"In Flanders fields the poppies blow / Between thecrosses, row on row ...» 1 ainsi commence le poème du lieutenant-colonel canadien John McCrae, écrit après la deuxième bataille d'Ypres le 3 mai 1915. Poème qui est devenu, au Canada et en Grande-Bretagne,l'emblème des morts de la Première Guerre Mondiale et qui est à l'origine du choix du poppy/coquelicot comme symbole des soldats. Poème, enfin, qui donne son nom au musée commémoratif d’Ypres. La ville rend tous les soirs hommage aux 54 896 soldats disparus sur son sol, lors de la cérémonie du Lastpot sous les voûtes du mémorial de la Porte de Menin.

In Flanders fields museum est à l'origine un musée associatif qui se professionnalisera en 1998. Quinze ans plus tard, la muséographie vient d'être complètement revue. A deux ans du centenaire de la Grande Guerre, ce n'est pas anodin, à l'heure où ses derniers témoins ont disparu, le rapport à l’événement se modifie. Il y a lieu de réfléchir sur la transmission de cette mémoire, et du rôle des musées de guerre aujourd'hui,comme l'ont rappelé les journées d'études organisées les 11 et 12 décembre àY pres : « Comment construire collectivement un patrimoine commun ? » 

Crédits : MTDF

Comme à Péronne,l'historiographie, sans cesse plus riche sur cette période, a porté ses fruits,tous les belligérants sont représentés dans le musée d'Ypres, mais l'histoirecommémorée est locale et donne à voir la guerre vécue en Flandre Occidentale, inflanders fields...

La scénographie derniercri, s'accompagne d'une bande-son parfois oppressante. Les concepteurs ontchoisi une ambiance grave un tantinet sensationnelle, sans toujours éviter lamise en scène macabre. Entre deux cimaises grises, une série de clichés, àl'accrochage esthétisant, représente des soldats morts, photographiés afind'être ultérieurement reconnus.

Crédits : MTDF

Lemême dispositif met en scène les victimes du gaz Moutarde ou les « GueulesCassées ». L'usage de l'émotion est d'ailleurs légitimé par la thématiquedu musée qui donne la part belle à l'individu dans la guerre, et laisse laparole aux témoins. Ces derniers sont incarnés sur grand écran par des acteursqui interpellent le visiteur auquel ils racontent leur histoire (dans lalangue correspondant au récit : anglais, allemand ou néerlandais avecsous-titres quadrilingues). Car l'angle muséographique choisi estdélibérément interactif  c'est là l'aspect leplus intéressant d'In Flanders fields museum. Les visiteursbénéficient d'un parcours personnalisé et singulier au sein de l'espace muséal.En effet, le billet d'entrée se présente sous la forme d'un bracelet encaoutchouc orné d'un coquelicot, à l'intérieur duquel une puce RFID1permet de se connecter à différentes bornes interactives. Avant de découvrirles salles, il nous faut donc préciser prénom, provenance, autant d'élémentspersonnels qui orienteront notre visite : un Anglais ne vivra pas la mêmeexpérience qu'un Français. Une fois au cœur des collections, ces écransinteractifs ponctuent le parcours et remplacent les cartels : le braceletpermet d'accéder à des informations détaillées sur les objets en vitrine, dansnotre langue maternelle.

Crédits : MTDF

Le choix des témoignages àdécouvrir est également orienté selon notre nationalité, notre région. A l'issuede la visite, avant de se déconnecter, nous avons la possibilité de recevoirpar mail les informations collectées tout au long du parcours. Toutefoisl'aspect participatif est limité, il s'inscrit dans un processus de visite« classique », l'outil RFID (intéressant aussi pour étudier leparcours des visiteurs dans l'espace) se substitue à un dispositif d'aide à lavisite (cartels...) mais ne renouvelle pas réellement la médiation.

 En résumé, levisiteur vivra une expérience forte qui l'interpellera dans son vécu (une bornepermet de rechercher ses ancêtres morts sur le front) et cherchera àl'impliquer dans la construction de cette mémoire. A l'aube de 2014, c'est unsite à ne pas manquer !

Noémie Boudet

Site internet du musée In Flanders Fields Museum

1 : "au champ d'honneur lescoquelicots,entre les croix de lot en lot"

2 : " RFID : radioidentification, permet de mémoriser et repérer à distance des informationscontenues sur les marqueurs