains pays, il n’existe qu’une seulelangue alors que dans d’autres on en compte des dizaines. 

"Les "bonjour" du monde", © Ludivine Perard

●     « Écrisen chinois » et « Écris en arabe » :après avoir observé le tracé d’un mot, l’enfant s’entraîne à le reproduiretrait par trait avec le doigt en s’aidant d’un modèle sur un écran tactile.L’enfant écrit “maison” en chinois ou en arabe et en apprend plus sur cesdeux alphabets.

L’enfant entreainsi en contact avec deux sociétés différentes et y découvre la richesseculturelle. Ces outils permettent de provoquer un plaisir esthétique lié àl’écriture et de comprendre qu’apprendre une langue demande du temps. 

Jouer avec les mots

Dans une autre partie de cet îlot,l’enfant apprend à raisonner et à trier, classer, hiérarchiser des informationspour se poser les bonnes questions comme pour un quiz ou des devinettes.

●     « Lequiz des mots » : ce jeu est équipé d’un écran de télévisionet de quatre postes avec des boutons A, B, C. Il se joue soit tout seul ou soità plusieurs. L’objectif est de découvrir ce que signifient plusieursexpressions données par deux protagonistes, un chat et un cochon. La Franceregorge d’expressions « à dormir debout » mais que signifientelles ? A votre avis, que signifie avoir le coup de foudre ?

o      A :Recevoir la foudre sur la tête

o      B :Frapper du poing aussi fort que la foudre

o      C :Tomber fou amoureux au premier regard

Alors vous aveztrouvé ? Et oui, c’était la réponse C.

Ainsià la manière des quiz télévisés, l’enfant découvre le sens des expressions.

●     « Quisuis-je ? » : les enfants doivent se placer sur dessièges et sont invités à glisser leur tête dans un emplacement et à fairetourner la roulette placée au dessus de leur tête. Cette roulette indiquel’identité d’un animal sous forme de pictogrammes. Ils doivent découvrir le nomde cet animal en posant des questions aux autres joueurs. Ces-derniers sontobligés de ne répondre que par oui et que par non. Les enfants ont le choixentre 32 animaux tels que le coq, le cochon, l’abeille, le papillon, le chat,le serpent, le crocodile ou encore la chauve-souris. Ce jeu se joue de 2 à 4joueurs.Cettemanipulation permet d’une part de développer et d’éveiller l’imagination et lamémoire de l’enfant, et de d’autre part d’aider l’enfant à poser les bonnesquestions en s’exprimant avec un vocabulaire approprié pour trouver lasolution.

"Qui suis-je", © Ludivine Perard

Communiquer avec autrui

L’enfant apprend aussi à communiquerautrement qu’avec les nouvelles technologies – en chuchotant, en langue dessignes, en dialoguant – pour comprendre et se faire comprendre auprès desautres.

●      « Parle avec tes mains »: ils’agit ici de deux cabines séparées d’un mur. Jeu à deux joueurs, chaque enfants’assoit dans l’une des cabines équipée d’un écran de visio-conférence. Lesenfants n’ont ni la possibilité de communiquer ni celle de se voir ou des’entendre, ils sont obligés d’utiliser l’écran mis à disposition. Autour decet écran, des pictogrammes en langue des signes sont proposés, les enfantsdoivent se parler à l’aide de ces dessins. Grâce à cet outil, les enfants sesensibilisent au handicap auditif en découvrant la langue des signes. Ilscomprennent qu’il est possible de communiquer sans la voix. Ils expérimententune nouvelle forme de communication.

"Parle avec les mains", © Ludivine Perard

●     « Se coordonner » : les joueursdoivent ici faire monter à deux une boule le long d’un plan incliné percé detrous à éviter. Cette boule est posée sur une petite nacelle suspendue par deuxficelles de chaque côté. Chaque joueur doit tirer l’une des deux ficelles. Ilsdoivent communiquer pour se coordonner et arriver à monter ensemble la boule ausommet. Ce dispositif est doublé en recto/verso pour permettre à plusieursjoueurs d’y participer. Cet outil a pour but d’apprendre à l’enfant àcommuniquer avec l’autre pour se mettre d’accord sur la réussite d’une tâche.Il lui apprend également du vocabulaire dans le champ lexical de laspatialisation et met les joueurs dans une situation ludique où l’enfant gagneavec l’autre.

●     « Les tubes à paroles » : cedispositif est composé de cinq grands tubes colorés qui servent à communiquer àdistance, deux par deux. Le même tuyau sert à la fois à écouter et à parleravec son interlocuteur.     L’objectifest de trouver un rythme commun pour réussir à communiquer car pour entendre etcomprendre son interlocuteur, il faut alterner parole et écoute, et parlerchacun son tour tout en chuchotant.

"Les tubes à paroles", © Ludivine Perard

●     « Paroles et paraboles » : deuxgrandes paraboles se font face dans cet espace, une à chaque bout de la pièce.Dans ce jeu, il n’est pas nécessaire d’hurler pour se faire entendre, il suffità l’enfant de chuchoter pour que son interlocuteur l’entende. Un pavillon enforme de parabole permet de concentrer la voix pour la transmettre sur unelongue distance. L’enfant expérimente la transmission du son dans l’espace etainsi identifie mieux les rôles d’émetteur et de récepteur dans un message. Ily découvre même les propriétés d’une parabole et comprend comment celle-ciconcentre une onde sonore.

Un dernier message

Si vous voulez en savoir plus sur lacommunication, n’attendez pas et emmenez vos enfants à la Cité des Enfants !

 Ludivine Perard

Pour en savoirplus :

http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/expos-permanentes/la-cite-des-enfants/cite-des-enfants-5-12-ans/

Adresse :

Cité des Sciences et de l’Industrie

30 Avenue Corentin Cariou75019 Paris01 40 05 70 00

#sciences#enfants#outils

Découverte du musée du Folklore de Tournai par le biais d'une visite atypique à but créatif

Cet article a été rédigé à la suite de ma première visite de cette institution municipale, à l’occasion de l’opération Musées(em)portables, concours de film courts organisé par le SITEM. Dans ce cadre 3 étudiantes du MEM sont responsables du jumelage entre le Musée du Folklore de Tournai (lieu de tournage) et les étudiants de l’HELHa qui créent leur film sur place. Simple accompagnatrice de mes camarades, je n’ai été qu’observatrice des interactions et de la découverte des lieux par les septante étudiants (présence en territoire belge oblige je ne dirai pas soixante-dix par respect de la culture wallone).

Devant l'entrée du Musée du Folkore après avoir sonné la cloche © J. D.

Installé dans une maison tournaisienne derrière la Grand’Place, les collections du musée sont abritées derrière des façades datant du XVII et épargnées par les bombardements. Après que l’on ait fait sonner la cloche de la porte d’entrée, Jacky Legge responsable du lieu depuis septembre nous accueil. Il est une personnalité phare de la vie culturelle de Tournai puisqu’il est aussi coordinateur de la maison de Culture, et chargé de cours auprès des étudiants participants. 

Crée en 1930 sous la direction du conservateur Walter Rivez, le Musée du folklore de Tournai en Belgique fut novateur notamment par la récolte importante des dons de la populations, pratique muséale que l’on retrouve aujourd’hui dans des institutions de plus grande échelle tel que le Musée national de l’Histoire de l’Immigration1. 

Toutefois comme le concède le nouveau responsable des lieux à ses étudiants, l’ensemble est resté dans son jus. En parcourant les 23 pièces du musée nous découvrons effectivement dioramas, vitrines et maquettes qui évoque la vie quotidienne la région tournaisienne entre 1800 et 1950 aussi bien par les expôts que par-là scénographie. 

Ce retour dans le temps c’est aussi bien la force et la faiblesse de ce musée (au point que cela en ferait presque un cas d’école). Les effets en sont donc multiples pour l’expérience du visiteur dépendant bien évidemment de son profil. La visite gratuite est un point fort car elle permet une visite plus « légère » sans pression de rentabilité du temps passé sur place. De même en cassant la barrière financière on révèle davantage les autres barrières d’entrées au musée. De par son sujet non élitiste, le musée du folklore de Tournai n’est certes pas concerné par l’inconfort que certains groupes qualifiés tantôt de « public empêché », « champ social » voir « non public » peuvent ressentir dans des lieux de culture dite légitime. Au contraire ces individus peuvent prendre goût à leur visite par le caractère authentique des lieux des artefacts présentés. D’autant plus s’ils reconnaissent des objets, décors, particulièrement si le groupe de visite est intergénérationnel. L’ancrage territorial du musée, ainsi que sa longévité renforce ce type de visite. En effet aux mémoires préservés dans les lieux par les collections s’ajoutent celles des visiteurs qui venaient enfants avec leurs parents, aujourd’hui adultes ils peuvent prendre plaisir à retrouver les liens tel qu’ils les ont connus et, évoquer leurs souvenirs de visite.

D’un autre coté si le groupe ne possède pas les codes de référence des époques traités, on pense aux jeunes non accompagnés par leurs familles ou enseignants, le ressenti est tout autre. C’est d’ailleurs ce que j’ai pu observer lors de cette visite, certes dans un cadre scolaire mais dont le but était la production d’un contenu créatif s’inspirant des lieux, collections, sujets. Aussi a aucun moment il n’y a eu à l’intérieur du musée de transmission traditionnel délivré par un « savant » à un « non-initié ». La classe s’est de suite dispersée, à la recherche d’un point de départ d’une fiction. Ils n’ont pas été déçu par l’image du musée figé et des éléments de mise en scène « un peu flippant »2 (voir les photos ci-dessous) car pour eux c’était la matière nécessaire à leur créativité. 

Ce sont souvent les mannequins et poupées qui sont perçues de manière négatives par nos jeunes visiteurs.

Sentiments que nous étudiantes du MEM partageons. © J. D.

Aussi plus qu’au statut et au contexte d’utilisation des objets, c’était l’effet du visuel qui était recherché au prime abord par ces étudiants. Jacky Legge s’est d’ailleurs étonné qu’ils ne soient pas venus demander de renseignements complémentaires sur les objets alors qu’il avait spécifié qu’il était disponible et volontaire à ce sujet. Ce constat n’est pas pour autant négatif, il montre juste que leurs imaginations n’ont pas besoin (pour la plupart) d’être nourries par des faits scientifiques sur les sujets filmés. Il est fort probable qu’ils reviennent par la suite, lors du développement de scénario demander le contexte d’utilisation d’un objet particulier par exemple. Cette visite alternative en groupe peut aussi susciter la même curiosité qu’un visiteur individuel peut avoir, c’est à dire qu’il choisit l’objet qu’il souhaite approfondir en termes de connaissance. 

Cependant le musée du Folklore de Tournai étant très chargé malgré ses 1000m2, la documentation n’est pas toujours accessible librement, aussi c’est souvent une personne physique qui est dans la capacité de renseigner le visiteur. C’est par ailleurs une chose que le personnel permanant (trois personnes au total sur place) réalise d’une manière remarquable. Sylvain passionné par son lieu de travail et les mémoires qu’ils conservent, n’a pas hésité à me faire une visite spontanée. Agissant comme un médiateur volant qui s’ignore. Les actions envers le public m’ont semblé du même acabit. Simples, tout en étant efficaces et sensibles, ici les défauts sont tellement flagrants, les actions de renouvellement de l’exposition tellement faites « mains » que l’on ait touché par ce nouveau souffle apporté au musée… 

© J. D.

C’est le cas pour les photos qu’une artiste a récolté en lançant un appel auquel professionnels reconnus et amateurs anonymes ont répondu. Elle a ensuite disséminé et mis en parallèles ces clichés avec la collection tout en y ajoutant des textes choisit de la même manière. Ce choix subjectif qui unit des clichés à un décor, un objet de manière surprenante, pertinente, savante,… Crée un fil rouge stimulant la visite habituelle, et renoue le musée au participatif. 

Par ailleurs comme on peut le voir sur le cliché ci-haut cette intervention de l’artiste est signalée par un fil rouge noué. Il s’agit d’une table d’accouchement liée à une photo en noir et blanc d’une toile d’araignée (Bénédicte Hélin). Ce rapprochement permet de nombreuses interprétations : le fil serait cité comme une allusion au cordon ombilical. A cette association s’ajoute le texte « Si j’étais un fil je serai un filou philanthrope et je donnerai du fil à retordre » de Eric qui peut entrer en résonnance avec l’ensemble, si l’on pense par exemple qu’un accouchement peut donner du fil à retordre à la femme allongée sur la table ainsi qu’au gynécologue. Suivre cette idée conduit à des questionnements sur le contexte d’utilisation de l’objet valorisé, « A quel point cette table d’accouchement a-t-elle été bénéfique en terme pratique ? Est-ce que cela a été une révolution dans les arts obstétriques ? Est-ce que cela a permis de minimiser les risques ? ».

La liberté et surtout la présence du travail d’un artiste de manière temporaire dans un musée de société tel que le musée du Folklore de Tournai est à saluer. Ce sont des initiatives de ce genre que Jacky Legge peut poursuivre de manière plus fréquente, qu’à l’occasion de la programmation culturelle de la ville, dont le festival d’art contemporain l’Art dans la Ville3 (3ème édition en 2017) utilise le même principe de disposition d’œuvres en complicité avec des éléments, de l’espace urbain, de commerces et d’équipement culturels. Cette année, en octobre c’était Nicolas Verdoncq et sa proposition nommée L’île Noire qui s’est prêté au jeu au sein d’un musée du Folklore. 

On peut imaginer que la participation du Musée du Folklore au projet Musées(em) portables grâce au jumelage avec les septante étudiants de l’HelHa pourra être valorisée tout en éclairant les collections grâce à la projection des films in situ.

Julie D.

#muséedufolklore

#tournai

#musées(em)portables

#HELHa 

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1 Voir la galerie des dons du musée

2 Citation de plusieurs élèves qui ont utilisé des objets dans leurs films pour faire un film reprenant les codes des films d’horreurs.3 https://artville.tournai.be/

L'action culturelle sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux se sont imposés comme l’un des moyens privilégiés de communication, d’information, de diffusion ou de promotion des musées. Le nombre de followerset de partages a de nombreuses vertus rajeunissantes : il redynamise l’image, popularise, modernise… La présence du musée sur les réseaux sociaux le rend tout de suite plus cool. L’image est sauve (ouf !).

Les institutions culturelles peuvent aussi se servir de ce formidable outil numérique pour se concentrer sur l’une de leurs missions principales : la démocratisation culturelle ! Mais oui, qui mieux que les réseaux sociaux pour remplir cette mission dans ce cas où la seule barrière d’accessibilité serait l’accès à une connexion internet ? Ils sont accessibles par tous, pour tous, presque partout, à n’importe quel moment et quelle qu’en soit la durée.

Éclairons tout de suite un point, ilne s’agit pas de substituer la visite insitu mais plutôt de compléter, de varier l’expérience du musée et de donnerenvie aux personnes de venir dans l’institution. Sur les réseaux sociauxl’institution culturelle va pouvoir susciter l’intérêt, piquer la curiosité des« socialeurs » sans pour autant les écraser sous le poids del’exactitude scientifique et historique. Car, pour reprendre Michel Serres, unefois que « petite poucette » est intéressée, elle ira chercher lesavoir, la connaissance scientifique par elle-même. Elle ira peut-être mêmechercher ce savoir au musée, lieu de connaissance et de science mais aussi lieude délectation et d’enrichissement. Et ces deux derniers points peuvent luiparaître beaucoup moins évidents.

Sur les réseaux sociaux,  il s’agit de mener des actions culturellespour et avec les publics. Twitter, Facebook, Snapchat… c’est aussi interféreravec la vie quotidienne des gens, partager un moment, se rencontrer. Le muséepeut sembler plus proche, plus accessible quand il n’y a pas la barrière de labilletterie et que les personnes peuvent directement et instantanéments’engager dans les actions culturelles proposées. Car les institutions doiventaussi rencontrer le visiteur, sans filtre, pour ainsi provoquer unenrichissement, une acculturation.

Tout repose sur l’idée duparticipatif. Il faut laisser les gens s’approprier un contenu, ne pas vouloirle contrôler (ce qui inévitablement briserait le charme). Aller du participatifau collaboratif voilà un bel objectif pour des musées qui sont avant tout unservice public (nous avons tendance à l’oublier un peu trop souvent).

Voici un focus sur trois exemplesd’actions culturelles menées par des institutions qui présentent plus d’unintérêt :

Les live-tweet

En 2015, à l’occasion de l’exposition Le roi est mort, le château de Versailles a retracé sur Twitter les derniersjours de Louis XIV tels qu’ils se dérouleraient à notre époque. L’action permetde mettre l’accent sur l’anecdote et de révéler la petite histoire, peut-êtreplus méconnue que la Grande. Maïté Labat, chef des projets multimédias auChâteau explique sur France 24 : « On s’est demandé comment on aurait raconté cette histoire si Louis XIVétait mort aujourd’hui. Et de fait, Twitter s’est rapidement imposé, notammentcomme première interaction avec les internautes, car c’est un outil quifavorise et crée le dialogue permanent avec le public. » Car levisiteur s’empare de l’histoire et peut la moduler, se l’approprier par ses commentaires, ses retweets. En voiciun exemple publié sur France 24. Il s’agit d’un commentaire de @velkounette àl’annonce du départ de Madame de Maintenon de Versailles, l'une des favoritesdu Roi Soleil, le 30 août : "Jeconfirme ! Je l’ai vue dans le RER tout à l’heure !".

Retweet "Le roi est mort" © EPV

Mais cette initiative n’est pasisolée et en 2014 le Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux fait office deprécurseur avec la création du compte Facebook d’un poilu, Léon Vivien. Durantcinq mois, des publications ont couvert la vie quotidienne du soldat jusqu’à samort comme si Facebook existait en 1914. Cette action permet non seulement devaloriser les collections du musée avec la publication de photographies maispermet aussi à près de 65 000 personnes de revivre une partie del’histoire.

Le « tracking des habitants »,dispositif de la Halle aux sucres de Dunkerque

Partager son circuit dans la ville,voilà ce que propose la Halle aux sucres aux Dunkerquois et plus globalementaux habitants des Hauts-de-France. Chaque personne peut ajouter et partagerson trajet quotidien sur une carte interactive via une application mobiledéveloppée par Orbe. Pour cela rien de plus simple. Il suffit de segéo-localiser, d’enregistrer son circuit quotidien et de le partager sur unecarte interactive qui devient alors le réseau de tous ces chemins entrecroisés.L’habitant est acteur et pas uniquement consommateur du lieu culturel.Bémol : Comment donner envie aux habitants d’utiliser un outil pour traceret partager leurs chemins quotidiens ? Le dispositif participatif a du malà prendre l’ampleur souhaité puisqu’il dépend entièrement des Dunkerquois quine l’utilisent tout simplement pas. Cela vient peut-être du nom très peuaccrocheur de l’application : «tracking des habitants». Oui, nouspouvons le dire, ça fait peur. Surtout, cette action pose la question de la limitedes dispositifs participatifs quand les habitants ont du mal à s’en emparer.C’est peut-être ce qui résulte de la démarche de faire quelque chose pour lesgens mais sans les gens…

"Tracking des habitants" © Orbe

Le Rijkmuseum sur Youtube

C’est laplateforme qu’a utilisé le Rijkmuseum pour annoncer sa réouverture en 2013. Lavidéo est une opération de communication certes. Mais c’est aussi une actionculturelle hors-les-murs aussi surprenante qu’inattendue. Dans un centrecommercial d’Amsterdam, les gens qui faisaient tranquillement leurs coursessont pris à partie et emmenés dans une histoire folle de voleur au XVIèmesiècle. Il s’agit de mettre des personnes en action autour d’une rumeur, del’anecdotique et ce grandeur nature. Nous pouvons facilement imaginer que cespersonnes vont avoir envie d’aller au musée ensuite. Qu’ils regarderontcertaines œuvres plus attentivement car ils auront rencontré les personnages auhasard d’une session shopping, auront vécu une expérience palpitante et que lesœuvres feront partie de leur histoire. Onzehelden zijn terug ! (Nos héros sont de retour !)

https://www.youtube.com/watch?v=a6W2ZMpsxhg

D’autres initiatives sont courantesnotamment sur Instagram avec des jeux concours ou la proposition auxpublics de choisir les œuvres des expositions comme l’a fait le Columbus Museumof Art en 2013. Les institutions culturelles sont aussi présentes sur Snapchatcomme le LACMA (Los Angeles) qui utilise ce réseau avec beaucoup d’humour etinvite les visiteurs à s’amuser avec les collections.

M.D.

#réseauxsociaux

#participatif

#actionculturelle

Pour en savoir plus sur les live-tweet :http://www.france24.com/fr/20150901-france-chateau-versailles-mort-louis-xiv-twitter-exposition-leroiestmort

Pour en savoir plus sur l’utilisation deSnapchat par le LACMA : http://www.club-innovation-culture.fr/en-rejoignant-snapchat-le-lacma-incite-son-public-a-jouer-avec-sa-collection/

Pour en savoir plus sur la Halle auxsucres: http://lartdemuser.blogspot.fr/2017/09/la-halle-aux-sucres-histoire-dun.html 

La fable d’un éveil à l’art

Tapis de jeu de l'oie géant en l'honneur de M. Cognacq et Mme. Jay ©Emeline Larroudé

 

L’Enfancedes Lumièresse présente comme la nouvelle fable du musée Cognacq-Jay. Cette« expopour s’éveiller à l’art »s’est installée sous les combles de la structure du 12 avril au 29juillet 2018. Paris Musées en est l’initiateur, soucieux departiciper à l’éducation du jeune public et d’aller à sarencontre. Pour ce faire, cet établissement public a entrepris decréer une série d’expositions qui leur sont adressées. Destinéesà l’itinérance, elles entendent présenter des thèmes en lienavec les musées et institutions dans lesquels elles s’implantent.Ces parcours, conçus pour les enfants de 7 à 11 ans, sont confiésau commissariat d’Anne Stephan. Muséographe chargée des projets de médiation, elle s’emploie vivement à coordonner ces initiatives avec l’aide des équipes de Paris Musées et desstructures d’accueil elles-mêmes. Fruit d’échanges entre multiples acteurs, L’Enfance des Lumièresveut avant tout répondre aux attentes d’un public trop souvent délaissé.

Al’instar des enfants du XVIIIe siècle, explorons l’exposition à travers les personnages des fables de La Fontaine,auteur du XVIIe, qui ont bercé les enfants du siècle suivant.

Salle d'exposition et modules ©Emeline Larroudé

LaCigale et le Musée

« Nuitet jour à tout venant, Je chantais, ne vous déplaise.»- LaCigale et la Fourmi,Jean de La Fontaine

Le5e étage du musée Cognacq-Jay reçoit gratuitement toutes les cigales qui s’y présentent. A l’accueil du musée les attend un dépliant présentant l’exposition en cours. Des lutrins à destination des plus petits font écho à l’Enfance des Lumièresen indiquant les œuvres qu’elle emprunte au parcours des collections permanentes. D’un pas léger, elle a alors l’occasion de s’aventurer paisiblement sous la magnifique charpente des combles après (ou serait-ce avant ?) avoi rarpenté les niveaux précédents. Qu’y trouve-t-elle ? De quoi se repaître de ses plaisirs simples tout en empruntant subtilement à la fourmi pour s’approprier du contenu. Comment ? En s’adonnant à toutes les activités proposées par chacun descinq modules en place ainsi que par les trois tablettes numériques à disposition. Le champ des possibles est large et varié : de la comptine à chanter au selfie sous fond de tableau de paysage XVIIIepour satisfaire toutes les grenouilles et les corbeaux, en passan tpar de multiples dispositifs interactifs et ludiques. Le tout est articulé autour d’un jeu de l’oie géant en l’honneur de M.Cognacq-Jay. Quelle respiration au sein d’une balade muséale pour le reste très classique et contemplative, passive ! Un jardin de relaxation et de confort pour la cigale en quête de bon temps. 

Recomposition de visages enfantins issus de tableaux ©Emeline Larroudé

LeLion et les Lumières

« Ona souvent besoin d’un plus petit que soi. »- LeLion et le Rat,Jean de La Fontaine

Duplaisir, oui, mais qui passe par l’apprentissage et la connaissance. L’exposition aborde le XVIIIe siècle etle regard intéressé qu’il a posé sur le premier âge de la vie,durant lequel toute forme d’éducation est possible pour quel ’enfant devienne un bon citoyen et plus seulement un bon sujet. Ilest alors considéré pour lui-même, comme un être doué de sensations, de sentiments, et non comme un adulte miniature. Faisantsuite à une introduction sur cette enfance du XVIIIe etsa perception, quatre séquences distinctes, représentées par desmodules, permettent de traiter tour à tour les rapports à lafamille, à l’éducation, au jeu et à la santé. Chaque séquenceest illustrée par une œuvre présente dans le parcours permanent.Celle-ci est ensuite déclinée en œuvre tactile en relief, rendant accessible l’exposition aux personnes en situation de handicap visuel. Cela constitue cependant également une porte d’entrées upplémentaire au contenu pour tout un chacun, en mettant à profit le plus de sens possible pour cette découverte du temps passé. De réguliers échos sont également établis entre ce que connaîtl’enfant du XXIe, et ce qui préexistait trois siècles auparavant pour ses ancêtres à son âge. Ces rapports entre passé et présent sont bienvenus dans la mesure où ils tendent à rendrel’information moins abstraite et apportent du concret. Le visiteurse base sur sa propre expérience pour s’approprier celle de l’autre.

Activité proposée dans le dernier tiroir du module éducation ©Emeline Larroudé

LeRenard et les Modules

« Ettoi, Renard, a pris ce que l’on te demande. »- LeLoup plaidant contre le Renard par devant le Singe,Jean de La Fontaine

De grands livrets illustrés, à l’image de livres géants, approfondissent chacune des thématiques en six pages à feuilleter. Si la lecture rappelle une implication classique du visiteur qui s’en remet aux cartels, elle est essentielle. Cet incontournable se complète cependant par une mise en action systématique. Les renardssont invités à recourir à leur logique pour réaliser les nombreuxpuzzles présentés afin de reconstituer le tableau emblématique dechaque partie. Par ailleurs, une vitrine comparative les invite àfaire le lien entre ce qui relève du familier et ce qui relève presque de l’inconnu. Ces dispositifs font place dans les différents tiroirs des modules, dont les derniers permettent l’expérimentation et la pratique en proposant de s’approprier des outils, objets ou costumes. Les sens, autant que l’intuition etla logique, sont vivement sollicités. Aussi, ces activités peuventvoire nécessitent, pour certaines, de s’envisager à plusieurs. Lamise en action n’est plus solitaire mais collective, ce qui participe à l’enrichissement de cette exposition pleine d’aventures. 

 

Vitrine comparative du module jeu ©Emeline Larroudé

Commen tmieux impliquer le visiteur, d’autant plus lorsqu’il est avide d’interactivité et d’expériences, qu’en le rendant acteur ? L’Enfance des Lumières, initiatrice d’une série d’expositions lancée par Paris Musées, répond parfaitement aux attentes probablement insoupçonnées d’un public auquel peu s’adressent. Une multiplicité d’accès à l’informations’offre à lui afin qu’il saisisse et s’approprie le contenud’une exposition riche par le ou les biais qui lui conviennent.Tout comme le XVIIIe siècle s’est intéressé àl’enfant et son développement en lui consacrant une place nouvelle, cette initiative se place en digne successeuse de cesconsidérations en en faisant l’interlocuteur principal. De même,si le jeu s’est avéré être un élément constitutif dudéveloppement de l’enfant au siècle des Lumières, il est ici mis en exergue. Cohérence et pertinence se mêlent avec brio pour transmettre un message tout en exploitant le plus de sens possible. 

 

EmelineLarroudé

#enfants  

#jeunepublic

#jeu 

Pour en savoir plus :

http://www.museecognacqjay.paris.fr/fr/les-expositions/lenfance-des-lumieres

https://www.facebook.com/museecj/

http://www.parismusees.paris.fr/fr/expositions

La Grande Guerre se rapproche de vous

Le musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux propose des web-visites qui permettent à un public, notamment étranger, de bénéficier d’une visite au sein des collections permanentes sans avoir à se déplacer. 

Il existe actuellement trois variantes de web-visites au sein de ce musée, toutes accessibles via un logiciel de visio-conférence et accompagnées d’un médiateur. Les web-visites sont différentes de par leur médium qui varie de la tablette au robot télécommandé, mais également par l’expérience de visite, à la fois pour le public mais également pour le médiateur.

Pour en savoir plus :

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube

Samantha Graas

31 juillet 2017

#histoire #mediation#robot

La mécanisme d’Anticythère a son médiateur particulier

Un outil spécial pour un objet spécial

L'outil de médiation © M. T.

Le mécanisme d’Anticythère, ça ne vous dit rien ? Votre esprit se remplit d’un grand point d’interrogation ? Si je vous précise qu’il s’agit d’un mécanisme de calculs scientifiques tout droit venu de l’an 87 avant Jésus-Christ, vous commencez à prendre peur ? Et si je vous propose de vous l’expliquer, en tenant compte des aspects historiques, scientifiques, astronomiques et mécaniques, ça vous tente ? Non, et c’est normal. Il est toujours un peu effrayant de tomber nez à nez avec une machine inconnue au nom compliqué dont l’aspect à tendance à vous faire croire que vous ne pourrez jamais la comprendre. Et pourtant, il existe l’outil de médiation parfait pour nous aider à percer les secrets de la machine d’Anticythère, ou du moins essayer.

 

Cet objet se situait, au deuxième étage du Musée des Arts et Métiers de Paris. À la sortie de l’ascenseur, nous arrivions face à un espace dont l’ambiance mystérieuse nous attire instantanément. Cet espace apparait comme une mini exposition avec sa propre scénographie. En effet, ce petit objet possède à lui seul, un titre, un chapeau introductif, des vidéos, un écran tactile avec des informations scientifiques (en différentes langues), un outil assez particulier dont le principe va vous être dévoilé dans la suite de l'article, et un panneau final avec la liste des crédits, les partenaires, etc. Il est rare qu’un unique objet possède tous les éléments d’une grande exposition pour lui seul. Même la Joconde ne bénéficie pas d’un tel étalage. En soi, toute cette scénographie est plutôt intrigante. Mais nous sommes tout de suite attirés par cet appareil, scindé en trois parties : une vitrine avec une caméra mobile qui tourne autour du fameux mécanisme d’Anticythère, un écran de contrôle, et un écran qui retransmet en direct les mouvements de cette caméra.

Le principe de l’outil

    Le tableau de bord pour activer les mouvements de la caméra et l’écran qui retranscrit en direct les images. © M. T.

La vitrine est encastrée, l’objet n’est visible que par une seule face, et son support est assez conséquent. En effet il est maintenu dans un bloc rectangulaire qui n’aide pas à le rendre visible. Cela est certainement dû à des problèmes de conservation et de fragilité. Mais pour rendre cet objet plus accessible, en terme de lisibilité, un système de caméra mobile a été installée, elle circule sur deux plans : elle tourne autour de l’objet sur un axe horizontal, mais aussi sur un axe vertical.

Les images de la caméra sont retranscrites en direct sur un écran à côté de la vitrine. Une table de contrôle est à disposition du visiteur en dessous de la vitrine : elle permet de faire pivoter la caméra. Six positions sont préenregistrées, ce sont les plus intéressantes au niveau de l’observation de l’objet. Mais le visiteur peut aussi faire pivoter librement la caméra en utilisant la sphère sur l’écran tactile. Il peut aussi activer un zoom, pour observer les nombreux détails de l’objet, mais celui-ci étant numérique, la qualité n’est pas excellente.

Un petit élément vient tout de même perturber la lecture de l’objet, il s’agit d’engrenages qui viennent se dessiner sur la face visible de la vitrine. L’objet étant déjà petit et le mécanisme de la caméra assez gros, on ne comprend pas pourquoi des roues crantées viennent s’installer dans le champ de vision. Cet élément uniquement décoratif n’apporte rien et trouble la compréhension de l’objet pendant un instant.

Un outil de médiation stratégique

En soi, cet outil ne diffuse pas d’informations, il permet juste de constater les prouesses techniques et l’esthétique de l’objet. Mais surtout, il éveille la curiosité. En effet, une fois que l’on s’est bien amusé avec, on se demande quand même à qui est destiné cet objet et quel est son rôle : il éveille la curiosité. Il permet une autre forme de médiation avec les autres supports de l’espace. On peut donc apprendre avec plaisir que ce minuscule objet est le plus ancien mécanisme à cran que l’on ait trouvé et que c’est un mécanisme de calcul qui se base sur l’année solaire et l’année lunaire égyptienne. Il traduit un phénomène cyclique en prenant le mouvement des astres comme fondement. Le mécanisme d’Anticythère est « la synthèse des connaissances astronomiques et du savoir-faire mécanique de son époque ». Ainsi nous pouvons aussi apprendre ses 16 fonctions. On peut se demander pourquoi l’écran et la vitrine ne sont pas côte à côte, ce qui oblige à ne regarder que l’un ou l’autre, mais cela a aussi un autre intérêt : ceux qui ne sont pas attirés par le fait de manipuler le tableau de contrôle peuvent quand même suivre l’action et découvrir l’objet en restant à une certaine distance.

Cet outil de médiation est donc intéressant car il  valorise l’esthétisme et la technique, par le biais de la technologie, pour susciter chez le visiteur une curiosité favorisant l’envie de découvrir cet objet. L’espace dans lequel il est présenté résulte d’un partenariat entre la Fondation nationale de la recherche scientifique hellénique, le Musée national archéologique d’Athènes, le projet de recherches sur le Mécanisme d’Anticythère et la manufacture horlogère Hublot de Genève. Il a également été placé sous la tutelle de la délégation permanente de la Grèce auprès de l’Unesco.

Mélanie TOURNAIRE

Des infos sur l'expo et sur l'intrigante machine ici

La Museum Week : voyage à travers le monde en une semaine

C’était il y a 4 ans (en 2014), lorsque des community managers de musées français décident de lancer cette vitrine interactive autour des institutions culturelles. Le principe est simple : 7 jours, 7 thèmes, 7 mots-dièse ; le tout régi par une thématique globale. Lancé dans un premier temps sur Twitter, aujourd'hui l’évènement est suivi dans 75 pays ; avec une participation de plus de 3000 institutions.

Le plus vieux moyen de médiation du monde

Le moyen de médiation muséal que nous vous présentons aujourd'hui est certainement le plus moderne de tous, sa modernité est intemporelle et indépassable.


HomoSapiens
© N.A.S.A. 

Le moyen de médiation muséal que nous vous présentons aujourd'hui est certainement le plus moderne de tous, sa modernité est intemporelle et indépassable. Pourtant son ancienneté dépasse largement l'existence des musées : 7 millions d'années environ pour le tout premier modèle, environ deux cent mille ans pour le modèle actuel après de nombreuses évolutions. Il fut aussi de l'aventure des tous premiers musées, il les créa et fut l'instigateur de toutes ses transformations.Nous vous le donnons en mille : l'humain.

Mais pas n'importelequel : celui auquel nous nous intéressons aujourd'hui est original depar son statut mais aussi sa raréfaction. Il ne se trouve que dans un seul typede musée : les musées associatifs, il s'agit des intervenants bénévoles.

Ceux-ci ne sont pas denature des « moyens » de médiation, ils ne sont là que pour l'accueilet le bon fonctionnement du musée. Et pourtant ! Là où tant de muséesdépensent des sommes faramineuses en équipements de médiation ultra-modernes,ou dans les salaires des professionnels de cet discipline indispensable, lesbénévoles accomplissent cet office gratuitement, avec une animation, unechaleur et un ton unique. Pour illustrer cela, nous nous sommes rendus dans unmusée associatif : le Musée du Vermandois, situé dans l'Aisne, à Vermand ;petite commune de 2000 habitants proche de Saint-Quentin. Nous avons vu là-basune intervenante qui à elle seule illumina notre visite et rendit ce musée plusvivant et parlant qu'aucun autre musée de ce type. Cette personne n'a aucuneformation dans le domaine des musées, mais c'est une passionnée avec uneculture très riche, variée. Elle a surtout toujours l'envie de partager sesconnaissances avec les visiteurs, qu'elle accueille toujours avec un sourirepuis avec une présentation du musée et de sa ville ; présentation très complètesans être scolaire.

Mais avant tout, mettonsnous d'accord sur la définition de « moyen de médiation », etprécisons pourquoi une personne peut-en être un. D'abord parce que cesbénévoles font tout ce qu'un moyen de médiation doit faire, sans être ni desguides, ni des médiateurs agréé.

Ils présentent le musée, racontent l'histoire de sescollections, le parcours. Pour le musée du Vermandois, il s'agit notamment demettre en avant la riche histoire de la cité depuis les celtes, pour mettre envaleur la collection archéologique issue des fouilles. Il faut aussi présenterles autres étages, leurs buts, intérêts et liens avec la ville de Vermand et sarégion.

Puis ils deviennent vraimentdes outils de médiation indispensables lorsque la médiation fait défaut dans lemusée. Les musées comme celui-ci n'ont ni les moyens, ni la place, ni lapossibilité de mettre en place une médiation et un affichage informatifexhaustif partout. Heureusement, pour toutes les questions possibles etimaginables les bénévoles sont là. Ils n'ont pas toujours les réponses, maisont toujours une remarque qui indique la valeur de l'objet en question, leremet dans un contexte ou du moins donne au visiteur l’impression d'être avecquelqu'un comme eux.

Souvent cela ouvre sur unediscussion, un échange qui permet au visiteur de faire naturellement le lienentre son expérience personnelle et la collection présentée, en même temps qued'apprendre quelque chose. Cet échange gratuit et chaleureux entre deuxamateurs rend les bénévoles si spéciaux ; par rapport aux professionnelspour lesquels tout échange est une formalité avec un rapport donnant/recevant,et par rapports aux moyens de médiation artificielles.

Undiorama © Musée du Vermandois

Dans ce musée comme danstous ceux du même type, ils deviennent donc indispensables. Une visite avec ousans leur intervention est radicalement différente. Le meilleur exemple setrouve dans la partie du musée consacrée aux « métiers d'antan ».C'est la partie ethnologique du musée, dans laquelle sont présentés de nombreuxobjets de métiers ou de la vie quotidienne du XXe siècle. Il y a d'abord eu uneffort de mise en scène avec des dioramas, tel le musée de Frédérique Mistral.Mais grâce, ou à cause de dons nombreux, il y a eu un assemblage d'objets deplus en plus divers, sans qu'il soit possible de tout référencer, par manque deplace il y a très peu de cartels et d'affichage. C'est devenue une véritablecaverne d'Ali Baba très riche, peut-être même trop. Sans médiation, il estpossible de reconnaître certains objets et de percevoir des évolutions (commeles machines à laver ou les télévisions), malheureusement on peut aussi êtrefrustré et saturé de se retrouver face à une telle masse d'objets, cela peutêtre illisible.

Mais avec l'interventiond'un bénévole, cela devient une expérience muséale unique. Surtout avec celleque nous avons vu, qui en plus de son charme naturel, sa classe, son sourire, afait l'effort de se renseigner sur presque tout ce qui se trouve dans cettecaverne, qui devient alors un lieu d'échange didactique incomparable.

On y apprend d'abord deschoses, notre étonnement devant certains objets étranges se transforme endécouverte de pratiques, aujourd'hui disparues. Certains objets qui semblaientinsignifiants ou perdus dans la masse retrouvent leurs sens. Là où des cartelset panneaux seraient indigestes, surtout pour de si nombreux objets, la mémoirede l'intervenante et son talent de conteuse nous les rendent intéressants etvivants.

Lasection « métiers d'antan »© CDT02

Puis, souvent, la leçon setransforme en discussion, en échange de connaissances, et mieux encore desouvenirs. Voilà qui est au cœur de la volonté de beaucoup de muséesethnologiques : faire le lien avec le présent. Chacun projettenaturellement ce qu'il a connu ou ce qu'il pensait connaître dans cette cavernequi s'anime alors par la magie de l'imaginaire. L'échange est fructueux pourles deux parties, puisque l'intervenant n'est pas censé tout savoir et peuxtomber sur un visiteur qui a connu tel ou tel objet. Une visite sans médiation,qui aurait pu durer quelques minutes et ne déboucher sur aucune connaissance,se transforme en rencontre chaleureuse entre gens curieux dans laquelle lemusée retrouve son sens premier : la diffusion de connaissances, mais avecce plus humain, et la possibilité de développer tout en gardant le visiteurconcerné.

Alors que les muséesmodernes sont généralement dans une recherche de clarté, d'épuration, on voitque cette forme d'exposition qui tend à disparaître peut avoir un intérêt grâceà ces outils de médiation humains, amateurs et passionnés que sont lesbénévoles. Cela pourrait même être un concept à reprendre dans certains grandsmusées.

Bien sûr, ces« appareils » ont de nombreux défauts, dus à leur nature humaine etleur statut non professionnel : le manque d'exhaustivité desconnaissances, l'inconstance des sentiments et des humeurs de chacun, ladisponibilité aléatoire selon la fréquentation du musée.

Mais songez que ce sont lesseuls qui s'adaptent vraiment à chaque visiteur, à chaque type ou catégorie.Souvent, les outils de médiation mis en œuvre par les professionnelss’adressent à un type de public spécifique, ciblé, la plupart du tempsscolaire. Ici, chacun à le droit à un accueil personnalisé, qu'il soit enfant,groupe de scolaire, personne âgée, professeur d'Histoire, passionné de tel outel sujet, simple passant, curieux ou même non curieux, sans qu'il n'y aitaucune stratégie basée sur des a priori dont les professionnels aiment àuser lors de colloques.

Sans prétention aucune, ilspermettent une approche des collections qui leur est propre et ne pourrait êtreimitée. Ils humanisent des choses sans vies, et impliquent le visiteur qui setransforme alors en invité privilégié dans une promenade à travers le temps,qui s'achève le plus souvent, grâce à une fréquentation moindre, en unesympathique discussion autour d'une boisson. Le personnel du musée apprendparfois autant de certains visiteurs que l'inverse, ce qui peut amener celui-cià s'améliorer, ce qui rend en plus cette médiation participative.

Nous avons donc là un moyende médiation humaine inimitable et propre aux associations, original par sonstatut de bénévole et d'amateur, toujours et à jamais moderne car l'esprithumain est une machine indépassable en matière de technologie, avec la capacitéd'adaptation la plus grande possible et cette possibilité d'impliquer levisiteur. Mais surtout original car chacun d'entre eux est spécial et rendchaque visite unique.

Daniel Bonifacio

Mallette pédagogique, brève de stage

En première année du Master Expographie Muséographie, j’ai effectué mon stage à Accustica à Reims en tant que chargée de mission pour la création d’une mallette pédagogique sur l’agriculture. Il a fallu concevoir le contenu, penser les objectifs des outils, prévoir leurs formes et leur faisabilité mais aussi acheter le matériel en lien avec la malle ainsi que des livres et des jeux pouvant l’accompagner. Il s’agit de donner les clés à l’emprunteur de la malle pour qu’il comprenne l’agriculture.

Accustica, un CCSTI, une association

Créée en2005, l'association Accustica est un Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI). Elle vise à promouvoir la culture scientifique en Champagne-Ardenne.Elle fut aussi nommée Pôle Territorial de Référence (PTR) en 2012 par le préfetde Région et le Président du Conseil régional. Par cette nomination, l'associationdoit animer le réseau régional des CSTI dans le respect de la diversité locale,proposer des formes de mutualisation et d’actions collectives et inscrire lapolitique d'action culturelle régionale dans un projet global national pilotépar Universcience.Les missions d'Accustica

- Rendre accessible au plus grand nombre les Sciences et les Techniques : enfants des écoles primaires, collégiens, lycéens, étudiants du supérieur et grand public.

- Favoriser la création et la diffusion d'outils de médiation et d'expositions itinérantes pour les professionnels et les amateurs de science.

- Mettre en place de nombreuses actions avec l'ensemble de ses partenaires, comme par exemple la Fête de la Science, organiser des conférences scientifiques et des visites d'industries ainsi qu'organiser des rencontres entre scientifiques et grand public (cafés des sciences, spectacles, portes ouvertes, Exposciences, Classes en Fac).

- Mettre en œuvre une politique globale de culture scientifique et technique en région Champagne-Ardenne en créant un réseau qui regroupe tous les acteurs locaux de la Culture Scientifique, Technique et Industrielle (industriels, laboratoires de recherche publics et privés, collectivités territoriales, milieux éducatifs, monde culturel et associatif,...), pour permettre une meilleure diffusion de cette culture scientifique, technique et industrielle sur l'ensemble du territoire régional.Ma mission de chargée de médiation

J’avaispour mission de créer une Malle Doc sur le thème de l’agriculture, intitulée :« Agriculture, ne nous plantonspas ! ». Elle est composée de cinq outils pédagogiques. L’un desoutils représentatifs de cette mallette, le « Quisuis-je » est un jeu qui consiste à deviner le nom d'une plante par lebiais d'une courte biographie, d'une vingtaine de lignes, énoncée par l'animateur.Celle-ci commence toujours par des indices difficiles, puis de plus en plusfaciles, de telle sorte que s'il est en général difficile de donner la réponseau début, tout le monde est susceptible de trouver la réponse à la fin del'énoncé. Le candidat gagne de 4 points à 1 point selon la rapidité de saréponse. Les habitués de Question pour un champion connaissent le principe…

Je vouspropose de tester une énigme :

Qui suis-je ?

A. Originaire d’Amérique du Nord, jefais partie de la famille des astéracées. Je mesure en moyenne 1 à 2 mètres dehaut mais je peux atteindre jusqu’à 4 mètres de hauteur. Apparu il y a 8 000ans, les Amérindiens m’utilisaient pour se nourrir et se soigner. On m’appelaitsouvent hélianthe. Plante héliotrope et oléagineuse, mes lignées sont soitmâles, soit femelles.

B. Mon cycle végétatif dure entre 120et 160 jours. On me sème quand le sol atteint 8°C minimum. Durant magermination, les feuilles sont tournées vers le soleil pour permettre unecroissance rapide. Je suis composé d’un capitule formé de petites fleurs dontles pétales sont serrés les uns contre les autres. Ma pollinisation est faitepar zoogamie, essentiellement par les abeilles.

C. Je suis l’une des trois huilesalimentaires la plus consommée en Europe. En France, ma culture s’estdéveloppée à partir des années 1970. En Champagne Ardenne, je couvre environ 22000 hectares. Je peux être utilisée aussi comme agrocarburant dans les voituresdiesel. On m'utilise aussi en infusion pour calmer les troubles inflammatoires.

D. Mes graines sont utilisées pournourrir les oiseaux de volières, notamment les perroquets et les oiseaux dejardins ou encore les granivores tels que les mésanges. On me consomme en huileou en margarine pour faire cuire et assaisonner les aliments mais on peut aussime manger sous forme de pipes, qui est le nom donné à mes graines salées. Onm’appelle aussi grand-soleil, soleil des jardins ou encore graine à perroquetcar dès que je fleuris, ma fleur se tourne vers le soleil tout au long de lajournée.

La conception d’un outilpédagogique n’est pas facile : le contenant comme le contenu, à la foisludique et pédagogique, donneront-ils envie d'utiliser l'outil et de comprendrele message que fait passer cette activité ? Tel est le défi.

Avez-voustrouvé ?

Si non,j’espère que vous avez appris des informations sur cette plante.

Si oui,bravo vous devez être un as de l’agriculture, j’espère que vous avez appréciéles explications pour la conception d’outils pédagogiques simples.

Voici laréponse : 

L'une des fiches du jeu "Qui suis-je ?" - © Ludivine Perard

LudivinePerard

#science# brève de stage # mallette pédagogique

Pouraller plus loin : 

http://www.accustica.org/

Médiation détonante à la Piscine de Roubaix

Dans la série des médiations singulières, Caroline et Juliette vous proposent une rencontre détonante avec un guide-animateur peu commun à La Piscine de Roubaix, Julien Ravelomanantsoa. 

Regards et non-regards, écoute, odeurs, ressenti, plaisir, jeu, gestes…, quelques ingrédients pour une médiation peu conventionnelle mais sensationnelle !

Pour aller plus loin:

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube

Caroline Biondo et Juliette Gouesnard

#médiationsensorielle

#animation

#médiationsinguliere

Mmmmmmmmh !

Qui a dit que les écuries dégageaient une odeur pestilentielle ? En tout cas, ce ne sont pas les participants de « L’atelier des parfums » qui vous le diront.

Trois temps, deux dynamiques


Crédits : Virginie Potdevin

L’atelier est rythmé par trois temps ce qui permet de varier les activités et de garder l’attention des petits comme des grands.En entrant, des tables rondes présentent des mouillettes contenues dans des flacons. Chaque personne est donc invitée à reconnaître les odeurs de diverses huiles essentielles grâce à l’odorat. Cependant, la vue n’est pas en reste car les feuilles séchées au centre des tables sont de précieux indices, pouvant mener sur le chemin de la réponse que l’on obtient en soulevant un cartel. Ce temps, qui permet à la fois de déambuler dans l’espace et de se concentrer sur ses propres connaissances, laisse ensuite place à une dynamique de groupe. Situé au sein du parc de l’abbaye royale de Chaalis, l’atelier des parfums se déroule dans une ancienne écurie offrant ainsi aux participants un cadre agréable en lien avec la nature. En effet, l’atelier propose de découvrir les plantes par le biais de l’odorat.

Assis devant leur orgue à parfum, tous les participants sentent et tentent de reconnaître l’odeur des mouillettes que l’animatrice fait passer une à une. Une fois la fragrance reconnue, chaque mouillette est entreposée dans une des éprouvettes de l’orgue. Durant cette étape vivante, composée uniquement d’échanges, l’animatrice donne quelques renseignements sur les plantes ou encore sur la manière de procéder afin d’identifier au mieux une odeur, permettant ainsi une fluidité du discours. De même, elle divulgue des recommandations et des informations sur le déroulement de l’atelier au fur et à mesure de l’avancée de ce dernier. C’est donc tout en douceur, au fil des mouillettes, que l’animatrice va amener les participants à adopter une analyse de plus en plus fine.

Enfin, après une explication concise des trois notes (note de tête, de cœur et de fond), les participants doivent choisir les fragrances qui composeront leurs eaux parfumées. A l’image de cet atelier, très didactique, ce choix est facilité par la présence de couleurs sur les éprouvettes représentant chacune une note. 

Entre fous rires et pédagogie

Crédits : Virginie Potdevin

L’atelier des parfums accueille aussi bien les enfants que les adultes car le temps de l’atelier et le discours sont adaptés en fonction du public. D’ailleurs, le sujet abordé pourrait laisser à penser qu’il est nécessaire de posséder des bases solides en la matière pour pouvoir participer à cette animation. Cependant, les novices apprécient énormément cet atelier car les explications sont claires et non techniques et le vocabulaire est adapté au langage courant. Il est donc aisé de comprendre les procédés de fabrication d’une eau parfumée, le métier de « nez », ou encore la méthode d’analyse d’une fragrance. Par ailleurs, les personnes confirmées ou ayant envie d’approfondir leurs connaissances sur l’histoire des parfums et l’extraction de ses matières, peuvent s’approcher des panneaux explicatifs présents dans l’écurie. 

L’atelier des parfums reste avant tout un moment de détente où les souvenirs se mêlent volontiers aux éclats de rire. En effet, il est toujours amusant de constater les diverses associations qui s’établissent entre une odeur et une idée. Ainsi, tout au long de l’atelier il est fréquent d’entendre « ça pue » ou encore « j’adore cette odeur, cela me rappelle ma grand-mère ». D’ailleurs, certaines remarques déclenchent facilement une euphorie générale, comme par exemple une dame qui en sentant l’eucalyptus s’est exclamée : « Ca sent le suppositoire ! ». Il est donc facile d’affirmer, avec ce genre de constat, que l’atelier met en éveil le sens que l’on développe le moins ainsi que la mémoire olfactive. 

L’originalité de cet atelier est qu’il offre la possibilité de mettre en exergue une créativité immatérielle, une évasion, déclenchée par l’odorat. De plus, il valorise le travail de chacun puisque tous les participants repartent avec sa propre eau parfumée.

Outre le fait d’apporter des connaissances diverses et variées autour du thème des huiles essentielles, L’atelier des parfums sensibilise les participants à la nature et permet de prendre conscience que nous ne prêtons pas assez attention à sa richesse olfactive. 

Un atelier qui rayonne 

Crédits : Virginie Potdevin

L’atelier est loin d’être un microcosme, une entité à part, dans le domaine de l’abbaye de Chaalis. Devant l’entrée de l’atelier, un jardin aromatique, crée en partenariat avec Yves Rocher, complète l’animation proposée en autorisant les gens à toucher des végétaux. Par ailleurs, l’animatrice fait intelligemment le lien entre les odeurs reconnus dans l’atelier et les plantes présentent sur le domaine de Chaalis. Par ailleurs, cet atelier peut être aisément associé avec une visite de la roseraie située à quelques pas des écuries. Enfin, il est intéressant de noter que le site internet de l’abbaye de Chaalis propose de poursuivre voire de préparer sa visite, pour ceux qui le souhaitent, en mettant à disposition des documents pédagogiques, des questionnaires, un lexique ou encore une vidéo concernant la chromatographie.

Lieu emprunt de plantes, d’odeurs et de nature enchanteresses, le domaine de l’abbaye royale de Chaalis vous propose de participer à L’atelier des parfums toute l’année pour les groupes (sauf le vendredi et le samedi) et le dimanche à 15h pour les visiteurs. 

Alizée Buisson

Abbaye Royale de Chaalis

60300 Fontaine-Chaalis

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Mon truc.

Vous allez découvrir « le truc » d’une apprentie en médiation et conception de médiation au Musée portuaire de Dunkerque.

Voilà mon truc. © L.T.

Pour devenir déléguée de classe, maire ou présidente de la République, parrain ou marraine dans certaines religions, il faut que chaque personne aille chercher au plus profond d’elle et couche sur papier sa profession de foi. Moi en tant qu’individu, d’après mon vécu et mes ambitions, quels projets et quelles propositions suis-je prête à mener ou faire pour servir et défendre La cause ? Quelles sont mes motivations et serai-je à la hauteur ? 

Lorsque vous décidez de vous lancer dans l’incroyable aventure de la Culture, vous n’avez pas assez de vos dix doigts pour compter le nombre de personnes qui vous disent : « mais c’est pas une voie bouchée ? », « tu sais, ce sont souvent des contrats précaires… », « 5 ans d’études pour gagner le SMIC, quand même ! », « mais d’où ça te vient cette idée ? »… Et pourtant, au bout de ces (minimum) cinq années d’études, peut-être ponctuées de crises existentielles, de remises en question pour savoir « mais oui, qu’est-ce que je fous-là ? », de moments de flottements et d’autres périodes dont je tairais le nom : vous êtes toujours là, toujours vivante, toujours debout. Bien que cela ne vous empêche pas de vous demander régulièrement pourquoi vous faites ça. Mais au fond vous savez…parce que, comme moi, vous avez trouvez votre truc, ce truc. 

Je ne peux écrire votre profession de foi à votre place mais peut-être vous retrouverez-vous dans la mienne. Cette profession de foi n’est une liste de mes résolutions professionnelles 2018 car comme beaucoup, je ne tiens pas mes résolutions. Non, cette profession de foi est plutôt une définition de ce qu’est mon truc, voire une déclaration d’amour (en tout bien, tout honneur). À regarder les modèles de profession de foi des candidats aux élections de délégué de classe : mes motivations, mes projets et propositions, ma présentation, j’ai trouvé l’inspiration pour en créer un nouveau genre. Voici donc ce qu’est mon truc. 

Ce truc, ce n’est pas ce qui me permet de me lever de bonne humeur tous les matins ou de m’empêcher de mettre six réveils... Ce truc, ce n’est pas ce qui va me rendre souriante et heureuse d’être collée à des inconnus dans le métro, de ne pas trouver de place libre dans le train ou d’être coincée comme chaque matin dans les bouchons… Ce truc, ce n’est pas ce qui va me permettre de ne pas finir mon mois le 15 ou de ne plus manger de pâtes à partir du 15… Non, définitivement, ce n’est pas ça mon truc. Bien sûr la liste de ce que n’est pas mon truc pourrait être plus longue mais je n’ai pas envie de me démotiver ou de laisser penser que finalement, ce n’est pas mon truc. Qu’est-ce donc alors ?

Mon truc, c’est de ne pas être découragée quand les gens me regardent avec de gros yeux parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’est la muséographie ou la médiation culturelle. C’est d’être à chaque fois, oui à chaque fois, contente d’expliquer ce que c’est mon métier, de pouvoir faire découvrir et transmettre pour mon truc parce qu’au final, c’est ça aussi la médiation. Mon truc, c’est de ne jamais me lasser de raconter toujours la même explication à des membres de ma famille, des professionnels, des visiteurs quand on me demande ce que je fais et surtout de terminer en disant « j’ai trouvé mon truc ». Mon truc, c’est de rencontrer des gens de tout âge, de tout horizon social et géographique pour leur raconter une histoire pendant qu’ils me racontent la leur. C’est se sentir utile, tenter de faire des blagues qui ne fonctionnent pas vraiment…et pourtant ne jamais désespérer et croire que cela marchera un jour avec un autre groupe de visiteur. Mon truc, c’est accueillir les gens en souriant même si je n’ai pas le moral, commencer et finir une visite trempée par la pluie et bousculée par le vent. C’est entendre les gens me remercier et me dire qu’ils « se coucheront moins bêtes ce soir ! », c’est rire avec les enfants qui s’exclament que le corsaire dunkerquois s’appelle Jean-Luc ou Jean-Marc. Mon truc, c’est d’être sûre d’avoir le sourire en arrivant au bureau et de partager des moments avec des collègues qui ont le même truc que moi. C’est aussi de rêver la nuit des événements que j’organise, souvent des rêves qui se transforment en cauchemar…et de me rendre compte que je ne suis justement pas la seule au musée à qui cela arrive, non, c’est normal : « le métier qui rentre ». Mon truc est composé de mille trucs… 

Alors, au terme de cette définition non exhaustive, je me rends compte que je ne suis finalement pas avancée et incapable de savoir ce que c’est ce truc. Or, le plus important à retenir est qu’il ne suffit pas de pouvoir mettre des mots mais d’en ressentir toutes les facettes car comme dans la vie, le bonheur est fait de petits trucs.

Lucie Taverne

#apprentissage#mediation#2018

Performance théâtrale pour découvrir l'art brut

La première chose que je remarque, ce sont ses pantoufles. Sous un costume noir très élégant et professionnel, le médiateur qui nous accueille à la Collection de l’Art Brut de Lausanne avec un regard qui brille d'intelligence, porte des pantoufles. D’accord, je pense en réprimant un sourire, ça doit être un exemple de la fameuse philosophie “take it easy” à la Suisse.

La visite démarre, et j’ai une deuxième surprise. Pas de contextualisation historique ou de digression artistique, pas de diligente pérégrination d’une œuvre à l’autre. Dès les premiers mots, il est clair que cette visite ne va rien avoir d’ordinaire ou de banal.

          

Ce jeune homme nous emporte tous (la dizaine très hétérogène de personnes qui constitue notre groupe), avec sa voix et son enthousiasme. Comme un moderne jongleur, il bouge frénétiquement d’un tableau à une sculpture, nous obligeant parfois presque à lui courir après pour ne pas perdre le fil du récit. Il parle des auteurs comme s’ils étaient des amis (le terme artistes est très controversé dans le milieu de l’art brut). Il les appelle par leurs prénoms, souvent avec une expression rêveuse ou amusée, comme s’il était en train d’évoquer des souvenirs partagés.

C’est comme cela, avec une grande douceur, qu’il nous raconte par exemple l’histoire d'Aloïse, de sa naissance en 1886, de son métier de couturière et de ses rêves de devenir cantatrice. Nous apprenons et presque vivons avec elle une passion autant brûlante qu’imaginaire pour l’empereur allemand Guillaume II et nous frissonnons en découvrant  son enfermement dans un asile en 1918, suite à la manifestation d’une exaltation religieuse jugée pathologique. Pourtant ses dessins ne reflètent ni tristesse ni colère, ils sont des instantanées pris dans un univers parallèle de contes et d’amour où le rouge et les fleurs dominent le paysage.

A ce point, notre guide fait une pause et nous fait un signe de conspirateur. En se levant sur la pointe des pieds il atteint une enveloppe qui était posée au-dessus d’un tableau et il nous chuchote : “Une lettre d’Aloïse !”. Il invite alors un des visiteurs, une dame très émue, à la lire à voix haute pour tous. Pendant quelques minutes, nous pourrions ressembler à un groupe de fidèles qui se réunissent en silence dans un lieu sacré, tant la lettre et la voix qui l’accompagnent sont touchantes.

Cette première étape n’est qu’un avant-goût de l’incroyable visite qui nous est proposée. Un voyage de 45 minutes farfelu et un peu fébrile, constellé des personnages fascinants et enrichi d’éléments purement théâtraux : notre surprenant médiateur qui converse aimablement avec une chaise vide pour reproduire l’interview originale avec un des auteurs, ou une canne à pêche abandonné au dernier étage du musée par un des personnages (fictifs) de la narration.

Une fois la visite terminée, les chanceux participants n’ont pas seulement été sensibilisés à l’art brut et beaucoup appris sur plusieurs de ses représentants, mais ils auront vécu une expérience rare et, c’est le cas de le dire, magique.

Les créateurs de cette médiation sont Nicolas (metteur en scène) et Romain (acteur), futurs diplômés de la Manufacture de Lausanne (prestigieuse école de théâtre et danse). Ils ont été sollicités par La Collection de l’Art brut en occasion de la Nuit des Musées et ils ont imaginé cette déambulation extravagante. Le musée souhaitait présenter une médiation originale et n’a pas été déçu : le succès que cette médiation a rencontré est tel qu’aujourd’hui elle est insérée dans la programmation du musée. Croiser le spectacle vivant et les visites guidées n’est pas une expérience inédite dans le monde muséale, mais il est rare qu’une telle liberté soit accordée aux artistes de la part de l’institution accueillante. Nicolas et Romain travaillent pour l’imaginaire et parfois ont demandé des dérogations à l’exactitude “scientifique” : comme tromper les visiteurs en décrivant un tableau devant un autre, le cauchemar de tous les conservateurs !

Les visites de Monsieur Jean capturent et séduisent, guident dans un royaume enchanté et solennel. Seul avertissement, même si Nicolas vous quittera sans que vous ayez le temps de prendre congé des fantômes qu’il aura évoqués sous vos yeux, ils risquent de vous suivre pendant quelques temps.

Par rapport à d’autres médiations de comédiens dans un espace muséal, pourquoi est-ce plus pertinent et réussi dans ce cas ?

Lara Zambonelli

#incroyablevisite
#artbrut
#lausanne


En savoir plus :

  • Collection de l’art brut de Lausanne

http://www.artbrut.ch/fr/21070/collection-art-brut-lausanne

  • Les visites de Monsieur Jean

http://www.manufacture.ch/fr/2109/Les-visites-de-Monsieur-Jean 

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube

Socratiser les musées ?

Cyril Blondel est fondateur de la maison d’édition de jeux Flip Flap Editions (2013) et de l’association in philo (2010). Il a été muséographe au Forum des Sciences de Villeneuve d’Ascq de 2001 à 2014.

Cyril Blondel est fondateur de la maison d’édition de jeux Flip Flap Editions(2013) et de l’association in philo(2010). Il a été muséographe au Forum des Sciences de Villeneuve d’Ascq de 2001 à 2014.

Aujourd’hui il est muséographe, concepteur de jeuxet animateur d’ateliers philosophiques, activités qu’il porte avec FlipFlap.

Depuis dix ans, Cyril Blondel mène une réflexion baséesur une approche socratique des musées, tant par l’animation que par lamuséographie. Rencontre avec ce Socrate du XXIème siècle :

Que portel’association In Philo ?

J’ai fondé l’association in Philolorsque j’étais encore au Forum des Sciences, en 2010.L’objectif était de créer une ouverture en proposant des visites à portéephilosophique dans les écoles et dans les musées.

L’une des motivations à la création de ces visitesétait de trouver une valorisation au métier d’animateur, très peu reconnu àl’époque. La réflexion a été de trouver une méthode pour que les animateursaient une identité propre et qu’ils ne soient pas remplaçables par desaudioguides, comme le savoir peut l’être. L’idée était aussi de briser laroutine qu’imposent les formats classiques des visites guidées.

Quel estle principe des « ateliers philo » ?

Le principe est d’arriver à mener des visitesbasées uniquement sur le questionnement. La contrainte de l’animateur est den’utiliser que des questions. Aucune phrase affirmative. C’est assez radical, enlien avec une formation à l’art du questionnement.

Le choix de la philosophie donne du sens au fait demettre de l’humain dans les expositions. La capacité de répartie de l’Hommes’impose par rapport à la machine. De même, le fait d’être en groupe doit aussiêtre porteur de sens. Avec le groupe on peut jouer de l’altérité et se poser laquestion de ce que nous renvoie l’autre.

La grande force d’un animateur, hormis l’art duquestionnement, c’est l’écoute. L’objectif étant d’avoir des visites les plusinteractives possibles pour qu’elles soient impliquantes et ascendantes.

A qui s’adressentces visites ?

Elles s’adressent à tous, quel que soit l’âge, mêmeaux plus petits. En fait, c’est la réception qui varie en fonction des âges.

De 7 à 14 ans la réception est assez cool et naïve,il y a une propension à donner son avis assez naturellement. Ils se livrent facilement.

Vers la fin du collège, il y a un positionnement unpeu plus politique vis-à-vis du groupe, on sent l’importance du regard del’autre. Et il y a déjà un « formatage » de la pensée par le milieuscolaire : ils cherchent la bonne réponse.

Au lycée c’est un peu plus fluide,  c’est assez facile de discuter, ils sont trèsà l’aise avec cette formule.

En revanche, chez les adultes, c’est drôle parcequ’on retrouve la crainte du groupe et la recherche des bonnes réponses.

C’est là que l’animateur joue un rôle clef, au-delàde la maîtrise du questionnement, il faut savoir rester un peu « fun »pour mettre le groupe à l’aise, il faut savoir animer ! C’est un vraimétier et fortement identitaire. Aujourd’hui si tu te dis animateur tu doisêtre capable d’aller n’importe où puisque ta connaissance serait de savoir animer, indépendamment du thème.

Comment prépares-tula visite ?

Pour un animateur qui possède l’art duquestionnement, le sujet qu’il traite est prétexte. Ce qui se prépare n’est pasforcément le Savoir mais plutôt lelieu et ce qu’il offre. Je cherche les « beaux problèmes ». Quepeut-on faire dans un lieu, avec des gens, qui sera questionnant ?

J’aime bien jouer sur l’étymologie du mot question,questa, c’est clairement ça, oncherche la quête. Quelle quête vas-tu proposer aux gens qui soitsuffisamment mystérieuse et énigmatique pour qu’ils acceptent d’y plonger sanstrop de difficultés ? Ça prend du temps. Il faut se plonger dans le lieuou dans l’exposition pour bien saisir le problème. En fait, je ne bosse quasimentpas le Savoir, pour garder unecertaine égalité avec les visiteurs. Le but est plutôt de se demander s’ilmanque des choses, de trouver les petits paradoxes soulevés, etc. Bien sûr ilfaut que la structure joue le jeu et accepte que ce qu’elle montre ne soit pas "vérité".

Une autre étape de la préparation est de penser lagestion des flux et du rythme pour que ça ne soit pas trop statique. Commentutiliser les collections et l’espace ?  Après, tout dépend de ladynamique du groupe et des personnes que tu as en face de toi. Par exemple, ily a certains groupes qui sont capables de rester une demi-heure à discuter dansla même salle ! C’est une des contraintes de l’animateur de savoirs’adapter aux personnes qu’il a devant lui.

Tu as faitdes visites au Palais des Beaux-Arts, au LaM et au Musée d’histoire naturellede Lille. Tu sembles bien ouvert à n’importe quelle thématique ! Quelssujets te plaisent en particulier, et pourquoi ?

Ah oui ! Moi je suis une vraie prostituée dela philo ! (rires)

En fait, dans la démarche philosophique, si on symbolise  rapidement,  il y a trois principes : problématiser, argumenteret conceptualiser.

La question que je me pose en permanence quand jecherche à problématiser c’est : Comment donner envie de faire de laphilo ? Pour ça, on en revient à la base,  c’est de trouver la bonne quête !  Au LaM on a traitéde « L’art en question  ». On tournait autour de la question « Quepensez-vous de l’art d’une manière générale ? ». En réalité la question portait surtout sur l’artmoderne et contemporain,  l’art brut soulèvede lui-même ce questionnement, « Qu’est-ce qui est art ? ».

Au Musée d’histoire naturelle c’était dans Identités, une exposition sur lareprésentation des différents continents. Il y avait une vitrine qui manquait,celle de l’Europe. On a donc travaillé à réfléchir aux objets que l’on mettraitdans cette vitrine si on devait représenter l’Europe. Cette réflexion ouvrait à de multiples questionnements très richessur notre identité, en tant qu’européen. Chacun se sentait concerné. Danschaque thème que je choisis, mon but c’est de faire raisonner le sujet chez lesvisiteurs, en eux-même.

J’ai beaucoup d’idées de thèmes comme ça quej’aimerais creuser au Musée d’histoire naturelle comme « Pourquoiclasser ? »,  « L’exception confirme-t-elle larègle ? », « A partir de quand on sait que quelque chose estvivant ? » etc.

Globalement, je choisis des sujets qui sont assezdrôles et poético-absurdes. En fait, quand tu es animateur tu recherches cequi, dans ton cerveau, va te donner du plaisir en terme de pensée.

Comment sedéroule une visite ?

En introduction de la visite je me présente auxpersonnes en leur disant «  Je vouspréviens je n’y connais rien, le but est de prendre le temps de se questionnersur ce qu’on va voir et sur ce que vous pensez de ce qu’on va voir ».

Je commence par la problématisation, avec unélément « perturbateur », problématisant. Au LaM par exemple, jechoisis de mettre le public devant une œuvre « questionnante ». Souvent,j’essaie de mettre le public face à un choix binaire, assez fermé, pour qu’il yait d’entrée de jeu une forme de positionnement qui divise le groupe. Avant ça,quand je faisais des visites je terminais toujours par un débat. Aujourd’hui,  je commence par lui, comme ça il nous portetout au long de la visite.

Ensuite il y a le corps de la visite en elle-mêmequi consiste à travailler l’argumentation et donc de provoquer duquestionnement perpétuel. Dès qu’il y'a quelque chose qui est annoncé on va lerebasculer avec un autre exemple. C’est là qu’une forme d’improvisation entreen jeu et qu’on voit si on sait animer. C’est à l’animateur de s’adapter à ceque chaque groupe amène, c’est lui qui doit chercher comment il va leprovoquer. Il doit sans cesse réalimenter la discussion par des nouvellesquestions.

Tout au long de la visite je prends des notes, à lafin ça donne une sorte de carte mentale de toutes les problématiques que nousavons évoquées et on cherche alors à conceptualiser les idées.

Pourquoiavoir choisi le matériel « question » ?

Pour moi, quand tu amènes une belle quête, c’est plus facile d’impliquer lesgens. Je pense d’ailleurs qu’on a tous un petit côté comme ça, Sherlock Holmesou Indiana Jones ! Le travail c'est donc de trouver la plus belle quête etquestion possible.

La question c’est en même temps un objectif et unoutil qui permet de provoquer beaucoup de choses. Bien sûr, rien de nouveau,c’est très socratique ! Ce qui est important, c’est d’avoir conscience dece que tu peux provoquer.

Dans l’usage des questions il y en a, entre autres,deux types utilisés : les questions fermées et les questions ouvertes. Les deuxprésentent des intérêts. Les questions fermées sont clivantes, c’estintéressant pour le jeu dans l’espace. Par exemple si je propose oui ou non à un groupe et que je leur dis que ceux qui pensent oui se mettent à gauche et ceuxqui pensent non se placent à droite,ça crée du mouvement, ça dynamise et surtout ça oblige à assumer unpositionnement. La question clivante peut très vite être dérangeante, elleimpose d’assumer une prise de position et elle peut vite révéler des choses defond.

Quand on discute, on peut faire appel aux questionsouvertes, mais elles sont plus compliquées à gérer. En philosophie socratiqueon dit que « c’est quand tu es contraint que tu réfléchis », doncplus je te mets de la contrainte, plus je t’oblige à réfléchir. La questionouverte est intéressante pour voir dans quel champ sémantique la personne aenvie de s’émanciper, mais ensuite il faut refermer un peu. C’est un jeu dedosage et d’alternance entre questions ouvertes et fermées. C’est la bonnemesure entre liberté et contrainte qui fait que tu prends du plaisir.

La question a aussi une force assez poétique. Jetrouve passionnant de faire découvrir aux gens que simplement avec deux outrois questions tu peux voir le monde sous un autre angle. Et ça peut changerune trajectoire, c’est ce qui s’est passé pour moi et j’espère pouvoir parfoisle révéler chez les autres. J’étais très cartésien, très convaincu par la scienceet je suis passé de l’autre côté, le côté obscure de la force ! (rires) 

Quels sontles objectifs des visites ?

S’élever, dans le sens d’une élévation de pensée. Etêtre confronté à ta propre opinion. Il y aussi l’appréhension de l’autre :en quoi ai-je besoin de l’autre pour m’élever ? Et une forme decomplexité. Un des premiers chocs philosophiques fut La Complexité d’Edgar Morin. On est tellement habitué à tout découperen morceaux que finalement l’objectif c'est de remettre un peu de transdisciplinaire,de réussir à mettre du lien entre les connaissances. Comment donnes-tu del’importance aux choses sachant qu’il y a un peu de tout dans tout ? C'estun vrai travail…

Redoutes–tule silence ?

Non au contraire, je cherche le silence !  En fait c’est ce qu’on appelle les« blancs de pensée ». Quand tu arrives à un blanc c’est que letravail a été fait, la réflexion est en route. C’est à ce moment que se passel’élévation.

En tantque muséographe, quelle est la place de la question dans les expositions selontoi ?

Là c’est vraiment la recherche de la quête qui s’impose (et oui,encore !), il faut chercher le meilleur objectif. Au début je prenais unthème, et même en trouvant quelques petites curiosités, on faisait plutôt dudécoupage pluridisciplinaire. C’est en 2007 que j’ai commencé à changer mafaçon d’appréhender la conception d’exposition. Ce qui a changé c’est de penserl’objectif sous la forme de question, ça change vraiment tout !

En 2007 justement, je devais concevoir uneexposition sur « le cycle de la vie » au Forum. Alors je bosse sur lesujet et je découvre que la notion de vie n'est pas définie précisément par lascience ! Il y'a un faisceau de présomptions mais il y a aussi des inconnus…J’ai deux possibilités : soit je montre l’état de la science telle qu’elleest au stade où je travaille le sujet, c’est-à-dire une vérité temporaire, ou alors, et c’est làque j’ai changé ma manière, je fais de l’absence de définition, le jeu de l’exposition.Je suis donc passé à un nouvel objectif, sous forme de question : « Apartir de quand peut-on dire que quelque chose est vivant ? ». Ensuite,quand tu crées, tu t’interroges sur les modules à créer pour que cette questionraisonne dans la tête des visiteurs. Ce qui doit s’inscrire c’est la question.Il faut donc trouver les modules devant lesquels les gens se disent « A partirde quand est-ce vivant ? ». Au début, dans la conception c’était : unmodule, un objectif. Dans cette nouvelle démarche c’est l’inverse, tous lesmodules révèlent une même question. Il faut alors réussir à définir un parcoursgénéral qui inscrit la question dans la personne. Le but est d’arriver à faire partirla personne avec la question, en conscience. La personne doit même pouvoir sedire « Waouh ! Quelle énigme ! ».

Muséographiquement parlant, la grande différencec’est que tu crées avec la volonté de faire repartir les gens avec la questionet de manière impliquante, le graal c’est quand ils se disent « Waouh il y'a un de ces champs de recherches qui s’offre à moi ! ».

Uneexposition réussie selon toi ?

Pour moi, une exposition réussie c’est quand tu asréussi à inscrire dans la personne une question de qualité et de provoquer uneimplication citoyenne :  à minima d’induireune prise de conscience et à maxima de provoquer une implication concrète.

Si je devais résumer en un seul mot, c’est de créerune curiosité sur le sujet.

Et quelledifférence entre le métier de muséographe et d’animateur ?

Finalement la démarche d’un muséographe est un peula même que les artistes : on crée des modules pour révéler une questiondans la personne.

L’exposition doit être questionnante, etl’animateur lui, vient s’enfoncer dans l’argumentation, il pousse les gens auplus profond de leur capacité à réfléchir.

Entretien mené par Juliette Gouesnard


En savoir plus :

Séminaire « Visitesaux musées » au LaM, tenu le 7 juin 2017

Cyril Blondel est formateur à l’OCIM, il intervientnotamment dans des formations sur la place de la question dans la médiation et dansla conception de jeux pour les expositions.

Découvrez sa maison d’édition de jeu Flip Flap.

Une oeuvre pour vous ! (avec l'Artothèque)

Le 13 mai, les Audomarois(es) avaient rendez-vous à l’ancien Hôtel de Ville de Saint-Omer pour découvrir la nouvelle exposition présentée par l’Espace 36, association d’art contemporain. « Une œuvre pour vous ! » est la quatrième édition de cette biennale organisée en partenariat avec l’Inventaire, Artothèque des Hauts-de-France. Le principe ? Les visiteurs ont la possibilité d’emprunter des œuvres d’art, puis de les exposer à leur domicile ou sur leur lieu de travail.

Affiche de l’exposition ©Nicolas Lavoye

Ce vernissage célébrait les trente ans d’existence del’Espace 36. Quatre adhérents de l’association ont ouvert leurs portes où étaientexposées des œuvres empruntées à l’Artothèque. Une balade dans la ville deSaint-Omer a conduit des visiteurs à découvrir les intérieurs de ces médiateursd’un jour qui ont présenté leurs coups de cœur. Mais avant de débuter la visite,une petite présentation de l’Espace 36 s’impose.

Depuis 2001, ce centre d’art associatif basé àSaint-Omer a mis en œuvre un projet de création unique dont la base est lesoutien envers la création et la sensibilisation à l’art contemporain. Lesactions majeures développées par l’association sont la conception d’expositionset le soutien à la diffusion de l’art contemporain, ainsi que l’élaborationd’outils de médiation et l’organisation de visites.

Espace36 – Exposition de Marie Hendricks © Benoît Warzée

L’association assume un rôle d’intermédiaire entre lesartistes et les publics grâce à une collaboration et une concertation auprès dedifférents acteurs territoriaux. L’Espace 36 met un point d’honneur àsensibiliser les publics qu’il reçoit dans le cadre de ces expositions. Le butétant de leur apporter des outils de compréhension pour les aider à développerleur réflexion personnelle. Une démarche axée sur la médiation participative,qui consiste à permettre à tout type de visiteur de s’ouvrir à ses propresressentis et sentiments.

A travers ces différents projets, l’association espèreque les participants s’ouvrent à la culture et soient en mesure d’élargir leurraisonnement. La base des relations entre les artistes plasticiens et lespublics repose essentiellement sur l’échange ainsi que l’écoute, et s’efforcede rendre les visiteurs acteurs de leur propre culture.

Atelier-Visite avec le Musée de l’HôtelSandelin © Benoît Warzée

Venons-en à l’Inventaire. Basée à Hellemmes dans lamétropole lilloise, L’Inventaire, Artothèque des Hauts-de-France a été fondéeen 2009. Cette association propose aux habitants de la région un serviceitinérant et solidaire de prêts d’œuvres d’art sur le même principe qu’unebibliothèque. Autrement dit : chacun peut emprunter une à plusieurs œuvresoriginales par mois, qu’il expose ensuite chez lui. Au-delà d’encourager laprésence de l’art au sein de lieux privés et professionnels, cette démarcheaide à favoriser l’appropriation de la création contemporaine auprès desadhérents.

L’InventaireArtothèque ©Clotilde Lacroix

Riche et diverse, la collection de l’Artothèque s’élèveà 1200 œuvres, regroupant estampes, peintures, photographies et sérigraphiesréalisées par de jeunes créateurs, ou des artistes reconnus sur la scènerégionale et nationale, voire internationale. Cette collection s’enrichit aufil des ans par de nouvelles acquisitions, dans le but de valoriser lamultiplicité des techniques artistiques actuelles.

Plus de 10 000 prêts ont été enregistrés depuissa fondation, avec des œuvres qui circulent dans le cadre de projets mis enœuvre avec différents acteurs socio-culturels. D’une part, des expositionsorganisées dans des galeries d’art, et d’autre part des interventionseffectuées au sein d’établissements scolaires. A travers ces actions, cesœuvres voyagent sur le territoire pour aller à la rencontre des publics lesplus larges, et souvent peu adeptes de l’art contemporain.

En complément des institutions muséales et autrescentres régionaux de diffusion, l’Inventaire soulève la question de la place del’œuvre d’art dans la sphère privée, au-delà de la simple notion d’acquisitionou de consommation. Ainsi, les publics touchés nouent une relation approfondieà l’œuvre et posent désormais un regard nouveau sur la création contemporaine. Ense basant sur des valeurs liées à l’économie sociale et solidaire, cettedémarche de transmission amène une réflexion sur la fonctionnalité, et sur lamanière de repenser l’économie dans un principe de développement durable. 

© Clotilde Lacroix

Retour sur cette balade-vernissage, vécue comme uneexpérience originale. Le contact privilégié avec des œuvres d’art figure parmiles objectifs de l’Inventaire, qu’il nomme joliment : « intrusions artistiques ». Aveccette volonté de raviver une mécanique du désir, d’amener des particuliers àentretenir une relation décomplexée avec l’art, et plus spécifiquement, de sefamiliariser à l’art contemporain. « Çapermet de vivre plusieurs semaines avec une œuvre, de la voir différemment,ailleurs que dans un lieu de passage. » indique Ségolène Gabriel,médiatrice culturelle de l’Espace 36¹. Donc,quoi de mieux que de donner l’occasion à des membres de l’association d’exposerdes œuvres à leur domicile et d’en ouvrir les portes à des visiteurs lambdas ?

Visiteurs du Vernissage-Balade ©Joanna Labussière

La force de cette opération participative réside dansle rôle joué par les adhérents qui se sont glissés dans la peau de médiateursle temps d’une après-midi. Un parcours informel en somme, dans une ambiancedétendue, et qui a permis à la plupart de découvrir le patrimoine architecturalaudomarois. Cette démarche rejoint les fondements de l’Espace 36 en termes demédiation, où l’accueil du public ne se résume pas à expliquer les œuvres auxvisiteurs, mais à apporter à ces derniers des clefs de réflexion propre à leursémotions.

C’est ainsi que Thérèse, sculptrice autodidacte, nousa reçu en premier. Son choix s’est porté sur deux sérigraphies réalisées en 1960par Salvador Dalí et inspirées du poème « La Divine Comédie » deDante. D’après elle, ces sérigraphies donnent à voir un autre aspect du travailde Dalí, à l’opposé de ses œuvres surréalistes qui ont fait sa renommée en tantque peintre parmi les plus influents de son siècle.

La Divine Comédie de Dante #1 et #2 ©Inventaire l’Artothèque

S’ensuivit la découverte d’un second appartement où nousont accueillis Virgile et Aurélien, membres du Conseil d’Administration desAmis des Musées de Saint-Omer. La visite débuta avec Virgile qui nous présentasa sélection : une héliogravure de René Magritte datant de 1973. Intitulée« La Folie d’Almayer »,cette œuvre s’inspire du premier roman du même nom de Joseph Conrad, dont lehéros, Almayer, un jeune hollandais au destin tragique qui rêvait de partir àla découverte d’un trésor caché par des pirates. Ancien étudiant en gestion etvalorisation du patrimoine, Virgile a choisi cette gravure qu’il considèrecomme étant la métaphore de notre héritage culturel qui constitue le fondementde nos racines.

« La FolieAlmayer » de René Magritte© Inventaire l’Artothèque

Aurélien lui, a sélectionné deux peintures del’artiste Sylvain Dubrunfaut issues de sa série « Ados 3 » exécutéeen 2012. La première représente un adolescent placé de profil, le visage encapuchonné,et aux traits graves. Aurélien a placé cette toile sur une étagère de sabibliothèque, près de ses romans de vampires qu’il affectionneparticulièrement. Selon lui, l’air assombri du jeune garçon s’accordait avec unsujet angoissant tel que celui des vampires. En parallèle, la seconde peinturea été installée à proximité de photos de familles. Notre hôte estimait quecette œuvre, aux couleurs chaudes et marquées par le sourire de l’adolescentavait davantage sa place auprès des photos de ses proches, synonymes deconvivialité.

Sanstitre, série Ados 3 de Sylvain Dubrunfaut © Inventaire l’Artothèque

Pour conclure, les visiteurs ont achevé leur balade ense rendant à la maison de Florence, écrivaine audomaroise. Au total, ce sontdeux sérigraphies œuvres qu’elle a empruntées auprès de l’Inventaire. L’uneréalisée par Honoré, porte le titre « H2O ». Si Florence a décidé de l’exposerà son domicile, c’est parce qu’elle traite d’une thématique, à savoir leréchauffement climatique, qui lui tient particulièrement à cœur. Un sujetd’actualité qui la concerne personnellement, en lien avec ses problèmes desanté.

CO2 de Honoré © Inventaire l’Artothèque

Dans un tout autre style, la seconde sérigraphiesélectionnée par Florence est signée Gérard Duchêne. Datée de 1990, elles’intitule : « Papier Peint ». Connu pour son emploi des médias imprimés,le style de Duchêne est particulièrement reconnaissable à son travail de lapeinture sur papier qui donne naissance à une écriture illisible, mettant ainsien exergue la matérialité de l’écrit. Accrochée aux murs de sa salle à manger,cette œuvre renvoie aux créations de Florence qu’elle réalise sur destapisseries.

Papier peintde Gérard Duchêne,© Inventaire l’Artothèque

Comme expliqué précédemment : quel est l’intérêtpour l’Espace 36 et l’Inventaire de permettre à leurs adhérents de participer àune opération telle que celle-ci ? La particularité de cette manifestationréside bien au-delà du projet d’exposition en lui-même, et du principe deposséder une œuvre originale pour un temps déterminé. Le but premier neconsistait pas à expliquer ces œuvres via le prisme de l’histoire de l’art, nià imposer un code de lecture définitif. 

Au contraire, l’ambition première deces deux associations est d’une part de faire découvrir des œuvres à travers leregard d’autrui, selon ses émotions, son ressenti et son propre vécu. D’autrepart, leur volonté consiste à permettre à ces emprunteurs d’expérimenter unerelation davantage intime avec l’art, qu’ils soient connaisseurs ou néophytes. Uneapproche totalement différente qui a également permis de connaître cespersonnes sous un angle différent, le tout dans un moment d’échange, d’écouteet de partage.

Vernissage-Balade©Clotilde Lacroix

L’exposition « Une œuvre pour vous ! »est visible jusqu’au 8 juillet 2017 à l’Espace 36, association d’artcontemporain de Saint-Omer. Les modalités d’emprunt sont lessuivantes : 5€d’adhésion à l’Inventaire | Petit format : 10€ par œuvre et par mois, et15€ les deux œuvres parmois | Grand format : 20€ par œuvre et par mois. Penser à se munir d’unepièce d’identité et d’une attestation d’assurance habitation.

Joanna Labussière

#Brèvedestage

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#Inventairel’Artothèque

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Pouren savoir plus sur l’Espace 36 : http://espace36.free.fr/

Plusd’informations sur l’Inventaire, Artothèque des Hauts-de-France : http://linventaire-artotheque.fr/____________________________¹ La Voixdu Nord, A l’Espace 36, empruntez uneœuvre d’art pour chez vous, publié le 12 mai 2017, [en ligne] : http://www.lavoixdunord.fr/161574/article/2017-05-12/l-espace-36-empruntez-une-oeuvre-d-art-pour-chez-vous

Visite déguidée au Musée national de l'histoire de l'immigration

Vous en avez assez des visites guidées classiques durant lesquelles vous relâchez votre écoute au bout de la première demi-heure ? Préférez les visites déguidées de Bertrand Bossard : rire, découvertes et variation des postures des visites. C'est insolite et intelligent.

Aénora Le Belleguic

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#médiation

Pour en savoir plus:

http://bertrand-bossard.com/

http://www.histoire-immigration.fr/

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube