« Expédition »dans le grenier de mes grands-parents

 

Crédits : A.D

Qui n’est jamais allé à une brocanteou un vide-grenier, pour chiner des objets du passé : objets démodésdevenus vintage, souvenirs d’enfance, objets de collection ? Et quin’a jamais eu envie d’aller fouiner dans le grenier de ses ancêtres pourdénicher de petits trésors ? et tenter d’imaginer leur vie ? Maintes fois,j’ai exploré le grenier de mes grands-parents. J‘y ai trouvé les tracesd’intrus : rats, souris, araignées, mites, passés avant moi et qui ontmarqué leur passage. Parmi les nombreux témoignages du passé que j’ai putrouver, j’y ai découvert :

 Le musée des familles : Lectures duSoir.Le musée des familles : de quoi s’agit-il ?

Crédits : A.D

Vous vousdoutez que cette revue ou plutôt, ce gros livre épais, jauni et abimé m’aintriguée. Petite recherche et j’apprends qu’il s’agit de l'un des toutpremiers périodiques illustrés à bas prix du XIXe siècle en France. L’abonnement annuel est fixé à 5 francsà Paris et 7 francs pour la Province quand le salaire journalier d’un ouvrierest compris entre 1,25 à 3 francs dans les régions du Nord (Paul Paillat, Lavie et la condition ouvrière en France de 1815 à 1830).Cette revue hebdomadaire voit le jour en1833 puis devient mensuelle et enfin, bi-mensuelle. Entre 1845 et 1880, elledevient très populaire et est même promue par le ministère de l’instructionpublique. La revue cesse de paraître en 1900 après une vente du journal et undésengagement de son nouvel éditeur. Intéressant, mais pourquoi une revueappelé « musée » ? 

Lepassé dépoussiéré

J’aiparcouru les deux tomes de cette revue que j’avais retrouvés, pour encomprendre le contenu. Au cours de ce voyage temporel, j’ai rencontré plusieursrubriques : « chroniques du mois » accompagnée d’un rébus,« études religieuses », « science en famille »,« légendes et chroniques populaires », des anecdotes historiques, despoèmes, des partitions et également des « contes en famille ». Cesderniers sont rédigés par de grands écrivains du XIXe tels Balzac,Dumas, Théophile Gautier, Victor Hugo, Jules Verne, etc. Ils sont conçus commedes feuilletons, et leurs auteurs semblent pouvoir s’exprimer librement. Le muséeretrouvé ?

Parson titre, cette revue se rêve en musée accessible à toutes les familles, àl'époque où s'invente la protection du patrimoine et alors que la premièreliste de monuments classés est publiée en 1842. La revue se rêve en musée quivient à ceux qui ne vont pas au musée, et qu'on se raconte le soir, en famille.Ce qui rapproche la revue d’un musée, ce sont les gravures représentant desartéfacts. En effet, les objets représentés sont exposés dans des musées commele musée des Souverains au Louvre. Ces gravures rappellent par ailleursles planches illustratives de l’Encyclopédie d’Alembert et Diderot.

Crédits : A.D

Cesreprésentations d’objets sont légendées et accompagnées de textes, on peut lire :« la salle des Bourbons contient, dans des armoires vitrées, adossées auxmurs, une foule d’objets ayant appartenu aux rois de France ». Lesexplications données sur les objets exposés dans cette salle et la descriptiondes parcours permettent de comprendre la muséographie de l’époque au musée duLouvre. Toutefois, la simple représentation de ces objets ne fait pas de cetterevue une exposition ou un musée. En effet, ces objets sont sortis de leurcontexte d’exposition.Néanmoins, la forme de la « revue »,avec ses multiples contenus, donne au lecteur la liberté de choisir seslectures et de parcourir les pages, comme il déambulerait dans une exposition,si on relit le traité d’expologie dans lequel Serge Chaumier décrit brièvementla distance existant entre un livre et une exposition :« l’exposition correspond moins à une histoire qu’à un enchevêtrement desens, elle est composée de multiples histoires qui pour finir permettent deproduire une histoire, celle que le visiteur se construit par interaction avecles propositions». Lemusée à domicile ?

Cetterevue est la première à donner un meilleur accès à la culture aux classespopulaires, notamment par des illustrations qui facilitent la compréhension descontenus. Les grandes institutions muséales réussissent ainsi à ouvrir leurscontenus aux personnes éloignées de la capitale, comme le prouve ma découvertede ce périodique dans un village rural de Franche-Comté. Aujourd’hui, même siles structures muséales sont plus nombreuses sur l’ensemble du territoire,elles s’évertuent encore à rendre accessibles leurs collections en-dehors deleurs murs par l’intermédiaire des catalogues d’exposition, des muséesvirtuels, d’outils de médiation. Mais rien ne remplace une visite au musée !D’ailleurs, l’accueil des familles est désormais au cœur des préoccupations desmusées, comme l’atteste l’offre diversifiée de parcours adaptés et les étudesmenées sur ce sujet.

AnaïsDondez # livres anciens

# musée hors-les-murs# 19e siècle