Nos inclassables - objets non identifiés

Aujourd'hui j'ai rendez-vous pour un contrat pro. !

Aujourd'hui j'ai eu rendez-vous pour un contrat deprofessionnalisation. Dans le milieu culturel c'est assez exceptionnel pour me donnerle prétexte de rédiger un article.

Un contrat pro, cela signifie une vraie mission, le temps dela réaliser, un salaire décent (ça se prend!) et l'espoir d'être embauchée à lafin.

Du coup, depuis une semaine, je me prépare et je trépigned'impatience. J'ai donc décidé de partager cette expérience avec vous. On nesait jamais ça peut servir !

Mode d'emploi en trois leçons.

         1. Qu'est-ce qu'un contrat de professionnalisation ?

Le destinataire :

Le contrat de professionnalisation est destiné à trois typesde bénéficiaires :

✔    les étudiants de 16 à 25 ans révolus

✔    les demandeurs d'emploi âgés de 26 et plus

✔    les bénéficiaires de certaines allocations oucontrats

L'objectif :

Le contrat permet au bénéficiaire d'acquérir unequalification professionnelle ou de compléter sa formation initiale en vued'accéder à un poste déterminé dans l'entreprise.

Cette définition inclut l'idée que le contrat débouche surune embauche. Il représente donc une véritable opportunité pour un jeunediplômé entrant fraîchement sur le marché du travail.

La durée :

Le contrat peut être conclu pour une durée de 6 à 12 mois(voir 24 mois sous conditions particulières). Durant cette période, lebénéficiaire occupe un poste défini et mène à terme différentes missions.

Cette expérience est extrêmement valorisante sur un C.V.puisqu'aux yeux d'un futur employeur il signifie que son bénéficiaire a occupéun poste comme salarié.

Un accès à la formation :

Le contrat est accompagné obligatoirement d'un accès à laformation. Cette dernière peut être mise en place par un organisme public ouprivé, ou par l'entreprise elle-même. Sa durée est comprise entre 15% et 25% dela durée totale du contrat, et ne peut être inférieure à 150 heures. Cetteformation implique qu'un tuteur encadre le bénéficiaire dans les missions quilui sont dévolues au sein de l'entreprise mais également pour le suivi de saformation.

La rémunération :

Ici encore, le contrat est intéressant. Les 16/25 ans sontrémunérés en pourcentage du SMIC selon leur âge et leur niveau de formation, etne peut être inférieur à 55% du SMIC. Les plus de 25 ans quant à eux, nepeuvent percevoir une rémunération inférieure au SMIC et à 85% du salaireminimum conventionnel. Du côté de l'employeur, il permet d'accéder souscertaines conditions à une exonération de cotisations patronales ainsi qu'à denombreux avantages tel que le remboursement des frais de formation.

              2. Lapréparation : envisager toutes les possibilités

Si aucune solution toute faite ne permet de préparer au mieuxson entretien, à mon sens quelques règles peuvent cependant être respectées.

Tout d'abord connaître sur le bout des doigts la législationconcernant le contrat pro. (voir site dugouvernement). En effet, il n'est pas certain que l'entreprise quevous rencontriez sache réellement ce que signifie ce type de contrat, ou ne leconfonde avec un contrat d'apprentissage. De plus malgré une législation longueet relativement barbante, certaines conditions du contrat ne sont pas précises.C'est le cas notamment de la rémunération. En effet aucune grille n'estdisponible pour savoir à quel salaire vous pouvez prétendre en fonction devotre niveau d'études. Même s'il est bien entendu impossible d'établir unegrille fixe, il aurait été intéressant que le gouvernement fixe un pourcentagefixe par rapport au salaire du poste occupé.

Ensuite comme pour un stage, il est indispensable deconnaître : le secteur d'activité de l'entreprise, ses missions, sonorganigramme, mais également ce que réalise la concurrence. Si vous avez lapossibilité de connaître l'intitulé exacte du poste, il est indispensable de serenseigner sur les missions qu'il entraine, la formation classique de ce poste,la rémunération standard, etc. Ces connaissances vous permettront d'être actiflors de l'entretien et de transformer vos particularités en forces si votrecursus est différent du cursus standard (ce qui est mon cas).

Personnellement je me suis préparée encore plusméticuleusement pour cet entretien que pour mes candidatures en stage, enmaster ou à des bourses d'état. En effet le contrat pro. ne peut être concluque dans le secteur privé, ce qui exclut donc une grande majorité desstructures embauchant dans le domaine culturel. Il est souvent méconnu, ce quipeut entrainer quelques craintes du côté de l'employeur. De ce fait j'aivraiment considéré cet entretien comme une chance exceptionnelle et j'airedouté la concurrence.

Après avoir travaillé le contenu de l'entretien, j'aitravaillé ma prestation. Aujourd'hui sur le web vous pouvez trouver desdizaines de vidéos réalisées par des coachs : « Parlez-moi de vous,que répondre à cette question ? », « Entretien d'embauche :jeune diplômé » ou encore « Langage corporel et non verbal, lesgestes qui trahissent ». D'accord les titres sont racoleurs, le formatfait très école de com' et l'on peut craindre que ce genre de conseils ne soitque peu adapté au secteur culturel. Cependant ces vidéos ont troismérites : se préparer au cas où votre futur employeur est un sadiqueposant des questions complètement tordues et sans aucun intérêt pour leposte ; réfléchir à de véritables questions et vous apprendre à vousmettre en valeur ; vous détendre en ayant l'impression que vous avez toutfait pour vous préparer au mieux. Personnellement ayant eu sous la mainquelqu'un d'assez sympa et tordu pour simuler avec moi un entretien, je l'airépété plusieurs fois pour parer à toutes éventualités.

3.  Nouveau look pour un nouveau job

La veille au soir j'ai entré l'adresse de l'entreprise dansmon GPS et j'ai préparé ce que j'allais mettre. Cela peut paraître trivial,mais pour moi c'est essentiel. Votre tenue est la première impression que vousallez donner à celui qui sera votre futur employeur. Lors de ma formation endroit, la question était beaucoup plus simple : tailleur ou costume derigueur ! Lorsque j'étais en histoire de l'art, chacun s'habillait commeil le voulait et ça ne choquait jamais personne (hormis peut-être moi). Maispour une entreprise dans le domaine culturel ? Certes on ne doit pas avoirun look de banquier, mais on ne doit pas non plus adopter celui d'un hippie. Ducoup j'ai essayé de repenser à tous les interlocuteurs que j'ai rencontré dansce secteur. Le plus souvent ils étaient habillés de manière assez classique,mais avec un élément original. Du coup j'ai opté pour un tailleur mais avec uneveste décalée. Je me sens à l'aise dans cette tenue, et s'il ne faut retenirqu'un conseil en terme vestimentaire, c'est bien celui-là : se sentirbien, voire jolie, inconsciemment ça permet d'avoir confiance en soi.Personnellement je pousse le vice jusqu'à avoir des sous-vêtements fétiches etdes chaussettes sans trous, même si personne ne les voit !

J'ai aussi préparé mon sac avec mon carnet de note (pourréviser dans la voiture parce que je savais que je serai très en avance), uncrayon présentable : ni rose fluo, ni mâchouillé, ni publicitaire. J'en prendtoujours un second au cas où on interlocuteur n'en aurait pas sous la main.Dans une chemise au nom de l'entreprise j'ai rangé mon C.V. et ma lettre demotivation, une fois encore au cas où mon interlocuteur ne les aurait pasimprimés. Je vous conseille également d'imprimer la documentation relative aucontrat de professionnalisation, ainsi que la plaquette de votre formation. Sivous avez un book relatif à vos différents projets, pensez à le prendre, çapermettra de valoriser votre expérience.

Ensuite je me suis fait une petite séance de sophrologiepour m'endormir calmement, et éviter de répéter l'entretien toute la nuit. Bonje sais, dit comme ça, ça fait un peu bobo, mais ça marche pour moi. Après àchacun sa solution : sport, lecture, série TV, un petit verre de rhum …Enfin tout ce qui vous permettra de passer une bonne nuit.

Le matin, je me suis laissée plus de temps que d'habitudepour prendre un véritable petit déjeuner, afin d'éviter que mon ventre negargouille durant tout l'entretien. J'ai prévu une demi-heure de battement avecl'horaire prévu, résultat comme d'habitude j'ai attendu dans la voiture. Aufinal cela m'a permis de relire quelques notes. Deux minutes avant l'heureprévue j'ai respiré un grand coup, j'ai croisé les doigts et j'ai sonné à laporte.

Au final l'entretien a duré une heure, j'étais contente del'avoir préparé autant même si mon interlocuteur ne m'a pas posé de questionspièges. J'ai mis en avant mes qualités, mais n'ai pas menti sur les sujets queje ne connaissais pas. Comme le conseillait la vidéo sur youtube j'ai faitattention de ne pas jouer avec mes mains ou avec mes cheveux.

Au sortir de là, j'étais plutôt contente de ma prestation etavais un bon pressentiment. J'espère donc que mon prochain article sera un guidede survie pour gérer un contrat pro, une formation prenante, un projet tuteuré,un mémoire, et une vie sociale !

MarionBoistel

Pour de plusamples informations sur les conditions d'accès au contrat pro :

http://travail-emploi.gouv.fr/informations-pratiques,89/les-fiches-pratiques-du-droit-du,91/contrats,109/le-contrat-de-professionnalisation,992.html

Pour regarderdes vidéos rigolotes mais tout de même instructives sur la manière de préparerun entretien :

https://www.youtube.com/watch?v=AYtAhi-YE9U

#contrat pro. 

#préparation 

#entretien

"Ils savent que c'est leur espace"















De la petite Taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la
tête…  © Lire au havre

















Le 26 mars 2015 s’est tenu à la Cité
des Sciences un séminaire de muséologie : « Quoi de neuf du côté des
enfants ? » L’intervention de Valérie Thieffry, responsable du
service Politique des publics et actions éducatives au Museum d’histoire
naturelle de Lille portait sur l’exposition imaginée à partir du livre
« De la petite Taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la
tête… ». Cette exposition permet aux enfants d’appréhender seuls le propos
et met à leur disposition un espace de lecture. Durant son intervention Valérie
Thieffry a dit cette petite phrase qui a fait tilt: « C’est une exposition dans laquelle les enfants reviennent car ils
savent que c’est leur espace. 
»






Qu’est-ce qui fait qu’une exposition,
qu’une muséographie, qu’une scénographie, nous font ressentir que c’est notre
espace ? Qu’est-ce qui peut ainsi donner envie au visiteur de retourner
dans un musée ou une exposition simplement parce qu’il s’y sent bien ?
Sans doute que cela varie selon chacun, question de luminosité, d’agencement des
salles, de présence de fenêtres ou d’assises, d’espace entre les différents
éléments …
















Il y a quelques mois, j’ai visité un
musée et je me suis dit que je m’y sentais bien… Après avoir visité un grand
nombre d’expositions, après avoir arpenté plusieurs musées, où j’aime me rendre
pour le plaisir, c’est celui-ci qui m’a réellement frappée, où je me suis
dit : « C’est mon espace ».






Ce musée se trouve en Bretagne, c’est
le Musée des Beaux-arts de Quimper. 












Façade du Musée des Beaux-arts de Quimper
© Musée des Beaux-arts de Quimper




 






On reproche souvent aux musées des
Beaux-arts de n’être pensés que pour les œuvres et en aucun cas pour le
visiteur. Mais ici les deux ont leur place, ce n’est pas qu’un lieu de
conservation, c’est un lieu de diffusion, d’éducation et de délectation.






C’est un musée à l’architecture
multiple : de la pierre, des bois de teintes variées, des espaces
modernes, d’autres anciens, du gris, du blanc, ocre… Contre toute attente,
cette diversité n’empêche pas la création d’un espace unifié dans lequel œuvres
et visiteurs se sentent à l’aise. Des vues sur les différents espaces du musée
ont été créées, laissant ainsi de larges perspectives et une approche
globalisante de cette variété. De larges ouvertures viennent ponctuer le
parcours de visite, permettant au visiteur de respirer, de faire le plein de
luminosité avant d’entrer dans une salle moins éclairée pour des raisons de
conservation préventive.






















Plus que le confort du visiteur, le
Musée des Beaux-arts de Quimper cherche à stimuler l’amateur


d’art, à le
questionner, quel que soit son âge. Des espaces sont ainsi dédiés durant le
parcours pour que chacun puisse prendre le temps, prendre son temps, dans le
musée, auprès des œuvres.


Dans les expositions temporaires il
est possible de trouver des espaces de lecture, comme si l’exposition s’était
construite autour d’un salon. Une table avec quelques ouvrages, quatre
fauteuils, deux petites étagères : un mobilier qui s’intègre parfaitement
à la scénographie en place. Le visiteur est invité à prendre un livre et
s’installer confortablement à la lumière du jour. Ce type d’espace n’est pas
unique dans le musée. Dans la salle Lemordant, une table et quatre sièges
permettent aux familles de se retrouver confortablement, un peu comme à la
maison. 



















Salle Lemordant au Musée des Beaux-arts de Quimper©Bretagne Musées












Tout au long du parcours permanent, le
visiteur enfant trouve des points de médiation qui lui sont destinés : des
jeux pour l’aider à regarder certains tableaux. Ainsi, même si les parents
n’achètent pas le livret d’aide à la visite, le jeune visiteur est accompagné.
Une salle entière lui est même réservée. Les expositions temporaires y trouvent
leurs déclinaisons en manips et autres activités pour que l’enfant – et les adultes
qui sont ravis de se prêter au jeu – puisse jouer à partir des œuvres qu’il a
vues. Cela lui permet de repartir avec un souvenir s’il ne l’expose pas avec
ceux des autres artistes venus avant lui.









Ce sont ces espaces de convivialité
qui m’ont plu. Ce sont ces lieux destinés au repos, à la discussion, à la
contemplation qui m’ont permis de rythmer ma visite et d’en profiter au
maximum, sans culpabiliser de faire des pauses. Et je crois que ce sont aussi
ces invitations qui m’ont permis d’avoir avec les personnes m’accompagnant des
discussions riches sur les œuvres qui nous entouraient ou que nous avions
croisées.












Et vous, quel est le musée qui vous
offre votre espace ?

 












Aénora Le
Belleguic-Chassagne























A consulter :

http://www.mbaq.fr/







  (Exposition
jusqu’au 31 mai 2015)









# Beaux-arts

# Confort

# Visite

 



Co-habitation, co-création : les nouvelles formes des ateliers d'artistes

Dans l'imaginaire collectif l'atelier d'artistes est situé dans un paysage de campagne ou en bord de mer dans une petite maison entouré de verrières ou encore, plus contemporain dans des lofts londonien ou new yorkais. Mais l'atelier d'artiste a d’autres ancrages que ces types d'environnement. Les besoins de l'artiste se définissent aussi suivant sa spécialité et par les facteurs liés à son statut. La situation parfois précaire des artistes complique les possibilités de location de lieux spacieux. Par ailleurs il n'est pas rare pour l'artiste de faire face à des rapports compliqués avec les bailleurs. Les loyers vont de 0 à 515 euros selon que l'artiste s'installe dans un squat ou loue un lieu seul1. Une situation fréquente est celle où l'artiste se trouve face à un bailleur social et que celui-ci mise sur la venue d’un artiste comme tremplin pour une revalorisation du quartier, une participation à la vie collective, voire des créations installées dans le lieu de résidence.Sur la métropole lilloises plusieurs collectifs d'artistes installés rencontrent des difficultés dans leur lieu de création : problèmes de partage de l'espace, stigmatisation par les habitants comme lieu de « squat», bâtiment peu cher mais construit avec de l'amiante obligeant ces lieux à fermer pour travaux de désamiantage (la Ferblanterie à Villeneuve d'Asq).

Toutes ces problématiques poussent de plus en plus d'artistes à s'installer en collectifs de différentes manières pour permettre des économies de loyers, mais aussi de la co-création et du prêt d'outils. Ce type d'atelier d'artiste collectif n'est pas si récent. Le mouvement des squats artistiques qui a commencé dans les années 90 a lancé et posé les questions qui ont permis à l'art et aux structures culturelles d'avancer. Aujourd'hui encore les collectifs d'artistes et quelques grandes institutions (Palais de Tokyo, le 104) vivent sur ces idées. Les grandes interrogations des squats étaient nombreuses, quel est le rapport de l'art à un quartier? Le partage est-il un moyen de contrer la vie précaire de l'artiste? Comment proposer plus de transversalité dans les œuvres d'art? Ainsi les squats développent de nouvelles manières de créer avec des solutions collectives en se penchant sur des logiques de plateau technique, sur un espace en dehors des normes ouvrant des possibilités, plutôt qu’un espace définissant un usage unique. Les squats proposent donc un espace de dialogue, d'échanges de création, de source d'inspiration.

Madagasyart © M. P.

« (…) le but final de toute activité plastique est la construction ! (…) architectes, sculpteurs, peintres ; nous devons tous revenir au travail artisanal, parce qu’il n’y a pas d’art professionnel ; il n’existe aucune différence essentielle entre l’artiste et l’artisan (…) nous voulons, concevons et créons ensemble la nouvelle construction de l’avenir, qui embrassera tout en une seule forme : architecture, art plastique et peinture (…) »

Extrait du manifeste du Bauhaus (1919)

Le manifeste du Bauhaus défendait l’égalité entre l’artiste et l’artisan tous les deux visant à créer. C’est cette notion que les tiers lieux et les collectifs d’artistes ont bien intégrées. En plus de voir le lieu comme des ateliers partagés ils les ont pensé comme ateliers de « créatifs », « appellation » plus large permettant de pouvoir associer artistes et artisans. Ainsi de plus en plus d’artistes s’installent dans des ateliers collectifs appelés tantôt tiers lieu tantôt collectif d’artistes. Selon les dires de plusieurs artistes interrogés à la Co-fabrik de Lille cela leur permet surtout d’échanger sur les techniques de chacun et de faire évoluer leur création mais aussi de leur donner de nouvelles sources d’inspiration. Une artiste en sérigraphie vient ainsi en aide à une artiste verrier pour lui permettre de trouver de nouvelles techniques pour faire de la sérigraphie sur verre ou encore une doreuse à la feuille d’or devient source d’inspiration pour créer de nouveaux bijoux en verre incrustés d’or.

Volume Ouvert © M. P.

Mais pour que cette collaboration et ce travail puissent se faire ensemble dans les meilleures conditions il faut prendre en compte les besoins de chacun. Certains créatifs ont effectivement des processus de création qui ne peuvent pas s’associer. Par exemple un ébéniste ne peut pas travailler à côté d’une peintre au risque de retrouver de la poussière de bois dans la peinture etc…C’est sur ses problématiques que travaillent aujourd’hui les nouveaux collectifs d’artistes. Par exemple à Volume Ouvert (collectif de Lille), chaque créatif qui s’installe exprime ses besoins en termes d’espace et d’isolation et construit avec des systèmes de cloisons en palettes son propre atelier allant de 10 à 70 m2 selon ses besoins. Néanmoins cela n’empêche par la coopération et la création d’un volume commun permettant exposition, cours, travail collaboratif selon les demandes des créatifs. De plus le fait de travailler dans un espace commun est aussi une demande des artistes pour ne plus être isolés dans leur création, pour partager leurs réseaux. C’est un facteur de lien, d’ouverture sur les autres qui permet une structuration de la profession et l’émergence d’une conscience collective.

La Co-Fabrik © M. P.

Ces expériences nous montrent que comme dans beaucoup de domaines actuels les professionnels se tournent vers plus de partage, de mutualisations des moyens et des lieux de sociabilités, favorisant une création transversale et transdisciplinaire. Aujourd’hui émergent les co-commisariats d’exposition et un climat d’échange qui pousse aussi les institutions à imaginer le musée de demain comme un lieu transdisciplinaire.

M. P.

#atelierdartistes

#cohabitation

#cocréation

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1 Tarif tiré d'une étude sur l'île de France et les ateliers d'artistes en 2009 par le Conseil Régional d’île de France

Comment choisir l'exposition à visiter ?



Lorsque je pars découvrir une nouvelle ville, une
capitale ou un nouveau pays, j’en profite pour découvrir ses musées et ses
expositions. Cela me permet d’en apprendre davantage sur le pays, sa culture et
les opinions de ses habitants sur certains sujets.





Il est parfois difficile de choisir le musée ou
l’exposition que l’on souhaite visiter durant son voyage, en particulier
lorsque l’on se trouve dans une ville telle que Paris, Londres ou Rome qui en
proposent des centaines. Mon prochain dilemme concerne Berlin.





Une première solution serait de tout simplement suivre ce
que les sites et guides touristiques proposent, tel que le font Tripadvisor ou
Lonely Planet. Concernant Berlin, les premières possibilités proposées sont le
Musée de Pergame, le Musée Historique Allemand, et la Topographie de la Terreur.
Ces trois musées, des plus connus sur Berlin, possèdent les meilleures
notations par les touristes sur ces sites internet. Même si ces musées exposent
des sujets intéressants, la possibilité qu’ils ne traitent pas des thématiques
qui me touchent personnellement et le risque qu’ils soient remplis de touristes
à cause de leur renommée internationale me contraint à élargir mes recherches.







Le Musée de Pergame© Raimond Spekking





Du coup, seconde étape : chercher une liste complète
des musées sur Berlin.  Soit un
abécédaire des 175 musées sur le site de la ville. Afin de faciliter
l’identification des musées, il est possible de faire des recherches selon
différentes thématiques. Celles-ci sont l’histoire, la nature et les sciences,
l’art, l’archéologie, etc. L’une des thématiques intrigue plus que les
autres : les musées inhabituels :  tel que le Musée des Mondes Souterrains de
Berlin, le Musée des Lettres de l’Alphabet, le Musée en Plein Air des Lanternes
à Gaz, le Musée des Chats et le Musée des Salles de Brassage Historique.









Le Musée des Mondes Souterrains de Berlin©
Berliner Unterwelten e.V.





Une autre solution serait d’identifier les expositions
temporaires qui sont proposées par les différents musées lors de la durée du
voyage et de consulter leur site. Les expositions proposées en ce moment sont sur
les médias sociaux, la surveillance dans l’art, les instruments de musique
électroniques, les objets de Berlin lors de la guerre froide, etc.  





Une dernière solution, et probablement la plus simple,
est de se laisser conseiller par des amis ayant déjà visité ces musées. Ils partageront
leurs coups de cœurs ou leurs avis mitigés.





Mon séjour sera court et je ne peux qu’en choisir qu’un. Je
regarde les commentaires d’autres visiteurs et les critiques professionnelles
de l’exposition, la localisation géographique, le coût d’entrée, les horaires
d’ouvertures, etc.  Cela en élimine mais
le plus juste est de choisir un sujet ou une thématique qui m’interpelle. Si cette
recherche m’a permis d’identifier de nombreuses expositions que je ne
connaissais pas, j’ai décidé d’aller visiter la Kinemathek,le musée sur le film et la télévision, dont j’ai déjà
souvent entendu parler. Ce musée propose une exposition « Things to come »sur la
science-fiction lors des dernières dix années jusqu’au 14 Mai 2017.







Affiches de l’exposition Things to come© Deutsche
Kinemathek





Si j’ai envie de visiter ce musée, c’est parce que j’en
ai entendu dire du bien. Le bouche-à-oreille a très bien fonctionné pour moi.
C’est pour cela, que beaucoup de musées compte là-dessus pour vendre leurs
expositions. Mais l’exposition doit avant tout proposer une thématique qui
intéresse un public. Dans le cas de cette exposition, tous les amateurs des
sagas de sciences fiction sont interpellés, mais pas seulement. Le musée tente
d’interpeller un plus large public grâce à sa problématique : à quoi va
ressembler notre futur ?  Les films ne
sont qu’un moyen de reproduire certaines possibilités.  En quelques mots, le titre doit donner envie de
visiter l’exposition.





« Things to
come – Science-fiction film »:
il reprend la problématique, et dans un
second temps il interpelle les amateurs de science-fiction. C’est bien la
communication, qui permet de faire connaître l’exposition en dehors des
habitués du musée, que ce soit par le bouche-à-oreille, les affiches, les
publications dans les journaux ou sur les sites internet. La Kinemathek a réalisé trois affiches différentes,
selon les trois principaux sujets abordés : l’espace, la société du futur
et l’étranger. L’exposition ayant été inaugurée le 30 juin 2016, il est simple de
trouver de nombreux articles critiques. Ce qui a permis à l’exposition d’être
remarquée ? La connexion avec les 50 ans de la série Star Trek.





Sarah Pfefferle





#Berlin


#Quel musée visiter


#Deutsche Kinemathek


#Voyager








Liste des plus grands musées à Berlin :http://www.berlin.de/fr/musees/




Liste détaillée des musées de Berlin (en
allemand) :
http://www.berlin.de/museum/a-bis-z/




Site de la Kinemathek (en allemand) : https://www.deutsche-kinemathek.de/



Cultures souterraines



Sous
terre, tout est possible







Qui n'a jamais rêvé de s'enfoncer sous
terre, d'explorer grottes et lacs souterrains, équipé d'une lampe
frontale, d'une carte, d'une combinaison et d'un harnais ? Il en
est sûrement parmi vous qui ont réalisé ce rêve, amateurs ou
professionnels. Mais n'importe qui ne peut pas s'improviser
spéléologue, et encore moins dans un cadre urbain. Dans les milieux
cataphiles¹,
vous êtes un « touriste » si c'est votre première
descente. La cataphilie contemporaine est proche de l'urbex,
l'exploration urbaine. L'urbex consiste à explorer des lieux
construits par l'homme, abandonnés ou non, interdits ou difficiles
d'accès. Être cataphile ou explorateur urbain ce n'est pas la même
chose, les seconds qui aiment les souterrains ne sont pas des
cataphiles.






Quid du culturel dans tout cela ? Et
bien, certains de ces amateurs de souterrains ont choisi de rendre
accessibles ces endroits à un public, certes peu nombreux.
Différentes initiatives peuvent être recensées, mais la plupart
d'entre elles restent inconnues, introuvables. Festivals,
expositions, lieux culturels, on trouve de tout sous terre !





La
Mexicaine de perforation est probablement le plus connu de ces
groupes, responsable des Arènes de Chaillot, salle de projection
clandestine sous le palais de Chaillot. Branche « événements
artistiques » de l'UX, agrégation de groupes clandestins, la
Mexicaine de perforation a pour but de créer des zones libres
d'expression artistique. À l'origine de plusieurs festivals de
cinéma mais aussi de représentations théâtrales, LMDP n'investit
pas uniquement des lieux souterrains (le Panthéon, les grands
magasins,...). Urbex Movies et Sesión Cómod sont les deux festivals
qui ont été organisés par LMDP. Le premier projetait des
classiques sur le thème de la ville comme
Eraser
Head
de
David Lynch,
Fight
Club
de
David Fincher ou encore
Ghost
in the Shell
de
Mamoru Oshii. Le second projetait des films en lien direct avec le
souterrain, comme
La
Jetée
de
Chris Marker ou
Le
Dernier Combat
de
Luc Besson. En 2004
la salle de projection fut découverte par la police,
et EDF porta plainte pour vol d'électricité (il fallait bien faire
fonctionner ce cinéma...).







La salle de projection
clandestine à Chaillot ©Urban Resources





Directement issue de l'héritage de la
Mexicaine de Perforation, la Clermontoise de Projection Underground,
basée à Clermont-Ferrand, organise lors
du
Festival Underfest
projections, concerts et expositions. A lire dans « Urbex
et culture avec la Clermontoise de Projection Underground » à
paraître bientôt !






Bien
sûr, tout cela est clandestin, et donc interdit. Même sans laisser
de trace, pénétrer dans un lieu privé est interdit par la loi.
Celui qui se fait prendre s'expose à des poursuites. C'est pour cela
que tous ces événements ne concernent que quelques personnes, en
général entre trente et cinquante. De plus, la communication est
très limitée, il n'est pas toujours facile de savoir comment
procéder pour assister à un de ces événements ! C'est le cas
des
vernissages de Madame Lupin,
des expositions d'art contemporain dans des lieux insolites,
interdits au public. Il faut réserver sa place, les instructions
sont envoyées très peu de temps avant la tenue de l'exposition.
Avec quatre expositions à son actif, cette association propose des
lieux aussi éclectiques qu'une piscine désaffectée, le fort
d'Aubervilliers, un lieu souterrain ou encore le musée des Arts et
Traditions Populaires².
En plus de ces expositions, l'association organise régulièrement
des dîners des lieux insolites. L'exposition 
Hidden
under the sand
 se
déroulait dans un lieu souterrain inconnu, partiellement ensablé.







« Hidden
under the sand » ©G.V.





Toutefois, l'occupation culturelle d'un
lieu souterrain ne se fait pas forcément de manière illégale, des
initiatives légales ont aussi vu le jour. En Croatie, la ville de
Pula a pris l'initiative d'ouvrir ses souterrains datant de la
Première guerre mondiale au public, tout en proposant régulièrement
des expositions et des manifestations culturelles.







Les
souterrains de Pula ©S.B.





Encore
plus développé, le festival Art
souterrain
se tient à Montréal tous les ans, à l'occasion de
la Nuit Blanche. Le but de ce festival est d'exposer les œuvres
d'environ quatre-vingt artistes dans la ville souterraine. En effet,
la ville possède un réseau souterrain ultra développé (33 km sous
terre) qui permet de relier les différents quartiers de la ville. De
nombreux commerces et services sont implantés dans ce réseau. En
2016, pour la 8ème édition, le festival Art souterrain a proposé
quatre circuits qui emmenaient le public dans treize édifices
souterrains.










Doté d'un commissariat d'exposition, le
festival propose aussi un parcours « satellite », dans
des galeries et lieux culturels de la ville, ainsi qu'un grand nombre
d'activités. Visites guidées, visites d'ateliers d'artistes ou
médiations pour les scolaires sont proposées tout au long du
festival, qui dure presque un mois entier. La prochaine édition se
déroulera du 4 au 26 mars 2017, et aura pour thème « Jeu et
diversion ».






Sur
un terrain plus institutionnel et dématérialisé, Google Arts &
Culture regroupe sous le projet
Curio-cité
des expositions en ligne et des explorations urbaines
dans des lieux normalement interdits au public, inaccessibles ou même
détruits. Ainsi il est possible de « visiter » les
sous-sols du palais de Tokyo, la verrière du Grand Palais, ou encore
la fameuse tour 13, investie par de nombreux artistes puis démolie.






L'occupation culturelle des lieux
souterrains par des collectifs est due à une convergence entre la
fait de braver l'interdit, de redonner un but à des lieux
désaffectés, de contrer un système « élitiste » de
l'exposition, et tout simplement aussi, de partager des moments
chaleureux. La plupart de initiatives sont probablement inconnues,
tenues secrètes. Faut-il qu'elles restent telles quelles, ou qu'au
contraire, il y ait de la communication et donc une ouverture au
public ? Une normalisation, une légalisation, une
institutionnalisation ? Cela ne risquerait-il pas de les faire
disparaître, de déformer ces pratiques si uniques ?






Juliette Lagny





#artsouterrain




#urbex













1 Un
cataphile est une personne qui aime visiter les anciennes carrières
souterraines de Paris, de manière interdite.


Article sur l'exposition au musée des Arts et Traditions Populaires http://www.linstantparisien.com/paris-underground/



Demain serons-nous tous muséographes ?



Il faudrait déjà expliquer ce
qu’est un muséographe. Vaste question traitée par des experts du sujet1.
Pour simplifier l’on pourrait dire que le muséographe conçoit l’exposition en
accord avec le commanditaire (contenus, publics, conservation, …) et coordonne
bien souvent les différentes équipes en charge de la production. Muséographe ou
expographe ? Le débat est aujourd’hui encore ouvert.








1-
Couverture de la plaquette de communication Voyagez avec Matisse © C.R.









Cet article n’a pas la prétention
de donner une définition claire de ce que devrait être mon métier, mais plutôt
de montrer que les compétences acquises à travers ma formation et mes
expériences peuvent m’amener sur d’autres chemins que celui de l’exposition. Actuellement
je travaille majoritairement sur deux projets, la création d’un outil de
médiation numérique pour le Musée Matisse du Cateau-Cambrésis - en
collaboration avec deux entreprises régionales - et la création d’un coffret de
trois ouvrages augmentés sur Amedeo Modigliani pour les éditions invenit2.
Ces deux missions, ne consistent pas à concevoir et produire une exposition
mais de manière plus large des projets culturels. Peut-on alors penser que je
suis une jeune muséographe ?







Être muséographe, c’est d’abord
être curieux. Il est essentiel de s’intéresser à tous les sujets :
sciences, ethnographies, société, … et parfois même Histoire de l’Art lorsque
le poste de muséographe ne se confond pas avec celui de conservateur. A cette
curiosité s’allie une grande rigueur scientifique, et une capacité à vulgariser3
le contenu. Il vaut mieux apprécier les journées de lectures, le travail avec
des spécialistes et la longue recherche du mot le plus approprié. Ce sont
exactement ces compétences qu’il m’a fallu mettre en place pour ces deux
projets.  Je passe de longues heures en
bibliothèque, j’échange avec des conservatrices spécialistes du sujet et tente
de décrire en quelques lignes des concepts qui pourraient être un sujet de
thèse ! Dans le cadre de Voyagez
avec Matisse
, nous avons avec l’équipe muséographique4, créé un
concept innovant à partir de nos connaissances du sujet. N’est-ce pas la base
du travail de muséographe ? 











2 - Colette
Nys-Mazure, Valloton, le Soleil ni la mort, collection ekphrasis © éditions
invenit








Être muséographe c’est également être
extrêmement rigoureux et organisé. La gestion de projet est une part
essentielle de notre travail. Organigramme, rétroplanning, budget, protocole de
validation, convention, contrat de cession, … sont autant d’outils
indispensables. Il vaut mieux maitriser Excell, Indesign et MindMap. Ces outils
étant utilisés par l’ensemble des acteurs du projet il est essentiel qu’ils
soient compris et utilisables par tous. La coordination commanditaire, conseil
scientifiques, scénographe et direction de production mis en place pour une
exposition, offre bien des similitdes avec la gestion de tout projet culturel.





Pour chaque expérience et quelle
que soit la structure (associative, municipale ou entreprise) mes « intitulés
de poste » n’ont jamais été muséographe, mais plutôt chargée de missions,
chargée de projet, ou encore assistante chef de projet. Cependant à aucun
instant je n’ai eu l’impression de pas exercé le travail de muséographe, et de
ne pas mettre en application les compétences acquises dans le cadre de mon
master. Ma polyvalence semble s’être élargie et à un an de la fin de mes
études, cela me rassure de pouvoir postuler à des postes de types différents dans
le milieu culturel.





Aujourd’hui il me semble déjà
savoir que je n’exercerai pas le même poste toute ma vie, je serai peut-être
expographe un jour, ou alors je mettrai mes compétences en gestion de projet au
service d’un autre domaine que la culture, qui sait ?





Marion Boistel





# muséographe


#futur


#vie professionnelle





1 -












2 - Les éditions invenit ont
développé une collection nommée ekphrasis, autour d’une œuvre d’art une carte
blanche est offerte à un écrivain. La collection Récits d’Objets possède quant
à elle dans le rabat du livre, un lien vers une application permettant
d’accéder à différents contenus : modélisation 3D, comparaisons avec
d’autres œuvres et brèves explications, entretiens avec les auteurs et/ou les
commissaires d’exposition. Le projet de coffret, développé dans la collection
Ekphrasis mêle ces deux concepts.





3 - Terme au final peu approprié,
qu’on pourrait remplacer par « rendre accessible à tous », mais il
s’agit ici d’un autre débat …







4 -  Remarquez qu’on parle bien
d’équipe muséographique !




Des musées comme des aéroports ?


Comment
un musée peut-il mieux servir son public ?  Comme je passe beaucoup
de temps dans les aéroports, l’autre jour, après une escale de quatre heures à
Chicago O’Hare, j’ai commencé à réfléchir sur les similarités entre les deux
types d’établissements. 


 


Les iPads à l'aéroport Toronto Pearson (YYZ).

Crédit : JC



Il est
clair que les musées et les aéroports n’ont pas le même but : les
aéroports, comme des gares de trains, sont des grosses salles d’attente pour
faciliter le transport des personnes et des biens. Les musées sont censés être
des lieux de recherche et de sauvegarde, des endroits presque
sacrés !  Mais restez avec moi ; prenez l’exemple de votre ami
qui n’aime pas les musées.  Avant de s’interroger sur les raisons qui font
qu’il est votre ami, voyons pourquoi cette personne abhorre les musées.





Car
enfin, tandis que les aéroports sont des lieux de transition, les musées sont
les lieux de transmission.  Mais pour votre ami « muséophobe »,
un aéroport est aussi un lieu public parfois :





1. Frustrant, pour comprendre
le sens d’orientation, à la signalétique indispensable


2. Usé, délaboré


3. Ennuyeux


4. Claustrophobe


5. ou bien trop vide 





Cette
description vous rappelle de quelque chose ?





Pour
l’aéroport, comme pour le musée, vous vous munissez d’un billet d’entrée rempli
d’informations.  Dans le cas d’un voyageur fréquent (avec numéro de
fidélité), l’aéroport vous connaît mieux que vous le supposez.  Avec ce
numéro de voyageur fréquent, la compagnie aérienne sait que, par exemple, le
mois dernier vous avez passé dix jours au Canada, que vous faites souvent
l’aller-retour à Marseille en semaine qui indique un voyage d’affaires, et que
parfois vous voyagez à deux, souvent vers les destinations ensoleillées. Ce
numéro vous permet d’accéder aux endroits spécialisés—la Sky Lounge Air France,
ou votre commande habituelle, un gin tonic vous attend.  Vous êtes salué
par votre nom dès votre entrée dans le bâtiment, avec un accueil chaleureux et
personnalisé.  Quel plaisir vous trouvez lors de vos voyages.  Vous
auriez même envie de simplement rester à l’aéroport !







Et si
nous élargissons ce plaisir aux autres lieux qui accueillent le
public ?  Nina Simon, auteur du livre The Participatory Museum,
compare les musées avec un autre établissement inédit : les casinos. 
Tandis que le résultat n’est pas le même, nous pouvons apprendre pas mal de
choses sur la customisation de l’expérience muséale.  Avec la carte
d’adhèrent d’un casino (Simon emploi l’exemple de Harrah’s) qui est inséré dans
chaque machine et à chaque table de jeux, et pour retirer les jetons à la
caisse et retirer son argent gagné (sous réserve !).  La carte permet
à l’établissement de savoir à quelle fréquence l’usager vient au casino,
combien il dépense, et son « point de douleur » (après avoir perdu 87
euros, il s’arrête). Quand l’usager vient au guichet pour collecter ses gains,
l’insertion simple de sa carte permet à la caissière de voir le nom du client
(Bonjour, M. Martin), sa fréquentation (tous les mardis de 17h à 19h), et ses
habitudes pendant son séjour (il adore le poker).  La caissière peut voir,
par exemple que comme M. Martin aime le poker, peut-être il sera éventuellement
intéressé par une nouvelle table de poker qui peut apparaître prochainement, ou
le tournoi de poker qui aura lieu dans deux semaines.  Quel bonheur de
pouvoir répondre et s’adapter aux besoins de son public avec un telle
exactitude et efficacité ?! 








Grâce à votre Carte d’Abonnement toutes vos visites
deviennent qualifiantes*





Votre Carte d’Abonnement du Club Muséo vous fait
bénéficier du statut de «visite qualifiante» pour toutes vos
visites sur le réseau de sites* du Club Muséo.


 


Cette carte vous tente?

Crédit : JC






Les
musées rêvent de faire pareil.





Cette
idée de customisation n’est pas hors la portée des musées ; au contraire,
ce type d’adaptation aux publics est même préférable pour les musées et les
lieux culturels.  Plusieurs établissements ont déjà un système
d’abonnement mais qui n’exploitent pas les informations recueillies. 
Imaginons si à chaque glissement de la carte, l’agent d’accueil a la capacité
de saluer notre cher visiteur, de voir sa fidélité au musée, et de pouvoir
recommander un évènement ou une exposition qui rentre dans ses intérêts. 
Quelle satisfaction de venir au musée et se sentir chez soi grâce à
l’expérience customisée !





Donc,
pendant cette saison hivernale, pour que les musées ne deviennent pas des
grosses salles d’attente qu’on visite uniquement en cas d’intempéries,
réfléchissons sur les opportunités que les musées peuvent nous offrir. 
Plus nous pouvons tisser de liens avec nos publics, plus ils auront envie de
revenir nous voir.  Le gin tonic est facultatif !


 


Crédit  : JC



Jill CARLSON





#personnalisation


#fidelisationdespublics


#participation





Lisez The Participatory Museum de Nina Simon en
anglais, ici : http://www.participatorymuseum.org

































































































































































































DIY : Comment momifier son ancêtre préféré
























D’après l’exposition « Les
momies ne mentent jamais », Cap Sciences



Cher lecteur, chère lectrice,




Tu viens de perdre un ancêtre que tu
aurais bien aimé garder un peu plus longtemps ? J'ai la solution pour toi !
Elle est un peu sanglante, mais très efficace ! Vois-tu, aujourd'hui je vais te
donner la recette pour la garder à tes côtés encore très (très) longtemps ! Et
oui, nous allons suivre le processus de momification de la civilisation
sud-amérindienne Chinchorro qui a vécu au Chili entre 10 000 et 3 400 ans avant
JC (il y a donc fort, fort longtemps).





Pour momifier ton ancêtre tu auras besoin de :





Un ancêtre


De l’eau (une grande carafe, on ne sait jamais dans
quel état est le/la mort.e)


Un grand récipient d'eau salée (5 litres, selon la
taille du/de la mort.e)


Un désert (ou des charognards, tout dépend du paysage
autour de ton lieu d'habitation)


Un couteau (qui coupe vraiment bien)


Une paire de gants (sauf si vraiment, le sang ou les
maladies ne te posent pas de problèmes)


Un sèche cheveux


5 morceaux de bambou (de la taille des membres du mort
de préférence)


De la ficelle


Du fil et une aiguille


De la pâte végétale (un gros pot)


De l'argile


Un bâtonnet type potier


Des pigments (de la couleur que tu préfères, pour les Chinchorros
c'était noir à partir de 6000 avant JC, deux millénaire plus tard c’était rouge
et 500 ans plus tard ils choisissaient d’utiliser de la boue)


Une brosse









© Margot Coïc, image d'une momie Chinchorro




Une fois que tu as réuni tout ce matériel, assez
hétéroclite certes, nous pouvons passer à la recette :





La première étape est de nettoyer le corps, si tu l'as
gardé c'est qu'il n'est pas passé entre les mains d'un croque-mort et on ne
sait pas trop dans quel état il est, personnellement je te conseillerai de
demander à quelqu'un qui ne connait pas le défunt.e de s'en occuper mais bon (à
moins que tu aies quelques contacts et dans ce cas là : bien joué !).





Ensuite (tiens toi bien), incise (avec délicatesse) la
peau au niveau du cou des poignets et des pieds. Passe tes mains sous la peau
des chevilles et tire la peau d'un coup sec, mais délicat, afin de la retirer,
comme un pyjama. La peau humaine est très fragile, il ne s'agirait pas de la
déchirer. Retire ensuite la peau du visage, des pieds et des mains et dépose le
tout dans ton grand récipient plein d'eau salé, après avoir retiré les cheveux.
Range le pour plus tard.





Découpe le bas du ventre, glisse tes mains sous la
chaire et les muscles et retire les organes. Selon ton envie, ou ton humeur du
moment, tu peux soit les abandonner dans ton désert, soit les déposer tout
autour de ta table d'opération pour décorer (chacun son style, n'est-ce-pas ?).
Il te reste tout de même le cerveau, les Chinchorros laissaient le crâne intact
car ils passaient par la jonction entre les vertèbres et le crâne, c'est à cet
endroit précis que tu vas inciser la chaire pour récurer le crâne et retirer le
cerveau (il ne faudrait pas que ça pourrisse !). On utilise donc le même
procédé que pour la citrouille d'Halloween !





La quatrième étape porte le très sympathique nom
suivant : le démembrement (à toutes les personnes qui ont eu le plaisir de
démembrer des barbies, amusez-vous !) un petit coup de sèche-cheveux au niveau
des articulations, une petite incision pour les nerfs et c'est parti : on tire
d'un coup sec ! CRAC ! Pour la tête, les bras et les jambes. On abandonne le
tout dans un désert (ou si vous avez un petit élevage de loups, de tigres ou de
lions - je ne le dirais pas à Brigitte Bardot promis !), pour que les
charognards mangent la chaire et retrouver dans quelques semaines des os bien
propres et bien blancs !





Entre temps, amuse toi à tisser avec les cheveux une
jolie perruque.





Quelques semaines plus tard, récupère ces membres. Il
risque de manquer quelques phalanges, quelques petits os mais ce n'est pas très
grave, ne t'inquiète pas. Assemble-les à nouveau dans l'ordre anatomique (sauf
si tu as toujours rêvé de voir ta grand-mère avec des pieds à la place des
bras). Attache chaque membre à un morceau de bambou grâce à la ficelle et
plante le dernier dans le thorax avec la tête posée dessus. Une fois ton
squelette tout assemblé recouvre le de pâte végétale afin de redonner du volume
au corps.





Comme la pâte végétale c'est super glissant tu peux
sortir la peau de son récipient et la glisser sur le corps à nouveau, avec
délicatesse bien-sûr ! Ces deux dernières étapes permettent de redonner un
aspect humain à ton ancêtre parce que jusque-là, avouons-le il n’était pas très
sexy-chocolat.





Tu es prêt.e ? On passe au moment marrant. Avec de
l'argile crée un masque et utilise ton bâtonnet pour dessiner les traits du
visage (c'est l'occasion de donner à mémé un sourire ravageur !) saupoudre
ensuite la peau de pigment noir, rouge ou bien de boue, selon la technique
Chinchorro que tu préfères et frotte à l'aide d'une brosse.





Positionne ta perruque sur la tête et recoud les
morceaux de peau qui se sont déchirés.





Voilà ton ancêtre est magnifique, prêt.e à prendre place
sur ton fauteuil préféré pour l'éternité ! Tu peux aussi la sortir lors de
piqueniques ou soirées familiales en tous genres en évitant les remarques pas
toujours très politiquement correctes ! En tous cas les Chinchorros
n'hésitaient pas à leur demander conseils quelle que soit la situation (genre,
si tu devais épouser la voisine ou le voisin).





Après quelques temps ton ancêtre risque d'être un peu
défraîchi, tu peux lui redonner un joli minois grâce à quelques produits
cosmétiques spéciaux !





Je n'ai pas encore eu le plaisir de l'essayer sur mes
ancêtres mais j'espère que ce petit DIY te sera utile le moment venu !






Margot Coïc






Cet article a été
écrit à la suite de l’animation « À la table des Momies ». Merci à la
médiatrice qui m’a tout appris sur la momification Chinchorro et qui a répondu
à toutes mes questions pendant l’exposition.



#Momies


#Chinchorro


#Absurde


Du carnet de bord d'une apprentie muséographe

Tous ceux qui ont déjà écrit un mémoire de master dans leur vie savent bien que le stress peut vite prendre le dessus… On considère souvent qu’on aurait pu mieux s’organiser, on scrute ses camarades en essayant de leur soutirer des stratégies organisationnelles, qui en réalité, n’existent pas sur la planète Terre… On redoute les délais encore plus que le mauvais œil.

Des extraits du carnet de bord de mon mémoire éclairent des moments de ce parcours commun aux étudiants en master et démystifient – s’il eut été besoin –l’existence d’un parcours de mémoire standard à suivre, sans obstacles et au résultat certain.

Arras, juin 2014. Je suis arrivée à la fin de ma première année du Master Expographie-Muséographie et je  dois choisir un sujet de mémoire. Je suis italienne, j’ai dans ma poche un diplôme en ethnologie et je collabore avec un collectif photo. J’ai donc tout naturellement orienté mes recherches vers une analyse comparative de l'utilisation et du rôle joué par la photographie dans les expositions qui traitent des migrations entre la France et l'Italie.

NB :les recherches dédiées à l’écriture d’un mémoire en muséographie ne sont pas uniquement faites de consultations de livres à la bibliothèque, mais autant de visites et de rencontres, des interviews et de retranscriptions. Un agenda et un magnétophone constituent le kit de base du muséographe en visite. 

L'entrée au Musée National de l’émigration italienne auVittoriano

Rome, Décembre 2014. Je rentre en Italie et je vais à Rome pour visiter leMusée national de l'émigration italienne. Carnet de bord à la main et appareilphoto autour du cou je descends à l’arrêt du métro Colisée et, après un quartd'heure de marche, me voici devant le Vittoriano.[1] Enson sein, dans une aile du rez-de-chaussée, a été ouvert en 2009 le musée enquestion. Promu par le Ministère des Affaires étrangères en collaboration avec celuides Biens et Activités culturels, ce musée fait le point sur l'émigrationitalienne dans le monde, à travers un parcours chronologique qui va du MoyenÂge à nos jours.

AVERTISSEMENT : la pause de Noël se rapproche, pour moi c’est synonyme d’Italie, de retourchez moi. Dans le Master on « bosse » dur et le mot «vacances» nefait pas partie du lexique de l’apprenti muséographe qui, au contraire, profitede ce que les autres appellent «vacances» pour avancer sur les différentsprojets, et pour ranger le tas de post-it qui envahissent son bureau.

Vittoriano, 10h30. J’avais préparé ma visite, je savais ce que jecherchais et avec quoi je voulais revenir. Tout d'abord, le catalogue del'exposition[2].J’en avais déjà consulté des extraits en ligne, et j’avais remarqué desarticles susceptibles de m’être utiles dans l’écriture de mon mémoire. J’entredans le musée, je le vois, m’en approche pour le feuilleter et demande s’il estpossible de l’acheter. Giuseppe, le gentil gardien-médiateur à qui je m’adresse,m’informe que le catalogue n’est plus en vente, qu’il est épuisé, et qu’à sonavis l'éditeur n’envisage pas de le réimprimer. Bien qu’un peu frustrée, je neme suis pas découragée ! J’ai noté sur mon carnet de bord de me rappelerde le chercher d’occasion sur internet. Après cela je lui ai demandé si, parmitoutes les autres publications bien placées dans la bibliothèque derrière lui,il y en avait qui traitaient des sujets qui m’intéressaient. La réponse fut un« non » catégorique. Rien n’était à vendre, par contre j’aurais pu consulterles publications du centre de documentation, accessible via un escalier en colimaçonau milieu de l'exposition, vers lequel m’a guidé Giuseppe. J’étais tellementpréoccupée par mes recherches théoriques que j’ai négligé l'exposition, y jetantun simple un coup d’œil en passant.

La consultation des publications dans le centre dedocumentation du musée

A NE PAS OUBLIER : c’est très utile de préparer les visites aussibien que de programmer un calendrier pour rencontrer les personnes-ressourcedes institutions. Ceci dit, cela ne doit pas  empêcher de suivre les principes del’ethnologue sur le terrain : il observe silencieux, il note discrètement,il photographie sans se faire voir, il se présente en faisant la connaissanced’autres figures professionnelles potentiellement intéressantes pour sarecherche et probablement intéressées par son sujet de mémoire.

Giuseppe me rassure : ilest sûr que parmi toutes les publications il y a ce qui m’intéresse mais medemande combien de temps je dispose pour les trouver car il n’y a pas derépertoire pour procéder rapidement aux recherches des publications. Enfin, ilm’informe que les livres sont uniquement consultables sur place et qu’il n’y a aucunephotocopieuse à disposition des chercheurs. C’est alors que je perds tout espoir ! Giuseppe l’abien remarqué, sur mon visage s’affiche une expression d'impuissance. Compréhensifet complice il s’approche de moi en me demandant si j’avais un portable quiprenait des bonnes photos… À bon entendeur...

Ah, il allait oublier, ilrevient vers moi pour m’informer que depuis deux jours il n’y a pas deconnexion internet au musée. Par conséquent, les dispositifs généralement utiliséspour l’accès aux dossiers informatisés des Italiens émigrés sont hors d’usage. Visiblementdésolé il m’avoue qu'il a prévenu les techniciens mais que personne n’estjamais arrivé.

Je m’assieds face à unebibliothèque qui me défie de toute sa hauteur. Penseuse je me demande pourquoitout est si compliqué et pourquoi, après une demi-heure dans le musée, le seulaspect positif a été ma rencontre avec Giuseppe, à l'écoute du visiteur et grandconnaisseur du sujet.

Vue d'ensemble de la dernière partie duparcours d'exposition. Sur la gauche, l'escalier qui monte à la bibliothèque

© Comunicare Organizzando – Rome

RAPPELEZ-VOUS : nous pouvons adopter différentes stratégies pour essayerd’être efficaces, mais le terrain est semé de surprises et d’inattendus à géreravant de se trouver sur le terrain. Les rencontres professionnelles sont àalimenter au fil du temps, elles pourront nous être bénéfiques encore, une foisdiplômés.

Vittoriano, 15h30. Je descends l'escalier en colimaçon et je me rends comptetrès vite que le défi posé par la bibliothèque n’avait rien à voir avec ce quim’attendait en bas : un parcours chrono-thématique en cinq sections etvingt-trois sous-parties pas du tout interactif et à la scénographie datée. Jeme sens submergée par une proposition muséographique trop riche : les textes, lesdocuments d’archive et iconographiques, les chants des migrants qui accompagnentune grande partie du parcours de visite, tout cela proposé sans différencierplusieurs niveaux de lecture. Il en résulte donc un parcours trop dense quidémotive la plupart des visiteurs préférant ne pas le terminer.

Garede Roma Ostiense, 00h15. J’attends mon train de nuit pour remonter jusqu’à Gêneset j’en profite pour faire un bilan de ma journée. Pendant que je vois Romedisparaître par la fenêtre de ma voiture je pense que mes attentes n’ont pastoutes été satisfaites. Mise à part la rencontre avec Giuseppe et monavancée dans les recherches bibliographiques, le parcours d’exposition du seulmusée national dédié à l’émigration italienne m’a déçu. Je m’attendais à uneproposition moins standard, à une scénographie plus récente dans ses choix,aussi bien des matériaux que des supports d’exposition et à un parcoursimmersif dont je n’ai pas trouvé trace.

ETRE REALISTES : je prévoyais de mettre au propre mes notes et de commencer à liredes articles dans le train du retour mais, après une journée sur le terrain, jeme suis endormie juste après avoir allumé mon ordinateur. Qu’est ce que voulezque je vous dise, j’assume, je suis encore une apprentie muséographe.  

La Berta Viola


[1] IlVittoriano est un ensemble monumental érigé il y a un siècle dans le centre deRome, à l'honneur du premier roi italien, Victor-Emmanuel II de Savoie.

[2] Lemusée se compose d’une seule exposition permanente et ne prévoit pas lapossibilité d’en présenter des temporaires. C’est pour cette raison que dans letexte d’ouverture de l’exposition le commissaire d’exposition en parle commed’un « musée-exposition ». 

Jardins, une expo qui vous veut du bien



Une
exposition peut-elle être une œuvre d’art ?







Nous voici au vendredi de l’Ascension, au
printemps déjà chaud, les marguerites, les iris, les soucis et les roses sont
en fleurs. Il fait beau comme jamais,
c’est un temps contre-nature, comme le ciel des peintures
. La binette à la
main, en plantant des géraniums dans des plates-bandes, je me suis posé cette
question. Très inspirant le jardinage, me direz-vous. Certes. Surtout lorsque
le Grand Palais propose l’exposition Jardins
à ne manquer sous aucun prétexte.







Affiche de l'exposition



Ça aurait pu
être une serre géante sous la grande verrière – mais non ! ; Laurent
Le Bon, conservateur au Musée Picasso, aurait pu réaliser une exposition sur le
jardin dans l’art. Mais non, contrairement à ce que laisse entendre la
description sur le site du Grand Palais qui commence par citer six peintres
mondialement connus et nous vend « certains des chefs-d’œuvre de
l’histoire de l’art ». Il s’agit bien en réalité de l’Art du Jardin du XVIème
à nos jours qui est traité ici, à travers sa représentation. Du Jardin au sens
large. L’Ars Horti dans tous ses
aspects. Car si on y trouve en effet des œuvres prestigieuses, des noms
d’artistes célèbres – ces noms racoleurs sur l’affiche avec lesquels la RMN
nous propose un événement blockbuster,
bien que sur 450 objets exposés on ne trouve qu’une ou deux œuvres de ceux-ci –
le véritable intérêt de cette exposition réside ailleurs : la promenade. 






Dans une recherche proustienne de
l’expérience du Jardin, on explore, on découvre, on visite un vaste domaine,
fleuri, ombragé, semé de bosquets et ponctué de fontaines, on aperçoit ici un
frêle papillon de mai, et là-bas le coin d’un château. On s’assoit sur un banc
circulaire (gracieusement mis à disposition par une marque de mobilier
d’extérieur) et l’on croise un jardinier surpris. Comme dans le nymphée de la Maison de Livie
au Palazzo Massimo delle terme, les
couloirs du Grand Palais sont devenus pour quelques mois une promenade en plein
air.








Sitôt franchies la porte de l’exposition, le
regard est d’ailleurs plongé dans une fresque pompéienne habitée d’oiseaux. (Fresque
de la maison du bracelet d'or, (
30-35 après
J.-C , Pompéi)



Chaque nouvelle salle explore un nouveau point
de vue, incite à observer les détails : la terre, l’humus, les essences
d’arbres, les insectes, le rôle de l’eau ou le passage des saisons, la présence
du jardinier à l’ouvrage. Comme dans Meurtre
dans un jardin anglais
de Peter Greenaway– dont un extrait est
savoureusement projeté avec sa musique entêtante (pensée pour le gardien qui
l’entend en boucle) – le visiteur devient observateur attentif de ce grand parc
savamment dessiné. 









Grâce à la scénographie presque immersive de
Laurence Fontaine, on se promène, on regarde par les fenêtres des cimaises les
paysages bucoliques qui s’étendent au loin, on tourne, on descend des
escaliers, on se perd même un peu dans ce parcours labyrinthique tout en allées
et en alcôves (un gardien est là pour nous guider lorsque la signalétique,
malgré ses larges flèches blanches, n’arrive pas à surmonter les difficultés du
bâtiment).







L’expérience du Jardin, lieu multisensoriel
par excellence où les parfums, les
couleurs et les sons se répondent
est pratiquement reconstituée. Le texte
d’entrée précise que l’exhaustivité n’est pas visée : on s’étonne presque
de ne pas entendre le chant des merles et des hirondelles, de ne pas sentir la
fraîcheur de la pluie et le vent qui emporte au loin le parfum des roses, de ne
pas caresser l’écorce rugueuse d’un vieux chêne. Un dispositif olfactif (à ne
pas rater dans un coin de bosquet)
prolonge d’ailleurs l’expérience de l’immersion pour les visiteurs qui osent
approcher leur nez comme au cœur d’une fleur.








Ernest
Quost, Fleurs de Pâques, 1890, Roubaix - La Piscine



Cette exposition se veut pluridisciplinaire
et ne se cloisonne pas à « l’Art », et c’est là sa grande force.
Plus, elle requestionne le statut « d’œuvre » : l’Archéologie,
les sciences naturelles, les objets du quotidien, peuvent-ils être des
« œuvres » ? Un arrosoir, le plan des canalisations des jardins
de Versailles, des échantillons de bois provenant de la xylothèque du Muséum,
des reproductions de plantes en cire, n’ont pas été réalisés pour être des
œuvres d’art mais comme outils de travail ou d’étude scientifique : ils
sont pourtant « muséifiés » dès lors qu’ils sont mis sous vitrine.
Des objets témoins des pratiques horticultrices – toute une ethnographie –, des
multiples techniques de conservation et de reproductions pérennes de ces fleurs
périssables (des herbiers aux films en time-lapse,
des aquarelles aux cires anatomiques en passant par les impressionnantes
répliques en verre des frères Blaschka), ou encore des travaux de multiples Le
Nôtre avec plans, maquettes et vues cavalières, jusqu’aux prélèvements de
sédiments et aux pollens. Œuvres d’art de
facto
, par l’amour du détail et de la minutie qu’ils expriment, lorsqu’ils
côtoient Dürer, Matisse et Kubrick.





Car le cinéma n’est pas en reste avec les
jardins de L’année dernière à Marienbad
et le labyrinthe de Shining, en écho
au parc de Saint-Cloud de Fragonard [1] et à une tapisserie représentant la fontaine d’un palais palermitain. La
littérature aussi est bien présente avec des citations collant aux différents
thèmes, de Huysmans ou de Verlaine où, comme sur d’autres murs, poussent
quelques feuilles, ou encore avec – petite madeleine – une planche de Béatrix
Potter.










L’art contemporain
(les iris de Patrick Neu, la Grotta
Azzurra
de Jean-Michel Othoniel…) apporte quant à lui un nouveau souffle
aux peintures plus classiques – qui évitent agréablement les poncifs attendus,
type jardins de Giverny – grâce à des regards poétiques et des clins d’yeux pas piqués des hannetons





Les expositions pluridisciplinaires
surprennent toujours, ouvrent des portes imprévues, incluent le visiteur dans
leurs questionnements. Qu’est ce qu’une exposition ? Qu’est ce que
l’art ? Qu’est ce qu’un jardin ? Rien n’est tranché, mais à chaque
thème développé une pièce de puzzle se met en place. On ne cherche pas à répondre à ces questions,
à expliquer ce qu’est un jardin, ce qu’est l’art, ce qu’est une exposition.
Laurent Le Bon explore, libre, invente et expérimente, il attire l’attention
sur de petites choses. Un jardin c’est ceci, mais également cela, une œuvre
c’est ça, mais ça aussi, et encore ça. 








Gilles Clément, Mettre les pieds au jardin,
2007, Collection particulière



De surprises en découvertes, même sans les
textes souvent jargonneux et assommants annonçant le nouveau chapitre –
peut-être même ici grâce à leur avantageuse absence (seules quelques lignes
viennent fort à propos contextualiser certains expôts) – le visiteur apprend
sans s’en rendre compte un pan d’histoire qu’il raccroche à ses connaissances,
à son vécu, à ses mille souvenirs réactivés par un objet ordinaire ou insolite,
par un mot, un son ou une image. De lointains cours de science ou de
littérature ressurgissent du labyrinthe cervical, des associations rappellent
une expérience, un voyage, un roman…





Multiplier les médias, les styles, les
références, construit un discours plus exhaustif par des regards croisés, et
autant de moyens d’accroche (ou de bouées de sauvetage) : l’attention est
maintenue, la curiosité exacerbée. La scénographie sans cesse renouvelée comme
dans les jardins de Chaumont-sur-Loire nous transporte d’un laboratoire de botaniste
à la cabane d’un jardinier, puis d’un jardin à la française à une serre
lumineuse où s’affrontent sans rivalité les couleurs vives d’innombrables
fleurs.








Emile Claus, Le vieux jardinier, 1885, Liège – Musée des Beaux
Arts / La Boverie



Puisque l’on sort du Grand Palais comme d’un feel good movie, la tête pleine de
chlorophylle, réjoui comme en revenant d’une longue balade, alors peut-être
cette exposition est-elle une œuvre complète, composée de multiples branches,
dans laquelle on entre pour flâner, comme dans un jardin aux centaines de
fleurs, d’arbres, de bosquets, de mares, d’oiseaux et de cigales. Après cette
randonnée champêtre, deux envies s’imposent à mon esprit : aller cheminer dans
un grand parc pour y guetter toutes ses composantes, ses couleurs, ses odeurs,
ses perspectives… et retourner planter mes géraniums, pour devenir, l’espace
d’une après midi, un jardinier en herbe… 
Désormais une chose reste sûre :il faut cultiver notre jardin.








Jérôme Politi


27 mai 2017





#Grandpalais


#jardins


#coupdecoeur








Pour en savoir plus :


L’exposition
jusqu’au 24 juillet, c’est par ici : http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/jardins




















[1]
Ce tableau habituellement accroché dans un chic salon d’apparat au siège de la
Banque de France a été prêté pour l’exposition contre
Le Buffet de Vauvenargues de Picasso : échange de bons
procédés entre une institution prêteuse et le conservateur d’un grand musée
national.
 





Kunsthalle Marcel Duchamp, le plus petit musée du monde est en Suisse














The thought game (le jeu mental),Tom Hackney, 2016 ©KMD





En 1946, Marcel Duchamp passe cinq semaines en Suisse et notamment cinq jours  à Cully, sur les bords du Léman. Fasciné par la chute d’eau proche de son hôtel, il la photographie et l’utilise pour sa dernière œuvre, l’installationÉtant donnés : 1° la chute d'eau, 2° le gaz d'éclairage (1946-1966), conservée aujourd’hui au Philadelphia Museum of Art.





A l’occasion d’un symposium autour de Marcel Duchamp et la cascade du Forestay en 2009, Stefan Banz et Caroline Bachmann créent aussi un lieu d’exposition, baptisé Kunsthalle Marcel Duchamp. La taille de ce lieu ? Une capsule de 45 cm sur 75 cm, perchée à 1m50 de hauteur. Deux étages, ouverts 24h sur 24 et 7 jours sur 7, cinq à sept expositions par an, ce musée n’a rien à envier aux plus grands, ni en termes de fréquentation, ni en termes de programmation. Les artistes exposés à la KMD sont internationaux et pas toujours méconnus : Ai Weiwei, Cildo Meireles… Catalogues et livres d’artistes sont publiés¹ à l’occasion des expositions.





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Sunflower seeds,Ai Weiwei, 2011  ©KMD





En moins de 10 ans d’ouverture, le musée a déjà connu une rénovation. Le bâtiment d’inspiration brutaliste (un cube de 35 x 35 cm) a été remplacé en 2016 par une capsule-dôme (45 x 75 cm), en cuivre recouvert d’émail.





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Marcel Duchamp - A game in a game, Ernst Strouhal, 2012 etDialogue with imaginary viewers,


rétrospective, 2016 ©KMD





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With a one woman show,Karin Sander, 2016 ©KMD





L’étage supérieur est offert à la vue du visiteur par de grandes baies vitrées, et il peut être aménagé comme on veut à l’aide de cimaises. L’étage inférieur est visible depuis une toute petite fenêtre. Les murs sont en émail blanc, l’espace est totalement modulable selon l’exposition.





Untitled-1.jpg


Différentes  scénographies  ©KMD





Ce lieu d’exposition inconventionnel questionne les rapports entre l’art contemporain et l’espace, que ce soit le lieu géographique (Cully, petite ville au bord du Léman) ou la taille des expositions présentées. Il prend le contre-pied des biennales et foires internationales, figures de la mondialisation et de la globalisation de l’art contemporain où le commissaire fait figure de promoteur, où l’artiste exposé est là pour vendre son œuvre (à un acheteur ou pour une exposition), pour lui assurer une visibilité internationale. Cette forme de démesure se retrouve dans la Kunsthalle Marcel Duchamp mais de manière inversée : sa petite taille (3 375 cm² !)ne lui assure pas une visibilité maximale mais une visibilité suffisante, les artistes y sont exposés dans un but purement artistique et sélectionnés pour des projets précis autour de la figure et de l’œuvre de Duchamp.





La KMD renverse aussi le concept de musée, ou du moins elle lui donne une nouvelle dynamique. Le visiteur est un acteur plus important que “l’institution”, qui n’est vraiment que le réceptacle du propos. En outre, cette forme subtile de musée² permet de déclencher plus facilement et plus volontairement la rencontre avec les œuvres, ce que d’autres musées bien plus connus peinent à faire. Faudrait-il réduire tous nos musées immenses au 1 000ème pour leur donner cette dynamique ?





J. Lagny





#duchamp


#miniature


#artcontemporain








Pour en savoir plus :


Le site de la Kunsthalle Marcel Duchamp :https://www.akmd.ch/





Exposition en cours :Foin,Alain Huck, du 22 avril au 18 juin 2017


Prochaine exposition :One hundred years of Marcel Duchamp’s fountain,du 24 juin au 27 août 2017















²Malgré cela, la KMD a les mêmes charges qu’un musée :  transport des oeuvres, entretien du bâtiment, publications...





L'art du cocktail ... ou les cocktails dans le monde de l'art

L’art de la cocktailerie est bien connu, il s’agit de bien savoir mélanger aux bonnes doses des liqueurs, sirops, etc. le tout soigné d’une belle décoration.

Crédits : potion de vie.fr - 2014

L’art de la cocktailerie est bien connu, il s’agit de bien savoir mélanger aux bonnes doses des liqueurs, sirops, etc. le tout soigné d’une belle décoration...

Et bah, dans le monde de l’art c’estpareil ! Surtout quand il s’agit de colloques, rencontres, séminaires,symposiums, journées d’études ; dans tous les cas on est face à desmoments ou les professionnels de la culture sont en contact entre eux. Ainsique dans un cocktail chacun des composants peut exprimer son individualité etsa créativité, également au sein des conversations et échanges entre cesacteurs au cours desquels on reconnaît bien les idéaux et théories que chacunpostule. Chacun apporte sa saveur!

Et comme dans tout bon cocktail c’est lemélange qui fait la magie, c’est d’ailleurs à ces occasions que nous, jeunesétudiants, pouvons nous mêler aux spécialistes de diverses disciplines,conservation, médiation, régie, théoriciens, directeurs des musées, etc. et lesapprocher plus facilement en participant aux pauses déjeuners, soiréesd’événementiels, qui sont de belles occasions de rencontres. On rencontre despersonnes passionnées par leur métier dans une ambiance conviviale, il fautavouer qu’autour d’un verre les personnes sont plus détendues et à l’écoute, etque le design culinaire autant que les plaisirs de la conversation fontpleinement partie des vernissages, tant préparés.

Crédits : L'Art de Muser - 2012

Une fois qu’on a réussi à lesapprocher (ce qui est tout un art aussi : savoir reconnaitre quelqu’un quel’on n’a jamais vu, qui bien sûr porte un badge… mais retourné et pas visible…)à nous de savoir jongler avec grâce entre propositions et idées comme un bonbarman qui fait du « flair bartending », pour étonner et surprendrenotre interlocuteur. C’est à ces moments là que peuvent se dévoiler devant nousdes opportunités : pour un travail de recherche, ou pour un stage, ou bienune opportunité de travailler ensemble sur un projet ; à nous d’être commeun mistral,étonnant et fraichementservi. Et comme dans le monde du cocktail « l’art n’est pas affaire dequantité, mais de temps et d’imagination », faire des propositionsinnovantes.

 Dans la vie, il faut savoirrencontrer pour trouver des opportunités. Si on ne les trouve pas, comme un bonmaitre du cocktail, il faut savoir agiter ! Créons nous-mêmes cesmoments ! Allons à la rencontre ! Mais surtout chers amis, prenez cecicomme un conseil, il ne faut JAMAIS, JAMAIS rater l’occasion, en toutemodération, de prendre un bon cocktail !!

AndreaVázquez

La scénographie du jardin



Les jardins séduisent un public de
plus en plus large, qu’il soit professionnel, amoureux de la nature, ou juste
de passage. De plus en plus de jardins sont ouverts au public, la manifestation
nationale Rendez-vous aux jardins [1] a
énormément de succès, on crée des labels spécifiques. Deux grandes institutions
culturelles française, le Centre Pompidou-Metz et le Grand Palais, y consacrent
chacune une exposition. Cela a peut-être à voir avec la prise de conscience d’une
nature de plus en plus menacée par la main de l’homme. Plébiscité, le jardin
devient donc un lieu exposé aux regards, foulé, parcouru par des publics, comme
dans une exposition. Alors que le soleil commence à pointer le bout de son nez
et fait s’éclore, fleurir, s’épanouir, croître le jardin, nous proposons
d’interroger la relation entre jardiniers et scénographie.





Le « jardin » perçu comme
espace serait mis en scène pour ses visiteurs. A quelle fin ? Déjà sous la
dynastie des Ptolémées en Egypte, les jardins participaient à la gloire de la
dynastie. Au XVIIe siècle, André Le Nôtre travaille au Château de
Vaux-le-Vicomte et bien sûr à Versailles, jardins à la française par
excellence. Ces jardins mettent en scène le pouvoir de leur commanditaire. Au
XVIIIe siècle se développe la notion de parc pittoresque, en Angleterre avec
William Kent et en France avec René-Louis de Girardin (parc Jean-Jacques
Rousseau d’Ermenonville). Les parcs pittoresques reprennent les idées clés des
Lumières. Au XXe siècle on observe l’influence de l’art dans les jardins, par
exemple à la villa Noailles à Hyères. Progressivement, une idée de nature
sauvage est évoquée, une nature qui pousserait librement, comme en témoigne le
Parc André Citroën créé par Allain Provost et Gilles Clément.








Parc André Citroën © Y. Monel



Ainsi la mise en scène des jardins ne
date pas d’aujourd’hui. Si l’on s’attache à la définition de la scénographie
comme « l’art de concevoir et de mettre en forme l’espace propice à la
représentation ou présentation publique d’une œuvre, d’un objet, d’un événement
» [2],
le jardinier est ce type de créateur, il est celui qui imagine, dessine,
conçoit, le jardin. Comme un architecte, il utilise des plans ; comme un
scénographe il crée des ambiances grâce à des palettes, un parcours grâce à des
volumes ; comme un technicien il « construit » et entretient son
jardin avec des outils spécifiques. Il est tout cela à la fois, concepteur et
réalisateur : « On ne peut pas apprendre l’art des jardins de façon théorique.
Il est nécessaire d’apprendre la vraie nature des plantes et des pierres, de
l’eau et du sol, autant par les mains que par la tête » [3].





« Rendre l’espace actif et même
acteur, définir un point de vue signifiant sur le monde, élaborer des
dispositifs et des lieux scéniques qui en assurent la mise en œuvre, assurer un
travail réfléchi de découpage de l’espace, du temps de l’action, conférer une
valeur poétique à un cadre scénique approprié au drame représenté, telles sont
les caractéristiques du travail scénographique » [4] dit Marcel
Freydefont à propos de la scénographie. L’art du jardin aujourd’hui est-il si
différent ? Si un espace peut être actif et acteur, c’est bien celui du
jardin, qui est en perpétuelle évolution. Que ce soit d’un point de vue
écologique, artistique ou intime, le jardin a du sens, c’est une déclaration,
un geste. Se développant petit à petit au fil des saisons, le jardin est ancré
dans le temps et aussi dans l’espace par sa taille ainsi que la déambulation le
long des allées, des bordures. Quant à sa valeur poétique, elle est indéniable.
C’est ce travail de scénographe du jardin que font les lauréats du Festival
International des Jardins à Chaumont-sur-Loire [5]. Chaque
année, des équipes composées de paysagistes, d’architectes mais aussi
d’artistes ou de designers répondent à une problématique en proposant une
création originale. Une vingtaine de jardins sont présentés au public dans un
parcours semi-directif.








Frankenstein’s Nature, Anca Panait et
Greg Meikle, édition 2016 © E. Sander



Visité, le jardin devient une scène,
où le visiteur est acteur et spectateur, regardeur et auditeur… Ce qui est mis
en scène c’est la force vitale de la nature, c’est son essence même, sa
capacité à croître pour ensuite faner et renaître. Peut-être que le jardin
parle à l’homme car il est comme une métaphore de celui-ci, vivant mais
éphémère, naturel et artificiel. Artificiel car de la main de l’homme, même
quand le jardin se veut au plus près de la vérité : « Le concept de jardin sauvage est, proprement, un
oxymore puisque tout jardin est une création artificielle » [6].
Un jardin est toujours une collaboration entre l’homme et la nature, avec la
nature et non contre la nature.





Dans cet esprit de lien avec la
nature, le Tiers-Paysage, concept inventé par Gilles Clément, désigne des
endroits où l’homme laisse la nature se développer, des réserves de la
biodiversité, jardins ou parcs aménagés comme espaces naturels intouchés. Le
parc Matisse à Lille présente une de ses réalisations pouvant correspondre au
concept de Tiers-Paysage, l’île Derborence. Cet îlot s’élève au milieu du parc
et l’homme n’y a aucune prise. Le Tiers-Paysage est mis en scène par le
« piédestal » sur lequel se tient l’île. Ainsi, même si l’homme
n’intervient pas, il y a scénographie. Pourquoi ? Parce que, comme le dit
Jean-Pierre Le Dantec, architecte-urbaniste ancien directeur de l’école
d’architecture de Paris-La Villette, « dans notre monde urbanisé, seule la
présentation d’une nature sauvage est susceptible d’attirer l’attention » [7].
C’est sans doute pour cette raison que Gilles Clément a choisi de mettre en
scène l’île Derborence, pour attirer la conscience du visiteur sur l’écologie,
sur une manière d’exploiter la diversité et les possibilités de la planète sans
rien détruire.







Île
Derborence, Parc Matisse, Lille © Grow


Gilles Clément a élaboré d’autres
concepts qui sont liés à celui du Tiers-Paysage, comme le Jardin Planétaire ou
le Jardin en Mouvement. Le Jardin Planétaire c’est l’idée que la planète est,
comme le jardin, un espace clos que l’homme doit respecter pour lui-même
continuer à vivre. En 2000 à la Grande Halle de la Villette une exposition est
consacrée au Jardin Planétaire. Gilles Clément en est le commissaire, Raymond
Sarti [8] le scénographe. Le but de l’exposition était d’attirer le regard du visiteur
sur l’écologie et de faire prendre conscience de l’état de la nature
aujourd’hui. Pour cela, la création de Gilles Clément était soutenue par une
scénographie tentant de se fondre parmi les plantes. On peut trouver cela
paradoxal, qu’il y ait besoin de dispositifs pour expliquer la pensée
écologique contemporaine alors que le visiteur est entouré de plantes, de
fleurs. Toutefois, ces dispositifs scénographiques n’étaient là qu’en renfort
de l’œuvre végétale de Gilles Clément, mise en scène.








Le Jardin Planétaire © R. Sarti






Le Jardin Planétaire, croquis de la
scénographie © R. Sarti



Malgré ces exemples, il n’est pas
encore possible de parler d’une véritable discipline scénographique du jardin.
Trop peu de personnes s’en réclameraient. Gilles Clément n’apprécierait sans
doute pas qu’on dise que son île Derborence est une création
scénographique ! Néanmoins, si l’on reprend la définition de la
scénographie de Marcel Freydefont citée plus haut, les liens entre scénographie
et jardin sont indéniables.





J. Lagny







#jardin




#scénographie

































[1] http://rendezvousauxjardins.culturecommunication.gouv.fr/


[2]Association SCENOGRAPHES, Projet d’exposition, Guide des bonnes pratiques, 2013




[3] Russell Page, L’éducation
d’un jardinier
, Paris, La Maison rustique, 1999



[4]  Marcel Freydefont, Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Editions Bordas, Paris, 1995




[5] http://www.domaine-chaumont.fr/fr/festival-international-des-jardins



[6] Jean-Pierre Le Dantec, « Régulier, naturel ou sauvage, mais toujours artificiel » in Grand Palais, Jardins, Paris, RMN Grand Palais, 2017, p. 237




[7] Jean-Pierre Le Dantec, « Régulier, naturel ou sauvage, mais toujours artificiel » in Grand Palais, Jardins, Paris, RMN Grand Palais, 2017, p. 243


[8] http://www.raymondsarti.com/

















Le débat oublié






 © La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix







Bonjour et bienvenue à tous pour ce nouveau débat
politique inédit et sans précédent. Merci d’être avec nous en ce jeudi 20 avril
2017, exactement trois jours avant le premier tour des élections
présidentielles. Les onze candidats à la présidence ayant peu débattu lors des
deux débats télévisés du sujet, pourtant si essentiel, de la culture, l’heure
est venue aujourd’hui de développer les idées de chacun !





ATTENTION : Nous vous informons que ce débat est un
débat fictif, qui n’a donc pas réellement eu lieu entre ces candidats (ou alors
loin des yeux attentifs des caméras). Il repose néanmoins sur une analyse
précise des programmes de chacun.





Commençons sans plus attendre, les candidats ont tous
pris place et notre première question est la suivante : en matière d’éducation culturelle, quelles sont vos
propositions ?





Marine LE PEN : Étant
la candidate la plus haute dans les sondages jusqu’à présent, je me permets de
commencer… Avant tout, la culture que je souhaite soutenir et valoriser dans
mes actions est bien entendu la culture française. Avec ses valeurs et
traditions, la France possède un patrimoine culturel qu’il ne faut pas
négliger. Et qu’est ce qui reflète plus la France si ce n’est sa langue. C’est
pourquoi, je m’engage fermement à défendre notre belle langue à travers
plusieurs mesures essentielles : les cours de français devront représenter la
moitié du programme scolaire de primaire. Il faut tout bonnement supprimer
“l’enseignement des langues et culture d’origine” (ELCO) qui n’a pas sa place
dans les programmes scolaires et nous allons abroger la loi Fioraso qui vise à
restreindre l’enseignement en français dans nos universités !


Jean LASSALLE : Voyons
Madame Le Pen, je ne suis pas du tout d’accord ! Mes chers concitoyens, je
pense justement qu’il faut coopérer avec les écoles étrangères, surtout en
terme d’éducation culturelle voyons !


François FILLON : Alors
permettez-moi de vous dire que je pense qu’une meilleure articulation des
enseignements est nécessaire. C’est-à-dire que des cours tels que
l’enseignement culturel et autres cours d’histoire de l’art doivent d’abord
être en lien avec l’histoire en générale. Non ?


Jean-Luc MÉLENCHON : Mais c’est pas du tout ça le fond du problème, vous n’y êtes pas du
tout. Ce qu’il faut avant tout c’est un renouveau de l’éducation artistique à
l’école ! Les amis, qu’elle devienne une priorité de la maternelle à la faculté
!


Benoît HAMON : Je
partage l’avis de Monsieur Mélenchon et c’est pourquoi je propose un “Grand plan
pour la culture à l’école” !


Jean-Luc MÉLENCHON : Oui enfin c’est la même idée que moi sauf que vous y avez ajouté un
titre plus pompeux…


Nicolas DUPONT-AIGNAN : Pour
une fois, je suis bien d’accord avec la gauche tiens. Il faut permettre à tous
ces élèves de faire au moins une œuvre artistique de leur scolarité ! Après
s’ils en ont assez de l’art, ils passeront à autre chose.


Marine LE PEN :Messieurs, s’ils veulent continuer, moi je propose : un grand plan
national de création de filières des métiers d’art, aussi bien au lycée qu’en
université et ainsi nous implantons un réseau national d’artistes dont nous
pourrons être fiers.


Jean-Luc MÉLENCHON :Peut-être Madame Le Pen, mais il faut surtout que l’enseignement
supérieur artistique soit un service public national ! Et je pense également
qu’il faut créer des jumelages entre les établissements scolaires et les
établissement culturels, voila !


Jacques CHEMINADE: En parlant de jumelages, il faut aussi une coopération des centres de
loisirs et des écoles avec les conservatoires et orchestres… On n’a pas encore
dit un mot sur la musique, le plus bel art de tous…


Marine LE PEN :Dans mon programme je propose qu’il y ait une véritable éducation
musicale à l’école, contrairement à ce qu’on peut avoir aujourd’hui… Oui la
musique est aussi importante pour le Front National.


Jean-Luc MÉLENCHON :Mais il faut réussir à intéresser les jeunes voyons ! Ce que je propose
est le développement d’une filière numérique, j’adore les jeux vidéos c’est un “magique instrument de formation et de culture”, et puis vous devez tous
sûrement avoir entendu parler de mon hologramme…
[Jean-Luc Mélenchon fait un clin d’œil
à la caméra]


Jacques CHEMINADE : Faites attention à vos
propositions Monsieur Mélenchon, les jeux vidéos sont responsables d’un bon nombre
de violences ! Et je souhaite voir interdits tous les jeux vidéos jugés trop
violents pour nos adolescents…


Nous: Monsieur
Macron, nous ne vous avons pas encore entendu, quelles sont vos propositions
concernant l’éducation et la culture ?


Emmanuel MACRON :Moi, lorsque je serai président j’assurerai un accès aux éducations
culturelles et artistiques à tous les enfants. De plus, je dédierai une
dotation spéciale pour des projets éducatifs, culturels et touristiques pour
valoriser le patrimoine. Et toc, d’une pierre deux coups. En marche vers un
président jeune et swag !





Nous remarquons donc que François Asselineau, Philippe
Poutou et Nathalie Arthaud restent sur la touche pour cette première question
et c’est bien dommage… Peut-être se rattraperont-ils par la suite! Nous les
attendons au tournant. Passons donc à notre deuxième question sur la démocratisation culturelle : quelle est
la première mesure que vous souhaiteriez mettre en place afin de rendre la
culture accessible au plus grand nombre ?





Philippe POUTOU : Il
faut abroger la loi Hadopi !


Nicolas DUPONT-AIGNAN :Alors ça je suis bien d’accord !


Marine LE PEN: Et
bien moi aussi tiens ! Au nom de la liberté publique, bien entendu ! Il
faudrait même ouvrir le chantier de la licence globale !


François FILLON: Mais
n’importe quoi : cette loi, mise en place sous Sarkozy et plus exactement sous
le gouvernement François
Fillon 2, donc moi, ne peut être supprimée, c’est ridicule ! Par contre, je
propose que les horaires des établissements culturels soient élargis. La
culture ne passe pas par le téléchargement illégal, mais en allant dans les
lieux de culture mesdames et messieurs !


Emmanuel MACRON : Alors oui, je suis d’accord, Monsieur Fillion, le
téléchargement c’est mal. C’est pourquoi l'émergence d’un “Netflix européen”
sera une aubaine pour notre culture européenne, nos films et nos séries ! Mais
néanmoins, je pense aussi que les établissements comme les bibliothèques
devraient bel et bien être ouverts le soir et le dimanche !


Jean-Luc MÉLENCHON :C’est bien beau tout ça mais une médiathèque en ligne permettrait
également une nette démocratisation de la culture…


Jacques CHEMINADE : Non, non, non, je suis absolument
contre ce monde des images et des écrans ! Vivons dans le monde réel !


Jean-Luc MÉLENCHON :Il n’y a rien de mal contre les écrans Monsieur Cheminade ! Bon mis à
part quand il s’agit de publicité car je suis contre cette invasion de la
publicité dans notre société c’est pourquoi je vais faire interdire les écrans
de publicités numériques. Voilà.


Emmanuel MACRON : Bon, revenons à des choses concrètes. Si je suis élu,
je mettrais en place un pass culturel de 500 euros pour les jeunes de 18 ans.
Ce pass sera européen !


François ASSELINEAU : Dans
ma version, je voyais plus cela sous forme de chèque culture amélioré qui
serait en fait plus accessible….


Nicolas DUPONT-AIGNAN :Alors qu’avec moi ce serait plus sous forme de “ticket découverte
culturelle” pour tout le monde à partir de 16 ans…


Benoît HAMON :  Tout le monde propose la même chose,
j’aimerais quant à moi instaurer la journée “rue libre pour la culture” pendant
laquelle les acteurs de la culture devront construire avec les habitant des
projets hors-les-murs.


Jean LASSALLE :Citoyens, citoyennes, moi, je préfère une grande fête de la philosophie,
des sports et de l’engagement !


Jacques CHEMINADE: Ça serait d’ailleurs bien de rétablir le sport de proximité. Je dis ça
comme ça… Bon qu’est-ce qu’on fait pour renforcer la francophonie hein ? Je
vous le demande !


Benoît HAMON : Alors
ça, ça va être vite réglé puisque je propose la création du Palais de la langue
française ! D’autres questions monsieur Cheminade ?


Jacques CHEMINADE: Bon alors je reviens sur la musique mais c’est important ! Il faut
généraliser les mercredis musicaux. Pourquoi mercredi ? C’est mon jour préféré
de la semaine. Il faut aussi renforcer les conservatoires, cela va de soi.







Emmanuel MACRON: Et
bien, il me semble que nous devrions parler d’un sujet en particulier : le
statut des intermittents du spectacle ! Je propose d’adapter ce statut et de le
pérenniser pour que cela devienne un outil au service de la politique
culturelle.


Marine LE PEN: Oui,
enfin, il faut surtout contrôler les structures qui en abusent, pourquoi pas en
créant une carte professionnelle ? Ce statut doit absolument être remis en
ordre.


Jean-Luc MÉLENCHON : Cela
me fait mal de l’admettre, mais je suis d’accord avec Madame Le Pen, il faut pérenniser
ce statut mais aussi le valoriser, tout comme les artistes précaires.


Nicolas DUPONT-AIGNAN: Je
vous suis aussi !


Jacques CHEMINADE : Vous
allez me dire que ce n’est pas très original mais je suis d’accord avec vous
tous…


Jean-Luc MÉLENCHON : Enfin
les amis, les intermittents du spectacle ne sont pas les seules personnes qui
travaillent dans la culture : n’oublions pas les médiateurs culturels !
Qu’est-ce que vous leur proposez vous ? Pas grand chose, il faut absolument les
favoriser et répandre ce métier dans toutes les structures culturelles.







Benoît HAMON: Et
je ne vous entends pas parler des artistes ! Grâce à mon revenu universel, les
artistes pourront bénéficier du statut de l’artiste aidé.


Jean-Luc MÉLENCHON : Et
favoriser la création !


Emmanuel MACRON: Justement,
puisque vous en parlez… Moi je propose de lancer un Erasmus des professionnels
de la culture. Pas mal non ? Cela faciliterait la circulation des commissaires
d’expo, des conservateurs mais des artistes aussi !


Marine LE PEN :
Enfin, la culture c’est aussi l’audiovisuel, et si nous parlions un peu du CSA !
Il faut le réformer en créant trois collèges, un représentant l’Etat, un autre
les professionnels et un dernier représentant la société civile.


Philippe POUTOU : Il
faut surtout que le CSA soit remplacé par un organisme de supervision des
médias ! Tout comme il faut créer un statut juridique pour les rédactions avec
un droit de regard ou de véto sur les décisions économiques et éditoriales !


Emmanuel MACRON: Alors
là, pas du tout ! Il faut que les sociétés audiovisuelles publiques soient plus
indépendantes et ouvertes, plus efficaces. Tout comme pour les entreprises de
presse ! Prenons le modèle anglo-saxon : il faut garantir l’indépendance
éditoriale et journalistique !





Très bien, quatre candidats sont restés muets. Il est temps de
passer à notre quatrième question :
quelles sont vos propositions concernant les lieux culturels ?





Nathalie ARTHAUD: Puisque
je me sens visée, je vais prendre la parole. Il est nécessaire de développer
les bibliothèques et en règle générale de soutenir toutes les initiatives
culturelles.


Jacques CHEMINADE:
Les bibliothèques ne suffisent pas ! Moi je propose d’ouvrir un musée de
l’imaginaire. 1 pour 500 000 habitants, à moins de 45 minutes de chez eux. Deuxième
proposition : la création d’un palais de la découverte par région. Ça c’est
efficace !


François FILLON : Je
suis aussi pour la création de nouveaux lieux mais lorsque je serai président
j’ouvrirai un lieu d’art européen à Strasbourg. De plus, il me paraît essentiel
que la culture et ses lieux entrent dans l’ère numérique.


Marine LE PEN : Oui
enfin avant de penser à ouvrir des nouveaux établissements, vous ne croyez pas
qu’il faudrait qu’on arrête de vendre à l’étranger et au privé nos bâtiments nationaux
?


Nicolas DUPONT-AIGNAN : Je
pense surtout qu’il faudrait s’intéresser à nos lieux culturels maintenant et
s’occuper d’eux ! D’abord, il faut rendre les musées gratuits tous les
dimanches. Ensuite, il faut créer un nouveau ministère : un grand ministère qui
engloberait le patrimoine, le tourisme, le spectacle vivant, les arts, les
lettres, le cinéma et la communication !


Benoît HAMON : Je
valide la création d’un nouveau ministère, je suis pour la création d’un
ministère de la Culture, des Médias et du Temps libre.


Jean-Luc MÉLENCHON : C’est
bon, vous avez fini ? Qui a parlé des archives nationales ? Il faut y investir.
Qui a parlé du 1% ? Il faut l’appliquer. Qui a parlé de la prévention
archéologique ? Il faut la re-nationaliser.





Monsieur Asselineau, nous ne vous avons toujours pas
entendu, j’espère que vous pourrez saisir la chance de notre dernière question…
Messieurs, Mesdames les candidats, le débat touche à sa fin et terminons sur
une note indispensable et tabou : la
culture et l’argent. Quelles sont vos propositions ?





François ASSELINEAU: Là,
je peux intervenir ! Selon moi, il faut absolument augmenter les budgets dédiés
à la sauvegarde des monuments historiques classés et des œuvres d’art
françaises. C’est tout pour moi, bonne soirée !


Jean LASSALLE: Hé,
il me semble que vous m’avez oublié… Quelle était la question ? ah oui. Moi
aussi je propose des choses sur le budget. D’ailleurs, les financements doivent
absolument tendre vers la création indépendante.


Jean-Luc MÉLENCHON :Oui, je suis pour favoriser la création et la production indépendante !
La culture ne doit pas être un moyen d’échange marchand ! Il faut mettre fin à
l’avantage des mécènes et le sponsoring, finis les avantages fiscaux, finie la
défiscalisation des œuvres d’art ! Finie aussi l’intrusion de la finance dans
les conseils d’administration des établissements culturels. Aidons plutôt les
collectivités territoriales !


Benoît HAMON : Mais
oui Jean-Luc ! Il faut mettre fin à cette baisse des dotations et investir 4
milliards d’euros dans la culture !


Nicolas DUPONT-AIGNAN : Seulement
? Moi je pousse le budget à 1% et en plus j’organise des tirages du loto le
jour des Journées du Patrimoine pour accompagner les actions en faveur de
celui-ci !


Jacques CHEMINADE : Bande
de petits joueurs… C’est à 2% que le budget de la culture doit être ! Nous
sommes en guerre dans le domaine culturel.


François FILLON : Bon,
même si je risque de passer pour le méchant, encore… J’assume, même si les
médias vont encore bien en profiter... Moi, je donne 2 milliards pendant mon
mandat.


Marine LE PEN : Allez,
Monsieur Fillon, arrêtez de vous faire passer pour la victime et laissez parler
les vrais. Je suis sûre que vous n’aviez pas pensé à créer le mécénat citoyen
grâce à une plateforme numérique dédiée. Au passage, j’augmente le budget de la
culture de 25%.


Emmanuel MACRON : Madame
Arthaud et Monsieur Poutou n’ont apparemment rien à ajouter… Alors certes, il
faut que l’effort continue d’investir dans la culture mais je crois qu’il doit
en échange, exiger des contreparties, des contreparties d’efficacité ! De plus,
il est essentiel de rétablir une concurrence équitable entre les différents
acteurs numériques. Enfin, il faut investir oui, mais surtout dans les
industries créatives et culturelles, je leur donne 200 milliards d’euros.







Bien, merci à tous d’avoir participé à ce débat dédié à
la culture, un sujet dont on parle trop peu. Nous rappelons que la culture
contribue à hauteur de 3,2% du PIB, au même niveau que le secteur de l’agriculture.
Le secteur créatif n’est pas jugé aussi important que la sécurité ou l’emploi
dans les programmes mais n’oublions pas que la culture pourvoit aussi des
emplois et peut être une solution contre la crise identitaire dont la France
semble souffrir. Dans ce débat, nous pouvons remarquer que l’accent a été mis
sur le patrimoine et la préservation de la langue française et un intérêt est
visible concernant l’audiovisuel et la presse mais finalement il y a assez peu
de propositions sur la culture scientifique ou encore l’éducation populaire…
Quoi qu’il en soit nous espérons que tout ceux qui nous liront pourront se
faire une idée et choisir leur candidat si ce n’est pas déjà fait ! Merci de
nous avoir suivi et surtout, n’oubliez pas d’aller voter le 22 avril !









Méline Sannicolo et Lucie Taverne






#présidentielles


#débat


#culture 



Le musée ne vous tend plus la perche










© J.C.












Enfin,
il ne vous tend plus la perche à photo, autrement dit, un "selfie
stick". Les perches à photo sont essentiellement une canne télescopique
avec une accroche pour mettre son smartphone ou son appareil photo afin de
mieux se prendre en photo tout seul. Petits bras ? 
Pas de soucis! Le selfie stick
permet à l'usager de prendre un recul jusqu'à un mètre.  











Et,
au moins si vous n'habitez pas sur la planète Mars depuis quelque temps, vous
l'avez déjà vu à plusieurs occasions utilisés par les touristes. (Et vous avez peut-être déjà consulté les
prix ). Devant la Tour Eiffel, aux Champs-Elysées,
à la mer ou sous la pluie, le selfie stick va où vous voulez. Sauf, depuis peu de temps, dans les musées.












© J.C.













Il
y a des nombreux endroits interdits aux selfie sticks : le Carnaval à Rio, le Palais de Versailles, les stades O2 et Wembley, la Mecque, et la plage
ultra exclusive Garoupe à Antibes. Et
les musées : les Smithsonians, le Met, le British National Gallery, l'Albertina
à Vienne, entre d'autres. Les musées en
France hésitent à interdire totalement, mais croyez-moi quand vous sortez votre
canne au milieu de l'exposition Jeff Koons au Centre Pompidou, un agent
d'accueil va vous dire quelques mots. Il
vous explique que c'est pour la sécurité des œuvres, en raison des risques de faux
pas et oops! 25 Marilyns d'Andy Warhol devient 24 Marilyns et une
pauvre dame avec la griffe sur la joue.
 
Une vraie tragédie. Alors,
interdiction totale est la préférence du jour!

















© J.C.














Mais
pourquoi est-ce que le selfie stick est si à la mode? Sommes-nous juste plus narcissique que
jamais ?




Je
postule que ce n'est pas uniquement un narcissisme né d'une culture de l'immédiat,
mais plutôt un moyen de tisser des liens avec l'un à l'autre et d’ancrer sa
présence dans le fil du temps. On va
regarder dans le passé pour déchiffrer le futur. Pour chaque chercheur de l'Histoire, qui a
passé des heures dans les archives, la correspondance écrite nous permet une
vue intime de la personne. Il y a des
codes à déchiffrer (surtout dans les lettres d'espion!), il y a des dessins ou
des photos, il y a des questions et des réponses. Mais qui prend le temps d'écrire une lettre
maintenant (à part de nos amis à l'EDF) ? 
Comment nous documentons-nous ? Vous, les malins me répondez :  Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, tous
les réseaux sociaux. Il y a des codes
spécifiques (t1kiet, a2m1), des photos postées, des questions et une plateforme
de réponses (un RT sur Twitter). Ces
réseaux sont les journaux intimes de l'époque contemporaine (même si on croit
qu’ils disparaissent, les tweets et les snaps existent pour l’éternité). 









Nous
avons besoin de documentation. Il faut
documenter la vie pour les enfants de nos petits-enfants. Il faut documenter les phénomènes culturels (#icebucketchallenge),
voir ce qu'on mange (#faitmaison), partager les divertissements (#PSG), et
faire le deuil des tragédies
(#jesuischarlie). D'ici 500 ans, des études sociologiques seront
menées pour comprendre la question de savoir si la robe est bleu et noir ou
bien blanche et dorée. 









Il
reste possible de se prendre en photo sans selfie stick ; ce dernier facilite la prise de selfie en
donnant une vue plus large depuis l'appareil photo ou le smartphone. Il est toujours possible de demander aux
inconnus de prendre une photo devant une œuvre ou devant un monument. Bien que nous voudrions rendre plus
accessibles nos vies quotidiennes avec nos proches, sommes-nous prêts à nous rendre plus proches d’inconnus. Cette performance artistique de nos vies ne
s'élargit pas plus loin que notre cercle intime.









La
vie quotidienne est le sujet de l'intention artistique depuis toujours. Les fresques qui se trouvent dans la grotte
de Lascaux (#dansmonquartier), les portraits de nobles (#fashionvictim), les
paysages bucoliques (#nofilter). Ils
auront assez de recul pour constater notre existence et trouver l'impact sur la
leur. C'est un peu ce qu'on fait
actuellement quand on voit les tableaux de Pieter Brueghel l'ancien, qui sont
les commentaires sur les mœurs de l'époque, ou on peut lire le Canard
Enchaîné
pour savourer une critique contemporaine.









Et
alors, que devient notre précieux selfie stick dans cette histoire? 









Ce
qu'on ne dit pas, c'est que les selfies sont un moyen non seulement de
documenter nos vies, mais aussi de s'impliquer dans l'œuvre. Nous nous voyons dans les reflets de Jeff
Koons, nous aimons repousser la Tour Penchante de Pise pour la
"remettre" dans sa place. Nous
nous voyons dans l'art, dans l'histoire. Nous nous sommes non seulement
intégrés, mais impliqués. Le voyeur devient l'objet vu ; un petit selfie
innocent devient une pratique de documentation qui existe depuis la naissance
de l'homme.









Donc la prochaine fois que vous
voyez un  touriste portant un selfie
stick, pensez aux raisons derrière un tel usage. Est-ce que c'est narcissique pour se vanter
devant des amis, ou une pratique culturelle documentaire qui date depuis la
naissance de l'humanité? Comme le selfie
stick nous l’apprend, avec un peu de recul, vous trouverez peut-être un point
de vue plus large. 














Jill
CARLSON









#selfie 


#actualités 


#règlement intérieur


Le sort des expositions temporaires

Qu’advient-il du mobilier d’une exposition temporaire quand elle se termine ? Ce n’est pas la question que l’on se pose lorsqu’on visite une exposition, sauf si, comme moi, vous voulez tout remporter chez vous). Par contre, c’est une question que se posent les concepteurs d’exposition, qu’ils soient exécutants ou commanditaires. Petit tour d’horizon des différents cas de figure.

Direct à la poubelle...

Le cas le plus triste est l’aller simple à la case poubelle. Faute de moyens de stockage ou manutention, les lieux d’exposition doivent se résoudre à jeter les mobiliers utilisés. Mais comme l’éco-conception rentre de plus en plus dans les mœurs, les déchets occasionnés ne sont pas forcément importants. Si quelque chose doit vraiment être jeté, un suivi est mis en place pour que les déchets soient acheminés vers les centres de tri appropriés. Au musée portuaire de Dunkerque, l’exposition Tous pirates ? finira sa course à la poubelle, excepté pour certains éléments qui peuvent servir à la médiation. C’est aussi le sort qui a été réservé à l’exposition Zizi Sexuelréalisée par la Cité des Sciences et de l’Industrie. 

Mobilier de Zizi sexuelà la Cité des Sciences et de l’Industrie © Sortir à Paris

Vive le réemploi !

Consciente des enjeux, la Cité des Sciences a élaboré un guide d’éco-conception des expositions pour ne pas reproduire cette destruction. Ainsi l’exposition Ma terre première pour construire demain a été conçue de manière à ce que les supports soient réutilisables pour d’autres expositions : avec une nouvelle esthétique, les supports embrassent une nouvelle identité. 

Les structures de Ma terre première pour construire demain © Musées et développement durable

La conception de mobilier durable et réutilisable dès le départ d’une exposition n’est pas encore de mise partout. C’est toutefois le cas à la BnF, sur le site de Richelieu, où des cimaises mobiles conçues en 2007 ont été réutilisées quatre fois par la suite.

Quand le mobilier ne peut resservir tel quel comme dans le cas précédemment abordé, il est stocké dans l’attente d’une possible réutilisation ou d’une itinérance. Au Musée National de l’Education à Rouen, le mobilier est stocké là où on peut, sans lieu dédié, jusqu’à sa réutilisation. Le Musée essaye de prévoir celle-ci en amont, en demandant aux scénographes lors de la conception des nouvelles expositions d’essayer de réutiliser l’existant. C’est le même principe à la BnF, qui inclut dans les cahiers des charges de nombreux critères de développement durable, dont l’obligation d’utiliser au maximum les vitrines existantes. Au Musée de l’île d’Oléron, ce sont des matériaux de récupération qui servent à faire les expositions et qui, une fois celles-ci terminées, sont “remis en jeu”. Pour l’exposition À la côte, des palettes furent utilisées pour créer des cloisons puis servirent à la manutention au sein du musée. 

Les palettes de À la côte © photos du musée de l’île d’Oléron

De son côté, le musée de Bretagne dispose de peu d’espace de stockage dédié aux matériaux bruts, c’est pourquoi on n’y garde que des grandes surfaces de bois ou de plexiglas, qui peuvent être réutilisées pour d’autres usages. Des cloisons de la dernière exposition de l'Écomusée du pays de Rennes ont été utilisées pour l’exposition-écrin Louise de Quengo - Dame des Jacobins qui a eu lieu cet hiver. 

L’exposition Louise de Quengo - Dame des Jacobins© Musée de Bretagne

A l’inventaire !

A l’inverse, Rennes Métropole a mis à disposition du musée un espace où sont gardés tous les mobiliers moins ordinaires. Ceux-ci sont répertoriés dans une base de données indépendante, qui est communiquée aux scénographes pour privilégier la réutilisation en amont même de la conception. 

D’autres lieux d’exposition possèdent des espaces de stockage conséquents pour leur mobilier d’exposition. C’est le cas du Centre Pompidou-Metz qui, dans une ancienne base aérienne, conserve les mobiliers intéressants. Un inventaire de ce mobilier est tenu à jour pour faciliter la réutilisation. La Cité des Sciences et de l’Industrie dispose elle aussi d’un tel lieu, où le mobilier est entreposé en attente d’itinérance ou de réutilisation. 

L’entrepôt de la Cité des Sciences et de l’Industrie © M. C.

L’essor des ressourceries

Si la réutilisation des mobiliers n’est pas possible pour le lieu d’exposition lui-même, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas envisageable pour quelqu’un d’autre. Au musée de Bretagne, c’est La Belle Déchette, une ressourcerie qui donne une seconde chance à des objets et matériaux réutilisables, qui récupère une bonne partie du mobilier que le musée ne peut pas garder. Sinon, les chutes de matériaux font le bonheur des petites associations et des maisons de quartier de Rennes. 

Upcycling, késako ?

La BnF, lorsqu’elle ne fait pas des expositions en carton, donne ses bâches d’exposition à la société bilum, qui les “upcycle” en articles de bagagerie. L’upcycling est l'action de récupérer des matériaux dont on n'a plus l'usage afin de les transformer en produits de qualité ou d'utilité supérieure : c’est du recyclage « par le haut ». En plus de l’intérêt écologique, l’upcycling crée des objets uniques, comme cette gamme de bagagerie à partir des expositions Astérix à la BNF et Astérix s'affiche à Bercy Village. La RMN-Grand Palais et le Louvre font aussi confiance à bilum. 

Modèles issus des expositions Astérix à la BnF, Monetet Hokusai© bilum

Plus tournés vers le grand public et sans partenaire régulier, les Ateliers Chutes Libresinvestissent des lieux d’exposition le temps d’un atelier, pour réutiliser les chutes de matériaux d’exposition et fabriquer des objets divers à destination du grand public. 

Et les coopératives ?

La règle des 3R (réduire, réutiliser, recycler) est de plus en plus respectée par les musées et lieux d’exposition. Toutefois, les exemples abordés ici ne sauraient être représentatifs du paysage français, qui est bien plus varié. La vie du mobilier d’exposition temporaire devrait être une question centrale pour toutes les institutions : certaines ont du mobilier qui ne va plus servir mais qui pourrait servir à d’autres, des manipes et des maquettes, du matériel audiovisuel,... Il faudrait, comme Michaël Liborio le suggère dans l’ouvrage Musées et développement durable, créer une coopérative de mobilier d’exposition à l’échelle d’une région, d’un département ou tout simplement d’un réseau d’institutions. Une coopérative de ce type permettrait à bien des lieux de faire des expositions qu’ils ne pourraient faire autrement, et aux autres de s’engager plus fortement dans une démarche durable et solidaire. 

Si l’on se penche sur l’éco-conception des expositions, il y a beaucoup à dire, à réfléchir et bien sûr à faire. De nombreuses structures se sont déjà engagées dans cette voie (la BnF, Universciences pour ne citer qu’elles), et il y a fort à parier que d’autres vont suivre d’ici quelques années.

Juliette Lagny

#recycler

#expositiontemporaire

#développementdurable

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Pour en savoir plus :

CHAUMIER Serge et PORCEDDA Aude (sous la direction de), Musées et développement durable, Paris, La Documentation Française, 2011

DEROUAULT Serge et RIGOGNE Anne-Hélène, « Une gestion responsable des expositions temporaires à la Bibliothèque nationale de France », La Lettre de l’OCIM [En ligne], 140 | 2012, mis en ligne le 01 mars 2014, consulté le 06 janvier 2018

http://journals.openedition.org/ocim/1035

Les Hortillonnages : impression sauvage, expression humaine

De passage à Amiens, en attendant le prochain train, le temps de vagabonder dans le centre-ville, l'idée évidente est de visiter la cathédrale Notre-Dame.


Entailles
, Wilson Trouvé, Amiens © Yann Monel 

De passage à Amiens, en attendant le prochain train, le temps de vagabonder dans le centre-ville, l'idée évidente est de visiter la cathédrale Notre-Dame. Une fois le pèlerinage terminé, nous descendons la rue de la Barette, remontons les berges de la Somme, le soleil d'automne nous pousse à traverser le fleuve pour rejoindre le parc qui le longe. Notre marche hasardeuse se complique: des cours d'eau de plus plus nombreux nous barrent la route, la nature se densifie et nous impose l'assistance d'un plan. Sous nos yeux, une étendue immense, un archipel d’îlots entrecoupés de minuscules cours d'eau. Nous imaginons une formation naturelle: ruisseaux, îles et mangroves découlant des eaux du fleuve qui abreuvent et inondent ces terres. Au loin, des barques accostent, déchargent et chargent ce qui semble être badauds et touristes. Nous en sommes.La Maison des Hortillonnages

Le lieu appartient à l'Association pour la protection et la sauvegarde du site de l'environnement des hortillonnages. Notre sentiment se précise: l'endroit n'est pas un quelconque espace vert mais une particularité amiénoise. Impatients d'embarquer, nous sommes munis de tickets et d'un plan détaillant chaque nom des canaux qui découpent les lieux. Mais du cheminement naturel qui nous a conduit en ce port, s'est éveillé en nous une curiosité inattendue : la signification de ce mot bien étrange: Hortillonnage. Une salle est prévue pour répondre à nos questions. Le décor rustique tient d'une cabane de chasse. Films d'archives et photos anciennes nous permettent de nous fondre et comprendre l'histoire du site, son utilité, sa faune, sa flore et le plus intriguant: ses habitants.


Vue du ciel, Amiens © Licence Creative Commons

Les Hortillonages, Amiens © C.V

Une nature façonnée par l'homme

Le sentiment d'être au centre-ville de la capitale picarde s'est évanoui, mais la brève exposition d'introduction vient nous le rappeler. C'est l'homme qui a comblé, creusé, défriché, détourné et enfin cultivé ce qui étaient d'anciens marais et tourbières. Non par plaisir mais par nécessité. Les hortillonnages, ces terres fertiles au cœur d'Amiens, ont permis de nourrir sa population durant des siècles. Les maraîchers transportaient leurs récoltes via des barques et approvisionnaient les étals des marchés des quais de la Somme. On estime la naissance des hortillonnages à l'ère Gallo-romaine mais le premier document qui en atteste date de 1492. 1500 hectares au XVème siècle et un millier de maraîchers pour les exploiter. L'avènement du chemin de fer entame le ralentissement de ce mode d'agriculture. En 1900, 500 hectares de terre. 300 hectares aujourd'hui, 7 exploitants pour les cultiver, 99% des îlots sont devenus des jardins d'agrément.Nous sommes appelés à embarquer, accompagnés de 10 autres personnes. Le Gouverneur, nom de notre navire, s'approche silencieusement. Une barque à cornet, bateau à fond plat aux allures de gondole, dont la rame est remplacée par un moteur électrique qui n'émet aucun bruit si ce n'est les clapotis de l'eau. Le moyen de propulsion permettra d'apprécier le calme qui habite le site et possède un atout écologique évident. A la barre Jean-Claude, enfant du pays est trahit par son léger accent bien picard. Il aura la double casquette de capitaine et médiateur. Une fois les amarres larguées, le chef à bord nous décrit les 3 km de croisière à venir, demandant aux passagers d'étudier leurs cartes et de cerner le parcours.   45 minutes soit 3 km de croisière sur les 65 km de rieux. La visite ne couvre pas l'ensemble des hortillonnages et n'est pas improvisé. Depuis le port nous nous rendons au rieu d'Orange, le numéro 13 sur la carte. La vocation du circuit est de présenter la diversité des parcelles. Il est établi en communion avec les propriétaires des îlots, ces derniers ayants émis de nombreuses plaintes à l'encontre des visiteurs qui naviguent sans encadrements et qui n'hésitent pas à emprunter des canaux privés, peu scrupuleux de l'environnement et de la quiétude des hortillonnages. 

Les Hortillonages © C.V

 

Balisage des rieux © La Maison des Hortillonages

                                                                              Un musée à ciel ouvert

Au fil de l'eau nous avons la preuve que les hortillonnages ont perdu leur vocation initiale de nourrir les Amiénois. Jadis ventre de la ville, ils sont désormais le poumon vert. Les nouveaux habitants, surnommés par notre capitaine "les Robinsons" y viennent pour camper, pêcher, cultiver leur potager, se baigner l'été tant l'eau y est propre... Nombreux se plaisent à mettre en scène leur parcelle tels de véritables scénographes. Nous attendions un endroit exclusivement dédié à la nature, l'expression de l'homme y est finalement foisonnante. Le visiteur est autant intrigué par l'ouvrage titanesque réalisé depuis des siècles, les hortillonnages, que l'inventivité des gens qui le font vivre. Les parcelles se succèdent mais ne se ressemblent pas: ruches, houblonnière et cabane encerclée de sculptures représentants un orchestre de jazz qui évoquent les quartiers de la Nouvelle-Orléans... L'architecture parfois audacieuse des cabanes incite à la rêverie. Les Robinsons se plaisent à afficher leurs talents d'horticulteurs, jardiniers, bricoleurs. En témoigne ce vélo posé à proximité du canal, qui pompe l'eau une fois le pédalier mis en route. Aux ambiances poétiques et colorées se succèdent des œuvres artistiques. Le 15 octobre se terminait le 8ième festival Arts, villes et paysages, organisé par la Maison de la culture d'Amiens. De jeunes paysagistes, plasticiens, architectes et designers étaient invités dans les hortillonnages pour produire des œuvres qui tiennent compte des contraintes naturelles et des spécificités du lieu. Plusieurs installations n'ont toujours pas été démontées comme l’œuvre Arcane de la plasticienne chinoise Yuhsin U Chang. Ce fragile entrelacs de branches qui semble léviter surprend sans détonner des mangroves qui l'entourent si ce n'est grâce à sa blancheur immaculée. Ici l'artiste, en évoquant la fragilité des écosystèmes, se joue une fois de plus de la nature et s'en inspire pour la mettre en scène. Des mécènes financent la préservation du site, et s'affichent en bienfaiteur sur des pancartes installées sur des îlots. Mécénat, médiateur, mise en scène, expositions et œuvres d'art, les hortillonnages sont devenus un véritable musée à ciel ouvert.

Arcane, Yuhsin U Chang , Amiens © C.V.

 


Les Hortillonages, Amiens © C.V.

Des hortillonnages nous mesurons l'abnégation du genre humain, son évolution au fil de l'histoire. Prêt à détourner des fleuves pour subvenir à des besoins élémentaires, également capable d'un raffinement, d'une créativité sans limite pour conserver un lieu qui avait perdu sa vocation d'exister. Si les Amiénois n'avaient pas investi ces terres maraîchères en déclin, l'endroit ne serait plus que tourbière, marais ou béton. Au-delà du caractère unique des hortillonnages, d'avoir ramené puis conservé une nature si diverse au cœur de la ville, nous trouvons en ces lieux un formidable terrain d'expression. Mesurons également les capacités de destruction de l'homme. Aux 130 000 visiteurs annuels qui embarquent chaque année grâce à la Maison des Hortillonnages dans un cadre strict, s'ajoutent 50 000 visiteurs indépendants. Les Robinsons, pour préserver leur terre ont de nouvelles questions à se poser. 

C.V#Amiens #Hortillonages#LaMaisondesHortillonnages

                                                                                                                                                   Pour en savoir plus :

http://www.hortillonnages-amiens.fr/

Lettre ouverte à la Culture (Et à celles et ceux qui l'aiment)



Bonjour
Culture adorée,





Je
t’écris pour tellement de raisons que je ne suis pas sûre d’avoir la place pour
tout dire... Quand je pense Culture je pense à toutes les cultures, toutes les
formes : le cinéma, le théâtre, la musique, la littérature, l’opéra, la
bande dessinée et bien sûr les musées. Tous les musées, le musée d’art et le
musée de culture scientifique, le musée associatif et la machine institutionnelle
parisienne.





Soyons
honnête, en ce moment, c’est pas la fête. A une semaine des élections que te
propose-t-on ? Pas grand-chose… Les candidats ont l’air d’avoir oublié que
toi et tout ton personnel êtes essentiels au fonctionnement de notre société.
Ils oublient que tu touches des milliers d’enfants, collégiens et lycéens, que
tu fabriques des citoyens. Que sans toi, la France n’est rien. (Enfin, si ça reste un pays, mais c’est plus la France).





Il
est loin le temps où les présidents se démarquaient par leurs politiques
culturelles. Le temps où ils entraient dans l’Histoire en créant de grands
musées, pour prendre soin de notre patrimoine. C’est comme ça que le Centre
Pompidou est né pour accueillir nos collections modernes et contemporaines, suivit
par la BnF, caserne d’Ali Baba des livres et des archives, puis le Quai Branly
qui voulait honorer les Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et
des Amériques. Grâce à toi, Pompidou, Mitterrand et Chirac ont laissé leur
trace. Grâce à eux, on reconnaissait ton importance, Culture, et tu te
retrouvais avec de nouveaux écrins pour présenter notre patrimoine.





Au
delà de ces quelques temples monumentaux érigés par les chefs d’Etat, on a
aussi vu les médiathèques se multiplier, les cinémas se développer, le nombre
de festivals augmenter : c’est tout un réseau culturel qui s’est développé
pour nourrir notre société. Tu ne témoignais plus uniquement d’un patrimoine
matériel réservé aux musées, mais tu devenais actrice du quotidien de chacun(e)
et de notre patrimoine futur. Oui, le nôtre, celui qui t’appartient Culture,
celui qui appartient à tous les citoyen(nes) et surtout, celui qu’on écrit tous
les jours.





Ce
témoignage précieux de notre histoire humaine, celui qui nous apprend à
ressentir, à nous émouvoir, qui nous invite à questionner l’univers qui nous
entoure, qui nous apprend aussi à l’accepter et à mieux le connaître. Celui qui
nous rappelle que nous sommes un ensemble, et que c’est ensemble qu’on
avancera. Grâce à toi aussi !





Et
oui Culture, ne les laisse pas te sous-estimer ! Tu as bien ce pouvoir là.
Malgré nos différences tu nous invites à échanger, tu nous réunis autour de ce
patrimoine essentiel, de notre histoire humaine, européenne et internationale. Témoignage
précieux sur lequel ton personnel veille tel un gardien de nuit. Beaucoup
l’oublient ce personnel, alors qu’ils devraient lui dire merci : merci de
prendre soin de ce témoignage de nos histoires pour que des générations en
profitent, merci de participer à réinventer la culture d’aujourd’hui pour
qu’elle devienne celle de demain !





Ces
petites fourmis (celles qui se tiennent derrière la billetterie, qui rôdent
dans les salles, et qui sont en coulisse, les régisseurs, les médiateurs, les
conservateurs, les muséographes etc.) qui travaillent tout le jour et dorment
peu la nuit, pour nous raconter des histoires extraordinaires, qui nous
incitent à redécouvrir nos histoires, notre patrimoine et toutes ces choses qui
sont partie intégrante de notre culture personnelle et font de nous ce que nous
sommes. 





Ces
petites fourmis qui ont aujourd’hui besoin d’aide.





L’Etat
te coupe les vivres, Culture, tel un parent fâché. Et la nouvelle génération,
qui ne demande qu’à t’aider, perd petit à petit l’espoir et sa citoyenneté. En
plus de se demander pour qui voter, elle se demande pourquoi ? Tu disparais
des programmes ! Ça n’augure rien de bon… Toi qui jadis était si
importante, te voilà reléguée au rang des oubliés ! On veut te faire
taire, on t’oublie, mais quelques irréductibles continuent à lutter !





Alors
Culture, embauche nous ! Ensemble on est plus fort(es) !





On
se serrera les coudes, on rappellera aux gens que nous travaillons pour eux et
que c’est en ça que tu es importante !





Ne
me ferme pas la porte au nez, laisse moi entrer, prenons un café, j’ai plein
d’idées pour t’aider !





Restons
ami(es), brainstormons, trouvons des solutions ! Rappelons à tout un
chacun notre importance et lançons la nouvelle fabrique du citoyen ! Inventons
le Théâtre, le Cinéma, l’Opéra, la Littérature, la BD, la Danse, le Musée du
XXIème siècle ! Faisons de la Culture un Tiers-Lieu pour tous, ensemble à
deux et à tous !





Je
t’attends Culture,


Laisse-moi
entrer,


Ne
me claque pas la porte au nez,


Et prenons
un café,


J’ai
plein d’idées…







© Margot Coïc










Margot
Coïc





#cultures


#avenir


#politique 


Lire sur les murs

Souvent, durant mes visites de musées, je ressens une certaine frustration devant un élément particulier des expositions. Je vous laisse deviner : je regarde les vitrines, et finis souvent par éprouver une gêne dans le cou que l’on peut sentir à force de trop tourner la tête… Vous ne voyez pas ?

Rappelez-vous,vous êtes devant ce magnifique objet en cuivre taillé (ou cette intrigante photographie argentique dans un cadre, chacun ses goûts) et vous aimeriez en connaître les détails, alors vous cherchez autour de vous des informations.Vous trouvez le cartel : avec un peu de chance, il se situe à moins d’un mètre de vous. Avec moins de chance, vous faites quelques pas pour aller le lire. Manque de chance, arrivé devant celui-ci, vous avez déjà oublié le numéro que portait votre Graal. Vous avez beau regarder les descriptions, espérant en trouver une qui corresponde à l’objet, vous ne savez pas faire la différence entre une fibule et une broche. Alors vous revenez vers votre objet. Ah oui,numéro 35. Vous retournez vers le cartel. C’est donc une fibule, en cuivre, du IIe siècle avant Jésus Christ. Vous retournez contempler l’objet. Attendez,c’était avant ou après Jésus Christ ?

On a tous connuun moment comme celui-ci. Voire plusieurs. Des moments où les cartels étaient àplusieurs mètres de l’objet (vous avez probablement vos propres exemples).Voire des moments où les objets en vitrine ne portaient pas de numéros, et où,après avoir parcouru la vingtaine de cartels délicatement apposés en bas decelle-ci, vous avez abandonné.Et encore, je ne vous parle pas du cartel placé trop haut, ou trop bas.

Celui-ci estpas assez informatif, celui-ci trop détaillé. Celui-ci trop haut, celui-citrop bas. Celui-ci écrit trop petit, celui-ci est… où est-il enfin ?Sûrement plus loin, là où il ne gênera pas le regard du visiteur. Pourtant levisiteur attend souvent des ressources qu’il ne trouve pas toujours. Et à partdirectement à côté de l’expôt, peu d’emplacements ont grâce à mes yeux. 

Récemment, j’ai visité un musée d’ethnographie, j’ai purelever trois dispositifs pour se repérer parmi les expôts. Il ne s’agit pasici de dispenser des conseils techniques, d’autant plus que les contraintes quipèsent sur la disposition des cartels sont différentes selon les lieux et lestypes d’expôts. Il s’agit plutôt de pointer ce que j’ai trouvé de positif dansma visite.

- Celui qui mentionne où regarder

Pas renversant, mais c’est plussimple quand on sait si l’on doit regarder en haut ou en bas, à gauche ou àdroite. 

- Celui qui trône fièrement aumilieu de la vitrine

Musée de Normandie @NP

Ou qui « veille » surles expôts, à vous de voir.

- Celui qui est un peu plus que dutexte


Il est aussi un schéma explicatif qui reconstitue ce que vous avez sous lesyeux. Plusieurs expôts composent la vitrine, et ils sont difficilementséparables : j’ai retrouvé ce procédé plusieurs fois pour des collectionsarchéologiques, il permet de saisir entièrement la vitrine ou l’assemblage d’expôtsen regardant le cartel. Très pédagogique, c’est celui que je trouve le plusingénieux, et le plus pensé pour le public.

 Musée de Normandie@NP

Mais il y a bien sûr pleind’autres solutions intéressantes et qui aident le confort de visite, quellessont les vôtres ?

NP

 #Cartel

#visite

#texte

 

Maisons-musées d'artistes : show just go on ?

D’Alexandre Pouchkine à Elvis Presley, visitez les maisons-musées autrement

Les maisons-musées d’artistes sont aujourd’hui très populaires. Qu’on soit un amoureux de peinture, de littérature, de théâtre ou de musique, ces formes d’expositions permettent non seulement de redécouvrir les œuvres d’artistes majeurs, mais le plus souvent de plonger le visiteur dans l’intimité d’une idole, dans le contexte de l’Histoire.

Etudions trois cas précis : l’appartement-musée d’Alexandre Pouchkine à Saint-Pétersbourg (Russie), la maison de Claude Monet à Giverny (France) et enfin, la maison d’Elvis Presley, à Memphis (États-Unis) et découvrons ce qui fait l’exception de ces lieux !

Alexandre Pouchkine : le cas russe

Au cœur de la ville de Saint-Pétersbourg, situé sur les quais de la Moïka, l’appartement du poète Alexandre Pouchkine se visite depuis 1999. Aussi bien prisé des touristes que des Russes, cet appartement est en réalité celui où le poète vécut ses derniers instants, de 1836 à 1837, soit le jour du duel qui lui coûta la vie. Déjà avant son décès, il était estimé comme le plus grand écrivain russe de son siècle. Sa mort le métamorphosa en véritable légende.

Notons que l’intérieur a été précieusement reconstitué. Précieusement, voire excessivement : une véritable volonté de présentation brute, aussi fidèle que possible d’une demeure dite noble des années 1830. Le visiteur est invité à déambuler dans les différentes pièces de l’appartement, recréées avec les objets du quotidien de l’artiste et de son époque, mais aussi des gravures, des copies de manuscrits et, évidemment, des bibliothèques débordantes de livres (environ 4 000) dans les 14 langues que le poète maitrisait. Ceci jusqu’au fameux et non moins légendaire cabinet de travail, où l’on peut découvrir la lettre -que Pouchkine écrivit en français- qui fut à l'origine du duel qui lui fut fatal. Comme figé dans le temps, l’appartement se visite différemment, au point même de porter des sur-chaussons, à placer par-dessus les semelles de ses chaussures.

Cette visite sera qualifiée d’indispensable pour les amoureux de la littérature, les fans déjà conquis.

Cabinet de travail © Franchet, culture-libre.org

Claude Monet : une renommée internationale au cœur d’un village français

Domaine inscrit aux Monuments Historiques, Giverny, petite bourgade de l’Eure, fait la renommée internationale des jardins et de la maison du peintre Claude Monet. Les chiffres l’attestent : avec une moyenne de 627 000 visiteurs en 2014, par exemple.

Giverny © Fondation Monet

Tout comme le cas de l’appartement-musée d’Alexandre Pouchkine, la maison-musée de Claude Monet a pour volonté de restituer l’univers temporel dans lequel vivait l’artiste. Soulignons la particularité : les visites se déroulent non seulement dans la maison, mais aussi dans les jardins. La maison reste sur le même modèle que le cas Pouchkine : les visiteurs naviguent dans les pièces du rez-de-chaussée, en apercevant la cuisine, la salle-à-manger et sa collection d’estampes japonaises, les salons, pour ensuite accoster à l’étage pour y trouver les chambres et appartements privés du peintre. Le tout évidemment agrémenté d’objets personnels de l’artiste, marquant le contexte et les mœurs de son temps. Les jardins occupent cependant le premier rôle : il s’agit là d’une véritable attraction, aussi bien pour les locaux que les touristes. Qui ne connait pas les Nymphéas et leur fameux pont vert japonais traversant un bassin, à toute heure du jour, à toute saison ? C’est ce passage des saisons et de la lumière si chers à Monet qui fait la vie du lieu.

Cuisine familiale © Danièle Nguyen Duc Long

Giverny, au-delà du simple plongeon dans l’univers historique du peintre, est une véritable invitation au voyage au plus profond de l’intimité de son propriétaire, mais aussi de ses inspirations.

Le Pont Japonais © Fondation Monet

Graceland : the show must go on

Graceland est le manoir du compositeur-interprète Elvis Presley, légende du Rock’n’roll devenu une des icônes culturelles majeures du XXe siècle.

Elvis in Graceland © Michael Ochs Archivs/Corbis

En 2012, pour le 35ème anniversaire de sa mort, le site officiel de l’artiste annonçait le milliard de vente d’albums atteint. Mais, et surtout, sa maison de Memphis, dans le Tennessee, est devenu un véritable lieu de pèlerinage : le nombre de visiteurs varie de 600 000 à 700 000 par an. Ouverte au public depuis 1982, Graceland a accueilli quelque 15 millions de personnes. Contrairement aux maisons-musées précédentes, ce lieu ne désire pas reconstituer un intérieur, mais plutôt de le conserver tel une relique. A la mort d’Elvis Presley en 77, l’intérieur du manoir était déjà comme exposé. Il a simplement fallu pousser quelques meubles pour créer une allée de visite. Autre particularité notable, le meditation garden (jardin des méditations) : tous les Presley, le King inclus, sont enterrés au fond du jardin de la propriété. Graceland se place donc au-delà de la maison-musée pour devenir un véritable lieu de « pèlerinage ».

Grand Salon © Franck Parisel

En refusant de s’envisager comme les musées habituels, ce temple d’Elvis propose en annexe un espace d’exposition (The Entertainer Career Museum) dédié aux lubies de l’artiste, spécialement créé pour exhiber ses instruments, ses costumes de scène, ou encore les quelques 14 voitures, dizaine de motos, avion et jet privé que « Le King » possédait. Vous voilà transportés…

Elvis’ costumes © Elvis Presley Enterprises, Inc

Maisons-musées : lieux sacrés ?

Du lieu éducatif et commémoratif au véritable pèlerinage, ces maisons-musées varient par leurs approches culturelles, mais conservent toutes un point commun : la sacralisation de l’artiste et la recherche d’authenticité.

Une sacralisation qui se remarque par l’approche analogique commune aux trois lieux remarqués : l’esprit de formolisation. La maison, lieu de vie privé où l’artiste adulé se trouve à l’abri des regards extérieurs, devient alors un musée, lieu ouvert au public. Une intimité sacralisée où le visiteur est invité à entrer.

De Saint-Pétersbourg à Memphis, cette sacralité s’incarne en fonction de l’approche culturelle du pays de l’artiste : l’intelligence et la sensibilité d’Alexandre Pouchkine, l’émotion de l’homme inspiré qu’était Claude Monet, et enfin la bête de scène, le show dramatique sur-joué à l’américaine qu’incarne le souvenir d’Elvis Presley…

Julia Parisel

#artistes
#maisonsmusées
#homesweethome


Pour en savoir plus :

Musée Pouchkine

Fondation Claude MonetGraceland, Home of Elvis Presley

Musée en tous sens !

J’ai visité l’exposition « corps rebelles » au musée des confluences de Lyon. Afin de favoriser l’immersion du visiteur dans l’univers de la danse,le son prenait une place importante : dès l’entrée où se font entendre des bruissements de vêtements, des battements de cœurs, des mouvements de corps. Tout du long, l’ouïe est sollicitée par la musique sur laquelle se déplacent les danseurs, les paroles qu’ils prononcent sur leur pratique, ou les bruits qui émanent de leurs danses. Cette immersion est d’autant plus importante que chaque visiteur porte un casque.


Visuel de l'Exposition Corps rebelles © Jessy Bernier

Jouer sur les différents sens, offrir une nouvelle expérience au visiteur, mobilisant différentes sensations et émotions cela est à mon sens primordial dans l’exposition. La vue est le sens le plus monopolisé au musée. Le public voit les œuvres, lis les cartels, regarde les détails d’un objet, etc. Quelques musées proposent des expériences où l’on coupe ce sens afin d’utiliser les autres, mais cela est très rare, et le musée est avant tout un lieu visuel où le public vient pour « voir »des choses. La scénographie prend alors une place importante afin de mettre en valeur les objets, en les surélevant, les encadrant, les contextualisant, etc.Dans les musées de beaux-arts notamment l’expérience du beau est essentielle,un soin particulier est donc accordé à la mise en spectacle de l’objet. Mais aujourd’hui,le visuel n’est plus le principal sens sollicité au musée, ainsi d’autres éléments apparaissent dans la scénographie tel que la sonographie.

Lemusée dans l’imaginaire commun est encore perçu comme un lieu de silence, danslequel il faut rester calme et ne pas faire de bruit. Faire entrer l’ouïe aumusée n’est donc pas chose commune. C’est d’ailleurs ce que précise CécileCorbel dans son introduction à un article sur le son au musée :« Avanttoute chose, je voudrais dire que j’ai trouvé « amusant » — certains dirontdécourageant — lorsque je faisais part de mon sujet à mes connaissances — dontdes amis musiciens — de constater leur étonnement, voire leur incompréhension,quant au rapprochement des sons et de l’univers du musée »[1]. Cette démarche nonévidente existe pourtant. Ainsi le son fait son apparition de manièreindividuelle avec les audio-guides, qui sonorisent le discours du musée. Onpeut aussi le trouver comme objet des collections avec par exemple la diffusiond’extraits de musique dans l’exposition. Au musée Dauphinois de Grenoble pourl’exposition Nunavik, un chant de gorge inuit était diffusé pour illustrer lapratique de ce peuple, ce chant créait aussi une ambiance sonore puisqu’ils’entendait avant d’apprendre à quoi il correspondait. L’utilisation du soncomme créateur d’ambiance est un autre usage.  L’ouïe est beaucoup utilisée dans les musées,bien que sa sollicitation ne soit pas évidente, le brouillage entre pistessonores étant à éviter. Les dispositifs travaillant ce sens sont trèsintéressant car ils posent plusieurs questions. Lorsque l’on déclenche undispositif manuellement que d’autres visiteurs peuvent entendre, ne va--ton pasles gêner ? Le son peut être invasif. Il est certes possible d’utiliserdes dispositifs individuels, à ce moment-là la coupure avec les autres est plusnette. Les dispositifs avec casques ferment aux autres, ils recentrent sur lemusée, permettent l’immersion dans l’exposition mais plus l’interaction avecles autres visiteurs, ce que je trouvais dommage dans l’exposition « corpsrebelle ». Il y a alors la solution des douches sonores qui netransmettent pas le bruit à tout le monde mais qui permettent d’avoir desdispositifs individuels sans se couper des autres.

Letoucher est sûrement le 3ème sens le plus utilisé, surtout aujourd’hui avec l’apparition des écrans tactiles qui permettent plus de médiation active. A une époque le visiteur pouvait toucher à sa guise lesobjets des cabinets de curiosité et musée, mais les dernières années on faitdes objets muséographies des objets saints, alors « prière de ne pastoucher ». De nouvelles médiations proposent de faire d’objets decollection des objets de médiation. Et de plus en plus de reproductions sont tendues aux mains des publics dans les visites. Certains musées font même pied de nez à toutes les autres institutions comme au musée de Tinguely qui proposel’exposition PRIÈRE DE TOUCHER.

Visuel de l'exposition Prière de toucher © Musée de Tinguely

Par convention le visiteur est éduqué à ne pas toucher dans le musée, même si l’envie de transgression est forte, il faut souvent indiquer la possibilité dele faire pour que le visiteur se permette d’apposer sa main sur les objets exposés.On notera qu’en dehors des dispositifs de médiation pour des publicsparticuliers : handicap visuel, enfant, etc., le musée a tendance à être un lieu où il faut mieux garder ses mains dans ses poches.

Enfin l’odorat et le goût sont des sens peu mobilisées dans le musée. Pourtant il existe des médiations gustatives et olfactives, mais très rare. Ces sens peuvent être au cœur de l’exposition comme lors de l’exposition Gourmandises ! – Histoire de la gastronomie à Lyon,sans pour autant être mobilisés. Des dispositifs permanents faisantappel à ces sens sont trop contraignants, et ils sont surtout une histoire demédiation ponctuelle, par exemple au musée portuaire de Dunkerque pourl’exposition Banane, un atelier de confection de cake avec ce fruit étaitproposé en médiation pour les enfants. 

Bananes suscitant le goût pour l’exposition Banane © Musée portuaire de Dunkerque

Ces médiations peuvent être nommée visite sensorielle, comme au musée de La Piscine à Roubaix[2].   

Les 5 sens sont donc beaucoup sollicités en médiation, peu de collections font appel à l’odorat et le goût, bien certains objets liés à ces sens soient inscrits dans notre patrimoine, comme le patrimoine gastronomique français. Il est déjà difficile de mettre en place des dispositifs faisant appel aux autres sens. Les enceintes des dispositif audio finissent par grésiller, les objets donnés au toucher s’abiment, les odeurs s’évanouissent et les aliments sontpérissables. Cela nécessite donc beaucoup de contraintes, et de maintenance, maiscela n’est-il pas plus intéressant de favoriser le multi sensoriel pour que le visiteur bénéficie d’une expérience de visite optimale ?

C’estun sujet large que les 5 sens au musée, pour satisfaire au mieux la soif de connaissance sur ce qui a pu être fait, l’art de muser a de quoi nourrir :

·     Quenelles, grattons, bugnes et autres spécialités des bouchons à l'honneur: médiation gustative

·        La Maison-Musée Hector-Berlioz: à voir et à entendre: médiation auditive 

·        L'alimentarium de Vevey, un musée vivant pour explorer notre alimentation: médiation gustative

·        Un audio-guide au cœur des oeuvres

·        Mmmmmmmh!: médiation gustative

·        Au musée de Flandre de Cassel, "cette oeuvre est à toucher"

·  "Touchez la musique!" Lancez vous dans le parcours du musée de la musique.: médiation auditive 

·     Au musée j'ai touché...!: médiation tactile

·     La Nuit met nos sens en éveil!: multisensoriel 

·   Faire l'expérience de la conservation-restauration à l'Ashmolean Museum d'Oxford: médiation tactile

·    La Piscine, championne de médiation: médiation olfactive 

   

 Océane De Souza

Le Musée de Tinguely propose des expositions basées sur les 5 sens.

Les médiations gustatives ou l’art de la mise en bouche. Emmanuelle Lambert: complément sur la médiation gustative

#5sens

#Médiation

#Rétrospective


[1] CécileCorbel, « L’intégration du sonore au musée », Cahiers d’ethnomusicologie [Enligne], 16 | 2003, mis en ligne le 16 janvier 2012, consulté le 03 janvier2017. URL : http://ethnomusicologie.revues.org/571

[2] A cepropos : http://lartdemuser.blogspot.fr/2012/10/la-piscine-championne-de-mediation.html?q=la+piscine

                                                                                                      

Museo Transpi



Comme l’ont sans doute déjà remarqué nos nombreux
abonnés et lecteurs assidus, l’Art de Muser s’adresse en tout point à une cible
en particulier : vous, muséophiles en herbe ou muséologues aguerris,
amateurs d’art ou experts en histoire de l’art !





Or, à force de nous faire pâlir d’envie avec des
visites de musées toujours plus attrayantes, ou des comptes-rendus d’expositions qui inciteraient presque les personnes atteintes du syndrome de
Stendhal [1] à
vaincre leurs angoisses, ce blog en oublie parfois que certains ne trouvent
plus le temps de vaquer à d’autres occupations. Mais rester assis face son
écran d’ordinateur pour lire les articles publiés sur ce blog (avouons-le, c’est difficile de s’arrêter une
fois que l’on a commencé
) n’est pas l’idéal pour se maintenir en forme
physiquement.





Sans oublier ces professionnels du secteur, qu’ils
soient muséologues ou sociologues reconnus dans le monde entier qui n’hésitent
pas à se priver de nourriture, et à sauter des repas dans la journée afin de gagner
du temps pour enchaîner des visites à la pelle. (Nous ne citerons pas le nom de ces personnes qui tiennent à rester
anonymes
). Nous évoquerons plutôt les sportifs, et on sait à quel point ils
sont nombreux à nous suivre (si, si !). Peu importe que vous soyez un athlète
confirmé, ou un simple sportif du dimanche, vous vous retrouverez forcément
dans cet article.





Notre sujet : notre corps, sa dépense au musée !
Si vous avez l’immense privilège de vivre à New-York, vous pourrez pratiquer
vos séances de yoga au Brooklyn Museum avant d’accéder aux collections de
l’institution [2].
Avouons que ce n’est pas donné à tout le monde, hormis si vous êtes l’heureux
détenteur d’un jet privé qui vous permettrait de faire l’aller-retour. De
manière plus réaliste, pour un Français, l’une des meilleures solutions demeure
Paris qui regorge de musées pour tous les goûts, et plus abordables qu’un
billet pour New-York. Quoique, « petits
budgets
 », quand nous voyons le prix d’entrée de la majeure partie
d’entre eux... Mais là encore, l’éternel débat sur la gratuité dans les musées
n’est pas à l’ordre du jour.









Yoga
au Brooklyn Museum de New-York
© Musée-Oh !





Toutefois, Paris n’est pas à portée de tous, non plus.
Et emprunter les transports en commun ne maintient pas la forme physique. A
moins que vous ne vous laissiez tenter par des pompes ou autres exercices
d’abdominaux dans le métro, le RER, voire même les escalators à vos risques et
périls. Et cela ne préservera pas forcément de faire la queue à l’extérieur des
musées, où l’on ne va pas s’adonner à des pratiques sportives, mais à un lent
piétinement.





Ah bien heureux les détenteurs de cartes ICOM et autres
cartes de guides-conférenciers dispensés des files d’attente ! Une fois à
l’intérieur, autant le dire : qui oserait pratiquer des fractionnés ou se
servirait d’une corde à sauter au sein d’une salle d’exposition remplie de
vitrines ? Si l’on tient compte du fait qu’il est parfois à peine permis
de se déplacer librement sous peine de se faire mettre à la porte [3], ou que
l’accès peut nous être refusé selon notre tenue vestimentaire [4] ;
qui tenterait de faire un footing en tenue de sport dans les locaux d’un musée
parisien ?





Alors, si vous ressentez toujours cette furieuse envie
de vous dépenser, et que vous avez cette chance immense de vivre dans cette
magnifique région que sont les Hauts-de-France (qui rappelons-le tout de même, est la deuxième plus grande région de
France en matière de densité de musées par habitant, rien que ça !
),
nul besoin d’aller bien loin ! En effet, le Musée de Flandre à Cassel a la
solution pour vous, et se fera le plaisir de vous proposer une activité mêlant
balade en pleine nature, et découverte des collections de ce riche musée à
travers une exposition autour de l’art contemporain. Intitulée « A poils et à plumes », cette exposition est programmée
jusqu’au 9 juillet 2017 (raison supplémentaire pour vous y rendre au plus vite !)













Affiche de l’exposition "A poils et à plumes"











Musée de Flandre à
Cassel © Joanna Labussière





Qui l’eut-cru, et par ailleurs me direz-vous, quel est
l’intérêt, un dimanche après-midi, de se rendre à une exposition – qui plus est
sur l’art contemporain – à laquelle nous craignons de ne pas comprendre
grand-chose ? Mais surtout, où est le sport dans tout ça ? L’avantage
ici, c’est que cette visite s’adresse à un large public, dans la mesure où vous
le verrez par la suite, elle peut être pratiquée autant par les enfants que par
les personnes d’âge mûr. La seule condition étant de savoir se servir de ses
deux jambes et d’aimer marcher (Marcher
avec un grand M
).





Concernant l’exposition, inutile d’être doctorant en
histoire de l’art, ou spécialiste international de la représentation animale
dans l’art contemporain. Qu’on se le dise aussi, les animaux ça plaît aussi
bien aux petits qu’aux grands. Enfin, avec les beaux jours qui approchent (si, si on vous assure il y’a parfois du
soleil dans le Nord
), vous n’aurez plus aucune excuse !





Alors, c’est parti pour cette escapade ! Les
amoureux de la nature s’en trouveront d’autant plus comblés. « Du haut de ses 176 mètres, la charmante
petite ville de Cassel domine merveilleusement la plaine de Flandre. C'est
depuis le sommet du mont Cassel, sur lequel se dresse un joli moulin à vent en
bois du XVIIIe siècle, que les promeneurs pourront bénéficier d'une belle vue
sur la campagne environnante 
» [5].









Le
Moulin de Cassel
©
Samuel Dhote





Et le Musée de Flandre ? « Situé à Cassel, au sommet du mont de Flandre
le plus élevé, le musée départemental de Flandre […] favorise le dialogue entre
œuvres anciennes et créations contemporaines, de la culture flamande du XVème
siècle jusqu’à aujourd’hui, au-delà des frontières
. » [6]





Si vous souhaitez profiter pleinement de la balade
bucolique, l’idéal pour vous est d’aller en train jusqu’à la gare de Cassel (la surprise sera d’autant plus grande). Jusqu’ici
rien de compliqué donc. Si vous avez en plus le privilège de passer par la gare
de Hazebrouck, vous pourrez vous sustenter au Monop’Station où vous attendent
quelques spécialités régionales.





Nous vous recommandons chaudement le beignet
chocolat-noisette surgelé « pas piqué des hannetons ». Cet encas vous
sera d’autant plus recommandé compte tenu de ce qui vous attend par la suite. Profitez
également de votre trajet pour charger votre téléphone parmi les prises disponibles
dans votre wagon (en espérant qu’il y en
ait
), car vous allez avoir besoin de batterie (pas de panique, on y vient).





Une fois le bitume de la gare de Cassel franchi, débute
votre périple. Car si vous avez omis de vérifier les informations indiquées sur
le site du musée, la gare de Cassel n’est pas située à Cassel même, mais à
Bachinvore, à environ une trentaine de minutes du musée. C’est ce qu’indique en
tout cas l’application Plans pour
iPhone, car il faut bien le dire : nul panneau n’indique la direction à
prendre pour se rendre au musée depuis la gare.





Qu’à cela ne tienne, après tout, une demi-heure de
marche, ce n’est pas la fin du monde ! Excepté quand le GPS ne précise pas que
ce musée en question se trouve au sommet du mont de Flandres (si vous avez bien retenu), et qu’il va
falloir grimper un minimum. Il ne s’agit pas non plus de l’ascension du
Mont-Blanc vous allez me dire, mais c’est tout de même une sacrée surprise. Une
surprise tout compte fait des plus agréables tant cette ascension vaut le
détour, et vous allez rapidement vous rendre compte pourquoi !





C’est à partir d’ici que votre GPS devient
véritablement votre allié le plus précieux ! Il vous suffit simplement de
suivre ses indications, et d’emprunter la route goudronnée à votre gauche après
avoir quitté la gare. Une fois sur cette route, rien de bien difficile :
vous continuez tout droit, en longeant le parking qui se situe sur votre droite.
Prenez garde aux véhicules qui circulent si véhicules il y’a, car le trottoir est
tout simplement inexistant (on vous aura
prévenus
). Profitez-en pour admirer les quelques commerces aux alentours,
car ce sont les derniers que vous serez amenés à croiser jusqu’à votre
destination finale.





Continuez dans la même direction jusqu’à la prochaine
intersection, puis tournez à droite. Et là : SURPRISE ! Avouez qu’on
vous a bien mis l’eau à la bouche et que ça valait le coup de patienter !
On vous prévient tout de même : inutile de vous attendre à un
environnement urbain, et préparez-vous plutôt à atterrir dans un cadre purement
rural. Pour vous plonger dans l’ambiance : imaginez-vous en train de vous
promener en pleine campagne, sur une route goudronnée séparée par une clôture
où s’étend du côté inverse des champs à perte de vue.









© Annaëlle Lecry





Aucun bâtiment à l’horizon, si ce n’est une ou deux
bâtisses. Pas à un bruit, à part le bruissement des feuilles caressées
délicatement par le doux vent du Nord, et le sifflement mélodieux des oiseaux. Sans
parler de cette sublime odeur quasi impossible à décrire telle quelle, mais que
vous reconnaîtrez forcément dès lors qu’on évoque la campagne, LA VRAIE.
Bouffée d’air frais garantie, de quoi réoxygéner vos poumons de citadins
contaminés par la pollution. Et si avec un peu de chance, il fait grand beau
comme on dit dans le coin, le soleil achèvera de réchauffer votre petit cœur
débordant d’euphorie face à tant de magnificence. Avouez que ça fait rêver, et
que notre surprise est de taille !









© Annaëlle Lecry





Pour en revenir à l’itinéraire, rien de bien compliqué
puisqu’il vous suffira de continuer tout droit. De ce fait, vous n’aurez plus
les yeux rivés sur votre smartphone, mais levés au ciel de sorte à pouvoir
observer ce paysage unique qui s’offre à vous. Petit plus : le chemin
goudronné qui laisse place à un sentier forestier. Une balade en pleine nature qui permet de se
déconnecter de la réalité, et en même temps de se reconnecter à soi-même, loin
des tumultes de la ville. Léger inconvénient : la montée qui vous attend vous
laissera sans doute quelques courbatures le lendemain. Mais cette promenade
vous transportera dans un tel état d’euphorie, ajouté à ça les endorphines
libérées par votre cerveau.





Fermez les yeux et projetez-vous dans cette atmosphère
bucolique emprunte de sérénité. Tentez de mettre vos sens en éveil et laissez
venir les émotions qui s’offrent à vous. Non, vous n’êtes pas au cœur d’une
séance de médiation, mais la promesse de ces sensations doit bien vous donner
une raison supplémentaire de partir à la découverte de la faune et la flore
casseloises. Clou du spectacle : l’arrivée à Cassel, avec son architecture
flamande pleine de charme, et son panorama. Petit bijou architectural, le Musée
de Flandres sera le bouquet final avec sa remarquable collection flamande.









© Annaëlle Lecry









© Joanna Labussière





Si après ces arguments, nous n’arrivons pas à vous
convaincre, au moins nous aurons eu le mérite d’avoir essayé. Toujours est-il
que vous avez la preuve qu’il est désormais possible de concilier activité
physique et flânerie muséale. Ne dit-on pas d'ailleurs: pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière et visitez cinq musées par semaine ? Surtout, ne perdez pas de temps car l’exposition
« A poils et à plumes » est
visible jusqu’au 9 juillet au Musée de Flandre. Exposition présentée dans un autre
article que nous vous invitons vivement à lire : http://lartdemuser.blogspot.fr/2017/06/a-cassel-le-cri-sourd-des-animaux.html.





                                                                                                                                 


Joanna Labussière





#Sport


#Campagne


#FauneetFlore


#Flandres


#MuséedeCassel





Pour
en savoir plus sur le Musée de Flandre de Cassel :
http://museedeflandre.lenord.fr/fr/Accueil.aspx


















[1] Syndrome
de Stendhal – Vulgaris Médical, définition : trouble psychosomatique qui se
caractérise par une surcharge d'émotions chez les voyageurs en admiration
devant une œuvre d'art (http://www.vulgaris-medical.com/encyclopedie-medicale/syndrome-de-stendhal).




[2] CASEDAS
Claire, [Génial ou Grotesque ?] Suez
au musée !
, dans Musée-Oh !,
publié le 10 mars 2017, [en ligne] : http://musee-oh.museologie.over-blog.com/2017/03/genial-ou-grotesque-suez-au-musee.html




[3] RANC
Agathe, Le musée d’Orsay (de nouveau)
accusé de discriminer des élèves
, dans L’Obs,
publié le 8 avril 2017, [en ligne] : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170408.OBS7755/le-musee-d-orsay-de-nouveau-accuse-de-discriminer-des-eleves.html





[5] Cassel –
Guide Tourisme & Vacances : http://www.france-voyage.com/tourisme/cassel-1151.htm




[6] Musenor
– Cassel, Musée départemental de Flandre : http://www.musenor.com/Les-Musees/Cassel-Musee-Departemental-de-Flandre








Ne rien lire sur les murs, ou si peu








L’article de la semaine dernière vous
parlait de Lire sur les murs, poursuivons à travers une expérience critique de
visite au Musée Magritte de Bruxelles. La question porte toujours sur ce que
nous offrent les murs des musées.















Façade du Musée Magritte lors de
travaux © Routard












Sur les murs du Musée Magritte de
Bruxelles, que voir ?


1.      
Les œuvres (ce qui semble normal pour un musée
Magritte)


2.      
De longues frises chronologiques illustrées à l’entrée
de chaque étage. Vous savez, là où tout le monde se presse, entre par paquets
et vous invite à surtout ne pas stationner.


3.      
Des citations. De courtes citations, qui permettent de
mieux connaître l’artiste, d’entrer dans ses pensées. Ces citations sont belles
et s’intègrent parfaitement à la scénographie. Elles sont écrites en creux sur
les murs, se détachant par leur couleur bois clair sur le fond bleu foncé des
salles. C’est beau, c’est réussi. Mais aucune information ne nous est donnée
sur la provenance de ces citations. Viennent-elles d’un écrit singulier ou sont-elles
piochées dans plusieurs ? J’ai demandé à un gardien de salle qui n’était
pas certain que toutes les citations soient bien de Magritte… Je n’ai pas
insisté auprès du gardien de salle croisé ensuite, occupé à interdire les
photographies.


4.      
Des cartels. Mais pas développés. Juste le strict
minimum d’informations sur les œuvres. Le titre, la date, le numéro
d’inventaire… 












Exemple de cimaises du Musée Magritte
de Bruxelles © Musée Magritte de Bruxelles 
(magritte.be) 


















Ce qui est bien au Musée Magritte,
c’est que les cartels sont disposés juste à côté des œuvres.Vous n’avez pas
besoin de parcourir plusieurs mètres pour avoir une information. De plus, ils
sont plutôt lisibles et situés à une hauteur adéquate. Ce pourrait être une
belle réussite muséographique si l’on tient compte des remarques évoquées dans
l’article précédent… mais le problème vient 
du manque d’informations  dans toute l’exposition !





Les frises chronologiques sont les
seuls moyens d’en apprendre plus sur Magritte, sa vie et son œuvre.
Malheureusement, les conditions ne sont pas des plus propices. Elles sont
situées à l’entrée des étages, dans une sorte de couloir qui n’est pas assez
large pour permettre de stationner tandis que d’autres y circulent
simultanément. Cela est particulièrement visible à l’entrée du premier étage
auquel nous accédons par groupes en sortant de l’ascenseur qui donne accès à
l’exposition.





Le parti-pris du Musée Magritte est de
laisser le visiteur se plonger dans l’univers de l’artiste. Il est vrai que
l’œuvre du peintre mérite de se laisser porter, de voyager par nous même dans
ce monde, sans interférences. La balade de tableau en tableau proposée par le
Musée Magritte est plaisante : les citations font écho aux œuvres, nous
plongeons facilement dans leur contemplation. 











Mais nous passons parfois à côté
d’éléments et nous ne comprenons pas forcément tout le parcours suivi par
Magritte. C’est finalement le guide feuilleté à la librairie en fin de visite
qui nous livre certaines clefs et donne l’envie de retourner dans les salles
regarder plus attentivement un tableau dont nous n’avions pas saisi le sens en
le croisant dans une salle.

 









Aénora Le Belleguic-Chassagne





Pour en savoir plus :


- http://www.musee-magritte-museum.be





#Textes


#Magritte


#Exposition







Noël s'expose en ville !

Les fêtes de Noël sont achevées, les magasins sont dévastés et les ventres remplis. Alors vous me direz pourquoi encore parler de Noël ?

Frise Noel, Crédits : expographe.com

Les fêtes de Noël sont achevées, les magasins sont dévastés et les ventres remplis. Alors vous me direz pourquoi encore parler de Noël ? Parce que pendant ce mois de décembre cette fête envahit notre quotidien et notamment la ville ! Vous pensez peut-être que ma formation me monte à la tête – vous avez raison– et que je deviens folle en supposant qu'on puisse lier la muséographie et Noël. Vous avez tort ! Voici 5 raisons qui vous prouveront à coup sûr que les muséographes que nous sommes devrions nous pencher sur cette opportunité professionnelle :

  1. Une ville scénographiée

Noëls'expose dans toutes les grandes villes de France, Paris, Lille,Strasbourg, Bordeaux mais également dans les petits villages. Ellesrivalisent d'imagination pour offrir le spectacle le plus somptueux.Eclairages majestueux, grandes roues, marchés de Noël, etc. sontconçus dans un véritable programme scénographique ! Sicertaines villes ont une vision « artistique » del'agencement des décorations de Noël – on pensera à la rueFaidherbe de Lille par exemple – d'autres organisent réellementleur boulevard et place comme des scènes. Dans ce cas l'image laplus flagrante est certainement celle des Champs-Elysées !

Décoration du rond point des Champs Elysées, Crédits : Laparisienne.com

  1. Un parcours de visite :

Cequi caractérise aussi une exposition est le parcours qui nous estoffert, impossible de me contredire là-dessus ! Et bien ceparcours est également proposé au sein de la ville lors desfestivités de Noël. Tout comme pour les musées les plus rigides,la ville nous contraint dans les marchés de Noël à suivre unparcours imposé dont il est quasiment impossible de dévier !Je vous mets au défi de faire le test, entre la conception del'espace – entrée et sortie bien signalées, moment-clés del'exposition avec des chalets plus importants que d'autres – et lafoule ne formant qu'un seul homme, vous suivez le parcours qu'on vousdicte !

Desparcours plus libres sont proposés également au sein de la ville,cependant des moments forts sont signalés, représentés ici par lesgrandes avenues décorées. Vous ne vous baladez pas aux hasards maisles lumières de Noël sont les lignes directrices de votre visite.

  1. Des expôts dans les vitrines

Ilexiste en effet de véritables objets d'expositions, et nous lesconnaissons tous ! Chocolats, coquilles1,jouets, tenues de soirée, etc. Les vitrines des grands magasins sontsouvent des lieux d'exposition extraordinaires, où les objets vendussont mis au second plan pour laisser transparaitre tout l'imaginairede Noël. Osez me dire que vous ne vous êtes jamais arrêtés devantdes installations mécaniques composées par exemple d'ourspolaires, de pingouins et d'inuits bougeant de manière synchroniséesur un chant traditionnel. Ces clichés si kitschs nous font rêver,c'est indéniable.

Notonsque pour une fois le public et le privé travaillent en harmonie surcette thématique, et rien que pour cela on devrait aimer Noël !

Quelquesexemples de vitrines représentant les parti-pris des magasins :

1-Noëlà Saint Pétersbourg chez Habitat (2014), vitrine classiquereprenant l'iconographie traditionnelle de cette fête © Le Journaldes Vitrines par Stéphanie Moisan

2-Vitrinesdes galeries Lafayette (2014) reprenant la tradition desinstallations mécaniques © localnomad3& 4-Franck et Fils, La Fôret Magique (2014) vision lyrique etartistique de Noël © Le Journal des Vitrines par Stéphanie Moisan(1)

  1. Un contenu construit par le public

Jusqu'icije ne doute pas de vous avoir convaincu par mon exposé riche etpertinent, mais dans un coin de votre tête une question reste ensuspens, le contenu. Ne s'agit-il pas uniquement de marketing pourvendre les produits de Noël ? Et bien non pas du tout – ou sipeu – les villes sont des institutions à la pointe de la modernitémuséale, en utilisant, inconsciemment certes, la notion deco-construction. Cette notion que l'on voit exploser partout dans lesmusées, consiste à inclure la participation du public dans laconstruction du contenu et/ou de l'exposition. Dans ce cas ce n'estpas la ville qui nous propose le contenu mais bien le spectateur etles grands magasins qui co-construisent main dans la main l'histoirede Noël. Après avoir discrètement écouté les conversations despassants, ce qui ressort lorsqu'ils achètent des cadeaux hors deprix est bien que cette fête était mieux avant !

Lessujets abordés sont très souvent liés aux traditions de cette fête:

  • les bougies sur le sapin, et le sapin qui brûle

  • les oranges et le chocolat chaud pour les enfants

  • les grandes réunions de famille où les adultes dégustaient leurs trois entrées et leurs cinq desserts, de façon bien arrosé

  • les jouets en bois

  • les cadeaux faits main

  • l'assiette mise en plus pour l'invité inconnu

    La Grande Roue, Grand Place de Lille, Crédits : La voix du Nord

  1. Des débouchés professionnels exceptionnels

Devantla montée du chômage, devant la baisse des subventions culturelles,Noël est un terrain à conquérir pour les muséographes que noussommes ! Scénographie, parcours, public cible, graphisme,marketing culturel, parti-pris, etc. sont des mots-clés que nousconnaissons bien ! Il nous revient donc de droit d'offrir unevision innovante sur Noël, en explicitant son histoire mais enprouvant aussi qu'elle peut être autre chose qu'une fêtecommerciale ! Faire aimer Noël, voilà notre mission !

Enplus cela nous permettrait de faire un vernissage thématique :foie gras, huitres, saumon fumé, point vin chaud et j'en passe, sontà mon sens l'argument ultime pour vous convaincre ! Alors quime suit ?

MarionBoistel

1 Cette fabuleuse brioche de Noël juste pour rappel

Gif de Noel, Crédits : petitemimine.centerblog.net

On refait la visite !








© A. Erard et O. Caby








Samedi
4 Mars. Jour de pluie. Nous avons choisi de visiter le Musée d’Histoire
Naturelle de Lille. Lieu étrange baigné dans une atmosphère emprunte de
nostalgie, sa visite il fait naître chez nous bien des discussions.





Océane [replie son parapluie et s’exclame]
: Quel endroit sombre !





Anna[cherchant l’accueil du regard] :
Alors, où se trouve l’accueil ?





Océane : Viens voir ! Cette vitrine est
utilisée comme boutique ! Il y a deux livres et quelques cartes postales.





Anna : Ah oui … il n’y a pas grand-chose
! Bon, quel est le sens de visite ?





Océane : Il n’y a pas vraiment de sens de
visite, on peut suivre l’ordre chronologique ? Je veux commencer par voir les
dinosaures.





Anna : Ils sont imposants, tu crois
qu’ils sont à l’échelle des dinosaures de l’époque ? C’est assez bien fait…





Océane : C’est dommage qu’ils soient mal
éclairés.





Anna: Oui, mais ils sont représentés dans
leur environnement, à l’époque carbonifère, ils ne se sont pas contentés de les
poser juste là.





Océane : C’est vrai, il y a même une
maquette montrant l’état des sols de cette période mais elle n’est pas très
claire.





Anna [se dirigeant vers l’escalier] :
Regarde ! Des fossiles, ils sont bien cachés, et ce n’est pas très lumineux.
Cet espace n’est pas attrayant, nous sommes les seuls visiteurs à cet
endroit-là.





Océane
Il y a quand même un jeu à côté des arbres carbonifères, il permet aux
enfants de reconnaître des empreintes d’animaux et des fossiles de plantes. Tu vois
le principe du jeu : Les faisceaux lumineux éclairent les animaux du décor, et
l’enfant doit les associer avec les fossiles. C’est une sorte de QCM en trois
dimensions.





Anna [montant les escaliers] : C’est
incroyable, j’ai l’impression d’avoir fait un saut dans le temps, on se
croirait dans un cabinet de curiosité du 18ème siècle !





Océane : Oui, avec cette accumulation
d’objets on croirait vraiment avoir changé d’époque ! 




Anna : Encore des
fossiles ! Les équipes du musée ont choisi de nous donner les explications de
deux façons :  des cartels ou bien des
panneaux au mur. 









© A. Erard et O. Caby





Océane : Oui, il y a des cartels qui sont
récents et d’autres, ces petits-là [montrant des écriteaux jaunis autour d’une
vitrine] sont clairement d’un autre âge.





Anna : Comme les fossiles !!





Océane : Le langage utilisé est complexe et
je ne suis pas certaine que ces cartels apportent réellement des éléments de
compréhension au visiteur.





Anna : D’autant plus que certains cartels
sont déchirés, décollés, et d’autres ne sont associés à aucun contenu. Regarde
ce cartel par exemple, il indique un jeu qui consiste à ouvrir des tiroirs pour
découvrir des informations mais il n’est même pas possible de les ouvrir.  Ce jeu nécessite vraiment une mise à jour…
comme beaucoup d’autres éléments. Autrement, les informations sont intéressantes
pour tous ceux qui veulent acquérir plus de connaissances scientifiques.





Océane : Le regard est attiré au premier
abord vers le contenu des vitrines plus que vers les cartels explicatifs.
Souvent, le visiteur ne les lit que lorsqu’il veut véritablement en apprendre
plus sur les éléments exposés parce qu’ils l’intriguent.





Anna [continuant la visite] : Des
aquariums ! Étonnant de tomber sur des poissons vivants juste après être passés
devant des fossiles.





Océane : Ils illustrent le passage de la
vie dans la mer à la vie sur terre. Les poissons sont les premières espèces à
avoir évolué mais il existe encore des poissons préhistoriques dans les
océans. 





Anna : Je suppose que nous ne devrions
pas être surprises de voir ces crânes conservés en vitrines, puisque nous nous
trouvons à un mètre d’un squelette de baleine suspendu au-dessus de nos têtes …





Océane : Regarde : une des vitrines
présente des crânes humains, c’est une reproduction de ce qui se faisait au
XIXe siècle, à l’époque des théories raciales. Sur le cartel il est écrit :
“Cette vitrine, ancienne (XIXème s), est conservée au titre de témoignage de
théories idiotes, racistes et dangereuses qui ont pu avoir cours par le passé.”
C’est très intéressant de montrer ça au visiteur !











© A. Erard et O. Caby







Anna : J’ai l’impression d’être dans le
cabinet du professeur Rogue dans Harry Potter !





Océane : Justement, regarde ces bocaux
là-bas !





Anna : Tiens-toi prête, j’espère que tu
ne crains pas les bestioles conservées dans des bocaux !





Océane : Tout dépend du type d’animaux
conservés dans le formol !





Anna [imitant un guide de visite] : Après
les poissons en aquarium, vous trouverez sur votre droite de jolis exemplaires
de poissons morts conservés dans du formol pour le bien des études
scientifiques ! Mais ce n’est pas tout, étendez votre regard, et voyez donc ces
spécimens de reptiles allant du lézard au serpent, de quoi faire de
merveilleuses potions magiques !





Océane : Quelle plongée dans l’ambiance
d’un cabinet d’étude ! Toutes les prochaines vitrines exposent des animaux
empaillés en surnombre ! Redescendons voir ce qui reste à visiter au
rez-de-chaussée. 





Anna : Je perçois vaguement des
insectariums, va voir, je crois qu’il y a des mygales ! Regarde celui-ci ! A
ton avis, combien y-a-t-il de blattes ? 
Elles sont toutes les unes sur les autres.





Océane : Au moins ça fait le bonheur des
enfants ! Regarde, ils sont tous fascinés par ces insectes !





Anna : Ce qui est sûr c’est que de voir
des serpents ça ne fait pas mon bonheur…





Océane
: Pourquoi le musée a-t-il fait le choix de montrer des animaux vivants à côté
de leurs collections d’animaux empaillés ?





Anna : Pour montrer l’évolution de certains animaux ? Rendre le musée attractif
? S’adresser à un public large ?





Océane : Ce qui est intéressant c’est la
vitrine dans laquelle la taxidermie est expliquée. Elle permet au visiteur de
comprendre en quoi cela consistait et pourquoi était-elle si couramment
utilisée au cours des siècles derniers.





Anna : Les reconstitutions d’habitats
sont assez étonnantes. Voir ces animaux empaillés sous vitrine et surtout dans
des positions improbables, ne rend pas vraiment compte de la réalité. Regarde
ce lièvre, ils l’ont mis dans une posture qui laisse penser qu’à cette allure
il risque de se cogner violemment contre la vitre.










© A. Erard et O. Caby






Océane : Au contraire, ces illustrations
sont assez réalistes, mais ces scènes en arrêt sur image ont beau être
probables elles paraissent étranges ainsi suspendues. Je pense que ces
reconstitutions sont surtout adressées à un public plus jeune afin de montrer différents
espaces naturels et les animaux qui les habitent.





Anna : Passons à la salle suivante !





Océane : … étrange, cette salle ne comprend
que des vitrines remplies d’oiseaux empaillés !





Anna: Quel est l’intérêt de montrer
autant d’espèces et où sont les cartels ? Il y a tellement d’oiseaux et
d’informations visuelles que l’on passe très vite devant ces vitrines. Cela
serait plus intéressant si certaines espèces avaient été mises en avant.
Particulièrement des spécimens rares. Cela attirerait davantage notre regard et
changerait le rythme de la visite.





Océane [passant à la dernière salle] :
Cette dernière salle est vraiment plus épurée que les précédentes. Les animaux
ne sont plus sous vitrines ce qui crée une réelle proximité avec le visiteur.
Les explications des cartels sont d’ailleurs plus claires.





Anna : Je ne comprends pas pourquoi ils
ont mis un dauphin à côté de toutes ces espèces, c’est le seul animal aquatique
de cette pièce et il est placé sur un socle au même titre que les autres.





Océane : C’est peut-être parce que tout le
monde aime les dauphins ! Mais il n’y a pas véritablement de lien avec le reste
des animaux représentés, bien qu’il soit positionné à côté d’une otarie.





Anna : La dernière vitrine crée un bel
effet. Bien que les animaux ne fassent pas tous partie du même environnement,
l’agencement et le décor rendent la reconstitution intéressante. L’espace est
en hauteur, tous les animaux ne sont pas placés sur un même niveau. Nous sommes
loin de l’impression d’empilement de la pièce ornithologique malgré le grand
nombre d’espèces représentées.





Océane [se dirigeant vers la sortie] : En
reprenant les codes d’exposition des siècles passés, le musée peut parfois être
oppressant. Cela dit il nous permet de nous rendre compte de ce qu’était les
premiers musées d’histoires naturelles ou cabinets de curiosité. Après ce type
de visite il est facile de voir l’évolution muséale qui s’est appliquée dans
ces structures mais sans doute ce musée va-t-il être modernisé ?





Anna : Effectivement il doit l’être,
quitte à restreindre le nombre d’objets ou d’espèces présentées … Actualiser
les cartels et les informations écrites permettrait de proposer une expérience
de visite plus attractive. Les vitrines renfermant les animaux empaillés sont
elles aussi à reconsidérer.





Océane : Cette visite étant réellement
intéressante, j’ai l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps !





Anna : Et puis c’est sympa de visiter un
musée dont la boutique ne propose pas de peluches banales. Il est assez
représentatif des anciens musées d’histoire naturelle avec ses vitrines
d’époque.





Océane Caby & Anna Erard



#mhnlille

#histoirenaturelle



Quand la forêt s'invite sur les pavés

Pour sa 14ème édition, la ville de Nancy proposait un jardin éphémère permettant aux citadins de se plonger dans une forêt enchantée.

© Nancy-tourisme.fr

Pour sa 14ème édition, la ville de Nancy proposait un jardin éphémère permettant aux citadins de se plonger dans une forêt enchantée. Grâce à « Place à l’arbre », la statue de Stanislas et ses environs se paraient d’une dentelle végétale tout en plaçant au centre des attentions la figure de l’arbre. En effet, si les années précédentes les jardiniers de la Ville avaient mis en avant des dates anniversaires (205ème anniversaire du rattachement de la Lorraine à la France) ou encore questionnaient la place de la technologie dans les jardins pour l’édition passée ; cette année c’est la nature elle-même qui étaient montrée et racontée. « Place à l’arbre » vient sensibiliser le passant ou l’habitant sur le passé, le présent et le devenir de l’arbre au détour de 12 scènes végétales. Le jardin d’une surface de 3580 m² venait se déployer sous la forme en plan d’une feuille d’érable.

L’arbre. Ce végétal qui passe presque inaperçu dans nos espaces urbains vient s’épanouir au sein de cet ensemble architectural du XVIIIe siècle et révéler ses nombreux bienfaits. Par ce jardin éphémère le souhait de la Ville a été de rappeler le rôle de l’arbre comme acteur écologique et économique de notre Terre. Ainsi chaque espace d’exposition était agrémenté de textes venant informer le visiteur tant sur la surexploitation que sur l’utilisation des arbres dans le milieu médical. 

Dans cet espace de nature luxuriante pas moins de 219 arbres et 20 000 végétaux différents se côtoient. Le visiteur est invité à s’asseoir sur les bancs en bois ou à se balancer entre deux palmiers dans un hamac afin de prendre le temps, de respirer, de contempler. Dans un monde où le rythme de disparition de certaines espèces est 10 à 100 fois supérieur au rythme d’extinction naturel, l’Homme est convié à s’interroger sur le devenir de ces végétaux. On nous présente alors des plantes dites « endémiques », qui ne sont connues qu’en un seul lieu, vouées à disparaître si elles ne sont pas protégées.

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© M. S.

Ainsi les jardiniers de la Ville sensibilisent sur une de leur mission, à savoir la conservation et la protection de ces plantes « menacées ». Les jardins botaniques du Grand Nancy en partenariat avec l’Université de Lorraine, ont pour particularité de sauvegardes les plantes provenant des îles Mascareignes et de la Nouvelle Calédonie. Dans un propos plus large, « Biosphère III » (5ème tableau végétal), propose une prise de conscience collective en rappelant de manière poétique l’expérience « Biosphère II » (Nevada, 1987). Il s’agissait de créer un écosystème placé dans un dôme scellé, afin de voir s’il était viable pour la colonisation spatiale. L’échec de cette expérience incite donc à protéger l’existant, si dur à faire perdurer dans un écosystème qui n’est pas le sien.

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© M. S.

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© M. S.

Le jardin prend aussi un souffle artistique par diverses installations. Le bourgeon, future branche et symbole de croissance vient se matérialiser sous les mains d’un charpentier des Compagnons du Devoir et du Tour de France. Ce bourgeon, en bois tortueux, vient se refléter et s’admirer dans un miroir dévoilant ainsi la naissance d’un autre. Le renouvellement de la nature est alors assuré. Cette structure vient en écho de l’œuvre du sculpteur Rachid Khimoune, l’Arbrœuf. Image d’une symbiose imaginaire entre le monde végétal et animal. L’œuf vecteur de vie, espace clôt et rassurant vient se conjuguer à la force de l’arbre, devenant le squelette de l’oeuvre.

Au détour d’un pont suspendu au-dessus d’un bassin, le visiteur survole une forêt équatoriale peuplée d’érables du Japon. Au milieu de ces végétaux aux multiples couleurs une percée noire et rouge attire l’attention. D’un coup, le croassement des corbeaux et le crépitement du bois surprend. Marc Namblar, audio-naturaliste musicien, vient manipuler les ondes sonores et plonge les passants dans une atmosphère particulière. La fumée s’échappant d’un tas de branches calcinée laisse deviner le rôle économique de l’arbre. 

Le visiteur, observateur et acteur était invité à laisser une trace de son passage grâce à une craie, faisant de son message tout comme le jardin une action éphémère dans la ville.

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© M. S.

Par ailleurs, cette nouvelle édition permet à la ville de Nancy de montrer son engagement écologique par le biais du plan « Zéro phyto », mis en place depuis 2005, assurant la non-utilisation de pesticides ou d’engrais sur tous les espaces verts de la ville. Pour ce tableau vivant, Pierre Didierjean, directeur des parcs et jardins de la ville de Nancy, s’est entouré dans un premier temps d’experts, avec une contribution bénévole parfois. C’est le cas de Jean-Paul Corneveau, architecte de la métropole, qui a aidé à la réalisation des structures, dont le foyer tropical. La ville met un défi supplémentaire à l’organisation de l’événement en ne mettant à disposition qu’une enveloppe de 10000€ de budget. Ainsi toutes les astuces sont permises comme la récupération ou encore l’écoconception, avec cette année la formation des jardiniers à la technique du « bois cousu ». Dans ce jardin rien ne se perd, tout se transforme. Une vingtaine de partenariat locaux a notamment permis le prêt des bancs, les perruches d’un éleveur ou encore les champignons d’une céramiste locale. L’événement automnal fermait ses portes ce 5 novembre et a comptabilisé plus de 720 200 visiteurs. Il ne vous reste plus qu’à vous réserver un week-end durant l’automne 2018 pour visiter le nouveau jardin éphémère conçu par les jardiniers de la ville de Nancy.

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© M. S.

Maëlle Sinou

#jardin#nature#nancy


Pour en savoir plus :

Le Jardin éphémère de la Place Stanislas

Sous la peau là où dialoguent les cultures

«Everyonein the world has an attitude toward tattooing. No one is indifferent to it».  Bakatyin Tucker 1981: 47[1]

Me sachant à Paris et passionnée par les tatouages, Alice, ma chère amie transalpine, chercheuse infatigable d’expositions et d’événements dans le monde entier,m’avertit : « tu ne peux pas rater Tatoueurs, Tatoués

Intriguée, je vais voir tout de suite le site du Quai Branly où, il y a un peu plus d’un mois, malgré l’absence d’informations détaillées sur l’exposition, j’y trouvai, triomphante,une reproduction de l’affiche.

L'affiche de l'exposition Tatouers, Tatoués |© Musée du Quai Branly

Je me dis, toujours le mêmecliché : c’est le corps d’une femme qui est représenté, nu, à l’exception desparties non tatouées puisque de toute façon elles ne nous disent rien de plussur ce corps. Tout ce qui parle aux yeux est là, dans sa partie centrale –justement celle qui est représentée – celle qui montre la peau marquée par deuxdes sujets classiques les plus légendaires : un dragon et une fleur depivoine.

Une semaine après l’inaugurationde l’exposition, sceptique depuis ma découverte de l’affiche, je me dirige versla mezzanine ouest du musée où dialoguentles cultures.

            C’estl’arrivée des beaux jours à Paris, les manches des chemises retroussées et leschevilles découvertes laissent entrevoir les corps des visiteurs touchésprofondément par la question : il y a beaucoup de tatoués, et parmi euxpeut-être même des professionnels du milieu.

Bien que l’expositions’adresse évidemment à tout le monde, c’est eux dont elle parle, c’est euxqu’elle montre : les tatoueurs, les tatoués, et tous ceux qui, au fil dutemps et dans différentes parties du monde ont été happés par ce phénomène, ontécrit son histoire et déterminé sa complexité actuelle, l’amenant à assumer cescontours et nuances pour lesquels nous le connaissons aujourd’hui.

Depuis longtemps, si denombreux anthropologues s’interrogent sur les origines du tatouage et despsychologues cherchent les motivations profondes qui conduisent à prendre ladécision de marquer sa propre peau, ce n’est que plus récemment que, dans denombreux pays, les médecins se sont intéressés à ce phénomène, veillant à ceque les normes de salubrité dans lesquelles la pratique est effectuée soientrespectées.

Mais tous les aspects et les questions soulevéspar l’encre sous la peau n’ont pas encore été mis en évidence. Unexemple ? Sa valeur artistique. A ce propos il y a encore beaucoup à direet Tatoueurs, Tatoués vise précisément cet objectif, aller un peu plusloin, sonder cet aspect trop souvent pris pour acquis – le tatouage est une pratiqueartistique – qui le rend invisible aux yeux des critiques potentiels et deschercheurs du secteur artistique.

          Pourarriver à aborder le sujet du tatouage contemporain comme une forme d’art, Anneet Julien – commissaires de l’exposition, ainsi que fondateurs de la revue HEY!Modern, art and pop culture – ont fait un pas en arrière juste etnécessaire se montrant des vrais connaisseurs en la matière.

L'un des 13 volumes de jambe, de buste et de bras en silicone réalisés par desmaîtres de l’art contemporainedu tatouage | © Musée du Quai Branly 

            Levoyage sous la peau commence par un cadre historique du phénomène. Le visiteurest pris par la main, mais on le laisse libre de s’arrêter, d’une station àl’autre, où son intérêt est sollicité... Et il y en a vraiment pour tous lesgoûts! En effet, il y a plus de 300 œuvres exposées – dont une trentaine spécialementconçues pour l’occasion – qui caractérisent, avec leur spécificité, les cinqriches sections dans lesquelles l’exposition est divisée.

Mais reprenons du début.

          C’est par une carte des peuples tatoués à travers le monde que commence levoyage-aperçu des fonctions principales qui ont été attribuées, au cours del’histoire, à ce signe sous la peau, aussi bien ailleursqu’en Occident.

Indicateur du rôle social,lié à la sphère du religieux ou impliqué dans les dynamiques de la mystique,les significations et les rôles historiquement attribués au tatouage dans lessociétés soi-disant « primitives » sont représentés, entre autres, parun manuscrit original du XIXe siècle appartenu à un tatoueur birman et par quelquesbandes de peau humaine tatouée au Laos, qui, dans la même période ont remplileur fonction  essentiellementmagico-religieuse.

Une toute autre histoire, ensuite,est celle du tatouage en Occident, une histoire de marginalité et d’exercice dupouvoir sur des corps « faibles » : de l’antiquité classiquejusqu’au XIXe siècle, avec de rares exceptions, le tatouage était en fait considérécomme le « signe de Caïn », une expression de la brutalité primitiveou bien le signe infâme sur les peaux des prisonniers, des esclaves, desdétenus, des prostituées et des sujets marginaux en général.

            Lestémoins de cette partie de son histoire sont les corps tatoués des femmesarméniennes qui ont réussi à s’échapper du génocide dans les années vingt, maisaussi ceux qui sont accusés par l’anthropologie positiviste de Lacassagne et deLombroso de contenir en eux-mêmes la déviance dont les tatouages n’auraient étéque l’expression.

A la fin Du global aumarginal – la première étape de notre voyage – le ton devient plusléger : le public est transporté dans la dimension passionnante des sideshows d’hier où, grâce à un film réaliséspécialement pour l’occasion, les étalages de corps à la frontière entre l’horribleet le merveilleux sont habilement rapprochés du tournage de plusieursperformances des conventions de tatouage contemporaines qui se révèlent n’êtreque leurs héritiers.

Les bases sont posées, levisiteur est familier avec le sujet, le chemin peut enfin prendre une tournureartistique, le propos même de l’exposition. A partir d’Un art en mouvement,en effet, l’accent est mis sur l’aspect artistique du tatouage, basé sur uncritère principalement géographique, proposant une rétrospective de toutes leszones géographiques considérées emblématiques à cetégard.          

Place donc aux foyerscréatifs : le Japon, l’Amérique du Nord et l’Europe, qui avec leurscaractéristiques stylistiques, les noms des grands maîtres et une longue listede dates clé, ont contribué à la diffusion de la pratique et à son élévation austatut d’art.

Peau neuve: renaissancedu tatouage traditionnel – noussommes arrivés à la troisième station – qui se tourne vers les régions de la Nouvelle-Zélande,Samoa, la Polynésie, Bornéo et encore l’Indonésie, les Philippines et laThaïlande.

A ce moment là une questionlégitime se pose : quel est le critère de cette association ? Ce quiréunit ces domaines est la révolution qui a renversé leurs stylestraditionnels. Ces derniers, à la suite des contacts avec l’autre et les échanges avec le mondeextérieur, ont subi des modifications importantes et ont émergé sous une formenouvelle, la forme hybride des nos jours.

Nouveauté et contemporanéité sont les sujetsdont traitent les deux dernières sections, celles qui parlent le plus aux yeuxdes visiteurs : Nouveaux territoires du monde et Nouveaux encrages.

          Dansl’avant-dernière partie ce sont les nouvelles écoles de tatouage en Chine et cellesliées au tatouage latino et chicano qui sont les protagonistes : exemplesemblématiques du mélange de codes, ces écoles offrent des résultats atypiques, fruitsdes influences de l’iconographie populaire traditionnelle et d’images tirées dela vie quotidienne.

         Levoyage se termine sur huit photographies,[2]accompagnées du film Mainstream Mode, qui interrogent le public sur lemode inédit d’expression de nombreux artistes-tatoueurs contemporains. 

          Nevous inquiétez pas, ce n’est que le voyage de cette exposition qui setermine ! Le Quai Branly ne s’arrête pas là et, à partir de Tatoueurs, Tatoués, crée plus d’occasionsde pénétrer sous la peau.

Il fautvoir la boutique du musée qui propose un large éventail de titres : nonseulement le catalogue de l’exposition mais des textes rares à côté desdernières sorties éditoriales.

En outre,sept spectacles sont prévus, à partir du 31 mai, pour accompagner le publicdans l’épopée du tatouage du XVe siècle à nos jours.[3]

Je sors seule de lamezzanine ouest du musée Branly, le scepticisme avec lequel j’avais franchi leseuil deux heures avant s’est évaporé là, à une desstations du voyage, ne demeure qu’une interrogation persistante : le tatouage est-il ou n’est-il pasde l’art ?

Ne suivez pas cescepticisme, ou vous serez probablement déçus.

Tatoueurs, Tatoués en fait, se pense bien plussubtilement au-delà du réductionnisme de la relation question-réponse. S’il ne vous fournit pas une seule réponse définitive, en fait,c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas de réponse définitive quant à l’épineusequestion. Cette exposition est d’autant plus remarquable qu’elle ouvre une voiejusqu’ici peu empruntée, devenant ainsi l’endroit idéal où s’interroger.

Rodée aux expositions surle tatouage, je suis particulièrement satisfaite de celle-ci, je sors intriguéeet intéressée, et tourne mon regard à nouveau vers l’encre sous ma peau.

BeatricePiazzi

#QuaiBranly #tatouage

#art

#corps


[1] TUCKER, M.(1981), “Tattoo: the state of the art”. Dans Artforum International Magazine, New York, pp. 42-47.

[2] La relation entre tatouage et photographie a été questionnée récemmentpar le magazine en ligne Our age isthir13en | http://www.ourageis13.com/dossiers/semaine-du-19-05-14-tatouages-histoires-et-regards/

[3] La programmation Autour del’exposition est disponible en ligne | 

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/tatoueurs-tatoues/autour-de-lexposition.html

Test: quel musée de sciences es-tu ?



1. Quel est ton scientifique préféré ?  





❀ Newton, parce que sans lui je pourrais pas twitter toute la
journée !


☾ Copernic, la tête dans les étoiles !


⚯ Einstein, pour faire des explosions dans mon labo !


✩ Déso, j’en connais pas, j’ai fait L.





2. Si tu devais avoir un compagnon de
laboratoire ce serait :





⚯ Un poulpe, tellement drôle


☾ Une chouette, qui m’apporterait mon courrier


❀ Une pomme, simple mais redoutable


✩ Marty MacFly





3. Ta matière préférée c’est :





☾ Mathématiques, géométrie, astronomie


❀ Sciences et vie de la terre


⚯ Physique-chimie


✩ La corde à sauter dans la cour de récré





4. Ton icône absolu :





☾ Thomas Pesquet, et ses photos magiques


Rihanna, tu peux pas test’


Heisenberg, because “I am not in
danger Skyler, I am the Danger”


❀ Nicolas Hulot, de la fondation Hulot





5. L’ambiance de ton espace de travail c’est
plutôt :





❀ Une cabane au fond du jardin, rien de plus inspirant que Mère
nature


☾ Cabinet de curiosité de la Renaissance (Ah le charme à
l’italienne…)


⚯ Laboratoire de Marie Curie : explosif !


✩ Mon lit, tellement douillet !





6. Ta citation préférée :





❀ “Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise
humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue.” Einstein


☾ “Le doute est père de la création”, Galilée


⚯ “2.21 Gigowatts ! 2.21 Gigowatts ! Mon dieu ! [...] Je devais
être complètement dans les nuages !” Dr. Emett Brown, Retour vers le futur


✩ “Mais enfin, c’est quoi un gigowatt ?” Marty MacFly, Retour
vers le Futur





7. Tu préfères :





☾ Dormir, tu adores rêver !


⚯ Cuisiner et mettre la main à la pâte


❀ Développer de la permaculture sur ton balcon


✩ Passer des heures sur Youtube, ils sont tellement mignons ces
chatons !





8. Tu ne peux garder qu’un seul de ces films,
lequel choisis-tu ?





⚯ Une merveilleuse histoire du temps, Eddie Redmane qui joue
Hawking ! Mon choix est vite fait !


Les figures de l’ombre, trois nanas noires badass qui
envoient le premier homme en orbite pendant la guerre froide.


Dans les pas de Paul-Emile Victor, quel homme...


“Toc, toc, toc, Penny ?!”, Big Bang
Theory, sans hésiter !





9. Si tu étais l’un des quatre éléments, tu
serais :





✩ L’air, si volatile…


❀ L’eau, à l’origine de tout.


⚯ Le feu, ton côté savant fou pyromane.


☾ La terre... et pourtant elle tourne.





10. Enfin, si tu devais te définir en un mot :





❀ Curieux.se


☾ Inébranlable


⚯ Dynamique


✩ Courageux.se... mais pas téméraire








©Palais
de la Découverte, Galileo, PASS, Exploradôme






Résultats :





Si tu as le plus de





Toi, tu es le Palais de la Découverte ! Tu es là
depuis 80 ans pour émerveiller petit.e.s et grand.e.s. Toutes les écoles et les
collèges de la région parisienne se déplacent pour venir te voir. Ton côté
vieillot fait certes une grande partie de ton charme mais tu prouves sans cesse
que tu es plus dynamique que jamais. Une nouvelle salle dédiée à l’informatique
et au numérique qui a ouvert en octobre 2016, la semaine des jeunes chercheurs,
Muséomix 2017 en préparation et ta nuit des Musées 2017 qui dure 24h ! On peut
dire que tu sais fêter un anniversaire toi !





Ton atout charme ? Tes médiateurs bien sûr ! Ils
animent des exposés impressionnants pour nous raconter le système solaire, la
vie de labo avec les rats, l’électricité statique, etc. Et puis, certain.e.s
sont quand même très attirant.e.s… Eh ! Qui a dit qu’on ne pouvait plus draguer
au musée ?!





Palais de la Découverte, Paris, France






Si tu as le plus de





Ciao Museo Galileo ! Prix ICOM 2010, on peut
dire que tu sais prendre soins de tes collections. Avec tes conditions de
conservation préventive optimales, chez toi l’objet est bichonné. De l’outil de
mesure à la mappemonde gigantesque en passant par les moulages anatomiques,
toutes les conditions sont requises pour mettre en valeur tes étonnantes
collections dans un esprit cabinet de curiosités à l’Italienne, bellissimo !
 





Attention tout de même à ne pas te reposer sur
tes acquis. Car ton visiteur, aussi averti soit-il, peut vite se sentir
submergé par l’ennui face à ce flot infini d’objets savants.





Petit conseil : pourquoi ne pas inclure plus
d’expériences dans les salles d’exposition ?


Quelques pistes à explorer avec ta lunette
astronomique : médiation innovantes, manips, numérique, expériences ludiques…
Rien n’est trop beau pour Galileo !





Musée Galilée, Florence, Italie






Si tu as le plus de





Tu es le PASS, un vrai aventurier. Entre tes
expositions, tes parcours, tes animations et ton jardin, tu sollicites autant
le corps que l’esprit !


Avec tes ateliers et tes activités pour tous les
publics, on peut dire que chez toi on ne s’ennuie pas. Mention spéciale pour
tes parcours en extérieur avec tes nombreux observatoires, rien de tel pour
comprendre l’environnement qui nous entoure !





Trait de caractère dominant : l’expérience est
pour toi un moyen d’explorer les découvertes d’hier, d’aujourd’hui et de
demain. Toujours positif, tu fais confiance en l’intelligence des hommes pour
trouver ensemble des solutions pour l’avenir.





Innovation, interpellation, découverte, plaisir,
sont là tes maîtres mots ! Toutes ces
aventures sont aussi exaltantes qu’épuisantes… Attention tout de même à ne pas
trop tirer sur les jours de récupération.





PASS,
Frameries, Belgique






Si tu as le plus de





Tu es allergique aux musées de sciences.
Désolées, on peut rien faire pour toi !





Non on rigole. Si tu as envie d’essayer mais que
tu es un peu frileux.se, un conseil : l’Exploradôme d’Ivry. A deux pas du
MAC/VAL ce musée où il est interdit de ne pas toucher permet de découvrir
moultes phénomènes scientifiques en t’amusant. Cinquante manipulations
réparties autour de cinq thématiques : énergie, climat et météo, le chemin des
illusions (d’optiques), structures et formes et mouvements. Toutes t’invitent à
te déplacer, essayer, manipuler, appuyer, toucher des choses pour découvrir et
comprendre tous ces phénomènes scientifiques qui te semblent bien obscures
aujourd’hui !





Qu’est-ce que tu attends ?!





Exploradôme, Vitry-sur-Seine, France








C’est pas tout ça, mais nous à force de
crapahuter dans le Pass’âge des Aventuriers, de découvrir l’électricité
statique, de nombreux objets anciens et de toucher à tout, on est épuisées, on
va prendre notre goûter !  






Marie & Margot









#test




#muséesdesciences






#aventures



Tirer, ouvrir et soulever








Dans les musées, la mise en
exposition des éléments qui constituent le parcours (objets, œuvres, textes),  parfois nous sature : tant de choses à voir !
Au risque d’une appréhension très superficielle de l’ensemble des objets, qui,
mis à côté les uns des autres peuvent même finir par tous se ressembler !
Un de mes dispositifs favoris prend le contrepied de cette tendance : il
cache l’objet de la vue. Dispositif simple, il permet un peu plus d’action de la
part du visiteur et attire notre
curiosité pour un objet que nous ne voyons pas encore. Non il ne s’agit pas de
tirer la bobinette mais d’ouvrir, oh sésame, un tiroir !












Musée des
Commerces et des Marques, Tourouvre @NP






Ce dispositif convient à des
collections et thèmes différents, du
textile (dentelle, tissus) aux objets ethnographiques. Quoi de plus logique et
bien pensé dans le Musée des Commerces et des Marques qu’un « placard
d’exposition » qui s’ouvre sur des objets du quotidien passé ou présent,
comme d’anciens ustensiles de rasage ou encore un Moulinex ? L’appareil
devient l’objet d’une curiosité nouvelle de notre part, nous qui d’habitude ne
le regardons que pour son aspect
fonctionnel... Ces objets ne sont donc pas mis au placard autant qu’il paraît !




Musée des Commerces et des Marques, Tourouvre @NP











Petite typologie du tiroir d’exposition