Arts vivants - Arts du spectacle - Musique

"Suis moi !", cheminer à l'Historium de Bruges

L’Historium de Bruges guide ses visiteurs pendantune heure dans les dédales de la Bruges médiévale. Cela suit l’histoire d’unjeune apprenti du peintre Van Eyck qui doit aller chercher une jeune femme etun perroquet vert pour le dernier tableau de son maître. L’histoire, pleine depéripéties, est racontée en séquences qui intègrent, chacune, une vidéo et unereconstitution physique des lieux de l’action.


Séquence dans l’atelier de van Eyck @Trip Advisor

L’Historium est un projet qui met en collaborationdes familles nanties de Flandre occidentale, une brasserie, la BNP ParibasFortis et le gouvernement flamand. Il a ouvert en 2012 avec un objectif derentabilité élevée envers ses investisseurs. Cela explique en partie le prix dubillet (12 euros) mais aussi la nécessité d’accueillir toujours plus devisiteurs. Comment, dans ce cas,atténuer l’effet de « foule » ? Comment faire croire au visiteurqu’il est le seul ici, ou presque ?

Cheminer en groupe

La solution est une histoire de flux : l’Historiuma choisi de segmenter les flux de visiteurs en petits groupes qui se suiventmais ne se voient ni ne se croisent ! Chaque groupe vit l’expérienceindépendamment. Pour ce faire, les créateurs de ce système se sont inspirés desattractions touristiques : pensez aux longues files qui sont ensuiteséparés en petits groupes pour rentrer dans la maison hantée ou le petit train.Une fois séparés, les visiteurs sont guidés dans un cheminement précis.

Suivre

Ce cheminement est visible au sol par des traces depas blanches. Ces traces, comme autant de petits cailloux blancs nous indiquentpar où se fera la sortie dans chaque salle. Il n’y a qu’un parcours possibleparmi ces salles. Par contre à l’intérieur des salles les déplacements sonttrès différents. La reconstitution et la vidéo s’accordent de manière variée :

-      Dans une salle ronde avec des voutes lareconstitution conduit à tourner autour du pilier central, découvrant la vidéosur plusieurs petits écrans comme autant de fenêtres sur les murs.

-      Dans un espace en couloir représentant le marché,la vidéo est le long du mur, comme si le visiteur regardait la scène par lafenêtre d’une maison, depuis la rue.

-      A un autre endroit, il faut lever les yeuxquand, en haut d’un escalier, une porte s’ouvre qui révèle sur un écran uneautre pièce, l’atelier du peintre, où se déroule la scène.

-      Enfin, pour une scène de repas, le visiteurentre dans une pièce sombre et l’écran est inséré dans une grande tablecentrale. La scène est filmée en plongée ce qui donne vraiment l’impression deregarder la vidéo par-dessus l’épaules des personnages.


La pièce reconstituée : Atelier du peintre @Historium

Afin de ne pas perdre le spectateur et de rythmerson parcours, l’audioguide qui diffuse le son de la vidéo intègre des consignes« dissimulées » : l’apprenti nous dit « viens,suis-moi », « allons vers le marché » ou encore « il fautse dépêcher ! ».

Déambuler dans les coulisses

Après l’histoire de Jacob, l’apprenti de Van Eyck,et sa folle journée à travers Bruges, le visiteur entre dans un espaced’exposition plus classique. Il y trouve des informations scientifiques ethistoriques sur la Bruges médiévale avec des cartels, des manipulations et destests sur des écrans interactifs.

Dans cet espace où le temps n’est pas compté, ladéambulation est laissée libre. C’est un espace de « coulisses »après la représentation. C’est aussi là qu’est, d’ailleurs, présenté un making of du film. Les audioguides nepassent plus automatiquement d’une piste à l’autre : il faut taper desnuméros pour déclencher un commentaire.

Visiter sans bouger

Point d’orgue de ce cheminement, l’Historium nouspropose un voyage immobile. En effet, après la visite, ceux qui le souhaitentpeuvent expérimenter 10 minutes d’immersion totale dans un monde virtuelreconstituant la ville au Moyen Âge. Nos yeux et nos oreilles sont monopoliséspar un masque (l’oculus rift) et un casque. L’expérience est trèsréussie : nous sommes libres de bouger la tête et  découvrons la reconstitution non seulement à360° mais aussi au-dessus et au-dessous de nous. Pour plus de mouvement, noussommes placés dans une barque qui avance. L’arrivée aux portes de la ville estspectaculaire !


Logo de l’Historium @Historium

En liberté conditionnelle ?

Au terme de ce voyage je m’interroge : ai-jeété l’otage consentant du cheminement chuchoté par l’Historium ? Jen’avais la plupart du temps ni le choix de mon parcours ni celui de mon rythme(la petite salle d’exposition mise à part). Pourtant la sensation est plutôtcelle d’avoir été une invitée privilégiée de ce voyage où tout s’est accomplipour mes yeux uniquement, ou presque.

Après réflexion, je pense identifier deux ficelles à ce tour demagie : le conte et la nouveauté.

-         Personne ne se lasse des histoires qui, depuisnotre enfance, nous tiennent en haleine jusqu’à leur résolution. Suivre Jacobest facile quand il nous raconte son histoire : nous retrouvons lesrepères familiers que sont les différents personnages, l’unité relative delieu, un début et une fin (de fait « Jacob et Anna vécurent heureux eteurent beaucoup d’enfants ».). 

-         La nouveauté et la découverte renforcentl’estime du visiteur valorisé par la technologie développée pour lui etles surprises qu’elle réserve, de l’oculus rift à la curiosité de savoir oùsera l’écran dans la prochaine salle ? Y aura-t-il encore de la neige quitombe du toit ? etc.

Le gout de l’innovation : on ne se voit pasmouton parce qu’on découvre. Soit découvrir la technologie soit découvrir lasalle avec ses sons, ses bruits, ses décors, son film.

PS : Je ne résiste pas à vous dire que, selon le site internet del’Historium, durant la première journée de tournage les deux bébés acteurs ontfait pipi sur la cape de l’héroïne, Anna, à huit reprises.

Eglantine Lelong

#Bruges #Voyage #Historium

Pour en savoir plus : https://www.historium.be/fr

« Touchez la musique ! » Lancez vous dans le parcours du Musée de la musique

Depuis juin 2013, le Musée de lamusique de Paris propose à tous ses visiteurs en visite libre un nouveauparcours d'exploration des instruments de la collection permanente par uneapproche multi sensorielle. Le Parcours « Touchez la musique ! » (TLM)s'inscrit dans une démarche de mixité et d'accessibilité en offrant auxpersonnes valides et à tous les visiteurs en situation de handicap, des moyensde médiation adaptés. Inscrit dans la continuité d'un premier projet mis enplace en 2009, le parcours TLM est spécifiquement dédié au public déficientvisuel avec des plans et dessins en relief tactiles.

A vos sens !

Module de la viole

Crédits : A.D

Après avoir écouté via votreaudioguide une introduction présentant le parcours, débutez votre circuit parle module sur la viole à l'étage Le XVIIe siècle : la naissancede l'opéra. Chaque module est construit sur le même modèle. L'instrumentest fixé en « position de jeu » sur la gauche, pincez les cordesde laviole. Au centre, regardez des visuels d'un musicien jouant del'instrument et touchez à droite des échantillons de bois (ébène etépicéa), du colophane, du crin de cheval, à l'emplacement dédié aux expériences.Par ailleurs vous pouvez regarder un film de quatre minutes sur un écranencastré dans le module, décrivant le mode d'utilisation des dispositifs,apportant des éléments d'information complémentaires et montrant un musicienjouant l’instrument.

Prêts pour l'égal accès de tous à laculture

Extrait du film pédagogique du module de l'orgue

© Citéde la musique

Poursuivezjusqu'à l'étage Le XVIIIe siècle : La musique des Lumières,vous arriverez au module de l'orgue. Ici l'espace interactif implique uneactivité d'écoute, le visiteur mal entendant peut brancher une bouclemagnétique portativepermettant d'amplifier le son. Le plateau estrétroéclairé en braille et en relief. Par ailleurs, l'écran estparticulièrement accessible aux publics sourds et aux personnes en situation dehandicap mental, le film est en Langue des Signes Française (LSF), est sous-titréet l'audioguide fournit de l'audiodescription (voix-off).

Module de la trompette

Crédits :  A.D

Ensuite, montez quelques marches ouprenez l'ascenseur, vous arriverez à l'étage Le XIXe siècle :l'Europe Romantique. L'occasion de voir et/ou de sentirdes circuitsd’air vibrants en fonction des pistons de la trompette exposée que vous aurezactivés. Vous remarquerez aussi que tous les modules sont constitués d'une plancherétro-éclairée. Cette innovation permet d’apporter une meilleure diffusionde la lumière essentielle au public déficient visuel.

La découverte de quelquesinstruments dans un parcours tel que celui-ci correspond à un moyen de répondreà la loi de 2005 « pour l'égalité des droits et des chances, laparticipation et la citoyenneté des personnes handicapées ». En effet, celle-ciprévoit, outre que les institutions publiques soient accessibles physiquement àtous, que les contenus des expositions le soient également. Les musées quelsqu'ils soient (d'histoire, de sciences, d'archéologie, de Beaux-arts) sontaujourd'hui de plus en plus nombreux à proposer des plans tactiles, textes enbraille, audioguides avec audiodescriptions, etc. ; qui sont autant dedispositifs à utiliser en visite autonome. Cependant il reste du chemin àparcourir, les dispositifs sont encore épars et tous les handicaps ne sont paspris en compte au sein d'un même espace. En testant le parcours vous pourrezremarquer la spécificité de celui-ci, qui réside dans la combinaison de diversdispositifs faisant appel à vos sens tout en étant adaptés à plusieurshandicaps, pour être accessible à tout un chacun. 

Partez explorer la conceptionconcertée et innovante du parcours!

Module du theremin

© Citéde la musique

Poursuivez votre visite jusqu'à l'espace Le XXe siècle : l'accélération de l'histoire et jouez à l'un des plus anciens instruments de musique électronique : le theremin.

En donnant la possibilité à tous de « toucher la musique » par la mise à disposition d'instruments, d'objets à manipuler, le musée engage nécessairement un budget important. Compte-tenu des outils technologiques indispensables à la réussite du parcours, des partenaires financiers se sont associés au projet ; la Fondation Orange, le Fonds Handicap et Société.

Les films sur écrans encastrés dansla table des modules ont été réalisés grâce au mécénat exclusif de la FondationFrance Télévisions.

Par ailleurs la mise en place duparcours a nécessité des compétences variées. En effet, des exigences en termesde contenus(adaptés aux familles) mais aussi d'esthétisme(graphisme confié à Aurélie Pallard) combinées à une ergonomie adaptéeaux personnes handicapées ont été prescrites lors de la conception. De plus,des matériaux résistants et durables ont été privilégiés. Unecollaboration avec des personnes handicapées a bien évidemment été prévue lorsde l'évaluation formative ainsi que pendant celle de remédiation.

C'est gagné ! Comment s'améliorer ?

Pour terminer votreparcours jouez de la sanza - instrument prenant la forme d'une petite boîterectangulaire servant de caisse de résonance et muni d'un clavier de lamellesmétalliques - à l'étage Les musiques du monde, seul ou en famille,avec un ami, puisque deux sanzas sont disposées sur le module. Avez-vous manquéce module comme bon nombre de visiteurs?

Affichede l'enquête

Crédits :  A.D

Une enquête menée entreoctobre et décembre 2013 par le service culturel du Musée a permis une évaluationsommativedes dispositifs pour rendre compte de la visibilité desmodules et des dysfonctionnements inhérents à leur utilisation(administration de questionnaires et observation « postée »). Les visiteurs sesont prêtés au jeu de questions-réponses, heureux de partager leur expériencede visite. Ainsi pour le module de la sanza, certains visiteurs passent à cotéde ce module en raison de son isolement le long d'un mur. Ceux-ci ont étéforces de propositions pour améliorer sa visibilité.

Les actions de la Cité de la musiqueen matière d'accessibilité ne se limitent pas à ce parcours. Elle s'efforce derendre accessible l'ensemble de ses activités à tous les publics sans faire dedistinction tant dans sa programmation que dans ses supports de communication.Le statut juridique de la structure, établissement public à caractèreindustriel et commercial (ÉPIC), placé sous tutelle du ministère de la Culture,justifie d'autant plus l'exigence d'une offre irréprochable, adaptée à tous.

À la lumière de l'étude de cesdispositifs et de rencontres de professionnels muséaux, nous retenons ques'adresser aux publics handicapés nécessite de travailler sur l’accessibilité àtous. Les parcours doivent être accessibles pour les personnes handicapéesainsi que leurs accompagnateurs ou pour d’autres publics. S'intéresser àl'accessibilité c'est ainsi trouver le juste équilibre pour que le musée soitune institution ouverte à tous.

Anaïs Dondez

Cité de la musique

Musée de la musique

221 Avenue Jean Jaurès, 75019Paris

Bienvenue au Musée !

#accessibilité #musique

A la rencontre d'ingénieurs créatifs à la Casemate

Une bâtisse historiquement militaire a laissé place à l’ère du numérique, du fablab et de la convivialité. Je viens découvrir à la Casemate de Grenoble des installations pluridisciplinaires, sans idée préconçue ni connaissance des participants. Prêts pour une ascension à la fois technologique, artistique et scientifique ?

L’objectif de ma visite est avant tout  d’apprécier et de découvrir les tendances permettant de relier les disciplines croisant l’art, la science et la technologie, autrement dit « AST ». Ce sigle correspond aussi à l’option en Master 2 Sciences cognitives à Grenoble, diplôme co-dirigé par Claude Cadoz et Jérôme Villeneuve. Pendant deux jours, une dizaine d’étudiants ingénieurs présentent le fruit de leur travail réalisé entre 2016 et début 2017.

Récit-fiction basé sur l’exposition « Intersections » à la Casemate.

Je quitte la lumière diurne pour pénétrer dans une galerie voûtée. De jeunes gens se croisent, échangent autour de différents pôles qui semblent ludiques et attractifs. J’entends, que dis-je je ressens les ondes sonores de toutes parts autour de moi. Plus j’avance, moins je comprends.

Un homme s’avance vers moi : « vous voulez essayer ? ». Il me montre du matériel informatique, sonore et visuel disposé sur le côté. Comme je lève les yeux, attirée par un grand écran sur le mur juste derrière moi, il me dit : « Ce sont des glitchs sur l’écran ». Mais enfin, dans quel monde ai-je mis les pieds ? Je tente une réponse : « Euh… tu veux dire Pitch ? »

Création « Le Langage des glitchs » de Jose Luis Puerto © H. Prigent

Entre temps, un jeune homme s’est installé devant le clavier et s’amuse déjà à produire des sons : la photo sur le grand écran change légèrement d’aspect, modifications qui peuvent paraître imperceptibles. L’étudiant-concepteur Jose Luis Puerto m’explique en même temps que je visualise les évolutions de la photo : « En fait, il existe des glitchs audio ou vidéo. Vous pouvez les voir sur l’écran, ce sont des dysfonctionnements informatiques et chacun peut les créer volontairement. Ce que je présente ici pourrait se retrouver ailleurs, pour envisager d’autres manières de communiquer et aller vers de l’inattendu. »  A écouter cet étudiant-ingénieur, je me dis que son installation est certainement promise à des applications plus larges que ce que j’imaginais.

Est-ce que j’aime ou non cette proposition intitulée « Le langage des glitchs » ? Il s’agit surtout d’un ressenti, comme parfois face à une œuvre d’art dont je ne connaîtrais ni le contexte ni le courant artistique. Cette installation me paraît surprenante : la photo urbaine, les sons reliés de manière indéterminée au visuel, la médiation sur l’intention créative qui m’ouvre de nouvelles perspectives.

J’essaie quelques notes sur le clavier et je trouve une certaine satisfaction à interagir avec la photo dont certains pixels disparaissent, selon la touche sonore activée. Jusqu’à quel point cette proposition de communication pourrait être modifiée comme je le souhaiterais ? Ajouter une seconde personne et un second clavier ? Proposer une autre photo où l’apparition et la disparition des glitchs aurait une signification particulière ? Finalement « Le langage des glitchs » peut devenir source d’inspiration alors qu’au premier abord, il me paraissait si hermétique !

Je dois me ressaisir car le temps ici est compté. La salle de la Casemate fermera dans moins d’une heure et il me reste une dizaine d’œuvres à découvrir : j’en choisirai quelques-unes pour prendre le temps de les expérimenter. Je reprends ma déambulation guidée par les sons et les mouvements des visiteurs.

Je suis naturellement attirée par un petit groupe qui paraît danser et s’amuser devant des enceintes. Je ne peux m’approcher plus de l’installation sonore car tous restent à quelques mètres de distance, comme devant un spectacle invisible. Je m’arrête donc derrière un homme dont les bras se meuvent en l’air puis de chaque côté.  Est-ce qu’il s’agit de chercher comment donner vie à une œuvre musicale plus ou moins perceptible ? Quelle idée enthousiasmante que de dessiner les harmonies et les rythmes dans l’espace !

 

Création « Musique en mouvement » de Simon Fargeot © H. Prigent

C’est tellement génial que plusieurs visiteurs attendent déjà leur tour pour tester cette proposition de Simon Fargeot : « Musique en mouvement ». Je prends plusieurs minutes à observer et apprécier le tempo. Quelques photos me permettront d’immortaliser les gestes tantôt spontanés du visiteur tantôt guidés par le concepteur amusé. Je continue mon parcours : d’autres bruitages me lancent des appels, sous d’autres voûtes aux éclairages incertains.

Je m’aventure à quelques pas de là, sans bien identifier la suite. Soudain, je me retourne et je me trouve face à un regard perçant dans la pénombre. Ces yeux me fixent  et je ne peux les ignorer, tandis que l’image évolue sans cesse et de manière accélérée. « C’est du speed painting ! », m’indique le créateur Florent Calluaud. Face à cet écran disposé sur un chevalet, je découvre ainsi toutes les étapes de conception de son œuvre picturale intitulée « Danse avec les loups ».

 

Création « Danse avec les loups » de Florent Calluaud © H. Prigent

Ce dessin est réalisé à partir d’une tablette graphique et s’accompagne d’une musique ainsi que du récit de l’auteur : quels outils ont été utilisés, quelles étapes  ont été nécessaires, quelles questions se sont posées au fur et à mesure ? Pour le créateur, « ce qui est important est le lien entre la musique et le dessin qui  permettent de raconter une histoire, faire voyager dans un imaginaire et faire ressentir l’émotion qui s’en dégage. » Cette œuvre m’évoque la sérénité et un voyage à travers le temps… réel ou imaginaire ? Je ne sais plus !

Pour la prochaine destination, je me retrouve téléportée sur des rails et j’avance à une allure agréable, me permettant d’apprécier les éléments de paysage de part et d’autre. Je ne crois pas être une passagère, mais plutôt la conductrice d’un train que je ne vois pas. Cette sensation d’avancer au bon rythme va se confirmer par la proposition du créateur et étudiant Adrien Bardet : « Voulez-vous monter à bord ? » Il me désigne un appareil de type console de mixage sonore. Je saisis le casque qu’il me tend pour m’imprégner de l’univers sonore qu’il a créé.

Je m’attendais à pouvoir varier la vitesse de mon voyage ou à changer la direction sur les rails comme dans un jeu vidéo. Là encore, je suis surprise par la finesse de la proposition intitulée « Soundscape ». Il s’agit de faire varier différents paramètres sonores qui influent en même temps sur la colorimétrie, sur les contrastes, bref sur l’ambiance visuelle du paysage et du voyage ferroviaire. [ndlr : je vous prie de m’excuser pour le flou de ma photo ci-dessous !]

Création « Soundscape » d’Adrien Bardet © H. Prigent

Cette installation me semble aboutie, par la possibilité de vivre entièrement l’expérience en autonomie et par le niveau d’interaction proposé qui génère simplement du plaisir. Il est intéressant de pouvoir utiliser soi-même une palette des possibles visuels et sonores. Je consulte l’heure : il est temps de « descendre » du train pour aller vers une dernière rencontre avec la technologie…

En retirant mon casque, je me sens gênée par le brouhaha des installations autour car presque toutes émettent du son. Le lieu, tout en étant convivial, ne permet pas d’isoler les bruits les uns et des autres, sauf à proposer un casque individuel comme je viens d’en faire l’expérience.

Pour apprécier le quart d’heure restant, je reviens sur mes pas et m’avance vers un autre ingénieur-créateur. Assis, il est entouré de deux écrans : son ordinateur portable devant lui et un plus grand écran de démonstration sur sa gauche. Vais-je réussir à entendre et apprécier sa proposition sensorielle ? Je me concentre pour saisir au plus juste son œuvre.

Au premier abord, je ne suis pas certaine de distinguer l’outil de la création effective et je me renseigne sur le type d’expérience proposée. Antoine Goineau, concepteur de « Temps comme Tempo », me répond qu’il s’agit de générer une musique à partir de cette première photo à l’écran : chaque partie de l’image correspondra à une partie sonore différente. « L’utilisateur pourra par la suite relier le tempo de la musique créée à sa vitesse, à la perception du temps qu’il aurait en étant dans le cadre de la photo », précise-t-il.

Création « Temps comme tempo » d’Antoine Goineau © H. Prigent

Je comprends à peu près l’idée, qui me paraît ambitieuse et inédite. Mais ne pouvant justement pas créer mon propre tempo, cela reste abstrait. Comme pour la majorité de ces étudiants, son travail est en cours. Le créateur de « Temps comme Tempo » est le seul à me l’avoir précisé : à quel stade en sont les autres créations ? Cela est très difficile à déterminer lorsqu’on n’a pas l’habitude de ce type d’installation. Cette dimension « work in progress » me plaît beaucoup bien que cela  place les exposants dans une position inconfortable. J’apprendrai par la suite que chaque étudiant est également évalué, pendant cette exposition « Intersections », par les deux enseignants du Master.

Il est un peu difficile d’entendre l’ambiance de « Temps comme Tempo », d’autant plus que les participants s’agitent avant l’heure de fermeture de la Casemate. J’apprécie tout de même la démonstration, en la percevant comme poétique et originale. Devant  mon intérêt pour cette installation, il me détaille les logiciels utilisés et les langages informatiques. C’est une bonne idée d’aller au-delà de l’intention artistique pour les relier aux aspects plus techniques, bien que je ne sois pas sûre de retenir ces précisions pointues. A présent, chacun range à présent son installation car le lieu ferme d’ici cinq minutes. Je suis ravie d’avoir rencontré une partie de ce groupe d’étudiants ingénieux autant qu’audacieux.

Pour plus d’informations sur ce master : http://phelma.grenoble-inp.fr/masters/

La Casemate de Grenoble, CCSTI* ouvert sur les évolutions actuelles, propose régulièrement des activités pluridisciplinaires. Cette visite donne réellement envie d’explorer des créations technologiques et scientifiques.

Hélène Prigent

#promenadesonore

#labo

#experimental


*Missions du CCSTI (Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle) de la Casemate à Grenoble :

1. centre de production pluridisciplinaire qui travaille sur les thématiques scientifiques et industrielles fortement ancrées localement (numérique, micro et nanotechnologies, sciences du vivant, neurologie, énergie). Les sujets sont traités sous l’angle des rapports entre les sciences et la société : innovation et développement durable, bioéthique, nouvelles énergies etc…

2. animation au niveau régional, du réseau de culture scientifique et technique

3. centre de ressources (ex : banque d’expositions itinérantes) qui favorise l’émergence et le dynamisme de projets et de structures dans le domaine de la CSTI.

Histoire des fortifications de la Casemate

Au début du XIXe siècle, de grands travaux à caractère défensif sont entrepris pour protéger Grenoble par une enceinte dont les Casemates Saint-Laurent. Mais après les bombardements aériens de la première Guerre Mondiale, ces enceintes de protection sont devenues inutiles. Après l’échec d’une reconversion en projet commercial, l’agence de l’urbanisme de Grenoble investit le lieu, avant de laisser la place au CCSTI en 1979. Aujourd’hui, les locaux occupent l’étage pour le fablab, et le rez-de-chaussée pour l’accueil du jeune public et les bureaux. La Casemate partage le bâtiment fortifié avec la Maison Pour Tous Saint-Laurent et des annexes au Musée archéologique Saint-Laurent.

Afropean+ : une expérience polymorphique ?

Quand on fait son stage dans un musée travaillant des questions aussi complexes que « C’est quoi l’Afrique subsaharienne contemporaine ? Qu’est-ce qu’une diaspora ? Quellemémoire les Belges et les Congolais partagent-ils ? De quelles manières la partager et la transmettre de part et d’autre de la méditerranée ? »L’événement Afropean+ peut apporter des réponses.

Affiche Afropean+ © Bozar

Quand on fait son stage dans un musée travaillant des questions aussi complexes que « C’est quoi l’Afrique subsaharienne contemporaine ? Qu’est-ce qu’une diaspora ? Quelle mémoire les Belges et les Congolais partagent-ils ? De quelles manières la partager et la transmettre de part et d’autre de la méditerranée ? »L’événement Afropean+ peut apporter des réponses.

Me voila donc à Bozar, à Bruxelles, parun samedi de janvier particulièrement ensoleillé, prête à m’enfermer pour unejournée d’événements culturels autour de la notion d’afropéanité. Le public estau rendez-vous, il est en majorité issu des diasporas subsahariennes et nonafricaines, j’aimerai voir encore plus de monde, encore plus de métissage. Etpourtant l’ambiance est cordiale, passionnée, aux aguets. C’est la première foisque j’entends, ou plutôt lis le terme afropean inscrit en grosses lettres surle programme de la journée. Qu’est ce donc que ce néologisme, cette contractiond’africain et d’européen ?

Le premier indice pour tenter d’approcherune définition du terme se trouve dans sa forme même, deux mots tranchés etcousus ensemble.

Le second indice se situe  dans la forme même que prend l’événement etdans le lieu où il se déroule. Bozar est une plateforme, une succession desalles où cohabitent une multitude de projets culturels validés par unedirection dont la caractéristique principale est de savoir mettre le doigt surdes problématiques sociétales et contemporaines émergentes. La forme que prendAfropean + est pluridisciplinaire. C’est une journée où se succèdent despropositions variés comme un marché créatif, des expositions, des courts etlongs métrages, des concerts, des lectures, des débats, des spectacles.L’ensemble venant se télescoper quand le visiteur prend le temps d’assister àplusieurs propositions. Notons au passage que seuls les concerts sont payants.

Le troisième indice est l’installation del’artiste Kader Attia. Dans une salle en retrait du majestueux hall Horta où setrouve le marché créatif, l’artiste propose la métaphore d’une situation, cellede l’être traversé par plusieurs cultures, cultures reliées entre ellessouvent violemment par la colonisation. L'œuvre est un cabinet de curiosités qui n'utilise pas le principe del'originalité, du bizarre, de l'extra ordinaire comme historiquement mais estun espace polyphonique où par les objets (essentiellement des livres) les voixscientifique, politique, religieuse trouvent leur place les unes avec lesautres. La suture entre les mondes (entre le ciel et la terre reliés parl'échelle de Jacob, entre le pouvoir politique symbolisé par les bustesd'hommes blancs et les textes bibliques et coraniques...) se fait par le regardenglobant de l'artiste. C'est une couture entre les différents éléments del'installation faite avec bienveillance, sans hiérarchisation entre les objets.Leur accumulation forme un constat : le scientifique, le religieux, lepolitique sont des possibles non hiérarchisés. Ce dispositif offre aux regardsla plasticité et la polymorphie d’un monde qui permet une construction desidentités.

Continuum of Repair: The light of Jacob’s Ladder, Kader Attia, Bozar, 2015 © O.L

Continuum of Repair: The light ofJacob’s Ladder, Kader Attia,Bozar, 2015 © O.L

Le quatrième indice est la forme queprend le débat « Being Afropean ». Dans le studio de Bozar, espaceoscillant entre la salle de conférence, de cinéma et de théâtre se joue unepièce improvisée d’échanges rebondissant. Ken Ndiaye, anthropologue ayantparticipé au programme Réseau International des Musées d’Ethnographie (RIME) sepropose de questionner la notion d’afropéanité. Il est très vite rattrapé parl’assistance. Celle-ci impose sa parole, chacun et chacune témoignant de sonparcours, enfin, je commence à comprendre, à sentir du sens émerger de cesvoix. Ce mot afropean, s’incarnant soudain à travers le visage de chacun desintervenants, se transformant selon le vécu des êtres prenant la parole.Afropean est une identité polymorphique, une traduction d’un état singulier :celles des êtres aux cultures africaines et européennes. Comment comprendre lesens d’afropéanité quand on est franco-française vivant entre deux payseuropéens aux cultures proches ? Blanche dont la voix pense enfrançais ? Quelle place puis-je avoir au cœur des problématiques quesoulèvent l’afropéanité ? Quelle place les êtres sans diversité culturellepeuvent-ils avoir avec ces identités polymorphes en constanteconstruction ?

Le cinquième et dernier indice est lalecture-spectacle Autrices  de « Ecarlatela compagnie » à partir d’extraits choisis du texte Ecrits pour la parole de l’auteure française Léonora Miano. Deuxfemmes, deux voix accompagnées par une création sonore inédite. Moment fort oùla langue de Miano surgit, s’incarne dans le corps blanc des deux actrices. Etc’est cette incarnation du texte interrogeant « le rapport souventconflictuel qu’entretiennent les afropéens avec les notions d’intégration et dedouble culture »[1]qui donne sens à l’afropéanité. Afropéanité est un mot dépassant la couleurpour interroger des identités qui restent dynamiques et uniques. En échoj’entends la voix de Léonora Miano dire : « Je sais très bien que jesuis le produit de la rencontre entre deux mondes, qui, d’ailleurs, se sont malrencontrés. Mais, enfin, j’existe. »[2]La voie à tracer pour se reconnaitre, se rencontrer, ne se situerait-elle pasdans ce retour aux conditions de la rencontre entre Afrique et Europe ? Ilsemble que pour construire les identités contemporaines, il nous faille faireun retour sur notre passé , sur ce que nous avons en commun.

Ophélie Laloy

Pour aller plus loin :

http://www.bozar.com/activity.php?id=15637

#Afropéanité

#Événementiel culturel

#Postcolonialisme


[1] Programme Bozar

[2] http://www.leonoramiano.com/docs/causette_0314.pdf

AZAY-LE-RIDEAU : ENCHANTEMENTS ET RENAISSANCE

Originaire de la région Centre-Val de Loire, inutile de préciser que je demeure une aficionada des châteaux de la Loire depuis ma plus tendre enfance. Je me souviendrai toujours de ses visites qui ont marqué mon imaginaire d’exploratrice, et qui ont été la porte d’entrée vers cette passion pour le patrimoine culturel. Comment ne pas oublier ce majestueux édifice qu’est le Château de Chambord ? Les somptueux jardins de Villandry qui forment des tableaux colorés de verdure ? Ou encore le Château des Dames,plus connu sous le nom de Chenonceau, qui m’a impressionnée par la richesse de ses collections ?

Mais il en est un plus discret face aux bâtisses les plus renommées dela région, et qui pourtant, demeure de loin mon favori :Azay-le-Rideau. Je ne saurais me rappeler l’âge exact auquel je l’ai découvert pour la première fois, mais je me souviens de la somptueuse vue depuis la façade Sud magnifiée par son miroir d’eau. Une véritable révélation, semblable à la description qu’en a fait Honoré de Balzac dans son roman Le Lys dans la vallée, où il le compare à « un diamant taillé à facettes sertis par l’Indre ».

La façade Sud du château d’Azay-le-Rideau © Joanna Labussière

Il est fort probable qu’une majeure partie d’entre vous ne le connaisse pas, mais si vous suivez l’actualité de près, il se peut que vous en ayez entendu parler récemment. En effet, le Châteaud’Azay-le-Rideau était sous les feux de la rampe, puisqu’il a bénéficié d’un important programme de restauration entrepris parle Centre des Monuments Nationaux durant presque trois ans. Au total : huit millions d’euros ont été investis dans ce chantier de mise en valeur et de restauration.

Autant vous dire que lorsque j’ai appris le jour de mes vingt-six printemps que j’allais prendre mes fonctions au sein de ce monument, je n’en revenais pas. Je crois même qu’à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai encore du mal à m’en rendre compte.Mais passons ! Le jour de ma prise de poste, quelle ne fut pas ma surprise de revoir ce château qui m’était si cher restauré àla perfection ; le soleil de ce début d’automne se reflétant dans la blancheur de la pierre de Tuffeau si caractéristique de l’architecture régionale.

C’est un château comme neuf que je (re)découvre : rénovation du parc romantique du milieu du XIXème siècle, façade extérieure entièrement restaurée, intérieur remeublé en son état historique. En tant qu’apprentie chargée de médiation culturelle,j’étais d’autant plus intéressée par la refonte du parcours de visite, et plus particulièrement par ce qui se tramait au premier étage. Je remarque alors avec étonnement que plusieurs pièces sont parsemées d’œuvres contemporaines, faisant du château un palais enchanté où se mêlent mythologie, magie et théâtre. Mais avant de vous en dire davantage, une petite explication s’impose !

Tout est parti du Centre des Monuments Nationaux qui a fait appel aux artistes plasticiens Piet.sO et Peter Keene pour concevoir un parcours d’installations oniriques destinées à être exposées au sein du monument. Le duo collabore ensemble depuis seize ans déjà,et parmi les six créations, cinq ont été spécifiquement conçues pour Azay-le-Rideau. Un an aura été nécessaire à la réalisation des esquisses de chaque installation, puis sept mois de conception.

Intitulé« Les enchantements d’Azay », ce projet a pris place parmi les collections le 6 juillet 2017, date de réouverture du château suite aux trois années de travaux. Influencés par l’imaginaire de la Renaissance, les artistes se sont notamment inspirés des personnages d’Armide et de Psyché, toutes deux représentées dans les tapisseries des chambres situées au premier étage : La Jérusalem Délivrée et l’Histoire de Psyché. Tel un hommage aux artifices des arts du spectacle de l’époque où se côtoient installations féeriques et objets fantastiques, ces enchantements envoûtent à différents niveaux antichambres, chambres et salle de bal du premier étage. La magie opère dès lors que les visiteurs passent à proximité, puisque les installations se déclenchent à leur passage. Certaines œuvres sont accompagnées de fonds sonores. Si vous-même, chers lecteurs et chères lectrices, êtes tentés par cette expérience surprenante,suivez le guide !

Si l’on suit le parcours de visite classique, notre déambulation nous mènera en premier lieu dans la grande salle. Lieu de réception par excellence, c’est dans cette partie publique que le maître de maison recevait pour ses affaires ainsi que pour son plaisir en organisant bals et festins. A notre arrivée, trois installations monumentales font face à la cheminée. Au centre trône un imposant banquet, entouré de part et d’autre par un automate (un officie rsur la gauche et une magicienne sur la droite). Ces installations s’animent au fur et à mesure : la magicienne et l’officier tournent sur eux-mêmes, tels les annonciateurs d’un banquet fantastique qui s’ouvre avec des panneaux se levant sur la table.Inspirés par les festins sorciers, Piet.sO et Peter Keene puisent également leurs influences dans l’art cinématographique.Références entre autres au grand banquet dans La belle et la bête de Jean Cocteau (1946), ou encore aux fêtes données dans les jardins dans Vatel de Roland Joffé (2000). Le festin fait aussi écho au palais d’Eros dans lequel Psyché est servie par des esprits bienveillants. Enfin, la mise en scène volontaire des animaux renvoie à la cuisine de la Renaissance, époque où l’on présentait autant la tête que le corps de l’animal.

Le banquet © Léonard De Serres

La visite se poursuit en pénétrant dans la Chambre de Psyché.Autrefois chambre du maître de maison, elle était sûrement destinée à Gilles Berthelot, commanditaire du château d’Azay-le-Rideau. Cette pièce s’apparentait à un espace multifonctionnel où l’on se reposait autant que l’on travaillait et recevait. Face aux trois tapisseries qui habillent les murs, se dresse un automate tournant sur lui-même, portant une lanterne et vêtu d’une robe décorée de miroirs. Il s’agit d’une mise en scène de Psyché, symbolisée par la robe aux miroirs, référence au miroir du personnage, tel un écho au labyrinthe proposant plusieurs destinations. Elle semble observer les tapisseries murales qui relatent son histoire. Sorte de quête initiatique, les miroirs servent à éclairer une partie de son vécu, tout en lui indiquant le chemin à suivre. La lanterne éclairée lui sert également de guide afin de l’aider à retrouver son chemin.

 La robe aux miroirs © Léonard De Serres

Jouxtant la Chambre de Psyché, la garde-robe est métamorphosée en « Cabinet des petits prodiges » au sein duquel automates, miroir et mondes miniatures se transforment grâce à des effets d’illusion.Trois mécanismes y sont disposés et se mettent en mouvement les uns à la suite des autres : tout d’abord, deux mécanismes en horlogerie fine, puis un miroir représentant des papillons. Bien que celui-ci ne soit pas éclairé, il est tout de même possible d’observer les papillons flotter au travers. Ici, Piet.sO et PeterKeene ont choisi Armide comme source d’inspiration, personnage capable de changer les petits projets en palais.

Cabinet des petits prodiges © Léonard De Serres

La déambulation se poursuit dans la chambre Renaissance, qui était probablement la chambre de Philippe Lesbahy, l’épouse de Gilles Berthelot. C’est dans le secrétaire, cabinet de retrait de la chambre qu’est exposé un « Livre aux grotesques »,conférant une apparence féerique à la pièce. Réalisé en papier de jonc, il laisse apparaître des ombres de créatures chimériques de par sa forme et les jeux de lumière. Le jonc fait écho aux murs de la chambre de Philippe Lesbahy restaurée en 2013, qui sont recouverts de nattes de jonc. Cette technique de tressage manuel était d’usage au XVIème siècle, car elle permettait d’isoler la pièce par temps froid, et de conserver la fraîcheur en cas de températures élevées.

 Livre aux grotesques © Léonard De Serres

Passons à présent à l’antichambre précédant les appartements du roi,où patientaient les visiteurs avant d’être reçus. Ici, le baroque prend tout son sens, avec un théâtre animé faisant apparaître et disparaître plusieurs animations et décors à l’aide de jeux de ficelles, ou encore de poulies. L’aspect brut véhiculé par la boîte réalisée en bois de frêne renvoie à la Renaissance,où le rideau n’existait pas pour la représentation du petit théâtre. Celui-ci fera son apparition au XVIIème siècle avec des rideaux bleus pour symboliser la couleur royale, puis les rideaux rouges sous Napoléon. L’emploi de la ficelle dans les décors était courant à la Renaissance ainsi qu’au XVIIème siècle, avec une scénographie conçue à partir de décors suspendus. Encore une fois, le duo d’artistes a choisi Armide comme référence principale, à travers ce théâtre animé, où trois à quatre décors suspendus apparaissent au fur et à mesure pour raconter une histoire.

 Le petit palais d’Armide © Léonard De Serres

Détail du petit palais d’Armide © Léonard De Serres

Pour conclure, direction la chambre du roi, baptisée ainsi en souvenir des quelques jours passés par le roi Louis XIII à Azay-le-Rideau en juin 1619. On y découvre un cabinet « automate », seule installation qui n’a pas été créée spécifiquement pour Azay-le-Rideau. Intitulée « L’entrée ouverte au palais fermé du roi », ce palais-théâtre motorisé a été conçu dans le cadre de l’exposition « Les Chambres des Merveilles »qui s’est tenu au Château-Maisons de Maisons-Laffitte d’octobre2015 à juin 2016. Dans l’esprit des meubles à secrets, le visiteur s’approche et découvre un théâtre qui s’ouvre où apparaît la reine d’un côté et le roi de l’autre. Surgit ensuite une forêt envahissant un palais qui prend forme petit à petit, avant de conclure par l’ouverture d’un grand tiroir symbolisant un vide poche qui contient des objets d’époque, voire plus contemporains. L’utilisation de l’ébène pour la réalisation du meuble fait référence à l’impact crée par l’arrivée du mobilier au XVIIème siècle.

 L’entrée ouverte au palais fermé du roi © Léonard De Serres

C’est quasiment envoûtée que je ressors de cette déambulation originale qui m’a permis de poser un tout autre regard sur les collections du château. J’ai été littéralement charmée par cette œuvre à quatre mains, qui réunit l’impact de la mémoire et la place du corps chez Piet.sO, ainsi que l’exploration de l’utopie et les installations mécaniques et sonores chères à Peter Keene.Redevenue exploratrice dans l’âme, j’ai retrouvé le temps de quelques heures cette curiosité enfantine qui rythmait mes toutes premières visites.

Offrir une nouvelle vision de la Renaissance à travers l’installation d’œuvres contemporaines qui s’intègrent dans les salles du château : tel est l’objectif de ces enchantements. Mission réussie pour les deux artistes qui donnent à voir un aspect décalé des collections, tout en restant cohérent avec les œuvres originales. Banquet animé, meubles à secrets, mondes miniatures et robes immenses : en misant sur l’imaginaire à travers l’automate, cette expérience de visite inédite invite le visiteur dans un parcours féerique où la magie produit son effet.

Joanna Labussière

#azaylerideau

#pietsOetpeterkeene

#installationsoniriques

#renaissance

Pour en savoir plus :

-Sur le château d’Azay-le-Rideau :http://www.azay-le-rideau.fr/

-Sur l’exposition « Les enchantements d’Azay » :http://www.azay-le-rideau.fr/Actualites/Les-enchantements-d-Azay

-Sur le travail des plasticiens Piet.sO et Peter Keene :http://www.pietso.fr/,http://www.peter-keene.com/home.html

-Petit tour d’horizon des « Enchantements d’Azay »guidé par l’artiste Piet.sO :https://www.youtube.com/watch?v=tILcUSMAg_Y

BAZAR-DONS!

aferblanterie, lieu de création indépendant, est un endroit atypique où secôtoient plasticiens, musiciens et performeurs dans une ambiance familiale. Celieu, trop peu connu à mon goût, regroupe 35 ateliers d'artistes ainsi qu'unhall d'exposition dans un hangar aménagé au fil du temps par ceux qu'on nommeamicalement les « ferblanteux ».

Ceweek-end du 4 octobre, se déroulaient les portes ouvertes, sous le titre de « Bazardons ».Trois jours durant lesquels cuisine, musique, danse, échange et partageétaient les maîtres mots. A l'honneur, le thème de l'immigration et de lasolidarité.

Al'entrée du hangar, un accueil particulièrement chaleureux m'attend. Un prix libreest mis en place afin d'aider les artistes qui joueront toute la nuit ainsi queles migrants. S'ensuit un décor complètement dingue, dans l'esprit brocante.Une multitude de fauteuils sont installés au plaisir d'y voir s'y plonger lesspectateurs.

Plusieursateliers cohabitent, celui de Magali Dulain attire particulièrement monattention. Accrochés un peu partout, des dessins aux traits enfantins et auxcouleurs vives, s'animent sous les guirlandes lumineuses. Desmélanges d'aquarelles et de feutres et une poésie à tout épreuve. Je rentredans son atelier et me sens alors complètement imprégnée de cette candeur. Unbeau voyage inattendu.


© Magali Dulain 

Déambulantun verre de Mojito à la main (commandé dans un bar improvisé dans un desateliers), je tombe sur une friperie, puis sur une piste de danse au détour delaquelle je croise quelques étrangers avec lesquels je pratique monanglais :

« -I'm hungry, do you know if there is something to eat around ? »

Euh, yes, ithink there is....euh....there is a kitchen, you can...take...everything youwant...it's free »

Aprèsavoir fait le tour des ateliers, les lumières s'éteignent et une batterieraisonne dans le hangar. Une voix puissante se réveille et transforme le lieuen un véritable club de Jazz américain. Old chaps, groupe lillois de swing,envoie un groove d'enfer. La chanteuse, véritable réincarnation d'Amy Winehouseest transcendante. Enchaînement de morceaux très jazzy et de quelques instantsde hip-hop : de savoureux mélanges sont créés par une belle équipe.


© crédit photo: Alain Epaillard

Sila ferblanterie semble être un lieu épicurien, il reste avant tout un lieud'art et d'actions culturelles : depuis quelques semaines, le collectif organisede multiples ateliers artistiques et intervient dans la jungle de Calais ainsiqu'auprès des migrants installés au Parc des Ollieux (plusieurs mineurs dormentsous des tentes depuis 4 mois). Les artistes se mobilisent tous et sontréellement touchés par ces problématiques. Les portes ouvertes étaient unepremière action, invitant les gens à déposer des vêtements ou des denréesalimentaires. Etant moi même touchée par ces phénomènes de société qui dessinentnotre Région, il me semblait nécessaire de montrer que la solidarité etl'action se déroulent différemment et en dehors de ce que l'on pense et que l'Art,reste un moyen de partage, d'ouverture et d'entraide.


© crédit photo: La ferblanterie

Loinde l'image inaccessible de l'Art, les artistes de La ferblanterie prônent unart conscient et conscientisé, sans se prendre au sérieux. On retrouve iciquelques uns des vrais acteurs lillois, de vrais passionnés loin desmondanités.

Unebelle et grande famille qui donne envie de s'y plonger.

MW#solidarité#migrants

Cathédrale de Reims : un rêve de couleurs, entre mélodies et féérie visuelle

A l’occasion du 800ème anniversaire de la Cathédrale Notre-Dame de Reims, la ville a souhaité offrir un spectacle de polychromie dynamique afin de mettre en valeur l’architecture de cette grande dame.


© Gilbert Coutelet

A l’occasion du 800ème anniversaire de la Cathédrale Notre-Dame de Reims, la ville a souhaité offrir un spectacle de polychromie dynamique afin de mettre en valeur l’architecture de cette grande dame.

Du 6 mai au 23 octobre 2011, puis du 25 novembre au 1er janvier 2012, ce spectacle de 25 minutes s’est répété tout d’abord 3 fois par soirée, puis 2 fois seulement car les citoyens et touristes n’étaient que très peu nombreux lors de la troisième représentation. Entre les deux spectacles, 10 minutes de polychromie fixe permettent au public de s’avancer afin d’admirer la précision du travail. A la fin deuxième représentation, elle est de 15 minutes. Un système de boucle magnétique est disponible dans le périmètre de la tour gauche projetant le spectacle pour les personnes malentendantes. Le partenariat entre la Ville de Reims, Reims Métropole et l’association Unis-Cité a permis l’instauration, certains soirs, d’un service d’accompagnement dans le déplacement des personnes à mobilité réduite ou vulnérables. Pour les personnes souffrant d’un handicap visuel, des accompagnateurs expliquent les éléments visuels du spectacle.

Hélène Richard et Jean-Michel Quesne, membres du collectif Skertzò (metteurs en scène de patrimoine depuis 1988), se sont attelés à la tâche. Maîtres de la projection du trompe-l’œil et de l’illusion d’optique, ils ont créé cette polychromie de très haute définition grâce aux pigments de couleurs retrouvés sur la statuaire multiséculaire du monument. En effet, lors des dernières restaurations, les évolutions technologiques ont permises de faire des analyses macro et microscopiques des prélèvements faits sur la pierre. Ces méthodes ont permis de rendre sa couleur originelle à « L’Ange au Sourire » et aux autres personnages témoins de l’histoire et messagers de la Cathédrale. Lors du spectacle, le son délimité accroît les différentes visions de la façade occidentale. Cet exploit fait appel aux techniques les plus récentes de projection vidéo et donne au spectateur, la sensation d’être au cœur de cet aller-retour dans le passé. En cela, les créateurs de l’ère moderne souhaitent faire perdurer les prouesses des grands bâtisseurs, en rendant la vie à ce monument.Une des principales difficultés a été de s’adapter à la complexité de la statuaire ; les nombreux détails ont nécessité une très grande précision dans la projection. Les portails ont été extrêmement travaillés car ils sont proches du public et donc doivent être « parfaits ». Toutefois, la taille imposante de la cathédrale fait que, peu importe où l’on se trouve, l’on ne voit jamais deux fois la même chose. Des détails des sculptures entourant les deux roses nous sautent aux yeux si l’on se trouve plus en arrière du parvis, alors que la projection sur les portails peut attirer notre attention durant tout le spectacle. Il a donc fallu que les créateurs utilisent des nouveaux projecteurs à très forte puissance qui sont apparus sur le marché il y a très peu de temps, et des vidéoprojecteurs de dernière génération.

Cette mise en scène permet à tous de revivre les scènes des siècles passés. En effet, dès la tombée de la nuit, la pierre de l’édifice s’anime et raconte son histoire. Le public a l’impression d’assister à un ballet où les scènes de différents siècles s’enchaînent comme des actes, mêlant constructions, sacres, cérémonies et Histoire de France. Le programme musical mis en œuvre par Rachid Safir laisse entendre des morceaux du Moyen-âge et de la Renaissance mais aussi de l’époque Baroque et contemporaine afin de rythmer les scènes. Peut-être ne manque-t-il que les « Acclamations carolingiennes » (Christus Vincit) qui étaient chantées au sacre de tous les rois jusque Charles X.

Pour les Rémois, cette vision nouvelle de leur cathédrale permet une réappropriation et une redécouverte de ce lieu qu’ils côtoient quotidiennement. C’est d’ailleurs l’un des objectifs d’une installation urbaine. En effet, ce spectacle est gratuit, ouvert à tous et libre d’accès. Ainsi, le public n’a cessé d’emplir le parvis ; au 27 octobre, Rêve de Couleurs avait rassemblé plus de 300 000 personnes (avec une fréquentation minimum de 500 personnes les soirs de mauvais temps). Ce fut un facteur de cohésion sociale important car les Rémois ont souhaité partager ce moment avec leur famille et amis. De plus, la diffusion de cet événement dans les médias a fait venir des touristes du monde entier  (Européens, Américains, Australiens et Japonais) générant des retombées économiques locales immédiates et importantes. Le bouche-à-oreille a aussi parfaitement fonctionné, faisant se déplacer des médias étrangers non sollicités. De plus, l’investissement dans ce type de matériel va permettre à la ville de le laisser en place et de le reproduire chaque année, comme la polychromie projetée sur la cathédrale d’Amiens depuis 10 ans chaque été.

Cependant, chaque lieu a sa propre identité, sa propre histoire. Skertzò a toujours souhaité s’adapter à ce paramètre comme la projection de séries impressionnistes sur la Cathédrale de Rouen ou la projection des mythes de Chambord sur le château, tout en y apportant un changement de la perception du monument ; une métamorphose pour briser la routine visuelle.

Célia Hansquine

Ceci n'est pas...

3h30 à Courtrai le 18 novembre 2015, sur la Korte Steenstraat, une vitrine métallique s’ouvre sous le regard intrigué de quelques passants. Nous sommes devant de l’installation Ceci n’est pas... de Dries Verhoeven, elle s’ouvre ici pour le 6ème jour consécutif. Le rideau se lève.

13h30 à Courtrai le 18novembre 2015, sur la Korte Steenstraat, une vitrine métallique s’ouvre sous le regard intrigué de quelques passants. Nous sommes devant de l’installation Ceci n’est pas... de Dries Verhoeven, elle s’ouvre ici pour le 6ème jour consécutif. Le rideau se lève.  Un personnage assis sur une balançoire bouge au rythme d’un bruit sourd. Il est vêtu uniquement d’un body couleur chair et d’une paire d’ailes en plumes orange. «Tu es un homme ou une femme ? » l’interroge une passante. Le personnage la regarde en souriant, muet. Cette question se répète de nombreuses fois au cours de la performance. Car il s'agit bien d'une des questions posées implicitement par l'artiste à travers ce tableau humain.

Présentée dans le cadre du NEXT Festival, cette installation est issue de la série Ceci n'est pas...de l'artiste Dries Verhoeven qui comprend dix différentes scènes dans une boîte en verre insonorisée. Il présente dans ces boîtes des personnages joués par des acteurs dans des scènes “perturbantes”. La veille, dans Ceci n’est pas de l’histoire, un homme noir enchaîné comme un esclave endossait le rôle de Père Fouettard. Le lendemain, Ceci n’est pas notre peur montrait un homme en train de faire la prière musulmane, en écho avec les attentats terroristes ayant eu lieu en France. A travers sa série, Dries Verhoeven entend montrer des situations suscitant un “malaise collectif”, des images provocantes.

L’installation du 18novembre illustre ce malaise, perceptible à travers les réactions du public que nous avons constaté.  C'est ici la notion de genre qui est abordée. A première vue, c'est une femme avec de longs cheveux blonds. Cependant, sa tenue moulante dévoile un corps androgyne, des jambes musclées et un sexe d'homme. A travers les réactions collectées, la question du genre de la personne n'est pas tranchée : tous les spectateurs hésitent entre homme ou femme mais ils envisagent rarement la possibilité des deux sexes chez une même personne. Mais avant le sujet de l'œuvre, c'est la curiosité qui attire de nombreux passants. Ils veulent voir de quoi il s'agit. : "Qu'est ce qu'il fait là ?", "Est-ce vraiment un humain ou est-ce une poupée ?" semblent-ils penser. Beaucoup d'entre eux s'arrêtent, y compris des cyclistes, pour regarder. Certaines personnes attendent quelque chose puis en voyant que "rien" ne se passe, ils repartent. Certains ne s'arrêtent pas mais se retournent plusieurs fois. D'autres prennent des photographies ou se prennent en groupe avec l'œuvre en arrière-plan. Cette installation suscite toujours une réaction, elle interpelle les passants, rarement indifférents. Sa place dans l'espace public dérange, crée une rupture. 

 

Une jeune adolescente s'approche vers nous et nous demande en flamand "C'est une femme ou un homme ?". Elle nous explique ensuite en anglais qu'elle n'aime pas vraiment ce genre d'installation dans la rue. Pas personnellement mais car l'œuvre se situe à Courtrai. "Ici les personnes jugent" précise t-elle. Pourtant, un photographe avoue qu'il a été surpris de la bienveillance et de la tolérance des gens même face aux autres "tableaux" présentés par l'artiste les jours précédents, comme une jeune fille enceinte qui danse.Plus tard, la même adolescente dit son incompréhension mais en lisant le cartel, elle y a trouvé du sens : "There is a meaning, it's different".Pour autant le discours de l'œuvre et le cartel ne répondent qu’à une partie des interrogations : un court texte accompagne l'oeuvre mais ne la commente pas vraiment. Il constate des faits liés au monde occidental, à la société belge, en lien avec la thématique de la scène du jour. Il y est écrit :

" Dans le monde occidental, la pensée s’inscrit dans la dichotomie homme/femme. Selon Freud, la première chose que nous constatons à chaque nouveau contact est si quelqu’un est homme ou femme.Quand la reconnaissance du sexe ne se déroule pas automatiquement, cela engendre de l’incompréhension, de l’irritation ou de la joyeuse confusion. En Belgique, l’état civil permet de changer de sexe si la personne en question a la conviction permanente et irréversible d’appartenir à l’autre sexe et si une intervention médicale a rendu impossible sa capacité de reproduction. Contrairement à l’Australie, par exemple, le choix de n’appartenir à aucun des deux sexes n’est pas possible en Belgique. Les personnes à l’identité de genre trouble se heurtent toujours à beaucoup d’incompréhension sur le plan social, et plus particulièrement de la part des milieux religieux traditionnels.Cependant, trouver un emploi n’est souvent pas simple non plus pour ces personnes, si ce n’est dans l’industrie du divertissement."

Etant si général, le texte, tout comme l'œuvre laisse planer de nombreux doutes chez les spectateurs. Aucune médiation n'est proposée, le spectateur est seul face à ses interrogations. Des personnes se posent des questions entre elles, essayent de nous en poser, sans réponses précises. C'est justement sur cette ambivalence que joue Dries Verhoeven. Il ne répond jamais aux questions posées par l'œuvre,il suscite un débat et une réflexion chez les spectateurs. Dans la présentation de sa série, il interroge : “Why are some images considered tainted when they weretolerated just twenty years ago ? (Pourquoi certaines images sont-elles considérées comme immorales alors qu'elles étaient tolérées il y a seulement vingt ans ?) " ou "Is it good that our children do not see certain things, or have we gone to the extremes inour drive to protect? (Est-ce une bonne chose que nos enfants ne voient pas certaines choses ou sommes-nous devenus trop extrêmes dans nos attitudes de protection ?)". Toutes ces performances abordent une question d'actualité : elles touchent nos instincts et nos sentiments comme la peur, le dégoût, la honte... La neutralité est presque impossible : chaque personne interrogée donne un avis et expose une certaine vision de la société.L’artiste explique qu’il présente des acteurs comme des images commerciales pour pousser les visiteurs à avoir une relation avec ce qu’ils voient.

Les bruits qui accompagnent l'installation du 18 novembre transforment cette personne en une attraction de foire, comme dans une galerie des monstres contemporaine. À de nombreuses reprises, le rideau tombe et l'œuvre est dévoilée de nouveau. Dans son dispositif même, la notion de dévoilement et de spectaculaire est palpable.Quasi nu, le corps androgyne est exposé à la vue et au jugement de tous. "C'est original" commente un homme qui a profité de sa pause déjeuner pour se rendre sur place avec ses collègues. Mi-gênés, mi-intrigués, ils restent postés un moment face à la vitrine de verre.La force de l'œuvre réside aussi dans les débats qu'elle suscite. Cela est le cas avec toute la série Ceci n'est pas. Dans chaque ville où les œuvres ont été présentées, la presse en parlait, les réactions du public étaient recueillies, accueillantes ou hostiles. Devant, les personnes s'interrogent sur la difficulté de vivre cet entre-deux, à la fois homme et femme. Des questions éthiques, scientifiques, sociales émergent : doit-on rester comme nous sommes ?Avons-nous en nous-mêmes une nature d'homme ou de femme ? Peut-on être asexué ?Face à ces questions, les adultes s'avèrent parfois plus ouverts que les jeunes. "Moi, je n'ai aucun problème avec cela" avoue une passante tandis qu'un jeune avec son groupe d'amis explique "On doit rester comme on est (...) Tu dois rester homme parce que la nature a décidé que tu es né ainsi". Est-ce pour cette raison que l'installation s'intitule Ceci n'est pas la nature ? Le titre,comme celui de toute la série, semble plutôt être un pied de nez.Implicitement, il invite à se rendre compte de l'absurdité de nos préjugés. Tout au long de l'après-midi, le personnage se balance et les bruits sourds de la foule se poursuivent. Ce bruit festif et les plumes colorées évoquent la scène queer ou le Carnaval de Rio, où le genre n'a pas d'importance.

J. Deschodt, T. Rin et H. Ferrand

Crédits photo : T. Rin et J. Deschodt

#NEXTFestival 

#artcontemporain

Pour découvrir l'installation :

Vidéo réalisée par J. Deschodt :https://vimeo.com/150199389

Pour aller plus loin :

Vidéo réalisée par les fondateurs du site Ceci n'est pas Kortrijk :https://www.youtube.com/watch?v=yGzRr3APjpA

Site de l'artiste et présentation du projet (EN) :

 http://driesverhoeven.com/en/project/ceci-nest-pas/

Cultures souterraines



Sous
terre, tout est possible







Qui n'a jamais rêvé de s'enfoncer sous
terre, d'explorer grottes et lacs souterrains, équipé d'une lampe
frontale, d'une carte, d'une combinaison et d'un harnais ? Il en
est sûrement parmi vous qui ont réalisé ce rêve, amateurs ou
professionnels. Mais n'importe qui ne peut pas s'improviser
spéléologue, et encore moins dans un cadre urbain. Dans les milieux
cataphiles¹,
vous êtes un « touriste » si c'est votre première
descente. La cataphilie contemporaine est proche de l'urbex,
l'exploration urbaine. L'urbex consiste à explorer des lieux
construits par l'homme, abandonnés ou non, interdits ou difficiles
d'accès. Être cataphile ou explorateur urbain ce n'est pas la même
chose, les seconds qui aiment les souterrains ne sont pas des
cataphiles.






Quid du culturel dans tout cela ? Et
bien, certains de ces amateurs de souterrains ont choisi de rendre
accessibles ces endroits à un public, certes peu nombreux.
Différentes initiatives peuvent être recensées, mais la plupart
d'entre elles restent inconnues, introuvables. Festivals,
expositions, lieux culturels, on trouve de tout sous terre !





La
Mexicaine de perforation est probablement le plus connu de ces
groupes, responsable des Arènes de Chaillot, salle de projection
clandestine sous le palais de Chaillot. Branche « événements
artistiques » de l'UX, agrégation de groupes clandestins, la
Mexicaine de perforation a pour but de créer des zones libres
d'expression artistique. À l'origine de plusieurs festivals de
cinéma mais aussi de représentations théâtrales, LMDP n'investit
pas uniquement des lieux souterrains (le Panthéon, les grands
magasins,...). Urbex Movies et Sesión Cómod sont les deux festivals
qui ont été organisés par LMDP. Le premier projetait des
classiques sur le thème de la ville comme
Eraser
Head
de
David Lynch,
Fight
Club
de
David Fincher ou encore
Ghost
in the Shell
de
Mamoru Oshii. Le second projetait des films en lien direct avec le
souterrain, comme
La
Jetée
de
Chris Marker ou
Le
Dernier Combat
de
Luc Besson. En 2004
la salle de projection fut découverte par la police,
et EDF porta plainte pour vol d'électricité (il fallait bien faire
fonctionner ce cinéma...).







La salle de projection
clandestine à Chaillot ©Urban Resources





Directement issue de l'héritage de la
Mexicaine de Perforation, la Clermontoise de Projection Underground,
basée à Clermont-Ferrand, organise lors
du
Festival Underfest
projections, concerts et expositions. A lire dans « Urbex
et culture avec la Clermontoise de Projection Underground » à
paraître bientôt !






Bien
sûr, tout cela est clandestin, et donc interdit. Même sans laisser
de trace, pénétrer dans un lieu privé est interdit par la loi.
Celui qui se fait prendre s'expose à des poursuites. C'est pour cela
que tous ces événements ne concernent que quelques personnes, en
général entre trente et cinquante. De plus, la communication est
très limitée, il n'est pas toujours facile de savoir comment
procéder pour assister à un de ces événements ! C'est le cas
des
vernissages de Madame Lupin,
des expositions d'art contemporain dans des lieux insolites,
interdits au public. Il faut réserver sa place, les instructions
sont envoyées très peu de temps avant la tenue de l'exposition.
Avec quatre expositions à son actif, cette association propose des
lieux aussi éclectiques qu'une piscine désaffectée, le fort
d'Aubervilliers, un lieu souterrain ou encore le musée des Arts et
Traditions Populaires².
En plus de ces expositions, l'association organise régulièrement
des dîners des lieux insolites. L'exposition 
Hidden
under the sand
 se
déroulait dans un lieu souterrain inconnu, partiellement ensablé.







« Hidden
under the sand » ©G.V.





Toutefois, l'occupation culturelle d'un
lieu souterrain ne se fait pas forcément de manière illégale, des
initiatives légales ont aussi vu le jour. En Croatie, la ville de
Pula a pris l'initiative d'ouvrir ses souterrains datant de la
Première guerre mondiale au public, tout en proposant régulièrement
des expositions et des manifestations culturelles.







Les
souterrains de Pula ©S.B.





Encore
plus développé, le festival Art
souterrain
se tient à Montréal tous les ans, à l'occasion de
la Nuit Blanche. Le but de ce festival est d'exposer les œuvres
d'environ quatre-vingt artistes dans la ville souterraine. En effet,
la ville possède un réseau souterrain ultra développé (33 km sous
terre) qui permet de relier les différents quartiers de la ville. De
nombreux commerces et services sont implantés dans ce réseau. En
2016, pour la 8ème édition, le festival Art souterrain a proposé
quatre circuits qui emmenaient le public dans treize édifices
souterrains.










Doté d'un commissariat d'exposition, le
festival propose aussi un parcours « satellite », dans
des galeries et lieux culturels de la ville, ainsi qu'un grand nombre
d'activités. Visites guidées, visites d'ateliers d'artistes ou
médiations pour les scolaires sont proposées tout au long du
festival, qui dure presque un mois entier. La prochaine édition se
déroulera du 4 au 26 mars 2017, et aura pour thème « Jeu et
diversion ».






Sur
un terrain plus institutionnel et dématérialisé, Google Arts &
Culture regroupe sous le projet
Curio-cité
des expositions en ligne et des explorations urbaines
dans des lieux normalement interdits au public, inaccessibles ou même
détruits. Ainsi il est possible de « visiter » les
sous-sols du palais de Tokyo, la verrière du Grand Palais, ou encore
la fameuse tour 13, investie par de nombreux artistes puis démolie.






L'occupation culturelle des lieux
souterrains par des collectifs est due à une convergence entre la
fait de braver l'interdit, de redonner un but à des lieux
désaffectés, de contrer un système « élitiste » de
l'exposition, et tout simplement aussi, de partager des moments
chaleureux. La plupart de initiatives sont probablement inconnues,
tenues secrètes. Faut-il qu'elles restent telles quelles, ou qu'au
contraire, il y ait de la communication et donc une ouverture au
public ? Une normalisation, une légalisation, une
institutionnalisation ? Cela ne risquerait-il pas de les faire
disparaître, de déformer ces pratiques si uniques ?






Juliette Lagny





#artsouterrain




#urbex













1 Un
cataphile est une personne qui aime visiter les anciennes carrières
souterraines de Paris, de manière interdite.


Article sur l'exposition au musée des Arts et Traditions Populaires http://www.linstantparisien.com/paris-underground/



David Bowie is...an Alien

« David Bowie is …an alien ». Oui…je n’ai pu m’empêcher de poursuivre le titre de l’exposition car, entre nous,n’est-il pas là pour nous y inciter ? Je saisis donc l’occasion pour vousfaire un débriefing de mon voyage interstellaire à la Philarmonie de Paris.

Créditphotographique: La Philarmonie de Paris

« David Bowie is …an alien ». Oui…je n’ai pu m’empêcher de poursuivre le titre de l’exposition car, entre nous,n’est-il pas là pour nous y inciter ? Je saisis donc l’occasion pour vousfaire un débriefing de mon voyage interstellaire à la Philarmonie de Paris.

There’sa Starman waiting in the sky. He’d like to come and meet us but he thinks he’dblow our minds […] He told me: Let the childen lose it, let the children use it[1]

Créditphotographique : P.

Sortie du métro parisien : Leshalles, la cité de la musique, sa verdure et son mobilier urbain rouge. Rien nesemble avoir changé au parc de la Villette. Si ce n’est…cette immense navettespatiale argentée à côté de la cité de la musique. Les reflets du soleilsur ces tuiles d’aluminium m’éblouissent tandis que je me laisse guider vers cevaisseau intergalactique dédié à la musique inauguré en janvier 2015. Le bâtiment est fascinant. Mais une fois entré,j’appréhende un peu. Des  éléments deconstructions trahissent un ouvrage encore en travaux … j’espère simplement querien ne va s’effondrer mais, comme certains fans, je suis trop impatient pourfaire demi-tour. Une fois à l’accueil, l’agent m’invite à m’équiper d’un audioguideintelligent. J’écoute ses instructions: « C’est très simple. Il n’y a pasde boutons. Vous avez simplement à vous approcher de l’entrée et l’expositionfera le reste ». Entre scepticisme et excitation, je pose le casque sur mesoreilles. Il grésille. Tandis que je franchis le seuil de l‘exposition, unfaible écho musical semble perceptible. Puis l’intro de « SpaceOddity »  se met à sonner. Le voyagepeut alors commencer.

Ten, nine,eight, seven, six, five, four, three, two, one, lift off.This is Ground control to Major Tom…[2]

Dans une ambiance sombre etintimiste, la musique vous emporte et vous berce au gré des séquences quidépeignent l’artiste. Elle vous fait oublier toute notion de temps. Unepremière salle nous présente la naissance d’une icône jusqu’à son premiervoyage fictif dans l’espace en 69. Des écrits, des dessins, des objetspersonnels sont accompagnés de cartels que je ne me suis pas lassé de lire.Chaque objet fait sens et ne tombe pas dans l’illustratif.  30 minutes plus tard, je me rends compte queje suis toujours dans le premier espace, à travers le continuum de sa jeunesse.Je prends conscience du monde qui m’entoure. Bowie est autour de nous, il estl’espace dans lequel nous circulons. Le parcours n’est pas uniquementchronologique mais aussi thématique. On retrouve de manière complète mais loind’être exhaustive ses influences, ses voyages, ses personnages, sa méthode detravail, sa palette d’artiste, sesépoques et ses tendances… Les différentes thématiques s’enchevêtrent et serépondent. Elles se font écho l’une l’autre. Voilà ce que cherchent à vous faireressentir les deux commissaires de l’exposition. Bowie est partout.

Créditphotographique : P.

La mise en espace est d’ailleursparfois déroutante. Elle prend la forme d’une déambulation dont la musique estla ligne conductrice à travers les différentes planètes de Bowie. Le voyage estparfois frustrant car nous sommes désorientés par la profusion de séquencesmais cela est pardonnable. David Bowie a toujours voulu déstabiliser son publicau travers de ces multiples facettes. L’exposition ne fait que suivre lesdifférentes directions que sa carrière a tracées. Au départ, nous nousimaginons que la musique évolue au fil de notre pérégrination mais ce n’est pasle cas. Ce sont nos déplacements à proximité de points stratégiques quidéclenchent le son et nous guident à travers l’exposition. Ce n’est plus uniquementle regard qui invite à appréhender l’espace mais aussi le son. Nous pouvonsentendre la voix de Bowie chanter, jouer et nous parler au creux de notreoreille. Il est là quelque part autour de nous.  

Changes. Turn and face the strange […]Changes. Just gonnahave a different man. Time may change me but I can’t trace time[3]

Nous regardons des indices: desbrouillons de ses textes, des accessoires de scènes  ou encore des mannequins portant ses costumesde scènes. Seulement il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compteque la fréquence audio est toujours associée à un écran. Et c’est peut-être làque le bât blesse. Le visiteur est inlassablement invité à se tourner vers unécran ou une projection murale. Cela nuit parfois au confort de l’exposition.Le public s’agglutine devant les écrans et les costumes mis en scène. Lacirculation devient alors perturbée et on est à la limite de perdre patiencepour voir une simple vitrine. Si l’afflux de visiteurs est un obstacle àtravers cette quête de Bowie, observer le public m’a captivé car, dans cevoyage dans l’univers de Bowie, nous ne sommes pas aussi seuls que le supposece casque qui isole. Le public se permet des petites libertés. Les fanschantent comme à la maison, les adeptes se laissent aller à faire descommentaires à haute voix : l’ambiance est conviviale.Bowie est partout ! Undamier au sol en interaction avec neuf écrans nous le traduit ingénieusement.Selon neuf cases sur lesquelles vous vous placez, le son d’un des clipsdiffusés sur un des écrans se déclenche. D’une case à l’autre vous voyagez àtravers ces différentes dimensions. Bowie n’est pas qu’une étoile maisplusieurs étoiles qu’il a été, qu’il est et qu’il restera. En y pensant, nousne sommes pas loin de l’adoration et du culte de la personnalité.

Crédit photographique : P.

Believingthe strangest things, loving alien…[4]

Pour ceux qui ont été envoûtéspar le chant des sirènes…ou plutôt de Bowie …Il vous est possible de finirvotre visite dans une salle d’ambiance. Affalé dans un canapé, des images deconcerts de Bowie sont projetées sur l’ensemble des parois en toile derrièrelesquelles se cachent des costumes flottants dans l’obscurité. A défaut detrouver une place pour profiter pleinement de cette aire de repos après près de2h d’exposition, je quitte le navire à contre cœur. A la sortie, délesté de monéquipement auditif, la lumière de l’extérieur et le passage inévitable par laboutique me ramènent brutalement sur terre. Mais c’est avec les yeux et les oreilles pleines d’étoiles que je reparsde cette exposition.Exposer Bowie est un défi brillamment relevé pourles fans comme pour les novices.  Lapresse n’a de cesse de parler d’ « Odyssée », de « Voyage dansl’espace », d’ « Ovni » à propos de Bowie et sonexposition. Les qualificatifs ne sont pas de trop à la Philharmonie de Paris.Le lieu, de par sa fonction et son architecture, est l’endroit idéal pouraccueillir la rétrospective de la vie de cette icône. L’exposition dépeint unesprit infiniment miroitant et polymorphe. L’exploit est réussi. Il ne vousreste plus que jusqu’au 30 mai 2015 pour partir en voyage sur Mars avec DavidBowie, l’extraterrestre aux yeux vairons.

Ohman ! Look at those cavemen go. It’s a freakiest show. Take a look at theLaw man beating up the wrong guy. Oh man! Wonder if he’ll never know? He’s inthe best selling show.Isthere life on Mars?[5]

PersonaPour en savoir plus:

http://davidbowieis.philharmoniedeparis.fr/

#David Bowie

#Musique

#Immersion


[1] Bowie David, Starman, The Rise and Fall of ZiggyStardust and the Spiders from Mars, 1872.

[2] Bowie David, Space Oddity, Space Oddity, 1972.

[3] Bowie David, Changes, Hunky Dory, 1971.

[4] Bowie David, Loving the Alien, Tonight, 1985.

[5] Bowie David, Life on Mars ?, Hunky Dory, 1971.

Et la lumière fut !

Cette année, Reims fête comme il se doit le huit centième anniversaire de sa cathédrale. Chef-d’œuvre de l’architecture gothique, cette dernière s’est vue ornée des nouveaux vitraux d’Imi Knoebel.

© Musée des Beaux-arts de Reims

Cette année, Reims fête comme il se doit le huit centième anniversaire de sa cathédrale. Chef-d’œuvre de l’architecture gothique, cette dernière s’est vue ornée des nouveaux vitraux d’Imi Knoebel. L’artiste contemporain allemand répond ici à une commande publique soutenue par le ministère de la Culture et de la Communication. Ce n’est pas la première fois que des vitraux d’édifices religieux rémois sont réalisés par des artistes contemporains. Leurs implantations témoignent du savoir-faire des maîtres verriers locaux tel que Simon Marq.

À cette occasion, le musée des Beaux-arts de Reims présente une exposition dédiée aux vitraux et à leur changement de perception grâce à ces artistes. Cette irruption de l’art profane dans un contexte sacré et dans une spécification artisanale fait écho à la reconstruction de quantité d’édifices religieux après les grandes guerres mondiales. Tel est le fil conducteur de cette exposition intitulée Couleurs et lumières : Chagall, Sima, Knoebel, Soulages… des ateliers d’art sacré au vitrail d’artiste.   

En parallèle avec la mise en lumière et couleur exceptionnelle de la façade de la cathédrale de Reims, les commissaires David Liot, directeur du musée et Catherine Delot, conservatrice en chef, nous entraînent dans un parcours initiatique avec le travail du verre, de la couleur et de la lumière. Dessins, croquis, préparations, mais aussi focus sur les artistes qui marquent le renouveau du vitrail et son évolution : cubisme, fauvisme, abstraction.

Ainsi, on retrouve le travail préparatoire d’Imi Knoebel : du rouge, du jaune et du bleu dans tous les sens ! Ces couleurs primaires, qui font partie de la palette de l’artiste, font résonance avec celles utilisées par les maîtres verriers jusqu’au 19ième siècle. Pour mettre son travail en condition, les commissaires de l’exposition ont opté pour une remarquable approche : un vitrail de l’artiste a directement été inséré au cœur de l’un des murs du musée ouvrant la perspective sur la cathédrale !

Ceux qu’il a réalisés pour la cathédrale de Reims prennent place de part et d’autres des vitraux qu’avait achevés en 1974 Marc Chagall. Dans cette lignée, le musée des Beaux-arts de Reims nous présente le travail de Chagall, bien-sûr la préparation des vitraux de la cathédrale de L’ange au sourire, mais aussi ceux qu’il a exécutés pour d’autres églises. Ainsi le travail de Sima, de Da Silva, qui ont eux aussi travaillé le verre sur d’autres édifices religieux rémois, mais aussi toute la genèse des vitraux de Pierre Soulages à l’abbaye de Conques sont exposés.

On comprend vite à quel point la création contemporaine a su saisir l’opportunité de s’immiscer là où l’on ne l’attendait plus. La lumière et le verre comme médium permettent de travailler la couleur, la translucidité et de révéler les architectures sacrées. Ainsi en témoigne le parti pris de la scénographie d’exposer sur des cimaises colorées, plongeant le visiteur dans l’ambiance émanant de chaque artiste.  Les vitraux et esquisses sont d’une grande splendeur, leur mise en situation est vraiment très réussie, surtout pour une exposition consacrée aux vitraux et donc à la lumière. En effet, nombre d’entre eux sont exposés dans des caissons lumineux en fer forgé, tel le plomb d’un vitrail, laissant apercevoir les détails et autres imperfections du verre, devant nous, à posture humaine. Splendide !

Catalogue de l’exposition,

Co-édition Point de vues et Musée des Beaux-arts de Reims

Cette exposition a par ailleurs bénéficié d’un soutien exceptionnel puisqu’elle est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication, la direction générale des patrimoines mais aussi par le service des musées de France. Pourtant, cette exposition de qualité déconcerte à la vue de la petite salle consacrée à la création du vitrail, de ses outils, de ses techniques, en fin de parcours, cachée derrière un mur. On ressent ici le manque de temps et d’espace pour proposer une initiation réussie à égale valeur que les alcôves précédentes. 

Heureusement, pour pallier ce bémol, un magnifique catalogue a été réalisé afin de pousser plus loin la réflexion sur le vitrail, rappelant les liens fondamentaux entre l’artiste et le maître verrier, la couleur, le verre et la lumière.

 Romain Klapka

La 12ème Biennale d'art contemporain de Lyon nous raconte des histoires...

Entre temps… Brusquement et ensuite : tel est l’énigmatique titre de la 12ème édition de la Biennale internationale d’art contemporain de Lyon.

Entre temps… Brusquement et ensuite : tel est l’énigmatique titre de la 12ème édition de la Biennale internationale d’art contemporain de Lyon. Le commissariat de l’exposition a été confié à Gunnar B. Kvaran, invité par Thierry Raspail à venir coproduire l’événement…et quel évènement ! Jeff Koons, Yoko Ono, Fabrice Hybert ou encore Dan Colen ont été conviés mais c’est aussi toute une nouvelle génération d’artistes qui s’expose dans le cadre de cette nouvelle biennale. Gunnar B. Kvaran a choisi de développer cette année le thème du Récit à travers la thématique de la Transmission, fil conducteur qui traverse les biennales depuis trois années.Soixante-dix-sept artistes venus du monde entier ont débarqué à Lyon pour venir nous raconter leurs récits, leurs histoires tantôt plaisantes et amusantes, tantôt mélancoliques et révoltantes, tantôt scabreuses et déroutantes…

Visiter la Biennale d’art contemporain ? C’est d’abord une affaire de temps. Dispersée sur cinq lieux à travers la ville, le visiteur est amené physiquement à se déplacer dans la capitale des Gaules pour découvrir les espaces par métro, vélo, auto et même par bateau [1]!L’exposition consiste en un parcours, en une sorte de chasse aux trésors où les merveilles seraient les œuvres. Sont à découvrir l’exposition internationale, dispersée au sein du Musée d’art contemporain (Lyon 6e), de l’espace d’exposition La Sucrière(Lyon 2e), de la Fondation Bullukian(Lyon 2e) auxquels s’ajoutent deux nouveaux espaces insolites : l’église Saint-Justet la Chaufferie de l’Antiquaille (Lyon 5e) mais pas seulement ! Résonanceset Veduta, les deux autres plateformes de la Biennale, associent de nombreuses galeries et institutions de la ville,de la région et du pays pour faire « résonner » l’exposition dans d’autres lieux mais pas seulement ! Une soixantaine de particuliers ont été sollicités, habitant Lyon et sa périphérie, pour exposer au sein de leurs maisons et appartements des œuvres des artistes de l’exposition internationale.Les habitants peuvent (ou non) ouvrir leur lieu de vie transformé, le temps de quelques mois, en espaces d’exposition insolites. L’idée me semble amusante et décalée : ces citoyens lyonnais deviennent les gardiens, les protecteurs et les médiateurs des œuvres. Les regards qu’ils peuvent proposer sur les pièces doivent être extrêmement intéressants, mais je doute que de nombreux visiteurs disposent de temps suffisant pour contempler ces œuvres chez des inconnus. En outre, l’ouverture de ces «annexes d’exposition » dépend des initiatives individuelles. Savoir où ces œuvres sont disséminées se révèle particulièrement complexe.

Installation,Tavares Strachan, 2013© Buriedatsea.org

Visiter la Biennale ? C’est un peu comme se lancer dans la lecture d’une nouvelle… mais une nouvelle visuelle écrite à soixante-dix-sept mains. Les artistes narrent des histoires, des fictions brèves mais intenses, souvent inattendues et dérangeantes qui viennent perturber le spectateur. Comme à la lecture d’une nouvelle, il faut prendre du temps pour découvrir les lieux de l’action, s’imprégner des ambiances pour se plonger entièrement dans l’univers et dans l’imaginaire des histoires qui nous sont proposées. Les formes artistiques sont multiples : vidéos, installations, performances… Chaque artiste relate une histoire parfois haute en couleurs, drôle, imaginaire, spectaculaire, onirique, personnelle ou collective. Parmi les œuvres les plus marquantes de cette biennale, Tavares Strachan raconte dans son installation le récit visuel de la vie de Sally Ride, première femme américaine cosmonaute, oubliée par l’Histoire puisqu’elle était homosexuelle et donc trop peu dans les normes pour devenir une icône américaine. Une superbe sculpture de néon suspendue dans les airs rend superbement hommage à cette femme effacée des mémoires collectives.

God Bless America, Erró,  2003-2005

©Esbaluard.org

Les artistes de la Biennale racontent aussi notre Histoire, celle avec un grand H. Au rez-de-chaussée de la Sucrière, Erró expose God Bless Bagdad,un immense tableau en noir et blanc dont le titre fait écho à la célèbre phrase God bless America lancée par Georges W.Busch au moment du déclenchement de la guerre en Irak. Dans une scène apocalyptique à la fois dramatique et ironique, Saddam Hussein côtoie un Georges W Bush déguisé en Captain America mais aussi une caricature de Ben Laden, des héros tirés de comics comme Hulk, le Joker et une pléthore de squelettes-soldats. L’horreur de la guerre côtoie l’humour et rejoint l’ultra-violence des personnages de bande dessinée.

The Great Art History, Gustavo Speridião, 2005-2013

crédits : Astrid Molitor

L’artiste brésilien Gustavo Speridiãoré invente dans son œuvre The Great ArtHistory les grands jalons de l’Histoire de l’Art en une série d’images imprimées sur des feuilles A4 où il juxtapose une image d’actualité, ou une image reconnaissable de tous, avec un titre évoquant les grandes mouvances de l’Histoire l’Art occidental. Les résultats sont très drôles, absurdes mais souvent tragiques. Les références se mélangent, s’amalgament en une fascinante installation qui rappelle le caractère profondément construit des grands mythes de notre Histoire.

My Mummy was beautiful, Yoko Ono, 2013

crédits : Astrid Molitor

Dans un registre plus poétique, les spectateurs sont amenés à se raconter à travers l’œuvre My Mummy was beautiful,œuvre touchante de l’artiste japonaise Yoko Ono où le visiteur est invité à inscrire sur les murs de la Sucrière un souvenir, un mot, une pensée pour toutes les mères du monde. Le spectateur devient acteur…ou plutôt conteur. Yoko Ono a d’ailleurs lancé durant toute la durée de la biennale une œuvre collaborative[2], où chaque personne peut raconter son rêve d’été : ces souvenirs d’un moment éphémère sont affichés de façon aléatoire sur l’un des murs de la Fondation Bullukian.

Cette sélection « coup de cœur » d’œuvres présentées dans cet article ne donne qu’un aperçu de tout ce que vous allez pouvoir découvrir lors de votre passage à la Biennale.  Entre-temps, brusquement et ensuiteestune exposition qui surprend, bouscule et questionne le spectateur. Je me suis quelque fois sentie un peu perdue face à la multiplicité des œuvres, des propositions et des discours. Ne cherchez pas « Le » sens des œuvres exposées, ils sont multiples et le plus intéressant sera celui que vous leur donnerez. L’exposition était, pour moi, comme un grand livre ouvert à parcourir : il fallait passer d’une histoire à une autre et découvrir des univers extrêmement différents. Le nom de cette nouvelle Biennale est particulièrement bien choisi. Sonnant comme l’accroche d’une intrigue de fiction, Entre-temps, brusquement et ensuite est en quelque sorte le commencement de l’histoire pour le spectateur : cet étrange titre suscite l’interrogation, la perplexité mais aussi l’imagination. Chaque visiteur peut, ainsi, créer sa propre histoire à partir de ces opérateurs de récit.

Les artistes de la Biennale vont vous raconter des récits, certes, mais cette exposition permet également une profonde réflexion sur la nature de ces histoires, car elles ne sont pas toutes bonnes à entendre comme nous l’a montré l’artiste Erró avec son œuvre God Bless Bagdad… Et ensuite ? Il ne vous reste plus que quelques semaines pour venir explorer cette 12èmeédition, ouverte jusqu'au 5 janvier 2014. Une occasion à ne pas manquer !

Astrid Molitor


[1] Il est en effet possible de relier les différents lieux de l’exposition grâce à des navettes fluviales ! http://www.rhonetourisme.com/fetes-evenements/ce-week-end/navettes-fluviales-speciales-biennale-d-art-contemporain-de-lyon-390789/


[2] http://onosummerdream.com/

Liens et informations pratiques :

- Site de la Biennale : http://www.biennaledelyon.com/

- Carte présentant les différentslieux de l’Exposition internationale (GoogleMap) :

A= Le Musée d’art contemporain

B= La Sucrière

C= La Fondation Bullukian

D= L’Église Saint-Just

La Maison de la Marionnette & le Wayang d'Indonésie

Un écran de tissu est déroulé dans la salle, une lampe halogène pend derrière. Elle éclaire des marionnettes de cuir et de corne et permet à l’histoire de se dérouler. Voici le Wayang Kulit, le théâtre d’ombres indonésien. Undalang manipule les marionnettes et propose au public une pièce d’une nuit entière rythmée d’un savant mélange de chants, de poésie, de féerie. Ce dalang est l’homme qui actionne le corps des marionnettes, mais il est accompagné par un gamelan, un orchestre. L’histoire qu’il raconte est souvent tirée des épopées hindoues le Mahâbhârata et le Râmâyana. Dans sa toute dernière exposition, la Maison de la Marionnette détaille les différents types de Wayangqui existent à travers des marionnettes découvertes de manière inédite.

©Maëlle Sinou

En effet, à la Maison de la Marionnette, différentes idées cohabitent : former à l’art de la manipulation, être un centre der essources mais aussi de résidences pour les artistes marionnettistes, valoriser un patrimoine pluriel fondé sur les marionnettes ainsi que les histoires qu’elles cachent, leurs usages et leur fabrication. Au sein d’une collection internationale regroupant 2500 pièces d’Europe, d’Afrique ou d’Asie, les personnages du wayang sont réveillés pour nous faire découvrir la culture indonésienne. Cette dernière, particulièrement syncrétique, combine les influences de la culture hindoue dans la Wayang Kulit, mais aussi celles deslégendes de l’islam qui ont donné des formes propres au Wayang Klitik ou au Wayang Golek .

© CMFWB / DGNP

© CMFWB / DGNP

L’exposition met en valeur les formes de marionnettes qui découlent de ce croisement culturel. Ainsi, au rez de chaussée, le parti pris est d’exposer les différents types de Wayang, car s’il s’agit au départ d’un théâtre d’ombres, des pièces en ronde bosse existent aussi avec des traits particuliers en fonction de leurs rôles. À l’étage, le discours est focalisé sur le récit du Râmâyana. Les personnages présentés proposent une grande diversité, entre beauté  et grotesque. En effet, des caractères se distinguent : la catégorie Putri Dangah concerne la dame noble et élégante qui possède des traits fins, une peau blanche et des yeux baissés, tandis que les démons Petruk semblent héler le visiteur avec leurs trognes grimaçantes voire belliqueuses. L’exposition se déploie sur tous les niveaux de la Maison de la Marionnette : aussi, les pièces javanaises côtoient celles africaines ou européennes. Dans ce sens, les personnages décrits peuvent être comparés à ceux que le public connaît déjà, et en même temps  dévoiler leurs propres subtilités.

Cette exposition s’intégrait dans la programmation de la biennale d’art Europalia. Cette dernière, à chacune de ses éditions, promeut la culture d’un pays à travers toutes les disciplines de la mode à la littérature, de la gastronomie au théâtre. Elle s’étend sur plusieurs villes belges et limitrophes afin d’ouvrir le public européen à de nouvelles inspirations, de nouvelles créations. Après la Chine, le Brésil, l’Inde, la Turquie... cette année, le choix s’était porté sur l’Indonésie. La Maison de la Marionnette de Tournai participait à cette dynamique et proposa autour de son exposition des workshops de construction de marionnettes, une visite guidée portée sur le Râmâyana pour les 6-12 ans et un spectacle du dalang I Made Sidia, invité spécial de l’événement.

©CMFWB / DGNP

Coline Cabouret

#ombres

#marionnettes

#festival

La Maison-Musée Hector-Berlioz : à voir et à entendre !

« Jesuis né le 11 décembre 1803 à la Côte Saint-André »


(c) Musée Hector-Berlioz

Cette simple phrase amorce les mémoires rédigés par Hector Berlioz publiés en 1865. C’est naturellement que l’on trouve dans cette commune iséroise le musée qui lui est dédié, au sein même de sa maison natale. Elle a été acquise en 1932 par l’association « les Amis de Berlioz » dans le but d’en faire un musée dédié à la mémoire de celui-ci, puis inauguré en juillet de la même année après réhabilitation. Le musée devient un établissement départemental à partir de 1968 mais sera géré par l’association jusqu’à la fin du XXème siècle. Par la suite, trois phases de réhabilitation seront initiées (1969-1975, 1989-1990 et 2002-2003). Ces différentes étapes de travaux ont pour objet la reconstitution du cadre de vie de la maison au moment où le jeune Hector y habitait. L’avant-dernière phase a aussi permis d’ajouter une boutique et une salle d’exposition temporaire qui confère alors une meilleure envergure au musée.

La scénographie du lieu est composée en trois parties. Tout d’abord au rez-de-chaussée, une première salle présente Hector Berlioz en son temps avec différents repères chronologiques.  Le courant artistique et littéraire du romantisme est l’axe qui relie le compositeur avec d’autres personnalités majeures de cette philosophie (Hugo,Liszt, Byron, etc). Une introduction succincte sur la vie personnelle de Berlioz, ainsi que ses succès et ces déconvenues vient clore ce premier niveau.Etant le seul accessible aux personnes à mobilité réduite, il était nécessaire d’y faire une présentation générale de la vie et de l’œuvre du compositeur. Ensuite,les étages ont été reconstitués pour mettre en scène la vie de la maison lorsque Berlioz enfant y vivait. Lors de la dernière réhabilitation, des enduits et peintures murales du XIXème siècle ont été retrouvées sous des couches de décors précédents. Leurs restaurations permettent de mettre en scène au mieux le mobilier d’époque. Pour finir, un voyage musical est proposé dans l’auditorium du musée. Installez-vous confortablement et laissez la musique vous faire découvrir l’univers de Berlioz.    

Une majeure partie des collections du musée est composée de dons de la descendance d’Hector Berlioz. Ce sont surtout des ressources manuscrites, partitions, mémoires et carnets de voyage du compositeur. Mais une part importante de la correspondance de la famille Berlioz y est aussi conservée. Il y a deux espaces de conservation des collections dans le musée : la réserve pour les objets et le centre de documentation (créée en 1965) pour les collections papier.

Les missions

Mes missions au sein du musée Hector-Berlioz avaient pour fil conducteur de me faire découvrir le métier de régisseur des collections. Au cours de ces quatre mois, j’ai pu étudier toutes les étapes de l’œuvre dans les collections, de son arrivée dans le musée à sa mise en exposition.

A ce titre, je me suis occupée du classement de trois fonds. Le premier fonds concerne une cantatrice iséroise,Ninon Vallin. Il contient environs 400 photographies et 700 articles de presse.Le second a été donné par l’Orphéon Municipale de Grenoble, association musicale importante de l’Isère au XXème siècle. Il est composé des documents administratifs de l’association, des photographies de leurs représentations ainsi que de médailles. Ces deux fonds n’ont pas de lien direct avec Hector Berlioz mais ils permettent une veille patrimoniale de l’histoire musicale de l’Isère. Le troisième a été légué au musée par une descendante de la famille Berlioz, Catherine Reboul-Vercier, et contient près de 700 lettres et documents administratifs ayant appartenu au compositeur et à sa famille. Un point important est donné à la cohérence dans l’organisation de ces fonds. Du classement au rangement, cela doit être fait de la manière simple et juste afin que toutes personnes souhaitant l’étudier puissent le faire le plus facilement possible.

Par la suite, je me suis occupée de réorganiser la réserve du musée. Elle se compose d’un meuble à plan, de trois armoires et de rangement pour tableaux. Mon travail s’est surtout centré sur du dépoussiérage et conditionnements d’objets. Ce sont des étapes importantes permettant de mettre en œuvre les bonnes conditions de conservation préventives pour les collections. Selon les caractéristiques physiques des objets,différents conditionnements ont été choisis. Pour les objets sans trop de volume, comme les médailles et baguettes de chefs d’orchestres, le conditionnement choisi est de la mousse de polyéthylène dans laquelle sont formés les emplacements pour les objets pour ensuite être ranger dans des boites de conservation. Ce système permet de les ranger par type. Les objets plus lourds et volumineux, tel que la vaisselle, n’ont pas été conditionnés pour une meilleure observation. Les étagères où elle est rangée sont protégées par des films de polyéthylène afin d’éviter le contact de l’objet avec des surfaces non-neutres.

Enfin, j’ai participé au montage de l’exposition « Berlioz en Italie. Voyage Musical ». Je me suis intéressée aux parties administratives préalables à la venue et au convoiement des œuvres. Cette mission passe par la création des fiches de mouvement d’œuvres, la prise de contact avec des convoyeurs spécialisés et la création des fichiers d’assurances. J’ai accompagné mon tuteur à Marseille pour récupérer une dizaine d’instruments de musique méditerranéenne, prêtés par un musicologue. L’exposition était essentiellement composée de tableaux, gravures et de manuscrits de Berlioz. De mauvaises mesures des tableaux avaient été données ce qui a causé une remise en question de la scénographie une semaine avant l’inauguration. La place restreinte des salles et des contraintes de l’agencement (deux salles avec plafond voûté) ont été problématiques pour résoudre les problèmes. Finalement, nous avons dû supprimer des lithographies pour laisser plus de places aux tableaux et aux textes.


(c) Portrait d'Hector Berlioz, Émile Signol - Villa Médicis

L’exposition vise à faire connaître une étape importante dans la vie du compositeur français. Lorsqu’il gagne leprix de Rome en 1830, par deux tentatives infructueuses, Berlioz quitte à regret Paris pour devenir pensionnaire à la Villa Médicis durant un an. La cité romaine lui semble bien moins attractive que la capitale française et il méprise la musique italienne. Il va s’évader le plus souvent possible pour découvrir les provinces et paysages qui formeront trente ans plus tard l’Italie unifiée. Le musée a choisi de présenter des tableaux et lithographie de la première moitié du XIXème siècle représentant les régions telles que Berlioz les a visitées pendant son voyage. Des manuscrits sont présents afin de compléter ses œuvres montrant que le compositeur a gardé en lui les souvenirs passé en Italie. Il s’est inspiré de ces sonorités tout au long de sa carrière pour de nombreuses œuvres, de Benvenuto Cellini à Béatrice et Bénédict en passant par Les Troyens.  

Laura Clerc 

Musée Hector-Berlioz

La scénographie au théâtre : Marivaux, Les serments indiscrets

LUCILE« Je remarque que les hommes ne sont bons qu'en qualité d'amants (…) dèsqu'ils sont heureux, les ingrats ne méritent plus de l'être. »

Serments Indiscrets Théatre du Nord

Lucile etDamnis © Anne Nordmann, Le Théâtre du Nord

LUCILE« Je remarque que les hommes ne sont bons qu'en qualité d'amants (…) dèsqu'ils sont heureux, les ingrats ne méritent plus de l'être. »

Acte I, Scène II

Faire passer desidées ? Du sens ? Avec quels outils ? Quelle place pour lepublic/ spectateur ? Quelle différence entre le spectateur au théâtre etle regardeur au musée ? Existe-t-il une véritable différence entre lescénographe qui travaille pour le théâtre et celui qui travaille pour uneexposition ? Je tenterai de répondre à ces questions à partir de la piècemise en scène par Christophe Rauck, grand prix du meilleur spectacle théâtralde l’année 2012/2013  pour Les serments indiscretsde Marivaux.

Comment traiter en 2014 un sujetdix-huitièmiste et qui semble si loin de nous : le mariage arrangé de deuxjeunes bourgeois … ?

Par la scénographie ! C’est d’abord ellequi m’a interpellée, ni passéiste, ni abstraite, elle est pleinementcontemporaine. Faire entrer le spectateur/ public dans l’univers de l’acteur,le faire entrer sur scène, lui donner le sentiment de participer à l’action.Voilà à mon sens l’un des rôles majeurs de la scénographie. C’est ce butqu’atteint Aurélie Thomas (scénographe) en créant trois espaces unifiés par lemouvement des comédiens : l’arrière-scène – qui tient lieu de coulisses àla pièce –, la scène et les gradins. Si l’intervention des comédiens dansl’espace du public, est un choix pertinent mais au final peu utilisé, le choixde créer un espace relevant presque de l’intime est très bien utilisé.  Suggérer sans montrer. Ici et là, on devinedans les deux pièces du fond, le mobilier et les silhouettes des personnages.Le procédé devient réellement intéressant lorsque Damnis fou de rage, lance lesmeubles des pièces adjacentes sur la scène. La violence est accentuée par lefait que nous ne voyons et n’entendons que le fracas de ceux-ci. La scénographerépond ici à la curiosité primaire de l’homme : voir ce qui est caché, cequi lui est interdit.

Concernant le mobilier, j’ai particulièrementapprécié qu’il ne soit pas aseptisé. Ces objets sont des : bougies àl’avant de la scène, mobilier de style XVIIIème recouvert de tissussobre et contemporain, rideau reprenant le rideau à l’italienne, etc. Bref undécor de goût qui évite l’anecdotique et que l’on pourrait encore trouveraujourd’hui dans un appartement bourgeois.

La modernisation de la pièce passe égalementpar l’utilisation de la caméra et de la vidéo. Si souvent le numérique – dansles expositions comme dans les pièces de théâtre – se résume à faire du« numérique pour le numérique », à donner l’illusion de la modernité,ici Kristelle Paré met le multimédia au service de la pièce et la projette dansune problématique toute contemporaine. Malgré cela les origines de l’œuvre nesont pas niées puisque j’ai eu le plaisir de redécouvrir sur grand écran desscènes galantes de Fragonard ou Watteau, accompagnées par La non-demande en mariage de Georges Brassens.

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Phénice et Damnis c Anne Nordmann pour le théâtre du Nord

C’est Phénice – l’un despersonnages les plus intéressant joué par Sabrina Kouroughli - qui intègre toutau long de la pièce l’outil multimédia. Petite sœur indiscrète et espiègle,elle enregistre et se joue des situations familiales. Filmant la relationambiguë de sa sœur Lucile avec Damnis, elle donne l’impression au spectateurd’être un voyeur venant se mêler d’affaires qui à l’origine ne le concerne enrien. J’ai particulièrement apprécié l’humour lors de la scène filmant lesébats de Phénice et Damnis, une scène faisant écho à certaines vidéos visiblessur le web. La scène finale, filmée en cadrage serré sur l’ensemble despersonnages, permet au spectateur de découvrir les détails de ces visages quel’on voit d’habitude de si loin … La caméra permet ici au spectateur d’être unacteur silencieux de la pièce.

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Phénice et sa caméra, Crédits : Anne Nordmann, Le Théâtre du Nord

C’est par l’intelligence de la scénographie etde l’utilisation des outils multimédia, que l’œuvre entre pleinement dans leXXIème siècle. En effet si le metteur en scène est un acteurincontournable de la pièce, de par son rôle de direction et de médiateur entreles différents acteurs du projet, j’ai senti dans cette pièce toutel’importance de la scénographie. Elle ne se résume pas ici à un simple décorqui viendrait accueillir les acteurs, mais porte en elle-même du sens,modernise l’œuvre de Marivaux, et prend ainsi une place aussi importante quen’importe quel personnage.

Ainsi s’il n’existe pas réellement dedifférence entre la scénographie théâtrale et muséale, le changement vient dumouvement. En effet si au théâtre l’action vient d’une pièce où le spectateurest statique, au musée la problématique est inversée, le public en mouvementcontemple l’œuvre statique. Mais en dehors de cette caractéristique qui doitêtre bien entendu prise en compte, la scénographie doit toujours être vecteurde sens. Or j’ai parfois le sentiment en visitant certaines expositions d’avoirplutôt affaire à une décoration. De même l’utilisation de la caméra peut êtreici une piste de réflexion dans le cadre du musée. Pourquoi ne pas réfléchirautour de cette idée d’une caméra qui intègre le spectateur, dans le cadred’une exposition. Il pourrait en effet être intéressant de faire du public, unnouvel acteur, qui pourrait ainsi partager son avis sur l’exposition ou sur uneœuvre, donnant de cette manière à son discours autant de légitimité qu’à celuid’un professionnel.

Ainsi dans une formation de muséographe, etmême si la scénographie n’est pas au centre de notre travail, il me semblenécessaire d’avoir une vision interdisciplinaire, celle-ci nous donnant despistes pour travailler en bonne intelligence avec un scénographe.

Si vous avez manqué les représentationslilloises, je vous conseille de faire comme moi et d’aller voir Phèdre au Théâtre du Nord dans unenouvelle collaboration de Christophe Rauck et Aurélie Thomas.

Cette interdisplinarité indispensable estégalement mise en valeur par le théâtre qui organise très ponctuellement desexpositions. Cela me donnera l’occasion de vous reparler de scénographie lorsde mon prochain article, mais cette fois pour une exposition au théâtre.

Marion Boistel

Pour aller plus loin :

Pour de plus amples informations surla pièce.

Pour approfondir la problématique de la scénographie au théâtre

#Théâtre

#Scénographie 

#Christophe Rauck

Le monde décapant du Bazarnaom d'Hiver

Un soir, ma mère me propose departiciper à un événement assez attendu par les habitants de Caen : le Bazarnaom d’Hiver. Cet événement est organisé par un collectif spécialisé dansles spectacles de rue. Tous les deux ans, il imagine un univers extravagant et burlesque pour présenter des créations de compagnies locales ou nationales de théâtre et spectacles de rue. La convivialité et le rire y sont obligatoires !

© Bazarnaom

Un soir, ma mère me propose departiciper à un événement assez attendu par les habitants de Caen : le Bazarnaom d’Hiver. Cet événement est organisé par un collectif spécialisé dansles spectacles de rue. Tous les deux ans, il imagine un univers extravagant et burlesque pour présenter des créations de compagnies locales ou nationales de théâtre et spectacles de rue. La convivialité et le rire y sont obligatoires !

La thématique de cette annéeest « Un monde de fou ! », laissant présager desreprésentations déjantés. Pour attiser la curiosité et le suspens, le lieu estgardé secret. Nous avons donc rendez-vous sur une place du centre-ville, qui àl’heure dite est assez calme, sans aucune structure présageant que du théâtreva commencer ici.

Et tout d’un coup des sifflets, descris, des bruits de train et un groupe d’hommes déguisés en cheminotsperturbent le calme de la place ! Ils réunissent les gens, un peuchamboulés de ce vacarme inattendu, les font s’installer dans des wagonsimaginaires, en rang par deux. Chacun est gentiment bousculé de sa zone deconfort. Certains ont du mal à jouer le jeu, n’ayant pas l’habitude d’êtreimpliqués et investis lorsqu’ils assistent à des spectacles. Mais dansl’ensemble, la situation cocasse établit une bonne ambiance.

Une fois le cortège organisé et rangé,le ‘train’ peut quitter sa gare : nous voilà donc entraîné par lescomédiens-cheminots de trottoirs en trottoirs. On se laisse guider, on parleavec les autres « passagers » tout en redécouvrant la ville. Levoyage est presque la métaphore d’une traversée des mondes, une épopéeinitiatique pour pénétrer dans l’univers farfelu du Bazarnaom. Ce parcoursdevient une sorte d’engagement des participants à lâcher prise, se laissersurprendre et partager un moment divertissant.

Une fois arrivés, une fanfare de nonprofessionnels, ni même réellement amateurs (simplement curieux de nouvellespratiques), nous accueille dans la cour par un joyeux vacarme désaccordé. Nousdécouvrons que c’est une ancienne caserne de pompiers qui est réinvestit(d’ailleurs en clin d’œil avec le premier spectacle de la troupe fondatrice duBazarnaom qui mettait en scène des pompiers).

La fanfare de bienvenue, © Béa Guillot

À l’intérieur, nous découvrons ununivers loufoque propre au Bazarnaom : une boutique d’objets improbables,dite « La charcuterie d’œuvres » (qui est en fait une vitrine desaccessoires des spectacles précédents), une boîte à photos (photomaton avec desornements et chapeaux saugrenus) et un atelier de sérigraphie. Au cœur de cesanimations, deux espaces distincts accueillent les spectacles : un podiumde défilé et un petit amphithéâtre.

La bulle ainsi créée suscitel’imagination, la découverte et l’échange de souvenirs d’anciens spectacles.L’environnement semble hors norme : les gens échangent entre eux sans seconnaître, racontent leurs souvenirs sur les éditions précédentes alors qu’ilsn’auraient probablement pas échangés un sourire ailleurs. C’est la redécouvertedu partage et de l’instant présent.

Machine à remonter le temps en vente (2 756€), réellement ancien accessoire, © Béa Guillot

Le premier spectacle de la soirée, Cocktail Party, est presque muet maistrès explicite. La société contemporaine y est passée au crible : lerapport à autrui, le bonheur, l’amitié, l’amour, la sexualité, la maladie, lamort, la société de consommation, les apparences ou encore l’entre-aide sontautant de thématiques évoquées dans ce pamphlet au rire grinçant.

Le deuxième spectacle, Défilé Bœuf Mode,  évoque, sous couvert d’un défilé, la diversité,la liberté, l’écologie, la religion, le paraître et même la politique avecbeaucoup d’humour.

Création pour DéfiléBœuf Mode, © Béa Guillot

Ces propositions théâtrales enapparence absurdes sont très subtiles et clairvoyantes. « Nos idées sontparfois tordues, mais c’est en pliant les idées-reçues qu’on pourra avancerensemble », nous annoncent-ils. Nous sommes invités à questionner notreenvironnement, réfléchir en s’amusant et nous éloigner de « notrebulle ». Cette immersion dans un monde annoncé comme fou est surtout unmiroir grossissant de notre société.

Finalement cette soirée fut unenchainement de surprises et d’étonnements. L’entrée en matière assez atypiquedonne un avant-goût : on rit, on discute avec des inconnus, on se laissetransporter et on se déconnecte du quotidien. Sans réellement s’en rendrecompte, notre imagination est éveillée et on regarde l’environnementdifféremment ; l’attitude change.

Le plus épatant, c’est que leBazarnaom continue d’exister et de s’enrichir à chaque nouvelle édition grâce àl’engouement et l’appui des citoyens, plus que celui des politiques. De fait,le soutien des instances territoriales a longtemps été timide. Aujourd’huifinalement, la ville de Caen, le département Calvados et la région Normandiesont partenaires. Bien que le ministère de la Culture ne soit pas engagé àsoutenir l’événement, une certaine forme de démocratisation culturelle s’estdéveloppée d’elle-même : les gens, d’âges et catégoriessocio-professionnelles étendues, se retrouvent sans séparation, unis par lesmêmes goûts. La reconnaissance de l’événement par le monde du spectacle vivantau niveau national n’a pas attendu ces appuis ! La liberté de créer et lapersévérance des acteurs de ces espaces artistiques alternatifs face audésintérêt des politiques est une belle leçon.

CM

#artderue

#spectaclevivant

#partage

Pour en savoir plus: 

http://www.bazarnaom.com

Le musée de la danse numérique : une expérience interactive saisissante!

Le musée de la danse numérique illustre un dispositif d'innovation culturelle soutenu en 2010 par le programme « Culture Labs » mis en place par le Ministère de la Culture et de la Communication.

Design graphique et interactif : g.u.i. 

(Nicolas Couturier, 

Bachir Soussi-Chiadmi, Julien Gargot)

Le musée de la danse numérique illustre un dispositif d'innovation culturelle soutenu en 2010 par le programme « Culture Labs » mis en place par le Ministère de la Culture et de la Communication. « Né d'un croisement contre-nature entre le musée, lieu de conservation, la danse, art du mouvement, et le centre chorégraphique, lieu de production et de résidence, le Musée de la danse est un paradoxe qui tire sa dynamique de ses propres contradictions : un espace expérimental pour penser, pratiquer et élargir les frontières de ce phénomène qu'on appelle la danse ; et une opération qui s'actualise à chacune de ses manifestations ».

Le Musée de la danse se caractérise comme une « idée nomade » qui interroge son statut  et sa mise en forme. Son exposition permanente intitulée « « Expo zéro » est un projet d’exposition sans œuvres : pas de photos, de sculptures, d’installations ni de vidéos. Zéro chose, aucun objet stable. Mais des artistes, des zones occupées par les gestes, les projets, les corps, les histoires, les danses que chacun a bien voulu imaginer». Créée à l'initiative de Boris Charmatz, elle accueille dix personnalités (artistes, architectes, chercheurs...) en résidence dans des espaces (Le Garage/Rennes, Le LiFE/Saint Nazaire, TheatreWorks/Singapour) pour présenter leurs visions, subjectives et utopiques, de ce que pourrait être un «Musée de la danse». Original, innovant et surprenant, le Musée de la danse interroge la définition même du musée à partir de l'exposition d'un patrimoine immatériel tel que la danse.

« Expo Zéro » propose une visite virtuelle par une interface interactive Flash/ActionScript 3 afin de créer un parcours vidéo immersif. Considérant le public au cœur des préoccupations du musée, «Expo Zéro» amène une approche participative du visiteur en lui laissant la liberté de son parcours. Dès le départ, on lui demande : « Par où voulez-vous entrer : [l'entrée normale] ou [une porte dérobée] ? ». Selon le profil des publics, deux approches sont offertes : la sécurité d'un parcours traditionnel ou le danger d'un parcours « aventure ». Adapté à la sensibilité de chacun, ce simple dispositif permet de répondre aux attentes du visiteur et de se l'approprier. On se pose alors la question si le contenu varie en fonction des chemins choisis. A fortiori pas complètement, certaines séquences se recoupent et d'autres sont exclusives. Ainsi il n'y a pas de perte de contenu et chacun s'y retrouve à son niveau.

Calquée sur l'expérience du réel, la visite se fait progressivement de l'extérieur vers l'intérieur. La version « aventure » saisi le visiteur dans la spirale de folie de Boris Charmatz qui expose théâtralement ses interrogations sur la naissance du musée de la danse : « par où se fait l'entrée, de quelle manière et que découvre-t-on en premier? » Le visiteur est aussitôt appelé à réagir : « Que mettriez-vous dans la première pièce : [une sculpture de corps] ou [une danseuse au travail]? » Toujours présenté sur le ton de l'humour et du décalage, le postulat de l'œuvre se pose alors : objet ou humain? L'ironie à toute épreuve, la sculpture de corps n'est en fait pas un objet. Il s'agit d'une performance nouant des danseurs entre eux dans des positions insolites et exubérantes. A l'inverse, la version dite « normale » propose « d'écouter une discussion sur les musées » d'un illustre inconnu. Son discours présente au visiteur le principe de l' « Expo Zéro » qui est avant tout conceptuel : « présenter des mouvements, des corps et des chorégraphies sans tomber dans les musées traditionnels, lieux d'accumulation d'objets (costumes, décoration, photo, etc). » L'importance, selon lui, est simplement la transmission du savoir. Ainsi averti, le visiteur peut continuer son parcours en connaissance de cause.

Le musée de la danse ne tient pas à retracer l'histoire de la danse, cependant la notion de « patrimoine chorégraphique » est tout de même évoqué. Parmi les grandes figures de la danse sont citées Vaslav Fomitch Nijinski, Pina Bausch et Trisha Brown. Leur œuvres sont amenées à être (re)découvertes soit à travers des ré-appropriations, soit d'une manière encore décalée telle qu'« une partition de Trisha Brown à l'envers ». Par ailleurs, quelques grandes disciplines sont aussi évoquées comme le « contact improvisation », une des formes les plus connues et les plus caractéristiques de la danse postmoderne. Enfin, une rencontre avec Tim Etchells (grand performer contemporain) permet de se questionner sur ce qu'est la performance. La visite permet au spectateur de mettre directement en application cet enseignement en décrivant la performance suivante. Par la même occasion, Tim Etchells interroge le rapport de proximité entre l'œuvre (le danseur) et le public. Quelques séquences plus tard surgit une proposition encore plus déroutante. Le visiteur est appelé à payer un euro symbolique pour « visiter l'expo spéciale de Tim Etchells ». L'artiste explique que « tout le reste est gratuit mais celle-ci est vraiment spéciale » et un message de contribution est alors envoyé à l'écran avec l'adresse postale où l'envoyer. Peut-être incongru, la question est ici d'interroger les politiques tarifaires des musées. Provocation ou véritable test, on ne comprend pas nécessairement la démarche. Quoi qu'il en soit, cela peut être vécu comme une frustration car on passe un premier sas en donnant de l'argent virtuel puis une nouvelle frontière nous rappelle d'envoyer une réelle contribution. Cette fois, c'est la frontière du réel et du virtuel qui pose question d'une façon dérangeante.

Le musée de la danse numérique est d'une qualité plastique remarquable. Tous les cadrages, points de vue et angles de vue sont pris d'une manière intimiste. La notion de spectacle s'efface, on découvre l'envers des décors et on pénètre dans le quotidien des danseurs d'une manière sensible. Le parti-pris cinématographique ne fait qu'accentuer ce caractère immatériel par des compositions d'images complexes (mises en abîmes, interpénétrations de plans, surfaces réfléchissantes, etc). De plus, des effets visuels de floutage dématérialisent les images qui deviennent peu à peu des mirages, des illusions ou même des rêveries. On a l'impression de se réveiller à chaque fois dans de nouveaux lieux. Les espaces ne sont pas clairement identifiables et on se demande souvent où on a été transporté, quelques fois dans les recoins d'une friche, d'autres dans une salle de danse ou alors même perdu dans des couloirs... L'ambiance sensorielle particulièrement bien travaillée reste toujours très subtile et très prenante. Privilégiant le silence à la musique, il y a toujours des sons parasites, des bruitages, des grincements... La séquence « couloir obscur » met le spectateur en position d'aveugle. Un chuchotement intrigant à la respiration lourde fait appel à l'imaginaire du spectateur. On lui demande de se visualiser tout ce qui n'est pas perceptible à l'œil et de se créer son paysage fantasmagorique.

Conçu comme un musée vivant, la médiation privilégiée est celle du « guide-artiste » qui commente les chorégraphies en temps réel ; cela peut être le danseur ou son professeur. La plupart d'entre eux parlent uniquement en anglais mais de façon lente et compréhensible. Cependant, il est dommage que, pour un individu sans aucune notion d'anglais, ces outils de médiations ne soient pas accessibles. A contrario, il est annoncé une version de la visite en anglais et les choix des parcours sont uniquement écrits en français. Il semble que la question des langues ai été malheureusement négligée. Pourtant, ce musée laisse penser à une nouvelle approche de l'accessibilité des musées. La position d'aveugle est directement vécue dans le parcours, (la partie auditive perd de son intérêt si on ne parle pas anglais), l'accessibilité en ligne est gratuite et facile pour chacun. Il peut néanmoins manquer un peu d'informations pour ceux qui n'ont pas de connaissances de la danse contemporaine. Le musée de la danse revendique clairement que l'approche expérimentale doit primer mais doit-on pour autant négliger l'aspect culturel?

Le musée de la danse propose avant tout un bel espace de réflexion sur l'exposition du patrimoine immatériel. Mettant sens dessus dessous les rapports établis entre le public, l'art, ses territoires physiques & imaginaires, le Musée de la danse propose une approche muséographique hybride et ludique. Sa mission de délectation est ainsi assurée. « Expo Zéro » interroge les formes de médiations traditionnelles et nous laisse penser que les voies de l'humour et du décalage permettent de faire passer un discours plus fluidement. Quel bel espoir de voir la conception, la démocratisation culturelle évoluer!

Elodie Bay

Le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles : mécréants ou serviteurs de la musique ? Le grand inquisiteur a mené l'enquête.

« Quesont les instruments de musique sans musique ? Des trucs, desbibelots certes jolis mais inutiles. Ils perdent leur raison d'être,si ce n'est pour servir de boite à cookies, de pot de fleurs,d'urinoir, de batte de baseball, de fausse mitraillette, de jouetcoquin ; mais même pour cela ils sont moins aptes que d'autresobjets, qu'on ne songerait même pas à exposer. Se sont les sonsqu'ils produisent qui font de ces breloques aux formes incongrues despetites merveilles ; qui racontent alors l'histoire de laculture dont ils sont issus, dans ce langage universel qu'est lamusique. Alors pourquoi les faire taire ? Pourquoi les enfermerau musée et en faire des bagatelles ? Qui sont cesconservateurs fous ? Ne méritent-ils pas d'être pendus par lestripes, ces gredins ? Comment le Musée des Instruments de Musique deBruxelles ose-t-il s'enorgueillir de posséder 8000 instruments?Juste parce qu'il expose des bidules vidés de leur substance !Des machins en bois ou en ferraille avec des fils quipendouillent ?!  Ah ! Les fripons ! »

Voicile cri de rage et l'état d'esprit frondeur avec lequel Tomas delTorquémidi, grand inquisiteur et critique musical, vint à Bruxelles ce samedi 3 novembre 2012, prêt à endécoudre avec ces mécréants. Mais bien vite il déchanta et dûtremballer son zèle légendaire. D'abord il fut interloqué par leslogan du MIM : « vous allez voir ce que vous allezentendre ».

« Entendre »et « voir », deux mots qui résument bien le parcoursproposé par ce musée, et la façon dont il met en valeur sacollection.


Crédits : Daniel Bonifacio

Ici, point de bagatelles. Et quand bien même, ce sont des objetsparfaitement conservés et fort bien mis en valeur par des lumièresindividuelles et des cartels complets. Tout cela dans des vitrinesthématiques avec un nombre d'instruments restreint présentés defaçon claire : sur 8000, 1200 ont été savamment sélectionnés.Chacun se laisse admirer comme le tableau d'un musée des beaux arts,avec une scénographie dynamique. Le volet « voir » étaitdonc réussi, mais n'aurait pas suffit à calmer le zèle deTorquémidi.

Carcet homme aux oreilles nymphomanes avait besoin de sentir les sonsvibrer. Le musée lui a permis d'atteindre de multiples orgasmesauditifs grâce à l'audioguide qu'il a reçu à l'accueil. Celui-cidéclenche automatiquement la musique liée au groupe d'instrument dela vitrine devant laquelle on se trouve. Musique qui permet à lafois de restituer le son de l'instrument, mais aussi le genre demusique lié à la période, à la situation géographique et aucontexte social dans lequel il était utilisé. L'inquisiteur futalors emporté dans une orgie sonore, il vit dans son esprit lesinstruments revivre.

Bien qu'il n'ait fait que la visite individuelle, il avait apprit que lemusée proposait en outre des ateliers musicaux, surtout pour lesenfants et les personnes handicapés. Ils permettent aux visiteursd'essayer des instruments. Pour les sourds et mal-entendants il y amême un caisson vibrant qui leur permet de ressentir différentssons à travers tout leur corps. Encore un moyen, pensait-il, derendre à leurs instruments leur véritable nature. Il y a aussi lesvisites guidées. Bien qu'il n'en fit pas, il avait écouté au loin,puis posé des questions à un des guides. Il apprit alors que lesvisites guidées avaient un thème précis qui changeaitrégulièrement, afin de révéler les multiples richesses del'exposition et d'augmenter la probabilité de faire revenir lesvisiteurs pour revoir le parcours.

Et c'est bien le parcours muséographique qui acheva de convaincreTorquémidi que le MIM n'était pas le diable. Celui-ci permet eneffet de remettre les instruments dans leur contexte, de raconterleur histoire ; mais mieux encore il apporte des réflexions surla musique. Il y a d'abord quatre grands thèmes : au premierétage les traditions du monde (musiques traditionnelles du mondeentier), au second la musique savante occidentale (de l'antiquité àla fin du XIXe), au quatrième les claviers et les cordes, ausous-sol les instruments mécaniques (qu'il n'a pas eu le temps devisiter). A travers ces thèmes, on y raconte l'histoire de lamusique, on y fait un tour du monde, on y fait de l'anthropologiemusicale.

Une de ces réflexions porte sur l'origine populaire de chaqueinstrument. Il y a comme un effet miroir entre le premier et ledeuxième étage. Les violons des ménétriers deviennent ceux desmusiciens de la cour du Roi, les hautbois des fêtes populaires seretrouvent dans les ensembles baroques... Le musée pourrait presqueêtre qualifié de musée ethnologique. 


Crédits : Daniel Bonifacio

     Le tour du monde au premier étage débute en Belgique, puis on traversel'Europe, l'Orient, l'Afrique, l'Asie, l'Océanie. Mais on ne voyagepas bêtement. On apprend que malgré les particularités sonores dechaque culture, les instruments et leurs usages ne connaissent pas defrontière. Par exemple, dans un même espace on trouve des cithares(instrument à corde qu'on trouve aussi en Europe) de paysextrêmement différents : Japon, Égypte, Corée, Tanzanie,Madagascar, Rwanda... On nous montre aussi des ensemblesinstrumentaux, tel que le gamelan de Java (groupe de percussions), unensemble de musique rituelle tibétain, ou au deuxième un orchestredu XVIIIe en occident.


Crédits : Daniel Bonifacio

Ainsi, chaque instrument est rendu vivant à la fois par le son, mais aussipar son contexte, son utilisation, son histoire. Par exemple, onapprend que la plupart des instruments nous viennent d'Orient, lacornemuse était très répandue dans toute l'Europe. On apprendcomment le clavicorde du XVIe est devenu le piano moderne. On peutentendre la musique des grands compositeurs tel qu'eux l'entendaientavec les instruments de leur époque.

Tout cela plût beaucoup à l'inquisiteur. Mais, épouvanté par cesentiment bizarre d'être heureux et satisfait, il s'en alla auxtoilettes (très propres et spacieuses par ailleurs), se mit de l'eaufraîche sur le visage, et remit son esprit critique en état demarche. Et là, bien que restant satisfait globalement, il commençaà être irrité par certaines choses. Et remarqua que lamuséographie était encore en gestation,et que quelques détailspourraient être améliorés.

L'audioguidejoue certes les sons, mais aucune information sur le morceaujoué : quel style, quel époque, titre ? Est-ce unemusique typique de l'époque et de quel milieu social ? La musiqueque joue l'ensemble gamelan, par exemple, aurait mérité undéveloppement : elle est, en effet, jouée par des musulmans maiscomporte encore les formes et une spiritualité propres àl'hindouisme. Seul la photo de l'instrument apparaît sur l'écran,tant pis pour les curieux et les mélomanes, tant mieux pourTorquémidi qui est enfin redevenu un peu frustré et hargneux.

De plus le caractère automatique de cet audioguide irrita Torquémidi,qui n'avait pas forcément envie d'écouter des minutes d’accordéonet était passé devant les flûtes dont la musique avait du mal àse déclencher, il aurait préféré le faire de lui-même. Et il setrouvait ridicule avec ce gros boîtier lourd qu'il collait à sonoreille depuis deux heures, alors qu'un petit casque aurait étéplus pratique.

La médiation pour les visites non guidées le laissa aussi perplexe. Cemaniaque a cherché longtemps la partie numéro cinq qui n'existevisiblement pas, et il ne comprenait plus l'ordre de la visite quiétait mal indiquée, passant de la partie 6 à la partie 22 puis la15 ; mais où est donc la 5 !? Il regrettait de ne pasavoir fait la visite guidée, mais encore plus que l'audioguide nefasse pas cet office.

Cet inquisiteur d'habitude si exalté à l'idée d'assouvir sa haine àtravers des articles assassins, rentra chez lui fatigué etmalheureux d'être aussi content. Le MIM n'a visiblement pas fait desses 8000 instruments des vulgaires babioles, au contraire : ilsles fait vivre, puis à travers eux nous raconte l'histoire de lamusique et nous fait voyager. Il devait bien admettre que finalementla musique pouvait avoir sa place dans un musée.

Daniel Bonifacio Musée des Instruments de Musique de Bruxelleshttp://www.mim.be/Du mardi au vendredi : 9h30 - 17h00Samedi et dimanche : 10h – 17h00

Osez, osez, Evelyne !

La Zouzeau Next festival : embarquez à bord du Galaxia, une expérience unique

Article à plusieurs mains 

La Zouze est une compagnie de danse,notamment conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication,basée à Marseille et dirigée par Christophe Haleb, tour à tour chorégraphe,directeur artistique, danseur et pédagogue. Née il y a 20 ans, cette compagnie a la particularité d’investir sans cesse de nouveaux lieux et de construire des créations de manière collective, y faisant intervenir le réseau culturel local.L’expression « laboratoire participatif public » la définit parfaitement. Espace, corps et interdisciplinarité en sont des maîtres mots.Depuis ses débuts au Théâtre Contemporain de la Danse à Paris, puis sa participation au festival d’Avignon, au Théâtre National de Chaillot, à la Townhouse Gallery au Caire ou encore lors de l’inauguration du MUCEM, La Zouze cherche toujours à s’ouvrir à de nouveaux spectateurs et à multiplier les regards. Sa participation à la soirée de clôture« See You NEXT Time » du Next festival, qui s’est déroulé du15 au 30 novembre 2013, fut une nouvelle occasion de choix pour proposer son univers à un public habitué aux créations contemporaines novatrices et engagées. Elle proposait son spectacle Evelyne House Of Shamedécliné pour l'occasion en Galaxia. C'est de cet événement dont nous allons développer le déroulement.

Ce festival international et transfrontalier vise à soutenir, produire et diffuse rla création et les nouvelles formes artistiques dans le domaine des arts vivants au sein de l’Eurométropole Lille - Kortrijk - Tournai et Valenciennes.En collaborant ensemble, ce sont cinq structures culturelles qui s’unissent pour dynamiser cette région : la Maison de la Culture de Tournai, le Cultuurcentrum de Kortrijk, le centre d'arts de BUDA de Courtrai, La Rose des Vents à Villeneuve d'Ascq et l'Espace Pasolini, théâtre international de Valenciennes.

Crédits : Lucie Vallade

        Ence qui concerne notre stricte participation en amont, rappelons tout d’abordque d’autres étudiants préparaient également cette soirée avec nous, « muséophiles ».  Trois étudiants en Arts du spectacle del’université d’Artois répétaient au sein de l’atelier chorégraphique et desétudiants des Beaux-Arts de Tournai s’occupaient des projections vidéos etautres technologies iconographiques et ont, comme nous, collaboré à la mise enplace d’éléments plastiques et scénographiques. Pendant ce temps, nous noussommes astreintes, ainsi que Aurélien, étudiant en Master 2 Arts duspectacle à l’université d’Artois, à des tâches manuelles et artistiques :peinture de socles/estrades et atelier graphique.

Crédits : Lucie Vallade

Eh bien oui, ces cubes blancs que vousvoyez dans cette photo à droite, ce sont nos petites mimines qui les ontpeints, et en rythme, pendant les répétitions chorégraphiques !Sous-couche, couche et retouches, nous sommes prêtes pour nos montages d’expo. !

En ce qui concernel’atelier graphique, nous mettions à contribution nos imaginaires et nosréférences en tous genres. Notre objectif ? Concevoir et dessiner destypographies, les attribuer à des phrases puis les apposer sur des plaques enpolystyrène. Dans quel but ? Comme à l’arrivée en gare ou à l’aéroport,que chaque danseur tienne une plaque afin d’accueillir le public. Nous y avonsmis soin et rigueur, mais nous ignorions alors le destin desdites plaques… être détruites : l’art del’éphémère. Ce que nous retiendrons ? L’esprit d’équipe et d’initiative,de la bonne humeur sous des ambiances festives avec un accueil chaleureux de lapart de la compagnie : un régal ! Enfin, n’oublions pas l’essentiel,participer à cet évènement aura nourri et stimulé notre regard sur la place desarts du spectacle au sein des musées et des espaces d’exposition.

Entreles guindes et la piste de danse : entre organisateurs et spectateurs

        Samedi soir, 23:00, le momentest venu pour nous d'accomplir la modeste – mais ô combien importante – tâchequi nous a été confiée : actionner les guindes de la structure qui constitue lapièce maîtresse de la soirée. C'est notamment autour de cette  impressionnante méduse de papier que la fêtes'articule. Imposante et informe, ajourée à la manière d'une délicate dentelle,elle devient un support à des projections lumineuses faisant varierl'atmosphère. 

Crédits : Marine

        Sa robe, tantôt mauve ou bleutée,accompagne une musique parfois enjouée puis inquiétante. Le temps d'une soirée,nous devenons marionnettistes et jouons avec les ficelles de ce décor quirespire au rythme de la fête. Attentifs, nous travaillons en symbiose avec lescollègues situés de part et d'autres de la salle afin de chorégraphier lesmouvements de l'élégant OVNI. L'interaction entre également en jeu avec lamusique, les danseurs, les chanteurs et les participants qui se retrouventparfois enfermés dans le ventre de la bête qui finira en miettes.En effet, àmesure que les passagers du vaisseau imaginaire GALAXIA s'approprientles lieux, ils commencent à jouer avec la structure en allant jusqu'à ladéchiqueter pour en faire des confettis ou un habit de fortune. La force de cedécor éphémère réside dans l'esthétique de la destruction. Qu'il s'agisse despancartes que nous avions confectionnées, du décor tout entier ou des costumesdes danseurs, tout finit par être dissolu dans l'atmosphère festive. A l'imagede l'ambiance, le décor évolue jusqu'à laisser place à un nostalgiquecapharnaüm, comme dans toute fête réussie... 

        Grâce à ce rôle« d'actionneurs de guindes » synchronisés, nous faisons désormaispartie intégrante de la troupe. Une intégration quis'est difficilement mise en place pendant la phase de préparation. Côtoyer desdanseurs dont le rapport au corps est tout à fait différent du nôtre nous arenvoyées à notre propre relation au corps. Leur « décomplexion »suscite l'admiration autant qu'elle nous confronte crûment à notre pudeur« intériorisante ».Lorsque notremission est achevée, nous pouvons désormais nous mêler à la foule, portées parla joie d'avoir participé à la mise en place des festivités. Nous pouvons alorslaisser s'exprimer nos corps dans la folie galaxienne. Situés entremembres actifs de la troupe et simples spectateurs, notre statut particuliernous a  permis de nous investir dans unrôle de relais avec le public en lui montrant la marche à suivre pour le quadrilleou le jeu du Kissing-Game.

        Concentréespuis décontractées, nous avons pu expérimenter la soirée selon différentspoints de vue ce qui l'a rendue d'autant plus agréable à vivre. Une expérienceiconoclaste qui fait du bien et que nous avons hâte de renouveler uniquement ducôté du spectateur ! Notre perception en sera-t-elle changée ?

Evelyne,  je t'aime... moi non plus...

        Chez Evelyne, le publiccatapulté spect’acteur se trouve sur le plateau, ou plus exactement l’espace duspectateur et l’espace du performeur, traditionnellement distincts, forment unéden unique à vivre ensemble. Si une partie du public (averti de l’originalitéde l’œuvre dans laquelle il a choisi d’entrer) joue le jeu et profitepleinement de ce moment hors du temps pour s’exprimer et éprouver sans taboucette contrée de liberté, cette aire partagée demeure pour beaucoup difficile àinvestir et apprivoiser.

        Sous-estimer le cadre et le rôlehabituellement dévolu au spectateur et la proposition de s’en écarterconstitue, dans le meilleur des cas, une maladresse. Troquer les limitesrassurantes de son fauteuil contre l’inconnu in situ demande parfois efforts etencouragements.

Crédits : Marine

        Au cours du spectacle, le publicest notamment sollicité afin de former différents groupes en fonction decaractéristiques capillaires. Une jeune femme blonde paraît désorientée. Ellehésite à rejoindre le groupe en train de se constituer, à la périphérie de lasalle, autour d’un danseur chef de file des créatures à la chevelure couleurdes blés.

Quelsrisques prend-elle ? Quelles peuvent être les raisons de ses tergiversations ?

Quittertemporairement son groupe d’amis et être confrontée directement à des inconnus.Être exposée au regard de l’assemblée le temps de l’exposition de ce petitgroupe sous les feux des projecteurs. Participer et être éventuellemententraînée, ensuite, dans les circonvolutions du spectacle qu’elle ne maîtrisepas.Cettejeune femme, rassurée sur la suite des événements, rejoint finalement quelquescourageux intrépides et s’installe au pied du podium où trône la reine desêtres de son espèce. Elle contribue ainsi à la création d’un des nombreuxtableaux de la pièce… Elle n’a cependant pas connu le souffle rafraîchissant dulâcher prise.

        Lespectacle suit son cours, avec ou sans elle, mais le principe est laparticipation du public. Il s’enrichit de celle-ci et s’épanouit à cettecondition.Danscette optique les professionnels et amateurs bénévoles référents au cœur de lastructure protéiforme d’Evelyne ont tout à gagner à prendre quelques instantssupplémentaires pour guider en douceur les participants. Mieux accompagnés, cesderniers bénéficieront de la dynamique d’enrichissement par l’expérienceinitiée par la Diva.

Deux spect'actrices livrent sansdétour leurs impressions :

        Pauline, intéressée par « leconcept de spectacle interactif », regrette qu'il ne soit pas « complètementexploité par la troupe qui propose surtout une déconstruction de l'organisationspatiale de la pièce de théâtre. Une grande partie de la soirée se passe àobserver les différentes performances. Le public reste dans le flou quant aurôle et aux initiatives qui lui sont laissés. Le point culminant de la soiréereste le quadrille, qui rassemble le public. Mais la participation[decelui-ci], trop irrégulière par rapport aux nombreux moments de flottement,ne m'a pas permis de me prendre au jeu ».Cyrielleest arrivée à la Maison de la Culture « pleine de curiosité etd'attentes » se demandant d'emblée « comment la troupe[animera] cette soirée présentée comme totalement folle ? ».Lors du concert d'ouverture, elle est « surprise par l'immobilité dupublic ». « La troupe nous emmène ensuite dans les différentsespaces où se déroulent des performances auxquelles le public est parfoisinvité à participer. Ces moments participatifs sont très amusants mais on peutregretter que les performances non participatives soient parfois trop longueset trop à distance du public qui, n'étant pas dans le même monde que la troupe,a parfois du mal à comprendre ce qui se passe autour de lui. La troupe a vouludéstructurer les codes de la fête et elle y est arrivée mais peut-être un peutrop, car le fêtard devient souvent plus spectateur qu'acteur de la fête,d'autant que les temps morts entre deux performances sont souvent longs. »

        Toutesdeux auraient souhaité des moments consacrés à la danse plus développés aucours de la soirée ainsi qu'une plus forte présence de la musique, maisconcluent respectivement ainsi : «certains moments étaient vraimentbien, mais trop rares pour exploiter le concept jusqu'au bout »,« j'ai passé une très bonne soirée, inhabituelle, déjantée, à l'image deLa Zouze."

        Le public d'Evelyne, tout commeelle, est exigeant et cela ne peut qu'être source d'émulation pour de futuresexpériences plus riches et appréciées.

        Evelyne propose, en plus decette invitation à faire « spectacle » ensemble, son corps augmenté,détourné, paré, nu. Ce corps n’est pas à bonne distance, sur le plateau, maiseffleure, entoure le spect’acteur. Le regard et l’attitude, mis en question, setravaillent.

        Certains considèrent Evelynecomme une provocation, d’autres comme une créature séduisante qu’il faut suivresans crainte, d’autres encore comme un cadre privilégié où expérimenterprudemment ses différentes limites.

Evelynepeut être tout cela et plus encore, c’est à vous de la sculpter, de la vivre,de la partager.

Osons entrer dans la danse, apprenties muséographes !        Quel intérêt des étudiantes en muséographiepeuvent-elles bien trouver à participer à l'élaboration de la soirée de clôturedu festival Next ? A priori cela n'a rien d'évident, et pourtant, le travailfourni par la compagnie La Zouzen'est pas si éloigné du travail du muséographe. Le muséographe conçoit lescontenus d'une exposition. Il construit un discours dont le déroulement setraduit sous la forme d'un parcours rythmé. La compagnie travaille à laconstruction d'un scénario dont la pertinence tient aux rythmes, àl'interaction publics-troupe et à une mise à distance avec les codes de lafête. Notre participation à l'élaboration d'un spectacle vivant intégrantdiverses disciplines telles que la danse, le théâtre, les arts plastiques et lamusique nous a permis d'entrer, pendant quelques jours, dans un milieu culturelque nous avons peu l'occasion de côtoyer de l'intérieur. Ce temps nous a permisd'appréhender les parallèles et les différences entre la construction et lamise en scène d'un spectacle vivant et d'une exposition. La place du corps,centrale chez les danseurs, nous a forcées à interroger nos propres rapports,plus abstraits, plus distanciés. Ces moments vécus sont nécessaires à laréaffirmation de la place éminente que doit faire le muséographe au corps duvisiteur, de parler autant à ses sens qu'à son intellect pour produire unparcours d'exposition sensé. Une exposition efficace travaille donc le corps duvisiteur pour lui faire prendre conscience de lui-même par rapport à un espacedonné. Les dispositifs de médiation étant à la fois outils et conditions de cerapport singulier du corps à un espace.

        Cetteexpérience en appelle d'autres car, rien de plus bénéfique que de croiser lesregards, de multiplier les expériences pour acquérir une vision d'ensemble surles métiers culturels. La transversalité ne serait-elle pas une manièrepertinente pour expérimenter le présent ? Ces moments de travail et le rôle quenous avons joué pendant la soirée nous ont offerts un nouveau regard sur lespectacle vivant. Nous souhaitons, maintenant, pouvoir vivre ces moments"hors du temps" créés de toutes pièces et de tous corps par La Zouzedu point de vue du spectateur.Nous en voulons encore, et vous invitons à Bruxelles[1], les 17, 18 et 19 janvier pour vivre une soiréeunique et poétique avec Evelyne et sa troupe !

Lucie Vallade, Anne Hauguel, Marine, Ophélie Laloy

étudiantes en Master Expo-Muséographieà l'Université d'Artois

La forme participative de cet articletraduit l’ambiance de la soirée et le travail de la Compagnie La Zouze.C’est en unissant nos expériences, nos idées et nos savoir-faire qu’il a puvoir le jour !

Nousremercions la Compagnie La Zouze de nous avoir accueillies et toutparticulièrement Christophe Haleb et Laurent Le Bourhis ; Amièle Viaud de LaRose des Vents ; la Maison de la Culture de Tournai ; noscollègues d'Arts du Spectacle ;notre responsable de formationSerge Chaumier et tuteur de projet Isabelle Roussel-Gillet.

Légende des photos :

Photo 1. J-1, répétition sur ces socles.

Photo 2.J-1, (avec Laurent) le moment où il faut penser et réaliser les panneaux qui accueillent les spectateurs comme les voyageurs dans les aéroports.

Photo 3 . Jour J, la structure de papier respire doucement, nous tirons les ficelles.

Photo 4. Jour J, le moment où il faut rejoindre le groupe auquel on appartient, la reine des créatures blondes sur son piédestal.

Liens des reportages vidéo de Notélé :

Si on sortait… avec la compagnie de laZouze - 29/11/13

See you next Time - Spectacle declôture du festival Next à Tournai - 06/12/13

# La Zouze

#Evelyne HouseOf Shame

#Galaxia

#Next Festival

#participatif-interdisciplinarité


[1] Lesvendredi 17 & samedi 18 janvier à 20h30 : EVELYNE HOUSE OF SHAME aux Halles de Schaerbeek à BRUXELLES. Du08 au 16 janvier : résidence in situ, ateliers chorégraphiques etplastiques.

Quand LA Scène au Louvre Lens se met à conter la Danse…

Au milieu de l’obscurité la Scène impressionne…salle de spectacles et de conférences, reliée à la nef transparente et lumineuse du Louvre-Lens, elle appelleau prolongement des sens par l’univers des arts vivants qui en cette soirée hivernale du mois de marsa présenté Three Spells de Damien Jalet.


Hall de La ScèneCrédits : L'Art de Muser

Au milieu de l’obscurité la Scèneimpressionne…salle de spectacles et de conférences, reliée à la nef transparente et lumineuse du Louvre-Lens, elle appelleau prolongement des sens par l’univers des arts vivants  qui en cette soirée hivernale du mois de marsa présenté Three Spells de Damien Jalet.

Levisiteur, accueilli dans un hall jonché d’une mosaïque de fleurs (œuvrecontemporaine réalisée par l’artiste Yayoi Kusama), pourra se laisseragréablement surprendre. La  compositiondévoile boutons, feuilles et fleurs centrées par de grands yeux ouverts sur lemonde…qui ce soir là offrait la danse …

Three spells est le fruit d’unecollaboration entre Damien Jalet, Alexandra Gilbert, Sidi Larbi Cherkaoui et lemusicien Christian Fenez.

Cetriptyque de courtes pièces met en scène la puissance fougueuse et sensuelle duduo Damien Jalet et Alexandra  Gilbert.

Entrespiritualité et surréalisme, les chorégraphies, telles des rites, oscillententre animalité et infinie douceur.


Venus in fursCrédits : Arnold Groeschel

Venus in furs a été chorégraphié parDamien Jalet pour Alexandra Gilbert. Superbe métamorphose d’un corps sousl’effet d’une mue donnant naissance à une femme rejetant sa part animale. Dansl’espace neutre magnifié par une lumière discrète, une acoustique musicaleenvoûtante, le chant des deux interprètes surgit au final comme un cri.


Crédits : Arnold Groeschel

Akekos’ouvre également dans un espaceson lumière tout aussi discret et dévoile le corps d’une gitane cachée sous uneimpressionnante chevelure noire. Sa danse évolue dans la manipulation de cettechevelure qui devient comme porteuse de sa propre gestuelle. Sous cette extrêmefluidité, des éléments de l’univers folklorique des balkans et mythes japonaisont inspiré cette nouvelle de Pouchkine chorégraphiée par la complicité de SidiLarbi Chearkaoui et Damien Jalet. L’histoire évoque un exilé russe qui en proie à sa passion va tuer sa propre femme.Damien Jalet exulte une magnifique et toute puissante interprétation.


Crédits : Arnold Groeschel

Venari clôt ce triptyque. Rituel de lachasse à courre, le mythe grec d’Actéon. Chasseur transformé par la déesseArthémise et les études de Georges Bataille sur la peinture pariétale ont étéles sources de ce solo. Pause du geste comme un silence et éclat du corps dansl’espace s’alternent subtilement pour donner vie à la mort…Sublime DamienJalet ! et merveilleuse approche du Louvre Lens…

Isabelle Capitani

Tendez l’oreille...

A l’heure où nos oreilles n’ont, pour seul refuge, que le sommeil pour lutter contre les agressions sonores de notre quotidien, Baudouin Oosterlynck, plasticien belge, nous invita, lors d’une exposition monographique, à « écouter la forme de l’air ».


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M. Tresvaux du Fraval

A l’heure où nos oreilles n’ont, pour seul refuge, que le sommeil pour lutter contre les agressions sonores de notre quotidien, Baudouin Oosterlynck, plasticien belge, nous invita, lors d’une exposition monographique, à « écouter la forme de l’air» (1). L’artiste s’installa, durant près de trois mois, dans un site reculé, loin de toute pollution : le Musée d’arts contemporains (MAC’s) du site du Grand Hornu, dans le Hainaut (Belgique).

Dans l’œuvre d’Oosterlynck se rencontrent l’histoire de l’art et la gymnastique, deux de ses passions : les visiteurs, en entrant dans l’unique salle d’exposition, s’apprêtaient à effectuer une acrobatie auditive.Cependant, rassurez-vous, pas de courbatures au sortir de cette exposition, uniquement une délicate impression d’avoir redécouvert l’un de nos sens.

Disposées de manière ordonnée sur des tables et mises à disposition de chacun (petit ou grand), des « prothèses acoustiques » composées de stéthoscopes, d’aquaphones et d’instruments de chimie en verre, intriguaient et interrogeaient les visiteurs. Les murs blancs de la pièce d’exposition pouvaient rappeler l’atmosphère froide et aseptisée de certaines salles d’hôpital où nous retrouvons, également, des instruments aux formes similaires. Malgré l’invitation appuyée du personnel du musée à venir les manipuler, les futurs auditeurs hésitaient devant la beauté fragile de ces objets… Quelques secondes plus tard, ni une, ni deux, ils se lançaient dans cette expérience sensorielle.

Si l’ouïe est requise, la vue et le toucher sont aussi importants pour l’appréciation de ces œuvres tout à la fois ludiques, poétiques et drôles. L’exposition accorde une place importante à l’hygiène des visiteurs, en leur proposant de nettoyer, après chaque utilisation, les embouts des stéthoscopes grâce à des mouchoirs désinfectants disposés de manière discrète, dans une petite boîte blanche, au centre de chaque table.

Certaines œuvres, intouchables, étaient soit placées sous vitrines, soit suspendues au plafond par des fils transparents. Une quantité importante de dessins de l’artiste (des croquis préparatoires précédents chaque réalisation d’objet), difficilement compréhensibles – car il s’agit plus de dessins poétiques que techniques – étaient accrochés au mur à proximité les uns des autres.

L’interactivité entre les œuvres et les visiteurs justifie en grande partie le succès de cette exposition. Cependant, de nombreuses questions demeurent en suspens. Mais, qu’en est-il de la connaissance théorique du travail de l’artiste ? Pourquoi a-t-il réalisé ces instruments ? Quelles sont ses réflexions ? Où sont les cartels ?

Il est important de noter qu’aucune information n’était transmise aux visiteurs – hormis un livre, disposé sur une table à l’extérieur de l’exposition, dont à première vue, nous pouvions penser qu’il correspondait au livre d’or ; il s’agissait en réalité de la monographie de l’artiste.

Trois agents de surveillance vous permettaient d’entrer dans la salle (une file d’attente était prévue à l’unique entrée-sortie afin d’optimiser au mieux la visite). De plus, ceux-ci nous indiquaient comment manier les objets. Cependant, nous pouvions regretter l’absence de guides ou de médiateurs. En effet, malgré la grande écoute adonnée à chacun des visiteurs, le personnel interrompait brusquement ses explications afin d’interdire la manipulation de certaines œuvres, réservées uniquement à l’usage de l’artiste (point de cartels ni de panneaux explicatifs ne prévenaient les visiteurs).

Pour les explications, mieux valait être au MAC's lorsque l'artiste est venu en personne présenter ses œuvres. En effet, Baudouin Oosterlynck est intervenu à deux reprises au cours de l’exposition. Entre les objets, les visiteurs et l’artiste, une relation viscérale se mettait en place. L’artiste expliquait alors, à l’intérieur de la salle d’exposition ou dans la cour principale et verdoyante du Grand Hornu, ses instruments avec humour, passion et patience.

Une exposition déconcertante dont l’originalité ne tenait pas à l’événement en lui-même, mais bien aux œuvres de cet artiste malheureusement peu connu du grand public.

Marie Tresvaux du Fraval                

Exposition Instruments d’écoute (du 20 novembre 2011 au 5 février 2012) au Musée des Arts Contemporains du Site du Grand-Hornu


(1) Baudouin Oosterlynck, cité dans le magazine lesoir.be, le 21 janvier 2012

UNE SOIRÉE ZUMBA

Jeudi 1er octobre 2015 – 20 h 00. Je suis assise dans un des magnifiques fauteuils en velours rouge de l’Opéra de Lille, en train d’écouter Madamela Directrice Caroline SONRIER exposer la programmation artistique de la saison2015/2016. Les statues représentants les personnifications de la Danse, la Musique, la Tragédieet la Comédie me dominent depuis le plafond doré.

Attendez un moment avant de bâiller.

Le parterre et le premier balcon de l’opéra sont pleins, mais aucun des spectateurs n’a plus de 28 ans. Autour de moi, les langues des étudiants Erasmus se mélangent : anglais, espagnol, italien... Dans une demi-heure,nous aurons tous abandonné nos manteaux pour nous lancer dans une session de danse, avant de nous restaurer avec une petite bière assis sur le tapis rouge du grand escalier.

C’est ce qui se passe à la Soirée Découverte de l’Opéra de Lille : une invitation aux jeunes pour passer une soirée « dans la maison », avec l’espoir, bien entendu, qu’ils auront envie de revenir.

L’accueil chaleureux de Caroline SONRIER met l’accent sur le mot clé d’ouverture (à double sens : vers les artistes et vers le public), un aspect porté par l’architecture même du théâtre, qui dispose d’un foyer s’étendant sur l’intégralité de sa façade principale, vers l’extérieur. C’est la volonté qui guide le théâtre depuis sa rénovation, quand l’impulsion de Lille 2004 lui a rendu sa grandeur.


Photographie : L.Zambonelli

Ma présence à cette soirée démontre que cette politique de médiationculturelle est efficace. Je suis rentrée à l’opéra un peu par hasard lors des Journéesdu Patrimoine. Comme moi, beaucoup d’autres jeunes et d’étudiants sont entréspar curiosité, pressés de voir et découvrir un lieu un peu sacré comme celui-ci.L’équipe présente nous a alors parlé de la Soirée Découverte et nous a invités ày participer : la simple évocation d’un drink a fait le reste.

Au programme de cette soirée apparait un paragraphe sibyllin qui annonceque la chorégraphe et son équipe nous feront « partager » un momentde danse. Mais surprise ! Si la plupart de nous s’attendait simplement àprofiter d'un morceau de ballet, une fois tous rassemblés dans le Foyer, nous n’assistonspas à une démonstration, mais nous participons. Alors qu’on est en traind’essayer d’apprendre quelques pas tirés de Xerse, (premier Opéra qui ouvre lasaison 2015), je ne peux pas m’empêcher de faire une similitude trèsirrespectueuse et de nous imaginer élèves de Zumba dans une gym d’exception.

Mais enfin, n’était-ce pas l’objectif de la soirée : nous mettre àl’aise dans les espaces monumentaux de l’Opéra ?

Photographie : L.Zambonelli

Les initiatives d’appropriation des établissements culturels de la partd’un public (notamment jeune) se multiplient d