Archéologie - Histoire - Mémoire

A la conquête du MuCEM !


          Il existe des musées
qu'on découvre sans fioritures, un peu abruptement parfois, et dont
il suffit de pousser la porte pour accéder aux collections, tant la
transition entre l'espace public extérieur et l'espace muséal
intérieur se fait rapidement, provoquant ainsi parfois chez le
visiteur un sentiment de « décalage » quand bien même
l'exposition des collections se situe dans des bâtiments à forte
valeur historique et patrimoniale.






Il y en a d'autres qui ne
se révèlent que peu à peu, qui ne se dévoilent que
progressivement, qui se méritent en provoquant chez le visiteur un
effort physique et intellectuel bien avant d'en avoir franchi le
seuil... le Musée des Civilisations de l'Europe et de la
Méditerranée en fait partie !












QUID DU MuCEM ?











            Contrairement à l'idée
répandue depuis son inauguration le 7 juin 2013 dans le cadre de
Marseille-Provence 2013 capitale européenne de la culture, le MuCEM
ne se résume pas uniquement en la prouesse architecturale commise
par l'architecte Rudy Ricciotti, même si force est de constater que
c'est bien ce nouveau bâtiment qui attire regards et commentaires.






Symbole fort du transfert
d'un musée national dans une grande capitale régionale (anciennes
collections du musée des Arts et Traditions Populaires à Paris), le
MuCEM est composé de trois sites, détaillés à la fin de
l'article, pour le lecteur avide de connaissances que vous êtes
tous !














Associée à cette
dimension tricéphale du lieu, la multiplicité de l'accès au MuCEM
est à souligner elle aussi : par l'esplanade à quelques mètres de
la villa Méditerranée, par le Vieux-Port à la base du Fort
Saint-Jean mais surtout par la passerelle Saint-Laurent reliant les
hauteurs de ce dernier au quartier du Panier.






Je ne saurais trop vous
déconseiller la première possibilité, son seul atout à mes yeux
étant l'accès direct au bord de mer permettant une cure
d'embruns... 












L’EXPÉRIENCE D'UN
PARCOURS HORS NORME










Ombrière
du Fort Saint-Jean


Crédits : S.V



          Au contraire, les deux
accès via le fort, quant à eux, se valent bel et bien : au
courageux et téméraire chevalier amoureux des vieilles pierres et
sensible à l'introduction de matériaux plus modernes (rampes
d'escaliers, garde-corps, ombrière en métal... transats, tables et
assises en bois), s'offre progressivement un paysage à couper le
souffle : vue sur les bateaux du Vieux-Port et les quartiers de
la cité phocéenne bien sûr, et plus précisément sur ses édifices
patrimoniaux : le Fort Saint-Nicolas, la cathédrale Major, le
Pharo, le tout avec la bénédiction de Notre-Dame de la Garde...
sans oublier l'attraction exercée par la mer Méditerranée !






Le choix de l'ascension
combiné à la vue à 360 degrés depuis les hauteurs du fort suscite
chez le visiteur une émotion, un rappel à l'ordre aussi de sa
position d'être humain face à la majesté des lieux et des
paysages, qui n'en est qu'à son premier choc visuel et esthétique à
cette étape de ce parcours quasi initiatique...






Car, pour l'avoir fait,
l'assaut du MuCEM se fait en vagues successives réservant son lot
de surprises et de révélations.






En effet, la déambulation
sur les hauteurs du fort conduit à la découverte d'une autre
passerelle aérienne longue de 115 mètres réalisée par Rudy
Ricciotti également. S'y lancer, c'est certes enjamber et embrasser
de part et d'autre la Méditerranée mais c'est surtout accepter de
déposer les armes de la méfiance et de s'en remettre à
l'inconnu...






Et c'est là que la
notion de promenade architecturale, chère à Le Corbusier, lui aussi
présent à Marseille au travers de la Cité Radieuse, prend tout
son sens : c'est par étapes successives que l'architecture du
MuCEM se dévoile ne se révélant qu'au fur et à mesure des
pérégrinations du visiteur jusqu'à l'apothéose finale... le J4 !














L'ASSAUT FINAL...















La
passerelle reliant le Fort Saint-Jean au J4


Crédits :S.V



Une
fois surmontées les étapes de l'ascension du fort et de la
traversée de la passerelle certes toutes relatives (mais mon âme
d'enfant est toujours latente), cette [con]quête du lieu atteint son
apogée par la découverte du J4. Déposé sur un plancher de bois,
quasiment au même niveau que le toit du MuCEM, le visiteur éprouve
à nouveau de multiples sensations : liberté, espace, calme,
apaisement, sérénité et ce en dépit d'une fréquentation du lieu
importante au quotidien et depuis l'ouverture du musée (dans un
article paru le 8 novembre 2013, le journal
Le
Monde
évoque le cap de
1,4 million de visiteurs franchi en 5 mois à la date du 25 octobre
avec une proportion de un tiers de visiteurs payants pour deux tiers
qui s'y promènent). C'est un lieu de déambulation qui mixe les
origines sociales, ethniques, culturelles en écho évidemment à la
collection permanente, à la ville de Marseille et à la volonté de
son « créateur », l'architecte Rudy Ricciotti dont le
propos était de « démuséifier » l'endroit.






Pari
réussi donc, et ce, en grande partie, grâce à la conception du
bâtiment qui regorge lui aussi de surprises ! La première et
non la moindre réside dans le matériau employé et l'aspect
esthétique des formes qui lui ont été données : l'emploi du
BFUHP (béton fibré à ultra haute performance) à la porosité
extrêmement faible (qualité nécessaire quand on a les pieds dans
l'eau !) allié à un rendu visuel qualifié par certains de
résille noire, de dentelle provençale ou encore par d'autres de
moucharabiehs...














Tour
du Fanal du Fort Saint-Jean


vue depuis le J4

Crédits :S.V



Ce jeu de transparences vers le paysage extérieur maritime et
d'ombres portées à l'intérieur assez évocateur d'une sensualité
toute féminine, aiguise la curiosité, interpelle, ne laisse pas
insensible, d'autant plus que l'envie insatiable d'en découvrir plus
encore est satisfaite par une proposition originale de Ricciotti :
le visiteur au sommet du J4 peut accéder directement à l'intérieur
du musée par un système d'ascenseurs regagnant le rez-de-chaussée
dont la billetterie, mais pour les plus contemplatifs, une nouvelle
promenade est proposée. On contourne le bâtiment par une descente
en pente douce sur plusieurs niveaux et là , ni tout à fait dehors,
ni tout à fait dedans, le visiteur déambule entre structure de
verre et structure de béton, avec vue sur la partie administrative
du musée, sur les bureaux et leurs occupants, peut-être faut-il y
voir là une intention de mettre à l'honneur ceux qui font le
MuCEM en particulier et les musées en général?











Au
final, l'atterrissage/amerrissage se fait tout en douceur et l'envie
de prolonger ce moment qui s'achève se fait sentir de façon
impérieuse... alors qu'il reste tant de découvertes à mener au
sein même des collections.






Et
si, assez paradoxalement, le parcours constitué par l'enchevêtrement
du Fort Saint-Jean et du J4 ne constituait pas tant un sublime écrin
aux collections du MuCEM qu'un unique chef d'
œuvre,
accessible à tous ?






 


Sabrina
Vérove














Pour le lecteur curieux, assoiffé de
connaissances et futur visiteur du MUCEM que vous êtes, sachez que
les trois entités sont  :















  • le Centre de
    Conservation et de Ressources
    (CCR), situé sur 10000 m2 dans le
    quartier de la Belle de Mai à proximité de la gare Saint-Charles
    est un lieu ouvert au public, conçu par l'architecte Corinne
    Vezzoni.






















  • Le Fort
    Saint-Jean
    , inscrit sur l'inventaire supplémentaire des
    Monuments Historiques depuis 1964, restauré par le ministère de la
    Culture et de la Communication est un site complexe de 15000 m2 de
    nouveau accessible au public depuis 2013.








Associant d'une part les
vieilles pierres de plusieurs monuments permettant de retracer une
partie des vingt-six siècles d'histoire de Marseille et d'autre part
des éléments de rénovation s'y intégrant parfaitement
(architectes: François Botton pour les monuments historiques et
Roland Carta pour l'aménagement et l'accessibilité des bâtiments),
le Fort Saint-Jean accueille des espaces d'expositions permanentes et
temporaires, le jardin des migrations en accès libre et gratuit
ainsi que le l'Institut Méditerranéen des Métiers du Patrimoine
(I2MP) en collaboration avec l'Institut National du Patrimoine (INP).




















  • Le cube J4,
    qui accueille entre ville et mer, sur l’ancien môle portuaire J4,
    un bâtiment de 15 500 m2 comportant les espaces d’exposition:








l'exposition permanente
nommée la Galerie de la Méditerranée, ainsi que deux
expositions temporaires: Au bazar du genre: féminin-masculin en
Méditerranée
et Le noir et le bleu:un rêve méditerranéen,
toutes deux jusqu'au 6 janvier 2014,






mais
aussi d'autres espaces, un dédié aux enfants, un auditorium pour
la présentation de conférences, de spectacles, de concerts, de
cycles de cinéma, une librairie, un restaurant doté d’une
terrasse panoramique et les « coulisses » indispensables à un
équipement de ce type : ateliers, lieux de stockage, bureaux. Ses
architectes sont Rudy Ricciotti et Roland Carta.



























Plus d'informations sur les sites ou
PDF suivants
























" Rwanda " - Les représentations et les espaces blancs de Cordesse



« C’est impossible de tout
raconter dans les détails […] c’est une longue histoire […] c’est difficile à
expliquer, c’est lourd pour moi
 ».







Marthe








J’avais huit ans quand, en Italie, sur les
nouvelles du soir, passaient les images brutes de ces cadavres et mes parents
changeaient de chaîne ou me disaient de fermer les yeux, comme si la seule
perturbation passait à travers ce qui peut être vu, en ignorant combien
d’anxiété peut être transmise par la voix et la musique qui les accompagnent.


 C’était en
1994, et les images étaient celles du génocide qui se déroulait au Rwanda, où,
en moins de 100 jours, d’avril à juillet, entre 800 000 et un million de personnes
ont été tuées.





Alexis Cordesse en 1994 était à Sarajevo où, en tant que photojournaliste,
il était engagé afin de documenter la guerre en Bosnie. Il est arrivé au Rwanda
pour la première fois à 25 ans, après deux des massacres qui ont déchiré le pays
dit des « mille collines ».


Pour Alexis Cordesse venir au Rwanda n’a pas été un voyage quelconque, mais
le début d’une réflexion sur l’après-génocide qui l’a ramené à plusieurs
reprises dans le cœur de l’Afrique, un vrai chemin de maturation en constante
redéfinition. Il a constamment revu, essayé à nouveau, pensé autrement,
articulé la dimension sonore, la puissance de l’image photographique et
l'immédiateté de la parole écrite.





Mes parents et ma directrice m’ont supplié de changer de sujet quand, en 2008,
le temps de choisir le sujet de mon mémoire à l’Université de Gênes, j’avais
choisi d’étudier le  génocide rwandais.


Je voulais acheter mon billet d'avion pour Kigali, aller faire du terrain
sur ces collines africaines ; eux, en m’empêchant de partir, ils voulaient me
protéger, me demandant, comme quand j'étais petite, de fermer les yeux. Moi,
j’avais 22 ans, étant têtue et courageuse, je suis partie de toute façon.


J’ai fait mon terrain, j’ai recueilli les témoignages de ceux qui avaient
vécu le génocide à leur dépens, en perdant leurs chers, les amis d’une vie,
échappant par hasard ou après de nombreuses vicissitudes à ces machettes
enfourchées sur des principes ethniques ayant des racines coloniales. A Murambi[1],
j'ai vu l'enfer, la même horreur qui
vivait dans les yeux des personnes qui ont péniblement revécu avec moi leurs
histoires.


Après ma soutenance, j’ai caché le mois passé là-bas dans le tiroir le
plus éloigné de ma mémoire, je pensais en avoir terminé pour toujours avec le
Rwanda.


Aujourd’hui, vingt ans après toute cette horreur, la galerie Les Douches La Galerie présente « Rwanda », exposition du photoreporter
français qui pour la première fois montre au public la totalité de son travail
sur le sujet.





Je monte les escaliers au premier étage d'un immeuble du 10ème
c’est là que vous trouverez la galerie – et m’accueille le blanc. Celui du
plancher, des murs et même du plafond. Je suis surprise par tout ce blanc, et
puis par tout cet ordre, tout composé, si loin de la réalité du Rwanda.


À première vue, je me sens presque déçue, au fond un peu trompée, mais
malgré l’égarement initial j’essaie de mettre de côté mon expérience,
« mon » Rwanda, et de me laisser emmener confiante par ce blanc
enveloppant. Tout prend ensuite sa place.


Alexis Cordesse, pour rendre le génocide « concevable », sentait qu’il
devait le représenter, conscient de ce qu’un tel acte de représentation devrait
exiger impérativement de mise en distance, de structuration d’un espace vide,
neutre, où pouvoir s’arrêter et s’interroger, bref d’un espace blanc.


Voici que « Rwanda » se
révèle être une clé d'accès aux espaces blancs qu’il a vécu, à ces laps de
temps qui se sont écoulés entre ses trois voyages dans le pays, dans ses trois
expériences de vie qui ont jalonné son propre questionnement en l’amenant, au
fil du temps, à structurer les trois représentations complémentaires qui
aujourd’hui dialoguent ensemble à la galerie Les Douches La Galerie.





C’est le documentaire Itsembatsemba, le génocide au Rwanda un plus Tard (1996)[2] qui retourne sur la première
expérience de Cordesse dans le pays.


Né de la collaboration avec le cinéaste Eyal Sivan,
ce court-métrage présente un mélange de photographies en noir et blanc, des
enregistrements sonores réalisés par Alexis principalement lors des cérémonies
de commémoration ainsi que l’exhumation des corps des victimes.


 Itsembatsembaquiestdirectementvisibledans
la galerie
grâce
à la création d’un poste
vidéoéquipé d’écouteurs – est le résultat du montage de
ces documents dans les séquences, également accompagnées par des extraits audio
des archives de Radio télévision libre
des Mille Collines
, la fameuse « radio de la haine »
[3].





Douzediptyques30x40 cmconstituent L'Avenu(2004),le fruit deson second voyage.


Dixans après le génocideau Rwanda,Alexisest de retour– plus précisémentdans la province deKibuyeen tant que correspondantpour le quotidienLibération[4].








L’un des diptyques qui composent L’Avenu (2004)
© Alexis Cordesse



A cette époque, encouragées parla réduction des peines etdes libertés provisoires, dans lesprisons,de nombreux détenusont commencé àavouerlescrimes de génocide commis.Alexisles intervieweetles photographie:certains sonten liberté provisoire,la pluparten attente de jugement.


Lesdiptyquessont des portraitsfrontauxd’hommes et defemmes qui ont participéau génocideet des extraitsdes aveuxdans une interactionentre image et textequi renvoie toute la complexitéde ces personnes sansjamaisexprimer de jugementmoral.





En espaçant les diptyques réalisés neuf ans plus tôt, Absences (2013) brisent la tension : tirages
photographiques de grand format
[5] représentant la nature intacte du Rwanda, ils sont une
bouffée d’air.









Deux diptyques de L’Avenu(2004) et l’un des paysages d’Absences (2013)│Vue d’ensemble à la Les Douches La Galerie
© Alexis Cordesse



Aucune trace d’un être humain, seuls les espaces ouverts sur les collines
de la région de Kibuye, la forêt de Nyungwe et encore des plaines de la région
de Bugesera sont le contrepoint de la chose la plus horrible que l’homme puisse
commettre.


Mais tout n'est pas comme il semble, ou mieux, ces immenses espaces, en
dépit de leur charme, ont été, il y a vingt ans, le théâtre de la haine
aveugle. La nature que les persécutés croyaient être l’abri maternel s'est
avéré être le pire des pièges, une tombe à ciel ouvert.


A ces silencieux trompe-l’œil naturalistes donnent voix les témoignages de
trois femmes – deux survivantes et une hutue « juste »
[6] – recueillies par le photographe lors de son dernier
séjour.





Ce sont les portraits sonores de Marthe, Odette et Joséphine – traduits du
kinyarwanda en français – écoutables dans la galerie grâce à un deuxième poste
mis en place juste à côté de celui qui permet la visualisation de Itsembatsemba (1996).


Alexis Cordesse une fois de plus ne demande pas au visiteur de prendre
position mais structure un espace neutre, une chance « blanche » qui
le prédispose à lancer son imagination : imaginer ce qui s’est passé dans
l’écart entre des paysages silencieux et des témoins anonymes de la destruction
humaine.





« Rwanda » se révèle
être avant tout l’occasion de réfléchir et d’entrer en contact avec une réalité
encore trop souvent méconnue en Occident.


Loin d'être un guide historique des événements, l’exposition semble même ne
pas vouloir proposer de sensibiliser le public sur une plus grande
échelle : le travail de Cordesse est ici exposé aux Les Douches La Galeriequi,
comme son nom l’indique, est une galerie, de petite taille, au premier étage
d’une rue latérale du 10ème : il est peu probable que vous tombiez
par hasard sur ses expositions et les œuvres en vente.


Eh bien oui, même ses œuvres sont achetées directement dans la galerie,
alimentant le débat toujours ouvert sur ​​l’éthique et la légalité de la mise
sur le marché du travail artistique qui porte sur des tragédies humaines.





Flashback : la terre d'argile rougeâtre, des palmiers sur le
lac Kivu, la coopérative de Butare, des moustiquaires et des nuits sans
sommeil, le paludisme, « alors: vous
faites ou ne faites pas le vaccin contre le paludisme ?
 », la
main de Macibiri, la cheminée, les uniformes roses, les agriculteurs de Gatare,
les camions de l’armée à la tombée de la nuit. 





J’avais fermé mon « chapitre Rwanda », pensais-je, avant de
rencontrer Cordesse.









Beatrice
Piazzi





                                                         


  #LesDouchesLaGalerie


#Rwanda


#photographie


#témoignages








Pour aller plus loin :

















[1] Murambi, Nyamata, Bisesero et Gisozi dans leur ensemble
sont des sites mémoriaux du génocide perpétré contre les Tutsis entre  les mois d’avril et juillet 1994 au Rwanda.
Murambi, notamment, était un institut technique bâti quatre ans avant 1994 où
il est devenu l’un des lieux de la persécution.
Encouragées par les
autorités locales
etles anciennes forcesarmées rwandaisesà s’y réfugiersous prétextede garantir leur sécurité,entre 45 et 50mille personnesvivant dans lescollines environnantes, ils n’ont en fait trouvéque la mort.Aujourd’hui monument mémorial,ce complexededouze locauxest devenu un site d’expositionde restes humains,d’objets utilisés parles tueurs ainsi que des éléments d’identification des victimes.




[2] Itsembatsemba, Rwanda
un génocide plus tard
│Un film d’Alexis Cordesse & Eyal Sivan │
Documentaire│1996 │ 13 mn │ B/W │ 4:3 │ STEREO VO: kinyarwanda – sous-titres:
français © Etat d’urgence (FR) Momento Production (FR).




[3] Créée en 1993 par des extrémistes Hutus, « laradio
de la haine » transmettait alternativement
de la musique populaire et des incitations racistes. D’abord elle a joué un rôle essentiel dans la
diffusion
de l'idéologie ethnique,
par la suite elle a directement coordonné et directement motivé les tueurs.




[4] Ce travail a fait l’objet, en 2004, d’un cahier spécial
du quotidien.




[5] Il s’agit de tirages satin-argentique 120 x 160 cm qui ont été réalisés
cette année à Paris.


[6] Les « Justes » sont ceux Hutus rwandais qui
ont caché, protégé et souvent sauvé la vie de Tutsis pendant le génocide.



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Rwanda”. Le rappresentazioni e gli
spazi bianchi di Cordesse





« C’est impossible de tout
raconter dans les détails […] c’est une longue histoire […] c’est difficile à
expliquer, c’est lourd pour moi
 ».





Marthe





Avevo otto anni quando, in Italia, al telegiornale della sera, passavano le
crude immagini di quei corpi senza vita e i miei genitori cambiavano canale o
mi dicevano di chiudere gli occhi, come se il turbamento passasse solo
attraverso ciò che può essere visto, ignorando quanta inquietudine possano
trasmettere le musiche e il parlato che le accompagnano.


Era il 1994 e le immagini erano quelle del genocidio che si stava compiendo
in Ruanda, dove, in meno di 100 giorni,  da aprile a luglio, trovarono la
morte tra le 800 000 e
il milione di persone.





Alexis Cordesse nel 1994 era a Sarajevo dove, in quanto fotoreporter, era
impegnato a documentare la guerra in corso in Bosnia. In Ruanda ci arrivò per
la prima volta a 25 anni, a distanza di due dai massacri che straziarono il
paese detto delle “mille colline”.


Per Alexis Cordesse non fu un viaggio qualunque quello in Ruanda, ma
l’inizio di una di riflessione post genocidio che lo ha riportato più volte nel
cuore dell’Africa, un vero e proprio percorso di maturazione in costante
ridefinizione. Ha riesaminato continuamente, cercato nuovamente, pensato
altrimenti, articolato la dimensione sonora, al potere dell’immagine
fotografica e all’immediatezza della parola scritta.





I miei genitori e la mia relatrice mi supplicavano di cambiare argomento quando,
nel 2008, giunto il momento di scegliere l’argomento della mia tesi di laurea
all’Università di Genova, avevo scelto d’occuparmi del genocidio ruandese.


Io volevo comprare il mio biglietto aereo per Kigali, andare a fare del campo
su quelle colline africane; loro, impendendomi di partire, volevano
proteggermi, mi chiedevano, come quando ero piccola, di chiudere gli occhi. Io,
22 anni, testarda e impavida partii comunque.


Ho fatto il mio campo, ho raccolto le testimonianze di chi quel genocidio
lo aveva vissuto sulla propria pelle perdendo familiari cari, amicizie di una
vita, sfuggendo per pura casualità o dopo mille peripezie a quei machete
inforcati dietro presupposti etnici dalle radici coloniali.
A Murambi[2] ho visto l’inferno, quello
stesso indicibile orrore che abitava gli occhi delle persone che dolorosamente
hanno ripercorso con me le loro storie.


Una volta discussa la tesi, ho nascosto quel mese passato laggiù nel
cassetto più remoto della mia memoria, pensavo d’aver chiuso per sempre con il
Ruanda.





Oggi, a vent’anni di distanza da tutto quell’orrore, la galleria Les
Douches La Galerie
presenta “Rwanda”, personale del photoreporter francese
che per la prima volta mostra al pubblico la totalità del suo lavoro sul tema.





Salgo le scale che portano al primo piano di uno stabile del 10° – è lì che
si trova la galleria –  e ad accogliermi,
il bianco. Quello del pavimento, delle pareti e ancora del soffitto. Mi
sorprende tutto quel bianco, e poi tutto quell’ordine, tutto così composto,
tutto fuorché Ruanda.


A primo impatto mi sento quasi delusa, in fondo in fondo un po’ tradita, ma
nonostante lo smarrimento iniziale provo a lasciare da parte la mia esperienza,
il “mio” Ruanda, e a lasciarmi condurre fiduciosa dal bianco avvolgente. Tutto
allora si riposiziona.


Alexis, per rendere “pensabile” il genocidio, sentiva di doverlo
rappresentare, consapevole che tale atto di rappresentazione necessitasse
imperativamente di una messa a distanza, della strutturazione di uno spazio
vuoto, neutro, dove poter sostare per interrogarsi, di uno spazio bianco
insomma.


Ecco quindi che “Rwanda” si dimostra essere una chiave d’accesso
innanzitutto agli spazi bianchi da lui vissuti, a quei lassi spazio-temporali
che sono intercorsi tra i suoi tre viaggi nel paese, a quelle tre esperienze
esistenziali che hanno ritmato il suo proprio interrogarsi portandolo, nel
tempo, a strutturare le tre complementari rappresentazioni che oggi dialogando
coralmente a Les Douches La Galerie.





É il documentario Itsembatsemba, Rwanda un génocide plus tard(1996)[3] a restituire la prima
esperienza di Cordesse nel paese.


Nato dalla collaborazione con il cineasta Eyal Sivan, questo cortometraggio
presenta un assemblaggio di fotografie in bianco e nero e di registrazioni
sonore realizzate da Alexis principalmente in occasione delle cerimonie di
commemorazione e delle esumazioni dei corpi delle vittime.


Itsembatsemba
che é visibile direttamente in galleria grazie all’allestimento di una
postazione video dotata d’auricolari – é il risultato del montaggio di tali
documenti in sequenze, accompagnate altresì da estratti audio
dell’archivio della Radio Televisione Libera delle Mille Colline, la
celebre “radio dell’odio”[4].





Dodici dittici formato 30x40 cm costituiscono L’Avenu (2004), il frutto del suo secondo viaggio.


A dieci anni di distanza dal genocidio Alexis è tornato in Ruanda – più
precisamente nella provincia di Kibuyé – come inviato del quotidiano Libération[5].







Uno dei dittici che compongono L’Avenu (2004)

© Alexis
Cordesse


In quel periodo, incoraggiati dagli sconti di pena e dalla libertà
vigilata, nelle prigioni, molti detenuti cominciarono a confessare i crimini di
genocidio commessi. Alexis li intervista e li fotografa: alcuni sono in libertà
provvisoria, la maggior parte in attesa di processo.


I dittici rappresentano ritratti frontali di uomini e donne che hanno
partecipato al genocidio e degli estratti delle confessioni in un’interazione tra
immagine e testo che restituisce compiutamente la complessità di queste persone
senza mai esprimere alcun giudizio morale.





Inframezzando i dittici realizzati nove anni
prima, Absences

(2013) spezzano la tensione: stampe fotografiche in gran formato[6] rappresentanti l’incontaminata
natura ruandese, sono una boccata d’ossigeno.








Due dei dittici dL’Avenu (2004) e un paesaggio d’Absences (2013)│Visione d'insieme alla Les Douches La
Galerie


© Alexis Cordesse



Nessuna traccia d’essere umano, solo gli spazi sconfinati delle colline
della regione di Kibuye, della foresta di Nyungwe e ancora delle piane del
distretto di Bugesera, sono il contrappunto a quanto di più orribile possa
commettere l’uomo.


Ma non tutto é come sembra, o meglio, questi immensi spazi, contrariamente
al loro fascino, vent’anni fa sono stati lo scenario dell’odio cieco. La natura
che i perseguitati ritenevano essere materno rifugio si rivelò essere la
peggiore delle trappole, una tomba a cielo aperto.


A questi silenziosi trompe-l’œil naturalistici danno voce le
testimonianze di tre donne – due sopravvissute e una “giusta”[7] hutu – raccolte dal
fotografo nel corso del suo ultimo soggiorno.


Sono i ritratti sonori di Marthe, Odette e Josephine – tradotti dalkinyarwanda al francese – ascoltabili in galleria
grazie ad una seconda postazione allestita giusto accanto a quella che permette
la visione di Itsembatsemba (1996).


Alexis Cordesse, ancora una volta non chiede al visitatore di prendere
posizione ma struttura uno spazio neutro, un’occasione “bianca” che lo
predisponga ad attivare la propria immaginazione: rappresentarsi quanto accadde
sostando nello scarto tra i paesaggi muti e le testimonianze senza volto della
distruzione umana.





Rwanda” si dimostra essere innanzitutto un’occasione per riflettere
e entrare in contatto con una realtà della quale ancora troppo spesso poco si
sa in Occidente.


Lungi dall’essere una guida storica agli eventi, l’esposizione sembra non
si proponga neppure di sensibilizzare il pubblico su larga scala: il lavoro di
Cordesse è qui esposto alla Les Douche La Gallerie che, come lo indica
il nome stesso, è una galleria, di piccole dimensioni, al primo piano di una
via secondaria del 10°: è difficile che ci si imbatta per puro caso nelle sue
esposizioni e nelle opere che propone in vendita.


Ebbene si, anche le sue opere sono direttamente acquistabili in galleria,
alimentando quel dibattito sempre aperto sull’etica e la legittimità di
immettere sul mercato artistico lavori che portano su tragedie dell’umano.





Flashback: la
terra d’argilla rossastra, le palme sul Lago Kivu, la cooperativa di Butare, le
zanzariere e le notti insonni, la malaria: “allora: lo fai o non lo fai il
vaccino contro la malaria?
”, la manina di Macibiri, il camino acceso, le
uniformi rosa, i coltivatori di Gatare, le camionette dell’esercito
all’imbrunire.


Avevo chiuso il mio “capitolo Ruanda”, pensavo, prima di incontrare
Cordesse.





 Beatrice Piazzi




















[1]E’ impossibile raccontare tutto nei dettagli [...] è una lunga storia [...]
è difficile spiegare, è dura per me
” Marthe [traduzione dal francese di chi
scrive].




[2]
Murambi, Nyamata, Bisesero et Gisozi nel loro insieme sono i siti memoriali del
genocidio perpetrato contro i Tutsi tra i mesi d’aprile e luglio del 1994 in
Ruanda. Murambi, nello specifico, era un istituto tecnico costruito quattro
anni prima di quel 1994 in cui si trasformò in uno dei luoghi della
persecuzione. Esortate dalle autorità locali e dalle ex-forze armate ruandesi a
rifugiarvisi dietro pretesto di garantirgli sicurezza, tra le 45 e le 50 mila
persone abitanti le colline circostanti vi trovarono in realtà null’altro che
la morte. Oggi memoriale, questo complesso di 12 locali é oggi il luogo dell’esposizione
dei resti umani, degli oggetti utilizzati dagli assassini e di alcuni elementi
d’identificazione delle vittime.




[3] Itsembatsemba, Rwanda un génocide plus tard │Un film d’Alexis Cordesse & Eyal Sivan │
Documentario │1996 │ 13 mn │ B/N │ 4:3 │ STEREO VO: kinyarwanda – sottotitoli:
francese © Etat d’urgence (FR) Momento Production (FR).




[4] Creata nel 1993
da alcuni estremisti Hutu, “la radio dell’odio” trasmetteva alternativamente
musica popolare e incitazioni razziste. Se dapprima giocò un ruolo essenziale
nella diffusione dell’ideologia etnica, successivamente coordinò e motivò
direttamente i carnefici. 




[5] Questo lavoro è
stato oggetto, nel 2004, di un allegato speciale al quotidiano.




[6] Si tratta di
stampe satinato-argentiche formato 120 x 160 cm realizzate quest’anno a
Parigi. 




[7] I
« Giusti » ruandesi sono quegli Hutu che hanno nascosto, protetto e
spesso salvato la vita dei Tutsi durante il genocidio.









"Je pense donc Je suis "... en vitrine

Après six ans de travaux, le musée de l’Homme a rouvert en octobre 2015. À cette occasion,la plupart des articles de presse ont signalé un objet incontournable : le crâne de René Descartes. La fascination suscitée par la célébrité du défunt a visiblement été renforcée par le fait qu’il s’agit de l’original et non d’une copie. À ce sujet, Michel Guiraud, directeur des collections du MNHN dont dépend le musée de l’Homme, a affirmé : « Le public ne paierait pas pour voir sa réplique en plastique [1]». Cette remarque m’a interpellée et je me suis demandée si les visiteurs ont besoin devoir du vrai pour décider de visiter un musée d’anthropologie.

Crâne du philosophe René Descartes © M.N.H.N / JC Domenech

Regardons unpeu plus d’un siècle en arrière. En 1898 par exemple, la galeried’anthropologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris est dotée d’une longue vitrineemplie de véritables squelettes présentant des malformations. Même si, àl’époque, réserves et exposition ne sont pas encore dissociées, la place dédiéeaux anomalies anatomiques est considérable. De plus, les textes scientifiques décrivantces malformations corporelles ne suffisent pas à assouvir la curiosité dupublic. Les conservateurs doivent accompagner chaque reste humain d’un récit deson histoire personnelle pour le rendre attrayant. La rareté, l’exceptionnel etl’anecdotique font alors le régal des visiteurs. Et ce à tel point que dans lesmusées, la science de la singularité prime sur la « vraie » science.Heureusement, au XXe siècle, la science basée sur les curiosités dela Nature est considérée plus sévèrement, jusqu’à faire évoluer le goût dugrand public – du moins, espérons-le.

Revenons auXXIesiècle : qu’attendent les visiteurs d’une expositiond’anthropologie biologique : des sensations ou un propos pédagogique ?Existe-t-il aujourd’hui des substrats de ces pratiques de visite quelque peuvoyeuristes du siècle dernier ? La question semble appartenir au passé etpourtant deux exemples récents nous disent le contraire.

Il suffit de se rappeler l’exposition "Our body, à corps ouvert" qui présentaen 2006, dix-sept corps dépouillés de leur peauet parfaitement conservés grâce au procédé de la plastination. Le doute sur laprovenance licite des corps et leur exploitation à des fins (pseudo-)scientifiquesmais également commerciales suscitèrent de nombreuses controverses. Après avoirtotalisé 200000 visiteurs en France, elle fût fermée par décision de justice.

Autreexemple : les squelettes du Nain et du Géant déjà présents au début XXedans la vitrine des malformations anatomiques furent ressortis des réserves duMuséum d’histoire naturelle en 2006, pour l’exposition "Planète cerveau". Placésdans une vitrine, derrière des moulages de cerveaux illustrant lefonctionnement cérébral, ils étaient uniquement destinés à captiver le regarddu visiteur. Ils n’avaient donc qu’une fonction d’appel. Pourtant, ce pseudo-reculsur l’objet mis en scène renforce au contraire le caractère choquant del’utilisation d’un reste humain traité ici comme un décor…

En 2015, laréouverture du musée de l’homme a permis de privilégier enfin le but didactiqueet pédagogique. Malgré les 30 000 pièces de restes humains présents dans lesréserves, le comité d’éthique du musée a déterminé ce qui n’était plusmontrable en 2016 : enfants ou fœtus, corps nus… Il a également choisi delaisser cette fois de côté le sujet des anomalies anatomiques. Les raresexceptions à cette règle ont fait l’objet d’un modede présentation plus digne : hauteur, mise en exergue, présentation ducontexte funéraire…

Parailleurs, la séquence réservée à la céroplastie [2] peutheurter les âmes sensibles, pourtant elle ne vise pas à illustrer une leçonanatomique frôlant parfois la spectacularisation du corps décharné. Cettepartie relève en fait du domaine de l’anthropologie de la médecine et retraceles pratiques des études médicales au temps de l’interdiction de la dissectionhumaine et le fait que les bustes en cire anatomique furent en vogue au XIXe.

« Femme à la larme », cire colorée modelée,André-Pierre Pinson, 1784. © M.N.H.N / B. Faye

En outre,l’exposition de restes humains issus d’autres cultures pose le problème de la restitution.À l’image des deux cas tristement célèbres du corps de Saartjie Baartman, dite« la Vénus hottentote » et du crâne d’Ataï, chef de l’insurrectionkanak en 1878, certains pays colonisateurs comme la France ou les États-Unis sesont emparés de restes humains sans se soucier du droit à la dignité humaine (reposantsur le consentement du défunt ou de ses ayants-droits). Au-delà de ce problèmede la vision colonialiste des collections, nous posons tout simplement laquestion de la légitimité d’un musée à montrer l’original d’un reste humainalors qu’il peut en faire une copie, un moulage par exemple. Ainsi, au nouveauMusée de l’Homme, l’autre star de l’exposition permanente disputant la vedetteau crâne de Descartes est un moulage : c’est celui du squelette de Lucy (fossiled’Australopithèque vieux de 3,2 millions d’années, découvert en 1974 et exposéen Ethiopie, son pays d’origine). 

Squelette de Lucy 

© L. Cailloce

Maisl’authenticité du crâne deDescartes n’a peut-être pas comme fonction première la satisfaction dela curiosité morbide. Jean Davallon a écrit : « à force de vouloir dire le monde, à force de rationalité (…),toute exposition utilise des objets pour produire un mondeautre, un monde mystérieux, attirant(l’exposition, comme la publicité est condamnée à plaire), un monde en ruptureavec le monde quotidien, réel[3] ».Or, il me semble que le crâne de Descartes remplit parfaitement la fonction delien entre le monde réel et ce monde en rupture, décrit par Jean Davallon. Puisqu’ilest un reste humain véritable, dénué de l’intervention du concepteurd’exposition (à la différence d’un moulage), le public se sent – naïvement sansdoute, en prise directe avec un objet provenant du même monde que lui, le monderéel, lui livrant toute sa vérité, sans intermédiaire. Cette concession d’exposerun reste humain véritable est le prix à payer pour que le public ressenteinconsciemment une perméabilité entre le monde de l’exposition, mystérieux, etson monde du quotidien, le réel. Et finalement, ce crâne n’a pas été choisi auhasard. Il est probablement le seul qui puisse s’exposer avec dignité dans lamesure où le cartésianisme prônait la mise à l’épreuve du jugement par lascience.

Si le crânede Descartes fait aujourd’hui figure d’exception dans un paysage dominé par lasacralisation de la dépouille mortelle et les préoccupations éthiques, certainsscientifiques défendent une autre idée. Au sujet de la mission scientifique duMusée de l’Homme, Alain Froment, responsable des collections d’anthropologiebiologique, rappelle : « L’intérêtde cette collection, c’est de ménager l’avenir, de conserver une archivehumaine (…). En cas de restitution ou de réinhumation, on se prive de ce moyend’exploration du passé, notamment pour les sociétés qui n’ont pas d’écriture. [4] »

Entre devoirde science et protection de la dignité individuelle, la solution se trouvepeut-être dans les réserves. À la différence d’autres collections essentiellementdestinées à la fois à être vues par le plus grand nombre et conservées, lesobjets d’anthropologie biologique font sans doute figure d’exception enéchappant à cette règle de la démocratisation culturelle. Le lieu de mémoire àpréconiser serait, une fois n’est pas coutume, soustrait au regard du grandpublic mais ouvert à la venue des chercheurs et des générations futures.

Véronique MartaEn savoir plus : 

http://www.museedelhomme.fr#restes humains#anthropologie#musée de l'Homme 


[1] « Des squelettes dans leslimbes », Hervé Morin, Le Monde,12 octobre 2015

[2] Technique de modélisation anatomique mêlantl’utilisation de la cire à des restes humains.

[3] Jean Davallon, La Mise en exposition, Claquemurer pour ainsi dire tout l’univers, Centrede création industrielle / Centre Pompidou, 1986, p. 242.

[4] « Des squelettes dans leslimbes », op. cit.

"Je veux continuer à vivre, même après ma mort !"

Une chose est sûre, si jesuis curieuse de toute forme d’établissements culturels, je n’accroche absolument pas avec les maisons de personnages célèbres. Si certaines exposent des œuvres, mettent en valeur le bâtiment et son histoire, et se renouvellent avec des expositions intéressantes, d’autres se contentent de placer quelques meubles où l’artiste aurait peint ou écrit ses plus grandes œuvres le tout figé dans le temps et dans la poussière.


Anne Frank
© Fondation Anne Frank

Pourtant, en voyage à Amsterdam, il était inenvisageable pour moi de manquer la très célèbre maison d’Anne Frank. Située sur les canaux du centre-ville, ce musée est un incontournable pour tous les touristes d’Amsterdam, qui forment des files d’attentes interminables autour de la maison. Cependant, la maison Anne Frank n’est pas une maison de personnages célèbres comme les autres ; la maison est indissociable de l’histoire d’Anne Frank, c’est le cadre et la limite de la majorité des écrits d’Anne Frank dans son très célèbre Journal. Comme une prison et un refuge, une ennemie et une amie,l’histoire de la Maison d’Anne Frank est forte et complexe et la visite promettait d’être une expérience riche en émotions.

Le Journal d’Anne Frankest un livre qui parle à toutes les générations et à toutes les nationalités cequi explique son succès depuis près de 70 ans. Les écrits de cette jeuneadolescente m’ont profondément marquée pendant mon enfance, et cette maisoncachée appelée l’Annexe, je l’ai imaginée de nombreuses fois en souhaitant pouvoirun jour en franchir le seuil.

« C’estune sensation très étrange, pour quelqu’un dans mon genre, d’écrire un journal.Non seulement je n’ai jamais écrit, mais il me semble que plus tard, ni moi nipersonne ne s’intéressera aux confidences d’une écolière de treize ans. »

Anne Frank, 20 juin 1942

Voilà pourquoi je me suisretrouvée à attendre deux longues heures dans le froid d’Amsterdam pour avoirla chance de visiter ce lieu symbolique et historique. En entrant enfin dans lemusée, je comprends pourquoi la file d’attente est si longue ; nonseulement il y a énormément de visiteurs mais la billetterie arrête de vendredes billets tous les vingt visiteurs environ pour quelques instants. En effet,l’Annexe est très exigüe et cette mesure permet également de pouvoir seretrouver en petit comité dans les pièces et parfois même seul. C’est sûrementaussi pour des questions de sécurité, d’évacuation et de conservation ;dans tous les cas les conditions de visite sont appréciables.

L’Annexe

Petit rappel des faits :en 1942, les mesures anti-juives s’intensifient, la famille Frank entre alorsen clandestinité au 263 Prinsengracht aux côtés de quatre autres personnes. Lebâtiment est composé de deux parties : une maison côté rue et derrière uneannexe invisible. S’ensuit deux années de clandestinité et de cohabitation oùil est impossible de sortir de cette annexe et où Anne Frank écrit un journalintime pour s’échapper de son quotidien difficile. En 1944, les clandestinsseront dénoncés et déportés. Otto Frank, père d’Anne Frank et seul survivantdes camps parmi les huit clandestins, décidera en 1947 de publier le journalintime de sa fille. Le musée ouvrira ses portes en 1960 sur les indicationsd’Otto Frank pour la reconstitution des pièces.

Plan de la maison et de l'annexe - © Wikimonde

Le parcours débute par la maisondevant l'annexe qui abritait l'entreprise de Otto Frank ; l'entrepôt, lesbureaux et enfin le dépôt. Ici, les pièces ont peu d'intérêt, mais permettentde rappeler le contexte historique au moyen d'archives filmographiques et dephotographies. L'ambiance est pesante, les sources de lumière sont calfeutrées,l'éclairage est tamisé et il en sera ainsi pour tout le reste de la visite. Le moment charnière duparcours est le palier de l'annexe cachée avec sa très célèbre bibliothèquepivotante en guise de porte. Cette bibliothèque, d'origine, permet d'entrerdans la maison des clandestins ; l'atmosphère est étouffante avec des couloirsétroits, des escaliers raides (« un vrai casse-pattes hollandais »selon Anne Frank) et de grands rideaux noirs obstruant toute lumière du jour.

« Notre cachette est devenue une cachette digne de ce nom. Eneffet, M. Kugler a jugé plus prudent de mettre une bibliothèque devant notreporte d’entrée »

Anne Frank, 21 août 1942

Après avoir visité lachambre des parents et de la sœur d'Anne Frank, j’arrive enfin dans la chambred’Anne Frank (partagée avec Fritz Pfeffer) où les murs sont couverts dephotographies découpées dans les magazines et de cartes postales. Regarder cesphotographies de stars de cinéma (Greta Garbo) ou de célébrités de l’époque (laPrincesse Elisabeth) devant lesquelles Anne Frank rêvait des heures entières etqui constituaient le seul moment où elle pouvait s’échapper de la réalité etcontempler le monde extérieur est un moment fort de la visite de l’Annexe. Viennentensuite la salle d’eau, la salle de séjour commune et la chambre de Peter vanPels. Le grenier est la dernière pièce de l’Annexe et est importante dansl’histoire d’Anne Frank ; c’est le seul endroit où elle pouvait seréfugier seule et voir la lumière du jour. C’est également dans ce grenierqu’elle connaîtra ses premiers émois amoureux avec Peter. Comme il estimpossible d’y monter pour des raisons de sécurité et de conservation, un grandmiroir est installé pour permettre au visiteur de voir l’intérieur à partir dubas de l’échelle.

« Je ne suis jamais seule dans ma moitié de chambre et pourtantj’en ai tant envie. C’est aussi la raison pour laquelle je me réfugie augrenier. Là-haut, et auprès de toi, je peux être un instant, un petit instant,moi-même. »

Anne Frank, 16 mars 1944

En entrant dans cetteannexe, je me suis interrogée sur le vide des pièces : mis à part quelquesphotographies et quelques documents d’époques des clandestins sur les murs (cartes,liste de commissions, traits de croissance d’Anne et de Margot etc.), il n’y aaucun meuble qui permettrait de reconstituer les différents espaces. L’explicationest donnée à la fin du parcours : l’Annexe est restée vide à la demanded’Otto Frank, et représente le vide laissé par les millions de personnesdéportées. D’abord déstabilisée par l’absence de contenu, j’ai réalisérapidement que ces pièces vides laissaient une impression bien plus forte auvisiteur ; ces murs ont une mémoire, et nul besoin de lits, de commodes oud’armoires pour ressentir et comprendre l’histoire de ces huit clandestins. Deplus, des maquettes et des photographies de reconstitution des piècespermettent de voir comment elles étaient agencées.

« Pense comme ce serait intéressant si jepubliais un roman sur l’Annexe ; rien qu’au titre, les gens iraient s’imaginerqu’il s’agit d’un roman policier. Non mais sérieusement, environ 10 ans aprèsla guerre, cela fera déjà sûrement un drôle d’effet aux gens si nous leurracontons comment nous, les juifs, nous avons vécu, nous nous sommes nourris etnous avons discuté ici. »

AnneFrank, 29 mars 1944

Le parcours au 263 Prinsengrachtse termine au dernier étage de la maison officielle (façade donnant sur la rue)ayant comme thème « la Shoah ». Nous pouvons alors connaître ledestin de chaque clandestin après son arrestation le 4 août 1944 ; seulOtto Frank reviendra du camp de concentration et Anne Frank mourra du typhusseulement quelques semaines avant la libération en mars 1945. Les protecteurs,également arrêtés, survivront à la guerre. Dans cette partie de l’exposition,les papiers d’identité des huit clandestins sont exposés ainsi qu’un grandlivre répertoriant les millions de déportés ouvert à la page de la familleFrank. Une vidéo particulièrement touchante de Hanneli Goslar est projetée oùelle explique sa relation d’amitié avec Anne Frank, et comment elles se sontretrouvées au camp de Bergen-Belsen.

Quittons maintenantl’Annexe et les années 40 pour retourner au présent et au musée accolé à laMaison Anne Frank.

Le Musée Anne Frank

La maison Anne Frank- © Fondation Anne Frank

Le Musée est composé detrois salles d’expositions, d’un restaurant et d’une librairie. La premièresalle est un hommage à Otto Frank, à ses combats contre les discriminationstout au long de sa vie et à l’histoire de la publication du Journal d’Anne Frank.Une vidéo d’une interview d’Otto Frank est projetée sur l’histoire de sa vieavant et après la guerre.

La deuxième salle est unesalle clef dans le musée : on peut y voir le fameux Journal d’Anne Frank,petit carnet à carreaux rouges qu’elle avait reçu à l’occasion de son treizièmeanniversaire avant d’entrer dans la clandestinité. Lorsqu’il est plein, ellecontinue à écrire dans des cahiers puis sur des feuilles volantes. Anne Frankn’écrit pas seulement son journal intime mais aussi des nouvelles et recopiedes belles phrases qu’elle trouve dans ses lectures. Son plus grand rêve est dedevenir écrivaine et de publier un livre sur la vie à l’Annexe après laguerre ;  malgré sa mort prématurée,son rêve aura été réalisé au-delà de ses espérances. Les écrits d’Anne Franksont d’ailleurs entrés au Patrimoine Mondial Documentaire de l’Unesco en 2009.

Enfin, le dernier espaceest destiné à accueillir les expositions temporaires, expositions quipermettent d’approfondir l’histoire de la famille Frank. L’exposition en courstraite des protecteurs de l’Annexe, c’est-à-dire de toutes les personnes quiont aidé les huit clandestins pendant la guerre. L’espace d’exposition estrestreint et l’hommage à ces quatre personnes est vibrant mais bref.

« Kugler qui parfois a du mal à supporter la responsabilitécolossale de notre survie à tous les huit et qui n’arrive presque plus à parlertant il essaie de contrôler ses nerfs et son excitation. »

Anne Frank, 26 mai 1944

La visite se termine avecla projection d’un film « Reflectionson Anne Frank » qui rassemble les témoignages de personnes célèbres,de visiteurs du musée et de personnes ayant connu Anne Frank qui racontent leurrelation avec elle et son journal. Chacun peut alors laisser une trace, untémoignage, une histoire de vie sur les tablettes numériques qui font office delivre d’or numérique.

Avant de visiter cemusée, j’avais peur que les conditions de visites soient mauvaises dues augrand nombre de visiteurs et que Anne Frank soit trop« marchandisée ». Mes doutes se sont vite dissipés et j’ai autantapprécié l’Annexe cachée que le musée. Vous n’irez sûrement pas visiter cemusée pour la scénographie (soignée mais pas exceptionnelle) ni pour lesexpositions temporaires mais pour ressentir la puissance de l’histoire et del’émotion dans lequel baigne ce lieu. Suite à ma visite, je me suis d’ailleursreplongée dans le Journal et j’en aiextrait les passages ici reproduits. La Maison Anne Frank vous permettra de(re)découvrir et de (re)lire le Journal d’Anne Frank et de ne jamaisoublier l’histoire de cette jeune fille qui représente les millions de déportéspendant la seconde guerre mondiale.

Les extraits sont tirés du Journal d’Anne Frank

Laura Tralongo

.Pour aller plus loin :

Site officiel de la Maison Anne Frank

#annefrank

#amsterdam

#reconstitution

« Vivre en Camus » gravé dans les mémoires


Crédits : K.F

L’exposition « Vivre en Camus » à Annay-sous-Lens donne aux anciens camusards l’occasion de retrouver le voisinage qu’ils ont longtemps aimé côtoyer. Ils s’exclament à la vue d’un ancien ami. Ils rient en regardant les photographies qui leur rappellent assurément des souvenirs chaleureux .


La révolution des Camus a marqué la population Annay-sous-Lensoise. Une douce euphorie plane dans cet espace d’exposition où le public touche du bout des doigts le bonheur d’un passé retrouvé par le biais de témoignages illustrés, racontés, mis en scène et en musique.



Les Mines sont un univers à part entière, reconnues depuis 2012 patrimoine mondial de l’Unesco, et source d’inspiration pour nos conceptrices d’exposition du Master Expo-Muséographie à l’Université d’Artois. « Vivre en Camus » impulsé par nos professeurs Isabelle Roussel-Gillet et Serge Chaumier, a été mis en œuvre par nos collègues, Mathilde, Lucie, Isabelle et Mylène qui ont fait de ce projet d’exposition un lieu extraordinaire de prise de conscience d’un patrimoine en voie de disparition (avec le soutien de la mairie d’Annay-sous-Lens et le Pays d’Art et d’Histoire de Lens-Liévin).




Les cités Camus s’écroulent alors que dans le cœur des camusards, elles sont toujours présentes et significatives.


Crédits : K.F

Le visiteur peut fouler le plan d’un camus reproduit sur un tapis dont le moelleux laisse entrevoir la chaleur humaine de ces préfabriqués typiques et inondés de souvenirs. Souvenirs que l’on peut lire sur la table où la cafetière attend de servir l’indémodable café, ou sur la lunette des toilettes, révolution qu’on ne pourrait véritablement appréciée sans la voix de nos aïeuls pour nous la dire. Puis en passant par l’incontournable jardin où les fleurs et les légumes inspirent la maîtresse de maison, on rejoint les voisins pour faire la fête sous la guirlande fanions sur un air de bal musette.



Et au cœur de l’exposition, une salle de projection improvisée offre aux visiteurs l’opportunité de passer la porte de l’un de ces Camus. Accueillis chaleureusement par M. et Mme Monchaux, les visiteurs suivent la visite guidée de la maison où la simplicité de nos hôtes donne à voir le grand cœur des gens du Nord, inimitable, sincère, unique !



Mathilde, Lucie, Isabelle, Mylène, vous avez fait des heureux, je l’ai vu, je l’ai entendu ce public enthousiaste ! C’était magnifique !



Katia Fournier










À l'abordage au Musée portuaire !


Le musée « à flot » du
Musée portuaire de Dunkerque





Ça vous dirait une petite balade en bateau sans avoir le mal
de mer ? Rendez-vous au Musée portuaire de Dunkerque où vous pourrez
visiter trois bateaux des collections du musée. Oui, oui, visiter !





            Des
bateaux ancrés dans le port








Le Musée portuaire : musée « à quai » et musée « à flot »
© www.lineoz.net


            En se
baladant dans le port de Dunkerque, le promeneur aperçoit quatre bateaux
légèrement en retrait par rapport aux autres bateaux du port et légèrement...
décalés. L'un d'entre eux, avec ses splendides mâts et cordages, signale son
appartenance à un autre siècle. Que fait-il dans le bassin du commerce ?
Tiens, n'est-ce pas le Musée portuaire qui se dessine à l'horizon ? En
s'approchant, le promeneur comprend que ces bateaux font en fait partie des
collections du musée mais, surprise, ils ne sont pas uniquement là pour être
admirés de l'extérieur, on peut monter à bord et les visiter ! Parmi les
six bateaux de la collection du musée, dont quatre sont amarrés devant le
musée, trois sont ouverts au public. Le musée ouvre le premier bateau au
public, le trois-mâts Duchesse Anne, en 2001, le deuxième, la péniche Guilde,
en 2003 et le troisième, le bateau-feu Sandettie, en 2006. La Pilotine
n°1
est visible sur le quai mais non ouverte au public et les deux autres
bateaux, le remorqueur l'Entreprenant et la vedette balisage l'Esquina,
ne sont pas exposés dans le bassin. Car oui, on peut utiliser le terme
« exposés » pour qualifier la mise en espace des bateaux. En tant
qu'objets de collection, ils sont exposés dans le bassin du commerce comme un
tableau est exposé dans une salle. À la différence près, et non négligeable,
que ces bateaux constituent ce que le musée appelle le musée « à
flot », par rapport au musée « à quai ». Nominalement, les
bateaux se distinguent donc des autres objets de collection du musée et, plus
intéressant encore, ils sont eux-mêmes désignés comme étant un musée. Alors,
objet de collection ou musée ?





            Quand les
collections deviennent des espaces de visite






            Les trois
bateaux ouverts à la visite, dont deux d'entre eux sont classés aux monuments
historiques, sont des objets de collection. Un objet de collection est destiné
à être exposé au public et effectivement les bateaux le sont. Le visiteur peut
les admirer de l'extérieur comme il admire un objet dans une vitrine, mais il
peut aussi monter à bord pour découvrir ce qui n'est pas visible de
l'extérieur. Pour cela, ce n'est pas une obligation d'ouvrir au public les
bateaux, des outils de médiation pouvant permettre une visite virtuelle de leur
intérieur. Le musée a néanmoins décidé de les ouvrir au public pour offrir une
qualité de visite exceptionnelle et complémentaire de la visite des salles
d'exposition du musée « à quai ». Seulement, il ne se contente pas
de faire monter les visiteurs à bord, et c'est là que le terme de musée
« à flot » prend tout son sens : les bateaux sont à la fois
objets d'exposition et lieux d'exposition. C'est un pari osé de la part du
musée car il faut faire de ces bateaux des espaces muséaux tout en conservant
et respectant leur âme et leur statut d'objet de collection. Pour cela, le
musée a tenu compte de l'histoire de chaque bâtiment afin que l'offre
muséographique soit la plus pertinente possible. À chaque bateau correspond
donc une offre différente qui semble conquérir le public par son aspect ludique
puisqu'un quatrième bateau, la Pilotine n°1, va bientôt être ouvert au
public. Et si l'on faisait un petit tour à bord ?





            La vie à
bord












La Duchesse AnneCrédits : Lilia Khadri


          Tout le monde est réunit sur le quai ? Alors embarquement pour la Duchesse Anne
en empruntant la passerelle (attention, ça glisse en temps de pluie, eh oui ils
ne faisaient pas de manière à l'époque alors nous non plus !). Lorsque le
visiteur pose le pied sur le pont, il voyage à travers le temps... à ceci près
qu'il n'y a pas 200 personnes sur le plancher. Le visiteur est invité à
comprendre les conditions de vie dans ce bateau-école qui formait des cadets à
la navigation. Au début de la visite, des photographies présentent l'histoire
du bateau. Le visiteur découvre ensuite les rudes conditions de vie des cadets
– il peut tester les hamacs dans lesquels ils dormaient – qu'il peut comparer
aux conditions de vie du commandant en pénétrant dans ses spacieux et luxueux
appartements qui sont reconstitués à partir de différents objets.





Exposition La vie au fil de l'eauCrédits : Astrid Molitor

Puis
destination le
Sandettie, un patrimoine maritime spécifiquement
dunkerquois puisque ce bateau était chargé de signaler les bancs de sable face
à l'entrée du port aux autres navires. Le bateau dévoile au visiteur ses
différents espaces de vie contextualisés par des cartels et expôts aidant à la
compréhension de l'activité du bateau présentée notamment dans la première
salle, la salle commune des officiers, où est installé le matériel de
transmission. Aller, un dernier et retour sur la terre ferme ! La visite
se termine par la péniche
Guildeaménagée pour accueillir dans ses cales
une exposition permanente,
La vie au fil de l'eau, qui présente
l'histoire de la batellerie en évoquant le lien entre la vie professionnelle et
familiale des bateliers. Petite originalité, cette exposition permanente est...
itinérante ! Contradiction ? Non car la péniche, habitée par un
couple de mariniers retraités, peut encore naviguer et se déplace en fonction
de la demande pour montrer son exposition. La visite terminée, le visiteur
regagne le quai et laisse les bateaux reposer paisiblement dans le port jusqu'à
la prochaine visite. Enfin, pas tout à fait, parce que si l'on jette un œil sur
ce qui s'y passe en-dehors des heures de visite, on découvre que bien d'autres
activités y sont organisées...









C. D.





Informations pratiques : Ouvert à 15 heures les
dimanche et mercredi hors période de vacances scolaires et tous les jours
d'ouverture du musée pendant les vacances scolaires – Fermé de fin novembre aux
vacances scolaires de février.





Pour aller plus loin, cap sur :


   
Griffaton Marie-Laure (dir.), Les
bateaux-feux : histoire et vie des marins de l'immobile
, Somogy
Editions d'Art, 2003


   
Louvier Patrick (dir.), Neptune au musée,
Presses universitaires de Rennes, 2014









Mots clés : Musée portuaire, patrimoine flottant,
bateaux, muséographie

A la découverte des mystérieux et majestueux Indiens !!!

«La terre a un chant. Elle porte les sons de l’univers. Chaque créature a un chant. Chaque plante a un chant.» Citation Indienne

Qui n'a jamais imité les Indiens, rêvé d'avoir une tente ou encore de dormir à la belle étoile ? Qui n'a jamais été bercé par les contes décrivant l'univers paisible et poétique de ces peuples ? Les Indiens d’Amérique sont des peuples passionnants, dont la disparition fut rapide et tragique. Ils ne sont plus que quelques milliers, vivant dans des réserves ou dans des villes et villages contemporains. Qui sont ces peuples que nous nommons Indiens ? Cheyennes, Comanches, Apaches, Dakota… entrez dans leur monde, au musée du Quai Branly…

Un exemple detipi indien

Crédits : L.K

Cette expositionrévèle les productions artistiques des Indiens d’Amérique etnous fait découvrir leurs modes de vie chronologiquement.

En plus des vitrinesprésentant les œuvres, les murs de l'exposition sont aussi dessupports muséographiques. En effet ils sont recouverts de frises, decartes et de descriptions de certains événements historiques quiont entraîné des évolutions et des perturbations dans la vie desIndiens. Ajouté à cela, nous découvrons les noms de chaque tribuindienne, même les moins connues et apprenons à les localiser surle continent américain.

Nous pouvonsremarquer que les thèmes représentés dans leurs œuvres et objetsd'arts varient lorsque de nouvelles apparitions ont eu lieu. Parexemple, une fois que les Indiens ont découvert les chevaux et lesont utilisés dans leur vie quotidienne, ils les ont représentéssur certaines peintures. Avec l'importation de masse les Indiens ontpu avoir accès à de nouveaux matériaux.

Le parcours eststructuré en sections thématiques très précises, par exemple la vie dans les grandes plaines (1700-1820), la mort du bison(1860-1880), les communautés et diaspora (1910-1965) et le renouveauartistique (1965-2014)...

Une scénographie épurée

Crédits : L.K

Nous découvrons unecentaine d'objets uniques et précieux crées par les Indiensd'autrefois et par les Indiens d'aujourd'hui. Ces peuples étaienttous de grands artistes qui ont transmis leur passion à leursdescendants. La tradition se perpétue ! Ces œuvres d'art et utilesquotidiennement témoignent d'un amour spirituel pour la nature etles éléments terrestres.

Capeindienne représentant une bataille encadrée par le soleil et laluneCrédits : L.K

C’estun ravissement de pouvoir découvrir la culture indienne à traversces peintures, dessins, sculptures, broderies, parures de plumes etmême calumets de la paix ! Si colorées, détaillées etimpressionnantes !

«Certaines pièces ont 300 ou 400 ans d'histoire. C'est déjà unmiracle qu'elles soient parvenues jusqu'à nous. C'est un ensembleabsolument exceptionnel car il n'y pas l'équivalent ailleurs dans lemonde. Certainement pas en Amérique du Nord, où on a collecté desobjets indiens beaucoup plus tardivement, au XIXe siècle. »dixit André Delpuech, conservateuren chef du Patrimoine, chargé des collections Amériques au Muséedu quai Branly.

Une robe contemporaine de toute beautéCrédits : L.K 

Età votre avis, l'image que nous avons des Indiens est elle-vraie oubien erronée ? N’a-t-elle pas été grandement façonnée parle cinéma ? Aussi une salle diffuse-t-elle les extraits dedifférents films américains des années 1960 et plus, évoquant lesstéréotypes qui étaient véhiculés sur les Indiens. Certainesscènes tournées à la dérision nous font sourire. Nous prenonsconscience que les réalisateurs employaient des stéréotypesdérisoires... excessifs... ce qui en devenait ridicule. Dans cettepremière production cinématographique, les Indiens étaientreprésentés avec dédain tels des guerriers sauvages recouverts depeintures, des sortes de clowns ou encore des hommes sanguinaires.C’est seulement dans les années 70 qu’ils seront un peu plusconsidérés et que le métissage est envisagé en racontant deshistoires d'amours entre un homme dit blanc et une princesseindienne, alliance mixte symbole d’une entente commune.

Bémols, vous avezdit bémols ? A la fin de l’exposition sont représentés deuxtipis contemporains à taille humaine. Ceci nous permet de nous faireune idée cependant chaque visiteur aurait souhaité rentrer dedans,mais c’est impossible, ce qui est bien dommage et provoque unefrustration finale chez l’enfant autant que chez l’adulte. Deplus il est frappant que l'extermination des Indiens par les colonssoit à peine évoquée, les commissaires d'expositions n'ont passouhaité appuyer un point de vue mis à part celui de déconstruire lesstéréotypes. Puis, certaines œuvres sont peu mises en valeur àcause d'un manque flagrant de lumière et des cartels presqueintrouvables puisque mélangés parmi d'autres. Les auteurs de ces oeuvres artisanales ne sont même pas mentionnés ! 

Mais le déplacementvaut le coup, soyez en sûrs. Venez-vous émerveiller, en immersiondans les plaines amérindiennes !

Lilia Khadri

 

Pour aller plus loin

  Les expositions à l'affiche

Exposition - Indiens des plaines

 Vidéo de l'exposition

# Indiens

# Civilisations

# Artisanat

Afropean+ : une expérience polymorphique ?

Quand on fait son stage dans un musée travaillant des questions aussi complexes que « C’est quoi l’Afrique subsaharienne contemporaine ? Qu’est-ce qu’une diaspora ? Quellemémoire les Belges et les Congolais partagent-ils ? De quelles manières la partager et la transmettre de part et d’autre de la méditerranée ? »L’événement Afropean+ peut apporter des réponses.

Affiche Afropean+ © Bozar

Quand on fait son stage dans un musée travaillant des questions aussi complexes que « C’est quoi l’Afrique subsaharienne contemporaine ? Qu’est-ce qu’une diaspora ? Quelle mémoire les Belges et les Congolais partagent-ils ? De quelles manières la partager et la transmettre de part et d’autre de la méditerranée ? »L’événement Afropean+ peut apporter des réponses.

Me voila donc à Bozar, à Bruxelles, parun samedi de janvier particulièrement ensoleillé, prête à m’enfermer pour unejournée d’événements culturels autour de la notion d’afropéanité. Le public estau rendez-vous, il est en majorité issu des diasporas subsahariennes et nonafricaines, j’aimerai voir encore plus de monde, encore plus de métissage. Etpourtant l’ambiance est cordiale, passionnée, aux aguets. C’est la première foisque j’entends, ou plutôt lis le terme afropean inscrit en grosses lettres surle programme de la journée. Qu’est ce donc que ce néologisme, cette contractiond’africain et d’européen ?

Le premier indice pour tenter d’approcherune définition du terme se trouve dans sa forme même, deux mots tranchés etcousus ensemble.

Le second indice se situe  dans la forme même que prend l’événement etdans le lieu où il se déroule. Bozar est une plateforme, une succession desalles où cohabitent une multitude de projets culturels validés par unedirection dont la caractéristique principale est de savoir mettre le doigt surdes problématiques sociétales et contemporaines émergentes. La forme que prendAfropean + est pluridisciplinaire. C’est une journée où se succèdent despropositions variés comme un marché créatif, des expositions, des courts etlongs métrages, des concerts, des lectures, des débats, des spectacles.L’ensemble venant se télescoper quand le visiteur prend le temps d’assister àplusieurs propositions. Notons au passage que seuls les concerts sont payants.

Le troisième indice est l’installation del’artiste Kader Attia. Dans une salle en retrait du majestueux hall Horta où setrouve le marché créatif, l’artiste propose la métaphore d’une situation, cellede l’être traversé par plusieurs cultures, cultures reliées entre ellessouvent violemment par la colonisation. L'œuvre est un cabinet de curiosités qui n'utilise pas le principe del'originalité, du bizarre, de l'extra ordinaire comme historiquement mais estun espace polyphonique où par les objets (essentiellement des livres) les voixscientifique, politique, religieuse trouvent leur place les unes avec lesautres. La suture entre les mondes (entre le ciel et la terre reliés parl'échelle de Jacob, entre le pouvoir politique symbolisé par les bustesd'hommes blancs et les textes bibliques et coraniques...) se fait par le regardenglobant de l'artiste. C'est une couture entre les différents éléments del'installation faite avec bienveillance, sans hiérarchisation entre les objets.Leur accumulation forme un constat : le scientifique, le religieux, lepolitique sont des possibles non hiérarchisés. Ce dispositif offre aux regardsla plasticité et la polymorphie d’un monde qui permet une construction desidentités.

Continuum of Repair: The light of Jacob’s Ladder, Kader Attia, Bozar, 2015 © O.L

Continuum of Repair: The light ofJacob’s Ladder, Kader Attia,Bozar, 2015 © O.L

Le quatrième indice est la forme queprend le débat « Being Afropean ». Dans le studio de Bozar, espaceoscillant entre la salle de conférence, de cinéma et de théâtre se joue unepièce improvisée d’échanges rebondissant. Ken Ndiaye, anthropologue ayantparticipé au programme Réseau International des Musées d’Ethnographie (RIME) sepropose de questionner la notion d’afropéanité. Il est très vite rattrapé parl’assistance. Celle-ci impose sa parole, chacun et chacune témoignant de sonparcours, enfin, je commence à comprendre, à sentir du sens émerger de cesvoix. Ce mot afropean, s’incarnant soudain à travers le visage de chacun desintervenants, se transformant selon le vécu des êtres prenant la parole.Afropean est une identité polymorphique, une traduction d’un état singulier :celles des êtres aux cultures africaines et européennes. Comment comprendre lesens d’afropéanité quand on est franco-française vivant entre deux payseuropéens aux cultures proches ? Blanche dont la voix pense enfrançais ? Quelle place puis-je avoir au cœur des problématiques quesoulèvent l’afropéanité ? Quelle place les êtres sans diversité culturellepeuvent-ils avoir avec ces identités polymorphes en constanteconstruction ?

Le cinquième et dernier indice est lalecture-spectacle Autrices  de « Ecarlatela compagnie » à partir d’extraits choisis du texte Ecrits pour la parole de l’auteure française Léonora Miano. Deuxfemmes, deux voix accompagnées par une création sonore inédite. Moment fort oùla langue de Miano surgit, s’incarne dans le corps blanc des deux actrices. Etc’est cette incarnation du texte interrogeant « le rapport souventconflictuel qu’entretiennent les afropéens avec les notions d’intégration et dedouble culture »[1]qui donne sens à l’afropéanité. Afropéanité est un mot dépassant la couleurpour interroger des identités qui restent dynamiques et uniques. En échoj’entends la voix de Léonora Miano dire : « Je sais très bien que jesuis le produit de la rencontre entre deux mondes, qui, d’ailleurs, se sont malrencontrés. Mais, enfin, j’existe. »[2]La voie à tracer pour se reconnaitre, se rencontrer, ne se situerait-elle pasdans ce retour aux conditions de la rencontre entre Afrique et Europe ? Ilsemble que pour construire les identités contemporaines, il nous faille faireun retour sur notre passé , sur ce que nous avons en commun.

Ophélie Laloy

Pour aller plus loin :

http://www.bozar.com/activity.php?id=15637

#Afropéanité

#Événementiel culturel

#Postcolonialisme


[1] Programme Bozar

[2] http://www.leonoramiano.com/docs/causette_0314.pdf

Albert Khan : se dévoiler par nuances

Les deux promotions du Master MEM ont rencontré Valérie Perles et Jean-Christophe Ponce lors de leur « semaine expographique ».  Cette dernière permet aux étudiants à rencontrer des professionnels qui fourniront  un point de vue concret sur un thème prédéfini : celui de cette année est la rénovation et l’extension de musées. La conservatrice et le scénographe se sont libérés en pleine période de travail pour une journée d’échange afin d’exposer le projet de rénovation du Musée Albert Khan.

Un autochrome, s’il s’apparente à une des premières formes de photographie en couleur, se rapproche de la peinture par l’apport de couches successives  afin de former une image. Cette dernière est captée grâce à l’application de vernis, de fécule écrasée, de carbone et d’émulsion sensible. Le résultat donne une photographie à l’aspect un peu décalé, voire poétique. La couleur tranche franchement avec l’aspect solennel des premières photographies, elle leur donne un ressort qui promet à celui qui prend le temps de les regarder un aperçu vivant et succinct du passé. Toutefois, l’autochrome est fragile, son procédé nécessite des conditions particulières de conservation qui ne permet pas une exposition sur le long terme. Des reproductions sont nécessaires pour pouvoir révéler ce qu’un autochrome veut donner à voir.

La plus grande collection d’autochromes a été formée par Albert Khan dans ce qu’il a appelé « Les Archives de la planète ». Ce banquier français a fait converger sa fortune et ses idéaux philanthropiques pour mobiliser des photographes et cameramen sur plus de 60 pays entre 1909 et 1931. Cela afin de saisir  «  des aspects,des pratiques et des modes de l’activité humaine » dont Khan avait -déjà- conscience de la disparition prochaine. Cet engouement documentaire a permis de constituer une collection de 72000 autochromes, portant sur les coutumes, les paysages, les portraits. Ce projet avait pour but de faire connaître les cultures étrangères afin de promouvoir le respect de chacune dans une optique pacifiste. Quatre axes permettent de comprendre la démarche de départ : le voyage, la géographie,l’actualité, l’ethnologie.

N°A69 807 X © Collection Archives de laPlanète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine

N°A70 472 XS © Collection Archives de laPlanète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine

Mais ce projet documentaire avait aussi vocation à être diffusé : Khan invitait dans sa maison de Boulogne-Billancourt artistes & diplomates internationaux dans le but de les confronter à l’étranger, au dépaysement et à sa propre sensibilité. La visite se déroulait alors entre deux espaces : la sphère intime avec le cabinet de projection et l’extérieur dans les quatre hectares de jardin qui entourent la maison, composés de serres, de reconstitutions d’architectures asiatiques.

Dans les années 1930, le krach boursier n’épargne pas Albert Khan : le département de la Seine rachète alors collections et jardins afin d’en faire un musée éponyme. Il ouvre ses portes au public en 1937. Le musée actuel prend place à Boulogne-Billancourt dans l’ancienne maison du banquier et s’accompagne des jardins départementaux qui le corroborent. Si le jardin est retravaillé dans les années 1990,  la rénovation du musée débute en 2013, quatre ans après, les espaces d’exposition sont en phase d’aménagement ;

N°B778 S © Collection Archives de la Planète- Musée Albert-Kahn

© Département Hauts-de-Seine

Quel a été ce projet de rénovation ? Comment travailler à la fois sur une démarche universelle et sur la personnalité d’Albert Khan ?

Il était question alors de donner une cohérence à la pluralité des domaines qui composent les collections du musée : de l’immatériel recueilli, un jardin immense, des heures de films, des objets personnels, une maison.. et les fameux autochromes des Archives de la Planète. Dans le musée Albert Khan, le parti pris a été de se concentrer sur la démarche à la fois documentaire et philanthropique du banquier afin de plonger le visiteur dans le temps, le remettre dans les pas des invités d’antan. Mais alors serait-ce une énième immersion biographique à coup de dioramas, de photographies personnelles illustrant l’œuvre d’Albert Khan ? Loin de là, ici point d’épitaphe surannée, mais un voyage immobile, où l’imagination du visiteur est sollicitée afin de recréer l’univers de Khan, où on suggère un espace temporel plutôt qu’on ne l’impose.

© Scenorama- esquisse de parcours

Il existe une porosité entre le présent et le passé, rappelé par à-coups par la forme du mobilier, le dispositif scénographique, les montages sonores… Le portrait chinois d’Albert Khan en est représentatif : un plâtre de Rodin, un écorché, un vase en porcelaine bleue,  une paire de lunettes … Khan est présenté au visiteur à travers une évocation de sa personne plutôt qu’une illustration explicite des différentes étapes de sa vie. Cette mise à distance permet en même temps une approche plus intime du personnage, une rencontre anachronique avec une personnalité pacifiste et réformiste.

L’évocation de la transmission des Archives de la Planète est aussi visible à travers un bâtiment nouveau qui propose un aperçu original et poétique des collections, articulant modernité et patrimoine. Le cabinet de diffusion du banquier est présenté par un espace voué à la projection des autochromes. 

© Scenorama- esquisse du cabinet de diffusion

La salle n’est pas une reconstitution mais la suggestion dudit cabinet : le visiteur prend place face à l’écran aux côtés d’un extrait du mobilier original. Un montage sonore accompagne cette rencontre entre deux époques et propose au voyageur de comprendre d’emblée l’esprit documentaire et humaniste de Kahn.

Au milieu du désordre ambiant que propose l’actualité, aller au musée Albert Khan à sa réouverture en février 2018 promet une méditation sur les liens entre cette période et la nôtre ainsi qu’une pause poétique à travers le temps. Le projet du musée Albert Khan se comprend finalement comme un autochrome : par suggestions, il propose au visiteur un parcours réflexif sur une personnalité emblématique de son temps ; par touches successives, il met en exergue les nuances de l’âme humaine.

Coline Cabouret

#nuances

#autochromes

#rénovation

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Pour en savoir plus : http://renovation.albert-kahn.hauts-de-seine.fr/

Application augmentée, défi relevé








Avec 4 millions de visiteurs par an,
difficile de profiter comme il se doit de l’intérieur de la cathédrale de
Strasbourg. Mais l’équipe du projet « le Défi des bâtisseurs » a pensé à tout en redéfinissant le
principe même de la visite, grâce à une application mobile gratuite disponible
sur l’Appstore et Google Play qui vous fera découvrir les chefs-d’œuvre
gothiques de la vallée du Rhin, avec les cathédrales d’Ulm et de Fribourg comme
points de chute remarquables. Cet outil est intégré à un projet transmédia
global, comprenant un film en 3D et un web-documentaire toujours autour du
thème de la cathédrale et de ses bâtisseurs.











© Inventive Studio








La ville de Strasbourg est la première à bénéficier, de ce
qui est la première version de l’application. Deux langues sont actuellement
disponibles au téléchargement, le français et l’allemand, bientôt enrichi d’une
version anglaise. La technologie développée intègre QR code et tag NFC
disséminés dans et aux alentours de la cathédrale, proposant ainsi divers
points de vue sur l’édifice. Ces différents points d’intérêts, une vingtaine en
tout, permettent de débloquer des contenus très variés. Nous avons par exemple
des vidéos, issues du film qui a été tourné sur la cathédrale dans le cadre de
ce projet, des zooms sur des détails à peine discernables à l’œil nu grâce à la
modélisation 3D de l’édifice, ainsi que des mini-jeux et des challenges liés au
web-documentaire, autre média intégré à cette expérience globale. C’est grâce à
cette enveloppe fictionnelle et ludique que l’utilisateur s’approprie
facilement les informations historiques. Cette application constitue donc un
outil parfait pour devenir incollable sur la cathédrale de Strasbourg. Car la
diversité des éléments proposés ne nous donne pas le temps de nous
ennuyer  une seconde. Nos yeux sont captivés par la réalité augmentée qui
nous emmène des différentes places autour de la cathédrale, jusqu’aux salles du
Musée de l’Œuvre Notre Dame.















© Inventive Studio

Cette utilisation des nouvelles technologies
rajeunit l’image de l’édifice et plus globalement de la ville. L’application
est clairement destinée à un public jeune, adepte des nouvelles technologies,
visitant ou habitant Strasbourg. A nous la vie de gargouille et de bâtisseur,
on nous invite d’ailleurs à poursuivre cette dernière chez soi par le biais du
web-documentaire, où il nous est proposé à l’aide d’experts de construire une
deuxième tour à la cathédrale. Grace à la réalité augmentée, vous pourrez
ensuite retourner sur place pour visualiser votre création, ainsi que celle des
autres utilisateurs sur votre écran. Si vous êtes comme moi, émerveillée du
résultat, vous avez la possibilité de voter pour votre tour préférée et de la
partager sur les différents réseaux sociaux.













Au final, nous avons une réalisation
soignée et convaincante malgré les manques affichés par la première version. En
effet, comme souligné précédemment, la version anglaise n’est pas encore
disponible. De même pour les liens avec les autres lieux remarquables tel Fribourg,
qui sont pour le moment bien moins explorés que ceux avec les autres média de
ce dispositif d’un nouveau genre. Mais des mises à jour sont d’or et déjà
prévues pour combler ces manques. En attendant rendez-vous à Strasbourg pour
cette visite augmentée.








Anaïs K.





C'est notre histoire !

C’est notre histoire, Premières Nations et Inuit du XXIe siècle, ce titre de l’exposition permanente du Musée de la civilisation de Québec sur les Autochtones du Québec est lourd de sens. Il porte haut et fort que l’histoire des Premières Nations et des Inuit est celle, certes des Autochtones du Québec, mais aussi de tous les Québécois. L’exposition raconte l’histoire des peuples autochtones du Québec, plus de 12 000 ans, elle aborde l’histoire coloniale française et anglaise. Elle explique comment l’histoire partagée entre Européens et Autochtones a transformé les modes de vies et les cultures traditionnelles. Elle montre également comment ces peuples vivent aujourd’hui, les traditions qu’ils ont su sauvegarder et développer. Enfin, elle présente les enjeux sociaux et politiques liés à la décolonisation. L’exposition repose avant tout sur la parole de différents Autochtones, des téléphones rouges disséminés dans la salle permettent de faire entendre leurs voix sur les différents événements. Des vidéos d’interview accompagnent le visiteur et des œuvres d’art contemporain transmettent autrement leurs récits. La force de cette exposition repose sur le fait qu’elle a été créée en collaboration avec les principaux concernés. Une grande importance a été accordée à la parole des nombreux participants autochtones au processus de création.

Affiche de l’exposition C’est notre histoire © Musée de la civilisation

Le Temps des Québécois, l’autre exposition de référence du musée, qui vient de se refaire une petite beauté, parle du Québec depuis les premières nations jusqu’aux enjeux de notre monde contemporain. Elle s’appuie essentiellement sur une muséographie d’objets mettant en valeur les artefacts faisant du sens pour les Québécois.


Objets de premières nations et de colons français dans la même vitrine dans l’exposition Le temps des Québécois © O. de Souza

En visitant ces expositions, j’ai réalisé que je ne connaissais pratiquement rien de ces histoires. En France, à l’occasion de la visite de l’exposition Nunavik En terre inuit, j’avais déjà constaté mes lacunes à propos de cette histoire, mais au Musée de la civilisation j’ai pu prendre l’ampleur de ces dernières. Me  demandant si je n’avais pas été attentive durant mon secondaire, j’ai décidé de mener l’enquête autour de moi. Commençant  par interroger mon colocataire, français aussi, celui-ci m’avoue qu’il ne savait même pas qu’il y avait des Premières Nations à Québec. Je demande alors à ma sœur de chercher dans ces manuels scolaires si elle trouve quelque chose : aucune trace de notre lien avec le Québec. Elle va alors interroger son professeur d’histoire au lycée, celle-ci lui explique que ce n’est pas au programme, mais qu’il arrive que cette histoire soit évoquée  à titre d’exemple. Puis elle me rapporte la parole de son amie qui adore le Québec, mais qui pensait que le français y était parlé à cause d’une immense vague d’immigration (certes, on pourrait parler d’une immigration colonisatrice). Je mesure donc que ces lacunes concernent d’autres Français.

Chaque année, des milliers de Français partent au Québec, cette province est vue comme un eldorado, un morceau du rêve américain sans barrière de la langue. Et pourtant on s’attarde rarement sur le fait que ce pays est francophone, car nous l’avons colonisé dès 1534, que des guerres avec les peuples autochtones ont éclaté et que nous avons détruit une grande partie de leur population, de leur civilisation. Cela n'a rien d'étonnant si on nous appelle « maudits Français », on ne connaît pas notre histoire commune, on ne fait pas l’effort de se souvenir de notre lien avec ce pays, ce qu’on y a fait. Et pourtant l’histoire du Québec c’est aussi une partie de l’histoire de France.

Nuage de mots à la fin de l’exposition Le temps des Québécois  répondant à la question : « Le Québec contemporain c’est… » © O. de Souza

Je n’ai pas la prétention de chercher des réponses pour savoir pourquoi cette histoire est « oubliée » ni de débattre sur les enjeux de la réappropriation et la revendication de cette histoire. Je ne parlerai pas de la complexité à comprendre ce récit qui  concerne plusieurs nations, plusieurs cultures, il n’est pas bilatéral comme les habituelles histoires de colonialisme.  Pour rendre compte de toutes les complexités, c’est à un autre exercice littéraire qu’il faudrait s’atteler : une thèse!

Néanmoins, n’oublions pas : C’est notre histoire.  

Océane De Souza

#Québec
#Expositions
#Histoire

Ceci n'est pas qu'un musée !





La sémantique du MuCEM (1): 


le cas singulier d'un carrefour des polysémies (2)











© Agathe Gadenne


Comment appréhender un nouvel espace muséal avant d'y entrer ? À
partir des noms qui lui ont été donnés. Les mots sont
importants comme nous le rappelle Pierre Tavanien, militant engagé
pour la défense des libertés publiques : « vivre dans l'omission
de cette évidence laisse la voie libre aux plus lourds stéréotypes,
amalgames, sophismes et présupposés». La sémantique vient à
notre secours à travers la chasse aux signifiés. Elle nous permet
d’éclaircir les rapports de sens parmi les polysémies du MuCEM,
en particulier ce que la Galerie de la Méditerranée cache derrière
son moucharabieh. Nous attirons l'attention notamment sur
l'usage des mots #galerie #méditerranée #genre dans l'espace public
de cet établissement.





Le musée-galerie






Crédits : Anaïs Dondez


La galerie commerciale. Les espaces muséaux portent des noms
qui font souvent référence à l'architecture intérieure du lieu
tel que room, chambre, salle, salon. Toutefois il en est un qui a été dernièrement mis a l'honneur : la galerie. Son emploi
est de plus en plus à lamode chez les concepteurs de musées (la
galerie du temps au Louvre-Lens, ndr) et dépasse la simple
définition spatiale d'une exposition. Pourquoi et quelle est sa
visée? À
l’origine la galerie est un passage : un espace urbain couvert et
piétonnier reliant deux corps de bâtiments. Elle a une vocation
principalement commerciale. Librairies, cafétérias, antiquaires,
boutiques y trouvent leur place. Or, qu'est-ce que les visiteurs
peuvent acheter à la galerie de la Méditerranée parmi sa
collection ? Rien de matériel mais il en sort éclairé par un
propos défini à travers quatre singularités de la civilisation
méditerranéenne : les agricultures, les religions, les
citoyennetés, les voyages. Le discours se prête aux échanges et
libère les visiteurs du silence typique des lieux muséaux. Plus
qu'ailleurs les visiteurs ont ici droit à la parole et à l'écoute
grâce aux nombreux témoignages vidéo qui les touchent. Par
conséquent cet espace se transforme en un élégant salon urbain,
lieu de rencontres et d'échanges, comme dans une galerie
commerciale.





La galerie pédologique. Toutefois comme dans un luxueux
centre commercial les visiteurs comprennent vite le cadre général
tout en ayant des difficultés à repérer l'organisation interne
des différents grands thèmes. Aussi, l’enchaînement des
sous-parties n’étant pas explicites, c'est aux visiteurs d’établir
des connexions entre les artefacts et leurs significations. Prenons
la deuxième salle par exemple consacrée aux religions de la
Méditerranée : les visiteurs y jouent le rôle de trait d'union
entre les différents objets qui évoquent les lieux, les pratiques
et les croyances des trois confessions pour découvrir finalement
qu'elles sont faites de la même matière. La galerie, elle-même,
devient alors le sédiment où les visiteurs tracent leur chemin
sémantique comme dans une taupinière.





La galerie théâtrale. La Galerie devient également un
espace théâtral quand nous faisons référence à la mise en scène
des collections. Nous devons à Adeline Rispal l’ambiance
permettant aux visiteurs de s’immerger dès leur premier pas. La
scénographie évocatrice fait tout d’abord référence au paysage
méditerranéen : aux terrasses à travers des îlots en bois,
puis à la douceur du climat à travers la transparence des voiles.
Les visiteurs sont comme placés aux balcons d'une salle de théâtre
et peuvent sentir cette mise en espace discrète en prenant de la
hauteur.





Un Musée méditerranée












Le Mucem a pour vocation de vouloir exposer des collections
représentatives d'un espace culturel international, voir
intercontinental : la Méditerranée. Mais quelles sont ses
frontières de significations finalement ?





Un musée départemental de la Méditerranée. La Méditerranée
était un département français lors du premier empire. Le Mucem
étend son champ culturel aux limites qui correspondent au bassin
méditerranéen. Dans la troisième partie les visiteurs deviennent
citoyens de la Méditerranée, un message les invite à s'attacher à
l'ensemble des peuples méditerranéens et à refuser les frontières
nationales.





Un musée-berceau. Par ailleurs si les visiteurs regardent la
Galerie avec une approche civilisationnelle, ils se sentiront prendre
part à la riche histoire des régions du pourtour méditerranéen :
le sud de l'Europe, le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. A
l’exception de certaines anomalies géographiques pouvant troubler
les visiteurs, comme par exemple la statuette préhistorique de
l'homme-lion d'origine allemande, le reste de la Galerie montre les
richesses du bassin méditerranéen et conduit à se sentir tous
partie d’une même oliveraie autour de ce bassin miniature qu’est
la Galerie.








Une mer pour tous. La Méditerranée est une mer située entre
l’Afrique, l’Asie et l'Europe. Elle est la véritable
scénographie de la Galerie qui le visiteur aperçoit au delà des
lourds rideaux, la Grande Bleue où les collections se situent
idéalement. C’est un fort appel qui dirige le regard de
l’observateur de l’objet vers l’extérieur et qui l’englobe
dans une étreinte maternelle.Il s’agit d’un aller-retour
qui influence l’état d'esprit et l'appréhension des visiteurs.





Un musée hors genre











Quel genre de Musée ? Le terme 'genre' est redéfini au
Mucem. Sa définition est remise en cause indirectement dans chaque
brique de cet établissement. Classé comme musée des
civilisations, il trouve dans ce statut l’inspiration pour oser une
exposition comme Bazar du Genre et déclenche un débat sur
l'amplitude de ce terme. Bien que temporaire, cette exposition
pourrait s'élever au rang de manifestodu lieu qui
l'accueille au profit du visiteur quidans un seul endroit se
retrouve dans un musée d'histoire (des derniers 10.000 ans),
d'archéologie (la culture matérielle est représentée et
contextualisée), d’ethnographie (les différentes traditions de
boulangerie de la Méditerranée par exemple), d'histoire naturelle
(pingouins, blés, oliviers), et enfin de société.





Quel genre de collections ? La Galerie héberge un ensemble
d'objets ayant normalement la même origine, la Méditerranée, mais
pas nécessairement le même statut. Installations d'art
contemporain, objets de tradition populaire ou liturgique, spécimens
naturalistes, céramiques, vidéos, vestiges, tableaux, tout cet
ensemble coexiste dans un même espace. Les visiteurs retrouvent ces
objets liés par un discours qui précède la collection. Finalement
la collection du Mucem devient une collection de discours autour de
l'homme et de la méditerranée.





Quel genre de public ? Le public qui franchit la porte du
Mucem est très divers : jeunes, adultes, familles, scolaires,
retraités, salariés, chômeurs, cadres. Toutefois ce n'est pas
cette hétérogénéité démographique et sociale qui révèle le
succès du musée. Non, il faut voir ailleurs, parmi les nombreux
signes et codes de vêtements que nous portons tous. Alors nous
pouvons peut-être apercevoir des personnes moins familières de ces
lieux. Par exemple des dames voilées que visitent ce musée "d'occident", où elles se reconnaissent dans cette histoire et y
trouvent leur place.





Ilario de BIASE

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(1) Je tiens à remercier Anaïs
Dondez et Daniel Bonifacio pour leurs relectures.


(2)





La polysémie est
la qualité d'un mot
ou
d'une expression qui a deux, voire plusieurs sens différents
(Wikipedia).
















#Mucem


 #Galerie de la Méditerranée


 #genre















D'un masque à l'autre

 L’« authenticité » dans les sculptures africaines : Le cas de la statuaire africaine subsaharienne

« Il n’y a peut-être pas d’autre art que l’Européen aborde avec autant de méfiance que l’art africain… »[1]

La question qui guida la rédaction de cet article fut toute simple : étant moi-même amateur de sculptures africaines, particulièrement de sculpture sur bois (masques et statuettes), je me suis interrogé sur l’« authenticité » des sculptures africaines aujourd’hui présentées au sein de collections muséales ? En effet, une statue ou bien une toile d’un artiste occidental est « authentique » ou non, et en ce cas, elle est une « copie » ou bien un « faux ». Mais est-ce aussi évident en ce qui concerne les sculptures africaines, pour lesquelles, souvent, la datation, la nature et la provenance d’acquisition restent floues sur les cartels de certains musées ?

Petit retour historique ! Au début du XXe siècle, l’on sait que c’est principalement grâce aux artistes expressionnistes, primitivistes, fauvistes ou bien encore cubistes (Picasso, Braque, Brancusi, Matisse, Léger, etc.) que les sculptures africaines, tantôt classées dans des collections d’archéologie, tantôt classées dans des collections d’histoire naturelle et d’ethnographie, ont été, finalement assez récemment, promues au rang d’œuvres d’art à part entière.

Pablo Picasso (1881-1973),dans son atelier du Bateau-Lavoir à Paris, v. 1908

© Gelett Burgess, Musée Picasso

Mais par leur ‘redécouverte’, ces artistes européens ont aussi ouvert l’appétit des collectionneurs pour ces créations africaines, en leur faisant découvrir et surtout en leur donnant goût à des représentations somme toute très nouvelles et étrangères dans le paysage artistique occidental, si bien que, très rapidement, se développe, en parallèle, un important commerce de copies et de faux. Non seulement l’envolée des prix sur le marché de l’art, mais aussi la raréfaction grandissante des sculptures africains « authentiques » – raréfaction imputable soit à des disparitions naturelles (l’environnement), soit à des destructions (volontaires, par les populations africaines elles-mêmes, ou forcées, par les missionnaires européens notamment), soit enfin à la colonisation et aux pillages européens –, créées alors un terrain propice pour les faussaires. Se pose dès lors la question de l’« authenticité » des sculptures africaines. Qu’est-ce finalement qu’une sculpture africaine « authentique » ?

Pour bien définir « l’authentique », il nous semble tout d’abord intéressant de parler de pièces « inauthentiques », afin d’isoler deux types de sculptures fabriquées dans le seul but d’être vendues à un public amateur. Premièrement, il y a tout simplement les sculptures « fausses », c’est-à-dire le produit de la fraude, et autrement dit les sculptures africaines fabriquées avec la volonté patente de tromper et de fausser « le jugement porté sur une œuvre » [2]. Une sculpture africaine « fausse » pourrait ainsi se définir comme une création vidée de toute identité, de toute valeur ethnique, puisque crée en tant que produit et mis sur le marché de l’art pour tromper intentionnellement. Et il faut bien avoir à l’esprit qu’un « faux » masque africain, ou qu’une « fausse » statuette africaine, n’est jamais la création d’un faussaire de génie – comme nous pouvons le connaître en Occident avec la figure du faussaire-artiste isolé, tels Han van Meegeren (1889-1947) pour la peinture, André Mailfert (?-?) pour l’ébénisterie, Alceo Dossena (1878-1937) pour la sculpture, etc. –, mais il s’agit au contraire toujours de réseaux de faussaires, que ce soit en Afrique, en Amérique et en Europe, les artisans-faussaires travaillant en atelier, et donc en clandestinité, et presque toujours d’après des photos. Ainsi, c’est en juin 2013 qu’en France le plus grand réseau de faussaires en sculptures africaines a pu être démantelé dans la périphérie parisienne, donnant lieu à 22 interpellations (artisans, intermédiaires, rabatteurs, et galeristes) et plus de 500 « fausses » sculptures saisies (vendues généralement entre 100.000 et 400.000 euros pièce !). Mais alors, me direz-vous, qu’en est-il des sculptures-souvenirs que l’on peut trouver derrière les vitrines des boutiques de la plupart des musées africains ? En effet, au sein d’une boutique de musée, la copie de masques présentés ou non dans le parcours muséal, peut, paradoxalement, trouver toute sa place, comme nous avons pu encore le constater dernièrement dans la boutique d’un musée d’ethnographie, où seul un petit cartel légitime leur présence et, par conséquent, leur commercialisation et leur entrée dans le marché du « faux » :

« Ces masques sont des objets d’artisanat. Malgré leur qualité esthétique, il ne s’agit en aucun cas d’objets d’art issus de collections muséales. Ces masques ont été réalisés par des artistes africains contemporains. »

Que faut-il en penser ? En quoi ces objets seraient-ils plus légitimes que les produits de la fraude, qui, eux-aussi, sont des « objets d’artisanat » puisque créés par des artisans-faussaires ? Est-ce simplement la traçabilité de la production des dits objets ? Car en dehors du cadre légal de commercialisation, à savoir l’espace boutique d’un musée, la différence une fois acheté, entre un « faux » masque produit de la fraude, et un « faux » masque proposé dans une boutique de musée, est quasi-inexistante…

 

Peigne Ashanti authentique,Bois et pigments (H. 23 cm)

© Coll. privée

Peigne Ashanti faux

Bois et pigments (H. 20 cm)

Produit de la fraude, saisi en 2010, détruit

Deuxièmement, à côté de ces « fausses » sculptures contemporaines fabriquées au cours des XXe et – principalement – XXIe siècles pour tromper délibérément (si l’on écarte les « faux » des boutiques de musées) et qui, fort heureusement, n’ont aucune place dans les musées, nous distinguerons les sculptures que l’on peut qualifier  de « vraies-fausses » ou « fausses par destination », c’est-à-dire des sculptures, bien plus anciennes collectées en Afrique, qui furent spécialement réalisées pour répondre à une demande coloniale, pour les colons européens qui fréquentèrent les côtes africaines à l’époque moderne ou, plus tard à partir du XIXe siècle, en poste ou de passage dans une colonie. Dans une de ses œuvres majeures, L’Afrique fantôme [1934], l’écrivain, poète, ethnologue et critique d’art français Michel Leiris (1901-1990) décrit justement comment des masques africains furent détournés de leurs utilisations rituelles traditionnelles lors de fêtes villageoises orchestrées par l’administration dans les colonies françaises au début du XXe siècle (pour la fête du 14 juillet par exemple), celle-ci faisant par la suite rapidement rentrer ces objets dans le marché de l’art colonial européen.

Masque-Cimier Ciwara utilisé dans une colonie française,lors des festivités du 14 juillet 1932

© Anonyme, in Derlon, Brigitte, La Passion de l’art primitif, Paris, Gallimard, 2008, p. 283

Mais ces « vraies-fausses » sculptures apparaissent finalement sur les places marchandes européennes dès le XVe siècle, par le biais des premiers contacts entretenus par des armateurs, explorateurs et marchands qui fréquentèrent les côtes subsahariennes du continent africain. Et les exemples sont nombreux : on peut citer, entre autre, l’importante figure du marchand français Jean Barbot (1655-1712) qui écrit, dans son Journal de voyage posthume [1732], avoir spécialement commandé auprès de certaines populations autochtones africaines des sculptures sur bois afin de les exporter ; ou bien encore l’on peut déceler, dans un panneau de retable peint en 1527 par le peintre portugais Lopes Grégório (v. 1490-1550), La Mort de la vierge, la présence d’une de ces fameuses cuillers en ivoire, dites « afro-portugaises » et que les Africains fabriquaient alors spécialement (sur les côtes du Golfe de Guinée) pour répondre à une demande européenne, « hybrides extraordinaires et raffinés, destinés uniquement à la clientèle coloniale »[3] qui, selon l’historienne et ethnologue Jacqueline Delange (1924-1991), s’apparentaient déjà à un véritable « art commercial »[4].

Grégório Lops, Morte da Virgem, huile surchêne,

1527,H.128,5 cm x L. 87 cm, détail

© Lisbonne, Museum Nacional de Arte Antiga

Cuillerafro-portugaise, ivoire, v. 1490-1530

H. 20cm x L. 19,5 cm

© Ecouen, Musée nationalde la Renaissance

Face à cette production de sculptures africaines « fausses par destination » et qui, à partir du milieu du XXe siècle vont véritablement envahir le marché de l’art européen, une réflexion autour de plusieurs critères d’appréciation commence alors à se construire à partir des années 1970-1980, autant chez des conservateurs de musées que chez des marchands et des experts ; critères jugés pertinents pour évaluer, non de l’« originalité » de ces pièces qui, effectivement, sont originales puisque présentant forcément de légères différences entre elles, mais de leur « authenticité ».

Il faut d’abord se méfier du parallèle que nous faisons implicitement, en tant qu’occidentaux, entre l’« ancienneté » d’une pièce et son « authenticité », puisque, en ce qui concerne les arts africains, celle-ci n’a strictement aucun rapport avec sa date de création. Cas assez unique, nous semble-t-il, en histoire de l’art, si nous prenons en exemple les sculptures africaines, nous nous rendons compte finalement qu’une pièce « inauthentique » peut s’avérer être antérieure, plus ancienne, qu’une pièce « authentique », et qu’une pièce « inauthentique » et une autre pièce « authentique » peuvent provenir de la main d’un même artiste. C’est le cas par exemple avec l’artiste gabonais Simon Misère (?-?) qui, dans les années 1970 à Libreville, pouvait tout aussi bien réaliser des sculptures destinées au culte de sa propre communauté (sculptures « authentiques »), que des sculptures « fausses par destination » puisque destinées tout spécialement aux colons européens, soit en travaillant sur commande pour la préparation de festivités coloniales, ou bien en réalisant tout simplement des sculptures de pure décoration ; objets réalisés par un seul et même artiste, avec le même savoir-faire, avec les mêmes matériaux, mais dont la destination finale, l’utilisation, fait toute la différence.

Simon Misère dans son atelier à Libreville (Gabon) dans les années 1970© Réginald Groux

Malheureusement, à défaut d’avoir un œil expert dans le domaine, nous remarquons qu’aujourd’hui encore, dans la grande majorité des musées d’art africain français, les sculptures « vraies-fausses » et celles « authentiques » ne se distinguent pas, puisque les cartels n’explicitent souvent pas le statut, la provenance et les particularités de chacune. Certains musées, tels que les Musées des Beaux-Arts de Grenoble, le Musée des Beaux-Arts d’Angoulême ou encore le Musée des Arts d’Afrique et d’Asie à Vichy, portent au contraire une grande attention à cette question, le cartel de chaque pièce exposée rattachant celle-ci à son contexte de fabrication et d’utilisation originelle, et lui donne une traçabilité visible en mentionnant son origine, si elle provient d’une collecte ou d’une collection particulière, etc. Le Musée de Vichy qui, justement, a organisé l’année dernière son exposition temporaire d’art africain avec pour fil directeur l’interrogation sur ce que furent ces objets dans leurs contextes d’origine, et sur ce qu’ils sont devenus suite aux contacts avec les occidentaux, et surtout sous le regard des occidentaux. 

Un des critères fondamentaux de l’« authenticité » dans la sculpture africaine semblerait donc être la non-commercialisation : une sculpture africaine « authentique » n’est exécutée et destinée qu’à l’usage rituel ou fonctionnel de la communauté africaine dont il provient, fabriquée dans un but non lucratif, alors qu’en Occident toutes les formes d’art que nous connaissons sont presque toujours faites d’après une commande et pour être exposées et vendues. Admettons alors qu’une sculpture africaine n’est « authentique » que si elle a été fabriquée pour l’usage auquel elle correspond initialement, si elle est rentrée dans un système symbolique, dans des manifestations rituelles ou domestiques traditionnelles, devant, de fait, présenter une certaine patine d’usage attestant de son vécu. Mais en raison de l’avancée de la colonisation, du XVIe jusqu’au XXe siècle, et de ses effets sur les croyances et les cultures matérielles, le collectionneur et marchand d’art Henri Kamer, président de International Arts Experts Association, propose, dans un essai publié au début des années 1970, de distinguer trois grandes catégories de sculptures africaines pouvant être considérées comme « authentiques »[5] :

- premièrement, les sculptures « n’ayant subi aucune influence extérieure », considérées comme un « art du début ».

- deuxièmement, « les objets de la période intermédiaire », sur lesquels on peut constater des influences dues aux « apports étrangers à l’ethnie » (clous de cuivre, verroterie, peinture, etc. d’origine européenne).

- et enfin, les sculptures de la « troisième période », présentant une influence qui peut-être aussi bien inter-tribale qu’européenne (les représentations de nus qui deviennent de plus en plus rares, par exemple).  

Cependant, trente ans après la publication de cet essai, les recherches en histoire de l’art, mais aussi en histoire et en ethnographie, ont considérablement progressé en Afrique, et ce travail d’H. Kamer, bien qu’il fasse toujours référence dans le milieu de l’expertise des sculptures africaines, nous semble aujourd’hui discutable sur plusieurs points. Notamment, et pour ne prendre qu’un exemple assez significatif, cet essai peut être discutable au sujet du statut du créateur, puisqu’à l’époque d’H. Kamer, l’on considérait que le qualificatif d’« artiste » était impropre pour évoquer l’auteur d’une création africaine, mais que ce furent seulement des « artisans » qui exécutaient des commandes, et ce en suivant non leur inspiration propre mais des canons hérités dans leurs communautés ; H. Kamer parle alors, à ce propos, de « spontanéité du geste », et l’on considère, de fait, que les sculptures africaines (rituelles et domestiques) n’ont jamais été conçues en tant qu’œuvre d’art, mais que c’est uniquement le regard de l’amateur européen, éclairé, qui a pu révéler dans ces objets le caractère artistique. Or l’on sait aujourd’hui, grâce à certaines fouilles archéologiques menées en Afrique subsaharienne, qu’à côté des simples artisans, devant réaliser effectivement des objets pour répondre aux demandes de leurs communautés, des artistes ont bien existé en Afrique dès l’époque moderne – si ce n’est même antérieurement –, souvent réputés dans leurs sociétés et rattachés aux cours princières et royales de grands royaumes. 

            En somme, force nous est de constater que les critères pour déterminer l’« authenticité » d’une sculpture africaine n’ont cessé d’évoluer. Et ces critères montrent véritablement l’évolution du regard sur cet art particulier, « mettant clairement en évidence le fait que l’« authenticité » est un concept finalement assez large qui résulte d’un consensus entre collectionneurs sur l’origine d’un objet, les techniques de sa fabrication et ses usages ; critères qui renvoient implicitement à la construction même de la conception du monde et de la société dans une culture donnée »[6]

                                                                                                                        Camille Noé MARCOUX 

 « Au sujet de l’art africain, les mots ‘’vrai’’ et ‘’faux’’ sont fréquemment employés comme qualificatifs pour décrire les objets faits au sud du Sahara. Pour moi, les termes ‘’vrai’’ et ‘’faux’’ me semblent être des notions extrêmement floues lorsqu’on parle d’art africain. Un ‘’vrai’’ quoi ? Un ‘’faux’’ quoi ? Ces termes simplistes sont employés pour appréhender un sujet extrêmement complexe. Dire d’un objet africain qu’il n’est pas ‘’vrai’’ signifie probablement ‘’n’ayant jamais été utilisé, ni fait pour être utilisé dans un but spirituel’’, par exemple un objet fait pour être vendu. Etant donné qu’un nombre de plus en plus grand d’objets de ces dernières décennies glissent peu à peu dans cette catégorie, une redéfinition du terme ‘’vrai’’ semble appropriée. Ces objets sont certainement ‘’vrais’’ dans le sens où ils font bien partie de la vie africaine. Certains sont indéniablement l’expression d’une vision individuelle en réponse à une forme sculpturale familière. À quel point un masque ou une statuette sacrée soi-disant ‘’vrais’’ sont-ils ‘’vrais’’ lorsqu’ils ne sont pas utilisés à des fins spirituelles ou cérémonielles ? Lorsqu’ils sont créés pour des festivités coloniales, exposés sous vitrine dans un musée ou accrochés au mur d’une chambre à coucher ?... » 

WILSON, Fred (commissaire d’exposition), Cité in Flam, Jack, et Shapiro, Daniel, Western Artists / African Art, New York, Museum for African Art, 1994, p. 97

Pour en savoir plus :

- « Distinction Vrai-Faux : quelques réflexions sur la fabrication de « faux », sur creative-museum.com

- BONNAIN-DULON, Rolande, « ‘’Authenticité’’ et faux dans les Arts premiers », in BÉAUR, Gérard, BONIN, Hubert, LEMERCIER, Claire (dir.), Fraude, contrefaçon et contrebande, de l’Antiquité à nos jours, Genève, Droz, 2006, pp. 183-196

- COULIBALY, Marc, Des masques culturels au masque muséifié : leurs usages et représentations, Binche, Musée international du Carnaval et du Masque, 2014

- DEGLI, Marine, et MAUZÉ, Marie, Arts premiers : le temps de la reconnaissance, Paris, Gallimard, 2000

- DELANGE, Jacqueline, Arts et peuples de l’Afrique noire : introduction à une analyse des créations plastiques, Paris, NRF Gallimard, 1967, p. 209

- DERLON, Brigitte, et JEUDY-BALLINI, Monique, La passion de l’art primitif : enquête sur les collectionneurs, Paris, Gallimard, 2008

- KAMER, Henri, « De l’authenticité des sculptures africaines », in Arts d’Afrique noire, 1974, n°12, pp. 17-40

- LEIRIS, Michel, L’Afrique fantôme, Paris, Gallimard, 1992 [1934]

- MARCOUX, Camille Noé, Objets, de la Côte-de-l’Or à l’Europe des curiosités : échanges et regards (XVIe-XVIIIe siècles), Mémoire de master en Histoire de l’Art, réalisé sous la direction de Mme Catherine Cardinal, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2015

- MARTINEZ, Nadine, La réception des arts dits premiers ou archaïques en France, Paris, L’Harmattan, 2010

- SOMÉ, Roger, Art africain et esthétique occidentale, Paris, L’Harmattan, 1998

# arts premiers# sculptures africaines

# faux / authentiques 


[1]EINSTEIN, Carl, La Sculpture nègre,Paris, L’Harmattan, 2002 [1915], p. 43

[2]BONNAIN-DULON, Rolande, « ‘’Authenticité’’ et faux dans les Artspremiers », in Béaur, Gérard, Bonin, Hubert, et Lemercier, Claire (dir.), Fraude, contrefaçon et contrebande, del’Antiquité à nos jours, Genève, Droz, 2006, p. 183

[3]BASSANI, Ezio, « Œuvres d’arts et objets africains dans l’Europe du XVIIesiècle », in Ouvertures sur l’artafricain, Paris, Dapper, 1986, p. 70

[4]DELANGE, Jacqueline, Arts et peuples del’Afrique noire : introduction à une analyse des créations plastiques,Paris, NRF Gallimard, 1967, p. 209

[5]KAMER, Henri, « De l’authenticité des sculptures africaines », in Arts d’Afrique noire, 1974, n°12, pp.17-40

[6]BONNAIN-DULON, Rolande, op. cit., p.189

Découverte du musée du Folklore de Tournai par le biais d'une visite atypique à but créatif

Cet article a été rédigé à la suite de ma première visite de cette institution municipale, à l’occasion de l’opération Musées(em)portables, concours de film courts organisé par le SITEM. Dans ce cadre 3 étudiantes du MEM sont responsables du jumelage entre le Musée du Folklore de Tournai (lieu de tournage) et les étudiants de l’HELHa qui créent leur film sur place. Simple accompagnatrice de mes camarades, je n’ai été qu’observatrice des interactions et de la découverte des lieux par les septante étudiants (présence en territoire belge oblige je ne dirai pas soixante-dix par respect de la culture wallone).

Devant l'entrée du Musée du Folkore après avoir sonné la cloche © J. D.

Installé dans une maison tournaisienne derrière la Grand’Place, les collections du musée sont abritées derrière des façades datant du XVII et épargnées par les bombardements. Après que l’on ait fait sonner la cloche de la porte d’entrée, Jacky Legge responsable du lieu depuis septembre nous accueil. Il est une personnalité phare de la vie culturelle de Tournai puisqu’il est aussi coordinateur de la maison de Culture, et chargé de cours auprès des étudiants participants. 

Crée en 1930 sous la direction du conservateur Walter Rivez, le Musée du folklore de Tournai en Belgique fut novateur notamment par la récolte importante des dons de la populations, pratique muséale que l’on retrouve aujourd’hui dans des institutions de plus grande échelle tel que le Musée national de l’Histoire de l’Immigration1. 

Toutefois comme le concède le nouveau responsable des lieux à ses étudiants, l’ensemble est resté dans son jus. En parcourant les 23 pièces du musée nous découvrons effectivement dioramas, vitrines et maquettes qui évoque la vie quotidienne la région tournaisienne entre 1800 et 1950 aussi bien par les expôts que par-là scénographie. 

Ce retour dans le temps c’est aussi bien la force et la faiblesse de ce musée (au point que cela en ferait presque un cas d’école). Les effets en sont donc multiples pour l’expérience du visiteur dépendant bien évidemment de son profil. La visite gratuite est un point fort car elle permet une visite plus « légère » sans pression de rentabilité du temps passé sur place. De même en cassant la barrière financière on révèle davantage les autres barrières d’entrées au musée. De par son sujet non élitiste, le musée du folklore de Tournai n’est certes pas concerné par l’inconfort que certains groupes qualifiés tantôt de « public empêché », « champ social » voir « non public » peuvent ressentir dans des lieux de culture dite légitime. Au contraire ces individus peuvent prendre goût à leur visite par le caractère authentique des lieux des artefacts présentés. D’autant plus s’ils reconnaissent des objets, décors, particulièrement si le groupe de visite est intergénérationnel. L’ancrage territorial du musée, ainsi que sa longévité renforce ce type de visite. En effet aux mémoires préservés dans les lieux par les collections s’ajoutent celles des visiteurs qui venaient enfants avec leurs parents, aujourd’hui adultes ils peuvent prendre plaisir à retrouver les liens tel qu’ils les ont connus et, évoquer leurs souvenirs de visite.

D’un autre coté si le groupe ne possède pas les codes de référence des époques traités, on pense aux jeunes non accompagnés par leurs familles ou enseignants, le ressenti est tout autre. C’est d’ailleurs ce que j’ai pu observer lors de cette visite, certes dans un cadre scolaire mais dont le but était la production d’un contenu créatif s’inspirant des lieux, collections, sujets. Aussi a aucun moment il n’y a eu à l’intérieur du musée de transmission traditionnel délivré par un « savant » à un « non-initié ». La classe s’est de suite dispersée, à la recherche d’un point de départ d’une fiction. Ils n’ont pas été déçu par l’image du musée figé et des éléments de mise en scène « un peu flippant »2 (voir les photos ci-dessous) car pour eux c’était la matière nécessaire à leur créativité. 

Ce sont souvent les mannequins et poupées qui sont perçues de manière négatives par nos jeunes visiteurs.

Sentiments que nous étudiantes du MEM partageons. © J. D.

Aussi plus qu’au statut et au contexte d’utilisation des objets, c’était l’effet du visuel qui était recherché au prime abord par ces étudiants. Jacky Legge s’est d’ailleurs étonné qu’ils ne soient pas venus demander de renseignements complémentaires sur les objets alors qu’il avait spécifié qu’il était disponible et volontaire à ce sujet. Ce constat n’est pas pour autant négatif, il montre juste que leurs imaginations n’ont pas besoin (pour la plupart) d’être nourries par des faits scientifiques sur les sujets filmés. Il est fort probable qu’ils reviennent par la suite, lors du développement de scénario demander le contexte d’utilisation d’un objet particulier par exemple. Cette visite alternative en groupe peut aussi susciter la même curiosité qu’un visiteur individuel peut avoir, c’est à dire qu’il choisit l’objet qu’il souhaite approfondir en termes de connaissance. 

Cependant le musée du Folklore de Tournai étant très chargé malgré ses 1000m2, la documentation n’est pas toujours accessible librement, aussi c’est souvent une personne physique qui est dans la capacité de renseigner le visiteur. C’est par ailleurs une chose que le personnel permanant (trois personnes au total sur place) réalise d’une manière remarquable. Sylvain passionné par son lieu de travail et les mémoires qu’ils conservent, n’a pas hésité à me faire une visite spontanée. Agissant comme un médiateur volant qui s’ignore. Les actions envers le public m’ont semblé du même acabit. Simples, tout en étant efficaces et sensibles, ici les défauts sont tellement flagrants, les actions de renouvellement de l’exposition tellement faites « mains » que l’on ait touché par ce nouveau souffle apporté au musée… 

© J. D.

C’est le cas pour les photos qu’une artiste a récolté en lançant un appel auquel professionnels reconnus et amateurs anonymes ont répondu. Elle a ensuite disséminé et mis en parallèles ces clichés avec la collection tout en y ajoutant des textes choisit de la même manière. Ce choix subjectif qui unit des clichés à un décor, un objet de manière surprenante, pertinente, savante,… Crée un fil rouge stimulant la visite habituelle, et renoue le musée au participatif. 

Par ailleurs comme on peut le voir sur le cliché ci-haut cette intervention de l’artiste est signalée par un fil rouge noué. Il s’agit d’une table d’accouchement liée à une photo en noir et blanc d’une toile d’araignée (Bénédicte Hélin). Ce rapprochement permet de nombreuses interprétations : le fil serait cité comme une allusion au cordon ombilical. A cette association s’ajoute le texte « Si j’étais un fil je serai un filou philanthrope et je donnerai du fil à retordre » de Eric qui peut entrer en résonnance avec l’ensemble, si l’on pense par exemple qu’un accouchement peut donner du fil à retordre à la femme allongée sur la table ainsi qu’au gynécologue. Suivre cette idée conduit à des questionnements sur le contexte d’utilisation de l’objet valorisé, « A quel point cette table d’accouchement a-t-elle été bénéfique en terme pratique ? Est-ce que cela a été une révolution dans les arts obstétriques ? Est-ce que cela a permis de minimiser les risques ? ».

La liberté et surtout la présence du travail d’un artiste de manière temporaire dans un musée de société tel que le musée du Folklore de Tournai est à saluer. Ce sont des initiatives de ce genre que Jacky Legge peut poursuivre de manière plus fréquente, qu’à l’occasion de la programmation culturelle de la ville, dont le festival d’art contemporain l’Art dans la Ville3 (3ème édition en 2017) utilise le même principe de disposition d’œuvres en complicité avec des éléments, de l’espace urbain, de commerces et d’équipement culturels. Cette année, en octobre c’était Nicolas Verdoncq et sa proposition nommée L’île Noire qui s’est prêté au jeu au sein d’un musée du Folklore. 

On peut imaginer que la participation du Musée du Folklore au projet Musées(em) portables grâce au jumelage avec les septante étudiants de l’HelHa pourra être valorisée tout en éclairant les collections grâce à la projection des films in situ.

Julie D.

#muséedufolklore

#tournai

#musées(em)portables

#HELHa 

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1 Voir la galerie des dons du musée

2 Citation de plusieurs élèves qui ont utilisé des objets dans leurs films pour faire un film reprenant les codes des films d’horreurs.3 https://artville.tournai.be/

Dialogues photographiques en Asie

L'atelier "Concordances et jeux visuels" invite les visiteurs du musée Guimet de Paris, à aiguiser leur regard sur les oeuvres de la collection permanente du musée national des arts asiatiques (MNAAG). 

La photographe Nadia Prete accompagne les participant(e)s de cet atelier grand public dans cette balade photographique. En binôme, chacun(e) parcourt le musée, découvre les formes et les détails : une démarche favorisant un nouveau dialogue visuel.

En savoir plus :

Retrouvez l'intégralité des vidéos de la série "Médiations singulières" sur youtube.

Jérôme Politi (réalisation vidéo)

Hélène Prigent (article)

29 mars 2017

#jeux

#Asie

#baladeartistique

En route pour Tatihou ! "Flottes et fracas", une exposition en immersion

Tatihou est une île. Une petite île de moins d'un km² au large de Saint-Vaast-la-Hougue, sur la presqu'île du Cotentin. Sur cette île,un petit musée. Comment y aller ? En roulant ou en flottant,tout dépend de la marée. Et oui, le bateau a des roues !

©Musée maritime de l'île Tatihou, J. Petremann

Tatihou est une île. Une petite île de moins d'un km² au large de Saint-Vaast-la-Hougue, sur la presqu'île du Cotentin. Sur cette île,un petit musée. Comment y aller ? En roulant ou en flottant,tout dépend de la marée. Et oui, le bateau a des roues !

©Office de tourisme Cherbourg - Cotentin

Aprèsun périple à travers les parcs à huîtres, nous arrivons sur lacale du petit port de l'île. Nous déposons nos affaires dans notrepetite chambre et partons à l'aventure...

Deuxpossibilités : commencer par le tour de l'île, verte et sable,turquoise quand le soleil arrive, ou se diriger vers les bâtimentsprotégés par l'enceinte de l'ancien lazaret, le musée, caché aufond d'un jardin d'acclimatation luxuriant. Le soleil est de sortie,ce sera le tour de l'île ! Personne malgré le beau temps deseptembre, la seule population est constituée des moutons quientretiennent l'île et de quelques oiseaux de la réserve.

Lapluie nous rattrape et nous entrons dans le musée. Flottes etfracas, les épaves de La Hougue, 1692estun circuit permanent exposant les résultats des fouilles menées parle DRASSM de 1990 à 1995 sur les épaves de douze vaisseaux françaiscoulés en 1692 par les Anglais.

Un parcours d'exposition chronologique et immersifRetraçantles raisons historiques, économiques et politiques qui ont amené àcette bataille, l'exposition démarre par une galerie de portraitsrouge vif, peut-être pour montrer que ça commence à chauffer...Les portraits sont en majeure partie des fac-similés, mais leurmajesté montre bien les forces en présence, les personnalitésengagées, Jacques II, Louis XIV, l'amiral Tourville...

Ensuite,place à la préparation ! Fini le carrelage ; le sol seretrouve tout de bois vêtu, l'ambiance change. Nous voilà dans unautre univers... Le choix du bois, les outils et les différentesétapes de construction des vaisseaux du roi sont expliqués àl'aide de maquettes et d'objets très parlants. Quarante-quatrevaisseaux vont appareiller de Brest le 12 mai 1692. Mais avant departir, il faut bien les armer et faire le plein de vivres etd'armes. Poulies et caps de mouton, matériel de voilerie, barriqueset pièces de gréement sont présentés comme des trésors, choisisparmi les nombreux objets retrouvés sur les épaves de La Hougue.

©Musée maritime de l'île Tatihou

Plusloin, l'atmosphère change encore : à bord du bateau, lesvoiles sont à poste, le bois craque au gré de la houle, onsentirait presque le sol bouger. « Hissez les voiles ! »,c'est l'occasion de tester nos forces en manipulant un modèle réduitde palan de grand-voile (la poulie centrale mesure tout de même 60cm de haut !) pour comprendre la démultiplication permise par lespoulies. Àbord, la vie s'organise selon des rythmes précis, des affectationspour chacun, des moments inévitables. Les instruments de navigationcôtoient les objets de la vie quotidienne, les uns n'allant pas sansles autres. Matelots, officiers ou surnuméraires, tous sont évoquéspar des objets personnels, allant de la pipe rudimentaire en os auxtravaux d'art populaire fins et ouvragés.

©Musée maritime de l'île Tatihou

« BAOUM !BAOUM ! », les canons tonnent, plus personne dans leshamacs, c'est l'adversaire qui attaque en premier ! « Branle-basde combat ! Tout le monde à son poste ! », lescanons sont prêts à tirer, les armes sont sorties, les stratégiesétablies, nous sommes au cœur de la bataille. Une vidéo narre enimages et en musique la bataille du côté des Français, du côtédes Anglais. Les Français profitent de la brume et de la nuit pourtenter de s'échapper (44 vaisseaux français contre 99 vaisseauxanglais, c'était prévisible...), mais c'est surtout le lendemainque la flotte française va déchanter. Un bon nombre d'entre eux sereplient vers les ports fortifiés de Brest et Saint-Malo, maistreize ne peuvent pas passer le Cap de la Hague et se retrouvent faceaux Anglais... Àl'issue du combat, douze vaisseaux seront coulés devantSaint-Vaast-la-Hougue.

©Musée maritime de l'île Tatihou

Redécouvertesen 1985, les épaves des vaisseaux français sont alors étudiéespar une équipe d'archéologues sous-marins, dirigée par MichelL'Hour et Elisabeth Veyrat. « Retour vers le futur » avecla cloche de plongée, utilisée juste après les naufrages pourrécupérer les pièces de bois intéressantes et les canons sur lesépaves. Aujourd'hui les fonds sous-marins de la Manche sont plutôtcalmes, la houle s'entend encore, mais elle nous porte, elle ondoie,et elle dévoile les épaves et leurs secrets... Sitôt sortis del'eau il faut s'en occuper, les traiter pour qu'ils ne se désagrègentpas, les étudier pour pouvoir les valoriser et reconstituerl'histoire.

L'expositionest finie, le reste du musée est à explorer, l'île n'a pas encorelivré tous ses secrets...

Flottes et fracas, les épaves de La Hougue, 1692 est une exposition remarquable, et surtout très surprenante dans un endroit comme Tatihou. Le parcours chronologique choisi semble tout à fait logique et se déroule de manière très fluide, notamment grâce aux différentes ambiances créées par la scénographie. Sans surenchère, celle-ci nous emmène au cœur du sujet, de la construction des vaisseaux du Roi à la bataille, puis à leur naufrage et leur dernière demeure, sous l'eau. Nombreux pour une exposition de cette taille, les différents outils de médiation sont toujours bienvenus, faciles à comprendre et à utiliser. Les textes ne sont pas rébarbatifs et permettent une très bonne compréhension des facteurs qui ont amené au naufrage des douze vaisseaux du Roi, et des problématiques de l'archéologie sous-marine en Manche.

Le Musée maritime de l'île Tatihou

Le Musée maritime de l'île Tatihou ouvre au public en 1992. Son programme scientifique et culturel a pour vocation de présenter le mobilier archéologique des fouilles sous-marines des épaves de La Hougue, l'occupation de l'île depuis l'âge de Bronze jusqu'à aujourd'hui, l'histoire et l'ethnographie maritimes des côtes de Basse-Normandie, (histoire technique, économique et sociale de la pêche et des aménagements portuaires). Sous la responsabilité du Conservatoire du Littoral, elle présente aussi un volet histoire naturelle du littoral. Avec une gestion au niveau départemental, le musée de Tatihou présente des expositions de qualité malgré son accessibilité difficile, son manque de personnel et de moyens. Îlot culturel, îlot historique, il attire pas moins de 60 000 visiteurs par an, grâce à ses différentes installations touristiques (hébergement, restaurant, ateliers, festivals...).

Muséographie : Com&Graph

Juliette Lagny

#ethnologiemaritime

#tatihou

#muséographie

Espèces d'Ours !

« Espèces d’Ours » est l’exposition actuelle du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, ouverte jusqu’en juin2017. Elle est adaptée de l’exposition « Ours, mythes et réalités » réalisée par le Muséum de Toulouse en 2013 et 2014. De par son thème et sa muséographie elle est susceptible d’attirer un vaste public. Cette exposition plonge le visiteur dans le monde des ours et permet d’en apprendre plus sur eux et sur leurs relations avec les hommes à travers les différentes époques. Elle sensibilise également les publics sur le danger d’extinction de certaines de ces espèces.

La première information qu’obtient rapidement le visiteur c’est qu’il existe huit espèces différentes d’ours, ce qui décloisonnent les représentations populaires dès le début du parcours en nous présentant des spécimens bien moins connus que l’ours brun ou l’ours blanc. Une rotonde accueille ainsi le public avec les huit espèces d’ours existantes naturalisées devant des images de leurs habitats naturels.

Vue du plateau central © Océane Caby

Le parcoursde l’exposition est composé de cinq espaces portant chacun sur une thématiqueprécise. Le premier présente les ours, leurs habitats naturels et leurscaractéristiques physiques à l’aide de manipulations. Le visiteur poursuitensuite en découvrant les origines des ours modernes et leurs ancêtres. Letroisième espace, plus sociologique, évoque les rapports entre les hommeset les ours selon les époques. Vient ensuite la question de l’avenir des ours.Enfin l’exposition se termine sur un espace plus restreint que les précédentsoù le muséum dévoile à travers des photos, des œuvres et des spécimensnaturalisés, des célèbres ours des collections du musée datant du XIXème et du XXème siècle. A la sortie de cette exposition temporaire, des plans« Parc’Ours » sont mis à la disposition des publics, les invitantainsi à prolonger la visite à travers le Jardin des Plantes pour découvrird’autres représentations d’ours. 

La force de cette exposition est sonaspect ludique. A travers le parcours beaucoup de manipulations, d’audiovisuelset de numériques sont à la disposition des visiteurs. De nombreux enfants setrouvent parmi eux et leur curiosité est assouvie grâce à tous ces dispositifsqui permettent de vivre l’expérience de visite autrement. Cependant pour unpublic plus averti, la question du contenu scientifique se pose. En effet, auvu de visiteurs de plus en plus en demande d’expériences au travers desexpositions, les textes ne sont-ils pas trop simplifiés au profit desdispositifs multimédias ? Ce parti pris de rendre l’exposition la plusludique possible a sans doute pour but d’attirer un jeune public et un publicfamilial, et le pari est très certainement réussi, mais on peut alors sedemander si cette volonté de divertir ne prend pas l’ascendant sur la dimensioncognitive originelle d’une exposition.

Denombreuses vidéos jalonnent le parcours et offrent au visiteur un supportdifférent que celui des textes pour obtenir des connaissances. Le documentaire« Le dessous des cartes - Des ours et des hommes » permet de faireune parenthèse pour réfléchir aux problèmes que rencontrent les ours au contactde notre espèce. Cette vidéo est d’ailleurs présentée dans un espace spécifiquepour séparer les publics de l’exposition, le temps du visionnage.

Lesdispositifs interactifs illustrent le discours de l’exposition en mettant àcontribution le visiteur. Ainsi lorsque le phénomène d’hibernation est expliquédans la première partie du parcours, le visiteur a la possibilité de ressentirla chaleur produite par le corps de la marmotte et de l’ours avant et pendantl’hibernation. Il n’y a qu’à poser sa main sur les empreintes pour sentir lavariation de chaleur de ces animaux. 

Dans la partie consacrée aux relations entre les hommeset les ours, deux dispositifs retiennent l’attentions des publics. La premièreest un écran tactile représentant une zone de fouilles. Le visiteur est invité àfrotter l’écran avec son doigt pour trouver dans le sol fictif des ossementsd’ours. Une fois la fouille terminée, il est possible d’avoir plusd’informations sur ces « découvertes » avec ce même écran tactile. Laseconde manipulation est en interaction avec le mur d’art pariétal. Desreprésentations d’ours sont visibles sur certains panneaux mais pour d’autresil faut utiliser une lampe mise à disposition afin d’éclairer des zones où lestraits des gravures ont été usés par le temps. Grâce à l’éclairage de la lampel’image de l’ours réapparait. 

Exemple de manipulation sur le mur pariétal © Océane Caby

L’exposition« Espèce d’Ours ! »est finalement très complète. Le visiteur peut interagir à la fois avec desobjets, des multimédias, des manipulations, des textes ou encore des schémastout en observant des animaux naturalisés.

Lecaractère ludique se décline à travers des dispositifs de manipulations,l’utilisation de l’audiovisuel, la scénographie et le parcours de l’exposition,la hiérarchie claire des textes ou encore l’éclairage. Tous ces éléments fontde la visite une expérience dynamique qui interpelle les publics.

                                                                                                                                                                   Océane Caby

#Ours

#Muséumd'HistoireNaturelle

#Ludique

                                              

Pour en savoir plus :

http://www.mnhn.fr/fr/visitez/agenda/exposition/especes-ours

Exposition itinérante du Museum de Toulouse :

http://www.museum.toulouse.fr/ours-expo-itinerante

Et de la mort je vis les visages. In Flanders Fields, Ypres.

Le Musée In Flanders Fields de Ypres(Belgique) a délibérément choisi de montrer l'impact de la guerre sur les vies humaines et le paysage. Parti pris courageux qui a nécessité un important travail muséographique et scénographique. L'exposition permanente se décline en quatre parcours complémentaires et entremêlés proposant au visiteur une vue d'ensemble sur le sujet. Les axes chronologique, thématique et personnel (témoignages)sont complétés par un parcours réflectif. C'est ce dernier que je vais tenter d'analyser ici. Prenant la forme de quatre immenses tipis de béton, ces espaces sont disséminés à la croisée des parcours tout au long de la visite. Nommés, faute de mieux, balises-totems par le musée,ces îlots m'ont plus fait penser à des béances provoqué par la guerre. Je rapprocherai ces espaces singuliers du travail artistique de Jochen Gertz sur les monuments aux morts de 14-18 et sur la Shoah. Je pense aussi aux deux "voids" du musée Juif de Berlin. Si l'on choisit d'entrer, dans la première balise, on peut voir des photographies en noir et blanc ainsi que les négatifs. Celles-ci présentées dans de petites vitrines éclairées insérées un peu partout dans les murs. Ces photographies nous montrent des cadavres de soldats allemands exécutés à Ypres. La force de ces images réside dans la posture des cadavres maintenus artificiellement assis à l'aide de mains d'hommes bien vivantes. Le visiteur assiste, malgré lui, à une mise en scène d'un corps exécuté comme trophée. Au contact de l'image l'espace devient oppressant. L'impression d'étouffement s'accentue par les effets conjugués de la petitesse des vitrines, de l'artificialité de leurs lumières et de l'action de voir à laquelle nous sommes conviés de réfléchir. Cette réflexion sur le regard sera posée dans chaque balise, déclinée et déclenchée par une action différente.

                                           Baliseune et trois, Flanders Fields (c) AnneHauguel         

La seconde balise présente des photographiesde cadavres de soldats en noir et blanc prises sur les champs de batailles,seuls, gisants, mutilés, partiellement nus, immortalisés par ce portrait dansla mort. Ici, pour bien voir les images il faut se pencher, s'approcher, tordrele cou. La fugacité de la vie, lafragile condition humaine se voit désignée, étendue, déployée sur ces portraitscomme un drapeau d'air planté sur la terre immatérielle d'une humanitéévanescente.

 Dans la troisième balise, le visiteur doit leverla tête. Par ce mouvement, il peut voir, suspendus, tel des visages flottants,des portraits en noir et blanc. Une nuée d'oiseaux immobile et silencieuse :les gueules cassées nous regardent d'en haut. Comme si leurs stigmates, infligés par la guerre, révélaient lapuissance fascinante de celle-ci. Comme si, prenant la place de Dieu, la guerrefaisait de ces hommes marqués, ses anges monstrueux. Tout en ne pouvant détacher son regard, levisiteur est amené, par le geste et par l'espace, à interroger cettefascination.

Dans la quatrième et dernièrebalise, le visiteur cherche où regarder et ce qu'il doit voir. Soudain unreflet, le regard plonge et découvre au sol, comme s'il se penchait au dessus d'une tombe ouverte, un squeletteétendu sur un lit terreux. Cette photographie en noir et blanc est reflétée parune vitre au dessus d'elle ; la mort se regarde dans un miroir. Et nous,humains, nous regardons la mort se regarder, mais celle-ci, ne nous regarde pas.

                                             Void,bâtiment Libeskind, Musée Juif, Berlin, (c) Anne Hauguel 

Ces quatre balises fonctionnentpar des moyens conjugués pour déclencher la réflexion chez le visiteur. Celui-cidoit mouvoir son corps et chercher l'image. Image qui lui montre la mort et ladéfiguration. L'espace de monstration est pensé comme un lieu de confrontationavec l'image et sa nature horrifique. Ce face à face nous demande d'interrogernotre humanité et la mortalité de notre condition. Ces lieux nous appellent àune réflexion dont l'objet est la sacralité de cette humanité que la guerre metlittéralement à mort. Cette réflexion, si elle peut être discursive peut aussise faire sans langage, par le corps et les sensations qu'il subit dans cesespaces singuliers. Ces quatre balises empruntent au même registre que les deuxsalles vides, les "voids" du  bâtiment Libeskind au Musée Juif de Berlin. Etnotamment de cet espace triangulaire et sombre, dans lequel on est amené àentrer avec des gens que l'on ne connait pas, et qui vous dépossède un instantde votre humanité pour vous plonger dans un monde sans langage, vide de sens.Pour penser l'impensable le Flanders Fields fait le choix de la frontalité etde l'action. Ainsi, confronté à la mort, en se déplaçant, le visiteur faitl'expérience de l'horreur indicible. Ici, l'acte de voir est si bien pensé parla muséographie et la scénographie, que le parcours échappe au débat stérile qu’entraîne toujours avec lui un espace strictement voyeuriste.

                                                                                                                                  Ophélie Laloy

    Merci à Anne Hauguel pour ses photographies

Si vous souhaitez poursuivre la réflexion sur lesconditions de monstration de l'indicible :In Flanders Fields Museum - Site web du musée

DIDI HUBERMAN Georges, L'image malgré tout, Les Editions de Minuit, Paris, 2004.

GERZ Jochem, Laquestion secrète. Le monument vivant de Biron, Acte Sud, Paris, 1999.# "Grande Guerre"# Morts#In Flanders Fields Museum

Et l'armement on en fait quoi ?

Le 13 juin dernier, le réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains organisait une formation technique sur les collections d’armements au Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux.

Car tout le monde n’est pas Jamie Foxx dans Django Unchained © The Weinstein Company

Le 13 juin dernier, le réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains organisait une formation technique sur les collections d’armements au Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux. Les armes à feu soulèvent de nombreuses questions au quotidien pour les professionnels des musées. La formation tentait de répondre à ces interrogations qui gravitent autour des modalités de conservation, d’exposition et de médiation autour de l’armement.

La neutralisation d’une arme est une problématique en pleine reconsidération dans les institutions muséales ces dernières années. En effet, même si auparavant la démilitarisation de l’armement était systématique, aujourd’hui les musées s’interrogent. Les modifications qu’elle entraîne sur les objets sont irréversibles, ce qui ne permet pas de conserver l’objet dans son état original et va donc à l’encontre de la mission déontologique principale de la conservation. De nombreux musées ont fait le choix de ne plus neutraliser les armes et les équipements des collections (sauf obligation légale) ce qui induit automatiquement, pour le chargé des collections, une maîtrise parfaite des règles à respecter à la fois dans les réserves et dans l’espace d’exposition.

Collections d’armement © Musée d’Art et d’Industrie de la ville de Saint Etienne, 2012 

Comment savoir si une arme est neutralisée ou non ?

Les armes démilitarisées possèdent au moins un poinçon, généralement gravé sur les parties métalliques. Ce poinçon va permettre de savoir quelle entreprise a procédé à la neutralisation. Lors de la démonstration, sera pris l’exemple le plus connu : celui du Banc National d’Epreuve de Saint-Etienne. Il est désormais possible de demander un duplicata de certificat de neutralisation si l’arme n’est pas délivrée avec son certificat lors de l’acquisition. Il est important de pouvoir retracer l’histoire de l’arme surtout dans les circonstances actuelles où une arme pourrait avoir servi lors d’événements. La plupart des musées refusent des donations d’armes pour lesquelles ils ne peuvent connaître l’ancien propriétaire ou pour laquelle la neutralisation aurait été « faite maison » par un tiers.

Poinçon avant le 8 avril 2016, poinçon après le 8 avril 2016

Comment acquérir dans les règles ?

La réglementation est stricte en ce qui concerne la possession, la conservation et l’exposition d’armement face à un public et si vaste qu’il est aisé de s’y perdre. Après un retour sur l’origine des armes à feu et leur évolution jusqu’à aujourd’hui en France, la première partie de la formation proposait de faire le tour des points essentiels des réglementations française et européenne. Cette mise à jour, faite par le Major Van Hove et l’Adjudant-chef Laurent du Musée de l’Armée, était nécessaire à tous les professionnels présents dans la salle puisque la nouvelle directive à rayonnement européen date du 17 mai 2017 et prend fonction petit à petit pour les institutions muséales françaises.

La réglementation, valable pour les institutions comme pour les civils, classe les armes à feu et l’armement en 4 catégories en France : la catégorie A qui sont les armes interdites, la catégorie B qui requiert une autorisation de la préfecture, la catégorie C qui requiert une déclaration à la préfecture du département et la catégorie D où un enregistrement est soit nécessaire pour la catégorie D1 et soit libre pour la catégorie D2. La réglementation européenne classe l’armement en seulement trois catégories, la catégorie D étant ajustable pour chaque pays. Il faut savoir que chaque catégorie possède des exceptions pour certains modèles d’armes ou d’équipements et qu’il est utile de se renseigner au cas par cas.

Une fois qu’on connait la catégorie d’une arme, comment l’utiliser ?

Ce classement est intéressant premièrement pour l’inventaire car cela va permettre de s’interroger sur les différents attributs d’une arme (modèle, année de fabrication, taille et qualité du canon, munitions, etc.) qui vont par la suite définir son affiliation à une catégorie. Mais plus important encore, connaître la catégorie de chaque arme détenue permet de tenir le cahier de police, document rempli par le chargé des collections, qui permet de faire état des lieux des différentes armes conservées et exposées en cas de contrôle. Si lors d’un contrôle, le musée n’est pas en mesure de présenter les catégories d’armes et des équipements ainsi que les documents qui y sont liés, la préfecture peut décider de saisir les objets mais également de les détruire. Lors de cette formation on apprendra que les musées peuvent se protéger d’une manière simple. En effet, même s’il est décrété qu’un musée peut acquérir et conserver de l’armement de catégories A, B, C et D, l’institution peut demander une autorisation de détention au préfet pour l’ensemble de l’armement présent dans les collections. On apprendra également qu’en fonction des relations que la structure détient avec son préfet les choses peuvent prendre des tournures bien différentes ! Il en va de même pour les relations avec les démineurs lors de vérification sur des explosifs, à qui il est possible de demander un P.V pour autorisation de détention et d’exposition, mais qu’ils ne sont pas dans l’obligation de fournir.

Comment traiter l’acquisition d’une arme non neutralisée ?

Il est important en premier lieu de vérifier que l’arme n’est pas chargée, ni dans le magasin d’approvisionnement ni dans le canon, par un contrôle visuel des chambres. Un atelier de manipulation et démontage des armes à feu, animé par Yannick Marques du Musée de la Grande Guerre, durant l’après-midi permettait de voir les gestes à adopter et de les reproduire. 

Atelier mise en sécurité des armes et neutralisation par le retrait d’un élément © Samantha Graas

Si un transport doit avoir lieu, l’arme doit être divisée en deux parties qui seront soit transportées dans deux véhicules différents et sous mallettes scellées, soit dans le même véhicule avec un verrou pontet sur la détente et sous mallettes scellées. Le convoyeur doit pouvoir justifier d’un motif légitime lors d’un contrôle.

Une fois arrivé au musée et traité, il est obligatoire de retirer une pièce du mécanisme de mise à feu avant sa mise en réserve. Une fois la pièce retirée et l’objet hors d’état de nuire, la pièce doit être mise dans un sachet et placée dans un coffre avec la référence de l’arme à laquelle elle appartient. L’arme quant à elle doit être placée idéalement couchée et enchaînée et cadenassée à son support. 

L’absence de neutralisation complique une des missions essentielles d’un musée qui est le prêt et le dépôt des pièces de collections. Johanne Berlemont du Musée de la Grande Guerre, confiera aux participants qu’ils ont décidé de ne plus prêter les armes à moins qu’il s’agisse de structures françaises réputées qui peuvent donner une garantie concernant la sécurité ainsi qu’une autorisation de détention. Justifier le déplacement sur le territoire d’une arme non neutralisée n’est déjà pas aisé, ainsi le prêt et le dépôt à l’étranger est exclu.

Comment exposer une arme ?

Depuis deux ou trois ans existe une sensibilisation à l’armement dans les institutions muséales. Le retrait d’une pièce du mécanisme de mise à feu est devenu la première condition à la mise en exposition devant un public d’une arme non neutralisée. Dans l’idéal, les armes doivent également être fixées soit à leur socle soit directement au sol pour les armes présentées debout sur des mannequins par exemple.

En dehors des conditions de sécurité il existe aussi des interrogations sur les meilleures manières de présenter des armes à feu face à un public. Montrer ses plus belles pièces risquerait de susciter de la fascination pour un bel objet plus que de diriger un visiteur vers un discours. Johanne Berlemont nous explique qu’avant l’ouverture du Musée de la Grande Guerre, la question de la présentation de l’armement était essentielle car il était un point d’ancrage d’une grande partie du discours. Le musée a donc choisi trois moyens de présentation différents en fonction du rapport que le public peut avoir avec l’arme à feu. La première méthode a été le mannequinage très réaliste, avec des corps à l’échelle 1 et des visages moulés sur des personnes existantes. Cette présentation permet non seulement de montrer un ensemble complet d’uniforme, matériel et armement d’un soldat mais également de donner une attitude, un mouvement. Les armes n’ont alors pas été fixées pour qu’elles puissent être tenues dans les mains ou rangées sur l’épaule dans un souci de réalisme. Présente en grande partie dans le musée, elle est un atout majeur dans le parcours de visite de l’espace d’exposition permanente. Les visiteurs peuvent alors s’identifier plus aisément à l’humain, se comparer en taille et en carrure et ainsi se rapprocher du côté sensible de la Grande Guerre.

  

De gauche à droite : mannequinage réaliste, abstrait et présentation arme seule © Samantha Graas

Le mannequinage abstrait est quant à lui un moyen de montrer un ensemble mais qui ne suggère l’humain que par l’assemblage des pièces. L’arme est souvent exposée debout, dans la continuité avec le bras, et elle est fixée dans le sol. Enfin l’arme peut être exposée seule, sans contexte d’appartenance à une unité afin de se concentrer sur l’objet en lui-même et de pouvoir l’approcher de plus près. Elle est alors fixée à son support ou son socle.

Comment se passe la médiation autour d’une arme ?

Au Musée de la Grande Guerre, 40% des visites annuelles sont représentés par les scolaires. Pour les médiateurs en charge des groupes il est essentiel d’avoir un discours teinté en matière d’armement. En effet, il est difficile pour un médiateur d’évincer la fascination des enfants pour les armes à feu ou encore les chars qu’ils ont l’habitude de voir dans les jeux vidéo ou les films. Mélanie et Charlotte du Musée de la Grande Guerre expliquent l’attrait des enfants pour certaines vitrines en particulier, par exemple celles des armes de poing qui sont plus accessibles en taille et plus présentes dans l’imaginaire collectif. Elles parlent également du côté humain qui est totalement exclu dans les questions des enfants qui sont plus portés sur l’authenticité des objets ou l’aspect scientifique de fonctionnement. C’est pourquoi elles décident d’utiliser le corps dans l’espace d’exposition comme outil de compréhension. Par exemple, placer deux adolescents de tailles différentes à côté des vitrines et leur demander de tendre le bras afin de voir les différences d’échelle face aux armes. Plusieurs manipulations permettent de soulever des poids afin de se rendre compte du poids des différentes armes et de se mettre à la place du soldat. Elles expliquent également qu’après la visite de « la salle des armes » (nommée ainsi par les enfants qui reviennent régulièrement) elles dirigent généralement le groupe vers la salle « corps et souffrance » afin d’aborder le sujet des impacts physiques et psychologiques. La liaison entre les deux se fait avec la plus grande subtilité et les enfants sont prévenus avant l’entrée dans chaque salle de ce qu’ils vont voir, les sujets qui vont être abordés afin qu’un enfant puisse signaler s’il ne souhaite pas visiter une salle. Le vocabulaire utilisé en fonction des âges est choisi pour décomplexifier le discours qui peut leur sembler parfois trop distancé ou tout simplement trop violent.

Atelier médiation autour de l’armement © Samantha Graas

Ces réflexions, en pleine expansion, ont permis lors de ce temps de formation aux différents professionnels du monde muséal d’échanger sur les différentes expériences et solutions apportées par chacun. L’adaptation est à chaque fois différente en fonction des responsables, de l’espace muséal, du budget mais aussi du public. Il est important pour le personnel muséal de se mettre à jour dans ces questionnements en participant notamment à ce type de rencontre enrichissante qui donne des perspectives. Pour cela vous pouvez vous abonner à différents réseaux qui proposent un large panel de rencontres professionnelles aux thématiques contemporaines.

Samantha Graas

#armement

#M2GMeaux

Exposer les icônes ; objets de culte ou de musée ?

L’exposition« Icônes, trésors de réfugiés »au château des ducs de Bretagne  jusqu’au 13 novembre 2016

Affiche de l’exposition « Icônes, trésors deréfugiés ». Source : nantes.maville.com

 L’exil grec

L’icône comme porte d’entrée dans l’Histoire grecque

Cette exposition placeles icônes orthodoxes (une petite peinture sur bois d’un saint ou d’une sainte,vénérée dans la religion orthodoxe) au centre de la problématique de l’exil des grecs d’Asie Mineure au début du XXème siècle.

Dès l’introduction, desphotos évoquent le départ des grecs de l’empire ottoman. L’histoire estcomplexe et peu connue du grand public, c’est pourquoi à chaque début deséquence une vidéo présente l’évolution du contexte politique et des fluxmigratoires entre les différents territoires.

Un bref récapitulatif replacela situation des grecs en méditerranée orientale, principalement en Turquie.Une succession de conflits (guerre des Balkans, Première Guerre mondiale etguerre gréco-turque) vont redéfinir la carte des Etats et conduire à desdéplacements de populations importants.

Cartedes expulsions et déplacement des populations entre la Grèce et la Turquie de1830 à 1924. Source : cybergeo.revues.org

Au plus près des icônes

Recréer les iconostases

La scénographie trèsréussie accueille le visiteur par une vierge episkepsis (c’est une vierge àl’enfant qui est synonyme de protection et de refuge : une thématique quifait écho dans l’exposition) en mosaïque et des photographies de départs demigrants. Le lien est ainsi posé entre  l’icône et le départ.

Au plan esthétique, lesicônes sont mises en valeur dans toute leur richesse avec un espace sur fondrouge et une lumière ciblée. Des cartels à mi-hauteur (qui ont la capacité des’effacer suivant la perspective) nous présentent la particularité de chaquesaint et sainte représenté. Au centre, une bulle scénographique place levisiteur dans une relation intime avec l’objet placé dans des alcôves dorées. Lebut est de recréer les iconostases ; ces murs d’icônes qui ornent lesmaisons et églises des chrétiens orthodoxes. Le lien avec la religion et leculte de l’icône est très important à comprendre au début de cette exposition.

Premièresalle sur les icônes. Source :nantes.maville.com

Les icônes traversent les conflits

Du conflit à l’intégration :l’icône pour rebâtir

Puis, c’estla « Grande Catastrophe », le traité de Lausanne en 1923 estclair, les ressortissants grecs et turcs doivent regagner leur pays d’origine.Des flux de migrations importants commencent de manière plus ou moins violente.L’épisode est raconté par des lettres mises en relation avec une carte deSmyrne (ville stratégique au bord de la mer Egée qui comptait plus de grecs quede turcs). Ce conflit est aussi raconté du point du vue des grandes puissancesoccidentales à travers des extraits et des journaux originaux, comme le célèbreExcelsior.

Titresdes journaux internationaux à propos du conflit gréco-turc. Source : C.Daban

Est ensuite abordée l’arrivéeen Grèce des nouveaux immigrés, ce qui n’a pas été simple. Certains ne parlentpas la langue, on ne leur laisse pas le choix de leur nouveau lieud’intégration, et cela cause des tensions avec les populations juives etmusulmanes anciennement majoritaires sur une partie du territoire. Quelquesreproductions de photographies permettent d’expliquer ces évènements.

L’espace suivant évoquel’intégration de migrants grecs en France, où le visiteur saisit l’importancede l’icône avec laquelle  ils étaientpartis et qui ont servi pour rebâtir des églises. La scénographie le plongeune  nouvelle fois dans une très belle évocationde ces lieux de culte.

Beaucoup plus que des objets de culte

L’icône un symbole « àpart »

L’exposition se termineen tirant le fil de la place de l’objet aujourd’hui, et en montrant sonchangement de signification. Entre objets de culte et objets d’art, les icônes,admirées par des fidèles, obéissent à des règles théologiques, mais elles ontaussi une valeur historique, artistique et sentimentale. Tout cela en fait unobjet « à part ».

Trois histoires à emporter sontdisponibles au sein du parcours. Ces extraits nous permettent de garder unetrace du symbole que représentent les icônes, et de le transmettre à notretour.

Espacesur la reconstruction et la transmission des générations futures de grecsorthodoxes. Source : C. Daban

Des icônes qui résonnent dans notreactualité

« Dans un monde où tout circulelibrement, le droit à la mobilité des êtres humains ne va pas de soi »

Pour finir sur unenote d’espérance ? ou interculturelle, une musique de Maria Farantouri etZülfü Livaneli, San to Metanosti, Comme l’Emigrant (une chanteuse grecqueet un compositeur turc qui travaille pour le rapprochement de leurs deux peuples)résonne à la fin du parcours, ainsi qu’une belle citation qui conclut notredécouverte des icônes et de leurs rôles dans la fuite des grecs d’Asie mineure :« Dans un monde où tout circule librement, le droit à la mobilité desêtres humains ne va pas de soi. Il y a urgence à définir un droit internationaldes migrants. C’est à ce prix que les mouvements migratoires ne seront plusconsidérés comme une menace par les uns et une utopie par les autres, maisenfin comme la clé d’un développement plus équitable. »[1]

Cette expositionprésente non seulement une très belle collection d’objets d’art, mais tientaussi un propos historique très pertinent. Elle pose les questions encore actuellesdu déplacement forcé de populations, de l’intégration des migrants, et de lareconstruction d’une identité grâce à des objets conservés pendant la fuite.

Charlotte DABAN

Pourplus d’informations : http://www.chateaunantes.fr/fr/evenement/icones


[1] Catherine Wihtol de Wenden. Le droit d’émigrer, CNRS Editions, 2013

Faire l’expérience de la conservation-restauration à l’Ashmolean Museum d’Oxford

Lors de notre visite à l’Ashmolean Museum nous avons découvert, dans les sous-sols du musée, un espace d’exposition dédié à la présentation des collections et à l’explicitation de lapratique de la conservation-restauration. En plus de donner de la visibilité à une action généralement méconnue du grand public, tout ce qui fait l’attractivité de ce parcours est qu’il est également doté de plusieurs dispositifs interactifs et de manipulations.

© A.G.

Lors de notre visite à l’Ashmolean Museum nous avons découvert, dans les sous-sols du musée, un espace d’exposition dédié à la présentation des collections et à l’explicitation de la pratique de la conservation-restauration. En plus de donner de la visibilité à une action généralement méconnue du grand public, tout ce qui fait l’attractivité de ce parcours est qu’il est également doté de plusieurs dispositifs interactifs et de manipulations.

L’actuel Ashmolean Museum d’Oxford a été fondé au tout début du XXe siècle sur la fusion des anciennes collections du musée éponyme et des collections d’art de l’Université de la ville, jusqu’alors présentées dans la Bodleian Library. Le musée compte une grande variété de départements : d’antiquités, d’art oriental, d’art occidental (du Moyen-âge à nos jours), de numismatique ou encore de moulages.Toutefois, nous nous intéresserons ici plus spécifiquement à la façon dont le musée évoque au sein même de ses espaces d’expositions deux de ses missions essentielles : la conservation et la restauration.

Sensibiliser les publics

« Merci de ne pas toucher », « Flashinterdit »…sont autant de recommandations auxquelles sont confrontés les visiteurs. Une foissortis des réserves les objets sont en effet exposés à un certain nombre derisques, autant liés aux visiteurs qu’à l’atmosphère ou encore à la températurede la pièce. D’une certaine manière les réserves restent encore les lieux lesplus sûrs pour assurer leur bonne conservation, mais cela est loin d’être unesolution à long terme. Ainsi, il est légitime de se demander si dicter desimples consignes aux visiteurs est vraiment la seule solution pour garantir àla fois la bonne préservation des objets et leur exposition au public ?

Grâceà ces différents dispositifs, le parti pris de l’Ashmolean Museum est plutôt dedonner des clefs de compréhension aux visiteurs afin de les sensibiliser auxenjeux de la conservation-restauration.

« Objectsare fragile »

© A.G.

Dans unpetit cadre doré accroché au mur, sont disposées deux plaques, une de métal etune de calcaire. Les visiteurs sont explicitement incités à toucher la partienon protégée des plaques : « Please touch ! »,faisant ainsi augmenter le compteur. Par ce geste très simple, et en comparantavec les parties protégées, on découvre alors les dégâts que peut engendrer letoucher sur la matière.A traversdes textes explicatifs, des photographies et différentes manipulations lesvisiteurs découvrent les problématiques auxquelles sont confrontéesquotidiennement les institutions muséales. Sont aussi dévoilés plusspécifiquement une profession, ses techniques et ses problématiques amenant lesvisiteurs à percevoir le musée autrement qu’un simple lieu d’exposition. Plutôtrare dans un musée de type beaux-arts, cette proposition de parcours se révèletrès accessible et ludique. Faire entrer les visiteurs dans l’envers du décorsemble cependant s’inscrire dans une tendance de plus en plus présente au seindes structures muséales ou culturelles, rappelons nous l’exemple del’Artothèque de Mons !

Faire entrer les publics dans lescoulisses du musée

 

Enpénétrant dans les « coulisses » du musée, les visiteurs expérimententpar eux-mêmes les techniques et les méthodes de la conservation-restauration.  

« Exploringwith light »

© A.G.

Face auxvisiteurs se présentent trois objets, placés dans des vitrines. En dessous dechacune d’elles sont disposés des capteurs devant lesquels les visiteurs sontinvités à passer leur main. Par cette action, ils activent différents types delumière sur l’objet. Leur est aussi explicitée par de courts textes, lafonctionnalité de chacune. Pour exemple la lumière UV qui révèle lesdifférences de matériaux, permet potentiellement de découvrir des restaurationsantérieures. Les visiteurs sont sollicités pour trouverpar eux-mêmes si la sculpture a été réparée ou non par plusieurs questions: « Do you think this piece mighthave been repaired ? »

 « Conservation Lab »

© A.G.

Entronsmaintenant dans le laboratoire du conservateur pour en apprendre un peu plussur les objets, et peut-être faire de nouvelles découvertes !

À l’aided’un petit carnet et de deux loupes les visiteurs sont conviés à examiner lesobjets sous vitrine. Pour chaque objet ils sont guidés dans leur expertisegrâce à plusieurs questions qui leurs sont posées : « What other colours do you see ?What materiel do you think this knife is madeof ? ».Cesdispositifs permettent aux visiteurs de comprendre les gestes qu’implique laconservation-restauration. Ils ne font cependant pas qu’expérimenter. En effet,par différents questionnements qui leurs sont directement adressés, ils sontégalement amenés à établir leur propre réflexion sur les enjeux de laconservation-restauration et à prendre conscience de son rôle crucial dans latransmission du patrimoine.

Certainesinstitutions vont même plus loin dans la démarche notamment en réalisant desrestaurations face aux visiteurs. Comme en 2009-2010, au Musée des Beaux-Artsde Tourcoing (MUba Eugène Leroy) où des restaurateurs effectuaient leur travaildirectement dans les espaces d’exposition, confrontant ainsi les visiteurs à laréalité de ce type d’intervention.

D’autrepart, que cela soit à l’Artothèque de Mons ou encore au Louvre-Lens, lesinstitutions tendent de plus en plus à ouvrir leurs réserves ou simplement àles rendre visibles au public. Un argument d’attrait qui est indéniable pourles visiteurs, toujours désireux de voir ce qui est habituellement gardésecret.Le choixde ce parcours réalisé par l’Ashmolean Museum s’apparente également à unetentative de dévoiler l’invisible au visiteur et à lui faire littéralementtoucher du doigt les problématiques de conservation et de restaurationauxquelles l’institution fait face. D’une certaine façon aussi, un tel parcoursau sein du musée est une sorte de préambule à la visite et contribue à donner auxpublics un autre regard sur les collections du musée. Acteur pendant sa visite,il prend autant conscience de la fragilité des pièces conservées que de lamanière dont il faut les préserver.

Mais au-delàde la fonction pédagogique première, ces initiatives permettent également deproposer une nouvelle expérience de visite, pour toujours plus d’interactionsentre les publics et les œuvres.

Amandine Gilles et SarahHatziraptis

#Ashmolean

#Oxford

#Restauration

#Conservation

#Interaction 

Faites vos Jeux ! Le Musée Olympique de Lausanne

De passage à Lausanne, je ne pouvais manquer le musée le plus connu et le plus visité de la ville. Après deux ans de travaux, le Musée Olympique a rouvert ses portes le 23 décembre 2013 avec trois niveaux consacrés à l'exposition permanente et un niveau pour les expositions temporaires.


Crédits photographiques : CIO

De passage à Lausanne, je ne pouvais manquer le musée le plus connu et le plus visité de la ville. Après deux ans de travaux, le Musée Olympique a rouvert ses portes le 23 décembre 2013 avec trois niveaux consacrés àl 'exposition permanente et un niveau pour les expositions temporaires. Situé dans un environnement exceptionnel, surplombant le lac Léman, le musée et son parc attire irrésistiblement le visiteur ; de plus le site internet du musée promet une expérience inédite dans un musée totalement  ancré dans le XXIe siècle.

Le MuséeOlympique de Lausanne n'est pas le seul musée consacré aux valeurs del'olympisme : il existe même un réseau d'une vingtaine d'établissements àtravers le monde. Cependant, celui-ci reste le plus important : en effet,Lausanne a été choisie par le Baron Pierre de Coubertin pour représenter lesvaleurs de l'olympisme et pour héberger le CIO (Comité InternationalOlympique).

Aprèsavoir gravi les marches d'un escalier monumental, je me retrouve dans le parcdu musée. Rien n'a été laissé au hasard dans l'aménagement de cet espace : lessculptures d'artistes célèbres (Igor Mitoraj, Niki de Saint-Phalle, EduardoChillida etc.) côtoient les équipements sportifs. Un mélange d'art et de sportsavamment orchestré qui attire différents types de publics. Avant d'entrer dansle musée, le ton est donné ; tout est calculé, coordonné au millimètre près, etfait pour attirer du public. Le tout est complété par l'entrée imposante etsolennelle encadrée par la flamme olympique ; j’ai plus l'impression depénétrer au sein d'un temple à la gloire des valeurs olympiques et de Pierre deCoubertin que dans un musée.

Le parc du Musée Olympique: Les footballeurs, Niki de Saint Phalle – Crédits photographiques : LT

L’expositionpermanente : 3 thématiques

Aprèsavoir payé un droit d'entrée plutôt salé (14 euros), je découvre le parcoursproposé : trois niveaux, trois thématiques : le monde olympique, les jeuxolympiques et l'esprit olympique.

Lepremier niveau propose un panorama sur l'incarnation de l'olympisme dans notresociété ; l'évolution des jeux, de la Grèce antique à Pierre de Coubertin puisde la création des comités nationaux olympiques à l'engagement des villes hôtesau niveau de l'architecture, des produits dérivés, et des cérémoniesd'ouverture. En entrant dans le premier parcours, je suis saisie par laprésence d'écrans dans toutes les pièces : les projections, les vidéosexplicatives et les bornes numériques sont omniprésentes. Puis je comprendsrapidement que le musée a peu de contenu matériel à exposer dans cette partiedu musée et qu'ils doivent donc compenser avec beaucoup de contenu multimédia.Malgré cela, ce premier niveau est très chargé : aucun pan de mur n'est laissévierge et l’information est partout.

Aprèsavoir apprécié une belle collection de toutes les affiches des Jeux Olympiquesqui montrent l'évolution du graphisme selon les pays, j'accède au deuxièmeniveau qui, selon les dires du musée, est le cœur de l'expérience olympique.Cette partie présente les grands champions olympiques, l'évolution des disciplineset des programmes des Jeux Olympiques d'hiver et d'été. Cette fois-ci, lesécrans de toutes tailles côtoient les tenues sportives des grands champions. Levisiteur peut également toucher différents types de revêtements de sol, desemelles et d’équipements selon les sports. Plusieurs bornes numériques sontégalement à disposition pour rechercher des vidéos d’archives : la base dedonnées contient plus de 1000 séquences pour permettre au visiteur de chercheret de visionner ses moments olympiques préférés. Après un rapide tour d’horizondes Jeux Paralympiques et des Jeux Olympiques de la Jeunesse, je me dirige versle dernier niveau ; l’esprit olympique.

Cedernier parcours propose une découverte des entraînements, des régimesalimentaires des sportifs olympiques et de la vie au village olympique. Lequotidien des athlètes est présenté à l’aide d’une vingtaine de bornesnumériques qui proposent des témoignages de champions sur leur vie sportive.Les repas des jeux olympiques sont présentés en vitrine sous forme dereproduction en plastique et exposés à la manière des sampuru japonais. Le parcours de l’esprit olympique se termine parun spectacle audiovisuel à 180° sur les valeurs du sport et par une très bellecollection de toutes les médailles des Jeux. Un espace est aussi consacré à desexercices d’équilibre, de concentration mentale ou encore de réactivité pour semettre dans la peau des sportifs, espace très ludique et pris d’assaut par lesfamilles. Par ailleurs, des jeux ponctuent tout le parcours de l’expositionpermanente ; des quizz sur des bornes numériques ou encore des boîtesnoires où l’on peut enfoncer sa main pour deviner quelle torche ou quellemédaille olympique se cachent. L’exposition permanente se termine par un réelpodium des Jeux de Sydney 2000 où chaque visiteur peut se faire prendre enphoto sur la plus haute marche : le musée a vraiment su répondre à la foisaux attentes des enfants et des adultes.

Ensortant de l’exposition permanente et avant de me diriger vers l’expositiontemporaire, je réfléchis à tout ce que je viens de voir, et à l’expérience d’un« musée du XXIe siècle » que l’on me proposait. Pendant ces deuxheures passées dans les trois parcours, je me suis beaucoup amusée, mais celane m’a pas donné matière à réfléchir ; avec tous les jeux et lesexpériences du parcours, je me suis parfois plus sentie dans un parcd’attractions que dans un musée. Cependant, le musée fourmille de bonnes idéesen matière de scénographie et d’outils numériques, malgré une trop forteomniprésence du multimédia de mon point de vue. De plus, la grandehétérogénéité des publics pose une difficulté au musée ; quel discoursadopter pour parler tant aux passionnés de sport qu’aux simples curieux ?L’établissement relève ce défi haut la main avec des contenus ni trop basiquesni trop techniques et assez intéressants pour capter l’attention de tous.

Enfin,ce qui m’a le plus dérangé dans l’exposition permanente, c’est l’aspectprosélyte du discours du musée ; les valeurs olympiques sont érigées en parolessaintes et aucun des drames qui se sont déroulés lors des Jeux Olympiques nesont évoqués ne serait-ce que pour rendre un hommage (décès de certainsathlètes, massacre de Munich au JO de 1972, attentat des JO d’Atlanta 1996).Pourtant ces événements font bel et bien partie de l’histoire des JeuxOlympiques.

L’exposition temporaire : Courir après le temps (du 05 juin2014 au 18 janvier 2015)

Affiche "Courir après le Temps" -  Crédits photographiques : CIO

Jedécide de terminer ma visite par l’exposition temporaire « Courir après letemps ». L’espace d’exposition est plus calme et moins bondé que leparcours permanent. L’exposition est organisée en neuf thématiques autour del’évolution de la notion du temps dans le sport à travers les âges, tant auniveau social, artistique et technologique. Le parcours de l’exposition m’asemblé très bien pensé : à la place de choisir un parcours chronologiquesur l’évolution de la notion de temps, les concepteurs ont préféré découper enneuf différents types de temps. Au fil des espaces, j’ai donc pu découvrirentre autres le temps cyclique, le temps linéaire mais également le temps del’athlète et le temps sportif.

Parrapport aux espaces de l’exposition permanente, le contenu multimédia ne prendpas le pas sur le discours de l’exposition et les explications sontrigoureusement scientifiques et compréhensibles malgré la difficultéd’expliquer la notion de temps. Des objets exposés illustrent très bien lespropos tenus : une copie conforme en 3D du Mécanisme d’Anticythère pourillustrer la notion de temps pendant les Jeux Antiques, de très belleschronophotographies de Marey pour découper le mouvement des athlètes, ou encoredifférentes machines qui ont chronométré les épreuves durant les JeuxOlympiques modernes. L’exposition est également ponctuée de photographiesévoquant la performance des sportifs, la notion de record mais également desphotofinish (photographie de lignes d’arrivée où il est impossible dedéterminer à l’œil nu quel athlète l’a franchie en premier). Le contenumultimédia est moins ludique avec des bornes numériques diffusant desinterviews d’artistes, de philosophes et de scientifiques sur la notion detemps, et avec des projections de très belles vidéos : « le temps del’attente » et « le temps du départ » entre autres.

L’expositionse termine sur une œuvre de l’artiste Michelangelo Pistoletto, L’Etrusque.Cette sculpture placée face à un miroir est censée représenter le tempslinéaire ; le passé, le présent et le futur.

Malgréun discours de propagande qui érige les valeurs olympiques sur un piédestal quim’a quelques fois un peu dérangée, je vous conseille de ne pas manquer ce muséesi vous êtes de passage à Lausanne ne serait-ce que pour la scénographiesoignée et la multiplicité des outils numériques. De plus, vous vous amusereztrès certainement dans l’exposition permanente et vous apprendrez beaucoup dansl’exposition temporaire qui est très bien conçue. Cependant, si l’aspectcommercial de ce musée et les Jeux Olympiques vous rebutent, profitez dumagnifique parc et dirigez-vous vers le Musée de l’Elysée (Musée de laPhotographie) qui est situé juste au-dessus du Musée Olympique !

LT.

#olympisme

#sport

#multimédia

Pouraller plus loin :

http://www.olympic.org/fr/musee : Siteinternet du Musée Olympique

http://www.olympic.org/fr/content/le-musee-olympique1/decouvrir/presse/dossiers-de-presse/dossier-de-presse-courir-apres-le-temps/ : Dossierde presse de l’exposition Courir après le Temps

Gaulois, une expo renversante, adieu Astérix et Obélix!

L'affiche et le titre séduisant : "Gaulois une expo renversante" laisse à penser que c'est une exposition à fort caractère divertissant. Nous sommes allés à la cité des sciences pour en avoir le cœur net. Scindée en cinq séquences, l'exposition nous questionne sur nos représentations des Gaulois et la véracité historique grâce aux chantiers de fouilles menés ces 30 dernières années.

Crédits : Rachel Létang

L'affiche et le titre séduisant: "Gaulois une expo renversante" laisse à penser que c'est une exposition à fort caractère divertissant. Nous sommes allés à la cité des sciences pour en avoir le cœur net. Scindée en cinq séquences, l'exposition nous questionne sur nos représentations des Gaulois et la véracité historique grâce aux chantiers de fouilles menés ces 30 dernières années.

          La première partie, 2000 ans d'imaginaire gaulois, et l'ultime, adieu les mythes, se répondent par système d'écho. Le visiteur découvre comment s'est construit l'imaginaire collectif autour des gaulois. Tableaux, affiches publicitaires, chansons,jalonnent le parcours du visiteur. Contrairement à une exposition de type "beaux arts" où l'œuvre est sacralisée, les tableaux sont des reproductions sur tissu, accessibles au visiteur  par leur grande proximité. Il n'y a aucune barrière entre le tableau et le visiteur, mais plutôt une grande accessibilité notamment pour les enfants et les personnes à mobilités réduite. L'exposition rend compte de la réappropriation de l'image de cet ancêtre soit disant valeureux à des fins artistiques ou politiques. Courageux, hirsute, buveurs, l'expo renversante balaye ces clichés sur les Gaulois. S'en est donc fini de l'image du mangeur de sangliers ? Pas sûr ! Les mythes persistent nous explique-t-on en fin de parcours. Si l'image du Gaulois que nous nous sommes forgés est un pur produit de l'histoire, qui sont-ils réellement ?

                  Nous le découvrons en endossant le rôle d'archéologue au sein d'une fouille. Il y a ici une volonté de changement d'ambiance d'un point de vue scénographique. De la fouille au laboratoire est composé de sept modules et de deux chantiers de fouille. Nous étudions, enquêtons sur le quotidien des gaulois: animaux, cultures, habitations, poteries... A titre d'exemple, s'agissant de l'atelier traitant des animaux, une courte vidéo présente en quoi consiste le travail de l'archéozoologue. Chaque module présente une vidéo et le travail d'un spécialiste, en corrélation avec le sujet de l'atelier. Hormis la découverte du métier pour les enfants mais aussi pour les parents, l'exposition insiste sur la démarche scientifique et pluridisciplinaire. Manips, jeux, tablettes tactiles permettent de découvrir un propos scientifique de façon ludique. Grâce à l'observation des visiteurs, nous avons constaté que les NTIC sont rarement utilisées de façon individualiste mais plutôt en concertation entre les personnes d'un même groupe. Elles permettent donc d'échanger, de confronter ses idées sur le sujet. La présence d'un adulte selon les tranches d'âges est tout de même parfois nécessaire. Certains enfants essayent toutes les combinaisons jusqu'à ce que la manip affiche une lumière verte, signe de bonne réponse. Ils n'ont cependant pas saisi la démarche, obnubilés uniquement par la bonne ou la mauvaise réponse. Parallèlement, deux chantiers de fouille  permettent de faire découvrir concrètement aux équipes d'enfants fouilleurs, métiers, outils et fonctions de l'archéologie. Plus qu'un accès à la connaissance, c'est une manière d'impliquer intellectuellement et physiquement l'enfant dans l'exposition en créant un temps fort. Après le chantier de fouille, place au musée !

         Plus classique mais incontournable, des objets authentiques ou fac-similés nous présentent les productions gauloises. Dans une scénographie sombre, les objets sont mis en valeur par des éclairages ponctuels, révélant ainsi l'impression de richesse des matériaux employés ou la finesse du travail exécuté. La projection dynamique d'objets sur des tissus flottants sanctifient l'espace. Les objets font écho aux rites funéraires gaulois. Quelques tombes sont reconstituées pour le plus grand plaisir du visiteur. Une fois notre présence détectée au dessus d'une tombe, l'explication sonore commence. Ainsi, nous faisons le lien entre les objets présentés sous vitrine et ceux que l'on retrouve dans les tombes. Ils n'apparaissent plus comme de simples objets exhibés pour leurs qualités esthétiques mais comme des révélateurs d'un genre, d'une classe sociale et d'une société avec ses propres codes. Nous avons apprécié la présence d'une maquette animée venant illustrer des données scientifiques. Bien qu'il y ait une volonté de vulgarisation, la maquette ne  simplifie pas le discours. Elle présente de manière dynamique une scène dans le sanctuaire gaulois. On y retrouve les objets qui sont exposés à  proximité et mêle astucieusement 2D et 3D grâce à l'écran face au visiteur et aux projections sur la maquette en légère plongée. Enfin, légère perturbation en centre Gaule est une fiction où l'un des personnages souhaite sortir du film. Farfelu, inhabituel, c'est un moyen de faire une synthèse sur l'état de la connaissance actuelle à propos des gaulois et de quitter l'exposition de manière amusée.

         Inaccoutumée des expositions de culture scientifique, nous avons approuvé la diversité des objets et leur désacralisation. Nous avons savouré le mélange de "culture légitime", l'archéologie, et "illégitime", cet emballage de cordon bleu de la marque Le Gaulois! Belle exposition où le visiteur oscille entre mythes et réalités. Il ne croule pas sous les chronologies, les cartes et les noms des peuples, bien que le thème soit consacré aux gaulois. A voir impérativement !

Rachel Létang

Héritage provençal

C’est en parcourant les ruelles de Grasse, que je suis tombée sur un petit musée, qui pourrait passer complètement inaperçu, mais révèle un profond héritage historique que je ne soupçonnais pas. Grasse est souvent qualifiée de capitale mondiale du parfum. Il faut dire que la renommée de la ville repose avant tout sur le Musée International de la Parfumerie, de quoi voler la vedette aux autres musées gérés par la Communauté d’agglomération de Grasse. Quant à l’héritage vestimentaire de la ville, le Musée Provençal du Costume et du Bijou, propriété de la ville de Grasse, retrace l’histoire des femmes provençales en préservant une collection de costumes et de bijoux des XVIIIème et XIXème siècles. Sa collection privée a été assemblée par Hélène Costa.

Gravure de mode, Musée Provençal

du Costume et du Bijou  © A.E

Le musée est situé dans l’Hôtel particulier de Clapier-Cabris, ancienne demeure de la Marquise de Cabris, sœur de Mirabeau. Un emplacement d’une grande valeur qui devrait donc attirer les visiteurs. Mais à ma grande surprise, personne. Personne dans le musée si ce n’est une gardienne faisant office d’hôtesse d’accueil, ravie de nous accueillir en ce lieu visiblement déserté. Deux euros, seulement deux euros pour accéder à ce patrimoine qui n’a sûrement pas plus de valeur aux yeux des Grassois.

C’est donc en terrain inconnu que je monte le grand escalier central du musée, un lustre éclaire cet espace sombre. En entrant dans la première salle, je découvre sur une estrade une scène de vie : deux femmes provençales, dans une cuisine, habillées de leur robe, coiffe et tablier en dentelle. A la manière d’un musée de Folklore, les deux personnages sont mis en scène de façon à illustrer et conserver l’image de coutumes provençales. Un écriteau explique l’histoire des dentelles, de la fabrication manuelle à celle mécanique. Il s’agit d’un long texte, que je ne lis qu’en diagonale tant mes yeux sont rivés sur la minutie des détails apportés à la dentelle des costumes.

Je poursuis ma visite dans une pièce, dont la scénographie m’intrigue. Des mannequins sont disposés de manière aléatoire, ces femmes elles-mêmes placées sous de grandes cloches cylindriques en verre. L’idée me paraît intéressante en ce qu’elle m’évoque la mise en flacon d’un parfum. Une scène du film « Le Parfum » me vient également à l’esprit, lorsque la femme est enfermée par Grenouille dans un cylindre de verre pour en distiller son odeur. Je m’interroge néanmoins sur la vocation de ce dispositif, le propos du musée n’ayant pas de rapport direct avec le thème du parfum. Vous me direz que je vois un lien là où il n’y en pas, que l’esprit de Grasse agit sur moi, distille dans mon inconscient sa trace et me pousse à faire cette relation directe alors que le scénographe n’y avait pas pensé.

           

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Décor du film Le Parfum de Tom Tykwer © A.E  

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Mannequins sous « cloches » © A.E

La conservation des costumes est certainement à l’origine de ces dispositifs, ils sont préservés de tout contact avec les visiteurs. En cela, j’y vois une nouvelle ressemblance aux cloches de mariées qui visaient à préserver le bouquet de la mariée. Si cela provoque par conséquent une distance entre le contenu de ce musée et le visiteur, ce dernier peut cependant apprécier le vêtement sous toutes ses coutures en tournant autour de ces cylindres et ainsi observer tous les détails de la dentelle. Un jeu de lumière donne lieu à l’appréciation des mouvements du textile, les plis, bien que ces mannequins soient figés. Chacun représente l’habit typique d’une région à un moment donné. Toulon, Grasse, le Gard, Marseille, le Var … la collection illustre une richesse tant dans le nombre de costumes conservés que dans la diversité des villes représentées. Des gravures de mode accompagnent chacun des cartels et situent le costume dans son époque. Cela m’évoque immédiatement les gravures de Paul Iribe dans l’ouvrage Les robes de Paul Poiret racontées par Paul Iribe, par le dessin de femmes de la bourgeoisie posant dans  leurs riches tenues.

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Gravure de mode, Musée Provençal du Costume et du Bijou  © A.E

Je poursuis ma visite en déambulant dans ces pièces qui parfois présentent des scènes de vie préservant les vêtements portés derrière des paravents de verre, suggérant l’intimité de ces dames ainsi que la préciosité de leurs vêtements. Sur les murs sont inscrits des proverbes comme une voix narrative invitant à poursuivre la visite.

Le décor change dans la salle dédiée à la présentation des bijoux provençaux : salle carrée sans source de lumière naturelle, où l’éclairage joue un rôle primordial. Un imposant lustre vient éclairer la vitrine centrale qui présente tout en longueur des parures et boucles de ceintures en argent. Sur chacun des murs sont alignées des vitrines encastrées. Il s’agit en quelque sorte de petites boîtes profondes où la lumière n’éclaire que le bijou. Ce procédé accentue ici encore la préciosité et une forme d’inaccessibilité pour les visiteurs. Paradoxalement, des cartels sont disposés sous ces vitrines de façon à révéler les techniques de fabrication de ces bijoux, ou bien leurs usages, leurs valeurs, leurs symboliques etc…

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Salle des bijoux et vitrine murale © A.E

La visite se termine sur une touche graphique discrète où l’on perçoit les silhouettes de Provençales peintes au mur du dernier couloir, lui-même percé de fenêtres offrant un dernier regard sur les mannequins de la salle « des cloches en verre ».

Un sentiment me traverse : la distance établie entre le visiteur et le contenu de cette collection mise sous verre est-elle à l’image de la méconnaissance du public vis-à-vis de ce musée ? En effet, les dispositifs de présentation ne permettent pas au visiteur de s’approprier le contenu du musée, tant les objets semblent préservés de tout contact. De la même façon l’absence de communication autour de la structure ainsi que son emplacement peu connu créent une réelle distance entre les visiteurs et le musée. Quelles techniques pourraient être mises en œuvre, par le biais d’une médiation par exemple, pour attirer davantage de visiteurs ? Quel est l’intérêt d’installer un musée d'artisanat dans une ville qui en possède déjà un autre très connu, pourquoi ne pas l'installer dans une autre commune ou voisinant celui du parfum pour inciter les gens à le visiter ?

Anna Erard

#grasse

#muséeprovençalducostumeetdubijou

#costume

In Flanders fields...

"In Flanders fields the poppies blow / Between thecrosses, row on row...» 1 ainsi commence le poème du lieutenant-colonel canadien John McCrae, écrit après la deuxième bataille d'Ypres le 3 mai 1915. Poème qui est devenu, au Canada et en Grande-Bretagne,l'emblème des morts de la Première Guerre Mondiale et qui est à l'origine du choix du poppy/coquelicot comme symbole des soldats. Poème, enfin, qui donne son nom au musée commémoratif d’Ypres. La ville rend tous les soirs hommage aux 54 896 soldats disparus sur son sol, lors de la cérémonie du Lastpotsous les voûtes du mémorial de la Porte de Menin.

In Flanders fields museum est à l'origine un musée associatif qui se professionnalisera en 1998. Quinze ans plus tard, la muséographie vient d'être complètement revue. A deux ans du centenaire de la Grande Guerre, ce n'est pas anodin, à l'heure où ses derniers témoins ont disparu, le rapport à l’événement se modifie. Il y a lieu de réfléchir sur la transmission de cette mémoire, et du rôle des musées de guerre aujourd'hui,comme l'ont rappelé les journées d'études organisées les 11 et 12 décembre àY pres : «Comment construire collectivement un patrimoine commun ? » 

Crédits : MTDF

Comme à Péronne,l'historiographie, sans cesse plus riche sur cette période, a porté ses fruits,tous les belligérants sont représentés dans le musée d'Ypres, mais l'histoirecommémorée est locale et donne à voir la guerre vécue en Flandre Occidentale, inflanders fields...

La scénographie derniercri, s'accompagne d'une bande-son parfois oppressante. Les concepteurs ontchoisi une ambiance grave un tantinet sensationnelle, sans toujours éviter lamise en scène macabre. Entre deux cimaises grises, une série de clichés, àl'accrochage esthétisant, représente des soldats morts, photographiés afind'être ultérieurement reconnus.

Crédits : MTDF

Lemême dispositif met en scène les victimes du gaz Moutarde ou les « GueulesCassées ». L'usage de l'émotion est d'ailleurs légitimé par la thématiquedu musée qui donne la part belle à l'individu dans la guerre, et laisse laparole aux témoins. Ces derniers sont incarnés sur grand écran par des acteursqui interpellent le visiteur auquel ils racontent leur histoire (dans lalangue correspondant au récit : anglais, allemand ou néerlandais avecsous-titres quadrilingues). Car l'angle muséographique choisi estdélibérément interactif  c'est là l'aspect leplus intéressant d'In Flanders fields museum. Les visiteursbénéficient d'un parcours personnalisé et singulier au sein de l'espace muséal.En effet, le billet d'entrée se présente sous la forme d'un bracelet encaoutchouc orné d'un coquelicot, à l'intérieur duquel une puce RFID1permet de se connecter à différentes bornes interactives. Avant de découvrirles salles, il nous faut donc préciser prénom, provenance, autant d'élémentspersonnels qui orienteront notre visite : un Anglais ne vivra pas la mêmeexpérience qu'un Français. Une fois au cœur des collections, ces écransinteractifs ponctuent le parcours et remplacent les cartels : le braceletpermet d'accéder à des informations détaillées sur les objets en vitrine, dansnotre langue maternelle.

Crédits : MTDF

Le choix des témoignages àdécouvrir est également orienté selon notre nationalité, notre région. A l'issuede la visite, avant de se déconnecter, nous avons la possibilité de recevoirpar mail les informations collectées tout au long du parcours. Toutefoisl'aspect participatif est limité, il s'inscrit dans un processus de visite« classique », l'outil RFID (intéressant aussi pour étudier leparcours des visiteurs dans l'espace) se substitue à un dispositif d'aide à lavisite (cartels...) mais ne renouvelle pas réellement la médiation.

 En résumé, levisiteur vivra une expérience forte qui l'interpellera dans son vécu (une bornepermet de rechercher ses ancêtres morts sur le front) et cherchera àl'impliquer dans la construction de cette mémoire. A l'aube de 2014, c'est unsite à ne pas manquer !

Noémie Boudet

Site internet du musée In Flanders Fields Museum

1 : "au champ d'honneur lescoquelicots,entre les croix de lot en lot"

2 : " RFID : radioidentification, permet de mémoriser et repérer à distance des informationscontenues sur les marqueurs

Jules à Amiens, Verne à Nantes

Née à Amiens et résidant à Nantes, on peut dire que je foule les pas de Jules Verne !

Dans chacune de ces villes qui lui ont été chères, se trouve aujourd’hui un musée qui valorise à sa façon l’écrivain,l’inventeur, comme l’homme politique.

Jules Verne est issu d’une famille nantaise de navigateurs et d'armateurs. Il nait sur une des îles de Nantes en 1828 et grandira dans l’effervescence des allers et venues des navires de marchandises. Il ne passera que ces 20 premières années à Nantes, pour partir ensuite à Paris faire ses études de droit. La vie de couple l’emmène ensuite à Amiens, d’où est originaire sa femme. Il y vivra 34 ans jusqu’à sa mort en 1905. 

Ces deux villes qui ont fortement marqué l’écrivain, s’imposent donc dans la réception de son héritage et la création de lieux patrimoniaux.

Naissance du musée nantais

A Nantes les premières célébrations deJules Verne commencent dès 1955 pour le 50e anniversaire de sa mort.Une association nantaise (La Société Académique de Nantes) lui consacre uneexposition. C’est au cours de cet événement que l’idée commence à germer d’un« musée Jules Verne ».

La bibliothèque municipale prend la suite.Ayant déjà plusieurs ouvrages de l’écrivain, dont certains offerts et dédicacéspar l’auteur lui-même, l’institution se penche sur la « star »locale. En 1963, elle lui consacre également une exposition pour célébrer lecentenaire des « VoyagesExtraordinaires ». La famille de l’écrivain touché par cet intérêtoffre à la ville une cinquantaine de lettres autographes de l’écrivain. C’estalors le point de départ de la spécialisation de la bibliothèque nantaise quiva orienter ses recherches et sa politique d’acquisition sur l’auteur.

La création du centre d’étude vernien estofficialisée au sein de la bibliothèque en 1969. Le musée deviendra ensuite unesorte d’annexe de la bibliothèque, un lieu de présentation et de médiationautour du fond vernien.

Le musée Jules Verne naît le 8 avril 1978, annéedu 150ème anniversaire de la naissance de Jules Verne à Nantes.L’évènement est largement fêté dans la ville, l’année 1978 est même déclaréeannée Jules Verne. Pour les 100 ans de sa mort en 2005, le musée est rénové.Aujourd’hui la bibliothèque est à nouveau en train de réfléchir à l’évolutiondu projet d’établissement du musée Jules Verne.

Unvoyage thématique plus que temporel

Le musée nantais propose d’explorer JulesVerne à travers plusieurs thématiques : la terre, le ciel, l’espace. Les premièressalles, plongent tout d’abord le public dans le contexte historique de lajeunesse de Jules Verne : la ville de Nantes en pleine effervescencemaritime et industrielle. Persuadé que cela a profondément inspiré le jeuneauteur, le lien avec le port de Nantes et la passion de Jules Verne pour les bateauxet les voyages sont très marqués. En témoignent plusieurs citations présentesdans le musée.

Les salles thématiques exposent au publictour à tour les inventions sous-marines et spatiales de l’inventeur avec denombreuses maquettes. Puis une place importante est donnée à l’écrivain,notamment à sa collaboration avec son éditeur Hetzel, mais aussi ses nombreusespièces de théâtre.

Enfin certaines pièces présententl’interprétation de l’œuvre de l’auteur par des artistes contemporains. Lessalles semi-permanentes, s’adaptent aux expositions temporaires. On y trouvenotamment beaucoup d’illustrateurs, ou encore d’extraits cinématographiques.

La scénographie est assez épurée et proposeplutôt de plonger dans les univers verniens, et dans sa réinterprétation actuelle.L’exposition est assez didactique et décrypte bien les passions de l’écrivain.L’idée ici n’est pas de réécrire l’histoire de Jules Verne, mais d’en présenterles grandes étapes, les grandes idées, et d’en perpétuer le souvenir.

Vue du muséeJules Verne avec la citation suivante : « Il y a cette circonstance que je suisné à Nantes, 

où mon enfance s’est tout entière écoulée (…) dans le mouvementmaritime d’une grande ville de commerce » © CdA.

Une des sallesde musée Jules Verne avec la citation suivante « Je n’ai jamais pu voir partirun 

vaisseau, navire de guerre ou simple bateau de pêche sans que mon être toutentier s’embarque à son bord. » © CdA.

Lanaissance du musée amiénois

Sur ses 34 ans de vie à Amiens Jules Vernehabita plusieurs maisons, mais c’est dans celle du 2 rue Charles-Dubois qu’il yrestera le plus longtemps. Dans cette très belle demeure du milieu du 19esiècle, typique du nord de la France en brique rouge, il mènera la grande vieavec de nombreuses réceptions.

Dès 1971, se rassemblent plusieurspassionnés et collectionneurs de Jules Verne pour se constituer en associationau sein de la maison de l’auteur. Ils commencent alors à constituer unecollection d’objets, ayant appartenu ou en lien avec l’homme. En1980, la ville d’Amiens achète la maison. Pour éviter qu’elle ne tombe enruine, des travaux sont réalisés l’année suivante pour que le Centre Internationalde Jules Verne s’y installe. Plusieurs projets de réhabilitation du site semettent en place comme une maison des sciences avec une partie consacrée àl’écrivain.

En 1990, 10 ans plus tard, la maison commenceà s’ouvrir au public. Des travaux sont à nouveau réalisés au rez-de-chausséepour restituer le salon de musique et la salle à manger de l’écrivain. Anouveau presque 10 ans plus tard, la ville laisse le CIJV (Centre Internationalde Jules Verne) gérer la maison officiellement. C’est alors que le bâtiment estclassé au sein de la Fédération des Maisons d’Écrivain et des Patrimoines Littéraires. Lefond vernien s’agrandit considérablement quand en 2000, le collectionneur PieroGondolo della Riva, cède 30 000 objets à la ville.

La Maison de Jules Verne fait peau neuve en 2006, grâceentre autres au scénographe François Schuiten (qui a réalisé la scénographie duTrain world à Bruxelles). Il ajoute à la tour de la maison un globe en métal toutà fait dans l’esprit de l’écrivain.

Une immersiondans la vie quotidienne de l’auteur

La maison a pris le parti de retranscrire une ambianced’époque, créer une maison intime. On plonge dans une habitation bourgeoise du19e avec quelques inspirations néogothiques comme  la Maison de Victor Hugo à Paris. Le visiteurfoule les pas de l’écrivain dans sa salle à manger, son fumoir, sabibliothèque, etc. On découvre que l’homme, d’une manière très prosaïque,écrivait dans un tout petit cabinet avec juste de quoi écrire, dormir etobserver les allers et venues des trains à travers une petite fenêtre. 

Est évoqué également l’homme politique, ce qui n’est pas lecas à Nantes, à juste titre car c’est à Amiens qu’il s’engagera dans le conseilmunicipal de la ville. Y figure donc des distinctions qui lui ont été remiseset des reproductions d’un de ses grands projets qui lui a tenu à cœur : lacréation d’un cirque à Amiens (aujourd’hui renommé cirque Jules Verne) pourpromouvoir la création artistique.

Puis, plus on monte dans les étage plus on s’évade dans desunivers oniriques. Au 3e étage sont évoqués les bateaux et lesvoyages avec la reconstitution d’une cabine de bateau qui nous immerge dans unebulle spatio-temporelle. Le dernier étage joue sur l’effet « grenier »dans un bric-à-brac d’objets évoquant la postérité de l’œuvre de Jules Verneavec des objets de cinéma, théâtre, des marionnettes, etc.

Globalement dans cette maison, l’ambiance estassez chargée, il y a beaucoup de collections, parfois un peu trop. Cependantl’objectif n’est pas le même qu’à Nantes, le public vient ici d’abord pourvisiter un bâtiment « historique », et s’imprégner de la vie et del’esprit de Jules Verne et ensuite butiner vers certains objets qui aurontpiqué sa curiosité.

Vue extérieure de laMaison Jules Verne, Amiens. © CdA.

Vue intérieure d’unesalle de la Maison Jules Verne, Amiens. © CdA.

Julesà Amiens, Verne à Nantes

Malgré des dates assez communes, les deuxsites verniens n’ont pas eu la même évolution. A Nantes, les choses se sontfaites assez rapidement, le premier musée nait à la fin des années 1980, alorsqu’à Amiens la ville rachète tout juste la maison. La force des deuxassociations à l’origine du musée diffère également. A Amiens, le CIJV s’estconstitué comme une association très puissante, puis le musée a été géré par lesbibliothèques de la ville. Il y a eu un transfert de compétences et de gestion.A Nantes, le lien avec la bibliothèque municipale est marqué dès l’origine etinstalle une belle continuité dans le temps, même si aujourd’hui le muséemériterait de prendre son envol.

Chaque musée a choisi en bonne intelligencede valoriser une facette de Jules Verne. A Nantes nous est présenté les rêvesde l’homme, ses inventions, ses passions, son univers si inspirant. Tandis qu’àAmiens, est recherché l’intimité avec l’écrivain, son lieu de vie, sesouvrages, et le contexte politique dans lequel il vécut.

Bien sûr ces deux villes n’ont pas lemonopole de la valorisation de Jules Verne . Tout comme les musées, lespassionnés du monde entier se font un plaisir de réinterpréter l’œuvre quitouche aussi bien le domaine de la littérature, de l’histoire, des sciences, dela politique, du cinéma, etc.

Charlotte Daban

#JulesVerne

#Amiens

#Nantes

#Littérature

#Voyage


Pour en savoir plus :

Musée de Jules Verne Nantes : http://www.julesverne.nantesmetropole.fr/home.html

Maison de Jules Verne Amiens : http://www.somme-tourisme.com/amiens-et-autres-histoires/jules-verne-dans-la-somme

Centre International de Jules Verne : http://www.jules-verne.net/index.php/le-centre

L'après 07/01/15 : Dire, écrire, exposer contre la pesanteur

Superbe édito publié par Laurent Joffrin dans Libération le vendredi 9janvier :

« […] La République vivra, enfin, parce que les démocraties sont des régimes de faible apparence et d’une force insoupçonnée. En général, elles gagnent les guerres. La soumission, contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, n’est pas leur fort. L’air du temps intellectuel et politique voudrait qu’elles soient sur le déclin, en décadence, que l’individu des droits de l’homme, déraciné, sans principes ni traditions, se détourne du bien commun et se laisse perde dans l’angoisse d’une liberté laissée à elle-même. Il n’y arien de plus faux. Certes, la société marchande fait souvent perdre de vue les valeurs fondatrices. Mais les épreuves les font ressurgir. La liberté est comme l’air, on la respire sans y penser. Mais si elle vient à manquer, chacun étouffe et se débat aussitôt pour la retrouver […] ».

Nous sommes tous bouleversés par ce qui est arrivé à la rédaction de Charlie Hebdo. La brutalité des faitsn’est pas le seul élément à l’origine de notre émotion. La cible de l’attentata éveillé en nous un sentiment indicible. De toute part, en France, lestémoignages se sont multipliés, et le besoin de verbaliser non seulement lesoutien mais aussi la perte éprouvée par chacun s’est manifesté.  

Et pour cause, notre sens du symbolique nous murmure « là c’est sûr,il y a quelque chose ».

Mon père psychanalyste me disait que depuis deux jours, tous sespatients avaient consacré leur séance aux  évènements. Tous, sans exception, ont témoignéde leur saisissement et certains ont tenté d’identifier les raisons pourlesquelles ils étaient aussi intimement affectés par l’assaut du 7 janvier. Lepsychanalyste, amoureux de la parole libre, « de la parole incongrue,insoumise à la force de l’habitude » semblait sans doute l’interlocuteuridéal pour aborder la trace laissée par la tentative, terrifiante, de mettre unterme à l’expression.

Les institutions culturelles ont elles aussi tenu à dire leurébranlement. Les collectivités, les musées et les bibliothèques ont réagiprestement, ressortant les archives de l’hebdomadaire qu’elles possédaientparfois. Beaucoup de ces structures se sont mises au travail, et ont commencé àconcevoir des expositions autour des dessins du journal satirique.


© BNF

La bibliothèque Kandinsky, située au niveau 3 du Centre Pompidou a notammentdécidé d’organiser une exposition sur les débuts du journal, de 1969 à 1986. LaBNF, qui avait consacré en 2012 une rétrospective à Wolinski, a quant à elle projetésur la façade de l’un de ses bâtiments un autoportrait du caricaturisteintitulé « Adieu ». Issue de l’album Vive la France (éditions du Seuil, 2013), l’image, monumentale, illuminedepuis jeudi les nuits qui nous séparent de la fin de la période de deuilnational.

Il est fort probable que les projets d’exposition en hommage auxdessinateurs, ou plus généralement consacrés à la liberté d’expression essaimentdans les prochaines semaines en France, pour notre plus grande satisfaction.

Mercredi 14 janvier, le prochain numéro du journal satirique sera publiéà un million d’exemplaires. Admiratifs de la détermination avec laquellel’équipe de rédaction s’est remise au travail, nous sommes nombreux à attendre dedécouvrir les textes et les dessins que les journalistes composent en ce moment.Ces documents sont les témoins que la parole libre continuera à s’élever,explorant tous les horizons qu’elle désire pour le faire, sans restriction.

N.D.

#charlie hebdo

#liberté de lapresse

L'exposition Samouraï. De la guerre à la voie des arts : Regards croisés, entre l'âme et le fer

À la cour du shogun Tokugawa, en ce début de 1701, ce fût la parole de trop pour Asano Naganori, seigneur d’Akô de la province d’Harima. Kira Yoshinaka, maître de cérémonies, venait encore une fois de le provoquer ! Quel ne fût alors pas son geste lorsque fou de rage, Asano dégaina son sabre et blessa Kira Yoshinaka. Outrage ultime1, Asano est condamné au seppuku, suicide rituel par hara-kiri. Refusant la sentence injustement appliquée à Asano, 47 de ses vassaux vengèrent la mort de leur maître en assassinant à leur tour Kira, dont la tête fût déposée sur la tombe d’Asano.  Ce fait historique, connu sous le nom de légende des 47 rônins2 est l’une des nombreuses histoires que l’exposition temporaire « Samouraï. De la guerre à la voie des arts » nous fait découvrir. Et pour cause, qui n’a jamais souhaité trouver en ces contes et légendes une part de vérité ?Faisant appel à notre imaginaire, le musée départemental des Arts Asiatiques de Nice retrace l’histoire de ces guerriers du Japon et leur insuffle une nouvelle dynamique. Car si les samouraïs portent en nous l’image de ces guerriers emplis d’honneur à la coiffure si caractéristique, l’exposition s’évertue à confronter mythe et réalité, opérant par la même occasion une remise en contexte de la figure du samouraï - aujourd’hui encore considéré comme l’un des emblèmes historiques de l’Archipel. À travers près de 250 pièces, le musée nous présente les vestiges de ces guerriers - tant dans leur mission première d’homme de guerre que dans leur vie quotidienne.

Affiche de l'exposition "Samouraï, De la guerre à la voie des arts" © Musée départemental des Arts asiatiques

 

À mesure que l’on descend les escaliers pour atteindre l’exposition, les yeux s’ouvrent, l’esprit s’éveille. Du rouge criard aux couleurs les plus sombres, ce sont une demi-douzaine d’armures face auxquelles le visiteur se retrouve confronté. Toutes différentes et rivalisant d’originalité, certaines possèdent des motifs en accord avec l’inspiration spirituelle de leur maître, d’autres des casques grimaçants et des barbes hirsutes. Placées en position assises et légèrement surélevées, certaines ont connu des batailles, tandis que d’autres n’étaient revêtues que lors des cérémonies3. Assemblées de manière complexe et en totale opposition face aux armures européennes (faites d’un même bloc), des schémas explicatifs nous permettent de comprendre l’agencement de l’armure du samouraï, dont les minuscules lamelles métalliques et de cuir sont reliées les unes aux autres par des cordons de soie4. Placés face à ces dernières, des écrans tactiles permettent aux enfants de reconstituer l’armure des samouraïs telles que portées jadis, tout en apprenant l’art de la fabrication du sabre de samouraï.  Si tout bushi5 se doit de pratiquer les armes, le sabre, mais aussi le tir à l’arc et - si ses moyens le permettent – l’équitation ; l’armure, plus légère et résistante, est aussi plus chère. Appelée l’ô-yoroi6 et revêtue durant les guerres féodales, seuls les daimyos et samouraïs les plus riches pouvaient s’en fabriquer une. En temps de paix, elle perdait toute valeur guerrière, devenant objet de richesse et de monstration avec force de décors, symboles religieux et matériaux précieux. Les casques et masques en métal, outre leur rôle protecteur, avaient également pour but de renseigner sur le statut du samouraï tout en effrayant les ennemis sur le champ de bataille. Exposées à leurs côtés, certaines des armes emblématiques des samouraïs comme la lame à lance courbe, le naginata - très utilisé par les moines et femmes samouraïs – ou encore le daisho – association du katana et du wakizashi – popularisé à l’époque de Momoyama et durant toute l’époque d’Edo. Les samouraïs sont alors les seuls japonais autorisés à les porter, ils ont le droit de vie ou de mort sur leurs concitoyens.

Armures de samouraïs exposées lors de l'exposition "Samouraï, De la guerre à la voie des arts" © Département des Alpes-Maritimes

Passant d’un espace circulaire à une salle aux proportions plus intimistes, la deuxième partie de l’exposition aborde le rapport des guerriers à la religion et plus généralement à la spiritualité. Fondés sur des emprunts à différents courants de pensées, le Bushidô – code des principes régissant la classe guerrière des samouraïs7 – tire ses principes du bouddhisme, du shintoïsme et du confucianisme. L’utilisation de photographies, d’objets et de tissus sont alors autant d’éléments permettant de comprendre la dévotion des samouraïs à ce code strict exigeant loyauté et honneur jusqu’à la mort. Respectant les sept vertus du guerrier - la droiture, la bienveillance, la politesse, la sincérité, l’honneur, la loyauté - le symbole de la libellule, présent de nombreuses fois au sein de l’exposition, est également là pour nous rappeler la dernière vertu du samouraï, le courage. Cette vertu, le samouraï doit en être empreint de tout son être ; car une fois son honneur sali, il doit se donner la mort afin de libérer son âme.

Photo de l'exposition © Département des Alpes-Maritimes

Cette ouverture sur la vie des samouraïs permet au visiteur de voir les costumes du quotidien, les activités et les objets particulièrement utilisés et appréciés des samouraïs. Dans la continuité de l’exposition, le visiteur découvre ainsi plusieurs « vitrines » au travers desquelles ont été reconstituées les scènes de vie de ces guerriers. Si le trop grand nombre d’objets de ces scènes empêche une lecture fluide de leur fonction, leur placement et leur rareté palie à cette gêne. Qu’il s’agisse des kimonos portés en dehors du champ de bataille (kashimonos), des ustensiles utilisés lors de la chasse à l’aigle ou encore du théâtre Nô, l’exposition nous ouvre également une porte vers les femmes de samouraïs plus que bienvenue, bien qu’encore insuffisante. S’accompagnant d’un certain nombre d’écrans à l’attention des enfants, le contenu muséographique permet de compléter ces « scénettes » au travers de grands faits historiques ayant marqué le règne de ces guerriers de l’Archipel. Malheureusement, si l’exposition retrace avec intérêt le parcours des samouraïs, la place attribuée aux écrans reste à retravailler. Possédant presque tous un contenu de médiation destinée aux enfants, le public plus âgé se retrouve face à beaucoup de textes, et n’ose participer aux activités ludiques proposées par les différents dispositifs numériques. Ponctués de questions numérotées auxquelles les enfants doivent répondre dans un carnet, cette médiation éloigne d’autant plus les visiteurs avertis que certains supports demandent à ce dernier de se mettre à genoux face aux écrans - position qui, outre les enfants, peut possiblement rebuter. Une grosse partie du contenu informatif, comme le rituel de fabrication du sabre de samouraï, n’est alors pas traité par une partie du public. À contrario, si les écrans sont plus accessibles à un public scolaire, le contenu historique de l’exposition leur est moins compréhensible. L’exposition se retrouve alors comme « tranchée » en deux parcours distincts, qu’il serait intéressant de rassembler afin de donner une meilleure vision du contenu informatif global. Se déroulant du 8 juillet au 7 janvier 2018, l’exposition du Musée des Arts Asiatiques permet de confronter notre regard et notre imaginaire à cette civilisation à la fois si connue, et pourtant si éloignée – tant géographiquement que culturellement – de nos contrées occidentales. Un retour dans le passé nous permettant de prendre conscience de l’articulation intrinsèque entre ces deux notions, qui sont l’art et la guerre.

E. C.#samouraïs  #Nice#expositiontemporaire#muséeartsasiatiques 

                                                                                                                                                    1 Il est interdit de dégainer son sabre au sein du palais du shogun.2 Rônins : guerriers qui n’ont plus de maître.3 Information tirée de l’exposition. 4 Ibid. 5 Cavaliers chargés de la protection de leur clan.6 Style d’armure correspondant au rang de Samouraï, richement décorée. 7 Ibid.

L'utopie réalisée












C'est naturellement par la rue André Godin que l'on accède au Familistère de
Guise. André Godin était un industriel philanthrope qui dirigea l'entreprise de
poêles en fonte du même nom, de 1840 jusqu'à sa mort en 1888. Largement
influencé par les théories fouriéristes, il prend très tôt conscience des
mauvaises conditions de vie des ouvriers et décide d'y remédier en repensant le
modèle du phalanstère cité utopique communautaire imaginée par Fourier et qui
serait le socle d'un nouvel État pour créer le Familistère de Guise, en 1858. Son but
premier est de proposer aux ouvriers qui le veulent un mode de vie
communautaire, doté de ce qu'il appelle les « équivalents de la richesse » :
eau potable, luminosité des appartements, bonne aération, accès à la culture
(par l'enseignement, la bibliothèque et le théâtre), bonne forme physique, etc.
Le Familistère représente un lieu hautement symbolique puisqu'il est considéré
comme la seule réalisation du socialisme utopique ayant réussi en France.






















Crédits : T.L



Cet ensemble de bâtiments, classé monument
historique, abrite depuis 2010 un établissement labellisé Musée de France. C'est
sous la forme d'un circuit que le visiteur est invité à découvrir les lieux du
Familistère, comme pour retracer la vie d'un habitant. Deux temps distincts
rythment cette visite.








Tout d'abord, et assez étonnamment, c'est dans
les bâtiments annexes que le visiteur est accueilli, et plus particulièrement
dans les économats. S'en suivront le théâtre, la bibliothèque, la piscine,
séchoir/laverie, etc. Ces bâtiments sont comme des îlots entourant le bâtiment
principal, qui proposent d'aborder chacun une thématique propre :
l'éducation pour le théâtre ou l'hygiène pour la piscine. A chaque fois,
l'histoire des lieux, le contenu purement historique, est présenté en vis-à-vis
d'idées plus globales et qui touchent à plusieurs disciplines. Ainsi, dans la
piscine, on trouve bien entendu la volonté de présenter l'usage des lieux, mais
également une mise en lien de celle-ci avec les théories hygiénistes de
l'époque. C'est également dans la piscine que l'on trouve une lecture
chronologique de l'architecture utopique, de Charles Fourier à Tony Garnier. 








Même constat dans le théâtre, où cette salle de
spectacle est prétexte à aborder le sujet de l'éducation et de confronter
Victor Hugo à Charles Fourier, le temps d'une projection. Cette mise en
perspective constante est intéressante et permet de se départir d'une
scénographie un peu trop « académique » que représente la mise en
vitrine d'objets. La muséographie, d'ailleurs, arrive à trouver un équilibre en
alliant exposition classique d'objets et nouvelles technologies. En plus du
visio-guide qui est proposé au visiteur, les différents espaces d'expositions
sont systématiquement accompagnés de vidéos explicatives qui permettent de
replacer les bâtiments dans leur contexte d'origine. Même si cette pratique est
aujourd'hui répandue dans la plupart des musées, elle apporte un réel intérêt à
ces grands bâtiments qui, de prime abord, paraissent mornes et sans vie. D'autant
que les supports sont variés : films, reconstitutions d'interviews, écrans
tactiles, ambiances sonores, etc. D'une certaine manière, l'utilisation des
technologies qui est faite au Familistère redonne vie au lieu. 























Crédits : T.L


Ensuite vient la visite du
bâtiment central, le « Palais social ». C'est le bâtiment que l'on
associe le plus facilement au Familistère, par sa position centrale dans
l'espace mais aussi par sa taille. Il renferme également une particularité
architecturale qui le rend, à première vue, plus attractif que les autres
bâtiments : une verrière centrale de plus de 11 000 carreaux. L'espace
qu'elle recouvre était utilisé comme un lieu de rassemblement et de
commémoration, comme lors de la Fête du Travail. Dans le Palais social se
trouvent plusieurs lieux d'expositions, répartis sur trois niveaux. Ainsi on y
découvre l'histoire du socialisme utopique et de ses expérimentations. C'est
également l'occasion de faire connaitre la vie de Jean-Baptiste André Godin à
travers son appartement. L'histoire de la construction du Familistère est
abordée, couplée à de nombreuses précisions techniques et architecturales. Le
visiteur pourra également découvrir les techniques de fabrication des poêles
Godin et les principaux concurrents de la marque. Notons qu'un appartement
d'époque est reconstitué, prélude pour aborder ensuite les loisirs au
Familistère ou encore son organisation administrative. 








A première vue, la richesse et la précision des
informations permettent de cerner ce qu'était le Familistère et son
fonctionnement jusque dans les moindres détails. En réalité, il s'avère que le
trop-plein d'informations rend la visite quelque peu « indigeste ». Cette
démarche d'exhaustivité est louable dans le sens ou elle peut apporter un savoir
précis, mais elle peut étouffer le visiteur qui se retrouve submergé
d'informations. Fort heureusement la scénographie relativement
« aérée » contre-balance ce sentiment. A noter également que si les
différentes thématiques se répondent tout au long de la visite, il est possible
d'en écarter certaines de son propre parcours, sans pour autant que cela nuise
à la compréhension globale du musée.













Actuellement le Familistère de Guise est entré
dans la deuxième phase du projet Utopia, grand projet visant à faire de ce lieu
un espace de culture et de tourisme, et surtout un espace de vie partagée.













                                                                                                                         
                                         
                     
                                                   
Thibault
Leonardis








L’Alimentarium de Vevey, un musée vivant pour explorer notre alimentation

Lors de son épopée suisse, la caravane arrageoise s’est arrêtée le temps d’une matinée à L’Alimentariumde Vevey. Monsieur Denis Roher, conservateur du musée, nous a accueillis et guidés au sein de cette institution entièrement dédiée à l’alimentation. Cette rencontre nous a permis de comprendre l’évolution du musée, ses partis pris mais également ses projets, car le musée prépare sa troisième version et fermera ses portes en 2014 pour deux ans de rénovation.  


Crédits : Camille Savoye

Monsieur Martin R. Shärer, anciennement à la direction du musée, a conçu les deux premières versions qui ont connu un succès et une reconnaissance certaine, tant de la part des spécialistes que du public. Des ouvrages tel que Promenades muséologiques et L'épopée d’une soupière font preuve de l’évolution de ses réflexions pour la conception d’une muséographie adaptée à la thématique de l’alimentation. C’est aujourd’hui à Monsieur Andres Fruger,nouveau directeur du musée, d’offrir une nouvelle gourmandise muséographique à son public.

Crédits : Camille Savoye

Le caractèreéphémère de l’aliment nécessite d’engager une réflexion sur l’objet à exposer. Celui-ciest en effet valorisé pour le sens qu’il permet d’apporter à l’exposition etnon pas pour parler de la collection du musée. Dans cette muséographie dudiscours « l’objet est utilisé comme moyen de mise en scène permettant unevisualisation explicative des faits absents »(Shärer, 2003). L’exposition permanente présente ainsi  des objets qui gravitent autour de l’alimentet le parcours de la visite se décompose en quatre espaces thématiques : acheter, cuisiner,mangeret digérer. Lerestaurant du musée s’inscrit au sein même de la démarche de l’institution etse présente comme un dispositif d’exposition vivant. Cet espace est accessiblepar l’entrée générale du musée, les cuisines sont ouvertes et proposent desmenus en adéquation avec les expositions, les saisons et les thématiquesdéterminées par la direction.

Crédits : Camille Savoye

L’alimentationest un objet d’études complexe et passionnant qui s’insère au sein de nombreux domaines :des implications liées au corps à un aspect sociologique, d’une approcheanthropologique à celle économique ou encore écologique.  Ces différentes approches sont exploitées toutau long du parcours et intègrent l’ensemble des espaces muséographiques par lebiais de dispositifs qui questionnent et interpellent. En arrivant dansl’espace acheter, deux grandes tables sont accrochées à la verticalele long du mur, sur celles-ci sont disposés les différents produits de consommationcourante au XIXème siècle pour l’une et au XXIème siècle pour l’autre. Cedispositif permet non seulement de comparer les différents modes de consommationmais également de penser à l’évolution des manières de tables et de questionnernos propres habitudes de consommation. La médiation orale, qui sera privilégiédans la troisième version du musée, permet d’exploiter toute la richesse de cedispositif.

Valoriser une médiation oralesemble en effet opportun pour un musée vivant ou le visiteur expérimente toutau long de sa visite. N’est-ce pas, par ailleurs, la meilleure façon d’aborderl’alimentation, par le biais du partage et d’une démarche conviviale ? Cecaractère inhérent à l’alimentation est par ailleurs très bien exploité dans lapartie cuisine du musée où de nombreux ateliers sont animés par lesmédiateurs-cuisiniers. Les ateliers permettentd’explorer l’aliment selon des thématiques, déterminées géographiquement ouhistoriquement. Ces ateliers ne sont pas conçus pour apprendre à mangeréquilibré mais pour expérimenter, découvrir des cultures à travers leuralimentation et interpeler notre palais. Chaque participant repart avec sapréparation, une belle occasion de partager chez soi l’expérience vécue aumusée et de prolonger sa visite. 

La cuisine semble avoir prisbeaucoup de place au sein de la structure au fil des années, ce qui ne semblepas être au déplaisir du public : le musée enregistre en moyenne 65 000entrées par an, composé d’autant d’adultes que d’enfants. Afin de rééquilibrerle musée et d’insérer une approche plus scientifique Monsieur Denis Rohrer,conservateur du musée, souhaite mettre en place une politique d’acquisitionafin d’enrichir la collection. Bien qu’il s’agisse d’une fondation Nestlé celle-cine se constitue non pas autour de l’entreprise mais bien sur l’alimentation engénéral.

Crédits : Camille Savoye

On note une recrudescenced’expositions temporaires sur le thème de l’alimentation, qu’il s’agisse deparler d’une culture (Les séductions du palais présenté au QuaiBranly) ou d’engager une réflexion sur ce que nous mangeons par le biais dedispositif interactif et pédagogique, souvent à l’intention d’un jeune public (A tous les goûts, Maison Folie de Lambersart, Qu’est ce qu’on mange ?PLUS de Capelle la grande). Desinstitutions explorent également cette thématique de façon permanente enFrance, tel que le centre d’art La cuisine dans le Tarn et Garonne et bientôtla Cité de la Gastronomie. Quelque soit le statut de l’institution culturelle,l’attractivité de cet objet d’étude, en ce qu’il fait parti intégrante duquotidien, par plaisir et nécessité, de façon naturelle et culturelle, permetd’attirer et de fidéliser un public et de l’emmener au cœur de problématiquessociétales.

CamilleSavoye

L'Alimentarium

 

La Tour Abbatiale : un musée de territoire témoin d'une historie locale

Situé à une quinzaine de kilomètres de Valenciennes, le musée municipal de Saint-Amand-les-Eaux est abrité dans la tour de l’ancienne église abbatiale. Cet édifice du XVIIème siècle, classé Monument Historique depuis 1846, a subi d’importantes rénovations de 2004 à 2012. Le musée bénéficie d’un cadre remarquable, et tient à conserver cette vocation intellectuelle et créative qui a fait la renommée de cet ancien édifice religieux influent.

Musée de la Tour Abbatiale © Idhem Mehdi

Des expositions temporaires qui traitent de l’histoire de la commune :

La visite débute dans la salle Lannoy, attenante à la boutique, et abritée sous une voûte sculptée en pierre. C’est ici que sont présentées les expositions temporaires tout au long de l’année, en rapport avec les collections permanentes, ou dans la continuité de la programmation culturelle municipale. Ces expositions abordent des thèmes particulièrement variés : art moderne et contemporain, faïences, histoire de l’édifice entre autres.

Celle qui s’y déroule actuellement depuis le 8 octobre 2016, et qui s’achèvera le 31 décembre 2016 s’intitule : « Par les Villes et les Champs, Regards d’artistes sur la vie quotidienne dans le Nord (1890-1950). » Le second volet de cette exposition est présenté au Musée d’Archéologie et d’Histoire Locale de Denain depuis le 19 octobre 2016, et jusqu’au 8 janvier 2017. Cette exposition temporaire traite des évolutions économiques et sociales ayant marqué la région au cours des XIXème, et XXème siècle.

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« Par les Villes et les Champs » © Ville de Saint-Amand-les-Eaux

En particulier la révolution humaine et paysagère propres à l’industrialisation, et son impact auprès de l’artisanat et de l’agriculture. Le parcours, qui ne propose pas de sens de visite spécifique, expose essentiellement des peintures à travers des parties thématiques. Quelques sculptures et objets sont aussi à découvrir, notamment un jeu de logique ancien. Les peintures présentent des scènes de genre de l’époque, et relatent des instants essentiels de la vie quotidienne.

L’exposition tient à refléter cette sensation de « bon vieux temps » auprès du visiteur contemporain, à travers une reconstitution qui placent ces œuvres dans leur contexte historique. La scénographie est sobre, et tient à mettre naturellement en valeur le style architectural de l’édifice. La couleur rouge des cimaises valorise les œuvres exposées, et renforce le message chaleureux véhiculé au travers des tableaux. Les choix en matière de lumière privilégient un éclairage doux, ce qui rehausse l’architecture du bâtiment.

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Salle d’exposition temporaire © Lucie Taverne

Parmi les peintures exposées, la plupart proviennent de collections de musées de la région, parmi lesquelles : le Musée diocésain d’art sacré de Cambrai, le Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, le Palais des Beaux-Arts de Lille, ou encore la Piscine de Roubaix. Ces prêts participent au succès de cette exposition, qui est sans doute l’une des plus importantes parmi celles présentées à la Tour Abbatiale.

Une collection permanente qui révèle un savoir-faire traditionnel :

La suite de la visite se poursuit à l’étage de la tour, où sont présentées les collections permanentes du musée municipal. Elles se sont constituées au début des années 1950 autour de la céramique amandinoise, avec plus de trois cent pièces de faïences du XVIIIème siècle. Une première salle expose des faïences anciennes et contemporaines, de même que leur technique de fabrication. Ces pièces témoignent de la renommée de la tradition céramique à Saint-Amand-les-Eaux, marquée par l’implantation de manufactures de porcelaine au sein de la ville à partir de 1705.

En effet, la commune disposait d’un environnement adéquat à l’installation d’une usine de faïence : un réseau routier qui facilitait le transport de la porcelaine, et la présence d’une forêt à proximité, permettait de disposer facilement de bois pour les fours. Une seconde salle, située sous une voûte à arcs brisés, présente des œuvres consacrées à l’histoire de l’abbaye. Sont aussi exposées des peintures et sculptures religieuses du XVIème au XVIIIème siècle des anciens Pays-Bas du Sud ; ainsi que des objets en lien avec l’art campanaire (claviers, cloches).

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Salle d’exposition permanente © Tripadvisor

Les restaurations récentes sont relativement visibles, puisqu’aucune trace de dégradations biologiques, humaines ou de sinistres sont à constater. Ce qui prouve à quel point l’édifice est bien entretenu en termes de conservation préventive. De même que pour la salle d’exposition temporaire au rez-de-chaussée, les choix scénographiques misent sur la sobriété, de sorte à ne pas dénaturer les décors sculptés de la tour abbatiale. Les céramiques sont exposées dans des salles aux murs blancs, à l’intérieur de vitrines quasi neuves, et sont mises en valeur grâce à la lumière naturelle qui pénètre l’intérieur des pièces, à travers de grandes fenêtres.

Un édifice municipal classé qui s’efforce de rester accessible :

La question de l’accessibilité se pose dès l’arrivée au musée puisque l’entrée s’effectue par une porte située sur la façade est de la tour ; porte qui est trop étroite pour permettre à des personnes en fauteuil roulant de pouvoir y accéder. Tout comme l’accès au premier étage, qui s’effectue par un escalier à vis situé près de l’entrée. Sachant que l’édifice n’est pas équipé d’un ascenseur, le musée demeure donc difficilement accessible pour certains types de publics. La mise en accès de l’édifice pour les personnes à mobilité réduite semble difficilement envisageable du fait que le monument soit classé, et compte-tenu aussi du manque de moyens en termes financiers et humains dont dispose le musée.

En matière de signalétique, seul un panneau dans la salle d’accueil indique la direction à suivre pour accéder à l’exposition temporaire et les collections permanentes. Panneau qui n’est pas forcément visible de prime abord. D’autant que certaines œuvres de la collection permanente qui sont présentées en vitrines ne possèdent pas de cartels. Malgré tout, certains éléments portent à croire que le Musée de la Tour Abbatiale s’applique à élargir son accès au plus grand nombre. Tout d’abord, le fait que le musée soit ouvert toute l’année, et tous les jours de la semaine (excepté le mardi).

La visite est gratuite, il suffit simplement d’indiquer son code postal à son arrivée. Bien qu’il n’existe pas d’outils d’aide de compréhension à la visite, l’accueil du musée qui fait également office de boutique, propose en libre-service divers documents : catalogues d’exposition, documents informatifs sur l’édifice, programmes d’activités, etc. Des cartels et panneaux explicatifs clair et illustrés aident à la compréhension du visiteur, aussi bien dans la salle d’exposition temporaire que permanente. Les informations mentionnées sont aisément compréhensibles, et s’adressent de ce fait à un large public.

Des activités de médiation de qualité adaptées à tous sont organisées tout le long de l’année. D’autres sont proposées de manière ponctuelle dans le cadre des expositions temporaires. La plupart sont gratuites, et s’adressent à un public familial, ou demeurent à un prix relativement accessible. La Tour Abbatiale assume ainsi pleinement son identité de musée municipal ancré dans son territoire. Un musée municipal prometteur, qui s’évertue à se réinventer, et à demeurer ouvert au public le plus large.

                                                                                                                    Joanna Labussière

#Architecture

#Céramique

#Monument Historique

Pour plus d’informations : http://www.saint-amand-les-eaux.fr/fr/culture/musee-expositions/musee.htm

Le MRAC : un espace hors du temps, récit d’un parcours de visite atypique









© L.V., 2012


Si vous aussi vous voulez voir à quoi ressemble un rat-taupe, si vous ignorez ce qu’est un cob de Thomas et si les petites bébêtes et autres parasites tels que le célèbre ténia ne sont pas pour vous synonymes d’effroi, alors le Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren vous tend les bras ! Les passionnés de sciences naturelles et d’objets ethnographiques vont se régaler en déambulant dans ce musée, situé à environ 15kms de Bruxelles.

Excentré, l’environnement champêtre immédiat du musée vous dépaysera, vous éloignant des quartiers bruyants de la ville. En effet, de vastes jardins à la française représentent le cadre principal du musée. Une fois gravies les marches centrales pour accéder au musée, tournez le dos, regardez face à vous : la profondeur de champ et le tracé rectiligne des jardins pourront vous faire penser à Versailles. A l’entrée, loin des portes automatiques modernes, vous devez pousser le tourniquet manuel. Acte insignifiant certes, mais qui implique déjà le visiteur dans son parcours quand traditionnellement les portes s’ouvrent d’elles-mêmes. Pendant que vous avancez, vous pouvez observer le hall d’entrée aux décors luxueux où se côtoient marbre et statues dorées à l’or fin.





Un musée en mutation 


Une visite atypique, pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que ce musée, érigé en son espace actuel en 1910 sous l’impulsion de Leopold II (deuxième roi des Belges), est en travaux depuis 2010. Privilège au public qui d’ordinaire pendant ces moments cruciaux de transformation aurait trouvé porte close en ce privant de cette expérience unique : côtoyer le musée dans son intimité. Le parcours de visite est logiquement impacté, la déambulation modifiée. Des moments de vie interne au musée habituellement effectués à l’abri des regards, peuvent alors être visibles. Le personnel peut par exemple installer des signalétiques amovibles sous vos yeux, alors que vous regardez un diorama de la faune africaine. Outre cet aspect, les curieux du monde muséal et de son histoire y trouveront leur compte. La muséographie est ancienne et certains outils de médiation sont à son image « les dernières grandes adaptations remontent à l’Expo 58, soit il y a plus de 50 ans » annonce le MRAC sur son site internet. Dans certaines salles, des schémas annotés ou animaux sont dessinés et dans d’autres (première salle de l’exposition permanente), la disposition des expôts dans les vitrines latérales est sommaire et classique. Une dizaine d’objets y sont disposés, espacés et référencés par des numéros. D’anciens cartels « vintage » recto-verso (bilingues) sont disposés sur un côté des vitrines ; y figurent numéros et explications respectives. En dessous du texte est reproduite sous forme de dessin la disposition exacte et numérotée des objets dans la vitrine. 


Ces outils de médiation peuvent révéler la construction de la pensée et la conception muséographique au cours du temps. Ils mettent en évidence l’évolution des considérations intellectuelles ou morales successives, chaque médiation étant révélatrice de son époque.









Une médiation irrégulière


Dans la première salle, la cohabitation de plusieurs «
générations de médiation apparaît anachronique. Des installations multimédia
sons installées autour d’une vitrine centrale plus moderne que les autres. Des
casques sont à votre disposition et plusieurs interprétations musicales
traditionnelles vous sont disponibles au choix. Simultanément au son,
l’appréciation de l’espace s’en voit modifié, avec les objets ethnographiques
des populations indigènes dans le champ de vision : entre immersion dans la
culture africaine et mise à distance liée au malaise propre à l’histoire
coloniale. Au cours de la visite, le fait que l’amateur puisse visualiser la
prise de recul du musée sur sa propre histoire est positif. Par exemple, dans la
« galerie des mammifères » une photographie de l’ancienne muséographie de la
pièce est présente et l’évolution de la disposition antérieure vers l’actuelle
est expliquée. Il est de nouveau possible de retracer le cheminement
intellectuel de la pensée. Aussi, à la fin de la visite, une vitrine de
sensibilisation à la maltraitance des animaux est intitulée « Pour éviter ceci
». On peut y voir un bébé singe en cage habillé d’un tee-shirt (comme écho
certains cirques) un sac en peau de crocodile ou un tissu en peau de léopard.
La présence de cette vitrine sous-tend la prise de conscience des plausibles
conditions de capture de la faune à l’époque et toujours présentée dans le
musée. Mais cet élan de médiation paraît succinct : vitrine étroite
comparativement aux dioramas, multiplication de cartels à la typographie
réduite et scénographie plutôt basique.




D’autre part, initiative intéressante, un espace destiné aux
enfants de 7 à 12 ans, assimilable à un « mini-musée » condensé intitulé Fleuve
Congo
a été construit en 2009. Celui-ci, désormais intégré à l’exposition
permanente, est adapté à ce jeune public et rend accessible les informations
sur le fleuve grâce à une présentation ludique et interactive. Plusieurs jeux
didactiques sont mis à disposition sous des formes attractives : puzzles
géants, marelle sur la thématique du courant ou encore « À chaque poisson sa
pêche », labyrinthe où un bon agencement des pièces permet de faire
correspondre une technique de pêche à un poisson. De plus, une zone axée sur la
lecture met à disposition des romans. Inutile de préciser que plusieurs zones
de repos ou assises sont proposées dans cet espace.







Des collections variées 


Les collections du musée,
ressources comme témoignage historique et outil scientifique, sont constituées
à la fois à partir des objets récoltés par les administrateurs coloniaux, les
militaires, les missionnaires, les commerçants et les scientifiques (avant
1960) et de ceux apportés par les scientifiques en collaboration avec les
instituts africains –achats, dons, etc.- (après 1960). Celles-ci concernent
l’Afrique centrale et proviennent principalement de la République démocratique
du Congo. De nombreux dioramas présentent la faune en taxidermie et un
important insectarium est donné à voir. Poissons et autres espèces aux milieux
naturels divers sont quant à eux montrés et conservés dans du formol ou de
l’alcool.







              Enfin le bémol de ce musée, à
d’autres égards fécond, c’est un aspect trop peu dynamique et une pauvre
interaction avec le public. Mais c’est sans doute ce caractère figé, comme
arrêté dans le temps, qui en fait tout son charme. Néanmoins, le visiteur peut
être heurté car certaines salles mettent en avant le point de vue belge sur les
bénéfices de la colonisation du Congo. Il semble d’ailleurs que la désuétude de
ces propos ne soit pas suffisamment mise en exergue par une note 
explicative in situ. Cependant, de cette manière, le public
peut s’immiscer dans une muséographie datée et comprendre ainsi l’enjeu des
propos énoncés qu’il est utile de mettre en comparaison avec le discours actuel
sur la colonisation. A voir ce que la rénovation proposera en termes de
réactualisation de ces discours. En revanche, si la superposition de l’ambiance
des travaux et de celle d’un musée, communément plus serein, ne vous dérange
pas ou vous intrigue, n’hésitez pas à vous y rendre rapidement, il fermera ses
portes mi 2013. Petit contraste significatif, si vous accédez aux toilettes
vous serez accueillis par le rythme tonique des chansons populaires diffusées
par la radio d’ouvriers !




Lucie Vallade








Le Musée des familles


« Expédition »
dans le grenier de mes grands-parents



 





Crédits : A.D









Qui n’est jamais allé à une brocante
ou un vide-grenier, pour chiner des objets du passé : objets démodés
devenus vintage, souvenirs d’enfance, objets de collection ? Et qui
n’a jamais eu envie d’aller fouiner dans le grenier de ses ancêtres pour
dénicher de petits trésors ? et tenter d’imaginer leur vie ? Maintes fois,
j’ai exploré le grenier de mes grands-parents. J‘y ai trouvé les traces
d’intrus : rats, souris, araignées, mites, passés avant moi et qui ont
marqué leur passage. Parmi les nombreux témoignages du passé que j’ai pu
trouver, j’y ai découvert :


 Le musée des familles : Lectures du
Soir.




Le musée des familles : de quoi s’agit-il ?





Crédits : A.D






Vous vous
doutez que cette revue ou plutôt, ce gros livre épais, jauni et abimé m’a
intriguée. Petite recherche et j’apprends qu’il s’agit de l'un des tout
premiers périodiques illustrés à bas prix du XIXe siècle en France. L’abonnement annuel est fixé à 5 francs
à Paris et 7 francs pour la Province quand le salaire journalier d’un ouvrier
est compris entre 1,25 à 3 francs dans les régions du Nord (Paul Paillat, La
vie et la condition ouvrière en France de 1815 à 1830
).




Cette revue hebdomadaire voit le jour en
1833 puis devient mensuelle et enfin, bi-mensuelle. Entre 1845 et 1880, elle
devient très populaire et est même promue par le ministère de l’instruction
publique. La revue cesse de paraître en 1900 après une vente du journal et un
désengagement de son nouvel éditeur. Intéressant, mais pourquoi une revue
appelé « musée » ? 




Le
passé dépoussiéré








J’ai
parcouru les deux tomes de cette revue que j’avais retrouvés, pour en
comprendre le contenu. Au cours de ce voyage temporel, j’ai rencontré plusieurs
rubriques : « chroniques du mois » accompagnée d’un rébus,
« études religieuses », « science en famille »,
« légendes et chroniques populaires », des anecdotes historiques, des
poèmes, des partitions et également des « contes en famille ». Ces
derniers sont rédigés par de grands écrivains du XIXe tels Balzac,
Dumas, Théophile Gautier, Victor Hugo, Jules Verne, etc. Ils sont conçus comme
des feuilletons, et leurs auteurs semblent pouvoir s’exprimer librement. 




Le musée
retrouvé ?








Par
son titre, cette revue se rêve en musée accessible à toutes les familles, à
l'époque où s'invente la protection du patrimoine et alors que la première
liste de monuments classés est publiée en 1842. La revue se rêve en musée qui
vient à ceux qui ne vont pas au musée, et qu'on se raconte le soir, en famille.
Ce qui rapproche la revue d’un musée, ce sont les gravures représentant des
artéfacts. En effet, les objets représentés sont exposés dans des musées comme
le musée des Souverainsau Louvre. Ces gravures rappellent par ailleurs
les planches illustratives de l’Encyclopédie d’Alembert et Diderot.







Crédits : A.D






Ces
représentations d’objets sont légendées et accompagnées de textes, on peut lire :
« la salle des Bourbons contient, dans des armoires vitrées, adossées aux
murs, une foule d’objets ayant appartenu aux rois de France ». Les
explications données sur les objets exposés dans cette salle et la description
des parcours permettent de comprendre la muséographie de l’époque au musée du
Louvre. Toutefois, la simple représentation de ces objets ne fait pas de cette
revue une exposition ou un musée. En effet, ces objets sont sortis de leur
contexte d’exposition.




Néanmoins, la forme de la « revue »,
avec ses multiples contenus, donne au lecteur la liberté de choisir ses
lectures et de parcourir les pages, comme il déambulerait dans une exposition,
si on relit le traité d’expologie dans lequel Serge Chaumier décrit brièvement
la distance existant entre un livre et une exposition :
« l’exposition correspond moins à une histoire qu’à un enchevêtrement de
sens, elle est composée de multiples histoires qui pour finir permettent de
produire une histoire, celle que le visiteur se construit par interaction avec
les propositions». 




Le
musée à domicile ?








Cette
revue est la première à donner un meilleur accès à la culture aux classes
populaires, notamment par des illustrations qui facilitent la compréhension des
contenus. Les grandes institutions muséales réussissent ainsi à ouvrir leurs
contenus aux personnes éloignées de la capitale, comme le prouve ma découverte
de ce périodique dans un village rural de Franche-Comté. Aujourd’hui, même si
les structures muséales sont plus nombreuses sur l’ensemble du territoire,
elles s’évertuent encore à rendre accessibles leurs collections en-dehors de
leurs murs par l’intermédiaire des catalogues d’exposition, des musées
virtuels, d’outils de médiation. Mais rien ne remplace une visite au musée !
D’ailleurs, l’accueil des familles est désormais au cœur des préoccupations des
musées, comme l’atteste l’offre diversifiée de parcours adaptés et les études
menées sur ce sujet.















Anaïs
Dondez
 




# livres anciens


# musée hors-les-murs

# 19e siècle













Le musée Rautenstrauch-Joest à Cologne : comment visiter un musée d'ethnologie allemand sans en parler un mot ?

Le musée Rautenstrauch-Joest, fraichement ré-ouvert en 2010, a été crée en 1901, suite aux collectes menées par Wilhelm Joest et Eugen Rautenstrauch,deux ethnologues allemands passionnés de voyages et de cultures. Sillonnant un monde marqué par les grandes conquêtes coloniales – et profitant aussi de celles-ci pour leurs recherches anthropologiques - ils rassemblent très rapidement près de 33 400 objets (en 1918). Ces fonds à la porté historique et sociale extraordinaire sont issus à 30% des colonies allemandes : la place qu’occupe le colonialisme européen dans notre connaissance des peuples et modes de vie « exotiques » y est clairement affirmée.

Situé au cœur de Cologne, une ville cosmopolite à 3 heures des Pays Bas, de la Belgique et de la France, ce musée parvient-il à ouvrir son contenu à un public étranger? Quel niveau de lecture est offert au visiteur non-allemand? Partons à la découverte des salles du musée ! 

10h15 : arrivée au musée. Réception agréable à l’accueil, où lepersonnel – bilingue - offre au visiteur le guide de l’exposition en anglais,et lui propose également l’utilisation gratuite de l’audioguide. 


Dire "Bonjour" autour du monde
©PW

10h20 : bienvenue au musée ! Grâce à un prologue intelligent, lemusée accueille ses visiteurs avec une vidéo nous montrant les multiples façonsde se dire « bonjour » dans le monde. Le public est donc prévenu :nous sommes bien dans un musée d’ethnologie qui se veut ludique etmoderne !

10h40 : Après avoir traversé la culture javanaiseet découvert les hypnotisantes marionnettes WayangKulit, le musée propose une petite contextualisation du travailethnologique de l’époque au travers des grands anthropologues européens. Unlien fort est fait entre cette vague d’intérêt pour l’ethnologie et le désird’éduquer et d’ouvrir les horizons de la société européenne aux culturesd’ailleurs. Les cartels et animations interactives existent en deux langues, allemand et anglais, la seconde parfois bien difficile à découvrir dans lesmanipulations…

Couper courtaux stéréotypes de l’Afrique 

©Rautenstrauch-Joest Museum

11h00 : Déconstruire les clichés. Dans unesalle blanche immersive, des photographies et des vidéos sont projetées sur de petitesportes, blanches elles aussi. Cette iconographie pleine de préjugés sur lespeuples africains est alors déconstruire : le visiteur a la possibilitéd’ouvrir ces portes et de découvrir la réalité de la situation en Afrique et dela place –coupable- du monde occidental dans la situation despays émergeant. Excellent moyen de couper court à nos préjugés les plus« innocents », ces animations se passent souvent de langage pour êtrecomprises et assimilées, grâce à une iconographie pertinente et des titres trèsparlants. Néanmoins, rien ne remplace le texte et les informations essentiellesà la compréhension de cette situation politique et économique complexe.  

Carte de laprovenance des collections ©PW

11h20 : Démarche intéressante pour un musée, qui propose un espaceréservé au travail de restauration, de mise en exposition d’objets, et de l’aspectdiscutable de ces sélections. Une réelle remise en question du discoursmuséal ! Cette salle au plafond haut, intitulé « Le monde dans une vitrine : le musée » propose plusieurstables tactiles bilingues, en rapport avec les contraintes chimiques de larestauration d’objets. Mais, plus original, le musée expose la carte des provenancesd’objets, et l’évidence du rapport entre colonialisme et connaissanceethnologique. 

Extrait d’uncartel explicatif :

« Les expositions sont les fenêtres à travers lesquellesun musée est perçu par un public, et en même temps, elles constituent un filtrequi transmet la vie et le monde d’autres cultures dans des musées d’anthropologievisitables. Les expositions sont une interprétation plutôt qu’unereprésentation de la réalité. Le choix des objets, la façon dont ils sontprésentés, et l’interaction qui est faite, les différents médias, et lascénographie déterminent la perceptionet la compréhension des visiteurs. Les lectures, les films, et lesévénements divers complètent la vocation éducative du musée. »

Les processus de mondialisation et l’émancipationpolitique posent à présent de nouveaux défispour ces musées. Cela questionne sur un retour à des objets anciens, auproblème de la présentationcontemporaine des cultures, et la quête de nouveaux champs de collectes,pertinentes pour le monde d’aujourd’hui. »

Le visiteur aura ensuite la chance de découvrir denombreuses salles aux superbes décors (dont on évitera de vous dévoiler tousles détails) : les portes dans le monde et leur signification, les espacesde vie et l’analyse des cultures sédentaires, et une fabuleuse salle sur l’habillementet le langage du corps.

Muséographie logique ? Le parcours se clôt avecles rites funèbres des sociétés… L’accès à « l’au-delà » est concrètementreprésenté ! Le passage des visiteurs par un espace de longs rideauxblancs à frange, accompagné d’une musique apaisante et de fauteuils derepos,  a de quoi surprendre !

Alors, quid du visiteurétranger ?

La place forte du visuel parvient à faire comprendrele discours à un public non-germanophone. Les photographies, graphiques,cartes, supports audiovisuels et multimédias  constituent un relai parfaitement maitrisé dutexte dans ce musée.

La qualitéde la scénographie et de la mise en espace permettent une« immersion » complète du visiteur, le positionnant dans unesituation propice à la compréhension du contenu. Les cartels assez courtsponctuant chaque entrée de salle sont agréables à lire, et rédigés dans unanglais assez compréhensible !  Quelquesfrustrations apparaissent cependant quand les cartels ne sont pas bilingues etque l’utilisation de l’audioguide s’impose alors. Évidemment, les difficultésd’un musée à traduire l’ensemble des textes sont compréhensibles, notammentpour des questions de place et d’équilibre visuel.

En conclusion, la visite de ce musée au regardoriginal est vivement conseillée ! Si votre niveau d’anglais est assezbon, foncez à Cologne ! La possibilité de louer un audioguide complète lestraductions manquantes des objets exposés, mais elle vous coupera un peu des sympathiquesAllemands qui vous accompagneront alors…

Pauline Wittmann

Pour en savoir plus : Lien vers la page web du musée

#ethnologie

 #public étranger

#Cologne

Le tourisme noir : une désolation ?

L'approfondissement d'un sujet provient parfois d'une lecture, d'un ouvrage marquant. L'ouvrage du photographe Ambroise Tézenas, Le tourisme de la désolation, en fait partie. Son travail s'est articulé autour des sites emblématiques du « tourisme noir » et de la fascination des visiteurs pour ces endroits.

L'approfondissement d'un sujet provient parfois d'une lecture, d'un ouvrage marquant. L'ouvrage du photographe Ambroise Tézenas, Le tourisme de la désolation, en fait partie. Son travail s'est articulé autour des sites emblématiques du « tourisme noir » et de la fascination des visiteurs pour ces endroits. Cependant, qu'englobe cette notion de « tourisme noir »,ou celle de « tourisme sombre » ou encore de « tourisme de mémoire » : ces appellations, qui devraient englober le même phénomène, sont pourtant floues et recouvrent des réalités bien différentes. Un facteur les lie cependant tous : ce tourisme est associé aux plus grandes tragédies de l’histoire de l’humanité ou plus largement à des sites associés à la mort historique, accidentelle et/ou massive. Il est souvent en lien avec l’histoire locale du pays et associé à une catastrophe naturelle, un mémorial ou un camp de concentration. Un fait divers peut aussi entrainer le développement d’un tourisme noir plus immédiat. Ainsi, la frontière entre le tourisme voyeuriste et réel travail de mémoire est parfois fragile, aboutissant à des pratiques toujours plus extrêmes. Les raisons ? Des propositions toujours plus variées de la part des tour-opérateurs face à l’attraction des touristes amateurs de « sensations fortes ». Un véritable marché s’est construit autour de cette question du tourisme noir : les sites de catastrophes industrielles, écologiques, des génocides sont autant de lieux qui attirent. Les sources scientifiques sur le tourisme noir sont rares mais se multiplient néanmoins à travers l’actualité et les médias, qui saisissent les tendances actuelles de ce tourisme, massif mais singulier. L'année 2014 était ainsi l'année du tourisme de mémoire en lien avec le Centenaire de la Première Guerre Mondiale. 

La terminologiede « tourisme noir » (dark tourism) n’est apparue qu’en 1996 avec lestravaux de John Lennon et Malcom Folley qui le définissent comme « l’actede voyager vers des sites qui sont associés à la mort, à la souffrance et aumacabre ». L’étude d’un tel phénomène est donc très récente et lesrecherches réalisées ne permettent pas une vision exhaustive de la question dutourisme noir, tant elle englobe des réalités larges et des formes prises diversifiées.Les formes les plus courantes et les plus pratiquées se tournent davantage versles lieux où des structures mémorielles ou muséales ont été installées suiteaux évènements qui s’y sont produits. Cela concerne les lieux de catastrophesécologiques et humaines comme Hiroshima, Tchernobyl ; les lieux degénocide comme les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale, leslieux du génocide du Rwanda ; les champs de batailles historiques (lieuxde bombardement), et les lieux d’attentat ou d’assassinat. John Lennon etMalcom Foley soulignent aussi l’émergence d’un tourisme noir concernant desévènements actuels vers des zones de conflits ou des zones à risques (on parlealors de risk tourism).

Il est pourtantpossible de se demander : Pourquoi conserver de tels lieux ? Quelle place cessites ont-ils dans le paysage culturel ? Comment les conserver et élaborer desdispositifs de médiation auprès du public ? 

Les questionsrelatives à la conservation des sites liés à la mort et/ou à des évènementshistoriques dévastateurs s’avèrent souvent complexe. Pourquoi conserver deslieux symbolisant la barbarie de l’homme à son paroxysme ou  des lieux de mort massive ? Toutd’abord car la conservation de ce « patrimoine sombre » assurerait untravail de mémoire : la présence de ces sites attestent des évènements etévite la négation du passé pour les générations futures. Avant d’être touristiques,ces sites sont avant tout des témoignages de l’Histoire de l’Humanité. Ilsappartiennent à une notion de patrimoine élargi dont la portée historique etmémorielle est fondamentale. Leur conservation semble donc primordiale pourgarder des témoignages matériels des évènements passés. Cette présence physiquedes sites constitue une mise en garde sur les conséquences tragiques desgouvernements totalitaires. C’est certainement dans cette perspective que lesouci d’authenticité de ces sites a été si important en Europe. Ainsi, des institutionsmondiales comme l’UNESCO prennent en compte, depuis le début du XXèmesiècle, ce patrimoine lié à la mort. En 1979, le camp d’Auschwitz est parexemple inscrit au patrimonial mondial de l’UNESCO rappelant que l’idée de« culture » de l’UNESCO n’est pas réservée aux témoignages positifsde l’Histoire de l’humanité. Concernant le camp de concentration d’Auschwitz,l’UNESCO spécifie l’aspect authentique du site : « Lesite et son paysage représentent un haut niveau d'authenticité et d'intégrité d'autantque les preuves originelles ont été soigneusement conservées, sans aucunerestauration superflue ». Mais ce souci de conserver l’état originel dulieu est assez récent. Birkenau, jusque dans les années 90, est laissé enfriche, la végétation envahit tout l’espace. Ce n’est qu’après qu’un entretiensystématique de la végétation a été organisé afin de garder l’aspect du camptel qu’il était lors de son fonctionnement. Le problème qui se pose aujourd’huipour le camp est celui de la conservation des objets exposés en raison de leurvaleur mémorielle forte. Les chaussures, les cheveux, les valises doiventbénéficier d’un entretien spécifique comme d’autres collections de musée carils subissent les effets du temps : les cheveux blanchissent et les couleursdes objets se délavent. Depuis 1993, toutefois, des étudiants s’occupent de laconservation préventive de ces « objets » singuliers, de façontoujours plus scientifique. Le nettoyage est privilégié plutôt que la véritablerestauration, rendant un état presque originel aux objets. Les problématiques de conservationabordées à travers cet exemple sont valables pour un grand nombre de sites liésau tourisme de mémoire. Mais la question de la conservation est souvent liéeaux politiques et considérations patrimoniales locales. 

Ensuite se posela question de la médiation au public : comment la politique des publics de cessites est-elle gérée ? Quel message de tels lieux peuvent/doivent transmettre ?La visite d’un lieu de mémoire est une expérience particulière qui mêle lerapport au lieu, à l'Histoire, à la mémoire et dans laquelle les dispositifs decommunication et de médiation jouent leur rôle. Aujourd’hui,en France et majoritairement en Europe, le but affiché de la plupart des lieuxde mémoire est de permettre au public de comprendre le plus objectivement possible l’histoireà travers celle du site. L’effort est donc mis sur la qualitépédagogique du propos historique,et sur la miseen œuvre des outils de médiation (expositions, ateliers,audioguides, livrets de visite, applications multimédia, etc.). La documentation visuelle(photographie, visites guidées ou explications données aux visiteurs) demeurecapitale en tant que rappel historique, remémoration et archive documentaire. Eneffet, les structures se retrouvent confrontées aux limites du langage face àla description des drames qu’ont connus certains lieux. Cette impuissance àdécrire ces évènements se retrouve dans l’ouvrage d’Ambroise Tézenas quiréutilise les brochures touristiques pour accompagner ses photographies. Unvisuel reste toujours plus authentique et parlant que le discours. L’image estimportante puisqu’elle permet d’approcher une réalité historique. En revanche,l’utilisation répétitive d’images crues et violentes (victimes, fossescommunes, trains de déportés) peut à la longue produire un effet d’accumulationobsessionnelle et de fascination morbide qui estompe le sujet jusqu’à lui ôtersa réalité (Lanzmann, 1995). De fait la constante remémoration du passéprésente en elle-même un danger, en particulier dans le cas d’une tentative demanipulation ou d’une tendance à la schématisation, qui risque de rabaisser oude banaliser la somme immense de questions que pose ce passé. Les siteseux-mêmes semblent représenter la réalité, et la tâche du commentateur estalors d’une importance essentielle. En effet, c’est lui qui va permettre ou nonau public de faire la différence entre le vrai et le faux, la réalité et lareconstitution. Ambroize Tézenas met d’ailleurs en garde sur la subjectivité dudiscours tenu. Selon George Steiner (2010), il vaut mieux « ne pas ajouterla futilité du débat littéraire ou sociologique à l’indicible ». Toutefoisse taire, ne pas porter témoignage ni décrypter ces données pose aussi laquestion d’un éventuel décalage, qui pourrait inciter les générations futures àignorer ou a oublier ce qu’ont produit ces tragiques évènements  ou ces terribles périodes de l’histoirede l’humanité. La médiation dans les lieux représentatifs du tourisme noir estdonc complexe : elle relève du sensible, de la conscience collective mais ausside l'Histoire et de la mémoire. Il n'y a pas de solution idéale, les réflexionssur la transmission et l'ouverture au public de ces lieux doivent êtreconstantes pour ne pas enfermer ces endroits sous la chape du tourisme. 

Une dernière réflexion s'oriente davantage sur les dérives possiblesde ce tourisme noir. Les touristes sont toujours plus nombreux à visiter lescamps de concentration, les lieux de génocide ou de guerre. Le tourisme demémoire relève-t-il aujourd’hui de l’industrie du tourisme de masse ? Se posentalors des questions d’ordre éthique et moral : quel équilibre trouver entrel’exploitation d’un site touristique et le respect dû à un lieu sensible ? Danscertaines régions, le tourisme de mémoire constitue un « complément »de l'offre touristique traditionnelle, contrairement à d’autres comme laNormandie ou la Lorraine, où ce type de tourisme va être le seul élémentstructurant pour le territoire, avec un nombre de visiteurs important. Leschiffres de fréquentation des lieux de mémoire ne cessent d’augmenter, tandisque s’éloigne l’événement historique dont il témoigne. Mais au delà de cetafflux de tourisme quelles sont les dérives possibles ?  L'exemple d'Auschwitz-Birkenau est surce point très révélateur. En raison de sa taille importante (le plus vaste desensembles de camps de concentration), Auschwitz est devenu le symbole des campsde concentration, de la « solution finale ». Le visiteur qui vient au camp arrivesouvent avec un bagage de connaissances important sur la question des camps deconcentration et une mémoire visuelle commune diffusée par tous les médias. Lesimages des camps ne « surprennent » plus, c’est le fait de venir auvéritable endroit qui compte. Inéluctablement, au fil des années, un tourismede masse s’est développé pour ce site, ayant accueilli vingt-cinq millions devisiteurs depuis son ouverture, posant de nombreuses problématiques. Celachange notamment le rapport à ce site et sa signification : il s'agitaujourd'hui d'un "produit d'appel", tous les tours-opérateursproposant un tour en Cracovie incluent la visite d’Auschwitz. C’est même lapremière destination des tour-opérateurs organisés par la Cracovie, comme Cracow City Tour. La visite estorganisée, depuis le transport, le « repas juif typique », jusqu’à lavisite dans les camps, le tout étant payant. Cette multiplication du tourismevers le site d’Auschwitz suscite de nombreux débats. Comment empêcher le campde concentration de devenir un lieu hautement touristique, perdant presquetoute sa force mémorielle ? Il ne s’agit en aucun cas de fermer les lieux,mais de repenser le discours et la visite du camp. Les organismes de tourismetransmettent parfois un discours historique biaisé, à la limite de lacaricature. En effet, les clichés sont entretenus dans certaines boutiquestouristiques : sur la place centrale de Varsovie, le visiteur peut acheterune représentation d’un Juif du ghetto avec un nez crochu et même un sac remplide monnaie à la main. Est-ce entretenir la mémoire juive que de marchander detelles représentations ? Des compagnies de bus utilisent même de façonironique l’Histoire pour lutter contre la concurrence en arborant des sloganscomme : « Auschwitz ? Avec un ticket retour ?Depuis le centre ville ? Oui c'est possible ». La concurrence touristique aboutitainsi à des absurdités, loin de toute perspective commémorative. Mais le plusalarmant réside dans le discours historique proposé lors des visites, qui nerespecte pas l’histoire précise du camp. Certains blocs ne sont pas montrés,tous les déportés sont présentés de la même manière (Juifs, Polonais, Russes,Tsiganes) au point de faire l’amalgame entre déportation etextermination : aucune nuance n’est présentée. Parallèlement, le tourismemassif ne suffit pas pour entretenir le camp, menaçant la disparition de cetémoin de l’Histoire de l’humanité. Une fondation a été crée en 2010 afin derécolter des fonds importants, soit environ 120 millions d’euros. Par ailleurs,certaines voix se font entendre pour que Birkenau redevienne une friche, ce quisemble presque impensable face à la muséification toujours croissante du lieuet le nombre grandissant de visiteurs. Peut-être la solution est-elle autre,dans le renouvellement de l'expérience de visite. George Didi-Huberman, dansson ouvrage Ecorces, développe sonressenti de la visite du lieu et es questionnements par rapport à son travailphotographique. Il parle de l'impact du lieu, de sa force et de sa symbolique.Le camp de concentration a été presque entièrement détruit dont les fourscrématoires et l'identité du lieu réside aujourd'hui dans les vestiges. Pources raisons, comme le dit George Didi-Huberman : « c'est pourquoi le sol revêtune importance pour le visiteur de ces lieux. Il faut regarder comme regarde unarchéologue : dans cette végétation repose une immense désolation humaine ;dans ces fondations rectangulaires et cet amas de briques repose toutel'horreur des gazages de masse ». Ainsi, ne faudrait-il pas voir ce site commeun musée mais comme un lieu témoin et un lieu de mémoire ? Le camp en lui-mêmea une force qualifiée par George Didi-Huberman comme étant une force «inouïe»,une force de «désolation, de terreur». Ce genre de problématiques se retrouvedans d'autres sites liés au tourisme noir. Ainsi l’exempled’Auschwitz est-il particulièrement révélateur des enjeux que soulève ledéveloppement du tourisme noir qui sont aussi bien sociétaux, éthiques etpatrimoniaux.

Ce tourisme noir ou tourisme de mémoire s’est imposé progressivementaprès la Seconde Guerre mondiale afin de ne pas reproduire les erreurs dupassé. Ce but a été atteint en partie grâce à la reconnaissance et laconservation des sites. Dans cette volonté de transmission, ces espaces ont étéouverts au public et enrichis d’une médiation, parfois insuffisante. Dans cemême mouvement, des lieux de mémoire ont été créés de toute pièce, pour pallierl’immatérialité des évènements comme le musée de l’Apartheid et le musée juifde Berlin. Il s’agit, pour ces lieux si différents, d’encourager le devoir demémoire, de mettre en garde face aux dérives idéologiques, d’avoir un discourshistorique juste et exhaustif pour ne pas tomber dans la curiosité malsaine oule sensationnel. Comme le dit George Didi-Huberman sur le campd'Auschwitz-Birkenau, « un lieu comme celui-ci exige de sonvisiteur qu'il s'interroge », le visiteur doit être encouragé dans sa réflexion, déconstruireles clichés.

T. Rin

Crédit photo : Télérama, décembre2011

 #tourismenoir #mémoire #auschwitz

Pour aller plus loin :

- J. Lennon et M. Foley, Dark Tourism, the attraction of death anddisaster, 2000, éditions Continuum

- G. Bensoussan, Auschwitz en héritage, d’un bon usage de lamémoire, 1998, Paris, éditions Mille et une nuits

- J. Assayag (sous ladirection de), La sismographie des terreurs,Ghradiva n°5, 2007, Musée du Quai Branly

- A. Wieviorka, Auschwitz, la mémoire d’un lieu, 2012,Paris, éditions Fayard

- H. Prolongeau, « Auschwitz, la mémoire étouffée par letourisme de masse », décembre 2011, Télérama

- G. Didi-Huberman, Ecorces, 2011,Les éditions de minuit

Libérez les Graphzines !

Deux crayons posés sur la table de l’exposition «Graphzines», depuis le vernissage, racontent le déroulement de l’exposition et de tout ce qu’ils ont vu et vécu,de leurs mines aiguisées.


© photos personnelles

L’exposition Graphzines fait partie dut hema proposé par le LaM, introduite à la fin du parcours de l’exposition principale « L’Autre de l’Art ». Elle s’est poursuivie à la bibliothèque universitaire de Lille 3 et présente, du 14 octobre au 17 décembre 2014, une exposition sur l’univers des graphzines. Le collectif Cagibi, qui a mis en scène cette exposition, a installé une œuvre interactive « Cubi » réalisée en Août 2014 afin de laisser libre expression au visiteur. Ce cube inspiré de celui de Yoshimoto inventé en 1971 est constitué de 8 petits cubes dont les faces peuvent s’assembler et se désassembler selon de multiples combinaisons,pour faire naître des dessins coordonnés. Pour cette installation, des stylos ont été déposés sur la table et mis à disposition des visiteurs ; parmi eux deux stylos célèbres, «Mondrian de Carré d’Arche » et « Charlie Pro Marker ». Nous avons pu enregistrer une de leur conversation datant du 7 décembre 2014aux environs de 14h ; quelques semaines après l’exposition, nous vous proposons une retranscription.

Ces deux crayons discutent de l’exposition et des dessins dont ils ont été les acteurs :

Leur conversation a débuté depuis un moment ;  « Mondrian de Carré d’Arche »de sa voix suave et inquiète, explique son incompréhension face à l’exposition:

-  …non seulement nous ne sommes pas dans une institution muséale reconnue et le peu de moyen mis en œuvre nous confine dans ce petit espace exiguë, mais, en plus, nous sommes relayés dans ce coin sombre. Je souffre.

© photos personnelles

(Charlie Pro Marker tente d’apaiser lesinquiétudes de son ami)

- Arrêtede te plaindre et ouvre les yeux ; on ne voit que nous dans ce hall pâleet lisse, les étudiants s’arrêtent dans cette exposition, s’interrogent ets’attardent. Oui, l’espace est petit et, pour tout t’avouer ce tapis noir ausol me frustre un peu, mais ici, une vraie atmosphère a été créée. La mise enscène est originale, une réelle immersion est proposée dans l’univers, peuconnu et décalé, des graphzines.

© photos personnelles

- Les graphzines parlons–en ! Qu‘est ceque c’est que ces gribouillages saturés ? Impossible de distinguer les œuvresde leurs supports. Il n’y a pas de parcours, pas de flèches, pas de séquences,les gens sont perdus ici, perdus !

- Mais, mon ami, c’est justement ça lesgraphzines. Les artistes eux même ne veulent pas définir leur travail, ilsdessinent sans normes, sans règles ni contraintes, mais avec un seul motd’ordre : une liberté d’expression totale. Polémique  ou poétique, toujours un peu satirique, leursauteurs apportent un regard nouveau sur nos quotidiens, le monde qui nousentoure et nos sociétés.

© photos personnelles

- Mais comment veux-tu que je comprennetout cela ? Rien n’est indiqué, les œuvres, si nous pouvons les nommer ainsi,ne sont pas toutes référencées. Par exemple, celles suspendues par une ficellecolorée,  palpables par toutes ces mainsmoites, et exposées au danger de tous ces microbes humains, d’où viennent –elles ? Tu sais bien toi Charlie Pro Marker, lorsqu’une main étale notre encreencore fraiche anéantissant ainsi la ligne parfaite, le tracé subjectif dudessinateur… Haaaaaa j’en frissonne encore…

- Mais justement ! C’est ça l’esprit desgraphzines : une création spontanée et sans limites. Ils sont issus de bandesdessinées alternatives, qui ne sont pas éditées par des maisons d’édition.D’ailleurs certaines œuvres exposées seront même vendues à des prix trèsaccessibles à la fin de cette exposition ! Photocopiée ou sérigraphiée,  c’est ce qui fait l’originalité de chacune,quant aux traces, tant pis, rien ne vaut un libre accès à l’art !

- T’appelles ça de l’art toi ?Personnellement vu les dessins que j’ai vécu ces derniers jours,   sur ce maudit cube, je suis loin d’y accéderou même d’y participer…(Mondrian, éprouvé et ému cherche alors ses mots) …Jepense que je développe le «complexe du blanco», c’est ce qu’on dit dans lemilieu des beaux arts, en parlant de nos confrères sacrifiés au nom de laliberté d’expression et condamnés à dessiner des ignominies sur les tables deslycées.

© photos personnelles

- Qu’entends-tu par « ignominies » ? Onm’a utilisé pour faire un dessin engagé hier et énormément de messages étudiants ont pu être inscrits au cours de cetteexposition. Par nous et sur ce cube s’inscrit l’humour, l’amour, la révolte,des revendications politiques. L’absurde et la pertinence d’un message ne sontpas toujours antinomiques. Laisse-moi te raconter mes expériences passées. (Lamine souriante et espiègle Pro Charlie commence son récit). J’en ai dessiné desconneries d’ados révoltés et insouciants. Avant d’être ici, j’ai été longuementutilisé par la main d’un dessinateur de journal satirique. C’est là la force dudessin et de notre travail, faire émerger des messages profonds à travers uneliberté totale.  Je me souviens de cesréunions en salle de rédaction desquelles je sortais épuisé et vidé d’avoirnoirci des pages pour mettre en lumière des idées. Ils ne censuraient aucunsymbole et la force émanant du dessin achevé était parfois imprévisible. C’estdans ce sens, que j’apprécie d’être ici, de prôner la liberté d’expression etla non-censure dans un lieu institutionnel et universitaire. L’étudiant quidessinait, à travers toi, hier, sera peut – être un de ces agitateurs dedemain. Laissons les dessiner partout, tout le temps, sur les murs, les tables,les chaises, au stylo et à la craie, de façon absurde, bête, féroce, révoltée :de ces bites naîtront des discours.

- Alors, allons-y, je te suis Charlie. »

Dessin fait par Louison le 8 janvier 2015

 suite aux attentats 

contre « Charlie Hebdo »

                 ©lanouvelleedition.fr

Cléa Raousset et Margot Delobelle #graphzine #liberté #expression

Liberté, Egalité, Préjugés

Lors de sa réouverture en octobre 2015, le Musée de l’Homme annonçait se positionner comme musée agora, le musée au cœur des débats de sociétés. Un an et demi plus tard, le 7 avril 2017, il ouvre sa première grande exposition, Nous et les autres, des préjugés au racisme.Nous sommes à la veille des élections présidentielles, et le musée du Trocadéro inaugure une exposition on ne peut plus ancrée dans l’actualité !Pari osé ! Pari réussi ? Qu’en est-il ?

Entrée de l’exposition Nous et les Autresau Musée de l’Homme © Juliette Gouesnard

Vous avez-dit une exposition sur leracisme en 2017 ?

Ce n’est pas la première fois que le Musée de l’Homme traite ce sujet. Nous et les autres, est en quelque sortela mise à jour de l’exposition Tousparents tous différents, qui ouvrait en 1992. A quoi sert une expositionsur le racisme en 2017 ?

Pour les scientifiques, du côté de la génétique, il n’y a plus rien àapprendre – les races humaines n’existent pas – d’un point de vue sociologique,il nous reste à comprendre d’où vient le racisme. C’est ce que ce propose defaire le Musée de l’Homme avec cette nouvelle exposition.

L’exposition propose donc une lecture sociologique du racisme tout en rappelantles données biologiques, génétiques et historiques qui participent à démontrerl’irrationalité des fondements du racisme. L’exposition décrypte ainsi lestrois étapes menant au racisme : la catégorisation, l’essentialisation etla hiérarchisation. Une exposition de société, engagée, mais pas moralisatrice ; c’étaittout de même le risque avec pareil sujet ! Le Musée de l’Homme ne sepositionne pas en donneur de leçons, il propose une lecture strictementscientifique et factuelle. L’exposition est une démonstration toute enélégance, qui titillera les esprits.

Beaucoup d’idées, peu d’objets. Comment rendre attractif une expositiondossier ? Le défi n’était pas évident, mais il est relevé ici avec brio.L’expérience de visite par l’immersion, c’est le parti pris de l’exposition,grâce à une scénographie signée par l’atelier Confino. Des mises en scènestantôt classiques mais souvent surprenantes favorisent l’aspect ludique, qui n’était pas gagnéd’avance. La scénographie s’empare des lieux de la vie de tous les jours (lasalle d’attente d’un aéroport, le salon d’un appartement, la terrasse d’uncafé, ou une rue…) et l’exposition s’amuse avec le visiteur en le confrontant àlui-même et aux autres.

L’expérience de visite, la cartegagnante !

Curieuse, je me suis prêtée au jeu, voici mon expérience de visite :  L’exposition débute par une première partie,  « Moi et les autres, de la catégorisationà l’essentialisation ». Une projection à 260° scanne des passants dans desscènes quotidiennes (aéroport, métro, terrasse de café, etc.), introduisant, l’airde rien, les espaces scénographiques à venir. Toutes les typologies decatégorisations y passent : femme/homme ; origine culturelle, nationalité,milieu social etc. Cet espace introductif me met d’entrée de jeu dans lesujet ! Nous sommes plusieurs dans l’espace, les gens se regardent, lemalaise est un peu palpable tout de même ! Le sujet n’est vraiment pasfacile ! 

Exposition Nous et les Autres – Salleintroductive © Juliette Gouesnard

Je poursuis ma visite et entre dans le premier espace immersif, une salled’attente d’aéroport. Je m’interroge. Pourquoi un aéroport ? Je me revois,attendant mon vol, et pour patienter, observer les voyageurs et imaginer cequ’est leur  vie…tout ça dans ma têtebien sûr ! Mais, dans ces moments-là, sur quoi se fonde mon imagination,des préjugés peut-être ?

Avant de m’installer sur un banc pour tester les bornes, je m’arme des définitionsnécessaires pour appréhender la suite (Altérité, Assignation identitaire,Catégorisation, Discrimination, Essentialisation, Ethnocentrisme, Préjugé etRacisme). Une fois sur les bornes tactiles, je suis plus sceptique, je m’attendsà des jeux, mais ce sont des tests où les réponses sont déjà orientées… je nevois pas forcément le sens de l’exercice, n’ayant pas la main sur les réponses,je reste un peu sur ma faim.

Je quitte l’espace en traversant les portiques d’aéroport, à mon passage,une voix me lâche un petit préjugé : « Tu ne sais pas danser c’estclair ! ».

Exposition Nous et les Autres –L’aéroport des préjugés ©Juliette Gouesnard

Amusée, néanmoins un peu vexée (ha ha), j’entre dans la seconde partie del’exposition, « Race et histoire ». La scénographie est plusconventionnelle. Je me concentre sur les deux chronologies illustrées d’objetsrappelant les grandes dates de l’histoire de l’esclavagisme à la racialisation,tout est plutôt clair. J’entame la suite du parcours, il s’agit de trois exemples de racismeinstitutionnalisé. La scénographie systématisée, sobre et épurée, voir mêmeaustère, m’invite presque au recueillement. La ségrégation aux Etats Unis, lenationalisme des nazis et le cas du génocide au Rwanda sont relatés avecbeaucoup de sobriété et de simplicité. Un film très synthétique et très fort,un ou deux objets symboliques et une citation au mur, la juste mesure, pointtrop n’en faut, le contenu étant déjà très chargé émotionnellement.

Exposition Nous et les Autres – Raceset Histoires © Juliette Gouesnard

Après ce rappelhistorique, l’exposition propose un « Etat des lieux » très completd’aujourd’hui où toutes les questions sont permises :

« Si les races existent chezles chiens, pourquoi pas chez les humains ? Si les races n’existent pas, pourquoi les gens sont-ils de couleur différente ?Le racisme, c’est seulement contre les noirs et les arabes ? … »

Si ces questions nous paraissent choquantes, le Musée de l’Homme sansaucune crainte, les pose en grand et en gras ! Elles introduisent, semble-t-il,la dernière partie qui nous donnera sûrement des éléments de réponses. Encontinuant mon chemin, j’arrive devant un rideau de rubans d’ADN. Le ton estdonné, les premiers éléments seront scientifiques, et c’est la génétique qui enrépondra. Derrière le rideau coloré, je découvre un mur très graphique auvocabulaire des codes de la génétique. J’expérimente un petit jeu interactif trèsinstructif « Ce que l’ADN dit de nous… ». Puis je m’installe devantles deux films d’animations très didactiques sur les données apportées par lagénétique. J’y apprends par exemple, qu’entre tous les êtres humains, 99.9 % dugénome est identique, ainsi les différences sont trop faibles pour parler de« races ».

Exposition Nous et les Autres – Murde questions (gauche) et Génétique et populations humaine (droite) © JulietteGouesnard

           

Continuons la visite. J’entre dans la salle suivante, là encore le ton estdonné dès le premier regard, me voilà arrivée dans une véritable DataBase ! Un mur jaune vif, rempli de données : des chiffres, des graphiques,des textes, des illustrations, des cartographies... Un peu rebutant au premierabord au vu de la densité d’informations ! Mais en prenant les choses unepar une, on s’y retrouve. Ces données nous renseignent sur la situation enFrance : quelles formes de racisme ? Qu’en est-il de l’intégration oudu communautarisme et de la discrimination ? Malgré le nombre d’informations, certaines données retiennent mon attention comme ces chiffresplutôt encourageants : « 93 % des enfants d’immigrés se sententfrançais ».

Exposition Nous et les Autres – Etatdes lieux en France © Juliette Gouesnard

C’est en cogitant sur toutes ces données quej’entre dans la pièce suivante, un salon d’appartement, télé allumée. Lascénographie est amusante, l’allusion est réussie ! Je m’installe sur lesassises du salon et je comprends assez vite que l’exposition fait un arrêt surimages et décrypte les logiques médiatiques et politiques. L’ambiance dansl’espace est assez conviviale, on échange des sourires ou des regards atterrésavec d’autres visiteurs, quelques minutes de plus et on se serait mis àdébattre !

Exposition Nous et les Autres –Décryptages © Juliette Gouesnard

Je sors du salon télé etvoilà que je me retrouve à la terrasse d’un café ! L’illusion estparfaite ! Je m’installe à une table, j’ai presque l’impression qu’on vame servir un expresso ! Mais non… mon espoir retombe et mon attention serecentre sur la petite vidéo intégrée subtilement au décor. Elle présente desentretiens entre un journaliste et des scientifiques à une terrasse de café. Leson n’étant pas au top (mais excusé par les aléas du premier jour d’ouverturede l’exposition), je ne m’attarde pas.

Exposition Nous et les Autres –Controverses © Juliette Gouesnard

Je passe alors entre les lettres géantes lumineuses bleues, formant le motEGALITE et je me crois dans la rue. Au mur, une œuvre urbaine de Patrick Pinon,issue de sa série Vivre Ensemble[1],et en face de moi, une projection de foules marchant à l’unisson pour la paix.Une jolie fin pour l’exposition, qui me laisse un sentiment d’espoir et deconfiance en l’humanité !

Exposition Nous et les Autres – Laville-monde © Juliette Gouesnard

           

Conclusion de cette expérience de visite : je suis véritablementpassée par toutes sortes de stades émotionnels ! D’abord la remise en questionpersonnelle qui s’ensuit par l’émotion face aux témoignages de l’histoire, puisdes interrogations des plus sensées aux plus idiotes, laissant place à desréponses plus terre à terre et scientifiques, puis je me suis interrogée surnotre société, je me suis laissée surprendre par des données dont je n’avaispas idée, et après avoir laissé mon esprit critique s’exprimer, c’est avec l’espoiret l’envie de combattre que je quitte cette exposition, l’envie d’y croire et d’enparler autour de moi et  d’écrire cetarticle sur l’exposition pour L’Art de Muser !

Je tire mon chapeau au Musée del’Homme !

Si le Rapport de la Mission Musées du XXIèmesiècle[2]rendu en février 2017, était une charte, le Musée de l’Homme pourrait enêtre l’un des premiers signataires !

Rappelons le chapitre positionnant le musée du XXIe siècle comme un muséeéthique et citoyen, et l’évocation d’un « Manifeste pour un muséehumaniste »  qui d’abord, « ouvrira largement l’univers des musées à lasociété contemporaine, en donnera les clés d’interprétations et permettra desponts entre les cultures ».Puis,« formalisera que chacune desactions du musée, chacun des services s’inscrit dans un cadre plus vastereposant sur des valeurs (liberté, tolérance, humanisme, ouverture au débat…)qui dépassent les critères strictement matériels et représentent les idéaux dela République et du vivre ensemble. » Avec Nous et les autres, leMusée de l’Homme signe une exposition citoyenne, « une exposition engagée, pas militante …des faits, riend’autres. » [3]

Voilà un exemple d’exposition qui donne du sens aux musées ! Uneexposition dossier, sur un sujet brûlant de société, qui soulève aussi des tasd’interrogations… Comment le public recevra cette exposition ? Quels publics viendront lavisiter ? Le risque est que ne vienne qu’un public déjà acquis sur lesujet. Le défi n’est pas évident ! Il faut peut-être espérer que les institutionsscolaires s’emparent de l’exposition pour sensibiliser les plus jeunes. Enfin, en pleine campagne présidentielle, quels risques pourl’exposition de devenir un outil politique ? Le Musée de l’Hommesaura-t-il s’en prémunir ?

Juliette Gouesnard

#expositionengagée#expériencedevisite#Muséedel'Homme

Le site de l’exposition :

http://nousetlesautres.museedelhomme.fr/

L’expérience Chrome : https://www.youtube.com/watch?v=VjFfJGBZMV4


[1] http://www.festivaldupeu.org/all/artistesdupeu/pinon.html

[2] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/174000177.pdf

[3] EvelyneHeyer, anthropologue au Musée de l’Homme et commissaire scientifique del’exposition. 

Magnet Basel : exposer des dossiers d'archives, comment et pourquoi ?

Le thème universel de la migration appliqué au territoire des trois frontières.

En abordant les migrations, les musées s’approprient un thème très présent dans l’actualité. Ceux de Bâle et ses alentours (y compris transfrontaliers) ont fait le choix de montrer comment la thématique a été et est présente sur leur territoire grâce aux archives de la police bâloise des étrangers.

La série d’expositions Magnet Baseltraitait de la zone frontalière des trois pays (Suisse, Allemagne, France). Les différentes expositions ont pris place entre avril et octobre 2017 dans quatre lieux suisses et un allemand. Leur lien avec leurs territoires se retrouve dans leurs thèmes : celle sur les jeunes allemandes qui allaient être employées de maison à Bâle était au Musée des trois-frontière à Lörrach (Allemagne). Magnet Baselétait donc bien reliée à son territoire, ce qui permettait au public dese sentir plus concerné. Malheureusement elle ne pouvait être comprise que par des germanophones, écartant le public francophone de la zone, faute de traduction.

La carte surle site internet de Magnet Basel montre les lieuxd’expositions par des numéros et les histoires par des trianglesnoirs. (Source : http://www.magnetbasel.ch/)

L’élaborationdes expositions

Le projet a étélancé par les archives du canton de Bâle-ville qui ont choisi des dossiers. La sélection s’est faite au sein du fonds de la policedes étrangers de Bâle (1917-1970), sur des critères d’intérêt et de légalité, les expositions montrent la très grande diversitédes trajectoires de vie de ce fonds. Légalement pour que lesdossiers puissent être présentés toutes les personnes mentionnéesdoivent avoir donné leur accord ou être mortes depuis plus de 10ans. Dans certains dossiers des zones ont été noircies puisqu’ellesne tombent dans aucunes des deux catégories suivantes. Des élémentsplus actuels ne faisant pas partie du fonds d’archive ont égalementété incorporés dans certaines expositions. 

À partir decette volonté et de ces recherches l’exposition a été conçue entièrement en externe (muséographie, scénographie, graphisme) et en collaboration avec des illustrateurs.

Une source,plusieurs approches

Tout l’enjeu est d’exposer les dossiers choisis de manière compréhensible et cohérente. L’articulation des différents dossiers fait sens àd eux niveaux, à l’intérieur de chaque exposition thématique, etles expositions ensemble.

Plusieurs procédés sont utilisés pour exposer les données, avec entrées etdes degrés d’implications divers. Deux manières de faire se distinguent : rassembler pour proposer une vision globale, etexplorer les différentes histoires de vie en voyant chaque dossier séparément.

Au Museum fürWohnkultur(Musée de l’habitat) dans l’exposition« Bewilligt. geduldet.Abgewiesen » (« Accordé. Toléré.Renvoyé »), une manière de faire correspond une salle. Cette exposition englobe toutes les thématiques de MagnetBaselet montre la très grande diversité des histoires présentes dans lefonds d’archive de la police des étrangers, en s’intéressant à comment et pourquoi les étrangers à Bâle ont pu rester ou aucontraire du partir.

La première salle présente chaque dossier et son histoire individuellement. Celles-ci sont illustrées sur des panneaux, disposés tout autour de la salle, qui constituent le premier niveau d’entrée dans l’exposition. Ils accrochent l’œil du visiteur dès son entrée et l’entrainent dans l’histoire grâce à l’illustration. Pour inviter à s’approcher les panneaux commencent avec une accroche,telle que :

« Pourquoila fuite à Bâle de l’apprenti boulanger Arnold Wochenmark et deJohanna Braunschweig, une domestique, malgré tous les soucis mèneen 1945 à une fin heureuse »

On peut vraiment prendre plaisir à lire ces récits mis en lumière par le dessin. La diversité des illustrateurs enrichis beaucoup ce médium en proposant plusieurs visions et sensibilités artistiques. Les objets liés rendent palpables ces histoires, et on peut facilement imaginer qu’ils permettent au jeune public de s’intéresser àl’exposition.  Les visiteurs sont libres d’approfondir, ou non, grâce à la reproduction desdossiers sur une table centrale, et à un rétroprojecteur en libre service pour projeter certains documents des dossiers.

La deuxième salle au contraire rassemble les informations des dossiers, présentées de manière graphique.

 La première salle © S.G.

Un premier panneau avant d’entrer véritablement dans la salle, remet l’exposition dans ses contextes historiques, avec pour chaque type d’événement une couleur. Il met en regard les événements historiques, internationaux, nationaux, locaux et économiques ayanteu un impact sur les migrations entre 1900 et 1970. Pour l’année1968 par exemple sont marqués : en gris pour Bâle les premières femmes au parlement cantonal, et en rose pour l’international le Printemps de Prague.

Un procédé similaire sert à faire apparaître des typologies de documents oumentions dans les dossiers, triées par organisme ayant fourni ledocument. Cela fait apparaître des îlots colorés sur les murs de la salle et éclaire sur le rôle de chaque acteur, tels que l’agence pour le travail, les employeurs, la sécurité sociale, lesconsulats, la police etc.

Au milieu setrouve une table avec des informations complémentaires et une machine à écrire évoquant les bureaux sur lesquels les dossiersont été constitués.

La deuxième salle © S.G.

Exposer lesarchives

L’exposition porte sur l’histoire et les histoires de migrations dans la région,mais à travers ce thème c’est aussi l’institution et lefonctionnement des archives qui sont montrées aux publics.

La scénographie évoque les archives dans l’exposition par le mobilier en enreprenant les codes pour la grande table de consultation de la première salle notamment. Leur matérialité est au centre del’exposition grâce à la vitrine remplie de cartons d’archives qui sert de cloison entre les deux salles d’exposition.

Plus que de simplement voir le visiteur peut expérimenter les archives, les dossiers reproduits sur la grande table de consultation l’invitentà les consulter et à devenir « chercheur ». Cette pratique lui permet de se familiariser avec l’institution, et entant que citoyen d’en comprendre mieux l’utilité.

Pourles germanophones qui souhaiteraient creuser le sujet, le blog des archives de la ville de Bâle a publié une série d’articles su rles recherches autour de l’exposition.http://blog.staatsarchiv-bs.ch/forscherinseln-magnet-basel/

Bethsabée Goudal

#Archives

#Migrations

#3frontières

Musées, écomusées et territoire









Géographie
et cultures
est une revue qui aborde la géographie d’un
point de vue culturel. Depuis 1992, elle met en avant l’état de la recherche de
ces deux domaines en France comme à l’étranger. Le numéro 16 de cette revue,
paru en 1996 proposait une étude thématique sur les musées, les
écomusées et les territoires. Cette édition analyse et étudie les prémisses et
les premières apparitions des musées d’Arts et Traditions populaires jusqu’au
premier écomusée de La Grande Lande en passant par le musée d’ethnographie du
Trocadéro. Cet ouvrage, facile à lire et clairement structuré, aborde
successivement : études de cas des différents musées, analyse et étude d’une
communauté et de son territoire puis interventions de professionnels. 




Crédits photos : MD








Un bref résumé nous est présenté au début de chaque partie, il sert de
guide référentiel à travers la lecture et permet un rapide repérage. Des
mots-clés ainsi qu’un résumé en français et en anglais nous sont proposés.
Chaque fin de chapitre est accompagnée d’une bibliographie ainsi que les
sources et les annexes de chaque partie. Des exemples, des citations, des
images et des schémas illustrent l’ouvrage.









Les premiers écomusées vont apparaître en région, le musée s’efface pour
laisser place à une nouvelle forme de musées valorisant le folklore régional.
Cette revue géographique aborde et découpe quelques territoires européens, la
France, la Belgique et la Grèce. Géographie
et Cultures
présente les idées et les décisions prises avec une approche
analytique des phénomènes engendrés sur le territoire par ces nouvelles
apparitions muséales.









Dans une première partie, la revue analyse les musées,
les écomusées et le territoire  avec précision, de leur apparition
jusqu’à ce qui fait la particularité des différents lieux choisis. Par exemple,
l’écomusée d’Alsace est étudié, en présentant un historique du lieu en
abordant différents points, toujours en lien avec le territoire comme par exemple
l’identité alsacienne, la naissance de l’écomusée puis l’histoire de la région
et ses enjeux. La revue met en avant la démarche de l’écomusée face à la
sauvegarde du patrimoine local ainsi qu’à l’aménagement possible entre les
différentes infrastructures culturelles déjà présentes. Ces actions sont
présentées par séquences à la fois géographique et historique. La revue expose
les études de cas en les accompagnant de référence bibliographique tel que
George-Henri Rivière ou encore Jean-Robert Pitte. Des études géographiques sur
l’urbanisation et la place de certaines coutumes religieuses occidentales comme
la présence de cimetières dans le paysage à la fois urbain et rural vont être
remises en cause par les changements sociétaux. On remarque que l’ouvrage propose
des moyens de comparaison pour cerner et remettre en contexte les
différentes  étapes de construction de ces évolutions.









Après ces séquences, une partie est consacrée aux témoignages de
professionnels. Plusieurs thématiques sont abordées en lien avec le sujet, par
exemple la diversité culturelle géographique ou la divergence de formes en
matière de paysage. Plus on avance vers la fin du livre moins le sujet aborde
la muséographie et se dirige vers des questions géographiques. Il est
intéressant d’étudier ces sujets car cela permet d’appréhender comment les
structures muséales s’implantent dans l’espace et se confronte à ces
problématiques de paysage.









Cette revue est une bonne manière de comprendre le sujet des premiers écomusées,
musées de plein air et des musées en région. Cette thématique croise deux
domaines d’activité distincts, la culture et la géographie, enrichissant la
muséographie d’un autre angle de vue. Géographie et Cultures ouvre la
réflexion sur la place de ces musées et leur évolution au sein du territoire,
une question toujours d’actualité.














Marie Despres









Disponible à la bibliothèque universitaire d'Arras




 

Museo Archeologico Nazionale di Napoli







Un
musée archéologique qui n'a rien de poussiéreux









Façade du Musée archéologique de Naples

Crédits : BE






Étape essentielle du voyage dans l'antiquité
gréco-romaine, commencé il y a plus de six siècles et qui nous passionne encore
aujourd'hui, ce musée nous aide à comprendre cette culture à travers des
collections impressionnantes, les histoires séculaires de ces objets et de
leurs propriétaires ainsi que par l'histoire du site du musée et des lieux
d'exception d'où proviennent ces collections archéologiques.






L'édifice qu'occupe aujourd'hui le Musée National
Archéologique de Naples, Il Palazzo degli Studi, était une caserne de
cavalerie du XVIème siècle avant d'abriter, lieu de savoir et de transmission
par excellence, l'Université de la ville. C'est Ferdinand IV, qui à la fin du
XVIIIème siècle, décide de créer un museum pour rassembler les importantes
collections des fouilles archéologiques des sites d'Herculanum et de Pompéi, et
la collection de la famille Farnèse.






 






Une mise en place didactique
qui donne toute la lumière aux antiquité
s













Grâce à une scénographie thématique
traditionnelle mais efficace, le visiteur se plonge dans toute la richesse et
la culture de cette civilisation mère de l'art de notre société. Il
traverse l'Antiquité Égyptienne, les galeries de statues monumentales
représentant héros et dieux antiques, passe par les mosaïques et fresques des
cités vésuviennes, célébrant les grands héros et la vie quotidienne, ou
découvre dans un recoin de l'étage le Cabinet Secret révélant la sexualité
débridée de l'époque (déconseillé aux moins de 16 ans). Une grande partie des
espaces du musée sont consacrés à l'exposition permanente, néanmoins les
expositions temporaires y ont aussi leur place. Régulièrement des artistes
installent de nouvelles œuvres ou les scénographes de l'institution mettent en
place de nouveaux outils de médiation qui empêchent les œuvres antiques de
s'empoussiérer et de tomber dans l'oubli !











Galerie des statues

Crédits : BE








Ces collections remarquables sont réparties selon
différents espaces présentant la variété des collections, pour une meilleure
compréhension de l'accumulation créée notamment par la famille Farnèse, ou
celle de Caroline Murat. Mais aussi pour créer des thèmes, autour desquels le
visiteur organise son parcours, en fonction des matériaux mais aussi des lieux
de provenance. Le Musée s'inscrit dans une volonté didactique, permettant de
rapprocher œuvres






et sujets. Malgré un manque de mise en relation
entre les sites archéologiques alentours et les collections in situ, des
efforts sont fait notamment avec une maquette en vois au 1/100ème qui restitue
le site archéologique de Pompéi.  La présence des vestiges antiques pose
tout de même la question de savoir sils ne seraient pas
plus intelligibles dans leurs sites d'origines que dans le musée, comme c'est
souvent le cas dans le domaine archéologique. 













Un détour incontournable













Si vous êtes dans le sud de l'Italie, ne manquez
pas cette étape incontournable de l'histoire gréco-romaine. Vous en aurez plein
les yeux et pour tous les goûts ! Familles, scolaires ou individuels y
trouveront forcément quelque chose à apprendre ou apprécier. De plus les
manières, si italiennes des gardiens ou agent d'accueil, ne vous laisseront pas
indifférents. Je ne peux que vous conseiller ce musée, véritable palais de
beauté renfermant tant de trésors, qui nous invite tout de suite en
franchissant la porte, dans un  monde de merveilles.













BE

Muséologie à la suisse

J’aime les musées parce que ce sont des lieux où je me suis toujours senti à l’aise. Jamais froids comme les églises, ni bruyants comme les magasins, parfois je m’y rends simplement pour passer un bon moment, seule ou en compagnie.

OSIRIS ET SES MYSTERES SAUVÉS DES EAUX

Depuis le 8 septembre 2015 se tient à l’Institut du Monde Arabe l’un des rendez-vous culturels les plus attendus de cette rentrée ; « Osiris : Mystères engloutis d’Egypte ». Cette exposition propose un voyage passionnant à travers les cités antiques égyptiennes englouties ainsi qu’un regard neuf sur les rituels fondateurs de cette civilisation. Dans une atmosphère aquatique, le visiteur plonge à la découverte des vestiges et des objets de culte sauvés des eaux, des prêts extraordinaires,inédits à Paris.

Depuis le 8 septembre 2015 se tient à l’Institut duMonde Arabe l’un des rendez-vous culturels les plus attendus de cetterentrée ; « Osiris : Mystères engloutis d’Egypte ». Cetteexposition propose un voyage passionnant à travers les cités antiqueségyptiennes englouties ainsi qu’un regard neuf sur les rituels fondateurs decette civilisation. Dans une atmosphère aquatique, le visiteur plonge à ladécouverte des vestiges et des objets de culte sauvés des eaux, des prêts extraordinaires,inédits à Paris.

« Osiris : les Mystères Engloutisd’Egypte » est le résultat d’un rêve, celui de Franck Goddio, archéologuesous-marin. En 2006, il expose pour la première fois en France avec « Trésorsengloutis d'Egypte » qui rassemblait au Grand Palais des pièces issues desfouilles sous-marines dans les eaux proches d'Alexandrie. L’exposition àl’Institut du Monde Arabe est quant à elle une mise en scène de ses multiplesdécouvertes faites lors de ces dix dernières années dans le delta du Nil. Septannées supplémentaires depuis la première exposition française ont permis de sonderl'ouest de la baie d'Aboukir, avec l'équipe de l'IEASM (Institut Européend'Archéologie Sous-Marine) regroupant près de soixante plongeurs et égyptologues.De quoi découvrir la ville de Canope (à 1,8 km du littoral actuel) et la citéportuaire de Thônis-Héracléion (à 6,5 km), immergées depuis le VIIIe siècle.Ces années de fouilles permettent aujourd’hui d’exposer au regard du plus grandnombre 250 objets plongés dans les eaux depuis l’Antiquité mais également unequarantaine d'œuvres provenant des musées du Caire et d'Alexandrie.

Des découvertesà la signification historique hors du commun qui illustrent la légende d’Osiris,un des mythes fondateurs de la civilisation égyptienne: Osiris, fils de laTerre et du Ciel, qui fut tué par son frère Seth. Ce dernier démembra le corpsd’Osiris en 14 morceaux avant de le jeter dans le Nil. Isis, soeur-époused’Osiris, grâce à ses pouvoirs divins, remembra son corps, avant de lui rendrela vie et de concevoir leurs fils : Horus. Osiris devint alors le Maître del’Au-delà et Horus, victorieux de Seth, eût l’Égypte en héritage. L'histoireracontée au fil de cette exposition est celle des « Mystères d'Osiris », unecérémonie qui évoquait, dans tous les grands temples de l'Egypte antique, lamort et la régénération du dieu légendaire. Depuis la découverte d'une stèle en1881, on savait que les « Mystères » étaient célébrés au temple d'Héracléion,avant une procession nautique jusqu'au sanctuaire de Canope. Sur les deux siteset au long du canal les reliant, ce sont des statues et des centainesd'instruments rituels et offrandes cultuelles que les fouilles ont permis de mettreen lumière. Aujourd'hui mis en scène, les trésors historiques occupent tous lesespaces de l'Institut du Monde Arabe (salles d'exposition niveaux +1/+2). Aufil d’un parcours incroyablement bien pensé de 1100 m², le visiteur estsensiblement initié aux histoires de ces célébrations ainsi qu’aux rituels quiétaient réalisés dans les temps dans le plus grand secret. Il déambule autravers les salles sur les sites maintenant immergés des deux villes et suitles processions nautiques qui avaient lieu chaque année sur ce sitearchéologique marin. 

© ChristopheGerikg – Franck Goddio/Hilti Foundation

Dès l’entréedans la première salle, l’audioguide sur les oreilles, le ton est donné. C’est unevéritable immersion, l’ambiance est sombre et élégante. L'exposition s'ouvre parune cimaise en transparence sur une salle consacrée au mythe, avec deux statuescélèbres d'Osiris et Isis du musée du Caire. Domine alors dans la pièce unestatue monumentale en granite rose de plus de cinq mètres de haut, remontée dufond des eaux. Elle représente Hâpy, père des dieux, qui incarne l'abondance etla crue du Nil et vient rappeler l'importance du fleuve dans la vie del'Egypte. Des hiéroglyphes projetés sur les murs au travers de lasers lumineuxpermettent une immersion linguistiqueet visuelle auprès du peuple égyptien mais aussi d’occuper intelligemment lehaut des murs de cette salle particulièrement haute. Dès cette première salleon réalise l’importante présence qu’aura le texte tout au long du parcours. Cequi est un atout pour le public non ou peu initié à l’antiquité Égyptienne maisqui peut vite devenir une saturation d’informations pour le public connaisseur,pour qui l’information sera doublement alourdie par l’audioguide. De nombreusesfrises chronologiques ou encore cartes géographiques des sites de fouillespermettront quant à elles au visiteur de situer le sujet de l’exposition dansun cadre spatio-temporel très facile de compréhension, quand il est possibled’accéder à leur lecture dans les espaces exigus malgré la foule. 

                                                                             © Franck Goddio /Hilti Foundation

Le spectateurmonte ensuite à l’étage, où un système de code couleur lui permet dedifférencier aisément les objets issus des fouilles marines représentés sur unfond bleu, de ceux provenant des musées du Caire et d’Alexandrie représentéssur un fond rouge. Différents panneaux imprimés dans une gamme chromatique d’unmélange de bleu et de vert, serviront de source lumineuse durant le reste duparcours. L’impression floue rappelant ainsi l’élément aquatique organiqueduquel les œuvres ont été séparées afin de ravir les yeux d’un plus grandnombre. La visite se poursuit au milieu des trésors spectaculaires tels que desstatues, des stèles, des pièces de monnaie ou encore des bijoux parfois groscomme une tête d’épingle et dont des loupes placées devant ceux-ci permettent d’entrevoirtoute leur splendeur. C’est à partir de cet étage que débute l’utilisation dela vidéo, qui servira à montrer des séquences filmées des plongées etdifférentes fouilles, permettant ainsi au spectateur de sentir l’excitation de lachasse au trésor mais également de découvrir les différentes étapes qui ontprécédées celles de la mise en vitrine. Les écrans sont souvent placés dans lescoins des différentes salles, rendant l’accès difficile lorsque le public esttrès nombreux dans une même salle. Même constat pour la plupart des textesimprimés proches des objets exposés. Plus l’exposition avance et moins lespersonnes lisent les textes ou détiennent encore l’audioguide sur leursoreilles. Cet effet est sans nul doute dû à la grande vague de visiteurs. Lesconséquences inévitables d’un immense succès.

                                                                          

                                                                          © Franck Goddio/Hilti Foundation

                                                                                                                                                                                            ©Samantha Graas 

A l’élémentaquatique se combine la représentation de la voûte céleste au moyen dedifférents procédés. En effet, à l’intérieur de plusieurs vitrines, des panneauxpercés de centaine de petits trous permettent à la lumière de s’y infiltrer etd’éclairer, tel un ciel étoilé, les stèles exposées. Le procédé se répète versla fin du parcours avec un système de projection laser dessinant au sol desmilliers de points lumineux, rappelant les origines primaires d’Osiris, fils duCiel et de la Terre. La muséographie de l’exposition réalisée par MartineThomas-Bourgneuf, est sans nul doute d’une grande ingéniosité et dans un discourstrès poétique au service de la légende et de l’Histoire.

L’exposition setiendra à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 31 janvier 2016 et prometd’accueillir encore un grand nombre de visiteurs ravis de cette expériencepresque subaquatique.

Samantha Graas 

En savoir plus : www.exposition-osiris.com

#Archéologie

#Osiris

#Institut du Monde Arabe

Partez à l'aventure dans les mers du sud avec Jack London, aventurier et écrivain

Je ne vais pas mentir, je n'avais jamais lu aucun ouvrage de London avant d'entendre parler de l'exposition. Enthousiaste à l'idée d'aller découvrir l'exceptionnel voyage de l'aventurier dans le Pacifique sud, je me suis empressée d'aller à la bibliothèque de l'Alcazar pour emprunter un de ses livres. Je suis repartie avec Le peuple d'en bas, récit ethnographique sur … les habitants de l'East end de Londres. Pour l'immersion dans les mers du sud, c'est raté, mais cela me permet de me familiariser avec l'auteur et son écriture. Cette descente dans les quartiers miséreux de la capitale anglaise est d'ailleurs abordée comme une étude ethnographique dans une contrée lointaine. Je l'ai dévoré et au moment où j'écris, je m'apprête à embarquer de nouveau aux côtés de Jack London, cette fois dans le grand nord, grâce au célèbre Croc-Blanc.

Mais revenons à l'exposition. L'aventure commence par un trajet sur la ligne 2 jusqu'à l'arrêt Joliette, puis quelques minutes de marche jusqu'au quartier du Panier où se trouve la Vieille Charité.

Quelques mots sur le lieu d'exposition. La construction de la Vieille Charité a débuté en 1670 dans le but d'accueillir (enfermer, soyons honnêtes) les pauvres. Durant les siècles suivant, le bâtiment sert d'hospice puis est utilisé par l'armée. Au milieu du XXe siècle, la ville de Marseille décide de la rénover, les travaux se terminent en 1986.

 © C. L.

La Veille Charité est aujourd'hui un lieu de culture, on y trouve le Musée d'Archéologie Méditerranéenne, le Musée des Arts Africains, Océaniens, Amérindiens (M.A.A.O.A), un cinéma et des expositions temporaires. De son usage premier, le bâtiment a conservé des petites cellules étroites (du moins au rez-de-chaussée).

À bord du Snark, leur voilier, Jack London et son équipage visiteront Hawaï, les Îles Marquises, les Îles de la société (dont Tahiti), les Îles Samoa, les Îles Fidji, les Nouvelles Hébrides et enfin les Îles Salomon, entre avril 1907 et décembre 1908.

 © C. L.

Lorsque l'on pénètre dans l'espace d'exposition, le premier objet exposé est une photo grand format de Jack London. Une première rencontre avec l'aventurier. Juste en face, une grande carte retrace le trajet des London dans les îles du Pacifique, depuis San Francisco jusqu'à la Mélanésie.

 © C. L.

Le parcours est relativement classique mais cohérent et facile à appréhender. Il reprend le trajet effectué par London et son équipage à bord du Snark, son emblématique voilier. Chaque séquence représente une escale et une carte est présente à chaque nouvel espace pour situer géographiquement où l'on se trouve, ainsi que les dates de séjour de nos aventuriers.

L'exposition nous entraîne à la rencontre des peuples autochtones, à travers la présentation d'objets,  de photos et de textes écrits par Jack London. À cela s'ajoute des anecdotes sur les conditions de voyage à bord du Snark, notamment les difficultés rencontrées par l'équipage qui manque d'expérience.

 

© C. L

  

D'un point de vue scénographique, la couleur dominante est un vert-bleu rappelant le Pacifique  assez réussi. À cela s'ajoute l'utilisation d'un bois foncé qui sert de support aux textes, aux photographies et aux divers objets exposés. Cette teinte met particulièrement en valeur les photographies noir et blanc. L'ensemble est équilibré, la scénographie est assez épurée et au vu du nombre d'objets exposés assez important c'est un bon choix. Dans cet ancien hospice, l'espace d'exposition est divisé en petites cellules qui paraissent vite surchargées. L'exposition se termine dans la chapelle, au centre de la cour intérieure.

© C. L.

Un seul dispositif interactif est proposé dans l'exposition. Il s'agit d'un phonographe, qui s'inspire de celui emmené par notre couple d'aventuriers lors de leur périple, et d'une tablette tactile. À l'aide de cette dernière, les visiteurs peuvent choisir parmi une sélection de chansons, les mêmes que les London avaient choisi pour les accompagner pendant leur voyage. Ce dispositif est intéressant car il permet de découvrir la musique du début du XXe siècle mais également de partager un moment de vie avec les London.

© C. L.

Je regrette qu'une exposition traitant d'un périple aussi exceptionnel ne propose pas une visite plus immersive, alors que le thème s'y prête totalement. Les deux vidéos présentées ne paraissent pas complètement exploitées. Non seulement il n'y a pas de sièges pour les regarder confortablement mais l'une d'elles est sur petit écran (peut-être à cause de sa qualité médiocre). La deuxième, montrant un paysage paradisiaque, donne envie de s'attarder, de se perdre quelques minutes dans les îles du Pacifique, de se laisser gagner par l'ambiance, mais difficile de le faire quand on gêne le passage …

L'exposition dans la forme comme dans le fond manque un peu d'audace, alors qu'elle traite d'un intrépide aventurier. Les récits de Jack London sont de ceux qui font rêver, frissonner, donnent le goût du voyage, une envie d'explorer le monde, de se frotter à l'inconnu, de connaître le danger … Je n'ai pas ressenti cette passion dans l'exposition, qui apparaît alors bien timorée à côté des romans de London. D'autre part, le traitement des collections ethnographiques est très classique. En effet, il me semble essentiel de se questionner sur la mise en exposition de peuples non occidentaux. La représentation de ces cultures et des objets qui s'y rapportent traduit la vision que nous portons sur elles, à aucun la moment la parole n'est donnée aux autochtones que Jack London rencontre dans son expédition.

Cependant, on peut apprécier la transversalité de l'exposition : portrait d'homme célèbre, récit de voyage et ethnographie. Et même si la scénographie est un peu classique, elle m'a beaucoup plu et je l'ai trouvé pertinente au regard de la thématique.

Clémence L.

#marseille

#ethnographie

#voyage

#jacklondon


Pour en savoir plus :

Exposition temporaire au centre de la Vieille Charité à Marseille du 8 septembre 2017 au 7 janvier 2018

https://vieille-charite-marseille.com/expositions/jack-london-dans-les-mers-du-sud

Prendre son histoire à bras le cœur

En 2006, au premier étage du musée national de Géorgie, sur la grande avenue Roustaveli, équivalent des Champs Elysées à Tbilissi, a été  inauguré un nouveau musée : le musée de l’occupation soviétique.

La Géorgie, au long de son Histoire, a souvent été occupée : par les Romains, les Turcs, l’Iran, l’empire russe… D’ailleurs,la ville cosmopolite et bigarrée qu’est Tbilissi suffit à en témoigner. Elle n’a pas dédié un musée à chacune de ces périodes. Cependant l’occupation soviétique se distingue parce qu’elle est récente, particulièrement meurtrière et fait écho à l’occupation très actuelle de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.De plus, la Géorgie se remet encore de la guerre civile qui a suivi son indépendance : le pays a besoin d’apaisement et de cohésion interne. Toutes ces raisons ont présidé à la naissance de ce musée plein d’émotions preuve d’une certaine réappropriation (et interprétation ?) par les Géorgiens de leur Histoire.

Situation géopolitique en Géorgie @ Vincent Jauvert. Nouvel Obs

Ce « musée » est davantage une aile du muséenational. Il est constitué d’une antichambre suivie d’une grande salle deréception rectangulaire surmontée d’une mezzanine étroite et périphérique. Lagrande salle est organisée comme le bureau d’apparat d’un dirigeant soviétiqueen Géorgie : des drapeaux de l’URSS décorent l’allée qui mène à son bureau.Sur la mezzanine ce sont les lettres, en russe, vestiges du pouvoirbureaucratique de Moscou qui s’appliquait implacablement en Géorgie.

Sur les murs de la salle des vitrines, des photos, des filmsd’archive et des cartels présentent les grandes étapes de cette dominationéconomique et politique : la brève République parlementaire géorgienneindépendante, l’imposition d’un modèle politique révolutionnaire, l’étouffementdes résistances et enfin la libération du pays.

Reconstitution du bureau d'un dirigeant communiste à Tbilissi @ Khees sur Eklablog

En réalité ce musée est avant tout un hommage aux victimes deguerre, au détriment parfois d’informations sur la vie quotidienne sousl’occupation. On pouvait s’attendre à en apprendre sur les difficultéséconomiques du pays, le rationnement, la réglementation inadaptée et sévère … LesGéorgiens ont plutôt choisi de souligner les déportations et les morts avec lapart d’émotions endeuillées que cela implique. La grande salle est couverte dephotographies et objets personnels (papiers d’identité, journaux intimes) desvictimes politiques de l’occupation soviétique. Il s’agit donc de résistants,contestataires du régime et des grandes familles aristocratiques de Tbilissi.Des chiffres, imprimés en gros sur les murs et les cartels, dénombrent lesdéportés ou les morts.

Enfin l’antichambre est particulièrement suggestive puisque yest reconstitué un wagon de bois criblé de balles où furent fusillées desfamilles de l’aristocratie. Le wagon est éclairé en rouge et, quand on leregarde, on entend derrière soi des déflagrations venant d’un film diffusé surun autre mur.

Ce musée n’a pas une vocation d’information exhaustive surcette période d’occupation. L’implication des Géorgiens dans le systèmesoviétique à Moscou ou à Tbilissi par exemple est passée sous silence. Parcontre il est un bel hommage aux résistances et aux victimes, à la manièregéorgienne : très expressive, poignante et un peu partiale.

Eglantine Lelong

#Pays d’ex-URSS #Deuil #Géorgie

Site du musée : http://museum.ge/index.php?lang_id=ENG&sec_id=53

Pour aller plus loin :

 http://www.liberation.fr/monde/2010/06/16/staline-occupe-la-georgie_659320

Sources images :

http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/04/30/russie-georgie-bientot-la-guerre.html

http://credintravel.eklablog.com/musee-national-de-tbilissi-a79981203?noajax&mobile=1

Privilégier le contexte, conversation avec Joanna Lang

Joanna Lang, restauratrice et conservatrice d'œuvres picturales au début de sa carrière, est maintenant curatrice et conservatrice du musée de l'insurrection de Varsovie depuis son ouverture, il y a 13 ans. Elle a été l’invitée du Master MEM pendant une semaine expographique consacrée à l’extension et la rénovation des musées.

Retour sur une histoire. L'insurrection de Varsovie est une histoire marquante de la Pologne qui se déroule à la fin de la Seconde guerre mondiale. Fin juillet l944, le peuple polonais ne pouvait plus se résoudre à vivre sous le joug allié, il décide de prendre les armes et de récupérer le Varsovie occupé. L'insurrection a duré du 1er août au 2 octobre 1944, la résistance s'est élevée avec l'armée et les civils. Tous se sont soulevés. Le 2 octobre, après des pertes humaines immenses et la destruction à 80 % de la vieille ville de Varsovie, l'armée polonaise capitule. Les civils survivants sont transportés dans des camps de travail par les Allemands, les plus chanceux réussissent à fuir la ville.

Les grands parents de Joanna ont fui Varsovie à cette époque. Elle n’a regagné Varsovie que bien plus tard. Si le lien familial à l'insurrection de Varsovie est évident dans l'histoire de Joanna, le grand challenge de son travail  était de sortir du carcan « Beaux-Arts » où seules les « belles œuvres » comptent pour rendre aux souvenirs de cet événement toute la précaution de conservation qui leur est due. 

Le projet muséal sur l'insurrection de Varsovie s'est fait en quatre ans, le bâtiment a été construit en une seule année. Ce temps court s'explique par une volonté politique d'ouvrir le musée pour célébrer les 60 ans de l'insurrection et réunir les survivants ainsi que les nouvelles générations. Un rythme de travail soutenu jusqu'àl'ouverture était de mise. L'appui du maire de la ville a été capital, et toute décision fut prise de manière rapide, quasi expéditive.

© Wikipédia

Le temps de réalisation du musée était très court par rapport à la moyenne, il a été facilité par une grande équipe d'historiens, de scénographes, de conservateurs ayant travaillé sur le projets cientifique et culturel du musée, mais également facilité par une collection déjà existante et grandissante.

Cette rapidité dans l’exécution est exceptionnelle en France comme en Pologne. Les musées sont soumis aux mêmes contraintes européennes et les marchés publics, les obligations diverses telles que l'accessibilité sont également les mêmes. Joanna insiste sur l'importance de privilégier un temps long pour la conception d'un musée ou sa réhabilitation. Il est nécessaire que le projet soit mature et soit compris de tous. Cette cohérence ne peut se faire que par un temps de réflexion, de conception et de discussion afin de ne pas passer à côté de son propos.

Les murs abritant le projet muséal tout juste né ont une grande importance. Si le lieu abritant le futur musée a une histoire locale, il semble primordial d'utiliser ce lieu et de garder le contexte du musée pour créer un attachement de la population proche.

Ne pas jurer par le nouveau est un maître mot de Joanna. Un musée d'objets usuels aura tout intérêt à garder ces objets dans leur contexte domestique car, si pour nous leur utilisation semble évidente, la prochaine génération aura du mal à être attentive aux objets dont ils ne connaissent pas l'usage et s’ils sont placés dans un lieu neutre.

Il en est de même pour des musées d'art dont la collection vient de notables locaux. Il est judicieux de montrer dès l'entrée l'apport de ces collectionneurs pour ancrer le visiteur et ainsi le placer face à une chose palpable et immuable à laquelle ils peuvent se raccrocher.

L'importance du contexte. Selon Joanna Lang, le contexte est la base évidente à la bonne implantation d'un musée sur le territoire. Que ce soit par l'utilisation d'un lieu inscrit dans l'inconscient (ou le conscient) collectif d'une population locale ou par l'utilisation d'une histoire locale à inscrire dans un nouveau lieu, il est essentiel de créer un lien. Le lien est souvent l'histoire commune. Cela permet de rencontrer un public, d'évoluer avec lui, de ne pas être l'alien de sa propre ville. Les musées font parfois peur et souffrent des à priori qu'on leur plaque. Si on rentre plus facilement dans un groupe quand on y a un contact, le contexte est notre allié.

© Wikimedia - Adrian Grycuk

Plus que pour gagner en popularité, le contexte est également la base du développement du musée. « Pour savoir où tu vas, sais d'où tu viens » en somme. Le contexte du musée, son implantation auprès d'une population locale permet d'évoluer à plusieurs. Si le contexte est ancré, il sera plus simple d'agir vers un but commun, de sortir de divers orgueils intra-musée et d'ainsi travailler en équipe pour une chose plus grande.

Le musée, s'il est bien implanté devient alors une institution scientifique permettant de montrer l'impact d'une exposition sur les individus mais également l'impact des individus sur les projets muséaux à venir. Le musée peut alors s’agrandir et devenir égalementune zone d'actions sociales diverses, d'ateliers variés, un lieu de rencontre etc. L'histoire, l'utilisation d'un ancrage local, la valorisation du contexte de création d'un musée permettent d'animer le lieu et de valoriser les actions qui s'y passent. Ce n'est qu'à ce prix qu'un musée peut être compris et peut s'épanouir avec ses visiteurs.

Donner au musée de l'insurrection de Varsovie ces lettres de noblesses par l'Histoire, c'était la mission belle et bien accomplie de Joanna. Merci à elle,

Do zobaczenia !

( «  à bientôt »,  en polonais).

Alice Majka

#semaineexpographique

#joannalang

#muséedelinsurrection

#pologne

Sésame, ouvre-toi !

Ou un groupe se prenant pour Ali Baba devant la porte des réserves du MuCEM

Bon, il ne fautpas rêver, dans la réalité, tout le monde n’a pas la même chance qu’Ali Baba.Vous avez beau essayer de prononcer la formule magique devant les portes d’unmusée, il est peu probable qu’elles s’ouvrent. Et pourtant ce sont bien destrésors qu’il renferme. Alors, changement de méthode, prenez votre téléphone etinscrivez-vous à une visite des réserves. C’est moins exotique, mais au moins,ça marche.

Le Centre de Conservation et de Ressources du MuCEM

© www.mucem.org

Se promener dansle quartier de la Belle de Mai à Marseille, ce n’est pas comme se promener enPerse. Quoique. Même si le Centre de Conservation et de Ressources du MuCEM estimposant il reste néanmoins bien camouflé. Je n’ai pas compté le nombre depersonnes qui passent à côté sans le voir. Et oui, un trésor ça se cache, ilfaut se donner du mal pour le trouver. J’exagère puisque le nom« MuCEM » est tout de même inscrit sur la façade, mais bon, comme aucuneindication n’invite à franchir la grille ça fait un peu coffre-fort. Heureusement,vous qui êtes téméraire, vous allez franchir le pas. Devant la porte, c’estsimple : sonnez et il y a des chances pour que la porte s’ouvre. Cen’est pas pour autant que vous aurez accès aux réserves. Il faut réserver saplace (une action qui semble en fait évidente pour accéder aux réserves…), et,en plus, la visite a lieu le premier lundi de chaque mois. Ou alors il faut fairedes études et avoir un enseignant super qui vous emmène dans la semaine. Ce n’estpas gagné. Mais bon, si vous avez vraiment beaucoup de chance, le fameux lundiarrive dans trois jours et, ça tombe bien, vous serez encore à Marseille. Etoui, je vous l’ai dit, entrer dans les réserves, ça se mérite.

Le jour J enfinarrivé, un petit groupe se rassemble devant une porte qui semble assez banale(soyez patients la prochaine porte est plus impressionnante). Mais avant d’entrer,il faut déposer ses affaires, y compris et surtout sa bouteille d’eau. Certainscraignent la déshydratation et sont réticents à laisser leur précieusebouteille. Est-ce qu’ils n’en font pas un peu trop ? Je vous le répète, cequi se cache derrière cette porte, ce n’est pas une grotte perdue en pleindésert, tout le monde en ressortira. En attendant que chacun retrouve laraison, les plus impatients commencent à toucher à ce qu’ils peuvent. Remarquezmieux vaut se défouler dans le hall qu’une fois dans les réserves, sauf qu’àforce de vouloir faire les malins, de vouloir ouvrir des portes, c’est l’alarmequi se déclenche. Au moins, ça calme. C’est vraiment dur d’entrer dans lesréserves, pourvu que ça vaille le coup.

Les réserves du MuCEM

© www.mucem.org

Pas de grandesformules, juste un badge, un bip, et c’est bon nous voilà entrés. Enfin, pasencore, il y a une autre porte à franchir, pour le coup une grande porte dutype porte blindée. Un autre bip et c’est parti pour la visite ! Leplafond est immense, l’horizon paraît lointain et le groupe reste sagement dansl’entrée, émerveillé. Je vous le dis tout de suite, ne vous attendez pas à untas de pièces d’or et de bijoux, mais plutôt à des instruments de musique, dela vaisselle, des meubles, des skates et autres objets de toute sorte rangéssur 800 m2. Au fond, ça change des trésors habituels et c’estpeut-être pour cela que c’est si impressionnant. La visite commence alors etplus le groupe avance entre les étagères, les armoires, les racks et lescompactus (oui tout ce vocabulaire s’apprend pendant la visite), plus il semblefasciné. Bien sûr interdiction de toucher les objets, mais si vous êtes sagesvous pourrez manœuvrer les compactus et, croyez-moi, ça donne un sentiment dedécouverte plus important encore. Mais je n’en dis pas plus, si vous voulezsatisfaire votre curiosité vous savez ce qu’il vous reste à faire (regarder lesinformations pratiques à la fin de l’article par exemple ?). 

Alorsverdict ? Si Ali Baba nous avait vus, il serait certainement vert dejalousie. Les réactions sont unanimes : « Je m’attendais pas du toutà ça ! », « C’est incroyable ! » et même « MonDieu que c’est beau ! ». Conclusion, ça valait le coup de se donnerdu mal car c’est une expérience et quelque chose me dit que les membres dugroupe ne verront plus les musées de la même façon. Franchir la porte (un peumagique quand même) des réserves, c’est découvrir un autre visage du muséed’autant que la médiatrice alimente la visite d’informations sur laconstitution de la collection, les métiers du musée et bien d’autres sujetsencore. Imaginez en plus que la visite ne montre qu’une partie des réserves duMuCEM qui sont réparties sur une surface totale de près de 8000 m2 !D’autres portes renferment d’autres trésors, mais pour voir le reste, il fauttravailler dans le monde des musées. Comme quoi ça a des avantages, comment nepas se sentir privilégier après ça ? Rassurez-vous tout de même, de plusen plus de musées souhaitent ouvrir leurs réserves au public. Inutile doncd’essayer d’entrer en contact avec Ali Baba, il n’est plus le seul à détenir lesecret pour voir un trésor.

C.D.

Pour aller plus loin :

Visite gratuite de « L’appartementtémoin » (les réserves) tous les premiers lundi du mois, de 14h à 17h, surréservation. (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

Si vous avez aimé votre visite, sachez que tout lemonde peut consulter les archives, les ouvrages, les documents et même lesobjets des réserves sur demande ! (http://www.mucem.org/fr/node/2823)

#MuCEM 

#réserves #coulisses

Signes de la Grande Guerre

Parmi les nombreuses expositions que nous propose le festival Chaumont Design Graphique,en voici une qui nous parle de la Grande Guerre. Cette époque a donné lieu àune production graphique de grande importance. L’affiche, un des principaux médias avec la presse écrite, est au diapason du conflit ; placards officiels annonçant interdits et restrictions ou affiches illustrées appelant à l’emprunt ou au secours aux familles réfugiées. 


Crédits: Tt

Cette exposition est à mon sens d’une grande qualité muséographique du fait de sa scénographie mais également par l’utilisation d’éléments graphiques et textuels produits pendant la période. Elle se focalise plus précisément sur des document sutilisant du texte ou des images. Ce qui est complètement cohérent avec l’ensemble de sa programmation, dédiée à l’art de l’affiche et au graphisme. Ence sens, elle ne présente pas de costumes, mannequins de soldats, d’objets liés à la guerre, reconstitutions de scènes comme dans les musées classiques. Ce n’est pas pour autant une exposition plate et où les choses placardées sont sans reliefs ou sans dynamisme ! 

En effet, ce quise dégage nettement de cette muséographie, c’est « l’intensité ». Le partipris de Michel Wlassikoff, commissaire d’exposition, est la présentationmassive de documents précis, éclairés et rythmés par la scénographie de manièreà dégager un climat, une ambiance visuelle exprimant un sens général et propiceà l’attention. La scénographie est conçue selon un dédale labyrinthique,rappelant celui des tranchées.

Les cimaiseselle-même sont en relief, présentant une cavité pour symboliquement signifierle fossé, le trou d’obus mais aussi la séparation des vies au Front et à« l’arrière », pour permettre deux niveaux de lecture… Le visiteurest happé dans cette tourmente, son œil est attiré par les couleurs vives desaffiches de propagande, par des textes accrocheurs et provocateurs. Dans ce parcoursmuséographique et scénographique, les documents sont liés et n'auraient eu aucun sens à eux tout seul. 

Les documents choisis sont distribués par chapitres et sont tousporteurs d'un sens précis dans l'ensemble ainsi constitué. Il se dégage un sensfort de leur positionnement et de leur association. Chaque chapitre possède desliens évidents avec celui qui le précède et celui qui le suit, et sa cohérencedépend de la cohérence de leur ensemble. Le commissaire veut donc signifier leconflit avec un agencement précis des documents pour en extraire au mieux lesens global.

Crédits: Tt

L’exposition estcomposée d’affiches illustrées et d’affiches purement textuelles. Lespremières sont pour la plupart propagandistes alors que les secondes relatentplus le récit des évènements (ordonnances, avis, décrets…). Des revues quirelatent le conflit de manière crue et sans langue de bois voient le jour. LeMiroir, La science et la vie s’appuyant sur la photographie detémoignage direct sont à la recherche du scoop et de la vérité des champs debataille. Des « journaux des tranchées » fleurissent à leur tourpartout sur le Front. Ils sont innombrables, illustrés et écrits par desamateurs et forment un ensemble « vernaculaire » très particulier ence sens où ils sont le reflet véritable, et l’émanation du Front. LeLacrymogène, Hurl’ Obus, l’Echo des boyaux, Le Crapouillot, La mitraille, Faceaux Boches… tous ces journaux aux noms évocateurs sont là pour réconforteret maintenir le moral des troupes. Ces témoignages foisonnants et poignants dela vie des tranchées sont d’une puissance folle dans ce type d’exposition. Lepoilu a ainsi le plaisir de s’exprimer dans ces journaux du front, publiés sousla surveillance de l’Etat-Major, dont certains, comme le Crapouillot,donnent naissance à de véritables feuilles critiques, régulièrement censurées.

Crédits: Tt

L'expositions'attache à présenter par ailleurs les publications des avant-gardes pourmanifester un contraste avec la communication de masse et déterminer la part deleurs avancées ou de leurs reculs durant la guerre. Cette présentation est axéesur les avant-gardes futuriste, cubo-futuriste, vorticiste, dada, de Stijl.Celle-ci est de portée internationale, à la différence de la communication demasse essentiellement centrée sur la France. On y découvre aussi des documentscomme les premières parutions en France des revues Le Mot, de PaulIribe, L'Élan, d'Amédée Ozenfant, Sicd'Albert-Birot ou Nord-Sudde Pierre Reverdy, qui toutes naissent pendant la guerre et accueillent lesavant-gardes.

Certainscontemporains considèrent que ces campagnes de communication via l’affiche, sontcaricaturales et ont pour effet le « bourrage de crâne » despopulations. Pourtant, des peintres et illustrateurs de certaines affiches ontsu traiter de sujets qui rassurent plutôt que l’exaltation des masses. L’œuvrede Steinlen est ici significative. Créateur antimilitariste, il a produit denombreuses affiches possédant de puissantes qualités de communication. Le partipris de cette exposition est de montrer du côté français ces signes d’uneguerre mondiale qui ont constitué le quotidien de nations entières.

Thi-My Truong

#Grande Guerre# Muséographie

# Affiches

 Pour aller plus loin :

http://www.cig-chaumont.com/

Souvenir de stage : Une approche de la conservation préventive




C’était où ?






Mon stage de M1 s’est déroulé au sein des Musées
d’Art et d’Histoire de la Rochelle : un ensemble de trois musées
regroupant le musée des Beaux-arts, le Musée du Nouveau Monde, et la collection
du musée d’Orbigny-Bernon, actuellement fermé au public.


Grâce à mon poste polyvalent, ce stage m’a offert
une vision plurielle permettant de découvrir ou d’approfondir un grand nombre
de disciplines du musée, notamment en termes de muséographie, de scénographie,
d’animation, de public, d’organisation d’évènements, etc. J’aimerais
aujourd’hui partager mon incroyable expérience du monde étonnant et fascinant de
la conservation préventive, au sens professionnel du terme.


En effet, durant une semaine, une petite
vingtaine d’étudiants de l’Institut National du Patrimoine est venu réaliser un
chantier d’école dans les collections. Ils ont eu pour mission de mettre en
place une action de conservation préventive sur les collections du musée fermé
au public. Avec mes deux acolytes stagiaires, nous avons eu la chance de les
assister et de participer à leur projet en tournant au sein de leur équipe.




Organisation !





Nous avons été répartis en plusieurs ateliers,
qui ont fait l’objet de roulement suivant les journées, pour que tout le monde
puisse s’exercer dans les différentes spécialités. La collection Extrême-Orient
a été prise en charge par 2 équipes : les bouddhas et les laques (+
collection samouraï). Une grosse équipe s’est chargée des plâtres, une autre
des arts graphiques (peintures, posters, cartes, …) puis une équipe en textiles
et accessoires d’uniforme (casques, armures, épaulettes,…).


Ce
travail m’a fortement fait penser à un texte de Bruno Foucart dans lequel il
parle des moyens de conservation du patrimoine comme d’un service de santé[1].
En effet, pendant une semaine j’ai plutôt eu l’impression de travailler dans un
bloc opératoire que dans un musée.


D’abord, il faut toujours porter des gants, puisque
notre peau n’est pas neutre et que son acidité est une menace pour les objets.
Le port du masque est fortement conseillé, car même si l’on ne voit pas la
poussière, celle-ci est bien présente et elle provoque rapidement des quintes
de toux chez les personnes qui ne sont pas protégées. Enfin la blouse est
préconisée dans le traitement des gros objets et des objets infestés.








Qu’est-ce qu’on a fait ?





Ma première mission a été le dépoussiérage d’une
multitude de bouddhas. Pour cela, on utilise des brosses en poils de chèvre,
des microfibres avec des piques en bois pour aller dans les interstices, des
minis aspirateurs, et des brosse à poils plus durs pour les plâtres. Les gestes
de dépoussiérages doivent être précis et organisé. On ne le fait pas dans n’importe
quel sens, et on ne commence pas n’importe où. Avant de commencer, on doit
d’abord vérifier l’éventuelle fragilité de l’objet.


Après le dépoussiérage, chaque objet est ensuite
photographié et inventorié. Ainsi, une saisie numérique permet de rapporter un
certain nombre d’informations sur l’identité de l’objet et sa localisation
précise de l’objet dans les réserves, des informations descriptives sur les
matériaux, la taille, la technique…, un descriptif précis de l’état de l’objet
(diagnostic général, et précision sur les altérations, les marquages, …)


Puis les objets sont conditionnés. Le
conditionnement répond à une technique bien précise, et doit pouvoir s’adapter
aux différents objets. 









Le cas des bouddhas montre le professionnalisme
du conditionnement : les cartons acides ont été protégés par du papier
spécial qui est poli d’un côté pour empêcher la réaction électrostatique. Puis
les bouddhas sont placés dans des mousses où leur contre-forme est faite sur
mesure, puis protégés par du Tyvek©. Le tout est entreposé dans des étagères
qui sont venues remplir les anciennes salles d’exposition du musée. Les étages,
les salles, les étagères, les rayonnages et les cartons sont numérotés de façon
à pouvoir localiser exactement les objets.






En conclusion...





Le travail avec les étudiants était extrêmement
riche et important pour le musée. A 20, nous avons traité et conditionné450 objets en une semaine. Il permet de faire
une formation au personnel du musée sur les bonnes pratiques de conservation préventive.
Ensuite, il a permis un travail titanesque en un laps de temps très réduit.


Les objets ont été stockés dans des lieux plus
adaptés à leur conservation (température, hydrométrie) et une salle de
quarantaine a été aménagée pour les objets infestés. Cela permet à la fois de
ne pas infester les autres objets qui eux sont sains mais cela va aussi
permettre de contrôler les évolutions possibles des infestations ou des
moisissures. Cette salle va continuer d’être étudiée par les élèves et restera
à leur disposition pour leurs recherches, pour leurs cours, comme un cas
pratique. Travailler conjointement entre étudiants est extrêmement bénéfique,
tout le monde se retrouve gagnant. Le musée a sauvé une grande partie de sa
collection qui était extrêmement menacée, et il a appris des notions importantes
en termes de conservation préventive.





Mélanie TOURNAIRE












[1] « Les
architectes-chirurgiens chargés d’opérer sur le front des ruines sont assistés
d’un véritable service de santé monumentale. » Bruno Foucart, « A
l’aube du troisième millénaire », in Des Monuments historiques au
Patrimoine du XVIIIe siècle à nos jours, ou les égarements du cœur et de
l’esprit
, Françoise Bercé, éditions Flammarion, Série
Art-Histoire-Société, 2000.

Survivre

Comment exposer la Shoah ? À travers l'exposition Survivre. Génocide et ethnocide en Europe de l’Est le centre Jean Moulin de Bordeaux poursuit la réflexion, menée par Anne Grynberg dans « du mémorial au musée, comment tenter de représenter la Shoah ? ».

© Bordeaux

Comment exposer la Shoah ? À travers l'exposition Survivre. Génocide et ethnocide en Europe de l’Est  le centre Jean Moulin de Bordeaux poursuit la réflexion, menée par Anne Grynberg dans « du mémorial au musée, comment tenter de représenter la Shoah ? » 1. Hormis à l'incontournable mémorial de la Shoah à Paris, les expositions temporaires consacrées à ce thème que l'on croit rebattu, ne sont pas si nombreuses. Le centre Jean Moulin a choisi de présenter un ensemble documentaire inédit, composé de plus de mille photographies d'époque et près de deux cents autres pièces d’archives, documents réunis de longue date par Carole Lemée, anthropologue à l'Université Bordeaux-II, qui a travaillé pendant trois ans sur cette exposition.

La scénographie, nécessairement sobre et grave, se déploie dans un espace fraîchement refait, aux murs rouges sombres. Un ensemble de vitrines constitue le parcours chronologique du processus génocidaire. Deux expôts particulièrement macabres retiennent l'attention au milieu des photographies : des éprouvettes étiquetées, témoignage des expériences nazies visant à la création d'une race « pure », la race Aryenne, plus loin des cartouches de Zyklon-B signifient toute l'horreur de l'extermination. Un avertissement à l'entrée de la salle rappelle la violence de certaines images, âmes sensibles s'abstenir... les cartels sont courts et efficaces. Le parti-pris du centre et de la commissaire, Carole Lemée, est de mettre la lumière sur la notion « d'ethnocide » souvent négligée, confondue avec le terme « génocide ». L'annihilation du peuple juif, de son ethnos passera sous le IIIeReich par la destruction de sa culture, de son identité.

L'objet particulièrement fort de l'exposition se suffit pratiquement à lui-même et pâtirait d'effets théâtraux, d'une mise en scène de l'horreur. La tragédie est dans tous les regards vides qui émanent des photographies, hommes, femmes et enfants photographiés par leurs bourreaux, creusant leurs propres tombes. Ailleurs, l'insoutenable. L'image connue, attendue, inévitable du charnier, du déporté décharné tandis que deux vitrines plus loin des officiers nazis prennent la pose en riant. Le travail universitaire réalisé ici est remarquable et a permis de recenser plus de 1500 ghettos juifs en Europe (principalement orientale). Carole Lemée, qui avait consacré sa thèse à la mémoire de Vichy aujourd'hui, n'avait jamais présenté ce fonds documentaire, fruit d'une collecte ou plutôt d'une traque chez les brocanteurs, les antiquaires... Le centre qui en a désormais l'usufruit prévoit la parution d'un livre, les documents sont en cours de numérisation. Certains albums sont d'ailleurs présentés numériquement dans l'exposition, peut être aurait-il fallu davantage de supports technologiques pour une meilleure visibilité des images (petits formats), certains clichés ont été agrandis ; sans toutefois tomber dans l'extrême de la table tactile déjà éprouvée au musée de la Seconde Guerre Mondiale « La Coupole » où les (jeunes) publics s'amusent avec le Multitouch sans songer qu'ils « zooment » sur des clichés de déportés.

© Guillaume Bonnaud

La question des publics et de la médiation est cruciale face à un sujet ô combien sensible, source de commémoration et d'historiographie. L'exposition Survivre a attiré un nombreux public et a de fait été prolongée jusque septembre 2012 2 mais il s'agit d'un public averti qui a fait la démarche d'aller au centre, pas de flâneurs ici. Le centre propose en parallèle de l'exposition un programme de rencontres/débats qui voient se succéder historiens et témoins. Hélas, le revers de la médaille est la présence impromptue de perturbateurs qui font le salut nazi devant les vitrines, de négationnistes et autres nazillons qui réécrivent les cartels... 

Le choix de cette exposition aujourd'hui à Bordeaux est tout sauf anodine. Le centre Jean Moulin, consacré à la Résistance avait jusqu'à présent considéré la déportation uniquement à travers le vécu des Résistants, jamais des Juifs. Il fallait remédier à cette absence. D'autant que la question des mémoires de Bordeaux est un terrain encore miné par les tabous, ceux d'une ville esclavagiste au XVIIIème siècle et ville la plus « collabo » de France sous l'Occupation. La municipalité souhaite montrer son engagement à parler des sujets qui fâchent et dont le meilleur medium reste l'exposition. Par ailleurs, le centre efficacement dirigé aujourd'hui par Christian Bloch (conservateur au Musée d'Aquitaine) souffre terriblement d'une muséographie obsolète, élaborée il y a plus de trente ans au mépris de toutes les règles de conservation préventive par des bénévoles plutôt chatouilleux sur le respect de leur mémoire individuelle. Ainsi, la modernisation de la scénographie dans la salle d'expositions temporaires veut faire oublier que jadis ici une maquette d'Auschwitz en allumettes expliquait le fonctionnement du camp... La politique d'expositions temporaires permet de pallier cette faille et d'attirer sur des sujets de fonds un nouveau public.

Noémie Boudet

« Survivre. Génocide et ethnocide en Europe de l’Est », centre Jean Moulin, Bordeaux, du mardi au samedi, de 14h à 18h.

1: Les Cahiers de la Shoah, 2003/1 no 7, p. 111-167.

2: fin initialement prévue le 8 avril

Témoignages du bord de mer







Visite du Musée de la Marine





Crédits : Capucine
CARDOT


Le musée des Peintres de la Côte d'Opale : un lieu de
mémoire






Dans le cadre de notre projet tuteuré entre l'Université d'Artois
et le Conseil Général du Pas-de-Calais, nous menons une recherche
sur la mémoire des marins d'Étaples. En 2016, le département
inaugurera un nouveau musée à Étaples, celui des Peintres de la
Côte d'Opale. Ce musée, qui présentera essentiellement des
tableaux, intégrera également dans son parcours une mise en
contexte de cette colonie artistique, en partie établie à Étaples
du début du XIX° siècle jusqu'à la Première Guerre Mondiale. Ces
peintres ont abondamment représenté la vie maritime de la ville,
les bateaux, les pêcheurs, etc. Pour créer un parallèle entre les
sujets évoqués dans les tableaux et la mémoire que les Étaplois
en gardent aujourd'hui, nous avons récolté des témoignages de
marins et de leurs femmes.

















Hâtifs préparatifs







Durant plusieurs semaines, nous avons enchaîné coups de fil sur
coups de fil afin de prendre rendez-vous avec les habitants
d’Étaples. Les allers-retours entre les pages jaunes et l’agenda
furent fréquents. Nous avons même passé une journée sur le
terrain en décembre pour préparer les quatre journées d’entrevues
qui eurent lieu fin janvier. Nous nous sommes également occupées de
l'hébergement sur place, du matériel à emporter pour ne pas en
perdre une miette : appareils photos et dictaphones.











Le master débarque à Étaples







Après toute cette mise en place de la semaine, nous voilà parties
sur les routes sinueuses en direction d’Étaples. Nous ne sommes
pas seules, toute la promotion des premières années nous
accompagne. Dix-sept filles débarquent donc à Étaples – cité
de pécheurs
comme nous l’indique un panneau à l’entrée de
la ville. Durant toute la semaine, elles nous ont été un support et
une aide pour la réalisation des entretiens et leur retranscription.
Au total, nous avons interrogé une
vingtaine de personnes d’Étaples
avec leur aide. Nous avons aussi organisé des visites tout au long
de la semaine, après une petite balade sur le port de plaisance nous
sommes allées visiter le Musée de la Marine pour voir une mise en
contexte et acquérir le vocabulaire du marin : le chalut,
le cabrouet, les bateaux à clin sans oublier la
coutume du partage ! La visite du dernier atelier de
construction de bateaux en bois d’Étaples est venue comme une
belle conclusion à cette semaine d’immersion.













Toute l'équipe se réunit autour d'un verre

pour fêter la fin de cette semaine





Crédits : Capucine CARDOT














Des rencontres pleines d’humanité







Ces rencontres ont été très riches. Certaines personnes se sont
confiées à nous et nous ont fait partager une partie de leur vie.
Parfois même elles nous ont laissé en prêt pour quelques jours les
albums de famille et des photos prises à bord des bateaux. Souvent,
nous avons partagé des moments forts, des souvenirs d'une vie de
marin, pas facile... Nous garderons ces bribes de vie au-delà du
cadre de notre projet. 




La suite avec impatience







Après la retranscription des entretiens, une importante étape
d'analyse nous attend. Celle-ci nous permettra d'émettre des
propositions d'intégration des témoignages dans le parcours du
futur musée. À suivre donc !



















Dans le dernier chantier naval repose le Charles de Foucault





Crédits : Léa PECCOT


Un grand merci...

Pour finir, nous tenons à remercier chaleureusement toutes les
personnes qui nous ont accordé un peu de leur temps pour nous
rencontrer. À ce titre, nous souhaitons remercier particulièrement
Georges BOUCHART, Président des Amis du Musée de la Marine, Jérôme
RAMET, du chantier de construction navale traditionnelle, ainsi que
Marie-France TETU, pour leur aide et leur disponibilité, avant et
pendant notre semaine à Étaples.


















Léa PECCOT







Diane WESTPHAL





















#projet
tuteuré






#étaples






#marins







#témoignages




















Thiepval, un nouveau musée pour commémorer le centenaire des batailles de la Somme de 1916

Thiepval est une étape essentielle du circuit du souvenir des batailles de la Somme. En 1932, le Mémorial britannique est érigé sur les champs de bataille. Les noms des plus de 70 000 disparus britanniques et sud-africains y sont gravés. Un centre d’interprétation ouvre ses portes en 2004. Sous l’impulsion d’Hervé François, directeur de l’Historial de Péronne, le musée de Thiepval est inauguré en juin 2016 à l’occasion du centenaire. Le musée aborde l’impact de la guerre sur la Somme, à la fois sur le front mais aussi à l’arrière. Situé sur un lieu porteur d’une charge symbolique forte, le musée de Thiepval propose des choix originaux en termes de muséographie, de médiation et de contenu.

« Les batailles de la Somme ne se résument pas à de simples lignes sur une carte »

Le choix d’une approche globale des batailles de la Somme, qui ne se concentre pas uniquement sur le front, est intéressant. L’ensemble des sites du circuit du souvenir évoque essentiellement les stratégies militaires, les faits d’arme, les actes héroïques ou encore les pertes humaines. Les Britanniques sont très représentés alors que les Allemands très peu. A Thiepval, l’idée de parler de l’ensemble des belligérants s’inscrit dans la ligne de l’Historial de Péronne. Les récits des Allemands, des Français et des Britanniques se croisent dans les salles consacrées au deuil et à l’invention des « as » de l’aviation. Parler des hommes avant de parler des soldats, des vainqueurs et des vaincus, est nécessaire. En effet, aussi absurde que cela puisse paraître, les tabous concernant la place accordée aux Allemands dans les lieux de mémoire sont encore présents dans certains esprits.

Dans la continuité, le musée aborde dans une salle très émouvante la question du deuil. Familles et civils sont présentés comme témoins et acteurs de la guerre, ce qui est rarement le cas sur les autres sites du circuit du souvenir. Le deuil permet de croiser plusieurs points de vue, celui des disparus, des familles et des autorités. Les objets deviennent reliques et dévoilent, derrière chaque nom, une histoire collective.

© M. D.

« L’effort consenti par les sociétés dans la guerre continue d’interroger »

La fresque de Joe Sacco pour illustrer l’offensive du 1er juillet 1916 est un choix muséographique plus que judicieux. L’immersion est totale dans cette journée symbolique, la plus meurtrière pour l’armée britannique. Aux murs, l’immense fresque est reproduite sur des parois en verre. Au centre de la salle, dans des fosses, des objets retrouvés à Thiepval ou issus des collections de l’Historial de Péronne sont exposés comme témoins matériels des scènes représentées sur la fresque. C’est véritablement un dialogue qui s’installe entre les objets et les images, entre l’interprétation actuelle de l’offensive à travers l’œuvre d’un contemporain et les objets retrouvés, témoins du passé. Le dialogue entre passé et présent est omniprésent et ouvre plusieurs portes au champ de réflexion.

© M. D.

La fresque de Joe Sacco est aussi un outil médiation. Sous chaque scène, une explication est inscrite sur un panneau. Chacun peut lire, interpréter les images seules ou en lien avec les informations ainsi données. La fresque permet une véritable démocratisation du contenu scientifique et évite ainsi toute reconstitution douteuse avec mannequins en cire et autres inventions inesthétiques.

« Parfois quand il y a trop de textes, trop d’images, trop d’informations données tout de suite, finalement ça devient étouffant et on ne retient plus rien. » Emilie Simon, chargée de muséographie

Le visuel est un élément essentiel de la médiation du musée. Ecrans diffusant images et films d’archives, vidéos montrant les lignes de front ou reconstitutions 3D sont présents dans presque toutes les étapes du parcours. Un dispositif a particulièrement attiré mon intention. Dans la salle consacrée au deuil, une installation interactive projette au sol les photos et l’histoire de dizaines de soldats. Le visiteur est invité à prendre une planche blanche et à la placer sous le projecteur pour suivre les parcours qui défilent des missing. Le dispositif laisse une grande liberté de choix et d’action. Ainsi l’ensemble de l’espace est utilisé sans surcharger les parois murales. Mais dans la pratique, le visiteur utilise peu ce dispositif car les planches et le schéma explicatif, placés dans un recoin, manquent de visibilité.

© M. D.

Le musée a délibérément choisi de ne pas utiliser de dispositifs de médiation tactiles. Le parcours fonctionne très bien sans car la visite est autonome. Il y a énormément de visuels, de vidéos pour démocratiser et développer le propos.

Le musée de Thiepval s’ancre dans les problématiques du musée du XXIème siècle. C’est un musée engagé à travers un parti pris universel, une volonté de confronter les points de vue de l’ensemble des belligérants et de ne pas se limiter à une vision manichéenne de la guerre. Mais le musée pourrait aller encore plus loin et interroger davantage l’engagement des femmes dans les batailles de la Somme. Elles sont présentes en tant que mères, sœurs, filles d’hommes disparus au front. Elles sont présentes en tant que victimes de la guerre dans la cartographie consacrée aux civils. Les femmes ne sont pas ici considérées comme actrices mais comme spectatrices de la guerre. Et pourtant interroger leur engagement, en tant qu’infirmière, en tant qu’ouvrière, serait enfin leur reconnaître une participation active dans les batailles de la Somme. Cette participation, vecteur d’émancipation, est souvent effacée par une approche essentiellement tournée vers les soldats, vers les hommes, vers la ligne de front.

M. D.

#Thiepval

#Somme100

#MuséeduXXIesiècle

http://www.historial.org/Champs-de-bataille-de-la-Somme/Musee-a-Thiepval

Tout ce qui brille ! Les musées de l'Or en Géorgie et en Colombie

La Colombie et la Géorgie ont chacune une légende dorée.

El Dorado

Musée de l’Or, Bogota © EL

« De tous les points du globe partaient maintenant des solitaires, des corporations, des sectes, des bandes vers la terre promise, où il suffisait de se baisser pour ramasser des monceaux d'or, de perles, de diamants ; tous convergeaient vers l'Eldorado. » Cendrars, L'Or,1925, p. 148.

Cet« Eldorado » est un pays légendaire au Nord de l’Amérique du Sud quiregorgerait de pierres précieuses et d’or.

Defait, les indiens Chibcha ont nourri ce mythe par une pratique rituelleannuelle : leur chef recouvert de poudre d’or allait se baigner dans unlac où les villageois lançaient des objets en or. Et même si on trouve aussi,effectivement, en Colombie, des mines d’or et d’émeraude, encore exploitéesaujourd’hui, les nombreux aventuriers sont venus chercher, dans les jungles duNord du pays, cette cité fabuleuse… en vain.

L’or de Colchide

Musée national géorgien, ©Site internet

Depuisl’Antiquité, la Colchide est décrite comme un pays d’abondance où l’or faitscintiller les ruisseaux. Parmi les plus grands mythes, « Jason et lesArgonautes » raconte la quête épique de la Toison d’Or … en Colchide.

Ontrouve effectivement sur les rives de la Mer Noire de l’or, de l’argent et dufer en grande concentration. Et, depuis toujours, les bergers pratiquentl’orpaillage (récolte d’or dans les ruisseaux) en trempant une peau de moutondans le ruisseau qu’ils faisaient ensuite sécher, toute dorée, sur les branchesdes arbres proches. C’est amusant de constater que ce sont des ethnologues, enétudiant les bergers du Caucase, qui ont pu prouver à des historiens que lemythe avait un fond de réalité !

L’archéologieconsidère que le second royaume de Colchide (VIe-Iersiècle av. J-C.) est le premier Etat géorgien (le pays s’est ensuite étendu àl’Est). La Géorgie a abrité de brillantes civilisations pratiquant très tôtl'agriculture et la métallurgie du bronze et du fer, grâce à sa position decarrefour entre l'Orient et l'Occident.

Musée de l’Or, Bogota © EL

L’or, on le voit, cristallise despoints de rencontre entre mythe et réalité. De fait, la matière même est unerichesse actuelle, chiffrable mais alourdie du poids des convoitises et desrêveries qu’elle suscite. L’or n‘est jamais neutre. Dans ce contexte, on peuts’interroger sur la présentation d’objets en or dans ces deux pays :ferraille archéologique ? Objets mythiques ? Preuves historiquesd’une richesse perdue ? Démonstration de puissance ?

Le musée géorgien

Enréalité, pas de musée de l’Or en Géorgie mais seulement un étage dédié au seindu musée national à Tbilissi. Le trésor est cependant en bonne place :deux tortues d’or constituent le logo du musée.

L’expositionest présentée sous un angle historique qui souligne le développement précoce dela métallurgie. Les vitrines, sur fond blanc dans une salle sombre, mettent envaleur les chatoiements du métal. Souvent, au fond des vitrines un dessin au trait des sites archéologiques permetde situer où les objets ont été trouvés.

Laprésentation est très sobre, le texte est très limité mais valorise lesfouilles en cours sur des sites archéologiques majeurs comme Vani en Imérétie.

Lasymbolique de l’or est peu développée mais on sent son attrait dans le choix dulogo et la multiplicité des reproductions des objets en or dans tous lesmarchés de Tbilissi (même s’ils sont rarement rapportés à l’archéologie ni mêmeaux légendes de Colchide et de la toison d’or).

Les musées colombiens

LaColombie peut se targuer de présenter des objets en or dans plusieurs de sesmusées. On trouve les collections les plus importantes à Santa Marta (Nord dupays, terre de l’Eldorado) et à Bogota (capitale, où sont rassemblés des objetsd’origines géographiques variées).

Volontairementou non, une forte harmonie se dégage des deux présentations de ses collections.Les vitrines et les couleurs sont similaires, probablement dessinées par lemême scénographe.

© Musée de Santa Marta

Musée de Bogota, © EL

Lemusée de Santa Marta est plus « local », il raconte l’histoire d’unecivilisation qui vivait dans la jungle, à quelques dizaines de kilomètresseulement. Les objets d’or sont protégés par deux gardes et une porte blindéesqui détonne dans la maison coloniale où est installé le musée.

Lemusée de Bogota est beaucoup plus important (immense bâtiment de 4 étages dansle centre-ville) mais surtout, il place la matière « Or » au cœur deson récit muséographique, avant l’histoire locale. La visite commence par uneprojection sur les symboliques de l’Or et son utilisation au fil des sièclespartout sur le globe. La seconde partie s’attarde sur les techniques de travailde l’or (martèlement, fonderie etc.) avec un travail d’explication des gestes(grâce à l’iconographie et des reconstitutions modernes) et des outils. Ensuiteseulement, les objets en or se font les témoins des différentes civilisationsindigènes de Colombie, de leurs rites, leurs histoires, leurs gloires et leursdéclins.

Homme chauve-souris – Chaman, Muséede l’or de Santa Marta, © EL

Onpourrait se demander si la Colombie, aujourd’hui, ne cherche pas à créer uncercle vertueux qui lierait étroitement son identité nationale et la richessede ses sols. Le pays exporte toujours de l’or et des émeraudes et développetrès fortement les musées qui font dialoguer l’Histoire, la géographie, lesmythes et la réalité, l’Eldorado et la Colombie contemporaine. Cetteconstruction d’une identité est légitime mais elle crée parfois des lieuxsurprenants comme ces nombreux « musées de l’émeraude » à Carthagènesdes Indes qui sont en réalité des boutiques d’émeraude avec quelques panneauxsur les mines, la taille et/ou la symbolique des pierres précieuses.

Lesobjets en or sont des expôts muséographiques passionnants car ils exigent denombreuses disciplines pour les présenter correctement.

Unobjet en or est souvent une richesseactuelle, du fait de sa composition et untémoin archéologique dont la valeur ne peut être chiffrée ledevrait-elle ?). Dans ces deux cas il s’agit d’un objet à protéger. Samatière peut symboliser la pureté ou la convoitise, la gloire des vivants oucelle des morts. Il transcende toutes les explications par son éclat séduisant.

Musée de l’or de Santa Marta © EL

Pourrêver à votre tour devant ces trésORS, dirigez-vous au château de Nantes où, du1er Juillet au 12 Novembre 2017, sont présentées les collections dumusée de l’Or de Bogota dans l’exposition « Les esprits, l’or et leChaman ».

Eglantine Lelong

#Or

#Géorgie

#Colombie

L’oret les bijoux : https://www.beauxarts.com/expos/lumiere-sur-6-expos-en-or/

Muséenational géorgien : http://museum.ge/?lang_id=ENG

Muséede l’Or de Bogota : http://www.banrepcultural.org/museo-del-oro

Expositionà Nantes : http://www.chateaunantes.fr/fr/evenement/les-esprits-lor-et-le-chaman

Tribulations d'une francophone au Canada

Dans le cadre d’un stage effectué entre mars et août 2016 au Canada, j’ai eu la chance d’être invitée à un colloque international sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, organisé à l’Université Laval de Québec. En tant que francophone en visite au sein d’une province très riche artistiquement et historiquement, je tenais à découvrir des institutions culturelles locales. Raison pour laquelle j’ai visité le Musée de la Civilisation à Québec-Ville.

Le Musée de Civilisation de Québec © Musée de la civilisation

Inauguré en 1988 par le gouvernement du Québec, le Musée de la Civilisation fut créé dans un contexte de diversification sociétale, marqué par une importante immigration, et une volonté d’affirmation de l’identité nationale québécoise face au reste du pays. Par-delà l’ambition du gouvernement de développer les politiques culturelles, l’établissement représente la figure même du projet muséal novateur, à l’origine d’une rupture qui va contribuer à l’apparition des musées dits de société. Ce terme qui regroupe les musées d’ethnographie, d’ethnologie, d’histoire, et de la vie locale, désigne des institutions qui favorisent une approche pluri thématique, valorisant les différentes composantes de la vie sociale.

    En tant que visiteuse étrangère qui a l’habitude de fréquenter des institutions culturelles françaises, mon premier constat à la suite de cette visite au Musée de la Civilisation, est l’importance de la place accordée à la démocratisation, et l’élargissement des publics. En conciliant son ambition de valoriser la société québécoise, et de s’élargir à d’autres civilisations humaines, cette institution se distingue également par une politique d’exposition innovante, axée sur l’interaction et la participation. Au total, ce ne sont pas moins de cinq expositions basées sur l’identité québécoise, ou d’envergure internationale qui étaient présentées ; parmi lesquelles deux m’ont particulièrement marqué. 

    Ma visite débuta avec Lignes de vie, la plus importante exposition consacrée à l’art contemporain aborigène au Canada, réalisée en collaboration avec le Kluge-Ruhe Aboriginal Art Collection de l’Université de Virginie. Elle témoigne du processus de création des premiers peuples d’Australie, qui s’inspirent de traditions artistiques existant depuis plus de 60 000 ans, et de la manière dont elles s’inscrivent au sein des grands mouvements artistiques contemporains. A travers un espace ouvert qui joue sur les variations de lumières, ainsi que sur le contraste des couleurs, la visite immersive nous plonge littéralement dans l’ambiance de l’environnement australien (le bleu pour le ciel, le marron pour la terre, et le vert pour la végétation).

Lignes de vie© Musée de la civilisation

    Y sont présentées une centaine d’œuvres (artefacts, masques, sculptures et tableaux) qui traite du devoir de mémoire, en rappelant les cruautés impunies et subies par les Aborigènes. Le numérique y possède une place importante puisque trois montages vidéo à vocation documentaire ponctuent la visite, et permettent d’étayer notre regard face à cet art ancestral. Deux bornes interactives sont également à la disposition du visiteur, et complètent les informations apportées par les cartels, permettant ainsi de situer l’œuvre géographiquement et historiquement ; puis d’avoir accès à l’interprétation des histoires racontées à travers les œuvres. 

Lignes de vie © Musée de la civilisation

    Le parti-pris de l’exposition est d’avoir choisi un parcours non pas géographique mais thématique, divisé en trois zones. Tout d’abord, une zone qui s’intitule « Terres de rêves » rappelle que les premières créations réalisées par ces Autochtones étaient éphémères car conçues à l’aide d’éléments organiques, (tels que la roche, le sable ou encore la terre) et comment au fil du temps, ces œuvres se sont adaptées aux nouveaux médiums. La seconde zone, appelée « Terres de Savoirs » fait ressortir l’influence des éléments de la nature et des légendes ancestrales, ainsi que l’impact qu’a leur identité spirituelle dans leur pratique artistique. Enfin, la troisième et dernière section, « Terres de pouvoirs », témoigne du rôle de leur art, en tant que revendication identitaire, et vecteur des aspirations politiques de ces peuples. 

    Ma visite se poursuivit par une autre exposition : C’est notre histoire, Premières Nations et Inuit du XXIème siècle, qui traite d’un sujet à travers une approche spatio-temporelle : à la fois revenir sur le passé, évoquer le présent, et envisager l’avenir des 93 000 Autochtones et Inuits qui peuplent la province québécoise à l’heure actuelle. Le terme Premières Nations désigne les Indiens vivant au Canada, qu’ils possèdent le statut d’Indien ou non. L’usage de ce terme s’est répandu au cours des années 1970, afin de remplacer le mot « Indien », considéré alors par certains comme étant choquant. On compte actuellement plus de 600 Premières Nations, et plus de 60 langues autochtones au Canada. 

    Cette exposition est le résultat d’une collaboration entre le Musée de la Civilisation, et la Boîte Rouge vif, une association sans but lucratif québécoise œuvrant à la valorisation des cultures autochtones. Ensemble, ils ont sollicité onze nations autochtones vivant au Québec, dont ils ont rencontré les représentants à l’occasion d’assemblées consultatives organisées sur deux ans. Au total, ce ne sont pas moins de 800 personnes issues de 18 communautés différentes, qui ont participé à la mise en place de ce projet. 

 C’est notre histoire, Premières Nations et Inuit du XXIème siècle 

© Studio du Ruisseau, SMQ

    En présentant plus de 450 objets issus des collections du musée (armes, instruments, maquettes et vêtements entre autres), le rôle même de C’est notre histoire, réside dans sa volonté d’amener le visiteur à réfléchir sur ce que signifie être Autochtone au XXIème siècle. Les choix scénographiques ont consisté à partir d’une vaste salle, au design résolument contemporain, dans le but de symboliser le regard neuf à travers lequel le Musée de la Civilisation souhaite aborder les questions relatives aux Premières Nations. 

    Des archives audiovisuelles, ainsi que des projections sur écran (réalisées grâce à l’appui de l’Office national du film du Canada) sont disséminées au sein du parcours, et illustrent à merveille le propos véhiculé à travers les œuvres présentées. Par ailleurs, six bornes audio ont été installées, permettant ainsi de compléter notre visite par l’écoute d’un récit élaboré par Naomi Fontaine, jeune auteure innue. 

    De même que pour l’exposition précédente, un parcours thématique divisés en cinq sections différentes fut privilégié. La première, intitulée « Ce que nous sommes aujourd’hui - la réserve, nos communautés », aborde l’héritage, le mode de vie, ainsi que la réalité aujourd’hui à laquelle sont confrontés les Premières Nations. La deuxième section, « Nos racines », évoque la diversité culturelle autochtone, ainsi que la traversée effectuée au Nord de l’Amérique il y’a 12 500 ans. 

    Quant à la troisième section, « La grande tourmente », elle traite du choc des civilisations dû à 400 ans de colonisation, empreints de changements et de résistances. La quatrième section, « La décolonisation - La guérison », étudie les revendications culturelles et politiques qui ont été menées, en vue d’aboutir à une reconnaissance, et à un rétablissement des faits historiques. Enfin, pour ce qui est de la cinquième section : « De quoi rêve-t-on pour l’avenir ? », cette dernière fait état des ambitions et des craintes actuelles ressenties par ces communautés autochtones. 

C’est notre histoire, Premières Nations et Inuit du XXIème siècle 

© Jean-François Vachon, la Boîte Rouge Vif

    L’intérêt de ces deux expositions réside dans le choix des œuvres, qui dans les deux cas, mettent parfaitement en lumière les traditions ancestrales, ainsi que la fierté de ces peuples, qui n’ont jamais cessé de revendiquer leur existence. La documentation y possède également un rôle primordial, avec des outils en libre-accès pour le visiteur, qui complètent de manière juste les informations dont il dispose au sein de ces deux parcours. 

    Les deux parcours certes, portent sur deux thématiques différentes, mais véhiculent un message revendicateur commun, à savoir : comment réparer les préjudices injustement subies par ces deux civilisations, et de ce fait, transmettre aux futures générations pour ne pas oublier les erreurs commises ? Le visiteur ne peut qu’être touché par la richesse de la création artistique aborigène, par la culture, et le mode de vie hérité de traditions ancestrales chez les Premières Nations, ainsi que les Inuits. Ce qui le conduit à réfléchir à sa propre place au sein de la société actuelle.

Joanna Labussière

#Civilisations

#Héritage

#Traditions

#Québec

Pour plus d’informations : https://www.mcq.org/fr/

Tuol Sleng, le musée du crime génocidaire

Le lieu incontournable lors d’une visite de la capitale du Cambodge, Phnom Penh est le musée Tuol Sleng. Ce musée, unique, est chargé d’histoire, de souffrance et les visiteurs en ressortent bouleversés.

Un après-midi dans le Musée de Normandie.

Faire un stage en Basse-Normandie, quand on n’y a jamais mis les pieds, demande un peu de documentation. Fraichement débarquée dans la région, ma première visite a donc été consacrée au Musée de Normandie. Allais-je rater un magnifique après-midi en Basse-Normandie,enfermée dans un musée ?

Le musée de Normandie est situé en centre-ville, dans le château de Caen, ce qui constitue déjà une raison d’y aller tant le cadre est agréable. A l’intérieur se situe le Musée des Beaux-Arts et en face, le musée que je vais vous présenter. Le musée évoque plusieurs aspects de la culture normande et croise plusieurs domaines des sciences humaines : ethnographie, archéologie, histoire géographie.


© NP

Le parcours croise donc séquençage chronologique et thématique. La partie sur la Normandie de la préhistoire au Xème siècle précède une partie consacrée au paysage. L’étude du bocage normand permet aussi d’évoquer l’agriculture régionale. Le reste de l’exposition permanente présente des savoir-faire et techniques, en passant par la présentation de spécialités régionales, comme le cidre, le cuivre de Villedieu-les-Poêles[1], le patrimoine équin aussi bien que l’architecture, avec les fameuses maisons à colombage.

 


© NP

La scénographie est sobre, mettanten valeur les objets et le parcours vous donne une certaine dosed’informations, sans pour autant vous noyer sous le contenu.

Exposer la culture à travers le patrimoine immatériel

Comment transmettre laculture ? Les musées sont très attachés à (voire même dans certains cas,dépendants de) l’objet de collection. Le musée de Normandie expose aussi ce quiconstitue des éléments de patrimoine immatériel, comme des savoir-faire, ou deschants. L’audiovisuel se substitue ainsi à l’objet d’exposition pour présenterle savoir-faire en dentellerie, aussi bien que pour recréer un lien humain dansle musée, entre un agriculteur normand parlant de son métier et le visiteur(plutôt que passer par le discours du concepteur via le cartel d’exposition).

© NP

Enfin, à plusieurs endroits dumusée, on retrouve ce type de bornes sonores, accompagnées de casques. On peuty écouter des chants traditionnels, des chants populaires liés aux thèmes des sallesd’exposition. Certaines chansons sont diffusées en haut-parleur dans lessalles, ce qui recrée une ambiance sonore dans le musée. Donner une place« importante » à la musique dans un musée m’a plu, étant donné queles chants et danses font aussi partie de la culture mais ne sont pas aussifacilement exposables. Ici, une solution est proposée pour la musique, et celaenrichit notre découverte de la culture normande.

Les derniers espaces du musée sontdédiés à la notion de folklore et à l’image mythifiée de la Normandie, et ladernière salle présente des expositions liées à l’actualité du musée, comme sesrécentes acquisitions. Cette dernière partie permet de tenir le visiteur aucourant de la vie du musée, mais aussi d’informer des fonctions du musée auxquellesil n’a pas forcément accès, les acquisitions étant souvent un aspect tenuéloigné des yeux du public.

Et pour les familles ?

Le musée a conçu une applicationsous forme d’enquête, avec des indices disséminés dans le musée, utilisant lestechnologies NFC et QR code. L’application propose des jeux intéressants etrelativement simples pour les enfants : puzzle, jeu des 7 différences,quizz… De plus, l’utilisation du QR code et du NFC permet de passer au-dessusd’une partie des obstacles technologique. Pour les autres, le musée a éditétrois carnets de visite pour enfants, présentant le même genre de jeu.

En conclusion, n’hésitez pas àrisquer de vous y aventurer par beau (et mauvais) temps !

NP

Pour plus d’informations, visitezleur site : http://www.musee-de-normandie.caen.fr

#musée

#normandie

#ethnographie


[1] Lafonderie de Villedieu a entre autres, été à l’origine des cloches de Notre-Damede Paris.

Un mausolée pour Staline

Il y a à Gori, petite ville à l’Ouest de Tbilissi, un étrangemusée : le temple du défunt Staline.

Hall d'entrée du musée - Photographie : E. Lelong

En 2010, l’immense statue du petit père des peuplesqui accueillait les visiteurs devant le musée a été déboulonnée par legouvernement.  Le musée, quant à lui, bâtisseblanche décorée comme un manoir bourgeois, demeure sur une grande place de laville natale de Joseph Staline.

La visite

A l’entrée, tapis rouge et colonnade dirigent les yeux du visiteur vers unepetite statue du dirigeant, trônant en haut de l’escalier. La visite guidée leconduit ensuite à travers des salles variées qui présentent la vie animée decet homme avec une foule de témoignages. Bulletin de notes de classe primaire, habits,photos, cartes, maquettes mais aussi cadeaux officiels de l’époque où il était grandsecrétaire du parti : autant de fétiches qui alimentent un culte de lapersonnalité.

Une salle se distingue toutefois par l’épuration de sa présentation : uncercle de colonnes blanches, tronquées pour ne pas gêner la vue, entoure lemasque funéraire du Staline présenté sur un coussin rouge. Les murs eux–mêmessont rouges. La traversée de cette salle se fait dans un silence quasireligieux.

Salle du masque funéraire - Photographie : E. Lelong

     Ilfaut ensuite passer au jardin où l’on découvre la maison natale de Staline,occupée par son père artisan. Cette maison est préservée des outrages du tempspar une structure néo-antique décorée de faucilles et de marteaux. La visite setermine par un passage dans le wagon du train qui transporta Staline dans toutel’Europe de l’Est.

Wagon du train de Staline - Photographie : E. Lelong

     Enfin,une salle cachée sous l’escalier aborde l’emprisonnement de certains hommes etles souffrances de la guerre mais le guide nous explique bien « Cela n’arien à voir avec l’exercice du pouvoir par Monsieur Staline ».

Pas un mot ?

     Pasun mot et pas une image sur la propagande, encore moins sur l’existence dugoulag et les souffrances des prisonniers. Sont aussi occultés les assassinatspolitiques et les autres crimes commis par le dictateur. Le musée va encoreplus loin puisqu’il invente des pièces à conviction et donne, parfois à tort, àStaline un rôle prépondérant depuis sa jeunesse. La maquette d’une imprimerieclandestine par exemple le présente comme le chef de file d’un mouvement dejournalistes contestataires alors qu’en réalité il ne s’est jamais rendu dansce lieu !

     Malgréde menus efforts (retirer la statue par exemple), Gori et sa population semblents’accrocher à leur gloire passée. Le musée conserve en grande majorité saprésentation de 1957 qui, il faut le dire, dépeint de façon flagrante le cultede la personnalité instauré par le tyran ! - Même si le musée n’a été finiqu’après sa mort.

     Cependantle reste de la Géorgie ne partage pas ce désir de glorification et refuse demaintenir le musée en l’état. Un débat fait donc rage parmi les professionnelsdes musées en Géorgie : que faut-il faire du musée de Gori ?

-                Leraser et tout oublier

-                Leraser et construire un musée dédié aux victimes de Staline

-                Leconserver et construire un dispositif de « para-musée » qui pointe ladimension de propagande de la présentation, comble ses silences et rend hommageaux victimes

Ladernière option, plus novatrice, me semble la plus sensée. Ce musée tel qu’ilest, est une richesse historique à étudier. Il reste …

….às’interroger sur la forme que devrait prendre ce« para-musée » : une visite guidée ? Un ensemble decartels ? Un autre musée voisin ?

… età faire accepter l’idée à la ville !

Églantine Lelong

#Géorgie 

#Propagande

#Staline

Pour en savoir plus : 

http://www.georgianmuseums.ge/?lang=eng&id=1_1&th_id=208

Un musée de l'Armée moderne et accessible




Situé dans le 7ème arrondissement de Paris, l’Hôtel des Invalides accueille depuis le XVIIème siècle les vétérans des guerres menées par la France mais pas seulement. Au sein de cet établissement, se trouve le musée de l’Armée que je suis allée découvrir.





Organisé autour de la cour d’honneur, cet équipement déploie, dans les ailes occidentales et orientales de la partie nord de l’édifice, des collections d’une grande richesse. Afin d'accueillir au mieux un public nombreux, il comprend une cafétéria, une librairie-boutique et des ascenseurs pour accéder aux nombreux étages.





Conscient de l’atout que représentent ses œuvres, l’institution s’est beaucoup investie à leur conservation et protection à travers une muséographie moderne axée sur l’éclairage.




Crédits : Emilie Etienne

Les vitrines sont équipées de LED ou d’ampoules à très faible luminosité créant ainsi une atmosphère exceptionnelle tout à fait fascinante dans certaines salles. Mais si la lumière peut être une force par moment, elle représente parfois une faiblesse. Pour limiter les dégradations des objets dues à son exposition, beaucoup de vitrines ne disposent pas de dispositif lumineux. Situés dans des endroits sombres, certains de ces objets deviennent alors invisibles ainsi que leurs cartels. Dans d’autres cas, la mauvaise orientation des lampes provoque des reflets et discerner les oeuvres devient un vrai casse-tête.

La signalétique du parcours muséographique peut poser problème. Lors de ma visite, je me suis principalement laissée guider par certains objets phares et le sens de la visite est rapidement devenu incompréhensible.





Non initiée dans le domaine des armes et autres tactiques militaires, je me suis sentie à l'aise grâce aux différents outils de médiation, ludiques et instructifs, présents tout au long du parcours.



Les premiers rencontrés sont les cartels qui offrent une information claire et complète. Ces derniers sont accompagnés de panneaux explicatifs, traduits en quatre langues, dont le seul reproche est qu'ils se situent en fin de chaque espace. Puis viennent des plans interactifs, films, vidéos, maquettes et audio-guides. Rendant la visite plus captivante, tous illustrent et enrichissent parfaitement le discours mis en avant.






Crédits : Emilie Etienne

D'un grand dynamisme, le musée propose régulièrement des colloques ainsi que des expositions temporaires dont la dernière présentée est : « Avec Armes et bagages dans un mouchoir de poche ».





De formation archéologique, je ne me serais jamais tournée instinctivement vers ce musée qui ne me semblait pas très attirant. Cependant, je suis sortie du musée de l'Armée sur une très bonne impression avec l'envie d'y revenir et de le faire découvrir. Cette structure vaut d'être visitée ne serait-ce que pour le modernisme dont il fait preuve envers ses collections et son public.





Émilie Etienne


Un muséographe révélé ?

Interview d’Olivier Romain Rouchier

Olivier Romain Rouchier est commissaire de l’exposition « Objets révélés » programmée au musée de la Chartreuse de Douai pour 2018, c’est un homme vif et chaleureux qui me parle avec passion,de sa nouvelle mission dont il se sent pleinement investi. Son parcours est atypique et ne le prédestinait pas à travailler un jour pour un musée. Cette opportunité s’est toutefois présentée à lui presque par hasard et il ne regrette pas du tout cette expérience, bien au contraire ! 

Vélo © Olivier Romain Rouchier

Que la été ton parcours avant de devenir commissaire d’exposition au musée de laChartreuse de Douai ?

Depuis tout petit j’ai la passion des vieuxobjets. Dès mes 12 ans je commençai à collectionner des objets que je trouvais dans des brocantes ou chez les antiquaires. Très tôt, et de façon autodidacte,je me suis documenté sur ces objets et j’ai acquis une connaissance assez pointue et spécifique sur ce sujet. A 23 ans je deviens antiquaire Nancy, métier que j’ai exercé jusqu’en 2007. J’ai vendu beaucoup de choses identiques à celles qui sont dans les réserves du musée !

A cepropos, comment en es-tu arrivé à travailler au sein du musée ?

C’est Anne Labourdette, la conservatrice, qui m'a contacté. Elle avait besoin d’une expertise pour certains objets (des boucles de chaussure du 18eme siècle). J’ai commencé à travailler comme consultant bénévole en 2015, mon rôle a été de décrire et d'identifier certainsobjets et aussi de corriger des descriptions anciennes erronées.

Identifier un objet, le retrouver àl’inventaire, retrouver son histoire, le comprendre, c'est pour moi une sortede sauvetage et donc une grande joie. Cette première expérience fut unémerveillement.

Vousavez fait des trouvailles excitantes ou bien était-ce du simpleétiquetage ?

C’était une chasse au trésor ! Je suis tombé sur des objets dont je ne soupçonnais même pas l’existence comme un objet en fer et en laiton du XIXe siècle qui servait à mesurer les sabots deschevaux. Chasse au trésor mais aussi un voyage puisque nous avons trouvé,parfois au fond d’une grosse caisse ou incognito à proximité de plusieursobjets banals, des objets rares et exotiques. J’ai par exemple reconnu uneamulette égyptienne rescapée de l’ancienne collection d’ethnologie du muséeperdue pendant les conflits historiques. Celle dont je suis le plus fier restequand même cet éperon à molette du XIVe qui (après des recherches) s’avérait apparaître dans l’inventaire de 1807 qui le rangeait déjà dans les antiquitésde l’Antiquité et du Moyen-âge ! C’est un objet rare. Il faut dire qu’Anne Labourdette est très active pour impulser une recherche d’œuvres disparues enrégion.

Maiscomment a germé l’idée de concevoir une exposition autour de tous cestrésors ?

C’est Anne Labourdette qui a lancé cette idée, je pense que mon enthousiasme communicatif qui a sensibilisé l’équipe dumusée à toutes ses trouvailles. Nous avons eu encore plus conscience de lavariété et de la richesse des collections du musée. Elle m’a donné carteblanche pour sélectionner une petite centaine d’objets (sur près de cinq mille)qui seront exposés. J’ai donc eu le privilège de choisir les objets de façonpersonnelle et arbitraire, j’ai choisi en fonction de mes goûts et de la« force d’évocation » sur le public que ses objets peuvent avoir. Ces objets se distinguent aussi par leur rareté, leur curiosité et leur qualité. Iln’y aura pas que du « joli », mais des choses cassées ou rouillées et des objets « gore » ou drôles.

Sac à tête © Olivier Romain Rouchier

L’exposition semble surtout reposer sur le sensationnalisme, as-tu pensé en amont à un concept muséographique ?

Bien-sûr, j’ai décidé de regrouper les objets autour de thèmes universels et intemporels comme « Naître etmourir », « La Violence », « l’Amour »,« l’Exotisme et le Voyage »... Mon but est de parler au plus grandmonde. J’assume le parti-pris de jouer avant tout sur l’émotion du visiteur. C’est selon moi le meilleur moyen de relier ce dernier avec ses vieux objetsdans leur cœur et dans le temps. Je ne veux pas qu’on reste indifférent à ceque nous allons exposer. En même temps que je dessinais le parcours de visite,je me suis documenté sur les objets sélectionnés ce qui va me permettre de lesdécrire, de rédiger les cartels, les textes de salle et le catalogue de l’exposition. Je vais à l’essentiel dans un souci de vulgarisation scientifique. Mon exposition sera libre : pas de parcours de visite,seulement des petits îlots à thème autour desquels les visiteurs pourront naviguer à leur guise.

Unvéritable travail de muséographe en somme, et la scénographie c’est toi quit’en occupes ?

Jusqu’ici pour la muséographie j’ai travaillé seul et j’ai des idées pour la scénographie. Cependant je ne pense pas que j’endosserai un rôle de scénographe en plus de celui de muséographe. Ce sera untravail collectif dans lequel je pense tout de même avoir mon mot à dire. Jen’abandonne pas mon projet une fois que je l’ai écrit, je serai là pour sa miseen place, sachant que des réajustements au niveau du contenu auront peut-être lieu face à certains problèmes que l’équipe scénographique auront pointé. Je souhaite par exemple, à la fin du parcours de visite, organiser un couloir( ré)créatif de médiation innovante. Je veux que le public soit intéressé, qu’il réagisse à ce qu’il voit.

Podomètre © Olivier Romain Rouchier

Quelregard portes-tu sur les musées aujourd’hui ?

Souvent dans les musées et les expositions, les cartels sont illisibles ou incompréhensibles, et on peut rarement s'asseoir ! Il n'y a pas assez de jeunes dans les musées d'art ancien, trop de gens se disent " le musée ce n'est pas pour nous, c'est ennuyeux ". Il faut aller à leur devant et renouveler et régénérer le public des musées. Notre exposition est destinée à tous bien sûr, mais j'espère qu'elle attirera les jeunes. Ce serait pour moi un beau compliment qu'un adolescent me dise qu'il ne pensait qu'un musée pouvait être aussi "cool". Donc l’exposition seraludique, libre et pour tous ?

Exactement ! Je rajoute qu’elle sera confortable, il y aura des sièges ! Ce sera une exposition sérieuse qui ne se prendra pas au sérieux.

Etla cohabitation avec des muséographes « du cru », un choc descultures ?

En réalité j’ai été très étonné par l’accueilet la confiance dont les collègues du musée ont fait preuve. Ils ont fait l’école du Louvre, moi je n’ai aucun bagage muséographique, juste mes connaissances de spécialiste autodidacte. Pourtant, on m’a adopté immédiatementet on a porté une grande attention à mes avis. C’était très confortable comme situation. On m’a même demandé d’organiser une visite des réserves au conseil municipal, c’est là que j’ai remarqué que j’arrivais à intéresser les gens mêmeaux trucs moches et détériorés.

Amaury Vanet

 #Objets

#Antiquités

#Réserves 

Pour en savoir plus : http://www.museedelachartreuse.fr/

Une exposition sans dessus mais avec des dessous

Une exposition culottée au Musée dauphinois de Grenoble ? Vous ne croyez pas si bien dire ! Les dessous de l’Isère – une histoire de la lingerie féminine présente, depuis le début dumois de mars, l’histoire des dessous des Iséroises. Cette exposition raconte l’épopée de l’industrie des sous-vêtements féminins et retrace leur évolution selon les époques et les mœurs.


Vue de l'exposition
- Crédits : Musée dauphinois.

Au fil des sous-vêtements, l’histoire de la lingerie féminine

L’exposition permet la découverte de l’histoire industrielle de lalingerie féminine en Isère de son apogée jusqu’à son déclin provoqué par lamondialisation. Confectionnés à la main durant tout le XIXème siècle par lesfemmes, les sous-vêtements ont subi l’ère de la consommation de masse. Lesacheteuses se procurent alors leurs dessous dans des boutiques de prêt-à-porterproduits dans des usines. Les différentes pièces exposées montrent à quel pointles matériaux et les textures ont rapidement changé, suivant les innovationstechniques. J’ignorais qu’au cours du XXème siècle, de nombreuses industriestextiles se sont implantées dans le département pour confectionner culottes etautres bas parmi lesquelles les très célèbres marques Lou, Valisère ou encore Playtex.

Lors de la fermeture de l’usine Playtex en 2010 -Collec. Particulière - Crédits : Astrid M.

L’Isère était un territoire renommé et reconnu pour le savoir-faire de sesouvrières. Les années 2000 ont sonné le glas de cette industrie frappée par unevague de fermetures d’établissements causée par une concurrence accrue desmarchés internationaux. L’exposition évoque des thématiques difficiles commeles licenciements et la colère des petites-mains qui ont vêtu la nudité. 

« La lingerie est une histoireculturelle à fleur de peau » (Chantal Thomas)

L’évolution des sous-vêtements est liée aux évolutions sociétales :voilà ce que j’ai appris de l’exposition LesDessous de l’Isère. D’abord utilitaire et très couvrante, la toiletteféminine du XIXème se transforme en accessoire de mode avec l’avènement ducorset qui sculpta en forme de S le corps de la femme pendant de nombreusesannées. Véritable instrument de torture, les femmes ont fini par l’abandonner auprofit de dessous beaucoup moins contraignants comme la gaine, le soutien-gorgepuis la culotte. L’émancipation de la femme, au lendemain de la Seconde GuerreMondiale, s’accompagne d’une transformation de sa lingerie qui devient alors pluslibre, moins couvrante et plus en adéquation avec son corps. J’ai beaucoupapprécié le fait que de nombreux aspects sociologiques soient abordés enparallèle du discours sur la lingerie. La réappropriation du corps des femmesest par exemple évoquée en parlant de la contraception. La lingerie donne àvoir l’évolution de la place de la femme dans la société mais aussi du regardporté sur elle.

Accompagnant lavente des sous-vêtements, la publicité propose une image de la femme fantasmée.Pensons au slogan de la marque Wonderbra« Regardez moi dans les yeux… j’ai dis dans les yeux ». Séduisante, glamourou sexy, la femme est présentée comme un objet de désir souvent façonné par le regard des hommes. Le corps de lafemme est complètement érotisé. 

Les portraits culottés de C. Prigent - Crédits : Chloé Prigent, 2012.

Cette image ne correspond pas à la réalité et les travaux de l’artisteChloé Prigent, présentés à la fin de l’exposition font écho, avec beaucoupd’humour, à l’univers absurde de la pub’. L’artiste dresse le portrait intimede femmes montrant leurs sous-vêtements. Le cadrage serrédes photographies ne montre pas les visages de ces femmes, seulement leursculottes.Les corps sont montrés sans retouches, avec lespetits défauts qui en font leur beauté. 

J’ai regrettéqu’il n’y ait pas d’outils de médiation permettant aux visiteurs de laisser sonavis car, en tant que femme, cette exposition m’a fait réagir. Le dispositif« La lingerie et vous ? » propose au sein d’une reconstitutiond’un boudoir bien trop « girly » à mon goût l’écoute demicros-trottoirs.

Dispositif « La lingerie etvous ? » - Crédits: AstridM.

Le visiteur, en décrochant des téléphones, peut écouter letémoignage de personnes anonymes, d’âges et de sexe différents, répondant àdiverses questions comme «la femmedoit-elle porter une lingerie en fonction de son âge, de sa morphologie, decirconstances particulières,... ? » ; « entre confort et séduction, à quelles fonctions lalingerie doit-elle répondre ? » ; «vous souvenez-vous de votre premier soutien-gorge ? » … Le dispositif « La lingerie etvous ? » (et Moi ?!) est amusant mais il me semble qu’il aurait étépertinent de pouvoir récolter la parole des visiteurs.

Les Dessous de l’Isère est une exposition un tantinet érotique etfacétieuse qui aborde des thématiques plurielles et pose beaucoup de questions.A la fois historique, sociologique et anthropologique, l’exposition m’a apprisbeaucoup de choses sur la lingerie féminine qui est un objet d’étude plus richequ’il n’y paraît.

Astrid Molitor

L’exposition Les Dessous de l’Isère est gratuite et ouverte à tous jusqu’au mois de septembre.

Pour en savoir plus :

http://www.musee-dauphinois.fr/2752-l-exposition.htm

#Musée dauphinois

#Industrie

#Lingerie 

Une Faune de Museomixeurs au musée d’Histoire Naturelle

Mais qui sont ces personnes surnommés« Museomixeurs » qui investissent nos musées? Toute cette agitation peut paraître étrange dans ces lieux habituellement si calmes.

Crédits photographiques : Museomix Nord

Mais qui sont ces personnes surnommés« Museomixeurs »  qui investissent nos musées? Toute cette agitation peut paraître étrange dans ces lieux habituellement si calmes. Pourtant, ils sont là pour vous divertir et vous surprendre. Le principal acteur de cette aventure est  « Museomix ». Cette association s’est donnée pour mission de rassembler, du 7 au 9 novembre 2014 et dans sept musées partout dans le monde, une véritable faune d’acteurs muséale(scientifiques, communicants, muséographes, artistes…) et du numérique (développeurs,codeurs, ingénieurs..) afin de créer, expérimenter et proposer aux visiteurs de nouveaux dispositifs de médiations. Etudiants et professionnels de tous horizons se regroupent, sans se connaître, avec pour objectif de proposer un prototype de médiations aux visiteurs. Durant ces trois jours, les maîtres mots sont : création, innovation et plaisir.

Alors pour vous donner une petiteidée de cette arche de Noé de l’expérimentation muséale, je vais vous parler dema propre expérience au Museomix Nord qui a eu lieu au musée d’HistoireNaturelle de Lille. Ce sont près d’une soixantaine de personnes qui ont étéchoisies pour redonner vie aux animaux et fossiles de la collection du musée d’HistoireNaturelle de Lille. Tout comme les espèces exposées, nous venons tousd’horizons différents. Selon un critère de classification basé sur ladiversité, nous avons été divisées en groupes de 7 personnes : un communicant,un médiateur, un chargé des contenus, une graphiste, un codeur, un  fabriquant et une facilitatrice, afin defaire face à l’appétit exigeant de nos prédateurs : les visiteurs. Paracclimatation, le croisement de nos compétences va donner naissance à un projet hybride dont l’accomplissement est un  prototype de médiation. La question était decréer une nouvelle meute de musémixeurs capables d’attiser l’appétit du publicpour le musée.

Le premier jour est la journée del’apprivoisement des membres de mon équipe. En créant une tribu éphémère, jerepère très vite qui sont les dominants des dominés, des leaders des suiveurs.Moi, étudiant dont la fonction ici est la médiation, je me fonds dans la masse paisiblement.J’écoute, j’observe avant d’agir. Car dans cette nouvelle société il fautapprendre à se connaitre. En cherchant une idée à défendre, chacun se cherche,se teste, se sent. Certains se rebellent tandis que d’autres suivent la meuteen silence. Mais malgré les différences, chacun s’adapte et notre meute  prend forme sous le nom des Odonautes - Un nomen référence aux odonates, une famille d’insectes qui se caractérise par sesdeux paires d’ailes, son corps allongé et ses yeux composés de milliards decapteurs. Cet ordre se compose de la demoiselle et de la libellule dont nousnous sommes inspirées.

Crédit photographique : Persona

En effet, notre projet est desuivre le parcours personnalisé d’une libellule paléolithique au sein du musée.Cette odonate nous y montre ses origines, son environnement, sa chaînealimentaire, etc. Elle informe sur son identité et son biotope. Pour se faire,nous avons eu recours à un outil innovant : la « cardboard ».Une nouvelle technologie créée par Google qui consiste à créer des lunettesstéréoscopiques. Le principe est d’avoir une réalité augmentée à  l’aide de son smartphone et à moindre coût(moins de 10 $). Les dominants de la meute parlent alors de faire apparaîtreune libellule 3D qui interagirait avec le musée. Le visiteur la suivrait danssa pérégrination afin d’acquérir des informations. Le reste du groupe estd’accord. J’acquiesce et la journée se termine par un repas bien mérité oùchacune des meutes du Muséomix Nord demeure entre elle. L’envie de vivreensemble est forte mais la chasse à la création est rude et ne laisse que trèspeu de temps aux camaraderies.

Car le deuxième jour, c’est ladésorganisation la plus totale chez les Odonautes. Pour mener à bien lacréation de notre prototype, nous avons dû faire appel à des étudiantsinformatiques (Epitech de Lille) calés en programme et codage en tous genres.Malheureusement, intégrer la libellule en réalité augmentée semble pluscompliqué que cela n’y parait et nous manquons de temps. Le logiciel appliquéne correspond pas au système d’exploitation du smartphone utilisé pour lacardboard (le Nexus). Nous ne savons plus quoi faire. Alors que je dois rédigeravec la chargée des contenus pour le livret pédagogique, la confusion nous gagne.Chaque membre de ma meute avance sans savoir clairement où  il doit aller. Le stress nous submerge. Lesdominants ne savent plus comment agir et les autres s’isolent dans leurs tâches.Pour nous aider à survivre, la facilitatrice essaye tant bien que mal derétablir le dialogue et l’espoir revient. Le dispositif sera « TheDragonfly Horror Show », une série B d’horreur dont l’héroïne est uneterrible libellule du fond des âges, la StenodictyiaLobta. Le tournage peut alors commencer !


Affiche « The Dragonfly Horror Show » - Crédit photographique : Noémie Desard

Pour le troisième ultime jour,toute l’équipe des Odonautes se retrouve et les doutes se sont évaporés durantla courte nuit de sommeil qui a précédé. La fatigue et le stress sont toujoursau rendez-vous mais la meute semble y faire face. Les vidéos se montent petit àpetit, un trailer et un épisode-pilote de deux minutes vont pouvoir être accessiblesau public.  Bien que le système de lancementde la vidéo dans la cardboard par NFC ne se soit mis en place qu’à l’heurefatidique, je suis sur le pied de guerre à 16h pour présenter notre dispositifà la horde de visiteurs. Et la magie opère. Le jeune public abonde autour demoi afin de tester l’unique cardboard que nous avions à disposition. Il estcomme une bande affamée et impatiente de nouveautés. Il se bouscule,s’impatiente et en perd même sa politesse. Il est le dernier maillon de la « chainealimentaire » du musée. Intraitable, il n’en demeure pas moins respectueuxet gratifiant envers ses congénères du maillon muséal. Dans cette « chaînealimentaire culturelle », les visiteurs ne nous dévorent pas, non. Ilsnous nourrissent et nous les nourrissons en retour. Si chacun est à sa placedans son projet Museomix, de la direction à la médiation en passant par laconception, la transmission peut donc se faire sans jugement, sans à priori etsans limites. Vivre ensemble et à l’écoute, ce n’est que la dure loi de la Culture.

Passer trois jours de travailintensif au musée d’Histoire Naturelle m’a donné le sentiment de faire partiede la collection. Museomix Nord a été finalement une exposition temporaire sur plusieursgroupes d’espèces à la durée de vie éphémère et dont le pic de (re)productionet d’activité se fait chaque année, durant trois jours en automne. Alors sivous avez aimé ou que vous souhaitez découvrir Museomix, attendez-les, ilsreviendront l’année prochaine dans de nouveaux lieux, avec de nouvellespersonnes et des idées toujours plus innovantes.

Persona

Pour aller plus loin :

http://www.museomix-nord.org/

http://www.museomix.org/prototypes/the-dragonfly-horror-show/

https://www.tumblr.com/search/odonautes

https://www.youtube.com/channel/UCSUEyKP68WaCFxWRXiNIIhg

Mots clefs :

# Museomix

# Libellule

# Nouvelles technologies

Vodou, vous ne croyez pas si bien dire...


Avez-vous
déjà consulté un m
arabout africainen
un
lieuisolé pour résoudrevos
problèmesou exaucervos
souhaits
 ?Avouez,vous
y a
vez au moins pensé...Avez-vous
déjà planté
avec desépingles une poupée, faite à
l'image de
votre ennemi, pour luiinfligerles
pires souffrances
 ?Vous avezau
moins tenté l'expérience avec
celles de Nicolas
Sarko
zyou Ségolène Royal ...






Donner la parole
aux initiés


Faire
tomber les clichés associés au
vodou*
et
révéler ce
qu'es
t réellement
cette religion,
tels
sont les
objectifs
de l'exposition
Vodou,
présentée
du 15 novembre
2012 au 23 février 2014
au
musée Canadien de l'Histoire
(anciennement
musée Canadien de
s
Civilisations
)
de Gatineau,
au Québec.
L'exposition a été réalisée
en partenariat avec la Fondation pour la préservation, la
valorisation et la production d’œuvres culturelles haïtiennes
(FPVPOCH).
L'exposition
Vodou
vise donc d'abord à
déconstruire la conception
européenne et stéréotypée
de cette croyance,
puis à présenter notre
point du vue à nous,
adeptes du vodou
haïtien. Car voyez-vous,
la
« vérité » est
principalement rétablie en donnant la parole aux initiés de
cette religion. Apprêtez-vous
à laisser
vos
préjugés derrière vous
et à
découvrir une
réalité méconnue du commun des
mortels !





Des
clichés qui collent à la peau





Vue
générale d'une salle
de l'exposition (deuxième partie)



 Crédits :
Diane Westphal



La
première partie de l'exposition dresse
un rapide historique du vodou
haïtien et l'origine des préjugés
qui lui sont
associés. Le
vodou est une religion
syncrétique, issue des traditions
spirituelles des esclaves africains
et autochtones (caribéens).
Saviez-vous,
cher visiteur, que sa
pratique a
été longtemps interdite, et
que les vodouisants
ont été
persécutés ? Le
vodou est
officiellement reconnu en Haïti en 2003. Bien
entendu,
une
pratique clandestine existait avant
cette reconnaissance. Cette
pratique était très
mal vue des
Européens
justement en raison de son caractère
secret.
C'est ainsi qu'une
vision « barbare » et
réductrice de
notre croyance
fut diffusée par les
médias de masse, notamment américains,
qui contribuèrent largement
à forger
les stéréotypes du vodou.
L'exemple le plus connu est certainement
la poupée fichée
d'épingles. Or, il
est possible que cette image
vienne
en réalité de certaines
pratiques de l'Afrique de l'ouest (notamment
du Congo).
Dans cette région, des
statues de bois à taille variable,
à figure humaine ou animale et
plantée de clous,
servent d'intermédiaires
entre le monde des vivants et celui des
morts. Par le biais de ces objets
appelées Nkisi
n'Konde,
les vivants
sollicitent l'aide des ancêtres afin de
résoudre les problèmes
de la communauté. Chaque
clou représente
une demande particulière et les
statues étaient manipulées par un sorcier. Ça
vous en
bouche un coin, non ?












Des
vertus curatives





Vue
d'une salle avec "poupées" vodou grandeur nature (deuxième partie)



Crédits : Diane Westphal


Dans
la deuxième partie de l'exposition, le
vodou vous
est présenté
par ses adeptes. Vous serez étonnés
de découvrir que cette religion a principalement des
fonctions thérapeutiques. Voyez-vous,
pour nous,
les maux physiques et
psychiques
d'une personne ou d'une communauté
sont les
signes
d'équilibre
du monde
rompu. Afin
de rétablir cet équilibre, nous
faisons
appel à des puissances
surnaturelles, des esprits
possédant
des pouvoirs
particuliers, les lwa,
afin de se concilier leur aide.
La possession représente le moyen
privilégié de communication avec les esprits. L'assistance
des lwa
est sollicitée lors de
rituels, durant
lesquels
nous leur adressons des offrandes.
La pratique collective
est importante dans
le vodou. Cependant,
chaque vodouisant a
également un rapport très personnel à
sa
religion.
Vous pouvez vous en
rendre compte par les nombreux témoignages d'initiés que nous
présentons sur des bornes
vidéos. Les
adeptes
relatent
leurs expériences cérémonielles,
leur conception du vodou et
les raisons qui les ont amenés à cette croyance.
Concernant la scénographie, nous
avons choisi une ambiance relativement
immersive. Nous
voulons en effet vous amener
à être au plus proche de la religion vodou.
Nous avons donc
choisi de projeter dans une des deux salles un film montrant
un rituel. Nous avons également
recherché une certaine proximité entre
le visiteur et
les objets. De nombreux
artefacts
cérémoniels, tel
des ex-votos, des offrandes et
des reconstitutions d'autels sont
en effet
disposés sur
des plates-formes
basses,
sans vitrine (vous
remarquerez
d'ailleurs qu'il
n'y a aucune vitrine dans l'exposition).
La mise à distance est simplement créée
par la présence de piquets entre les
objets et l'espace de déambulation.




Alors ?






Autel vodou.



Crédits :  Diane Westphal


La
troisième partie de l'exposition vous
est
exclusivement dédiée, cher visiteur.
Dans cet espace, nous vous invitons
en effet à donner votre
avis sur l'exposition. Pour
cela, vous pouvez
vous exprimer
oralement et être filmé
dans l'espace d'une petite alcôve. Votre
témoignage sera par la suite
transmis automatiquement sur des postes informatiques, à partir
desquels les autres visiteurs pourront
voir et écouter les expériences de visite de
ceux qui ont laissé
un commentaire.






La
visite s'arrête ici. Nous espérons
que vous ayez
passé un agréable moment de découverte. Nous
espérons
que cette exposition vous auras
appris la réalité sur la religion vodou. Qu'elle
n'inflige pas le mal, mais au contraire,
sert à soigner les maux des personnes
et de la société.






*vodou :
orthographe créole, qui tend à supplanter l'orthographe européenne
« vaudou »











Diane Westphal







Pour en savoir
plus :





Zollverein, au fil du charbon





Maquette du site

Crédits :T.L





A l'Ouest de l'Allemagne, la Ruhr est le plus grand
bassin industriel d'Europe de l'Ouest.
Depuis la
Révolution industrielle qui s'est déroulée à partir du XIXèmesiècle,
cette région est devenue une aire de peuplement très importante. Principalement
composée d'industries lourdes exploitant le coke ou le charbon elle est le siège
de grands groupes industriels. En ces temps de désindustrialisation, nombreux
sont les sites aujourd'hui à l'abandon, sinistrés. C'est à Essen que nous nous
rendons pour visiter un de ces sites qui a su se reconvertir : le complexe
industriel de la mine de Zollverein. La première mine de Zollverein est apparue
en 1847. Dès lors, l'exploitation du sol sera incessante. Durant plusieurs
décennies le site de Zollverein est le plus important site minier d'Allemagne.
Sa politique productiviste et ses lourdes infrastructures lui valent une
renommée qui s'étend à l'Europe toute entière. L'activité minière s'arrête
définitivement en 1986 et le site ferme en 1993. En 2001 le site est classé au
patrimoine mondial de l'UNESCO.




C'est donc dans un parcours à la frontière entre
visite guidée et parcours d'interprétation que nous nous lançons pour découvrir
ce complexe industriel. Le site peut se visiter librement si l'on ne compte pas
rentrer dans les bâtiments mais il devient indispensable d'être accompagné pour
en voir davantage. Le guide, en plus de proposer une visite classique, permet
au visiteur de découvrir le complexe minier de l'intérieur. La visite commence
par la découverte du site tout entier via une carte interactive en 3D. Chaque
zone clé est détaillée et permet de se rendre compte de l'étendue du complexe.
S'en suit, dans la cour de l'usine, d'une rapide chronologie qui situe la mine de
Zollverein dans le temps, de sa création à l'arrivée de la mécanisation. Une
brève histoire de l'industrie allemande permet de situer l'endroit dans une
dynamique qui, à l'époque, entraînera la création de nombreux sites comme
celui-ci. Car s'il est exceptionnel, notamment par sa taille et sa
productivité, le site de Zollverein n'était pas le seul de la sorte dans la
région de la Ruhr; il s'inscrit dans un mouvement intense d'industrialisation.
S'il est bien difficile d'embrasser d'un seul coup d’œil l'étendue du site, un
passage sur des passerelles à plusieurs mètres du sol permet au moins d'en
imaginer les contours.








Vue sur le chevalement

Crédits :T.L


Vient
ce qui va constituer la majeure partie du parcours : la découverte des
différents bâtiments de l'exploitation du charbon. Ce parcours ne fait pas état
de l'autre activité de Zollverein qui est la transformation de charbon en coke.
Les premiers instants sont impressionnants : les bâtiments sont très sombres,
encombrés malgré leurs dimensions et froids. L'immersion est totale.
L'aménagement des lieux est minimal, ce qui renforce ce sentiment que l'usine,
malgré son air sinistre, va reprendre vie d'une minute à l'autre. Aménagement
qui, malheureusement, n'est pas régi par des principes d'accessibilité. Le
parcours est jalonné de dispositifs ingénieux qui permettent une
recontextualisation fidèle : comme ce son assourdissant des berlines qui
déversent le charbon, diffusé dans une partie de l'usine. Plus qu'une dimension
spectaculaire cet outil permet de mieux comprendre les conditions de travail
des mineurs. Le parcours va suivre naturellement le cheminement du charbon, de
sa remontée à la surface jusqu'à la séparation du « bon » et du «
mauvais» produit. De ce fait, l'accent est mis sur l'aspect technique de la
mine. Chaque étape est clairement expliquée et détaillée par les maquettes, les
animations vidéos, le tout complété par des anecdotes du guide. C'est peut être
là le principal écueil : en voulant mettre l'accent sur le côté technique de la
production, on en vient à complétement occulter un élément pourtant clé,
l'humain. Bien entendu les conditions de travail, pénibles, sont abordées. Mais
de façon rapide et on ne reviendra que trop peu sur les ouvriers qui sont
pourtant le moteur de cette production massive dont pouvait se vanter
Zollverein. Il est bien sûr que les dimensions incroyables des bâtiments et des
machines amènent naturellement à tenir discours plus technique, mais il est
regrettable que cela se fasse au détriment d'un pan entier de l'histoire de
l'usine. Car ce n'est pas que les ouvriers qui sont oubliés mais aussi, par
extension, leur savoir-faire et leurs conditions de vie.






En
définitive, si ce parcours ne peut être exhaustif il permet de prendre la
mesure de ce que pouvait être un complexe industriel de la Ruhr. Le portrait se
veut juste et sans trop d'artifices, authentique. Soulignons également le
renouveau que cela a apporté à un site sinistré comme celui-là. En plus des
bâtiments visitables le site de Zollverein propose une offre culturelle très
riche : musée de la Ruhr, centre de chorégraphie, école de design, etc.



 







Thibault Leonardis