Cinéma - Photographie

Un tonton flingueur au musée

Il est 15h au Musée des Avelines. Des visiteurs attendent patiemment le début de la visite guidée gratuite sur l’exposition Lino Ventura, une gueule de cinéma. Pourquoi cette exposition ici ? Pourquoi maintenant ? Le musée des Avelines, situé à Saint Cloud, se concentre sur l’histoire locale, et expose autour des personnalités qui ont marqué la ville. Voulant protéger sa famille du « star system », le célèbre acteur a habité Saint Cloud pendant 30 ans. Et 30 ans après son décès en 1987, il était temps que le musée lui rende hommage. Cette première exposition sur Lino Ventura fait découvrir en même temps un établissement particulier qui était autrefois la villa d’un riche pharmacien. La collection permanente est constituée de peintures, de sculptures, de porcelaines, de dessins, d’objets d'art et de gravures portant sur l'histoire de la ville et du parc de Saint-Cloud.« Nous sommes plutôt habitués à présenter des peintures. Cette exposition cinématographique est difficile en termes de médiation, surtout pour les enfants. On arrive à retenir leur attention en évoquant les coulisses du film et les trucages qu’ils adorent. » me dit Joséphine Bathellier, médiatrice au musée. La visite guidée débute dans le couloir menant à la rotonde du musée, reconvertie en café gourmand. On commence avec un lavabo en marbre ayant appartenu à Lino Ventura. Laurine Antoine, chargée des publics, nous présente cet objet comme témoin de la vie quotidienne de l’acteur à Saint Cloud.Né à Parme en 1919, Lino Ventura quitte l’Italie à l’âge de huit ans avec sa mère pour rejoindre son père à Paris. Ce dernier ayant disparu, Lino fait son éducation dans les rues et enchaîne les petits boulots. Appelé à se battre pour l’Italie lors de la Second Guerre mondiale, Lino Ventura déserte et se cache à Paris, où il épousera sa femme Odette. Au dessus de l’imposant lavabo se trouvent des photos encadrées du couple, de leur chien Muck, et de l’acteur à son bureau où il recevait les réalisateurs et lisait attentivement les scénarios qu’on lui proposait.La visite se poursuit dans une salle à l’étage intitulée « Des rings aux projecteurs » qui rappelle que Lino Ventura ne se destinait pas au cinéma : il fit d’abord carrière en tant que lutteur, puis catcheur, remportant le titre de champion d'Europe des poids moyens en 1950. Après une double fracture de la jambe la même année, il devient entraîneur.


© Ville de Saint Cloud, Gilles Plagnol 

Sa carrière d’acteur débute lorsqu’il est contacté par le réalisateur Jacques Becker, qui cherche quelqu’un pour jouer un costaud typé italien dans Touchez pas au grisbi. L’entraîneur présente ses poulains, mais c’est lui-même qui retient l’attention de Becker. Réticent à l’idée de faire un « métier de gonzesse », Lino Ventura cherche à se débarrasser du réalisateur en demandant « une brique » soit un million de francs. Un cachet quasiment égal à celui de l’acteur vedette du film, Jean Gabin... qui lui est accordé !Cette histoire racontée par Laurine Antoine est illustrée par un devis, exposé sous verre juste en dessous de l’affiche du film. Lino endosse dans un premier temps des rôles de gangsters, dans des films de série noire. Soucieux de son image, il refuse de tourner des scènes intimes, se déguise rarement, et souhaite rester fidèle à son caractère. Il cherchera toutefois à se défaire progressivement de cette image de « brute italienne »; Riche en affiches aux couleurs criardes contrastant avec des photographies de plateau en noir et blanc, la salle suivante est consacrée à l’amitié entre Lino Ventura et Jean Gabin. Lino Ventura travaille selon ses affinités, c’est pour cela que ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent sur les affiches. C’est lui qui prendra Jean-Paul Belmondo sous son aile. Des extraits vidéo sont diffusés tout au long du parcours, avec non seulement des scènes de films cultes, mais aussi des témoignages des proches de l’acteur. Une interview de Claude Lelouch retrace avec humour le film « L’Aventure c’est l’aventure » où Lino Ventura partage l’affiche avec Jacques Brel. 


© Ville de Saint Cloud, Gilles Plagnol

Cette exposition touchante, surtout à l’écoute des anecdotes relatées par la médiatrice, rassemble des prêts du musée Gaumont, de la Cinémathèque française, de l’INA, et du musée Jean Gabin. La visite se termine sur une photo de Lino Ventura prise la veille de son décès, alors qu’il profitait d’un restaurant entre amis.Que l’on soit cinéphile ou non, la carrière atypique de Lino Ventura constitue une narration très intéressante que l’on suit jusqu’au bout. La visite guidée est à privilégier si l’on souhaite connaitre « la petite histoire » derrière chaque film. A la sortie de l’exposition, nombreux visiteurs sont à féliciter la petite équipe du musée qui a réalisé un travail remarquable dans la conception et le montage de l’exposition. Des événements et même des ateliers pour enfants l’animeront jusqu’au 21 janvier 2018.

BO#hommage#cinéma

Pour en savoir plus :http://www.musee-saintcloud.fr/les-expositions

" Rwanda " - Les représentations et les espaces blancs de Cordesse



« C’est impossible de tout
raconter dans les détails […] c’est une longue histoire […] c’est difficile à
expliquer, c’est lourd pour moi
 ».







Marthe








J’avais huit ans quand, en Italie, sur les
nouvelles du soir, passaient les images brutes de ces cadavres et mes parents
changeaient de chaîne ou me disaient de fermer les yeux, comme si la seule
perturbation passait à travers ce qui peut être vu, en ignorant combien
d’anxiété peut être transmise par la voix et la musique qui les accompagnent.


 C’était en
1994, et les images étaient celles du génocide qui se déroulait au Rwanda, où,
en moins de 100 jours, d’avril à juillet, entre 800 000 et un million de personnes
ont été tuées.





Alexis Cordesse en 1994 était à Sarajevo où, en tant que photojournaliste,
il était engagé afin de documenter la guerre en Bosnie. Il est arrivé au Rwanda
pour la première fois à 25 ans, après deux des massacres qui ont déchiré le pays
dit des « mille collines ».


Pour Alexis Cordesse venir au Rwanda n’a pas été un voyage quelconque, mais
le début d’une réflexion sur l’après-génocide qui l’a ramené à plusieurs
reprises dans le cœur de l’Afrique, un vrai chemin de maturation en constante
redéfinition. Il a constamment revu, essayé à nouveau, pensé autrement,
articulé la dimension sonore, la puissance de l’image photographique et
l'immédiateté de la parole écrite.





Mes parents et ma directrice m’ont supplié de changer de sujet quand, en 2008,
le temps de choisir le sujet de mon mémoire à l’Université de Gênes, j’avais
choisi d’étudier le  génocide rwandais.


Je voulais acheter mon billet d'avion pour Kigali, aller faire du terrain
sur ces collines africaines ; eux, en m’empêchant de partir, ils voulaient me
protéger, me demandant, comme quand j'étais petite, de fermer les yeux. Moi,
j’avais 22 ans, étant têtue et courageuse, je suis partie de toute façon.


J’ai fait mon terrain, j’ai recueilli les témoignages de ceux qui avaient
vécu le génocide à leur dépens, en perdant leurs chers, les amis d’une vie,
échappant par hasard ou après de nombreuses vicissitudes à ces machettes
enfourchées sur des principes ethniques ayant des racines coloniales. A Murambi[1],
j'ai vu l'enfer, la même horreur qui
vivait dans les yeux des personnes qui ont péniblement revécu avec moi leurs
histoires.


Après ma soutenance, j’ai caché le mois passé là-bas dans le tiroir le
plus éloigné de ma mémoire, je pensais en avoir terminé pour toujours avec le
Rwanda.


Aujourd’hui, vingt ans après toute cette horreur, la galerie Les Douches La Galerie présente « Rwanda », exposition du photoreporter
français qui pour la première fois montre au public la totalité de son travail
sur le sujet.





Je monte les escaliers au premier étage d'un immeuble du 10ème
c’est là que vous trouverez la galerie – et m’accueille le blanc. Celui du
plancher, des murs et même du plafond. Je suis surprise par tout ce blanc, et
puis par tout cet ordre, tout composé, si loin de la réalité du Rwanda.


À première vue, je me sens presque déçue, au fond un peu trompée, mais
malgré l’égarement initial j’essaie de mettre de côté mon expérience,
« mon » Rwanda, et de me laisser emmener confiante par ce blanc
enveloppant. Tout prend ensuite sa place.


Alexis Cordesse, pour rendre le génocide « concevable », sentait qu’il
devait le représenter, conscient de ce qu’un tel acte de représentation devrait
exiger impérativement de mise en distance, de structuration d’un espace vide,
neutre, où pouvoir s’arrêter et s’interroger, bref d’un espace blanc.


Voici que « Rwanda » se
révèle être une clé d'accès aux espaces blancs qu’il a vécu, à ces laps de
temps qui se sont écoulés entre ses trois voyages dans le pays, dans ses trois
expériences de vie qui ont jalonné son propre questionnement en l’amenant, au
fil du temps, à structurer les trois représentations complémentaires qui
aujourd’hui dialoguent ensemble à la galerie Les Douches La Galerie.





C’est le documentaire Itsembatsemba, le génocide au Rwanda un plus Tard (1996)[2] qui retourne sur la première
expérience de Cordesse dans le pays.


Né de la collaboration avec le cinéaste Eyal Sivan,
ce court-métrage présente un mélange de photographies en noir et blanc, des
enregistrements sonores réalisés par Alexis principalement lors des cérémonies
de commémoration ainsi que l’exhumation des corps des victimes.


 Itsembatsembaquiestdirectementvisibledans
la galerie
grâce
à la création d’un poste
vidéoéquipé d’écouteurs – est le résultat du montage de
ces documents dans les séquences, également accompagnées par des extraits audio
des archives de Radio télévision libre
des Mille Collines
, la fameuse « radio de la haine »
[3].





Douzediptyques30x40 cmconstituent L'Avenu(2004),le fruit deson second voyage.


Dixans après le génocideau Rwanda,Alexisest de retour– plus précisémentdans la province deKibuyeen tant que correspondantpour le quotidienLibération[4].








L’un des diptyques qui composent L’Avenu (2004)
© Alexis Cordesse



A cette époque, encouragées parla réduction des peines etdes libertés provisoires, dans lesprisons,de nombreux détenusont commencé àavouerlescrimes de génocide commis.Alexisles intervieweetles photographie:certains sonten liberté provisoire,la pluparten attente de jugement.


Lesdiptyquessont des portraitsfrontauxd’hommes et defemmes qui ont participéau génocideet des extraitsdes aveuxdans une interactionentre image et textequi renvoie toute la complexitéde ces personnes sansjamaisexprimer de jugementmoral.





En espaçant les diptyques réalisés neuf ans plus tôt, Absences (2013) brisent la tension : tirages
photographiques de grand format
[5] représentant la nature intacte du Rwanda, ils sont une
bouffée d’air.









Deux diptyques de L’Avenu(2004) et l’un des paysages d’Absences (2013)│Vue d’ensemble à la Les Douches La Galerie
© Alexis Cordesse



Aucune trace d’un être humain, seuls les espaces ouverts sur les collines
de la région de Kibuye, la forêt de Nyungwe et encore des plaines de la région
de Bugesera sont le contrepoint de la chose la plus horrible que l’homme puisse
commettre.


Mais tout n'est pas comme il semble, ou mieux, ces immenses espaces, en
dépit de leur charme, ont été, il y a vingt ans, le théâtre de la haine
aveugle. La nature que les persécutés croyaient être l’abri maternel s'est
avéré être le pire des pièges, une tombe à ciel ouvert.


A ces silencieux trompe-l’œil naturalistes donnent voix les témoignages de
trois femmes – deux survivantes et une hutue « juste »
[6] – recueillies par le photographe lors de son dernier
séjour.





Ce sont les portraits sonores de Marthe, Odette et Joséphine – traduits du
kinyarwanda en français – écoutables dans la galerie grâce à un deuxième poste
mis en place juste à côté de celui qui permet la visualisation de Itsembatsemba (1996).


Alexis Cordesse une fois de plus ne demande pas au visiteur de prendre
position mais structure un espace neutre, une chance « blanche » qui
le prédispose à lancer son imagination : imaginer ce qui s’est passé dans
l’écart entre des paysages silencieux et des témoins anonymes de la destruction
humaine.





« Rwanda » se révèle
être avant tout l’occasion de réfléchir et d’entrer en contact avec une réalité
encore trop souvent méconnue en Occident.


Loin d'être un guide historique des événements, l’exposition semble même ne
pas vouloir proposer de sensibiliser le public sur une plus grande
échelle : le travail de Cordesse est ici exposé aux Les Douches La Galeriequi,
comme son nom l’indique, est une galerie, de petite taille, au premier étage
d’une rue latérale du 10ème : il est peu probable que vous tombiez
par hasard sur ses expositions et les œuvres en vente.


Eh bien oui, même ses œuvres sont achetées directement dans la galerie,
alimentant le débat toujours ouvert sur ​​l’éthique et la légalité de la mise
sur le marché du travail artistique qui porte sur des tragédies humaines.





Flashback : la terre d'argile rougeâtre, des palmiers sur le
lac Kivu, la coopérative de Butare, des moustiquaires et des nuits sans
sommeil, le paludisme, « alors: vous
faites ou ne faites pas le vaccin contre le paludisme ?
 », la
main de Macibiri, la cheminée, les uniformes roses, les agriculteurs de Gatare,
les camions de l’armée à la tombée de la nuit. 





J’avais fermé mon « chapitre Rwanda », pensais-je, avant de
rencontrer Cordesse.









Beatrice
Piazzi





                                                         


  #LesDouchesLaGalerie


#Rwanda


#photographie


#témoignages








Pour aller plus loin :

















[1] Murambi, Nyamata, Bisesero et Gisozi dans leur ensemble
sont des sites mémoriaux du génocide perpétré contre les Tutsis entre  les mois d’avril et juillet 1994 au Rwanda.
Murambi, notamment, était un institut technique bâti quatre ans avant 1994 où
il est devenu l’un des lieux de la persécution.
Encouragées par les
autorités locales
etles anciennes forcesarmées rwandaisesà s’y réfugiersous prétextede garantir leur sécurité,entre 45 et 50mille personnesvivant dans lescollines environnantes, ils n’ont en fait trouvéque la mort.Aujourd’hui monument mémorial,ce complexededouze locauxest devenu un site d’expositionde restes humains,d’objets utilisés parles tueurs ainsi que des éléments d’identification des victimes.




[2] Itsembatsemba, Rwanda
un génocide plus tard
│Un film d’Alexis Cordesse & Eyal Sivan │
Documentaire│1996 │ 13 mn │ B/W │ 4:3 │ STEREO VO: kinyarwanda – sous-titres:
français © Etat d’urgence (FR) Momento Production (FR).




[3] Créée en 1993 par des extrémistes Hutus, « laradio
de la haine » transmettait alternativement
de la musique populaire et des incitations racistes. D’abord elle a joué un rôle essentiel dans la
diffusion
de l'idéologie ethnique,
par la suite elle a directement coordonné et directement motivé les tueurs.




[4] Ce travail a fait l’objet, en 2004, d’un cahier spécial
du quotidien.




[5] Il s’agit de tirages satin-argentique 120 x 160 cm qui ont été réalisés
cette année à Paris.


[6] Les « Justes » sont ceux Hutus rwandais qui
ont caché, protégé et souvent sauvé la vie de Tutsis pendant le génocide.



----------------------------




Rwanda”. Le rappresentazioni e gli
spazi bianchi di Cordesse





« C’est impossible de tout
raconter dans les détails […] c’est une longue histoire […] c’est difficile à
expliquer, c’est lourd pour moi
 ».





Marthe





Avevo otto anni quando, in Italia, al telegiornale della sera, passavano le
crude immagini di quei corpi senza vita e i miei genitori cambiavano canale o
mi dicevano di chiudere gli occhi, come se il turbamento passasse solo
attraverso ciò che può essere visto, ignorando quanta inquietudine possano
trasmettere le musiche e il parlato che le accompagnano.


Era il 1994 e le immagini erano quelle del genocidio che si stava compiendo
in Ruanda, dove, in meno di 100 giorni,  da aprile a luglio, trovarono la
morte tra le 800 000 e
il milione di persone.





Alexis Cordesse nel 1994 era a Sarajevo dove, in quanto fotoreporter, era
impegnato a documentare la guerra in corso in Bosnia. In Ruanda ci arrivò per
la prima volta a 25 anni, a distanza di due dai massacri che straziarono il
paese detto delle “mille colline”.


Per Alexis Cordesse non fu un viaggio qualunque quello in Ruanda, ma
l’inizio di una di riflessione post genocidio che lo ha riportato più volte nel
cuore dell’Africa, un vero e proprio percorso di maturazione in costante
ridefinizione. Ha riesaminato continuamente, cercato nuovamente, pensato
altrimenti, articolato la dimensione sonora, al potere dell’immagine
fotografica e all’immediatezza della parola scritta.





I miei genitori e la mia relatrice mi supplicavano di cambiare argomento quando,
nel 2008, giunto il momento di scegliere l’argomento della mia tesi di laurea
all’Università di Genova, avevo scelto d’occuparmi del genocidio ruandese.


Io volevo comprare il mio biglietto aereo per Kigali, andare a fare del campo
su quelle colline africane; loro, impendendomi di partire, volevano
proteggermi, mi chiedevano, come quando ero piccola, di chiudere gli occhi. Io,
22 anni, testarda e impavida partii comunque.


Ho fatto il mio campo, ho raccolto le testimonianze di chi quel genocidio
lo aveva vissuto sulla propria pelle perdendo familiari cari, amicizie di una
vita, sfuggendo per pura casualità o dopo mille peripezie a quei machete
inforcati dietro presupposti etnici dalle radici coloniali.
A Murambi[2] ho visto l’inferno, quello
stesso indicibile orrore che abitava gli occhi delle persone che dolorosamente
hanno ripercorso con me le loro storie.


Una volta discussa la tesi, ho nascosto quel mese passato laggiù nel
cassetto più remoto della mia memoria, pensavo d’aver chiuso per sempre con il
Ruanda.





Oggi, a vent’anni di distanza da tutto quell’orrore, la galleria Les
Douches La Galerie
presenta “Rwanda”, personale del photoreporter francese
che per la prima volta mostra al pubblico la totalità del suo lavoro sul tema.





Salgo le scale che portano al primo piano di uno stabile del 10° – è lì che
si trova la galleria –  e ad accogliermi,
il bianco. Quello del pavimento, delle pareti e ancora del soffitto. Mi
sorprende tutto quel bianco, e poi tutto quell’ordine, tutto così composto,
tutto fuorché Ruanda.


A primo impatto mi sento quasi delusa, in fondo in fondo un po’ tradita, ma
nonostante lo smarrimento iniziale provo a lasciare da parte la mia esperienza,
il “mio” Ruanda, e a lasciarmi condurre fiduciosa dal bianco avvolgente. Tutto
allora si riposiziona.


Alexis, per rendere “pensabile” il genocidio, sentiva di doverlo
rappresentare, consapevole che tale atto di rappresentazione necessitasse
imperativamente di una messa a distanza, della strutturazione di uno spazio
vuoto, neutro, dove poter sostare per interrogarsi, di uno spazio bianco
insomma.


Ecco quindi che “Rwanda” si dimostra essere una chiave d’accesso
innanzitutto agli spazi bianchi da lui vissuti, a quei lassi spazio-temporali
che sono intercorsi tra i suoi tre viaggi nel paese, a quelle tre esperienze
esistenziali che hanno ritmato il suo proprio interrogarsi portandolo, nel
tempo, a strutturare le tre complementari rappresentazioni che oggi dialogando
coralmente a Les Douches La Galerie.





É il documentario Itsembatsemba, Rwanda un génocide plus tard(1996)[3] a restituire la prima
esperienza di Cordesse nel paese.


Nato dalla collaborazione con il cineasta Eyal Sivan, questo cortometraggio
presenta un assemblaggio di fotografie in bianco e nero e di registrazioni
sonore realizzate da Alexis principalmente in occasione delle cerimonie di
commemorazione e delle esumazioni dei corpi delle vittime.


Itsembatsemba
che é visibile direttamente in galleria grazie all’allestimento di una
postazione video dotata d’auricolari – é il risultato del montaggio di tali
documenti in sequenze, accompagnate altresì da estratti audio
dell’archivio della Radio Televisione Libera delle Mille Colline, la
celebre “radio dell’odio”[4].





Dodici dittici formato 30x40 cm costituiscono L’Avenu (2004), il frutto del suo secondo viaggio.


A dieci anni di distanza dal genocidio Alexis è tornato in Ruanda – più
precisamente nella provincia di Kibuyé – come inviato del quotidiano Libération[5].







Uno dei dittici che compongono L’Avenu (2004)

© Alexis
Cordesse


In quel periodo, incoraggiati dagli sconti di pena e dalla libertà
vigilata, nelle prigioni, molti detenuti cominciarono a confessare i crimini di
genocidio commessi. Alexis li intervista e li fotografa: alcuni sono in libertà
provvisoria, la maggior parte in attesa di processo.


I dittici rappresentano ritratti frontali di uomini e donne che hanno
partecipato al genocidio e degli estratti delle confessioni in un’interazione tra
immagine e testo che restituisce compiutamente la complessità di queste persone
senza mai esprimere alcun giudizio morale.





Inframezzando i dittici realizzati nove anni
prima, Absences

(2013) spezzano la tensione: stampe fotografiche in gran formato[6] rappresentanti l’incontaminata
natura ruandese, sono una boccata d’ossigeno.








Due dei dittici dL’Avenu (2004) e un paesaggio d’Absences (2013)│Visione d'insieme alla Les Douches La
Galerie


© Alexis Cordesse



Nessuna traccia d’essere umano, solo gli spazi sconfinati delle colline
della regione di Kibuye, della foresta di Nyungwe e ancora delle piane del
distretto di Bugesera, sono il contrappunto a quanto di più orribile possa
commettere l’uomo.


Ma non tutto é come sembra, o meglio, questi immensi spazi, contrariamente
al loro fascino, vent’anni fa sono stati lo scenario dell’odio cieco. La natura
che i perseguitati ritenevano essere materno rifugio si rivelò essere la
peggiore delle trappole, una tomba a cielo aperto.


A questi silenziosi trompe-l’œil naturalistici danno voce le
testimonianze di tre donne – due sopravvissute e una “giusta”[7] hutu – raccolte dal
fotografo nel corso del suo ultimo soggiorno.


Sono i ritratti sonori di Marthe, Odette e Josephine – tradotti dalkinyarwanda al francese – ascoltabili in galleria
grazie ad una seconda postazione allestita giusto accanto a quella che permette
la visione di Itsembatsemba (1996).


Alexis Cordesse, ancora una volta non chiede al visitatore di prendere
posizione ma struttura uno spazio neutro, un’occasione “bianca” che lo
predisponga ad attivare la propria immaginazione: rappresentarsi quanto accadde
sostando nello scarto tra i paesaggi muti e le testimonianze senza volto della
distruzione umana.





Rwanda” si dimostra essere innanzitutto un’occasione per riflettere
e entrare in contatto con una realtà della quale ancora troppo spesso poco si
sa in Occidente.


Lungi dall’essere una guida storica agli eventi, l’esposizione sembra non
si proponga neppure di sensibilizzare il pubblico su larga scala: il lavoro di
Cordesse è qui esposto alla Les Douche La Gallerie che, come lo indica
il nome stesso, è una galleria, di piccole dimensioni, al primo piano di una
via secondaria del 10°: è difficile che ci si imbatta per puro caso nelle sue
esposizioni e nelle opere che propone in vendita.


Ebbene si, anche le sue opere sono direttamente acquistabili in galleria,
alimentando quel dibattito sempre aperto sull’etica e la legittimità di
immettere sul mercato artistico lavori che portano su tragedie dell’umano.





Flashback: la
terra d’argilla rossastra, le palme sul Lago Kivu, la cooperativa di Butare, le
zanzariere e le notti insonni, la malaria: “allora: lo fai o non lo fai il
vaccino contro la malaria?
”, la manina di Macibiri, il camino acceso, le
uniformi rosa, i coltivatori di Gatare, le camionette dell’esercito
all’imbrunire.


Avevo chiuso il mio “capitolo Ruanda”, pensavo, prima di incontrare
Cordesse.





 Beatrice Piazzi




















[1]E’ impossibile raccontare tutto nei dettagli [...] è una lunga storia [...]
è difficile spiegare, è dura per me
” Marthe [traduzione dal francese di chi
scrive].




[2]
Murambi, Nyamata, Bisesero et Gisozi nel loro insieme sono i siti memoriali del
genocidio perpetrato contro i Tutsi tra i mesi d’aprile e luglio del 1994 in
Ruanda. Murambi, nello specifico, era un istituto tecnico costruito quattro
anni prima di quel 1994 in cui si trasformò in uno dei luoghi della
persecuzione. Esortate dalle autorità locali e dalle ex-forze armate ruandesi a
rifugiarvisi dietro pretesto di garantirgli sicurezza, tra le 45 e le 50 mila
persone abitanti le colline circostanti vi trovarono in realtà null’altro che
la morte. Oggi memoriale, questo complesso di 12 locali é oggi il luogo dell’esposizione
dei resti umani, degli oggetti utilizzati dagli assassini e di alcuni elementi
d’identificazione delle vittime.




[3] Itsembatsemba, Rwanda un génocide plus tard │Un film d’Alexis Cordesse & Eyal Sivan │
Documentario │1996 │ 13 mn │ B/N │ 4:3 │ STEREO VO: kinyarwanda – sottotitoli:
francese © Etat d’urgence (FR) Momento Production (FR).




[4] Creata nel 1993
da alcuni estremisti Hutu, “la radio dell’odio” trasmetteva alternativamente
musica popolare e incitazioni razziste. Se dapprima giocò un ruolo essenziale
nella diffusione dell’ideologia etnica, successivamente coordinò e motivò
direttamente i carnefici. 




[5] Questo lavoro è
stato oggetto, nel 2004, di un allegato speciale al quotidiano.




[6] Si tratta di
stampe satinato-argentiche formato 120 x 160 cm realizzate quest’anno a
Parigi. 




[7] I
« Giusti » ruandesi sono quegli Hutu che hanno nascosto, protetto e
spesso salvato la vita dei Tutsi durante il genocidio.









"Après le Déluge", David LaChapelle à Mons

4 ans après avoir accueilli « Andy Warhol Life, Death and Beauty », Mons continue de surfer sur son titre de Capitale de la culture alloué en 2015 en mettant en scène David La Chapelle, l’ancien pupille du maître de la pop culture.

Naomi Campbell, la famille Kardashian, Britney Spears, Michael Jackson, Cameron Diaz, etc. acteurs, chanteurs, mannequins, bien des people de ce monde sont passés derrière l’objectif de David La Chapelle. Si l’adjectif semble extrapolé, le photographe a pourtant mis en scène les personnes les plus bankable de la culture populaire (comprendre commerciale). Ces stars vues dans les magazines qu’on lit dans les salles d’attente ont une place toute trouvée dans l’album de cet artiste qu’ils « passionnèrent ». Mais ça c’était avant veut-il nous faire croire.

LaChapelle se rend en Italie et est transcendé par la « terrabilità » de Michel Ange. Il prend conscience de ce qui l’entoure et tente d’exprimer le rapport entre l’Homme et la Nature en créant des photographies plus engagées. Selon lui la société de consommation ne peut combler l’humain. Son art en est transformé ; exit les corps luisants (sauf pour dénoncer un propos), les couleurs criardes (sauf si nécessaires) et les clichés (sauf les vrais).

L’événement LaChapelle est conçu comme une rétrospective démarrant aux premières années de création de l’artiste jusqu’à aujourd’hui grâce aux 150 œuvres qui constituent l’exposition. Gianni Mercurio, commissaire et Xavier Roland responsable du pôle muséal de Mons, conçoivent cette rétrospective en fonction de la vie de l’artiste. Il y a un avant et un après 2006, ce qui se ressent dans ses œuvres tout comme dans l’exposition.

After The Deluge © Picturimage/Rino Noviello, 

Le visiteur est accueilli par l’œuvre éponyme qui le plonge dans l’univers kitsch et coloré de David LaChapelle et situe immédiatement la gravité du propos. Le Déluge est une allégorie de la dissolution de la société contemporaine et donc une critique du monde qui nous entoure. Le propos religieux sert à véhiculer un message, celui de la décadence de notre société et sa fin préméditée. Si les moyens restent les mêmes qu’au début de sa création, l’artiste - photographe a pris un virage plus engagé. Il propose une réelle satire de ce monde de la consommation, dans lequel il a vécu et grâce auquel il a réussi,qu’il présente sous un jour très ironique. Les musées sont abandonnés, détruits ou ravagés par les intempéries, seules les œuvres « anciennes » subsistent en traversant les siècles. Ce sont les références que l’on perçoit dans les créations de l’artiste, dont les tableaux des grands maîtres de la peinture baroque et italiennes.

Si les photos semblent « trash » au premier regard, l’œil s’habitue et ne voit plus la nudité. Les corps sont tellement léchés, huilés, savonnés et brillent qu’on en oublie que ce sont des personnes, pour ne retenir que leur aspect plastifié. L’humain perd de sa teneur pour n’être qu’un réceptacle véhiculant des valeurs. Les sexes, les poitrines, les corps sont surreprésentés mais pas sexualisés.

La beauté est toujours présente dans ses photographies. Ce n’est pas parce le sujet est esthétique,traité avec attention, richesse et ornementation qu’il perd de son sens selon LaChapelle. L’esthétique LaChapellien ne est un vecteur d’idées, celle de liberté sexuelle ou encore de la surconsommation.


After the Deluge, Museum ©David LaChapelle

La seconde partie de l’exposition s’éloigne de ses premières préoccupations. Le monde du spectacle ne lui suffit plus, LaChapelle a une approche photographique plus conceptuelle. La caricature et les couleurs vibrantes, sont au service de problématiques éthiques ou écologiques actuelles.

En 2008, l’artiste provoque de manière délibérée avec la série Jesus is my homeboy . L’art conceptuel a déjà permis d’abaisser beaucoup de barrières mais la religion reste un tabou protégé par les puristes. Dans une interprétation toute personnelle du christianisme, LaChapelle met en scène le Jésus d’aujourd’hui,. Il s’est posé la question « avec qui Jésus resterait sur terre si il revenait ? », et en regardant la Cène qu’il a réalisée, on comprend que ce serait non avec les « aristocrates ou les riches » mais avec les personnes dans le besoin. En dépit de la « décadence » de certains clichés, sa foi ne l’a jamais quitté et il nous présente désormais une des « versions les plus sereines de lui-même ».


Last Supper © Picturimage/Rino Noviello

Après l’achat de sa ferme à Hawaï l’artiste exprime son engagement pour l’écologie avec une série intitulée Landscape  qui occupe une place importante dans l’exposition. Désormais sortie de ce monde de surconsommation, l’artiste peut en faire une critique acerbe et engager une réflexion quant à notre consommation de carburant. Il se positionne à la place d’un archéologue qui reviendrait, des années après notre extinction, sur les ruines de notre civilisation. Stations services, usines et raffineries encore fumantes : les photos sont encore une fois colorées et vivantes malgré l’absence d’êtres humains. Comme à son habitude tout le travail de production est fait en amont et les clichés ne sont pas numériquement retouchés. Les maquettes sont toutes construites avec des matériaux recyclés tels que des gobelets, des pailles, des cannettes, etc. L’éclairage est la clef de la réussite, sans cela les images seraient sûrement mornes et peu attrayantes. Il reste fortement influencé par le travail qu’il effectuait dans le magazine Interview de Warhol, il fallait alors capter très rapidement le spectateur et lui faire cesser de tourner les pages.L’intensité et la saturation des couleurs, furent une réponse évidente à ce problème et est désormais la marque de fabrique de l’esthétique LaChapellienne.


Land Scape, Kings Dominion ©David LaChapelle

Roi de l’entertainment, David LaChapelle interpelle. « After the Deluge » présenté au BAM de Mons est l’occasion de revenir sur l’évolution de la carrière du photographe plasticien. Sa critique de la société contemporaine est acerbe et les thèmes sont actuels : religion,écologie, argent, moralités, etc. Son regard toujours ironique et centré sur l’esthétique, dédramatise la situation.

Les niveaux de lecture sont nombreux, chacun lit ce qu’il veut. Il est tout à fait possible de se contenter d’un plaisir esthétique et purement matériel ou de chercher une moralité plus profonde. Réels engagements ou coup de com’ lié à des thématiques à la mode ?La question reste ouverte et le visiteur est libre de ses croyances.

Charlotte Cabon--Abily

#Mons

#LaChapelle#BAM

"National Gallery" : Le musée à travers la caméra de Frederick Wiseman.

Comme les articles récents du blog le prouvent, le musée et le cinéma entretiennent une longue histoire commune, des films d'Alfred Hitchcock à ceux plus récemment de Wes Anderson, le musée a souvent investi le grand écran.


Affiche du film
, 2014.

 Cetteannée, c'est le réalisateur Frederick Wiseman qui s'est attaché àce lieu dans son dernier documentaire. Ce dernier a consacré sacarrière de cinéaste à filmer de grandes institutions publiquescomme l'Université de Berkeley aux Etats-Unis, un service de soinintensif, et des institutions culturelles telles que l'Opéra deParis. S'immergeant dans les lieux pendant des semaines jusqu'àfaire oublier sa présence, il veut dresser un portrait fidèle del'institution et son fonctionnement... Filmer le musée étaitdoncla continuation logique de son entreprise,et c'est la National Gallery de Londres qui a été sélectionnéepour ce documentaire. Wiseman a accumulé 170 heures de rushes pourréaliser son documentaire de 3h.

NationalGallerycommence sur unplan fixe d'une des salles d'exposition du musée.Un technicien de surface passe devant la caméra. Comme tous lesdocumentaires du cinéaste, celui-ci nous montre le fourmillementd'activités que le musée contient : restauration (de cadres,de peintures, nettoyage de toiles), analyses de tableaux, mais aussidémontage et montage d'exposition (réaménagements des sallescomprenant la peinture, le changement des revêtements..), atelier demodèle vivant, médiation diverse sur divers aspects de diversesœuvres (technique, historique, artistique...), prise en photo desœuvres, scénographie (il montre par exemple une discussion sur lalumière naturelle et ses impacts sur la vision des œuvres),entretien (arrangement de bouquets de fleurs et plantes dans lesespace), mais aussi les question de gestion (les questionnements derévision de dépenses dues aux restrictions budgétaires) et ainside suite.

Maisdans ce documentaire, une place particulière est accordée auxœuvres d'art, plus qu'à l'aspect social des institutions queWiseman privilégie habituellement. Les tableaux sont présentés deface, morcelés parfois, pour en relever les détails, et ce parfoislonguement. Il montre beaucoup ces œuvres, mais aussi le face à faceentre celles-ci et les visiteurs. Il filme le regard des visiteursvers l’œuvre. Il s'attarde ainsi sur ce jeu de regards dontl’œuvre est la cible.

Outrela rencontre directe des œuvres, Wiseman consacre une grande partiede son documentaire à présenter une autre forme de rencontre entrele public et les œuvres, à travers les médiations diverses, quis'avèrent très intéressantes : une médiatrice fait revivre,par l'imagination, la façon dont les contemporains d'un triptyqueissu d'une Église le regardaient. Une autre médiatrice révèle quel'acquisition des collections a été faite avec l'argent de laLloyd's, et a donc été financée par la traite négrière, toutcomme l'acquisition des collections de la Tate et du British Museum.Ces aspects de l'histoire des musées sont généralement tus et ilest intéressant de voir des médiateurs rappeler ce qui n'estgénéralement pas dit.

NationalGallery montre aussi lesquestions et les enjeux actuels qui pèsent sur l'institutionmuséale : surtout ceux de représentation et d'identité dumusée. Comment prendre en compte le public ? Une des premièresscènes nous donne à voir une discussion entre deux membres dumusée. La première, chargée de la communication, rappelle que lemusée est aussi une attraction touristique et que le public devraitêtre pris en compte dans le discours, quand l'autre interlocuteur,conservateur, dit ne pas vouloir faire une exposition à succès quisoit « moyenne », prenant le « plus petitdénominateur commun » et y préférant un échec« intéressant ».

Celamontre aussi les positions de professionnels du musée, une vision« marketing », mais plus ouverte sur le public quirencontre une vision encore très verticale de la culture, qui oppose l'expert et le profane, et qui assimile « grand public »à « simplification ».

Aun autre moment, lors d'une réunion, la question de la participationà un événement populaire de charité (le marathon du « SportRelief »), est posée. Celui-ci se termine devant le musée, etla population londonienne y est fortement attachée :quelle image le musée renvoie en ne s'associant pas à un projet quetout le mondeapprécie ? Mais comment sera t'il perçu en s'associant à unévénement populaire et non culturel ? Wiseman nous donne ainsi àvoir les stratégies de communication mises en place par le musée.

Habilement,le film se termine sur une scène de danse dans les galeries, dontl'organisation a été discutée précédemment, les danseurs seretirent, la présentation est finie.

Le seul regret est que la questiondes démarches du musée envers les publics ne soit pas plusdéveloppée dans le documentaire, lequel est plus centré sur larencontre avec les œuvres. L'exploration des coulisses, à part pourcertains exemples évoqués ici, mettent les œuvres au centre del'attention. Ainsi,le musée de Wiseman semble être plus tourné vers les œuvres quevers son public, comme certains le sont encore aujourd'hui.Le film reste une immersion passionnante à l'intérieur d'uneinstitution telle que la National Gallery.

N.PPour en savoir plus : - Cliquez ici !#cinéma#NationalGallery#coulisses

"The Square"

« The Square est un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. Dedans, nous sommes tous égaux en droits et en devoirs. »

"Too Young to Wed" : Trop tôt, trop jeunes et déjà mariées

Dans certaines parties du monde, à l’âge où d’autres vont à l’école, des fillettes sont mariées à des hommes beaucoup plus âgés. Le travail de la photographe Stephanie Sinclair lève le voile sur une réalité qui n’a pas de visage. Aujourd’hui, elle en a un et même plusieurs, ceux d’Aracely, Destaye, Ghada, Ghulam, Hawa, Tehani, autant de vies brisées que Stephanie Sinclair a immortalisées pour éveiller une prise de conscience. Cette photographe lutte depuis treize ans contre les mariages forcés et les mutilations faites aux femmes. L’exposition « Too Young to Wed : mariées trop jeunes », du nom de l’ONG qu’elle a créée en 2012, rassemble 175 photos, dont 115 jamais présentées, et rend hommage à ces victimes-héroïnes. Elle inaugure avec force l’Arche du photojournalisme, située au 35e étage de la Grande Arche de la Défense à Paris.

Tehani (au second plan) avait 6 ans lorsqu’elle a été mariée à Majed, 25 ans. Elle est photographiée deux ans plus tard aux environs de Hajjah au Yemen avec son ancienne camarade de classe, Ghada. © Stephanie Sinclair

Des chiffres alarmants pour un constat bouleversant

Dans plus de cinquante pays dans le monde, une jeune fille toutes les deux secondes est mariée contre son gré, soit 39 000 victimes chaque jour. Dans dix ans, ce ne seront pas moins de 140 millions de mineures mariées avant l’âge de 18 ans ; d’ici 2050, elles seront 1,2 milliard. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 16 millions le nombre de filles entre 15 et 19 ans, chaque année, qui donne naissance à un enfant ; le chiffre se monte à plus d’un million pour les moins de 15 ans.

Au Bangladesh notamment, 29% des fillettes sont mariées avant leurs 5 ans. Or, les pays occidentaux ne sont pas épargnés par le phénomène. En Europe de l’est par exemple, 11% des jeunes filles deviennent des épouses avant l’âge de 18 ans. Aux Etats-Unis, un vide juridique persiste quant à l’âge minimum légal du mariage au niveau fédéral et qui concerne une trentaine d’Etats dans le pays. En effet, des adolescents auraient le droit de se marier s’ils ont le consentement des parents ou d’un juge.

Les statistiques glaçantes ne se limitent pas uniquement à la question des mariages forcés, d’autres sévices ajoutent des plaies physiques à des traumatismes psychologiques qui ne cicatrisent jamais. En effet, l’excision est encore trop souvent une condition préalable au mariage dans de nombreux pays de la péninsule arabique, d’Afrique et d’Asie. Cette pratique consiste à l’ablation partielle ou totale des parties génitales, dont le clitoris, et concerne chaque année 3 millions de jeunes filles à travers le monde selon l’Unicef. Les victimes de ces mutilations, pratiquées en principe sans anesthésie ni aucune précaution d’hygiène, se dénombrent en plusieurs centaines de millions. 

En Indonésie, une fillette vient de subir une excision. © Stephanie Sinclair

Derrière l’objectif, un combat : mettre des visages devant une réalité qui dérange

Ils sont nombreux les visiteurs qui ne parviennent pas à soutenir les regards de tristesse et parfois de gravité de ces fillettes qu’on force à devenir des femmes ; il y a quelque-chose de gênant, comme si nous prenions soudain conscience de notre position de voyeurs immobiles et inertes. Cependant, ce n’est pas un Déjeuner sur l’herbe qui se déroule sous nos yeux mais bien une série d’existences sacrifiées. Stephanie Sinclair a sûrement voulu recréer volontairement chez le visiteur le malaise qu’elle a ressenti lorsqu’elle s’est confrontée pour la première fois au sujet des mariages d’enfants. 

En 2003, dans le cadre d’un photoreportage sur la guerre en Irak, l’Américaine se rend au service des grands brûlés d’un hôpital et se retrouve frappée par le sort de jeunes filles qui ont choisi de s’immoler par le feu plutôt que de subir un mariage non consenti. Les destins tragiques de ces enfants d’à peine une dizaine d’années résignées à une mort atroce comme seule échappatoire bouleversent la journaliste. Dès lors, à travers ses photos, elle a fait de la cause de toutes les filles mariées contre leur gré avant l’âge adulte, son combat pour sensibiliser sur un fléau qui, sans forcément tuer, détruit des millions de vies. 

Eduquer plutôt que juger

Faiz, un Afghan de 41 ans s’apprête à épouser Ghulam, une fillette de onze ans. 

© Stephanie Sinclair

Stephanie Sinclair a aussi montré une sorte de beauté dérangeante ; sur des tirages aux couleurs lumineuses, la beauté des visages juvéniles se dessine ; c’est la fin d’une innocence.

Jamais l’œil du photographe n’est intrusif ou grossier, il dévoile sans chercher le sensationnel ou l’image choc, comme on le ferait pour empêcher les gens de fumer. Au contraire, on ressent les liens privilégiés entre l’artiste et ses modèles, une confiance mutuelle dans laquelle le spectateur prend place et qui lui donne accès à une intimité mais toujours avec beaucoup de pudeur. 

L’exposition se poursuit vers une salle de projection où six vidéos retranscrivent les entretiens de l’artiste photographe avec des jeunes mineures de différents pays. Il s’agit avant tout d’un minutieux travail d’enquête : la prise de contact, la rencontre avec les familles, parfois les chefs de villages. Peu à peu, ces jeunes se confient à elle, lui racontent les maladies, les viols, les grossesses non désirées, les séquelles des accouchements précoces, les violences conjugales, les mutilations. La photographe n’hésite pas à retourner plusieurs fois au même endroit, parfois à plusieurs années d’intervalle. 

Aucun des clichés présents dans l’exposition n’a été pris sans l’accord des jeunes filles et de leurs proches. Stephanie Sinclair nous raconte leur histoire mais aussi celle de leurs familles, de leurs maris, sans jamais porter le moindre jugement. En effet, nous sommes face à des constructions sociales où le poids des traditions est considérable. Bien souvent, les familles n’ont pas pleinement conscience que ce qu’elles font subir à leur enfant est mal. Le mariage arrangé impliquant des mineurs n’est pas tabou dans ces sociétés. Il est coutume de vendre une fille en échange d’une dot, plus la fille en question est jeune, plus la dot est élevée. Or, la situation dramatique de ces filles déscolarisées ne fait qu’aggraver leur situation et leur rôle se limite à la maternité et au maintien du foyer. 

Ainsi, l’éducation apparaît comme la seule alternative, la meilleure arme pour gagner leur liberté.

Au Guatemala, Aracely, 15 ans, pose avec son fils. © Stephanie Sinclair

Avec son ONG, l’artiste met des appareils photos à disposition des filles, organise des ateliers pour qu’elles puissent échanger sur leur histoire mais c’est aussi une façon pour elle de leur rendre ce qu’elles lui ont donné. Si certaines évolutions commencent à se faire jour, Stephanie Sinclair est consciente que le combat est encore loin d’être fini. Les institutions culturelles se doivent d’être un relai de cet engagement tout en assurant leur rôle d’information et de diffusion auprès du public le plus large. Et l’exposition se poursuit, au dehors, car le visiteur n’en ressortira pas indemne…

Mathilde Esquer

#mariageforcé

#stephaniesinclair

#ladéfense


Informations pratiques : 

L’exposition de Stephanie Sinclair est à découvrir jusqu’au 24 septembre. La prise de conscience se mérite : la galerie de 1200m² est perchée à 110 mètres d’altitude, il faudra débourser 15 euros pour emprunter l’ascenseur et s’acquitter des 4 euros du droit d’entrée. L’espace est ouvert tous les jours de 9H30 à 18H30. 

Site de l’association fondée par Stephanie Sinclair : www.tooyoungtowed.org

À l'air libre

La notion de Liberté est une valeur pleinement ancrée dans l’histoire de Bayeux. Première ville libérée de l’hexagone le 7 juin 1944, c’est aussi là que renaît la presse de la France libre avec les premières éditions de la Renaissance du Bessin.

« Se vouloir libre c’est aussi vouloir les autres libres » Simone de Beauvoir

Mémorial des reporters – Bayeux

Crédit photographique : A.Gilles

La notion de Liberté est une valeur pleinement ancrée dans l’histoire de Bayeux. Première ville libérée de l’hexagone le 7 juin 1944, c’est aussi là que renaît la presse de la France libre avec les premières éditions de la Renaissance du Bessin.

Ma visite commence au sein de la « LibertyAlley », pôle de mémoire de Bayeux, où sont réunis le mémorial de labataille de Normandie, le cimetière britannique, ainsi que le mémorial desreporters. Créé conjointement par la ville de Bayeux et l’association Reporterssans frontières, le mémorial des reporters est un espace unique en Europe.Inauguré en 2007 ce lieu est dédié aux journalistes et reporters tués dansl’exercice de leur métier depuis 1944. Chaque année, à l’occasion du Prix Bayeux-Calvados des correspondants deguerre, les noms des derniers reporters, ayant payé de leur vie leurliberté d’informer, sont gravés sur une stèle. Cette année, sur la stèle del’année 2015, on remarque parmi les noms gravés celui des sept journalistesassassinés le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. À l’occasion de cet hommage,Riss, actuel directeur de la rédaction et de la publication de Charlie Hebdo nousrappelle le fait que les conflits ne sont finalement pas si loin de nous « On pensait que c’était loin, onpensait que ça ne nous toucherait pas, et on ne se rendait pas compte que lesgens dont on parlait étaient derrière la porte ». Sur cette stèle del’année 2015 sont aussi présents les noms de quinze reporters syriens victimesde la guerre civile qui fait rage en Syrie depuis 4 ans.

Libertéde la presse, liberté d’information, liberté d’expression …

Cela fait maintenant vingt-deux ans que Bayeux, associé auConseil général du Calvados, accueille pendant une semaine, au mois d’octobre,des reporters venus du monde entier. Ce festival, dédié à la libre information,est l’occasion de rencontres, débats, projections, expositions, … où lesprofessionnels échangent et viennent sensibiliser le public à l’actualité desconflits internationaux, connus ou moins connus.

Ce festival met aussi en lumière le métier de reporter deguerre. D’après Carlotta Gall, présidente du Jury 2015, c’est l’occasion d’expliquerau public « les dangers, lesrisques, mais aussi l’intégrité de cette profession. ». Ces reporters,qui malgré les conditions périlleuses, captent l’Histoire pour nous permettred’accéder à l’information.

« De Mossoul à Rakka » une exposition à l’air libre

Parmi les sept expositions proposées cette année,l’exposition collective « De Mossoulà Rakka »présente vingt photographies de grand format qui couvrentles murs de la ville et viennent témoigner des conséquences de la montée enpuissance du Califat auto-proclamé de l’organisation Etat Islamique. Disposéessur les bords de l’Aune, où le quotidien s’écoule paisiblement, les clichésinstallent la guerre au cœur des rues de Bayeux.

Ayman Oghanna

Bayeux

Crédit photographique : A.Gilles

Le contraste est saisissant, dans un cadre paisible notreregard rencontre des scènes d’horreurs, de destructions, de fuites, unquotidien qui nous est difficile d’imaginer mais pourtant bien réel pour desmilliers de Syriens.

Rodi Said pour l’agence Reuters

Bayeux

Crédit photographique : A.Gilles

Face à un parterre de fleurs la photographie de Rodi Saidvient nous confronter à la fuite des Irakiens de la minorité ethnique yézidi cherchantà échapper aux répressions de l’Etat Islamique. Difficile de ne pas s’arrêterdevant les pleurs d’un enfant, devant la peur et le désarroi qu’expriment cesvisages de réfugiés, d’exilés. Villes en ruines, villes désertées, villeslibérées, villes refuges, l’exposition nous présente des paysages détruits surles belles pierres des rues bayeusaines. Les photographies des combattantbrandissant les armes nous paraissent tout autant irréelles.

Bulent Kilic pour l’agence France presse

Bayeux

Crédit photographique : A.Gilles

Le parcours de l’exposition se termine face à laphotographie de Bulent Kilic où l’on observe deux enfants au visage ferméfuyant devant l’avancée des djihadistes de l’Etat Islamique. Face à cettephotographie on remarque clairement que l’espace urbain n’est pas neutre, ilpeut rentrer au service d’un propos notamment pour amplifier son impact. Eneffet, ce lieu ne semble pas avoir été choisi pour la surface au mur qu’iloffre. Placée dans une cour, derrière des grilles, une distance nous estimposée vis-à-vis de la photographie, la légende l’accompagnant en est presqueillisible. Pourquoi exposer la photographie dans un lieu où le rapport avec lepublic est rompu ? La photographie est en fait placée au sein de l’espaceenfant-jeunesse et sport de Bayeux, lieu où sont mises en place des activitésde loisirs. Les rires des petits bayeusains en train de jouer rentrent encontraste avec la photographie de ces enfants bien loin du monde de l’enfance.

« Le plus grand réseau social c’est larue » Pierre Terdjman

Ce propos de Pierre Terdjman, fondateur de Dysturb,collectif de photojournalistes, illustre bien l’une des particularités d’uneexposition à « l’air libre ». La visibilité, la rue est un lieu depassage, un lieu où l’exposition se présente à une multitude de regards. C’estnotamment ce qui a amené le collectif Dysturb à s’emparer de l’espace urbainpour y présenter leurs clichés. La rue est le moyen de palier au manque devisibilité subi par certaines actualités. Placée en extérieur, l’exposition seveut accessible. Hors les murs, les photographies viennent à la rencontre dupublic pour le faire réagir, le troubler ou encore le déranger. Ainsi, des personnesqui ne seraient pas venues les voir en salle d’exposition s’y trouventconfrontées. Même si tout le monde ne s’arrête pas devant les clichés, même sitout le monde n’est pas touché par leurs propos, l’audience est quand mêmesusceptible d’être plus large que si l’exposition se tenait en lieu clos.Placées dans un environnement familier les photographies se veulent plusabordables, décomplexent le rapport que nous établissons avec elles, et nouslivrent un autre regard sur l’actualité.

« Au regard des événements du13 novembre 2015, le choix d’écrire sur cetteexposition se veut dénonciateur de toute barbarie où qu’elle soit. Ma pensée vaaux victimes et à leurs familles, à qui je rends hommage »

AmandineGilles

Pour en savoir plus : http://www.prixbayeux.org

#PBC2015 #Bayeux #RSF #Dysturb

Albert Khan : se dévoiler par nuances

Les deux promotions du Master MEM ont rencontré Valérie Perles et Jean-Christophe Ponce lors de leur « semaine expographique ».  Cette dernière permet aux étudiants à rencontrer des professionnels qui fourniront  un point de vue concret sur un thème prédéfini : celui de cette année est la rénovation et l’extension de musées. La conservatrice et le scénographe se sont libérés en pleine période de travail pour une journée d’échange afin d’exposer le projet de rénovation du Musée Albert Khan.

Un autochrome, s’il s’apparente à une des premières formes de photographie en couleur, se rapproche de la peinture par l’apport de couches successives  afin de former une image. Cette dernière est captée grâce à l’application de vernis, de fécule écrasée, de carbone et d’émulsion sensible. Le résultat donne une photographie à l’aspect un peu décalé, voire poétique. La couleur tranche franchement avec l’aspect solennel des premières photographies, elle leur donne un ressort qui promet à celui qui prend le temps de les regarder un aperçu vivant et succinct du passé. Toutefois, l’autochrome est fragile, son procédé nécessite des conditions particulières de conservation qui ne permet pas une exposition sur le long terme. Des reproductions sont nécessaires pour pouvoir révéler ce qu’un autochrome veut donner à voir.

La plus grande collection d’autochromes a été formée par Albert Khan dans ce qu’il a appelé « Les Archives de la planète ». Ce banquier français a fait converger sa fortune et ses idéaux philanthropiques pour mobiliser des photographes et cameramen sur plus de 60 pays entre 1909 et 1931. Cela afin de saisir  «  des aspects,des pratiques et des modes de l’activité humaine » dont Khan avait -déjà- conscience de la disparition prochaine. Cet engouement documentaire a permis de constituer une collection de 72000 autochromes, portant sur les coutumes, les paysages, les portraits. Ce projet avait pour but de faire connaître les cultures étrangères afin de promouvoir le respect de chacune dans une optique pacifiste. Quatre axes permettent de comprendre la démarche de départ : le voyage, la géographie,l’actualité, l’ethnologie.

N°A69 807 X © Collection Archives de laPlanète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine

N°A70 472 XS © Collection Archives de laPlanète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine

Mais ce projet documentaire avait aussi vocation à être diffusé : Khan invitait dans sa maison de Boulogne-Billancourt artistes & diplomates internationaux dans le but de les confronter à l’étranger, au dépaysement et à sa propre sensibilité. La visite se déroulait alors entre deux espaces : la sphère intime avec le cabinet de projection et l’extérieur dans les quatre hectares de jardin qui entourent la maison, composés de serres, de reconstitutions d’architectures asiatiques.

Dans les années 1930, le krach boursier n’épargne pas Albert Khan : le département de la Seine rachète alors collections et jardins afin d’en faire un musée éponyme. Il ouvre ses portes au public en 1937. Le musée actuel prend place à Boulogne-Billancourt dans l’ancienne maison du banquier et s’accompagne des jardins départementaux qui le corroborent. Si le jardin est retravaillé dans les années 1990,  la rénovation du musée débute en 2013, quatre ans après, les espaces d’exposition sont en phase d’aménagement ;

N°B778 S © Collection Archives de la Planète- Musée Albert-Kahn

© Département Hauts-de-Seine

Quel a été ce projet de rénovation ? Comment travailler à la fois sur une démarche universelle et sur la personnalité d’Albert Khan ?

Il était question alors de donner une cohérence à la pluralité des domaines qui composent les collections du musée : de l’immatériel recueilli, un jardin immense, des heures de films, des objets personnels, une maison.. et les fameux autochromes des Archives de la Planète. Dans le musée Albert Khan, le parti pris a été de se concentrer sur la démarche à la fois documentaire et philanthropique du banquier afin de plonger le visiteur dans le temps, le remettre dans les pas des invités d’antan. Mais alors serait-ce une énième immersion biographique à coup de dioramas, de photographies personnelles illustrant l’œuvre d’Albert Khan ? Loin de là, ici point d’épitaphe surannée, mais un voyage immobile, où l’imagination du visiteur est sollicitée afin de recréer l’univers de Khan, où on suggère un espace temporel plutôt qu’on ne l’impose.

© Scenorama- esquisse de parcours

Il existe une porosité entre le présent et le passé, rappelé par à-coups par la forme du mobilier, le dispositif scénographique, les montages sonores… Le portrait chinois d’Albert Khan en est représentatif : un plâtre de Rodin, un écorché, un vase en porcelaine bleue,  une paire de lunettes … Khan est présenté au visiteur à travers une évocation de sa personne plutôt qu’une illustration explicite des différentes étapes de sa vie. Cette mise à distance permet en même temps une approche plus intime du personnage, une rencontre anachronique avec une personnalité pacifiste et réformiste.

L’évocation de la transmission des Archives de la Planète est aussi visible à travers un bâtiment nouveau qui propose un aperçu original et poétique des collections, articulant modernité et patrimoine. Le cabinet de diffusion du banquier est présenté par un espace voué à la projection des autochromes. 

© Scenorama- esquisse du cabinet de diffusion

La salle n’est pas une reconstitution mais la suggestion dudit cabinet : le visiteur prend place face à l’écran aux côtés d’un extrait du mobilier original. Un montage sonore accompagne cette rencontre entre deux époques et propose au voyageur de comprendre d’emblée l’esprit documentaire et humaniste de Kahn.

Au milieu du désordre ambiant que propose l’actualité, aller au musée Albert Khan à sa réouverture en février 2018 promet une méditation sur les liens entre cette période et la nôtre ainsi qu’une pause poétique à travers le temps. Le projet du musée Albert Khan se comprend finalement comme un autochrome : par suggestions, il propose au visiteur un parcours réflexif sur une personnalité emblématique de son temps ; par touches successives, il met en exergue les nuances de l’âme humaine.

Coline Cabouret

#nuances

#autochromes

#rénovation

_________________________________________________________________________________

Pour en savoir plus : http://renovation.albert-kahn.hauts-de-seine.fr/

Antarctica, Une Odyssée en Terre Adélie

Antarctica, c’est avant toutune exposition d’images, celles de la mission du même nom. L’association Wildtouch a recruté 11 hommes, dont Luc Jacquet (réalisateur de La marche del’empereur et instigateur de l’expédition), Laurent Ballesta, Vincent Munier etJérôme Bouvier tous artistes-scientifiques, qui durant 45 jours sont partis surla base de Dumont d'Urville en Antarctique avec pour objectif de récupérer desimages de la faune et flore locale à travers leurs appareils.

© Laurent Bellesta

Une expositionimagée

Antarctica, c’est avant toutune exposition d’images, celles de la mission du même nom. L’association Wildtouch a recruté 11 hommes, dont Luc Jacquet (réalisateur de La marche del’empereur et instigateur de l’expédition), Laurent Ballesta, Vincent Munier etJérôme Bouvier tous artistes-scientifiques, qui durant 45 jours sont partis surla base de Dumont d'Urville en Antarctique avec pour objectif de récupérer desimages de la faune et flore locale à travers leurs appareils. Cette mission quis’est déroulée d’octobre à décembre 2015 était à la fois scientifique etartistique. Malgré les températures polaires, et les conditions arduesqu’impose le climat au matériel et aux hommes, ils ont réussi à faire ressortirtout un écosystème méconnu. Grâce à un équipement de plongée très performant(et très lourd, environ 90kg pour la plongée), et des appareils de capture d’images très modernes, les reporters ont eu la possibilité de filmer etphotographier des espèces habituellement inatteignables. Cette documentationsur les modes de vie des êtres sous-marins d’Antarctique est exceptionnelle. Antarctica nous fait découvrir desanimaux et des plantes aux allures martiennes, si particulières que l’on peutdouter parfois de leur existence. Il y a peu de textes dans cette exposition,et ceux-ci sont toujours présentés de manière très visuelle. Les informationssont écrites en couleurs, dans différentes formes, tailles, calligraphies, commesur un tableau d’école. Cela permet d’attirer l’œil mais est parfois un peugênant pour la compréhension. Tout est écrit au même endroit, nuisant parfois àla distinction entre les différentes données. De plus, les renseignements sontdéséquilibrés : nombreuses sur les espèces terrestres puisque celles-ci sontobservables depuis de nombreuses années et beaucoup moins sur les sous-marinessimplement citées.C’est par le vestiaire que commence cette fabuleuse exploration. La première pièce de l’exposition est une réplique « exacte » du lieu où se préparent les plongeurs avant de faire le grand saut. Ainsi le visiteur se glisse directement dans leur peau. Au premier regard il perçoit le poids des combinaisons et du matériel, il entend le grondement du vent au dehors, ressent même le froid qui entre par la porte fermée de la cabine. Les conditions sont optimales pour débuter l’immersion. S’ensuit dans les salles suivantes un ensemble de photos et de vidéos toutes plus magnifiques les unes que les autres.

L’essentiel est visuel, des schémas très parlants montrentpar exemple les différents courants traversant les océans qui l’entourent. Maisle visiteur reste passif, il reçoit les images, ressent l’expérience mais ne lavit pas.  Les vidéos sont magnifiques,les images en haute définition sont impressionnantes, le dispositif desdiffusions est intéressant, aucun écran n’est posé de la même façon. Il y a toujours une scénographie autour desvidéos, faisant qu’Antarctica n’estpas une exposition de films monotones où l’on passerait d’une salle de cinéma àl’autre.

L’homme et l’animal

Ces artistes-scientifiques ne se sont pas intéressés qu’auxespèces sous-marines, les différentes espèces d’oiseaux de l’Antarctique sontévoquées pour le ciel et les manchots et phoques sont omniprésents dans chaquepièce. Ces derniers n’avaient pas peur des caméras et été très curieux. Cetteproximité donne des images magnifiques où l’homme et l’animal se confrontent.L’attachement, l’affection que portent ces chercheurs à l’objet de leur travailest flagrante. Il y a un regard presque amoureux de la caméra, qui donne enviede s’attacher à ces animaux pourtant à des kilomètres de nous.

© Vincent Munier

Ce rapport Homme/Animal se retrouve aussi dans toutes lesexplications. Les animaux dans leurs performances de plongées par exemple sontcomparés aux humains. Les textes humanisent beaucoup les créatures, renforçantl’affection par identification. Dans les images de la mère phoque qui apprendà nager à son enfant, c’est réellement une mère et un enfant qui sont observés et non des phoques.

Les enjeuxclimatiques

Bien que les enjeux climatiques soient le but premier decette exposition et de cette expédition, ils ne sont pas beaucoup posés telquels. Au détour des quelques informations, on apprend que le réchauffementclimatique perturbe les courants qui menacent ainsi la biodiversité de cecontinent, que la fonte des glaces, sa fragilité grandissante, menace certainesespèces. Mais le problème n’est pas forcément visible dans les images qui sontle principal contenu de l’exposition. Il y a plus une envie de faire apprécierle voyage dans ces terres, de faire découvrir et aimer cette biodiversité pouravoir envie de la protéger. Ici pas de ton moralisateur, accusateur, seulementune envie de partager l’amour de l’Antarctique, et c’est un pari réussi,notamment avec la dernière salle, sans contenu scientifique mais avec undispositif qui en met pleins les yeux.  

Photo de l’exposition sur le toit desgaleries Lafayette. © O.DS

Et après ?

L’exposition qui devait être présente jusqu’au 31 décembre 2016, est prolongée à la date du 16 avril 2017. En outre, des traces de l’expédition Antarctica seront visibles dans toute la France : les galeries Lafayette diffusent des photos de l’expédition depuis le 8 novembre sur la terrasse des galeries à Paris ; de plus l’équipe présentera son projet au festival de photos de Montier-en-Der le 17 novembre, enfin sont en préparation des documentaires en collaboration avec Arte.

Océane De Souza

#Luc Jacquet

#Antarctique

#Immersion

Pour en savoir plus:

Musée des confluencesExposition AntarcticaWild touch

Antarctica du 26 avril 2016 au 16 avril 2017

Musée des confluences. 69000 Lyon

Tarifs d’entrée : prix d’une visite au musée (Plein tarif :9€ ; Tarif réduit : 6€ ; Tarif pour tous à partir de 17h00 : 6€ ; Tarif 18 – 25ans : 5€)

Dialogues photographiques en Asie

L'atelier "Concordances et jeux visuels" invite les visiteurs du musée Guimet de Paris, à aiguiser leur regard sur les oeuvres de la collection permanente du musée national des arts asiatiques (MNAAG). 

La photographe Nadia Prete accompagne les participant(e)s de cet atelier grand public dans cette balade photographique. En binôme, chacun(e) parcourt le musée, découvre les formes et les détails : une démarche favorisant un nouveau dialogue visuel.

En savoir plus :

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube.

Jérôme Politi (réalisation vidéo)

Hélène Prigent (article)

29 mars 2017

#jeux

#Asie

#baladeartistique

Du fonds photographique à l'exposition

« Paris 14-18, la guerre auquotidien, Photographies de Charles Lansiaux »

Exposition temporaire de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Galerie des bibliothèques,

15 janvier-15 juin 2014

Pour lancer les commémorations ducentenaire de la Première Guerre mondiale, la Bibliothèque historique de laVille de Paris propose au public une exposition originale dans le regardqu'elle porte sur le conflit. Tout le monde a entendu parler des tranchées,tout le monde connaît Verdun, mais qui sait ce qui se déroule dans les rues deParis pendant la guerre ?

Un fondsphotographique révélé

Charles Lansiaux, « Place du Châtelet.

Groupe desoldats revenant du front. », 6 octobre 1914

© BHVP/Roger-Viollet

L'aventure de l'expositiondémarre avec le fonds photographique d'un photographe autodidacte, CharlesLansiaux (1855-1939), que la Bibliothèque historique de la Ville de Parispossède dans ses collections. Ce fonds commence à se constituer le 21 septembre1914, alors que la guerre a débuté depuis moins de deux mois. À cette date, le photographe facture à laBibliothèque la première partie d'un reportage qu'il intitule « Aspects deParis pendant la guerre de 1914 ». Près de 400 clichés rejoignent alorsles collections de la Bibliothèque et ce fonds s'enrichit tout au long duconflit, jusqu'en 1918, bien que le rythme et le nombre des achats de laBibliothèque diminue dès le mois d'octobre, la guerre que l'on pensait courtes'installant dans le quotidien. À la fin de la Grande Guerre, ce sont plus d'unmillier de photographies qui composent le fonds retraçant les étapes del'installation du conflit dans la capitale. C'est un fonds d'une richesseexceptionnelle, une richesse due au nombre de photographies qu'il contient maisaussi et surtout à l'instantanéité et à l'originalité du travail duphotographe. Instantanéité parce que Charles Lansiaux photographie les rues deParis et les Parisiens pendant que le conflit se déroule, originalité parcequ'il n'adopte pas le regard neutre du reporter. Ces deux aspects font de cettecollection « une véritable histoire visuelle du temps présent »[1], caroui ! c'est bien un reportage que nous livre ce photographe, un reportagecomposé de photographies au format standardisé montées sur des cartonseux-mêmes standardisés datés et légendés de sa main. Reste à faire de cereportage une exposition...

Comment construire une exposition à partir de ce fonds ?

Vue de l'exposition

Crédits : Cécile Lapouge

Plus d'un millier dephotographies : chaque photographie transmet un message mais il fauteffectuer une sélection qui réponde à l'objectif de l'exposition. La premièrechose à faire est de déterminer cet objectif sachant que l'exposition ne pourraprésenter que 200 photographies environ : l'exposition souhaite témoigner de la vie à Paris pendant la Première Guerre mondiale à travers l'objectif duphotographe qui arpente les rues de la capitale. C'est une histoire originalecar l'on met le plus souvent en avant la guerre au front et non à l'arrière, etqui plus est à Paris. Cet aspect de la guerre est méconnu du public d'où l'importance du choix des photographies qui seront présentées. Les techniquesphotographiques étant encore en développement lorsque Charles Lansiaux fait sonreportage, certaines photographies sont écartées naturellement par leur qualitéinsatisfaisante pour être agrandies. Le choix est plus délicat lorsque certaines photographies sont similaires par leur sujet car chaque photographieest singulière de par sa luminosité, sa composition ou l'émotion qui s'endégage. La sélection est d'autant plus délicate du fait de ce déséquilibreentre le nombre de photographies prises pendant les premiers mois de l'année1914 et celles prises en 1918 : ce déséquilibre est réel et expliqué maisil ne doit pas trop se ressentir dans l'exposition qui couvre toute la durée duconflit. Ces paramètres pris en compte, le choix s'effectue naturellement pourprésenter au public un ensemble cohérent qui témoigne d'un événement majeur del'Histoire. Regardons le résultat dans l'exposition.

Les photographies mises en scène

Vue de l'exposition

Crédits : Cyrielle Danse

Tout ce travail de sélection aboutit à la mise en exposition des photographies. Comment sont-ellesfinalement mises en valeur dans l'espace ? La sélection laisse ressortirdes thèmes qui sont repris pour construire le discours de l'exposition. Lesphotographies sont donc rattachées chacune à un thème et sous-thèmessuivants : « La guerre vue de la rue » – « Appels »,« Exodes », « Défenses », « Acclimatations » –,« Le partage de l'information » – « Nouvelles »,« Médias » –, et « Signes de guerre » –« Secours », « Dommages », « Victoire ? ».L'exposition s'étant construite à partir du fonds photographique de CharlesLansiaux, le choix est fait de réellement mettre en valeur les photographies.Elles sont presque toutes présentées dans le même format et encadréesdiscrètement de telle sorte que seule la photographie ressorte. Un panneau deprésentation présente chaque section, puis les seules inscriptions sont cellesportées sur les cartels des photographies qui ne reprennent que le titre et lalégende que le photographe a lui-même écrit sur les cartons de chaquephotographie. Seules quelques affiches contemporaines des événements sont exposéesavec les photographies mais de façon mesurée, ce choix se justifiant par lefait que Charles Lansiaux ait photographié des murs d'affiches pendant leconflit. Cette mise en espace permet au visiteur de porter son attention surles photographies et les nombreux détails qui y sont cachés, détails que l'onne remarquerait peut-être pas si le choix scénographique était différent. Levisiteur est ainsi invité à se plonger dans les rues et l'atmosphère de Parispendant la guerre pour mieux apprécier la force du témoignage du photographe.Cent ans après sa réalisation, ce reportage offre un autre regard sur leconflit, à découvrir.

C. D.

Pour en savoir plus :

Gunthert André, Paris 14-18, la guerre auquotidien, Photographies de Charles Lansiaux,

Paris bibliothèques, 2013

Pignot Manon, Paris dans la Grande Guerre,Parigramme, 2014

Site internet : Paris en images

#photographie #PremièreGuerremondiale #expositiontemporaire


[1]AndréGunthert (commissaire de l'exposition), Paris 14-18, la guerre au quotidien,Photographies de Charles Lansiaux, Paris bibliothèques, 2013, p. 11.

Éric Miot, un passionné du 7ème art

Délégué général du Festival international du film d'Arras et de l'association Plan séquence, Éric Miot met en valeur le patrimoine cinématographique grâce à un certain nombre de missions notamment avec le jeune public. Entre le professionnel et l'associatif, la structure existe depuis 21 ans et est remaniée en 2003.

Éric Miot a présenté d'abord le patrimoine cinématographique de manière générale. Un panorama de la grande histoire du Cinéma nous est brossé, de la création du média par les frères Lumière en 1895 en passant par l'impulsion des films muets comme ceux de Georges Méliès, l'industrie Gaumont, Hollywood, l'expressionnisme allemand de Metropolis, l'apparition du film sonore avec Le chanteur de Jazz, ou encore les films de propagande de Goebbels.

Éric Miot a également mis en avant les problèmes de conservation liés aux supports fragiles et a insisté sur l'intérêt de préserver ce patrimoine, source et témoin historique.

 

Le professionnel a ensuite parlé de son activité et de son rôle dans le cadre du Festival international du film d'Arras. Gagnant en notoriété, il met en valeur le cinéma européen à travers une sélection de films à la fois artistiques et divertissants, tout en portant un regard sur notre société. De nombreuses activités et thèmes sont proposés tels que des compétitions, des avants-premières, des ciné-concerts, des hommages, des expositions ainsi que des projections de films européens mais également du monde, ou destinés aux enfants.

Lucile Tallon

Et pourquoi pas Rousse ?

Organisée à la cinémathèque française du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011, l'exposition Brune Blonde traite du thème de la chevelure telle qu'elle est perçue non seulement dans le cinéma mais également dans l'art.

© Crédits images : Tous droits réservés

Organisée à la cinémathèque française du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011, l'exposition Brune Blonde traite du thème de la chevelure telle qu'elle est perçue non seulement dans le cinéma mais également dans l'art. Cette exposition permet en réalité de voir comment le Septième Art intègre, retravaille et interroge les représentations féminines et les mythes présents dans les autres arts que sont la sculpture, la peinture ou encore la littérature, comme l’a expliqué le commissaire d’exposition, Alain Bergala. 

Depuis le début du cinéma, les cheveux ont toujours été très utilisés par les cinéastes car c’est la partie du corps humain la plus malléable et la plus simple (couleur, forme, gestes, coupes, etc.).

Si dès le XXe siècle, le cinéma impose toutes les modes capillaires, comme la blonde hollywoodienne, l’exposition remet en jeu la dualité brune/blonde. Aux débuts du cinéma jusqu’aux années 1930, la femme brune est la tentatrice, la bad girl alors que la blonde est la femme au foyer, la  « gentille ». C’est alors qu’Hollywood lance un nouveau mythe, un nouvel modèle de femme : la blonde tentatrice. La brune devient alors la femme au foyer, la femme sage.

Tout au long de la visite, le public peut suivre une brune qui n’est autre que le protagoniste du Millenium Mambo, Shu Qi. Elle l’attend à l'entrée sur l'écran qui surplombe la première porte et l’entraîne d'une pièce à l'autre, défilant dans un tunnel et laissant flotter derrière elle, sa chevelure.

La scénographe, Nathalie Crinière (dont le nom se prête au jeu) a souhaité diviser l’exposition en cinq parties :

  • Le Mythe : la chevelure nourrit l’imaginaire des XIXe–XXe siècles. Le visiteur passe des tableaux de Picabia à ceux de Rossetti, il y trouve la Lana Turner d’Andy Warhol, des films de David Lynch, de Luis Buñuel (avec Catherine Deneuve dans Belle de Jour : la blonde représentant la fragilité et la pureté enfantine...Ou la froideur et la perversion sexuelle), etc. Un écran géant décomposé en petits écrans, met en scène la blondeur souveraine affrontant sa rivale brune.
  • Histoire & Géographie de la chevelure : le cinéma dicte la mode capillaire depuis toujours. Dès la fin des années 30, Hitler récupère le mythe de la blondeur nordique pour l’utiliser à des fins raciales. Ce concept se répand aux États-Unis et en URSS et exclut les minorités de l’imaginaire national: les Noires et les Latino-américaines aux Etats-Unis, etc. Aujourd’hui, c’est le poids des modèles venus d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine qui fait tourner la mode et affaiblit le mythe et l’impérialisme de la blonde occidentale.
  • Les Gestes de la chevelure : voilée, dévoilée, relevée, lâchée, dénouée, brossée, ornée… la gestuelle de la chevelure féminine durant la seconde moitié du XIXe siècle est très riche en termes d’iconographie. Elle est immortalisée par des peintures, des sculptures, même des œuvres littéraires et le cinéma lui offre le mouvement. Il la rend ambiguë et capable de suggérer des sentiments contradictoires dans une même image. 
  • La Chevelure au cœur de la fiction (rivales, métamorphose, travestissement, relique) : cette pièce retrace les trois scénarios de la chevelure féminine. Le plus classique est la rivalité « brunes/blondes » que plusieurs peintres, photographes ou encore cinéastes ont tenté de mettre en exergue. Le cheveu devient dédoublement mystérieux chez Alfred Hitchcock et chez David Lynch. Le plus troublant est le travestissement ou la métamorphose. Les femmes se transforment en Méduse, en sorcière, en fleur ou en Ophélie flottant dans l’eau. Mais la chevelure peut aussi devenir funeste, avoir un coté reliquaire ou fétichiste, fantomatique ou spectral.
  • Vers l’abstraction (cheveu-matière) : c’est-à-dire, la chevelure comme vecteur de l’émotion à la place du visage: on le voit à travers les chevelures noires en tôles ondulées de Fernand Léger qui renvoient autant au matériau industriel qu’aux toisons opulentes de la grande peinture classique ou dans les cheveux blonds toujours en mouvement de Monica Vitti dans L’avventura de Michelangelo Antonioni.

Enfin, un cabinet photographique présente trois artistes : Man Ray, qui a mis en scène la chevelure comme une matière tactile, animée d’une vie plastique quasi indépendante, loin de tout naturalisme. Édouard Boubat, qui, a photographié de façon intime la chevelure des femmes de sa vie. Pour finir, Bernard Plossu (élève d’Edouard Boubat), qui fait plutôt partie de ces photographes qui prennent des photos spontanément, même à l’insu de ses sujets mais sans aucune vulgarité.

C’est une exposition tout à fait passionnante, rythmée et envoûtante ; certainement dû au fait qu’Alain Bergala a mis plus de vingt ans à aborder ce sujet. Dans le grand espace de la Cinémathèque, le public déambule facilement, contrairement à l’exposition Metropolisou l’on peut se sentir plus à l’étroit. Ici, toutes les salles sont plus intéressantes les unes que les autres ; même si parfois, l’exposition semble un peu « fourre-tout ». Mais étant donné l’étendue du sujet, il ne faut pas être difficile. L’originalité dans certaines thématiques (comme la reconstitution d’un salon de coiffure africain de base) surprend chacun d’entre nous. Chaque visiteur doit s’attendre à retrouver les personnalités phares comme Brigitte Bardot ou Marylin Monroe (évidemment) mais la représentation d’actes poignants de la vie (des coupes à la garçonne voire rasées pour certaines femmes ou encore le fait d’ôter le voile).

Au cœur du parcours, des dispositifs sont installés afin d’accueillir deux à trois personnes pour visionner des extraits de films. Cela offre un espace de repos. Les jours de forte influence, il ne faut pas s’attendre à avoir sa place. Pour finir, c’est une exposition très plaisante à parcourir malgré le manque de témoignages de coiffeurs de stars, de coiffures de westerns, de chevelure masculine et surtout, de comique. Il est vrai que l’on aurait pu attendre des clichés comme dans Mary à tout prix. Et une question persiste… qu’en est-il des rousses ?

Enfin, un cycle de six conférences a été organisé afin de décrire et de présenter les enjeux de l'exposition, ainsi qu’une programmation de films (nous sommes à la cinémathèque, tout de même !). De plus, une exposition virtuelle permettait un prolongement de la visite.

Célia HANSQUINE

George Clooney is not inside ! - Mes aventures de stage - Episode 1

Sous ce titre bien tapageur se cache une chronique de ces petits moments bien agréables qui font que le statut de stagiaire peut vous faire vivre des moments qui sortent de l'ordinaire...

Par exemple quand le samedi 12 avril, j'ai eu la chance d'assister à la cérémonie officielle de remise d'un tableau tout droit sorti de « Monuments Men » si ce n'est que non l'action ne se passe pas pendant la seconde guerre mondiale et que re-non, George Clooney n'était pas assis à mes côtés ce jour-là. Hélas !


Après la lecture
, 1865Alix Marie de La Pérelle-PoissonCrédits : S.V

Qu'importe, car c'est dans la chapelle du musée de la Chartreuse, à l'initiative de Madame Labourdette, conservatrice du lieu, entourée de sommités culturelles (parmi lesquelles Mesdames Christina Kott, commissaire scientifique et Gaëlle Pichon-Meunier commissaire associée), et devant un auditoire de professionnels de l'univers muséal et culturel, de photographes, de journalistes et d'élus locaux parmi lesquels j'évoluais/je déambulais (merci au master expo-muséographie encadré par Serge Chaumier de me permettre de mettre facilement un nom sur un visage et d'avoir la chance/la possibilité de saluer et d'échanger avec ces personnes), que je fis partie des privilégiées qui eurent la chance d'assister à ce moment assurément unique : la restitution de « Après la lecture » dérobé par l'armée allemande en septembre 1918 d'Alix de Lapérelle-Poisson dont le destin rocambolesque ne peut nous laisser de marbre tant il questionne les problématiques hélas encore actuelles autour de la propriété, de la sauvegarde et de la préservation du patrimoine archéologique et artistique en tant de guerre notamment.

De quoi, en tout cas, avoir envie de se précipiter à l'exposition « Sauve qui veut » pensée conjointement et présentée simultanément à Douai et à Bavay.

Les discours et échanges se firent en français et en allemand... traduit, heureusement pour moi d'ailleurs, car après « Guten Tag », j'eus comme une perte d'audition... et de compréhension subite, mais comme un sens (ou plusieurs dans mon cas !) compense toujours la défaillance d'un autre, c'est à l'issue des discours que la vue, puis l'odorat et enfin le goût me permirent de profiter d'un très savoureux buffet. De quoi dépasser l'adage « après l'effort, le réconfort » car ce moment exceptionnel de ma vie de stagiaire à la photothèque Augustin Boutique-Grard fut pour moi source de découvertes, de rencontres et d'échanges.

What else ?


Vue
de l'exposition - Crédits : S.V

D'autres moments de rencontres conviviales et riches aussi bien professionnellement qu'humainement m'attendent encore car le vendredi 16 mai aura lieu le vernissage de l'exposition « deux regards sur la grande Guerre : Charles Goujaud et Edouard Baron » présentée en deux actes par la photothèque et, dès le lendemain, la Nuit des musées permettra au plus grand nombre des publics de découvrir gratuitement  ce lieu (accueillant en outre l'aquarium et le musée des Sciences Naturelles) et l'exposition. A cette occasion, je verrai bien si l'atelier pour enfants que je compte mener et le livret de médiation à destination des familles que j'ai conçu durant le stage plaisent. Certainement pour moi l'occasion d'écrire la suite de ces aventures d'une accro du...master MEM !

Sabrina

#vernissage

#stage

#restitution

Pour en savoir plus sur l'exposition « Sauve qui veut » présentée en deux lieux : A Bavay, « Sauve qui veut ! Des archéologies mobilisés : 1914-1918 »

A Douai, « Sauve qui veut ! Des musées mobilisés : 1914-1918 »

Musenor - Guerres et Paix -

Il faut sauver le soldat Goujaud ! - Mes aventures de stage - Episode 2

Pour de multiples raisons, c'est une exposition qu'il me tient à cœur de vous présenter dans cette seconde chronique des « Aventures de Sabrina en stage » (de master 1 expo-muséographie).

Mes respects mon maréchal !C'est tout d'abord pour moi l'occasion de communiquer sur la photothèque Augustin Boutique-Grard du musée de la Chartreuse de Douai qui, à travers l'exposition « Deux regards sur la Grande Guerre : Charles Goujaud et Edouard Baron », met en avant le courage de ces hommes qui, de par leur travail photographique mené il y a un siècle, devinrent les témoins de l'Histoire.


Vue de l'exposition  
- Crédits : S.V

Plus concrètement, c'est le premier regard proposé actuellement aux visiteurs, celui de Charles Goujaud (1880-1956), maréchal des logis du 25ème régiment d'artillerie qu'il faut sauver de l'ignorance et de l'oubli. Parce que finalement rien ne prédestinait ce représentant de commerce en vins et spiritueux il y a 100 ans à s'engager à l'arrière-front du conflit et à saisir sur plaques de verre les instants de la vie quotidienne des soldats de son régiment, tout comme les destructions massives des villages de la Meuse, la Marne, la Somme et l'Aisne... Rien si ce n'est la possession d'une malle et de matériel photographique (elle aussi exposée!...et inventoriée et dépoussiérée par votre serviteur herself ! L'occasion de retrouver des instruments protégés dans du papier journal daté de 1914, « emballage » d'époque qui prend une toute autre valeur historique et patrimoniale un siècle plus tard... Un bon sujet de mémoire, non ?) et la volonté consciente ou non d'être le témoin direct de ce conflit pour les générations futures...

Plus prosaïquement, c'est aussi le moyen de remercier du fond du cœur l'équipe de la photothèque qui m'a accueillie chaleureusement, m'a aidée et m'a fait confiance  notamment lors du montage de l'exposition.

De l'action !Ce sont en effet des responsabilités et des fiertés de future professionnelle, comme la réalisation d'une vitrine (après constitution du discours et sélection des expôts), l'élaboration du livret-jeu familial, mais aussi des rencontres avec des collectionneurs et prêteurs qui m'enthousiasmèrent.

Ce sont aussi de réelles réjouissances que furent pour moi le vernissage du vendredi 16 mai et l'animation d'un atelier à destination des enfants dès le lendemain lors de la Nuit des musées où l'accueil et le contact avec le public adulte et enfant de ce samedi nocturne sont pour moi essentiels.

Séquence émotion !


Atelier à destination des enfants
- Crédits : S.V

Et telle l'heureuse lauréate de la palme d'or de l'expo-muséographie, saisie par l'émotion qui m'envahit fréquemment, je remercie pour leur présence et leur soutien ce soir-là mes enfants, mon mari, ma maman, mes collègues et surtout mes élèves et leurs parents qui me firent la surprise de leur visite... ainsi que tous les visiteurs « anonymes » qui partagèrent leurs découvertes et leurs connaissances... comme ce gentil monsieur (il avait 15 ans en 1914, faites le calcul) qui revint spontanément ce vendredi nous présenter les documents officiels ayant appartenus à son père et son grand-père... L'émotion était à fleur de son regard... et du mien. La preuve supplémentaire, s'il en fallait, de la richesse et des apports en terme de professionnalisation, de culture personnelle et de relations humaines des stages dans lesquels le master nous plonge pour mon plus grand plaisir !

Sabrina

#guerre

#exposition

#stage

Pour en savoir plus sur l'exposition :

« Deux regards sur la GrandeGuerre : Charles Goujaud et Edouard Baron »

J'avais envie de vous donner envie - Garry Winogrand au Jeu de Paume

Un dimanche après-midi unpeu gris, j’étais de passage à Paris pour rendre visite à une amie. Nous avonsdécidé d’aller visiter une expo’ : Garry Winogrand au Jeu de Paume. Nevous inquiétez pas, je ne vais pas vous raconter ma vie … mais j’ai très enviede vous parler ce que j’ai vu, là-bas.

Le Jeu de Paume proposeune programmation d’expositions temporaires très riches. De jeunes artistes yont été présentés mais également des figures emblématiques de l’art moderne etcontemporain, notamment des photographes ayant marqué l’histoire de l’art duXXème siècle. Les clichés de Diane Arbus, Richard Avedon ou encore de RobertFranck ont été exposés dans l’enceinte de l’établissement. Depuis le 14octobre, c’est l’américain Garry Winogrand (1928-1984) qui fait l’objet d’unegrande rétrospective, la première depuis vingt-cinq ans. Elle a d’ailleurs été réaliséeen collaboration avec le San Francisco Museum Of Modern Art et la NationalGallery of Art de Washington.

D’abord photographe pourdes magazines, Garry Winogrand s’est ensuite intéressé à la photographie« de rue ». A New York, il débuta une série de photographies de personnes,en action, riant aux éclats devant les magasins, discutant dans les cafés oupatientant devant un feu rouge. Pendant près d’une trentaine d’années, GarryWinogrand a fait le portrait de l’Amérique en « mitraillant » avecson objectif les lieux, les gens, les événements importants et dérisoires. Cesont des moments de vie qu’a saisis le photographe, illustrant un pan entier del’histoire des Etats-Unis qui s’étend de la fin de la Seconde Guerre Mondiale àla période de la guerre du Viêtnam. La curiosité de Garry Winogrand était insatiable :plus de 6000 pellicules n’avaient pas été développées lorsque l’artiste estdécédé. Une grande partie des clichés présentés ont été tirés spécialement pourl’exposition.

«Parfois, c’est comme si […] le monde entier était une scène pour laquelle j’aiacheté un ticket. Un grand spectacle, mais où rien ne se produirait si jen’étais pas sur place avec mon appareil. » G.W

J’ai beaucoup aimé le fait que des planches-contacts originales soient exposées.Une marque au feutre rouge faite par l’artiste signale sur chacune d’elles l’imagequi devait être tirée.


G. Winogrand  Park Avenue New York1959

© The Estate of Garry Winogrand, 

courtesy Fraenkel Gallery,San Francisco


G. Winogrand, New York,Vers 1962

© The Estate of Garry Winogrand, 

courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

L’exposition est dotéed’une scénographie très simple, tout comme l’accrochage qui est extrêmementsobre. Le parcours se déroule de façon chronologique, suivant les grands jalonsde la carrière de l’artiste. Trois parties séquencent la visite : lapremière, « descendu du Bronx », présente des photographies prises à NewYork, de 1950 à 1971 ; la seconde, « c'est l'Amérique que j'étudie », rassembledes travaux réalisés durant la même période mais hors de New York ; enfin,« splendeur et déclin », montre les photographies de l’artiste de 1971 jusqu’àsa mort en 1984. L’exposition est très intéressante car elle donne à voirl’ensemble de la production de Garry Winogrand jusqu’à sa disparition.


Vue de l'exposition© A.M

Les premières photographies de l’artiste sont pleines de vie et demouvement ; elles sont presque bruyantes. C’est comme si l’on pouvaitentendre le bruit des klaxons et de la foule. Sa  manière de cadrer est très dynamique, trèsdirecte. Garry Winogrand a photographié des personnalités et des anonymes, desgens aisés comme les plus pauvres. J’ai vraiment été enthousiasmée par ce début d’exposition. Jeme suis mise à penser à l’histoire de ces personnes : qui elles étaient, cequ’elles faisaient là… La photographie immortalise comme nul autre les petitsmoments de la vie. J’ai été touchée par le regard profondément humain del’artiste. Ses photographies dégagent une atmosphère de liesse mais aussi unprofond sentiment de désarroi. 


G. Winogrand, New YorkVers 1960

© The Estate of Garry Winogrand, 

courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco


G. Winogrand, Los Angeles,1964© The Estate of Garry Winogrand, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

Les dernières productions de l’artiste n’ontplus ce même mouvement qui caractérisait le début de son travail. Les scènes sontplus figées, les personnes, plus immobiles et isolées.


G. Winogrand, Los Angeles1980-1983© The Estate of Garry Winogrand,courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

Vous l’avez compris, j’aiété touchée par Garry Winogrand et séduite par l’exposition (sobre maisefficace) du Jeu de Paume. On peut, cependant, s’interroger sur le choix decertaines photographies. Des centaines sont présentées et certaines d’entreelles m’ont semblé moins pertinentes d’un point de vue plastique. Néanmoinsl’ensemble forme un tout cohérent qui témoigne de la personnalité de l’artiste.J’ai également beaucoup aimé écouter les visiteurs parler, imaginer leshistoires de ces photographies durant l’exposition…. Bref, je voulais vousdonner envie d’aller visiter cette exposition.

Astrid Molitor

A découvrir jusqu'au 8 février 2015

Pour en savoir plus : Le site de la galerie du Jeu de Paume

#Photographie

#Exposition

#Winogrand

Knock Outsider Komiks

Des bandes dessinées créées à partir du textile,impressions 3D, photographies, monotypes, gravures, abstractions, vidéos d'animation… ? C’est par ici !

Knock Outsider Komiks, un projet de La « S » Grand Atelier qui lie la BD à la création outsider¹, crée à la demande du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, est maintenant exposé au Art et marges musée à Bruxelles².

Installation des gravures sur bois et du court-métrage d’animation Après la mort, après la vie, un projet de mixité entre Adolpho Avril & Olivier Deprez  © L.M.

Le Art et marges musée, musée d'art brut et art outsider, est consacré à la conservation, à la recherche et à la diffusion des créations en dehors du circuit traditionnel artistique, questionnant l’art et ses frontières. Une partie importante de sa collection s’est constituée auprès d’ateliers artistiques pour personnes porteuses d’un handicap mental, dont La «S » Grand Atelier.

Situé à Vielsalm dans les Ardennes belges, La «S » est un laboratoire de recherche artistique qui accueille des artistes atteints d'une déficience mentale et des artistes non-déficients qui viennent en résidence. En sortant du discours de la « sanctuarisation » de l'art brut/outsider, au lieu d'isoler les individus en marge de toute sorte d'influences extérieures, le but de La « S » est justement le contraire. Loin de toute considération compassionnelle, positionnement emphatique de la structure, elle se singularise par sa volonté d'intégration, de rendre possible des rencontres et d’interagir avec tous les champs de l’art actuel. Dans cette perspective, à partir des résidences où artistes handicapés ou non échangent,expérimentent et créent ensemble, naissent des projets complètement étonnants et singuliers, notamment dans  la BD.

La bande dessinée a connu des évolutions radicales ces dernières années sous l'impulsion des maisons d'éditions indépendantes ou alternatives, dont Frémok fait partie. Thierry Van Hasselt est l'un de ses fondateurs et également co-commissaire de Knock Outsider Komiks. Selon lui, « le Frémok envisage la bande dessinée d'une manière plus large. Pas une espèce de langage avec des règles définies, mais plutôt un terrain d'exploration, un terrain de jeu, un milieu en expansion qui essaie toujours de recréer les limites et les frontières de la BD, qui s'intéresse à la mixer avec d'autres domaines, à la faire sortir de ses cadres habituels. »

Anne-Françoise Rouche, directrice de La « S »,avait trouvé des similitudes entre le travail des artistes de la structure et celui de Frémok. En réunissant l'aspiration de La « S » de s'ouvrir vers l'extérieur et vers le développement de la bande dessinée alternative, et la perpétuelle recherche des nouvelles formes de la part du Frémok, leur connexion était inévitable, sur  un terrain qui n'était pas encore exploré.

Les cases de BD redessinées et agrandies par Jean Leclercq © L.M.

La bande dessinée et l'art outsider : une rencontre improbable ?

Selon Erwin Dejasse, également co-commissaire de Knock Outsider Komiks et historien de l’art, sous un premier regard l’articulation entre bande dessinée et art brut semble un lien improbable : « A priori, tout oppose la bande dessinée et les créations brutes ou outsider. La première est souvent présentée comme un langage dont la pratique exige la maîtrise d’un ensemble de codes voire d’un vocabulaire et d’une grammaire. Les secondes, au contraire, semblent se définir par leur totale absence de règles. »

La BD comprend tout ce qui est narratif et anecdotique. L'anecdotique est également présent dans l'art brut/outsider. La dimension narrative, en revanche, reste moins évidente lorsqu'une forte caractéristique dans les outsiders est notamment l'hermétisme. Le défi était donc de voir ce qui pourrait se passer si on mettait en relation les artistes de La « S », qui étaient  plasticiens et qui travaillaient cette grande liberté graphique, et ceux du Frémok, qui ont l'habitude de manipuler narration et récit.

Thierry Van Hasselt  témoigne de cette expérience : « À La « S »on pensait au départ du projet qu'on allait nous (le Frémok) ramener cette dimension narrative et construire du récit avec le matériel graphique qui amenait les artistes handicapés. Pourtant ça a été tout à fait une autre chose qui s'est passée. Leur poésie et leur manière d'être, de s'exprimer et de raconter des choses a complètement contaminé le travail narratif. Et ce que nous a complètement transformé lors de ce projet c'était justement quel type de narration cette rencontre nous permettrait d'explorer et de découvrir. Et donc nous aussi avons appris à raconter autrement en travaillant dans ce projet de mixité et cela nous a permis de mettre en place d'autres types de dispositifs narratifs. Sur Knock Outsider Komiksla narration était vraiment générée à quatre mains. »

Créations textiles, photographies et le «ciné-roman » Barbara dans les bois, un projet de mixité entre Barbara Massart& Nicolas Clément © L.M.

Erwin Dejasse complète : « Knock Outsider Komiks montre des artistes qui vont être à la fois plus qu'au limite de la bande dessinée. On peut se questionner si une création est de la BD et parfois la première réponse est non, même s'il y a des éléments en commun. Mais on sent qu'il y a un état d'esprit similaire, il y a des choses qui dialoguent. On ne s'arrête pas de poser des questions entre les limites de la BD et de l'art outsider, mais autant pour cette exposition il fallait se laisser aller, de faire au feeling. Donc on montre une photographie de ce qui a été produit à La « S » au long de ces années de résidence, plutôt orientée vers quelque chose qui touche à la BD. Mais on ne va pas arrêter de déborder ce domaine pour autant qu'il n'y aie pas une définition de bande dessinée que ne puisse être débordée des frontières instituées. »

Knock Outsider Komiks dans les murs du Art et marges musée

À Angoulême, La « S » a mis en place une exposition de qualité qui a connu énormément de succès. Néanmoins, la courte durée du festival - 4 jours - a laissé une envie d'aller plus loin et de rendre Knock Outsider Komiks accessible à un plus large public. Anne-Françoise Rouche a donc proposé à la direction du Art et marges musée, collaborateur de longue date, de l'exposer dans ses murs pou rune deuxième édition, quelque peu différente.

Tatiana Veress, directrice du Art et marges musée, s'est montrée enthousiaste du projet : « Il y a cet aspect collaboratif qui correspond à la philosophie du musée depuis ses débuts, de faire des expositions qui présentent à la fois des artistes outsiders et des artistes insiders sans le besoin de préciser que l'artiste est in ou que l'artiste est out. »

Exposer Knock Outsider Komiks au Art et marges musée correspond également à l'envie de présenter des dialogues entre l'art outsider et les différents domaines de l'art en ne se limitant pas aux arts plastiques, mais de pouvoir toucher le cinéma, la musique, la photographie... et la bande dessinée fait partie de cette ouverture.

Sur le mur à gauche, les monotypes de Pascal Cornélis. À droite, Comix Covers, de Pascal Leyder © L.M.

Par ailleurs, faire venir cette exposition à Bruxelles est très important car la Belgique porte une identité particulière par rapport à l'histoire, à la reconnaissance et au constant développement de la bande dessinée. La BD est très présente dans la culture belge avec des grands éditeurs, des structures, des librairies spécialisées, un Musée de la BD, des personnages partout sur les murs des villes... Tous ces aspects font que dès qu'on parle de BD en Belgique, on rencontre une réceptivité singulière.

Tatiana Veress précise : « On présente la bande dessinée, mais c'est un "uppercut aux catégories instituées". Donc le visiteur qui vient en se disant "je vais visiter une exposition de bande dessinée" sera forcément déstabilisé. Et c'est cet aspect de déstabilisation qui est intéressant. Il y a des œuvres qui sont très proches de la BD, qui recréent ses cadres, par exemple, mais déjà avec des codes un peu différents, une certaine liberté naïve. Sinon il y a des choses qui sont apriori fort éloignées de la BD, où on est dans des œuvres très abstraites. Dans ce cas, c'est plutôt le principe sériel, l'accumulation et la séquence qui évoquent l'idée de la narration existante aussi dans la BD contemporaine. Donc on est plus proche d'un univers plus alternatif qui présente une nouvelle génération de bande dessinée. Et en même temps on a encore un regard en marge parce que dans l'exposition on intègre des artistes qui ne viennent pas du monde de la BD et qui ne viennent pas non plus du monde de l'art officiel.

Et à chaque fois qu'on travaille avec une thématique particulière c'est l'occasion de toucher des nouveaux publics. La possibilité d'aller à la rencontre d'un public plus amateur de bande dessinée qui pourrait découvrir l'art brut, qui ne la connaissait pas auparavant, cela joue en faveur de notre objectif de faire connaître ces artistes et l'art brut de façon plus large. »

Ateliers Créatifs pour les publics

Le Art et marges musée possède également un espace ouvert au public dédié à l'Atelier Créatif où les visiteurs sont invités à s'exprimer d'après ce qu'ils ont regardé et ressenti dans l'exposition. Dans le cadre de Knock Outsider Komiks, le sujet abordé par l'atelier concerne la narration et les différentes techniques graphiques.

« Lorsque l'exposition met en avance des projets menés en collaboration, l'idée est de construire une histoire ensemble, à plusieurs mains et à plusieurs techniques. Dans l'atelier on trouve des grandes feuilles de papier accrochés sur les cimaises avec des cases pré-dessinées où chacun peut apporter sa contribution plastique dans ce qui deviendra une narration, ou pas. En tout cas, qui aura une allure de planche de bande dessinée. », affirme Sarah Kokot, responsable des publics du Art et marges musée. « Et dans ce qui concerne l'activité prévue pour les enfants, l'idée est d'aborder la gravure et comment elle est faite. Il y aura des créations à partir des décalques en feuilles de carbone et du monotype à la gouache. »

L'Atelier Créatif du Art et marges musée pour l'exposition Knock Outsider Komiks © L.M.

Rencontres autour de l’exposition

Afin d'élargir le débat sur la bande dessinée et l'art outsider, le Art et marges musée, La « S » Grand Atelier et l'ISELP (Institut Supérieur pour l'Étude du Langage Plastique) organisent encore des conférences et des visites guidés autour de Knock Outsider Komiks.

Art Brut et bande dessinée : influences, convergences et sympathies sera une conférence présentée par Erwin Dejasseet Voyage à FranDisco une conférence-performance réalisée par Marcel Schmitz (artiste de La « S ») et Thierry Van Hasselt sur leur projet de mixité homonyme³. 

Luana Medeiros

#BandeDessinée

#BDalternative

#ArtOutsider


¹ L’art outsider désigne la création en dehors du circuit traditionnel de l’art. Elle englobe des créateurs marginaux, des autodidactes, souvent provenant d’ateliers artistiques pour personnes porteuses d’un handicap mental ou du milieu psychiatrique.

² Infos pratiques Knock Outsider Komiks

Exposition du 29 septembre 2017 au 28 janvier2018

Art et marges musée

Rue Haute 314, Bruxelles

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.Fermeture les lundis et les jours fériés officiels.

³Infos pratiques des rencontres

Jeudi 9 novembre 2017

A L’iselp, 18h30-19h45 : Conférences d’Erwin Dejasse, Marcel Schmitt et Thierry Van Hasselt.

Au Art et marges musée, 20h15 : Visite guidée de l’exposition en compagnie des commissaires.

Plus d'informations:

http://www.artetmarges.be/

http://www.lasgrandatelier.be/

http://www.fremok.org/

Remerciements à Erwin Dejasse, Sarah Kokot,Thierry Van Hasselt et Tatiana Veress qui ont été interviewés afin de collaborer sur cet article.

L'essence de la visite - Steve McCurry, Icons and Women

À Forlì, une petite ville de 100 000 habitants à côté de Bologne, se trouve l’ensemble des Musées San Domenico, l’un des plus beaux exemples de reconversion architecturale réussie d’un ex bâtiment clérical en espace culturel public. L’ancienne église et le cloître qui lui sont annexés ont été complètement rénovés pour y installer deux collections permanentes, l’une d’archéologie, l’autre de beaux-arts, sans compter un espace sur deux étages consacré aux expositions temporaires.

Forlì est une commune qui possède deux raisons principales de fierté : l’Université, qui héberge le Master en Relations Internationales le plus prestigieux d’Italie, et la piadina, un pain spécial typique de la région qui se déguste avec de la charcuterie et un bon verre de vin rouge (un lambrusco, de préférence). Un peu comme sa « grande sœur », Bologne, Forlì est une ville de nourriture pour le corps et pour l’esprit, où la réputation d’un lieu comme les Musées San Domenico n’a pas tardé à se répandre, tant que ses expositions temporaires ont rapidement gagné le statut d’un rendez-vous immanquable pour les habitants, jamais déçus par la qualité de son offre culturelle.

Salle d'entrée du Musée San Domenico - L'ancien réfectoire ©  L. Zambonelli

C’est à Forlì que j’ai déjà visité, l’été 2015, une magnifique exposition sur Boldini, un peintre du XIXème siècle originaire de la région Emilia-Romagna qui a fait fortune en représentant les femmes de la haute société parisienne. L’architecture classique et les fresques de la Renaissance laisseraient penser que les expositions dédiées au contemporain ne soient pas les bienvenues, mais il ne faut pas se laisser tromper par les apparences. En effet, je suis retournée aux Musées San Domenico pour voir les photographies de Steve McCurry.

Personnage fascinant et inspirateur, McCurry a travaillé pour Time, Life, National Geographic et il est l’archétype du photographe-reporter qui est prêt à mettre en danger sa propre sécurité pour immortaliser un instant magique avec son fidèle Nikon. En accédant à l’espace d’exposition, nous rencontrons d’abord une biographie concise et bilingue (italien et anglais) du photographe américain, avant de nous plonger dans une ambiance sombre et mystérieuse, comme une grotte pleine de nuages noirs desquelles émergent les magnifiques couleurs des images.

20151227_150236.jpg

Première salle ©  L. Zambonelli

Telle est l’impression : les photographies sont mises en valeurs comme des soupirs de soulagement au milieu d’un monde hostile. Elles sont accrochées à des morceaux des tissus noirs transparents formant un jeu vraiment hypnotique de multiplication de perspectives qui permet en un seul regard d’apercevoir toutes les photos de la salle. Les seuls textes présents (à l’exception de la biographie sur McCurry déjà citée) sont les légendes des photographies, qui portent le concept de sobriété à une nouvelle échelle : le visiteur pourra y lire le lieu et la date où elles ont été prises, mais rien de plus. Il n’ en a pas besoin.

Pour la plupart, il s’agit de portraits. Le sujet nous regarde dans les yeux depuis l’Inde, l’Éthiopie, l’Italie, l’Afghanistan, Cuba, le Japon, les États-Unis. C’est un dialogue muet qui se met en place entre chaque visiteur et chaque homme, femme ou enfant sur les photos, un miroir qui nous renvoie des images de notre humanité.

Un audio-guide est proposé gratuitement à l’entrée du Musée pour accompagner la visite avec le récit (disponible dans les deux langues, italien et anglais) de la genèse de telle ou telle photographie, que cela soit par hasard ou au contraire le fruit d’une longue mise en scène. Mais au fil des salles, je m’aperçois que les gens, beaucoup plus intéressés par une confrontation personnelle avec les œuvres, tendent à abandonner ce guide virtuel, qui pend d’un air désolé à leur cou.

La scénographie est sobre et la lumière en est la reine : parfois en formant des cadres immatériels autour des photos, parfois en nous guidant gentiment dans l'espace.

Jeu de transparences - deuxième salle ©  L. Zambonelli

Le parcours physique évolue doucement en harmonie avec les sujets des œuvres, et dans la dernière partie de l’exposition le visiteur a l’impression de recommencer à respirer à pleins poumons devant les magnifiques paysages immortalisés par l’objectif du photographe. Une échelle à barreaux en bois est modulée sous différentes formes (support pour un grand écran sur lequel passe une interview de McCurry ou véritable socle pour accrocher les photographies) peut-être pour symboliser le thème du voyage, très présent dans cette partie.

La scénographie renforce le parti-pris qui se dégage de l’exposition toute entière : il n’y a pas de morale à tirer, ni de message. Même le choix des formats des photographies n’est pas hiérarchisé : une image du 11 Septembre peut faire la taille d’un miroir de poche alors que celle d’un groupe des moines tibétains en prière peut être grande comme une fresque.

Ce sont des fenêtres sur le monde ouvertes par le regard d’un intrépide voyageur, à nous de les remplir de sens. Certains y verront la représentation des injustices humaines, d’autres la beauté de la diversité, d’autres encore apprécieront la virtuosité technique du photographe. C’est l’un des rares cas où il me semble que la quasi-absence du texte soit un choix bien raisonné, assez pour pouvoir contextualiser les images, mais pas trop présent pour ne pas brider la libre interprétation et surtout, pour éveiller la curiosité. À la fin de la visite l’immanquable passage à la boutique confirme cette théorie : les catalogues d’exposition se vendent comme de la glace italienne lors d’une journée d’été, et les réserves de posters sont épuisées !

Qu’est-ce qui fait d’une exposition un succès ? STEVE MCCURRY: Icons and Women n’a pas déployé des dispositifs futuristes, ni mis en place une scénographie hollywoodienne, on dirait la traduction en muséographie de la pensée libérale politique et économique : l’état doit intervenir le moins possible dans la vie des citoyens, il doit être présent mais invisible. La queue devant l’entrée, les commentaires sur le livre d’or, le nombre des visiteurs qui cachent une larme d’émotion devant les œuvres affirment qu’ici, le muséographe (ET scénographe ET architecte) Peter Bottazzi a bien fait son travail.

(Trois jours après avoir visité « McCurry, Icons and Women », j’ai acheté deux manuels de photographie.)

L. Zambonelli

#photographie

#forli

#stevemccurry


À Forlì du 26 Septembre 2015 au 10 Janvier 2016.

Vol Ryanair Bruxelles Charleroi - Bologne : 1 heure 40.

Train régional Bologne Gare Centrale - Forlì : 34 minutes.

Pour en savoir plus :

http://www.mostrastevemccurry.it/

http://www.cultura.comune.forli.fc.it/servizi/menu/dinamica.aspx?idArea=17262&idCat=16347&ID=16347&TipoElemento=categoria

La Nuit au Musée ou la solution miracle

« Tout ce qui est dans ce musée n’est-ilpas supposé être plus ou moins mort ? » Larry, futur gardien de nuit du Muséumd’Histoire Naturelle de New-York.

2007, j’ai 12 ans. Mon objectif dans la vie : réussir mon interro’ d’anglais etconvaincre mes parents d’avoir un téléphone portable. L’histoire, les musées,l’art, le patrimoine…c’est intéressant, oui, mais vite barbant. Je n’aijusque-là que très peu fréquenté les lieux de culture. J’ai même du mal à mesouvenir de ma première visite dans un musée, comme quoi celle-ci ne m’a pasmarquée. 

Le 7 février de la même année sort dans les salles ce film où les collections duMuséum d’Histoire Naturelle de New York prennent vie à la nuit tombée… Voussavez, ce blockbuster américain où Ben Stiller est le nouveau gardien qui faitface à des papis malfrats en plus de ce phénomène mystérieux. Déjà à cetteépoque, j’avais été conquise par le principe du film… Qui n’a jamais rêvé devoir des animaux naturalisés, des miniatures ou des statues s’animer et dansersur September d’Earth, Wind and Fire ?

Aujourd’hui,j’ai 22 ans. Mon objectif dans la vie : réussir à écrire cet article etconvaincre que l’avenir de la Culture se trouve dans les médiations originaleset innovantes. Ma fréquentation et mon esprit critique vis-à-vis des lieuxculturels se sont largement accrus. Non, l’histoire, les musées, l’art, lepatrimoine ne sont pas barbants, bien au contraire, ils seraient à mon sensaussi intéressants qu’un film américain au pitch déluré et bourré d’effetsspéciaux.

Enretombant un soir sur Night at the Museum, je me suis demandée si le filmdonnait une vraie image des musées. Pas d’inquiétude pour ma santé mentale, jesais bien, hélas, que les collections du Muséum de New-York ne prennent pas viela nuit, quoi que... Tout l’intérêtde la réflexion est le questionnement sur la place et l’image du musée dans lefilm : le musée comme personnage à part entière, comme prétexte au scénario oucomme simple décor ? C’est aussi l’occasion de donner le premier rôle augardien, le plus souvent laissé à la discrétion de l’ombre et de la nuit. Grâceà Larry, celui-ci n’est plus le potiche statique et impassible.

La tension entre réalité vécue et fiction tient à l’imaginaire, à l’inconscientcollectif. Bref à l’image que l’on se fait du musée. La représentation communeque nous nous faisons se reflète évidemment dans le cinéma où les musées sontprésents mais ne sont que rarement utilisé comme la base d’un scénario. Avec LaNuit au Musée, c’est plutôt parlant. Ici le musée est le personnage central dufilm.


Crédit photo : Allociné

« Tout ce qui est ici est vieux » CecilFredericks, ancien veilleur de nuit du musée.

Bien sûr, ce ne sont pas des muséographes qui ont écrit le scénario du film.Celui-ci, réalisé par Shawn Levy, est inspiré du livre éponyme de Milan Trenc.Les deux scénaristes, Thomas Lennon et Robert Ben Garant, sont deux New-Yorkaisqui rêvaient étant petits de donner vie aux collections du Muséum qu’ilsfréquentaient assidument. Alors, le film s’inscrit pleinement dans l’imaginairecollectif donc dans les idées reçues et les stéréotypes qui collent à la peaudu monde muséal.

Après tout, penser à ce qui fait parfois dresser le poil à nous autres, muséologuesen herbe, est obligatoire. Tout est une question d’identité et dereconnaissance du musée. Voir dès le début du film son architecturemonumentale, ses grands escaliers, ses colonnes, ses immenses sallesrecouvertes de marbre ou ses œuvres impressionnantes pose le décor. Demandez àla première personne que vous croisez dans la rue de vous décrire l’aspectphysique d’un musée… Déjà par son cadre prestigieux et ses colletions quisemblent inaccessibles (incompréhensibles ?) le musée exclut. Avez-vousremarqué comment Larry (le personnage de Ben Stiller) défie le musée et hésiteà y entrer ? Écoutez la musique choisie pour ce passage. Oui, pour beaucoup,les musées sont des temples réservés aux élites et ne sont pas faits pour eux.

Deuxième constat : une fois notre personnage passé le pas de la porte, il règne uneambiance très calme, trop calme. Hormis les quelques enfants en visite, lespersonnes âgées ou les visiteurs perdus, le musée est vide. À croire que celane serait pas qu’un phénomène français, surtout lorsque l’on apprend que leMuséum de NY n’a pas de politique tarifaire fixe, chacun est libre de donner cequ’il veut. Mais, nous ne tarderons pas à avoir l’explication de la crise dumusée au moment où le Professeur McPhee, le directeur, fait son entrée sur unagressif « on regarde, on ne touche pas ! ». Cette fois, ce sont lesconservateurs de musée qui en prennent pour leur grade et ils ne seront pasdéçus. Voyez  son accoutrement, uncostume trois pièces en tweed marron et d’une chemise pastel rehaussée par unecravate violette. Voilà un look très british, très sage, très coincé. Et soncôté acariâtre se révèle de plus en plus lorsqu’il maugrée contre la « populace» ou s’adresse à un parent gentiment « surveillez votre progéniture enfin ! ».Le cadre est donc posé : le public quel qu’il soit n’est pas le bienvenu aumusée, tout comme le rêve ou l’humour.

Troisième constat : l’arrivée de Larry comme nouveau gardien s’explique par la volonté deremplacer les trois précédents, nos papis malfrats, par un seul homme. L’un desagents explique alors que le musée se vide de son public (pas étonnant vu ledirecteur) et perd de l’argent. Triste réalité. Grâce à ces pépés gardiens, lespectateur en apprend un peu plus sur les métiers et pratiques du musée. Bienqu’il ne soit pas en contact direct avec le public, Larry, veilleur de nuit,revalorise l’image des gardiens de musée en général. D’accord, tous lessurveillants n’ont pas un aussi joli uniforme ou un si beau matériel (les clésdu bâtiment, le manuel de fonctionnement et la torche – pratique pour ungardien de nuit). Il fait aussi la connaissance de Rebecca, la guide du muséequi rédige une thèse sur Sacagewea entre plusieurs visites à des scolaires. Ouencore, lorsque les œuvres se sont échappées dans Central Park, Robin Williams(Théodore Rooselvet) procède à l’inventaire des collections : une autrepratique essentielle dans les institutions muséales.

Après avoir épuisé les stéréotypes qui malgré tout parlent à tout le monde, l’équipedu film s’est aussi permis quelques petits arrangements avec la réalité. Quellene fut pas ma surprise d’apprendre qu’aucune scène n’avait été tournée au seinmême du vrai Muséum d’Histoire Naturelle ! Eh oui, la production n’en a pas eul’autorisation. Les quelques passages en extérieur ont bien été pris aux abordsdu musée mais toutes les scènes en intérieur ont été tournées dans des studiosà Vancouver où le musée a été reconstitué grandeur nature. Bien que laressemblance soit frappante quelques petits couacs, volontaires ou non, sontvisibles. L’aspect général des salles est plus ou moins fidèles, certainesœuvres/objets s’inspirent des collections mais ne sont pas pour autant descopies. Par exemple, le petit singe Dexter n’a rien à faire dans la salle desmammifères d’Afrique puisque les capucins sont originaires d’Amérique du Sud,la statue de l’île de Pâques (Gum Gum) n’est pas à sa place et s’inspireseulement de la véritable,  la zone despyramides, elle, s’inspire de celle du MET…

« Saisissez-votre chance Larry ! »Théodore Roosevelt, statut de cire du 26ème président des États-Unis.

Finalement, l’équipe n’a fait que construire son musée idéal pour le film et pour le monde.Plus La Nuit au musée se poursuit, plus les spectateurs font face à une imagepositive du musée. D’abord par les collections prestigieuses mises en valeurpar le cadre de la caméra ou par l’intérêt que leur porte Larry lorsqu’il veutapprendre à les connaître. On le voit alors éplucher des livres d’histoire,suivre une visite… Quoi de mieux que de savoir qu’Attila Le Hun était fascinépar la magie pour l’apprivoiser ? Le musée est vu comme un lieu de savoir, detransmission où dialoguent les cultures : au sens propre comme au figurélorsqu’on assiste à de féroces batailles entre soldats romains et Cow-boys. Deplus, dans la philosophie-même du film, on comprend que grâce au musée,l’histoire reste vivante : la statue de cire de Sacagewea ne va-t-elle pasraconter son histoire à celle qui lui dédie ses recherches ?

Visiblement, tout est bien qui finit bien au musée… Le vol (autre fantasme du musée) despapis malfrats est résolu, Larry trouve sa vocation grâce à son ami de cireThéodore Roosevelt, personne n’a été réduit en cendre ou presque... Mais monpassage préféré reste la résolution involontaire de toutes ces péripéties.Lorsque New-York s’éveille le lendemain de la fuite des œuvres, tous croient àun coup de pub du musée. Les traces de Tyrannosaurus Rex dans la neige, lespeintures rupestres dans les stations de métro, l’homme des cavernes sur letoit … ont fait venir une foule impressionnante au musée qui se presse pour voirles collections. Cela ne serait-il pas un présage pour l’avenir des lieuxculturels ? Voilà que le film souligne l’importance de l’événementiel qui estprésenté comme un remède à la crise des musées. Il faut donner envie aux gensd’aller au musée, rendre ces lieux plus attrayants sans tomber dans lespectacle. Face aux nombres de visiteurs se massant dans le hall, le directeurMcPhee est d’ailleurs obligé de reconnaitre le succès accidentel de Larry etlui rend son travail. Ne serait-ce pas là la légitimation de l’événementiel aumusée ? Tout est une question d’équilibre : ici, le gardien a réussi à attirerles gens au Muséum de façon ludique et originale sans dénaturer le proposscientifique et l’offre culturelle du musée. D’un musée imagé et stéréotypé,nous voici passé à un musée idéal où le public est au rendez-vous, où les genss’épanouissent et ont soif de savoir. Un musée comme je les aime.

Alors, on fait moins les malins ?       

Vous l’avez compris, La Nuit au musée, film populaire, peut être regardé d’un pointde vue plus sérieux et ancré dans l’actualité muséale. Je me suis en dernierlieu intéressée à l’acteur qui incarne le musée du film, le Muséum américaind’Histoire Naturelle, afin de savoir si cette production avait changé sa vie.J’ai été ravie de découvrir que oui, le musée a en effet développé son offreculturelle depuis la sortie du premier film…

Depuis deux ans environ, il propose de passer une vraie « Night at the museum ».Plusieurs fois dans l’année, le musée ouvre ses portes à 300 enfants de 6 à 13ans (accompagnés d’un adulte) à qui il propose (de 18h à 9h) une explorationdes collections à la lampe torche, un Live animal Show et une nuit dans le Milstein Hall of Ocean Life sous la grande baleine bleue. Il suffit de se munirde sa brosse à dent, son oreiller et de 145$. Pour les plus peureux, le musée amis en place un parcours spécial de visite, le Night at the Museum Tour quiinvitent les visiteurs à découvrir les œuvres du film ou celles dont il s’estinspiré. Sans aucun doute, les films de Shawn Levy ont eu un impact plus que positif sur sa fréquentation, laprogrammation du Muséum mais aussi sur la vision globale que l’on peut avoirdes musées. Il faut cependant souligner qu’un musée d’histoire naturelle commeun musée de Beaux-Arts se prêtent plus au jeu qu’un musée des techniques…


Crédit photo : Julian Jourdès pour The New-York Times

Pour mapart, le premier musée que je visiterai à New-York sera sans nul doute celui-ci : grâce à La Nuit au Musée. Et vous ?

Lucie Taverne

#Nuit au musée

#Cinéma

#Événementiel

BULLOT Érik, DALLE VACCHEAngela, MICHAUD Philippe-Alain et JOUBERT-LAURENCIN Hervé, « Cinéma et musée :nouvelles temporalités », Perpectives [En ligne], n°1, 2011.

VAN-PRAËT Annie, « L’image dumusée dans le cinéma de fiction », Hermès, La Revue, n°61, 2011, p. 61-63.

Le City-trip immobile au Pavillon de l’Arsenal La nouvelle maquette numérique

Qui n’a jamais rêvé de survoler Paris, surplomber tous les quartiers de la capitale, voir toujours plus, explorer la ville dans sa totalité? Le city-trip immobile est maintenant possible au Pavillon de l’Arsenal.


©
Clara Louppe

Qui n’a jamais rêvé de survoler Paris, surplomber tous les quartiers de la capitale, voir toujours plus, explorer la ville dans sa totalité? Le city-tripimmobile est maintenant possible au Pavillon de l’Arsenal. Ré-ouvert le 14décembre 2011, la nouvelle exposition permanente du Pavillon de l’Arsenal, lieu chargé d’exposer l’histoire urbanistique et architecturale de la capitale, intègre une gigantesque maquette numérique« Paris, métropole 2020 », créée par le Pavillon en partenariat avec Google et JCDecaux.

Ce projet de 37m² règne en maître des lieux dans le hall. Aménagé sous laforme d’un patio et centré par rapport à la mezzanine, il cohabite parfaitementavec l’architecture des lieux. Au total, ce sont 4 pupitres tactilesmultipoints, 17 ordinateurs, 48 écrans LCD basse consommation, donc 48 GoogleEarth synchronisés, cent millions de pixels et mille mètres de câbles, quirassemblent 1300 projets en 2D ou en 3D. Absolumentimpressionnant, ce dispositif haute technologie, conçu sur le principecartographique du logiciel Google Earth, procure une expérienceinteractive unique, ludique et pédagogique. Sur le site internet, vous pouvezadmirer la vidéo de l’installation de la maquette. En une minute quarante-cinq,celle-ci montre en accéléré les quelques jours de montage et la complexité dumatériel utilisé, nécessitant de s’armer de techniciens expérimentés etd’informaticiens ingénieux.

Ce projet multimédia permet au Pavillon de l’Arsenalde dépasser les limites géographiques de l’ancienne maquette en carton,précédemment à cet emplacement, qui ne reprenait que le centre« construit » de Paris. Actuellement, ce sont plus de 12 000 km² duterritoire métropolitain que l’on survole d’un doigt, de 15m à 50km d’altitude,permettant de traverser « les grands territoires de projets en mutation,les nouveaux ou futurs réseaux de transport et les architectures emblématiquesde la ville de demain ou déjà en construction dans la métropoleparisienne ». L’utopie n’est pas de mise, l’ensemble ne reprend queles projets déjà pourvu d’un permis de construire.

Cette premièremondiale donne donc la possibilité unique de présenter simultanément l’existantet le futur d’une agglomération sur Google Earth, pour découvriraujourd’hui les quartiers de demain : voir en 3D les projets de laPhilharmonie, des Halles, la fondation Louis Vuitton pour laCréation, … . Au travers d’une “navigation libre outhématique”, elle propose des visites guidées (bientôt disponibles),thématiques – architecture, urbanisme, transports- ou par recherche libre.Facilement manipulable et étonnamment fluide, il faut cependant prendre letemps de comprendre son fonctionnement car le doigté n’est ni celui du MACbook,ni celui connu de Google Earth. Le zoom, l’inclinaison, et larotation nécessite une dextérité particulière comme de retourner chaque fois enbas de l’écran pour utiliser les flèches et icônes de l’option en question.

Cetoutil, permettant bien des surprises, paraît cependant encore bien incomplet.Les principaux bâtiments et monuments y sont déjà modélisés (de la même façonqu’une bonne partie des villes de New-York et de San Francisco l’ont étéfaites), mais beaucoup de travailattend encore la communauté d’internautes de GoogleEarth pour lui assurer un ensemble harmonieux et cohérent. Fortheureusement, il a été conçu pour être « constamment et simplementcomplété et actualisé » car c’est bien un outil commun aux acteurs quifaçonnent notre lieu de vie. Terrible challengede rassembler tous lesprojets d'architecture et d'urbanisme en cours d'élaboration pour donner unepré-vision complètement unifiée.

Ses concepteurs ontla volonté que cet outil soit « accessible à tous, jeunes, étudiants,parisiens et franciliens, professionnels français ou étrangers ». Il nel’est cependant pas totalement car, certainement par soucis de pureté, ilmanque de clarté : les noms des rues et des arrondissements ne sontmalheureusement pas indiqués, ce qui ne rend pas évident l’orientation. Lesfiches techniques sont elles aussi bien inégales dans leurs informations. Ontrouve parfois une date, parfois une photo, parfois un texte informatif sur leprojet, mais bien souvent, elles sont en attente de traitement.

L’application« Paris, métropole 2020 » sera bientôt téléchargeable pour vivrecette expérience chez soi, bien installé dansson divan.  La question qui se pose est : qu’offre-t-elle de plus auPavillon de l’Arsenal? Sa force première est bel etbien les différents points de vue qu’offre son emplacement. Sa taillemonumentale en fait aussi l’élément agréable qui permet de s'accouder à labalustrade de lamezzanine pour se laisser guider par un autreutilisateur, qui mène la barque un étage plus bas.

Cette innovationtechnologique questionne, comme bien d’autres, l’utilité qu’offrent de tels outils. Pour le moment, ce sont surtout les fantasmes de latransposition des supports qu’elle révèle, s'avérant des limites plutôt qu'un avantage.Le manque de contenu induit cette envie technophile d’attirer, desurcroit avec des grands partenaires tels que Google et JCDecaux. Cettetechnologie avant-gardiste devrait avant tout être conçue comme un élément demédiation permettant une meilleure accessibilité au contenu. Ne serait-est pasnécessaire d’y amener le jeu pour que les plus petits découvrent et apprennenteux aussi en s’amusant ? Des animations ou diverses vidéos lui permettraientd’acquérir l’ensemble des possibilités et des opportunités du multimédia,complémentaires à l’exposition permanente, réalisée de panneaux traditionnelset exposée sur les murs du Pavillon de l’Arsenal.

Clara Louppe

Le robot voit-il ?

Après le monde du hip-hop et les friches industrielles, la Maison Folie de Wazemmes profitait d'un « Fantastic » élan pour nous faire découvrir l'univers de la science-fiction. Sobrement intitulée Science et Fiction, cette exposition, réalisée par la Cité des Sciences et de l'Industrie, en partenariat avec Ankama et Science Fiction Archives, nous proposait jusque mi-janvier un voyage initiatique aux portes de l'irréel.

Retour vers le futur !

© Imaginelf

L'exposition abordait le genre de manière très large, dans le but de faire dialoguer sciences et fiction. Pour les non-initiés à ces mondes remplis de robots, vaisseaux spatiaux et monstres en tous genres, pas de panique ! Si les fans y trouvaient leur compte, les novices n'étaient pas oubliés. Ainsi, en abordant des thèmes précis, le propos général n'était jamais noyé sous un trop-plein d'informations. Du rêve d'alunissage aux sociétés robotisées, le tout illustré par les incontournables du genre que sont les films Stargate, Star Wars ou encore Dune. L'exposition ne surprenait pas dans son discours et même si la partie sur la robotisation de nos sociétés et la multiplication des puces RFID (Radio Frequency Identification) se permettait d'être critique, ce n'est pas là qu'il fallait chercher la force de cette exposition. Mais alors où ?

C'est dans la scénographie que résidait le potentiel de Science et Fiction. Cela paraît évident pour un genre qui a toujours été soigneux de son esthétique (les costumes exposés en témoignent). La scénographie donc, était très travaillée et les jeux de lumière participaient astucieusement à l'immersion du visiteur. Obscurité des lieux, jeux d'ombres, éclairage particulier pour les cartels ; la lumière était un point fort de l'exposition. S'il fallait associer un sens à cette exposition c'est bien la vue qui était mise à l'honneur. Qu'en est-il alors des publics mal ou non-voyants ? C'est à cette question que répondait tout un ensemble d'outils de médiation adaptés à ce public.

© Gentlegeek

En effet, l'éventail des outils utilisés était large. Chose la plus commune peut être, la transcription des cartels en braille. Une grande partie des panneaux introductifs étaient traduits. Dispositif plus rare, le braille était toujours accompagné de motifs en relief qui figuraient les thèmes abordés : combinaison spatiale, fusée, planète, robot, etc. En plus de permettre une meilleure compréhension de l'exposition et d'appuyer les écrits en braille, ce dispositif rendait le lieu accessible à des personnes non voyantes qui ne liraient pas le braille. Ces motifs jouaient, bien sûr, sur les formes des objets et en particulier leurs contours mais aussi sur leur texture. En proposant différents « grains » en relief la représentation spatiale de l'objet était plus aisée. Cela permettait d'appréhender plus facilement les objets mais aussi leur échelle. Dès lors, ce dispositif d'écriture en trois dimensions, couplé aux ambiances sonores du lieu nous plongeait tout entier dans un univers futuriste. Notons que de nombreux visiteurs, qu'ils soient malvoyants ou non, se laissaient aller à cette expérience tactile.

Autre outil de cet ensemble : l'audio-description. L'exposition comportait de nombreuses vidéos. Et même si elle étaient toutes accompagnées d'une voix off, le côté technique de certaines pouvait être incompréhensible sans l'image. L'audiodescription jouait donc un rôle important dans le décryptage de ces vidéos. Elle permettait, par exemple, de mieux apprécier le contexte de chaque vidéo et son environnement. Plus que cela, ce dispositif faisait appel à des images, des représentations qui permettaient à l'individu de ne pas se limiter à une visite sonore des lieux.

Thibault Leonardis Maison Folie Wazemmes

Photos hautes en couleur! Regard d’un géant sur un monde microscopique.

Le Musée d’histoire naturelle de Lille propose une exposition temporaire de photographies totalement psychédéliques. Depuis le 20 février et jusqu’au 20 mai 2012, la salle qui suit celle consacrée aux mammifères est investie de photographies d’insectes et de plantes géantes signées Gilles Martin.

© Gilles Martin Sauterelle de Costa Rica, exposition Zoom au Musée d’histoire naturelle de Lille

Le Musée d’histoire naturelle de Lille propose une exposition temporaire de photographies totalement psychédéliques. Depuis le 20 février et jusqu’au 20 mai 2012, la salle qui suit celle consacrée aux mammifères est investie de photographies d’insectes et de plantes géantes signées Gilles Martin. Ce photographe naturaliste excelle dans son domaine en capturant les animaux de toutes espèces, des plus grandes aux infiniment petites. Le portique passé, c’est une explosion de couleurs, de textures et de formes qu’il est rare de croiser dans nos villes et même dans nos campagnes, qui nous envahissent. En se concentrant sur le contenu, ces formes semblent nous présenter les dernières découvertes zoologiques voir même ufologiques. Puis, en se penchant sur les loupes-lampes qui accompagnent chacune de ces photographies, on reconnait grâce à la précision de la taille réelle de ces espèces colorées et si singulières, que ce sont des insectes ! Il ne s’agit donc pas de nouvelles espèces mais bien d’un zoom, comme le titre de l’exposition l’indique, sur ces chères petites bêtes qui nous entourent et qui passent encore trop inaperçues du fait de leur taille minuscule. Le format des images, qui est de 120x180cm pour chacune des photographies, permet aux visiteurs de faire la connaissance d’un monde, de sa faune et de sa flore, encore bien souvent considérés comme répugnants et sans intérêt. Cette exposition de photographies révèle la beauté de ces petits êtres et nous rappelle leur réalité grâce à ces loupes-lampes en les replaçant dans leur état de vulnérabilité due à leur petitesse. 

© Gilles MartinLoupe-lampe Exposition Zoom

Cette exposition se veut esthétique par la précision des cadrages, la qualité de la résolution des images et la somptuosité des couleurs des photographies. La première image qui ouvre l’exposition est un insecte pour le peu extraordinaire, qui semble tout droit sorti d’une bande-dessinée de fiction avec ses grands yeux exorbités et ses dents de rongeur. Il semblerait que nous pénétrons dans une autre dimension, avec ses bizarreries ou ses différences d’avec notre planète. Cette exposition met à jour un monde qui côtoie le nôtre et que nous ignorons du fait de sa micro-existence. Les dimensions des photographies sont en cela tout à fait appropriées car l’immensité du support révèle un monde que l’on doit démultiplier pour en apprécier la beauté et parfois l’originalité, que ce soit des insectes, des amphibiens ou encore des arachnides.

© Gilles Martin Exposition Zoom

Cette exposition se veut également pédagogique, car au centre de cette salle se trouvent installés des microscopes et des loupes qui nous permettent d’observer des acariens par exemple. Une autre salle, celle-ci accessible uniquement en présence d’un animateur, est également consacrée à l’initiation d’observations aux microscopes ou encore à la loupe binoculaire. L’apprenti biologiste y trouvera son compte !

Les observations que l’on peut effectuer dans la salle d’exposition temporaire sont guidées par des cartels directifs qui posent des énigmes sur les êtres observés au microscope. S’il n’est pas possible d’effectuer un grossissement  par soi-même, on est au moins mis dans la posture du chercheur penché sur son microscope, les yeux perdus dans l’infiniment petit, pour ensuite constater grâce à ces cartels fixés à côté des outils d’observation, le résultat de celle-ci.

Cette imbrication de l’observatoire scientifique et de la vision de l’artiste est tout à fait pertinente. L’œil du scientifique décortique un monde magnifique qu’il peine à mettre en lumière, à ce que nous appellerons le « grand public ». L’artiste apporte une vision accompagnatrice de cette pratique du zoom en révélant en taille surdimensionnée les objets d’étude. S’il ne révèle pas la complexité de leur fonctionnement, Gilles Martin met en lumière l’infiniment petit dans le but de faire prendre conscience au public de l’existence de ce microsystème et de l’intérêt qu’il peut susciter pour les chercheurs mais aussi pour les néophytes au sortir de cette exposition ! La manipulation initie les plus jeunes, tout comme les plus grands, à la discipline de la zoologie. Ces manipulations placées au centre d’une série de photographies qui sortent de l’ordinaire, plonge les visiteurs dans un univers insoupçonné.

Pour aller encore plus loin dans l’initiation à l’observation du vivant, les concepteurs de l’exposition ont imaginé un concours qui permettra aux gagnants de remporter l’ouvrage Macrophotographie de Gilles Martin. Il s’agit de retrouver des détails de la collection permanente dans le musée.

Zoomdévoile le monde de la macrophotographie et en même temps de l’entomologie. Cette immersion dans l'infiniment petit surligné par des photographies géantes provoque surprise, étonnement,  contemplation, prise de conscience et connaissance. L’œuvre de Martin Gilles est extraordinaire par sa beauté envoutante et surprenante, et mérite véritablement le détour.

Katia Fournier

Pixar, 25 ans d'animation

Cet hiver Buzzl’Éclair, Walle-E et Némo s’invitent au musée de l’ « Art Ludique »grâce à l’exposition « Pixar, 25 ans d’animation », qui se tient àParis du 16 novembre 2013 au 2 mars 2014.


Crédits : Art Ludique

Cet hiver Buzzl’Éclair, Walle-E et Némo s’invitent au musée de l’ « Art Ludique »grâce à l’exposition « Pixar, 25 ans d’animation », qui se tient àParis du 16 novembre 2013 au 2 mars 2014. Lors de son inauguration au Museum ofModern Art de New York en 2006, elle avait permis au musée d’attirer la plusgrande affluence de visiteurs depuis sa création. Elle prend aujourd’hui placedans un musée privé entièrement consacré à l’art contemporain issu de la créationdes mangas, bandes-dessinées ou encore films d’animation ayant marqué notreimagination et influencé notre culture.

Récit, personnages, univers…


Crédits : TF1

L’expositions’articule autour des trois principaux ingrédients nécessaires à la réalisationd’un bon film d’animation selon John Lasseter, directeur de création du studio :Le récit, les personnages et l’univers.Ces trois parties sont elles-mêmes traitées à travers plusieurs exemples defilms, ce qui permet au visiteur de voyager d’un film à l’autre et de vivre uneexpérience rythmée et diversifiée. Chaque partie est illustrée par différentssupports, comme des dessins préparatoires, des croquis, des pastels, desstory-boards, des sculptures en résine ou encore des peintures, originaux pourla plupart.

La variété ainsique le grand nombre de ces supports (plus de 500 œuvres exposées au total) nedérange pas la visite et permet au contraire d’appréhender rapidement lacomplexité du travail nécessaire au montage d’un film d’animation. Dans l’unedes salles sont par exemple exposés plusieurs croquis montrant l’évolution dupersonnage de Woody le Cowboy (Toy Story)depuis la toute première idée jusqu’au résultat final. L’accrochage de cesdessins côte-à-côte permet au visiteur de comprendre dès le premier coup d’œilles difficultés techniques et les nombreuses recherches nécessaires àl’élaboration d’un personnage, sans qu’il n’ait besoin de se référer à d’autressupports de médiation.

Les sculptures en résine illustrent la partie sur les personnages. Celles-ci sonten effet utilisées par les créateurs de films d’animation pour permettre auxinfographistes de passer du support en deux dimensions (le dessin) à lacréation d’un personnage entièrement numérique (3D).

La partietraitant de l’Univers s’articule quant à elle autour de grandes étudespréparatoires de paysages, sur lesquels on peut voir différents essais de couleursou de textures.

Où sont passés les textes ?


Crédits : TF1

Le parcours contient très peu de textes. Tous sont traduits en français et en anglais. Cetterareté de supports écrits est compensée par la clarté de la muséographie, quipermet au visiteur d’appréhender l’ensemble des problématiques du filmd’animation par sa propre observation des œuvres. Quelques textes viennentcependant tout de même compléter l’ensemble. Une salle d’introduction permetdès l’entrée de comprendre le plan de l’exposition. Cette salle se compose d’untexte d’introduction général de 83 mots, duquel ressortent trois mots engras : « récit », « personnages »,« univers ». Trois petites stations font écho à ce texted’introduction et permettent d’expliquer en quelques mots les enjeux liés àchacun de ces trois thèmes. Le visiteur peut donc se projeter dans sa visitedès l’entrée de l’exposition, ce qui rend le parcours plus facile et retarde lafatigue. Quelques citations inscrites aux murs de chaque salle permettentd’apporter de nouveaux indices de lecture au visiteur, en s’appuyant toujourssur les mots et les définitions des créateurs eux-mêmes. Aucun autre texte desalle n’est présent, en dehors des cartels et des titres de films introduisantchaque sous-partie.

Exposition sur le film d’animation ou exposition d’artcontemporain ?


Crédits : Le Journal des Deux Rives - Pollux

Les œuvres présentées transportent le visiteur au cœur des films d’animations des studiosPixar en évoquant leurs paysages, leurs personnages ou encore leurs rebondissements,grâce aux différentes planches de story-boards. Mais elles permettent égalementd’évoquer la technique et le travail nécessaire à leur élaboration. Deux écranssont donc également présents afin de montrer les différentes étapes de préparationdes films, du premier coup de crayon jusqu’à la mise en animation. À ces filmss’ajoutent des dessins techniques permettant au visiteur de comprendrel’ensemble du processus de création.

L’exposition s’intègre également parfaitement au Projet Scientifique et Culturel du musée,qui est de promouvoir le travail des artistes contemporains présents derrièrechaque création issue du monde de la bande-dessinée, du manga, du jeu-vidéo, ducinéma ou du film d’animation. Le visiteur vit en effet également sa visitecomme celle d’une véritable exposition d’art, comme avec les nombreusesréalisations au pastel d’images du film LeMonde de Némo, qui s’observent simplement pour elles-mêmes.

Mélanie BREITFELDER

Art Ludique - le Musée

Exposition : Pixar, 25 ans d'animation

#Pixar, #art ludique, #exposition

Qui a peur des femmes photographes ? Le piège d'une approche de la photographie en termes de genre

EnFrance, à partir du 7 novembre à 16h34, les femmes ne sont plus payées. Plusieursmanifestations dénoncent les inégalités salariales entre hommes et femmes.Inégalités présentes dans de nombreux domaines dont celui de l’art et de laculture. L’occasion pour moi de revenir sur une exposition qui a eu lieu en 2016 et qui proposait de replacer à sa juste valeurle travail des femmes, resté dans l’ombre, dans la pratique photographique.

Qui a peur desfemmes photographes ? propose d’éclairerle rôle joué par les femmes dans l’histoire et l’évolution du médiumphotographique. L’exposition suit un déroulementchronologique et thématique. Le travail des femmes photographes entre 1839 et1919 est présenté au musée de l’Orangerie. La seconde partie, au musée d’Orsay,aborde la période comprise entre 1918 et 1945. L’exposition se réclame d’êtrel’une des premières à vouloir questionner et replacer la place de la femme dansl’histoire de la photographie. Comment l’exposition retrace-t-elle le travaildes femmes photographes sur presque un siècle ? Quel est le parti pris descommissaires ? Et, que retient-on une fois sorti du musée ?

AliceAusten, Julia Martin, Julia Bredt and self dressed up as men, 1891 ©Alice Austen House

Les premières salles sont consacrées à la faune, àl’intime ou à l’enfance pour l’Orangerie et au portrait, à la mode et au nu pourle musée d’Orsay. Ces thèmes sont fondamentalement différents de ceux, plusengagés, des dernières salles sur la guerre, les suffragettes et tout ce qui serapporte au photoreportage. Il s’agit d’une progression thématique axiologique visant à classer lesphotographies selon les valeurs qui leurs sont conférées. Lesphotographies de sujets considérés comme mineurs sont placées dans lespremières salles parmi lesquelles les œuvres intimes deJulia Margareth Cameron telles que Blessingand blessed de 1865 ou desportraits tels que celui de MadameYevonde par Joan Maude.Les thèmes considérés comme sérieux et engagés sont traités à la fin des expositions.Parmi eux, les œuvres d’Olive Edis réalisées pendant la Première Guerremondiale et la Vueclandestine de Joanna Szydlowska en 1944.Ce parcours permet aux commissaires d’évoquer une progression thématique dansle travail des femmes photographes. Cette disposition de l’expositionlaisserait supposer que leur singularité et leur émancipation tiendraient uniquementau fait qu’elles ont su se détacher du privé pour photographier l’actualité. Cequi me pose problème est cette classification subjective et axiologique quinous amène à considérer l’importance du rôle de la femme dans la photographie àpartir du moment où celui-ci se rapproche des sujets photographiés par des hommes. C’est tout le paradoxede l’exposition. Mettre en avant le travail photographique des femmes mais nele considérer pleinement accompli que lorsqu’il s’apparente à celui des hommes.

À cela s’ajoute un manque de lisibilité des thématiques des salles. Dans certainessections, les photographies présentent des sujets si variés qu’il est difficilede comprendre ce que les commissaires ont voulu montrer en les rassemblant. Certes,les textes donnent des éléments de contexte pour comprendre le thème généraldes salles mais ces derniers ne sont pas toujours accessibles. En effet, souventplacés dans des endroits peu lisibles, les textes explicatifs sont longs etfastidieux. Il est donc dommage de perdre du temps à essayer de trouver uneinformation qui ne s’offre pas de manière spontanée au visiteur. C’est ici quele catalogue intervient pour remplir son rôle de complément scientifique de l’exposition. 

La première partie du cataloguerédigé par Guy Cogeval est celle qui me semble la plus pertinente pourcomprendre les motivations de l’exposition. Quia peur des femmes photographes ? serait le fruit d’un questionnementsur la politique culturelle et scientifique du musée d’Orsay au regard de la placeoccupée par les femmes artistes au sein de l’institution (catalogue, p.12). Lebut serait alors d’évaluer et de replacer le travail des femmes dans lapratique photographique selon des critères liés au genre. Il y a donc unedissociation entre la pratique photographique masculine et féminine. Seulement,l’exposition suit un parcours évolutif à travers le travail des femmes. Lepoint ultime de cette évolution est justement présenté comme le moment où lapratique féminine se rapproche le plus de celle masculine, à travers laconquête du photoreportage par exemple. C’est une fois de plus paradoxalpuisque tout en séparant les genres, l’exposition ne peut s’empêcher d’indexerle travail des femmes sur celui des hommes. Il me semble que c’est, justement,en faisant dialoguer et se confronter les genres que l’on parvient à considérerl’ensemble du travail des femmes, au regard de celui des hommes, comme un ensemblecohérent et consubstantiel. Mais ce n’est pas la première fois que le musée d’Orsaysépare les genres. Masculin/Masculin.L'homme nu dans l'art de 1800 à nos jours[1]fitpolémique en 2013 et, inéluctablement, attira de nombreux visiteurs.Ilsemblerait que ces expositions commerciales s’inscrivent dans une politique quiconsiste à aborder des sujets de société, d’actualité, tels que le féminisme,l’homosexualité ou la prostitution[2]. Or, traiter desexpositions sur l’homosexualité ou sur la prostitution en termes de genre mesemble être lacunaire. 

Laure Albin-Guillot, Nu masculin 1935-1939 ©LaureAlbin-Guillot / Roger-Viollet

Finalement, le but de l’exposition est partiellementatteint. L’esthétisme et la grâce de certaines photographies comme lemagnifique Nu masculin de Laure AlbinGuillot (1935-1939) soulignent le talent de leurs auteurs. Il est impossible denier la place importante que les femmes occupent dans l’histoire de laphotographie. Cependant, l’exposition montre plus qu’elle ne questionne.L’accrochage en ligne est monotone et manque de rythme, ce qui ne sert pas lepropos. L’exposition tombe dans une sorte de dichotomie de la masculinité et dela féminité, ce qui ne nous permet pas de replacer le travail des femmes dansun contexte plus général. C’est là toutle risque de considérer l’histoire de la photographie en termes de genre.

M.D

Commissariatgénéral : Ulrich Pohlmann

Commissariat scientifique (Orsay) : MarieRobert 

Commissariat scientifique (Orangerie) : Thomas Galifot

#equalpay

#photographie

#musée d’Orsay

Qui a peur des femmesphotographes ? du14 octobre 2015 au 24 janvier 2016

1ère partie : 1839-1919 (Orangerie) : http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/archives/presentation-generale/article/qui-a-peur-des-femmes-photographes-42675.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=252&cHash=a73bf3d30a

2e partie : 1918 -1945(Orsay) : http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/archives/presentation-generale/article/qui-a-peur-des-femmes-photographes-42673.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=252&cHash=69a4cec919


[1] Masculin/Masculin. L'homme nu dans l'art de 1800 ànos jours,24 septembre 2013 - 12 janvier 2014, Musée d’Orsay, GuyCogeval, Ophélie Ferlier, Xavier Rey, Ulrich Pohlmann, Tobias G. Natter

[2] Splendeurs et misères. Images de la prostitution,1850-1910, 22 septembre 2015 - 17 janvier 2016,  Musée d’Orsay, Marie Robert, IsoldePludermacher, Richard Thomson, Nienke Bakker

Raymond Depardon, un voyage haut en couleur !

« Je ne savais pas que j’étais un photographe de la couleur

Elle était pourtant là. Dès les premières images »


La photographie, un art qui touche un large public - Crédits : Lilia Khadri

Le Grand Palais présente en ce moment une rétrospective des photographies en couleur de Raymond Depardon. Cet artiste, né en 1942, est connu pour son travail en tant que scénariste, réalisateur de films documentaires, journaliste et photographe.Il est membre de la coopération internationale photographique Magnum Photo qui est partenaire de l’exposition. Jusqu’ici seules ses photographies en noir et blanc étaient principalement connues du public, c’est pour cela que le Grand Palais a souhaité innover en présentant uniquement ses œuvres colorées, prises entre les années 1960 et nos jours, aux quatre coins du globe. En route pour le grand voyage !


Une scénographie lisse - Crédits : Lilia Khadri

L’exposition est séquencée en différentes thématiques. Elle débute par une série de photographies prises dans la ferme familiale du photographe et en France. Avec la série sur Glasgow, le propos est élargi. L’échelle s’agrandit lorsque les séquences présentent des pays tels que le Chili et le Liban. Puis on arrive délicatement au « moment si doux » très coloré qui représente un panel de photographies prises dans divers pays comme le Tchad, l’Ethiopie, la Bolivie ou encore l’Equateur et Hawaï. Le photographe fait un focus sur l’humain, la nature, les grands espaces ruraux, les intérieurs. Son leitmotiv est de capter le réel. Le public découvre Depardon-novice, Depardon-reporter et Depardon-chercheur de couleurs. 


Une simplicité touchante, une couleur étincelanteCrédits : Lilia Khadri

« La découverte de photos inédites en couleur (anciennes et récentes) et mes nouvelles prises de vues donnent un regard sur des thèmes importants pour moi : les grands espaces et la solitude des villes. L’exposition reflétera ma vision personnelle dans des lieux très différents mais unis par une grande douceur des couleurs. »

C’est une exposition intimiste à laquelle on assiste. Elle est petite et se déploie ausein d’une seule salle. La douce luminosité nous incite à entrer au sein de l’exposition. La scénographie est très épurée, simple et élégante. Les photographies sont sublimes, les couleurs étincelantes et la lumière incroyable. Au sein des expositions de photographie il est agréable de trouver une scénographie simple et épurée et le Grand Palais l’a compris. Les œuvres sont mises en valeur en étant disposées sur un mur aux tons blancs-gris et leurs cadres de bois sont simples et discrets. 


L’humain au centre de l’Œuvre Crédits : Lilia Khadri

Ces photographies sont naturelles et très touchantes. L’emploi de la couleur permet d’adoucir l’image,de la sublimer tout en gardant une douce simplicité. Le visiteur peut ressentir le regard apaisant du photographe au moment où il a dû capturer ces instants forts.

Elles dégagent une grande beauté de part des aspects esthétiques, humains et émouvants.Toutes ces images nous invitent à l’évasion, au voyage et à la découverte de l’Autre. Les 160 photographies exposées sont inédites et n’ont jamais été publiées à présent ce qui renforce l’idée de découverte intime avec l’œuvre du photographe. Depardon est retourné dans des pays qu’il affectionne pour nous offrir des clichés inédits pour cette exposition.

Cette exposition présente quelques aspects muséographiques plutôt innovants.


Crédits : Lilia Khadri

Les cartels présentant les œuvres se situent au niveau des plaintes murale set comprennent uniquement le nom de l’œuvre, la date et la ville. Cela est amplement suffisant, cela permet à chaque personne de ne pas être noyée par un trop plein d’informations et de retenir le nécessaire. Cependant il aurait été intéressant de trouver au sein de l’exposition la description de l’évolution de la technique utilisée par l’artiste. Avec l’évolution des nouvelles technologies, s’est-il muni de différents appareils ? 

Les textes concis présentant les séquences sont dotés une police très originale, en noir et blanc, sa passion d’origine, ce qui les rend très signifiants.

 De plus ces textes sont écrits à la première personne, avec modestie et émotion, le photographe nous explique ses démarches et ceci le rend proche du public. 

Un petit manque à noter serait un texte introductif présentant l’artiste et sa vie en début d’exposition. Cela ne va pas de soi, en entendant le nom de l’artiste nous ne nous disons pas forcément « Depardon ! Evidemment que je le connais ! Ça tombe sous le sens ! ».

Une exposition certes bien courte mais qui vaut le coup. On en ressort avec des couleurs plein les yeux et une envie de faire notre valise sur le champ !Et on a passé un doux moment. Un seul conseil : n’y allez pas en heure de pointe, la circulation est  bien complexe !

Lilia Khadri

Pour plus d’informations

Pour découvrir les photographies

Silence… BIG BANG !

Ambiance feutrée rouge. Alignement de sièges cosys. Ecrans plats. Présentation des « acteurs ». Générique…Non nous ne sommes ni au cinéma, ni au théâtre, mais bien dans l’un des dispositifs muséographiques du PLUS.


© droits réservés

Ambiance feutrée rouge. Alignement de sièges cosys. Ecrans plats. Présentation des « acteurs ». Générique…Non nous ne sommes ni au cinéma, ni au théâtre, mais bien dans l’un des dispositifs muséographiques du PLUS. Le Palais de l’Univers et des Sciences de Cappelle-la-Grande pousse lexicalement le rapprochement en intitulant cette installation multimédia « le théâtre du Big Bang ». Appellation quelque peu spectaculaire, mais qui, finalement, concorde parfaitement avec l’ambiance de l’exposition permanente et sa promesse de voyage au cœur de l’Univers !

L’expérience interactive, la réplique phare

Le synopsis du guide de visite nous prévient : « une quarantaine d’expériences interactives » nous attendent tout au long du parcours. Ainsi, les écrans et les manettes se dupliquent. Tout le monde peut regarder et manipuler, en d’autres termes participer. La nouvelle technologie s’invite donc dans cet équipement culturel, sans malheureusement réussir à vaincre son ennemi : la panne a en effet la fâcheuse manie de se dupliquer elle-aussi !

Dans le « théâtre du Big Bang », tout fonctionne. Hubert Reeves, Marc Lachièze Rey et François Bouchet, astrophysiciens et cosmologues de renom, sont nos interlocuteurs privilégiés. Ils nous expliquent le Big Bang, en effaçant petit à petit la part de mystère que revêtent des termes comme la température de Planck, le quark ou encore le fonds diffus cosmologique.

Multiplicité de plans et d’écrans ou l’invention du travelling humain

Ici ce n’est pas la caméra qui effectue un travelling circulaire, mais bel et bien le visiteur. A l’aide d’un siège rotatif, il est amené à suivre le film projeté tour à tour sur trois écrans différents. Du spectateur passif, nous passons au spectateur actif voire même sélectif. En effet, le film ne se contente pas de passer d’un écran à l’autre. Quelquefois, les écrans se complètent : soit l’astrophysicien se présente sous différents profils selon les écrans, soit un schéma ou une photographie appuie ses propos sur un autre écran, soit les deux ! De plus, un fond sonore, fait de bruits sourds et généralement puissants, amènent le visiteur à s’immerger totalement dans cette présentation du temps zéro de notre Univers.

Bien sûr, il serait évident de rétorquer que toute la partie sonore ne pense pas aux visiteurs sourds. En réalité, le PLUS a développé de nombreux équipements pour les personnes souffrant de handicaps, notamment des maquettes tactiles pour les malvoyants. Ici, deux écrans, certes plus petits, viennent s’ajouter aux trois autres. L’un montre la vidéo présente sur les écrans principaux, l’autre la traduit en langue des signes française. Malheureusement, ces spectateurs perdent ce qui pour moi fait tout l’intérêt de ce dispositif, et marque sa différence avec une vidéo classique : le choix d’un spectateur actif !

Le hors-champ

Mais l’éveil ne s’arrête pas là. Les murs de cet espace de projection sont volontairement sectionnés par endroit afin d’ouvrir la perspective et de proposer une interaction entre le film et d’autres modules. Il se peut, en effet, que le visiteur-spectateur n’est pas entièrement compris l’information donnée par des spécialistes au langage et à la formulation quelque peu soutenus (c’est effectivement mon cas). Alors, pas de panique ! La scénographie l’incite à se diriger vers des modules expliquant et complétant la vidéo suivant différentes présentations plus ou moins attractives : un élémentaire tableau sur les particules élémentaires, une maquette du satellite Planck lancé en 2009 pour dévoiler les secrets du Big Bang, une BD rétro-éclairée sur la découverte du fonds diffus cosmologique, pour n’en citer que quelques-uns.

Ce dispositif conserve tout de même un paradoxe. La difficulté de comprendre une théorie aussi complexe que celle du Big Bang pourrait être augmentée par cette nécessité, toutes les deux minutes, de changer d’orientation, d’écran et d’interlocuteur. Mais dans un sens, cela rejoint l’idée du modèle cosmologique qu’est le Big Bang : c’est-à-dire un univers toujours en expansion, et donc non statique !

Alors, nos yeux, sortes d’électrons libres, se déplacent dans cet espace, pour finalement suivre une trajectoire aléatoire propre à chacun !

Marion Monteuuis

Sortez vos baguettes ! Harry Potter à la Cité du cinéma

L’exposition Harry Potterdébarque enfin à Paris !Après Star Wars, c’est donc une autre saga culte de la littérature et du cinémaqui envahit les espaces de la Cité du cinéma pour le plus grand bonheur desfans de la première heure, mais aussi pour les enfants qui ont découvert lepersonnage de Harry Potter au cinéma.

Avec un tarif d’entrée très élevé (22 euros sanstarif réduit) et une réussite pour l’exposition précédente, Star WarsIdentities, on peut s’attendre à une immersion totale dans l’univers dessorciers.


Affiche de l'exposition
- C.P : LT

Bienvenue à Poudlard !

L’aventure commence dès la file d’attente ; lamusique, les images de la célèbre école de sorcellerie, la pénombre…le visiteurn’est plus à Saint-Denis mais bien à Poudlard. Petit passage obligé devant unfond vert pour prendre une photo une baguette magique à la main, puis ilpénètre dans l’espace d’exposition.

La visite commence en tant que simple élève dePoudlard accompagné de médiateurs qui introduisent l’exposition et effectuentquelques animations pour les enfants ; la frustration se fait sentir chez lesvisiteurs adultes.

Dans la seconde salle, une dizaine d’écransprojettent des extraits des huit films qui permettent de remettre le visiteurdans le contexte. C’est ici que les médiateurs quittent le public qui continueen visite libre

Découvrir l’envers du décor

S’ensuit une longue succession d’ambiances et dedécors des films agrémentée de vitrines qui exposent les objets emblématiquesdes personnages principaux. Là encore, rien n’est laissé au hasard ; l’ambiancesonore et la scénographie se veulent rassurante et chaleureuse dans lareconstitution des dortoirs et des salles de classe, maléfique et sombre dansla forêt et imposante dans la grande salle de Poudlard. Les fans peuvent seréjouir : tous les objets de leur saga préférée sont présents et bien mis envaleur. Des cartels en forme de grimoire agrémentent la visite, mais nul besoind’explications, les visiteurs de l’exposition connaissent déjà tout sur le boutdes doigts !

Cette exposition a le souci du détail : le mobilier,la signalétique respectent parfaitement l’univers de la saga et tout est faitpour que le visiteur se sente immergé et ne retourne pas une seconde dans lemonde des moldus ! Entre reconstitution et exposition, le visiteur déambulefacilement et agréablement entre les différents espaces malgré la forteaffluence.


Vitrine présentant différents accessoires des films
- C.P : LT

Le multimédia est très peu présent dansl’exposition. Cependant, il est utilisé à bon escient ; à proximité desdifférentes ambiances, les extraits vidéo de la saga diffusés restituent lesdifférents objets présentés dans les vitrines.

La magie prend fin

Quelle déception de quitter l’exposition après 45minutes de visite intense pour atterrir dans la boutique de la cité du cinéma !

La visite est beaucoup trop courte par rapport à larichesse de l’univers de la saga Harry Potter. En outre, la contribution duvisiteur est quasi réduite à néant. Seuls deux jeux, assez simplistes, fontparticiper le public : une animation pour les enfants consistant à ôter desmandragores de leurs pots pour entendre leur cri strident et un jeu de lancerde balle. Pourtant, il aurait été extrêmement intéressant de développer desdispositifs interactifs sur le thème de la magie ou encore de proposer de se mettredans la peau des personnages à l’aide d’un bracelet connecté comme pourl’exposition Star Wars Identities. L’audioguide basique proposé en supplément àla visite n’est pas adapté à une exposition blockbuster qui ressemble plus à unparc d’attractions (mais sans les attractions !).

Si le visiteur fan n’est pas déçu car il peutcontempler de nombreux décors et accessoires emblématiques des films, HarryPotter aurait néanmoins mérité mieux qu’une exposition figée et exclusivementcréée pour les passionnés.


Dispositif pour jouer au Quidditch
- Source : leparisien.fr 

LT

Pour en savoir plus: Harry Potter l’exposition est à découvrir du 4 avril au 6 septembre 2015

 Citédu cinéma

20, rue Ampère

93413 SAINT-DENIS

- Le site web de l'exposition

#harrypotter

#citéducinéma

#blockbuster

Superpoze exp(l)ose le monde

Gabriel Legeleux, alias Superpoze, est un jeune prodige de la scène électro française. C'est un auteur-compositeur, musicien, et surtout un artiste à part entière qui nous plonge dans l'univers de la fin du monde pour son deuxième album « For We The Living ».Pour ce thème peu joyeux au premier abord, Superpoze réussit à nous captiver et à nous immerger dans une esthétique sonore et visuelle de l'apocalypse.

« ForWe The Living » © Superpoze

 Ican't hear, Ican't feel the hours.Ican't see, Ican't breathe the air. »

©« A Photograph » Superpoze

Gabriel Legeleux, alias Superpoze, est un jeune prodige de la scène électro française. C'est un auteur-compositeur, musicien, et surtout un artiste à part entière qui nous plonge dans l'univers de la fin du monde pour son deuxième album « For We The Living ».Pour ce thème peu joyeux au premier abord, Superpoze réussit à nous captiver et à nous immerger dans une esthétique sonore et visuelle de l'apocalypse.

L'album présente une vraie progression dans la catastrophe. Tout commence avec « Signal », titre dont l'alarme retentit pour nous annoncer la fin. L'album décompte le temps qu'il nous reste. La musique évolue lentement, le rythme est latent et provoque une tension dans la progression musicale. La succession des morceaux fait évoluer cette fiction de la fin du monde. « Azur »présente l'urgence de la catastrophe, avec « Thousand Exploding Suns » le monde explose, c'est un cataclysme sublimé et fait en douceur. « The Importance Of Natural Disasters » termine la boucle, c'est le monde post-catastrophe. Idéalement,l'album s'écoute en entier et en respectant cette progression pou ren apprécier toutes les nuances et subtilités.

« For We The Living » n'est pas seulement un album, c'est une œuvre polymorphe. Pour aller jusqu'au bout de l'univers de la catastrophe qu'il a créé, Superpoze a produit des vidéos en collaboration avec le groupe « Télévision ». Ces clips vidéos apportent une plus-value à la musique, elles accompagnent l'univers sonore par une esthétique visuelle et participent du fondement de l'album. Les vidéos sont elles aussi captivantes, elles rendent le projet réel,ce sont des témoins de la fin du monde. En les regardant, on pourrait croire qu'il s'agit d'une image fixe, d'une photographie. En les observant, on perçoit des micros mouvements. Tout est ralenti,et cette lenteur de l'image et du son provoque une tension . Le spectateur devient alors plus attentif aux mouvements, à la vidéo. Superpoze nous livre un album qui s'écoute et se regarde, un album synesthésique.


« ForWe The Living » © Superpoze

La fin du monde a existé pour Superpoze et pour témoigner de cette apocalypse, l'artiste a mené un travail d'archéologie fictive.Pendant le tournage de ses vidéos, Superpoze a fouillé les sites,répertorié et archivé des objets qu'il avait trouvés ou utilisés.Il leur a attribué des numéros d'inventaire, les a numérisés et archivés. Ce travail permet de conserver les preuves réelles de ce récit imaginaire de la fin du monde que raconte Superpoze. Il associe lui-même le travail d'un compositeur à celui d'un archéologue. En littérature, Orhan Pamuk avait déjà initié ce type de démarche avec « Le Musée de l'innocence » où tel un collectionneur il a inventorié des objets pour concevoir son musée idéal, sa fiction. Compositeur ou archéologue, dans les deux cas il s'agit de chercher des choses, les nommer, les classer. Le processus et la rigueur font le parallèle entre ces deux mondes apriori opposés et qui sont ici en harmonie.

Superpozea créé un album narratif où il nous raconte sa vision de la fin du monde. Pour aller encore plus loin dans sa démarche artistique, il était important pour lui de réunir toutes les composantes de son travail dans un seul et même lieu physique. Le musicien a donc monté son exposition à la Danysz Galerie à Paris. « For We The Living », du même titre que l'album, est une petite exposition qui présente l'ensemble des morceaux, vidéos, images, recherches et objets de la fin du monde fascinante de Superpoze. L'exposition est dans une salle en sous-sol. Le visiteur est plongé dans une légère obscurité ce qui permet de profiter pleinement des vidéos présentées. Là encore, le parcours est progressif. La salle est un cube où le long des murs sont disposés 8 écrans, qui correspondent au 8 titres de l'album. Le visiteur passe d'un écran à un autre, il écoute les morceaux les uns après les autres dans l'ordre de l'apocalypse imaginée par Superpoze. Des casques sont mis à disposition pour s'immerger dans l’œuvre, dans le son et l'image.Sous chaque écran, le cartel indique le numéro d'inventaire de la vidéo. Tout est répertorié. Une fois tous les titres écoutés et observés, le dernier mur expose une collection d'objets. Ces objets sont ceux récoltés par Superpoze pendant le tournage de ses vidéos,ce sont les preuves de son travail archéologique. Il s'agit de ce qui reste du monde après son bouleversement. Ces objets apparaissent alors comme les vestiges de cette fiction de la fin du monde.Fragments de roche, échantillon de terre, papiers sous pochette plastifiée, tout est pensé minutieusement. Le visiteur peut reconnaître certains objets car ils apparaissent dans les vidéos.

Espace Danysz Galerie, Cartel de « Signal », Collection d'objets exposés © C.D.

« OnThe Moutain Top », objets exposés, objets scannés © C.D.

Au centre de la salle, un piano avec les partitions des titres de l'album est mis à disposition. Le visiteur peut librement interpréter la fin du monde. Pendant la durée de l'exposition,d'autres musiciens ont été invités à investir cet espace pour réinterpréter l'album. Simples performances lives ou véritable moyen d'appuyer la démarche de l'artiste pour qu'après sa fin du monde l’œuvre subsiste, tout est cohérent. L'exposition est une space libre d'interprétation, elle transmet un passé fictif et s'ouvre à un avenir réel.

Espace Danysz Galerie, partition de « On The Moutain Top » ©C.D.

Un livret a également été conçu par Superpoze. Avec l'apparence d'un catalogue d'exposition, ce livre est plutôt un outil qui permet de comprendre plus précisément tout le travail mené pour cet album.C'est l'archivage de la collection de la fin du monde. On retrouve dans ce livret les objets récoltés et exposés dans la galerie et aussi d'autres éléments. Tout a véritablement été répertorié :coordonnées GPS des lieux de tournage des vidéos, tests visuels,liste de numéros d'inventaire, photographies, scans, zooms sur des objets, collages. Tout est extrêmement précis et nommé. Superpoze présente son travail d'archéologie musicale. L'imaginaire de l'artiste est une expériences sonore, visuelle et intellectuelle.Cette thématique de la fin du monde a souvent été traitée dans le cinéma ou encore la littérature. L'humain a cette tendance à être fasciné par ce qui sera sa fin. L’œuvre que propose Superpoze est très actuelle, il s'interroge sur nos problématiques contemporaines. Vers quoi allons-nous ? Que restera t-il de notre existence ? Superpoze réussit à sublimer la fin, ce n'est pas négatif mais au contraire c'est l'occasion de bâtir un nouveau monde.

Extraits du livret « For We The Living » de Superpoze. Pages 51 et54 « Compositing », page 7 « Locations »,page 29 « Scan tests » © C.D.

« Whenall is falling down allis falling down allis falling down... »

©« APhotograph » Superpoze

L'album :

1Signal

2For We The Living

3Azur

4Thousand Exploding Suns

5On The Mountain Top

6Hidden

7A Photograph

8The Importance Of Natural Disasters

L'exposition :du 14/10 au 28/11 2017 à la Galerie Magda Danysz, 78 rue Amelot,75011Paris.

En2018 : vous pourrez entendre Superpoze au théâtre, il a composé la musique du nouveau spectacle « Hunter » de Marc Lainé.

C.D.#Superpoze#Musique#ForWetheLiving

Und....Aktion !

Le musée du cinéma de Berlin, ou Museum für Film und Fernsehen, se confond dans l'architecture du Sony Center sur une des places emblématiques de Berlin, la Potsdamer platz. Dès 1963, une collection constituée d'archives vidéo, de costumes, d'affiches et de photographies existait dans les archives de la Deutsche Kinemathek mais ce n'est qu'en 2000qu'elle est rendue accessible au public avec l'ouverture de ce musée. Le musée est situé dans un ensemble appelé le Filmhaus où se trouve également la cinémathèque allemande, une importante bibliothèque sur le cinéma et un institut pour le film et l'art vidéo. La visite de ce musée - pourtant peu connu des flux de touristes qui visitent Berlin - est particulièrement marquante car la muséographie et la scénographie en font davantage qu'un musée sur le cinéma allemand, pour diverses raisons.

Le Filmmuseum ne présente pas une histoire exhaustive du cinéma allemand : seulement certaines périodes sont abordées et illustrées d’objets, de photographies et d’extraits de films emblématiques. Le parcours de la visite est chronologique et traverse une période de 1895 jusqu’à aujourd’hui. Certains espaces marquent le parcours par une scénographie et une muséographie intrinsèquement liées.

Spiegelsaal © Deutsche Kinemathek

 

A l'entrée, le visiteur accède à la Salledes miroirs (Spiegelsaal), un espace saisissant pour le visiteur. Prologue dumusée, le circuit de visite est entouré de toutes parts par des miroirs et quelquesécrans diffusant des extraits de films emblématiques qui se reflètent àl’infini. Le visiteur retrouve ces films à travers l’exposition permanente etl’effet de multiplication d’écrans est aussi récurrent. Les images diffuséesmontrent surtout des couples, des personnages isolés et des gros plans sur desvisages. Par exemple, des extraits de Métropolis de FritzLang, du Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene ou de LolaRennt de Tom Tykwer animent les murs. La musique d’ambiance évoque labande originale d’un film à suspense.

Salle Caligari © T. Rin

Les sections du musée se suivent commeautant de plongées historiques dans des périodes du cinéma allemand. Celleconsacrée au film muet de Robert Wiene, leCabinet du docteur Caligari, par exemple, immerge dans l'univers du film.Ce dernier a fortement marqué l’Histoire du cinéma allemand à ses débuts. Lesthèmes abordés, comme l’hypnose, les forces occultes ou les excès de cocaïne,en font un film à l’atmosphère particulière. Cette dernière est très bienrendue dans la salle du musée. Elle est plutôt sombre et un son inquiétantprovenant du film est diffusé, comme le râle d’un des personnages. De longsextraits sont projetés dans un renfoncement noir, qui évoque une salle decinéma. Concernant les objets exposés, il y a des affiches et des croquis, unereconstruction en maquette du studio et des décors... La pièce devient presqueun décor de ce film, une immense photographie de scène de rue et un faux mur debriques où est écrit « Du musst Caligari werden » plaçant le visiteur dans laposition de l’acteur.

Salle sur le cinéma nazi © T. Rin

La section « Transatlantique » montrequant à elle comment Berlin a été un centre européen du cinéma avec desvitrines consacrées à Murnau, Lubitsch et Stronheim mais aussi les artistes quisont partis aux Etats-Unis où leur renommée fut très importante. C’est le caspar exemple d’Emil Jannings qui reçoit le premier Oscar à Hollywood pour leprix du meilleur acteur en 1927. Pour représenter cette émigration, l’espace dumusée a également été réfléchi. Au fond, le visiteur peut distinguer unebarrière avec une photo de paysage en arrière-plan. Sur les côtés, des hublotsfont office de fausses fenêtres. La volonté de l’architecte a donc étéd’évoquer un bateau ; ce bateau qui emmenait les artistes de l’autre côté del’Atlantique. 

Cette salle contraste énormément avec celle consacrée à lapériode nazie. Cette dernière est très froide et les murs sont quasimentnus, couverts de plaques de métal. Dans ces murs, quarante tiroirs, quicontiennent aussi bien des documents papiers que des vidéos, peuvent êtreouverts. Ce sont des extraits ou des documents en lien avec le cinéma depropagande qui envahissent la culture de l’Allemagne. Le fait que cestiroirs soient fermés et l’atmosphère si froide renvoient à cettepériode sombre de l’Histoire allemande. A travers ces quelques exemples, il estfacile de comprendre la réflexion poussée des muséographes et scénographes pournous faire comprendre l'histoire du cinéma allemand.

Tunnel du temps © Deutsche Kinemathek

Cette réflexion se poursuit d'ailleursdans la partie consacrée à la télévision. Le but de l’exposition permanente estde donner un aperçu de l’évolution de la télévision, de ses débuts jusqu’àaujourd’hui. Elle comprend tout d’abord la galerie des programmes où levisiteur a accès aux archives de la cinémathèque et peut regarder des émissionset des films en entier. Ensuite, l’accès à la deuxième partie de l’expositionse fait par un escalier blanc entouré de miroirs et d’écrans blancs trèslumineux. On arrive alors dans la pièce appelée le « tunnel du temps » quirappelle les étapes de l’Histoire de la télévision. Des dates et des écransentrent en écho et le couloir matérialise l’évolution de la télévision jusqu’àson omniprésence dans notre société actuelle. Son aspect minimal et trèslumineux paraît futuriste. Cela renvoie certainement à la modernité de latélévision, qui a bouleversé notre quotidien en seulement quelques décennies.

La fin du parcours nous conduit dans une autre salle de miroirs, qui fait échoà l'entrée. Un documentaire projeté sur des dizaines d'écrans et se reflétantsur 141 miroirs retrace l’histoire de la télévision. La vidéo est réalisée enmosaïques : des dizaines et des dizaines d’extraits d’émissions se confrontent.Des thèmes émergent : le divertissement, la musique, les informations, lesscandales, la cigarette à la télévision. C’est un véritable kaléidoscope de latélévision de 1950 jusqu’aux années 2000.

Spiegelsaal 2 © Deutsche Kinemathek

Ainsi, ce n'est pas un musée sur lestechniques du cinéma même s’il y a beaucoup de matériels cinématographiquesdans leurs archives, comme des caméras. Ce musée est en réalité un musée surl'Histoire allemande sous le prisme du cinéma comme le montre les divisionschronologiques du musée, toutes en écho avec une période historique. Le muséemontre à quel point le cinéma est souvent un reflet de sa société et deson époque. Pourtant le parcours évoque aussi la force critique du cinéma faceà l'Histoire et sa force d'anticipation. La section sur l'œuvre de Fritz Lang, Métropolis de 1927 nous rappelle sonaudace pour l'époque, en nous immergeant dans un décor de ville tentaculaire etaliénante comme peuvent l'être les mégalopoles d'aujourd'hui.

Ce parcours évocateur est le résultat destravaux de l'architecte Hans Dieter Schaal. Il explique ainsi sa conception de la scénographie du musée: «I imagined the pathway through film history like a musical score : still, quietzones give way to loud, shrill areas, there are slow increases in intensity,eddies, melody-clusters and harmony fields. Then again disharmony breaksthrough the wall of images like a stabbing knife ». Aurisque de paraphraser, il montre ici que l’espace du musée n’est pas linéaire,chaque pièce procure une sensation particulière au visiteur. Il y a des piècesclassiques où des éléments de l’histoire du cinéma allemand sont présents dansdes vitrines mais il y a aussi des pièces où la scénographie est plusimportante que le contenu. La musique, la lumière et tous les autres élémentsscénographiques ont une place majeure dans le musée. Ils ponctuent la visite etrenvoient aux sens éveillés par le cinéma : l’ouïe et la vue. En quelque sorte,l’espace muséal possède la même dramaturgie qu’un film : il y a des espacesinquiétants, d’autres plus calmes, d’autres bruyants, etc. Les sections dumusée ont quelque chose de métaphorique : elles représentent une périodehistorique et cinématographique grâce à leur décor, leur lumière et lacollection présentée. Hans Dieter Schaal explique d’ailleurs qu’il a choisi lesmatériaux de chaque pièce en fonction de l’atmosphère de la période exposée.

Hans Dieter Schaal parle également d’unaspect intéressant qui peut nous faire comprendre l’importance de la muséographieet de la mise en scène dans un musée sur le cinéma. Il est difficile de parlerdu cinéma en tant que tel car il est lié a beaucoup d’éléments. Le film dans unmusée n’est pas présenté comme au cinéma mais sous un autre angle : on voitl’envers du décor si on peut dire. En effet, le Filmmuseum présentedes maquettes des décors, des photographies, les biographies des acteurs ouactrices, des costumes ou des objets utilisés pendant les tournages. Laprésentation de ces éléments est donc fondamentale.

La singularité du musée vient du contextehistorique particulier dans lequel le cinéma allemand a évolué. Sa visite estaussi bien une expérience visuelle qu'un aperçu de l'Histoire de l'Allemagne.  Cemusée est à l'image de la ville de Berlin sur de nombreux points : innovant,singulier, en perpétuelle reconstruction, tout en gardant, toujours visibles,les traces du passé.

TiphaineRin

#cinéma

#histoire

#scénographie

Pour en savoir plus :

https://www.deutsche-kinemathek.de/

Urbex et culture avec la Clermontoise de Projection Underground















Depuis
2014 je participe tous les ans à l'Underfest, un festival culturel qui propose
d'assister à des concerts et des projections de courts métrages dans des lieux
inhabituels.







Underfest 2014, The Delano Orchestra © Clermontoise de Projection Underground








































Édition 2014, Julien Estival © Clermontoise de Projection Underground











































Tous
les Clermontois le savent, la butte de la vieille ville est trouée de caves,
formant un formidable labyrinthe souterrain. Grâce à la Clermontoise de
Projection Underground,
ces caves accueillent musique et cinéma le temps
d'une soirée au début de l'été.






Pour
participer, il faut s'inscrire via la page Facebook de l'organisation. Le jour
même de l'évènement, on reçoit une heure et un point de rendez-vous, ainsi
qu'une liste d'équipements nécessaires, gants, vêtements chauds et résistants,
lampe frontale, … Quelques heures plus tard, les participants se regroupent à
l'heure et au lieu dit, nous sommes une quinzaine, parfois près de trente mais
pas plus, il faut rester discret …






La
soirée débute par un concert, joué par un groupe ou un artiste clermontois,j'ai eu la chance d'assister aux
performances de Morgane Imbeaud et Guillaume Bongiraud, The Delano Orchestra,
Julien Estival ou encore The Arberdeeners cette année. Petite cave exiguë ou
immense espace vide, éclairé à la bougie, l'effet est saisissant, l'ambiance
intimiste.






En
2015, les concerts étaient remplacés par une rencontre avec un.e chef
clermontois.e et une dégustation. Les chefs ont cuisiné devant nous, tout en
présentant leurs produits et parfois partageant leurs recettes. Chips
violettes, panacotta à l'agar-agar, tourte aux orties, des mets originaux mais
surtout délicieux. Le nombre d'assiettes étant restreint, tout le monde partage
et discute avec son voisin.









































Édition 2015. Tourte aux orties, fleur de mauve et tomates
anciennes.











Après le concert/la dégustation, petite pause exploration,
tout seul ou en petit groupe, tout le monde s'éparpille lampe de poche au
poing. Certaines caves semblent ne jamais se finir, les salles voutées et les
escaliers se succèdent, s'enfonçant toujours plus sous la terre. La première
année, alors que nous étions réunis dans un cave près de la place de la
Victoire, accompagnés de l'organisateur de l'évènement, nous nous sommes
aventurés plus loin. Nous avons tous rampé dans une petite ouverture à travers
une porte à moitié défoncée communicant avec la cave d'à côté. Encore quelques
mètres plus bas et nous étions sous la place de la Victoire. Surprise, on peut
y voir les restes d'un aqueduc, datant probablement de l'antiquité tardive ou
du haut Moyen Âge.






Chaque soir, la projection propose plusieurs courts métrages
autour d'un thème choisi. Lors de ma première participation au festival, tous
les courts métrages traitaient de l'Urbex.
Ce fut une sacrée découverte pour moi et depuis cette soirée je regarde la
ville différemment, rêvant moi aussi de m'introduire dans les réserves d'un
grand musée parisien ou d'explorer une friche industrielle. Cet été, j'ai pu
voir La Jetée, réalisé par Chris Marker en 1962. S'agit-il d'un clin
d’œil au centre de documentation du même nom dédié au festival du court métrage
de Clermont-Ferrand ?









































Édition
2016, The Aberdeeners.On
aperçoit les photographies derrière le groupe.©
Clermontoise de Projection Underground











Les
caves ne sont pas l'unique terrain de jeu de la Clermontoise de Projection
Underground. Le festival s'est introduit plusieurs fois dans un bâtiment en
travaux sur une des rues les plus passantes de Clermont-Ferrand. Alors le soir,
il ne faut pas trop s'approcher des vitres avec nos lampes, pour ne pas attirer
l'attention. Dans ce bâtiment, un photographe a installé ses créations, des
portraits noir et blanc, imprimés en grands formats. Quiconque s'introduit dans
le bâtiment peut venir les contempler, aussi longtemps qu'il le souhaite et à
n'importe quelle heure, ce musée n'a pas d'horaires...






L'illégalité
du festival signifie que chacun engage sa propre responsabilité, pas
d'assurance pour les blessés ! À chaque festivalier de faire attention là
où il marche et à se conduire de façon responsable.






Quelques
heures plus tard, les festivaliers émergent, les vêtements souvent salis par la
poussière ou la boue, suffocant dans leurs vêtements trop chauds pour la saison
mais comblés.






L'Underfest
allie culture et exploration urbaine, festival gratuit, il se veut accessible à
tous (enfin, ceux qui connaissent!), avec une forte dimension locale,
promouvant des artistes de Clermont-Ferrand et faisant écho au festival du
court métrage. Pour les participants, c'est l'occasion de découvrir des espaces
auxquels ils n'ont pas accès en temps normal et d'assister à des évènements
culturels dans des lieux insolites, dans une ambiance chaleureuse et détendue.
L'enjeu est de s'approprier l'espace urbain et de jouer avec, de sortir la
culture des musées ou des salles de concert.
















Clémence L.















#urbex

 #arts

#cinéma

#concert

#culture
alternative


Voyage en territoires industriels

La nouvelle exposition de Centre Régional de la Photographie de Douchy-les-Mine, intitulé « Resilient Images », nous transporte le temps d’une visite. Elle raconte l’histoire d’une résidence croisée, de deux artistes, deux sensibilités, regards étrangers ; en immersion dans deux anciens territoires industriels. Justine Pluvinnage, réalisatrice, artiste vidéaste lilloise et David Schalliol, sociologue et photographe de Chicago, nous offrent le résultat artistique de leur regard,posé sur la terre de l’autre.

FM Suprême, « Amazones »,2017

Coproduction CRP/et Hyde Park Center ©Justine PLUVINNAGE 

Lauréats du programme de résidence« Resilient Images », David Schalliol a réalisé deux séjours de résidence dans les hauts de France et Justine Pluvinnage est partie deux mois explorer la ville de Chicago.

Un échange de part et d’autre de l’atlantique entre le Hyde Park Center de Chicago et le Centre Régional de la Photographie de Douchy-les-Mines, autour d’une thématique forte : la Résilience. Ce mot faisant référence à la capacité d’une matière, d’un espace à reprendre sa forme initiale, après avoir subi un choc. Un clin d’œil au passé industriel sidérurgique de ces deux territoires.

Les artistes questionnent notre place dans l’héritage industriel et culturel, puisque leur création est guidée par le rapport entre l’Homme et le territoire.

L’exposition prend forme en deux espaces présentant successivement le travail photographique de David Schalliolet l’installation vidéo de Justine Pluvinnage.

Le premier espace d’exposition est de forme cubique autour d’un tronc central. Sur ce fond blanc, les photographies aux couleurs plutôt foncées,ressortent par îlots puisqu’ accrochés par série. Ce qui créé un contraste car le second espace, bien plus petit et plus sombre, nous plonge dans une ambiance particulière. Deux espaces plutôt immersifs, dépourvus de texte, seul l’image joue le rôle de médiateur entre le visiteur et l’artiste ce qui fonctionne étrangement bien. 

Les images de David Schalliol

©David SCHALLIOL – Vue partielle de l’exposition « Resilient Images »

Sociologue de formation, son étude des communautés est fortement liée à sa création. Il questionne la résilience des territoires à travers la réappropriation des lieux par les habitants. Il met en exergue ces lieux de l’industrie passé à travers leurs nouveaux usages et la manière dont l’activité humaine a changé ces espaces.

Sa série de wagonnets marque le décalage entre l’usage d’origine et l’usage actuel de l’objet. L’artiste joue sur l’objet mémoire confronté à l’objet décoratif questionnant le rapport à l’héritage.

Mais c’est son travail sur les habitants qui est sans doute le plus significatif. Il les confronte à leurs espaces de vie emprunts d’une activité passé. Nouveaux terrains de jeux, de chasses, de soirées, il montre comment l’homme a réinventé le territoire industriel, le façonnant au gré de ses activités.

Déambulant dans l’espace d’exposition, le visiteur est intrigué par ces séries qui prennent une dimension particulière comme si elles tentaient de nous parler, de nous présenter des personnes. David Schalliol a réalisé de véritables portraits des habitants du nord en allant directement à leur rencontre, brisant toute barrière linguistique, révélant des personnalités singulières au cœur de leur territoire. Il a créé une relation d’empathie avec ces sujets ce qui donne à ces portraits une autre dimension peut être plus sociale, allant au-delà du simple effet documentaire. Une tension est alors palpable entre le personnage et son espace de vie, racontant une histoire particulière, celle de la résilience de ces territoires montrant la résistance à un choc : celui de la disparition d’une activité. L’artiste nous présente alors la fierté de ces habitants à habiter ces lieux dont on pensait l’existence terminée. 

Les images de Justine Pluvinnage "Amazones" 

©Justine PLUVINNAGE – Vue partielle de l’exposition « Resilient Images 

Ce voyage en territoires industriels continue de se déployer sous les yeux du visiteur mais cette fois, sous forme d’images animées. Nous voilà de l’autre côté de l’atlantique, aux states, à Chicago dans une ambiance plus que singulière. L’installation vidéo de Justine Pluvinnage se compose de trois écrans synchronisés qui diffusent des images de femmes marchant sur un fond musical au rythme étrange dont les basses donnent toute la puissance à la création. Immersive,cette création éveil notre ouï en plus de notre vue, redynamisant l’exposition.En effet elle créé une séparation entre l’espace de déambulation autour des œuvres de David Schalliol, pour stopper le visiteur face à la vidéo.

Impossible de décoller les yeux de ces trois écrans, d’où se dresse le portrait de huit femmes, guerrières des temps modernes. Ce n’est pas anodin si l’artiste a nommé son œuvre « Amazones », elle met en image et en mot le caractère spécial de ces femmes. Huit fortes personnalités, toute combattantes pour la paix, réalisant comme une performance. En marchant vers nous, elles revendiquent le droit d’exister à travers une manifestation politique personnelle. La démarche, le regard, le cadrage, tous les détails nous plongent dans un univers étrange et théâtral, comparable à celui d’un vieux western.

Activiste pour la paix, bodybuildeuse, poétesse-rappeuse, artiste atteinte d’alopécie,performeuse voguing…. elles illustrent la résilience montrant la capacité d’un individu à surmonter un traumatisme. Justine Pluvinnage met en image l’émancipation de ces personnalités dans un contexte socio-économique complexe où violences et injustices font partie intégrante de la réalité. Justement, l’artiste présente en arrière plan,les différents quartiers de la ville auxquels ces femmes donnent littéralement corps à travers leur façon de marcher ou de danser. Elle travaille le corps dans l’espace et la manière dont celui-ci agit, prenant possession de l’espace publique. C’est le territoire et son passé que ces femmes ré-enchantent. Elles réinventent la ville en existant à travers la différence, utilisant leur activité, leur comportement et leur combat comme une arme défiant tous les espaces de la ville.

Si le visiteur a eu la chance de parcourir la ville de Chicago, alors, l’émotion est d’autant plus poignante.  Cette installation se vit comme une expérience. Elle ne laisse pas indifférent !

David Schalliol et Justine Pluvinnage ; par le biais de cette exposition révèlent une sorte de mécanisme vital de l’individu, celui de se réinventer face aux bouleversements de son territoire de vie. Mécanisme psychanalytique pensé par les Anglossaxons, vulgarisé en France par Boris Cyrulnik.

Le corps, en mouvement ou en portrait est acteur de l’œuvre, ce qui donne à l’exposition toute son émotion.

Un voyage surprenant dont on ressort, tremblant, bouleversé et en même temps remonté à bloc ! 

Justine Faure

#résilience 

#territoire 

#habitant

Pour en savoir plus : www.crp.photo/exposition/david-schalliol-et-justine-pluvinnage/

Τ(ρ)όποι λατρείας. Τάσος Βρεττός Wor(th)ship

T/r/opoi latreias- façon Sites1 de culte-Wor(th)ship
Tassos Vrettos
Musée Benaki, Athenes  Quand les couleurs du labyrinthe de la ville ressemblent au musée...

Qui croit aujourd'hui? Qu'est-ce que la prière? Et comment se pratique-t-elle ? Comme une discussion de chaque «Autre» et le besoin de sentir qu'il appartenir. Plutôt un souhait qu’une prière pour ceux qui ont été déracinés, ou une gratitude pour la patrie temporaire et la terre actuelle. Cette exposition présente 400 photos couleurs, de 44 sites de culte improvisés, 400 "portes" qui s'ouvrent l’une après l'autre, déroulant un récit qui révèle l'Athènes de l’«autre », du différent, l'invisible Athènes, photographié par le photographe Tassos Vrettos dans un voyage commencé il y a trois ans (l'exposition a eu lieu jusqu'au janvier 2015, Vrettos a commencé sa recherche 2012) dans le labyrinthe religieux d'Athènes. Des lieux de cultes dans des appartements, des garages , des sous- sols des endroits vraiment inattendus  qu'ils ont été loués par les communautés de migrants pour pratiquer leur cultes...le photographe, pendant ces années,  a pu tisser des liens et il a pu assister à ces moments singuliers et prendre des photos.


T. Vrettos

L’exposition coïncide avec les pages noires de l'histoire sur la question des réfugiés et des immigrés en Europe. Soudain, le matériel collecté a une autre dynamique du fait de son exposition. Le message de l’exposition se met en question. La recherche de cette diversité, dans "la recherche de l'Autre" est-il la même ? Maintenant que la diversité à l’Union Européenne ne semble pas être acceptable…

« Le plus touchant de ce parcours était le moment de l'arrivée de tous ces gens (Ethiopiens, Afghans, Égyptiens, Pakistanais, Nigérians, Sénégalais, Philippins, Indonésiens, des Irakiens…) à l'ouverture de l'exposition. Plus de 1.500 personnes, de différentes nationalités et religions, tous ravis, m’embrassaient, me serraient, parlaient les uns aux autres, existaient dans le même espace, »explique le photographe avec enthousiasme.


T. Vrettos

L’exposition  ne cherche pas l'implication affective et critique du visiteur. Elle traite des sujets de notre histoire, de notre mémoire actuelle, et fonde un nouveau rôle social pour le musée grec. Elle introduit entre autres une narration et le témoignage des œuvres qui éliminent  les stéréotypes, le racisme et l'exclusion sociale et cherchent des réponses à des questions sur le passé, mais aussi sur les problèmes actuels de la vie sociale et culturelle. Elle relève l'importance de la participation à l’agonie comme à la survie de l'homme.


Plan de l'exposition

Je sens ce labyrinthe avec attention, intérêt et curiosité tout au long de mon parcours dans l’exposition. Des installations sont jetées comme pour figurer l’architecture d’une ville. On sent qu’on est dans une ville, aux endroits lumineux  et plus tard sombres. Nous laissons les moments de culte qui célèbrent la joie de la vie religieuse et on  passe à l’autopunition et à la flagellation. Le parcours ressemble à une étude continue de variations sur le concept d'extase. Remontent à l’esprit les désirs et les répressions primitifs, et parfois obscurs .Les corps tendus, en sueur, à genoux, la danse, les corps ensanglantés, les yeux fermés, les larmes et les dents serrées sont si intenses et puissants dans toute cette frénésie, la manie religieuse bizarre, ou calme, détecte également une sexualité forte.

 

  
Vues de l'exposition

Pendant cette expérience nous sommes accompagnés par les compositions de Michael Kalkani qui a enregistré une partie audio de l’enquête de Vrettos. Une musique qui  tente a unifié l'atmosphère de dévotion de l'espace représenté. S’il y avait un moyen de diffuser des odeurs (pas l'odeur des sueurs spécialement (mais pourquoi pas..?) mais aussi des arômes, des fleurs, des épices etc) qui correspondent aux photos nous aurions une parfaite orientation par l'expérience de l'exposition. 


T. Vrettos

I. B.  « Poisson de la méditerranée »

#expositionphoto #Grèce 

Pour aller plus loin :

http://www.benaki.gr/index.asp?lang=en&id=50101&sid=879

http://www.benaki.gr/index.asp?id=202020001&sid=1779&cat=0&lang=en

1. le mot "façon Sites" je crois, correspond mieux au jeu de mot" tRopoi" en grec tropoi=façons, topoi=lieux, sites