Interview d’Olivier Romain Rouchier

Olivier Romain Rouchier est commissaire de l’exposition « Objets révélés » programmée au musée de la Chartreuse de Douai pour 2018, c’est un homme vif et chaleureux qui me parle avec passion,de sa nouvelle mission dont il se sent pleinement investi. Son parcours est atypique et ne le prédestinait pas à travailler un jour pour un musée. Cette opportunité s’est toutefois présentée à lui presque par hasard et il ne regrette pas du tout cette expérience, bien au contraire ! 

Vélo © Olivier Romain Rouchier

Que la été ton parcours avant de devenir commissaire d’exposition au musée de laChartreuse de Douai ?

Depuis tout petit j’ai la passion des vieuxobjets. Dès mes 12 ans je commençai à collectionner des objets que je trouvais dans des brocantes ou chez les antiquaires. Très tôt, et de façon autodidacte,je me suis documenté sur ces objets et j’ai acquis une connaissance assez pointue et spécifique sur ce sujet. A 23 ans je deviens antiquaire Nancy, métier que j’ai exercé jusqu’en 2007. J’ai vendu beaucoup de choses identiques à celles qui sont dans les réserves du musée !

A cepropos, comment en es-tu arrivé à travailler au sein du musée ?

C’est Anne Labourdette, la conservatrice, qui m'a contacté. Elle avait besoin d’une expertise pour certains objets (des boucles de chaussure du 18eme siècle). J’ai commencé à travailler comme consultant bénévole en 2015, mon rôle a été de décrire et d'identifier certainsobjets et aussi de corriger des descriptions anciennes erronées.

Identifier un objet, le retrouver àl’inventaire, retrouver son histoire, le comprendre, c'est pour moi une sortede sauvetage et donc une grande joie. Cette première expérience fut unémerveillement.

Vousavez fait des trouvailles excitantes ou bien était-ce du simpleétiquetage ?

C’était une chasse au trésor ! Je suis tombé sur des objets dont je ne soupçonnais même pas l’existence comme un objet en fer et en laiton du XIXe siècle qui servait à mesurer les sabots deschevaux. Chasse au trésor mais aussi un voyage puisque nous avons trouvé,parfois au fond d’une grosse caisse ou incognito à proximité de plusieursobjets banals, des objets rares et exotiques. J’ai par exemple reconnu uneamulette égyptienne rescapée de l’ancienne collection d’ethnologie du muséeperdue pendant les conflits historiques. Celle dont je suis le plus fier restequand même cet éperon à molette du XIVe qui (après des recherches) s’avérait apparaître dans l’inventaire de 1807 qui le rangeait déjà dans les antiquitésde l’Antiquité et du Moyen-âge ! C’est un objet rare. Il faut dire qu’Anne Labourdette est très active pour impulser une recherche d’œuvres disparues enrégion.

Maiscomment a germé l’idée de concevoir une exposition autour de tous cestrésors ?

C’est Anne Labourdette qui a lancé cette idée, je pense que mon enthousiasme communicatif qui a sensibilisé l’équipe dumusée à toutes ses trouvailles. Nous avons eu encore plus conscience de lavariété et de la richesse des collections du musée. Elle m’a donné carteblanche pour sélectionner une petite centaine d’objets (sur près de cinq mille)qui seront exposés. J’ai donc eu le privilège de choisir les objets de façonpersonnelle et arbitraire, j’ai choisi en fonction de mes goûts et de la« force d’évocation » sur le public que ses objets peuvent avoir. Ces objets se distinguent aussi par leur rareté, leur curiosité et leur qualité. Iln’y aura pas que du « joli », mais des choses cassées ou rouillées et des objets « gore » ou drôles.

Sac à tête © Olivier Romain Rouchier

L’exposition semble surtout reposer sur le sensationnalisme, as-tu pensé en amont à un concept muséographique ?

Bien-sûr, j’ai décidé de regrouper les objets autour de thèmes universels et intemporels comme « Naître etmourir », « La Violence », « l’Amour »,« l’Exotisme et le Voyage » ... Mon but est de parler au plus grandmonde. J’assume le parti-pris de jouer avant tout sur l’émotion du visiteur. C’est selon moi le meilleur moyen de relier ce dernier avec ses vieux objetsdans leur cœur et dans le temps. Je ne veux pas qu’on reste indifférent à ceque nous allons exposer. En même temps que je dessinais le parcours de visite,je me suis documenté sur les objets sélectionnés ce qui va me permettre de lesdécrire, de rédiger les cartels, les textes de salle et le catalogue de l’exposition. Je vais à l’essentiel dans un souci de vulgarisation scientifique. Mon exposition sera libre : pas de parcours de visite,seulement des petits îlots à thème autour desquels les visiteurs pourront naviguer à leur guise.

Unvéritable travail de muséographe en somme, et la scénographie c’est toi quit’en occupes ?

Jusqu’ici pour la muséographie j’ai travaillé seul et j’ai des idées pour la scénographie. Cependant je ne pense pas que j’endosserai un rôle de scénographe en plus de celui de muséographe. Ce sera untravail collectif dans lequel je pense tout de même avoir mon mot à dire. Jen’abandonne pas mon projet une fois que je l’ai écrit, je serai là pour sa miseen place, sachant que des réajustements au niveau du contenu auront peut-être lieu face à certains problèmes que l’équipe scénographique auront pointé. Je souhaite par exemple, à la fin du parcours de visite, organiser un couloir( ré)créatif de médiation innovante. Je veux que le public soit intéressé, qu’il réagisse à ce qu’il voit.

Podomètre © Olivier Romain Rouchier

Quelregard portes-tu sur les musées aujourd’hui ?

Souvent dans les musées et les expositions, les cartels sont illisibles ou incompréhensibles, et on peut rarement s'asseoir ! Il n'y a pas assez de jeunes dans les musées d'art ancien, trop de gens se disent " le musée ce n'est pas pour nous, c'est ennuyeux ". Il faut aller à leur devant et renouveler et régénérer le public des musées. Notre exposition est destinée à tous bien sûr, mais j'espère qu'elle attirera les jeunes. Ce serait pour moi un beau compliment qu'un adolescent me dise qu'il ne pensait qu'un musée pouvait être aussi "cool". Donc l’exposition seraludique, libre et pour tous ?

Exactement ! Je rajoute qu’elle sera confortable, il y aura des sièges ! Ce sera une exposition sérieuse qui ne se prendra pas au sérieux.

Etla cohabitation avec des muséographes « du cru », un choc descultures ?

En réalité j’ai été très étonné par l’accueilet la confiance dont les collègues du musée ont fait preuve. Ils ont fait l’école du Louvre, moi je n’ai aucun bagage muséographique, juste mes connaissances de spécialiste autodidacte. Pourtant, on m’a adopté immédiatementet on a porté une grande attention à mes avis. C’était très confortable comme situation. On m’a même demandé d’organiser une visite des réserves au conseil municipal, c’est là que j’ai remarqué que j’arrivais à intéresser les gens mêmeaux trucs moches et détériorés.

Amaury Vanet

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Pour en savoir plus : http://www.museedelachartreuse.fr/