A l’occasion du 800ème anniversaire de la Cathédrale Notre-Dame de Reims, la ville a souhaité offrir un spectacle de polychromie dynamique afin de mettre en valeur l’architecture de cette grande dame.


© Gilbert Coutelet

A l’occasion du 800ème anniversaire de la Cathédrale Notre-Dame de Reims, la ville a souhaité offrir un spectacle de polychromie dynamique afin de mettre en valeur l’architecture de cette grande dame.

Du 6 mai au 23 octobre 2011, puis du 25 novembre au 1er janvier 2012, ce spectacle de 25 minutes s’est répété tout d’abord 3 fois par soirée, puis 2 fois seulement car les citoyens et touristes n’étaient que très peu nombreux lors de la troisième représentation. Entre les deux spectacles, 10 minutes de polychromie fixe permettent au public de s’avancer afin d’admirer la précision du travail. A la fin deuxième représentation, elle est de 15 minutes. Un système de boucle magnétique est disponible dans le périmètre de la tour gauche projetant le spectacle pour les personnes malentendantes. Le partenariat entre la Ville de Reims, Reims Métropole et l’association Unis-Cité a permis l’instauration, certains soirs, d’un service d’accompagnement dans le déplacement des personnes à mobilité réduite ou vulnérables. Pour les personnes souffrant d’un handicap visuel, des accompagnateurs expliquent les éléments visuels du spectacle.

Hélène Richard et Jean-Michel Quesne, membres du collectif Skertzò (metteurs en scène de patrimoine depuis 1988), se sont attelés à la tâche. Maîtres de la projection du trompe-l’œil et de l’illusion d’optique, ils ont créé cette polychromie de très haute définition grâce aux pigments de couleurs retrouvés sur la statuaire multiséculaire du monument. En effet, lors des dernières restaurations, les évolutions technologiques ont permises de faire des analyses macro et microscopiques des prélèvements faits sur la pierre. Ces méthodes ont permis de rendre sa couleur originelle à « L’Ange au Sourire » et aux autres personnages témoins de l’histoire et messagers de la Cathédrale. Lors du spectacle, le son délimité accroît les différentes visions de la façade occidentale. Cet exploit fait appel aux techniques les plus récentes de projection vidéo et donne au spectateur, la sensation d’être au cœur de cet aller-retour dans le passé. En cela, les créateurs de l’ère moderne souhaitent faire perdurer les prouesses des grands bâtisseurs, en rendant la vie à ce monument.Une des principales difficultés a été de s’adapter à la complexité de la statuaire ; les nombreux détails ont nécessité une très grande précision dans la projection. Les portails ont été extrêmement travaillés car ils sont proches du public et donc doivent être « parfaits ». Toutefois, la taille imposante de la cathédrale fait que, peu importe où l’on se trouve, l’on ne voit jamais deux fois la même chose. Des détails des sculptures entourant les deux roses nous sautent aux yeux si l’on se trouve plus en arrière du parvis, alors que la projection sur les portails peut attirer notre attention durant tout le spectacle. Il a donc fallu que les créateurs utilisent des nouveaux projecteurs à très forte puissance qui sont apparus sur le marché il y a très peu de temps, et des vidéoprojecteurs de dernière génération.

Cette mise en scène permet à tous de revivre les scènes des siècles passés. En effet, dès la tombée de la nuit, la pierre de l’édifice s’anime et raconte son histoire. Le public a l’impression d’assister à un ballet où les scènes de différents siècles s’enchaînent comme des actes, mêlant constructions, sacres, cérémonies et Histoire de France. Le programme musical mis en œuvre par Rachid Safir laisse entendre des morceaux du Moyen-âge et de la Renaissance mais aussi de l’époque Baroque et contemporaine afin de rythmer les scènes. Peut-être ne manque-t-il que les « Acclamations carolingiennes » (Christus Vincit) qui étaient chantées au sacre de tous les rois jusque Charles X.

Pour les Rémois, cette vision nouvelle de leur cathédrale permet une réappropriation et une redécouverte de ce lieu qu’ils côtoient quotidiennement. C’est d’ailleurs l’un des objectifs d’une installation urbaine. En effet, ce spectacle est gratuit, ouvert à tous et libre d’accès. Ainsi, le public n’a cessé d’emplir le parvis ; au 27 octobre, Rêve de Couleurs avait rassemblé plus de 300 000 personnes (avec une fréquentation minimum de 500 personnes les soirs de mauvais temps). Ce fut un facteur de cohésion sociale important car les Rémois ont souhaité partager ce moment avec leur famille et amis. De plus, la diffusion de cet événement dans les médias a fait venir des touristes du monde entier  (Européens, Américains, Australiens et Japonais) générant des retombées économiques locales immédiates et importantes. Le bouche-à-oreille a aussi parfaitement fonctionné, faisant se déplacer des médias étrangers non sollicités. De plus, l’investissement dans ce type de matériel va permettre à la ville de le laisser en place et de le reproduire chaque année, comme la polychromie projetée sur la cathédrale d’Amiens depuis 10 ans chaque été.

Cependant, chaque lieu a sa propre identité, sa propre histoire. Skertzò a toujours souhaité s’adapter à ce paramètre comme la projection de séries impressionnistes sur la Cathédrale de Rouen ou la projection des mythes de Chambord sur le château, tout en y apportant un changement de la perception du monument ; une métamorphose pour briser la routine visuelle.

Célia Hansquine