Quand on fait son stage dans un musée travaillant des questions aussi complexes que « C’est quoi l’Afrique subsaharienne contemporaine ? Qu’est-ce qu’une diaspora ? Quellemémoire les Belges et les Congolais partagent-ils ? De quelles manières la partager et la transmettre de part et d’autre de la méditerranée ? »L’événement Afropean+ peut apporter des réponses.

Affiche Afropean+ © Bozar

Quand on fait son stage dans un musée travaillant des questions aussi complexes que « C’est quoi l’Afrique subsaharienne contemporaine ? Qu’est-ce qu’une diaspora ? Quelle mémoire les Belges et les Congolais partagent-ils ? De quelles manières la partager et la transmettre de part et d’autre de la méditerranée ? »L’événement Afropean+ peut apporter des réponses.

Me voila donc à Bozar, à Bruxelles, parun samedi de janvier particulièrement ensoleillé, prête à m’enfermer pour unejournée d’événements culturels autour de la notion d’afropéanité. Le public estau rendez-vous, il est en majorité issu des diasporas subsahariennes et nonafricaines, j’aimerai voir encore plus de monde, encore plus de métissage. Etpourtant l’ambiance est cordiale, passionnée, aux aguets. C’est la première foisque j’entends, ou plutôt lis le terme afropean inscrit en grosses lettres surle programme de la journée. Qu’est ce donc que ce néologisme, cette contractiond’africain et d’européen ?

Le premier indice pour tenter d’approcherune définition du terme se trouve dans sa forme même, deux mots tranchés etcousus ensemble.

Le second indice se situe  dans la forme même que prend l’événement etdans le lieu où il se déroule. Bozar est une plateforme, une succession desalles où cohabitent une multitude de projets culturels validés par unedirection dont la caractéristique principale est de savoir mettre le doigt surdes problématiques sociétales et contemporaines émergentes. La forme que prendAfropean + est pluridisciplinaire. C’est une journée où se succèdent despropositions variés comme un marché créatif, des expositions, des courts etlongs métrages, des concerts, des lectures, des débats, des spectacles.L’ensemble venant se télescoper quand le visiteur prend le temps d’assister àplusieurs propositions. Notons au passage que seuls les concerts sont payants.

Le troisième indice est l’installation del’artiste Kader Attia. Dans une salle en retrait du majestueux hall Horta où setrouve le marché créatif, l’artiste propose la métaphore d’une situation, cellede l’être traversé par plusieurs cultures, cultures reliées entre ellessouvent violemment par la colonisation. L'œuvre est un cabinet de curiosités qui n'utilise pas le principe del'originalité, du bizarre, de l'extra ordinaire comme historiquement mais estun espace polyphonique où par les objets (essentiellement des livres) les voixscientifique, politique, religieuse trouvent leur place les unes avec lesautres. La suture entre les mondes (entre le ciel et la terre reliés parl'échelle de Jacob, entre le pouvoir politique symbolisé par les bustesd'hommes blancs et les textes bibliques et coraniques...) se fait par le regardenglobant de l'artiste. C'est une couture entre les différents éléments del'installation faite avec bienveillance, sans hiérarchisation entre les objets.Leur accumulation forme un constat : le scientifique, le religieux, lepolitique sont des possibles non hiérarchisés. Ce dispositif offre aux regardsla plasticité et la polymorphie d’un monde qui permet une construction desidentités.

Continuum of Repair: The light of Jacob’s Ladder, Kader Attia, Bozar, 2015 © O.L

Continuum of Repair: The light ofJacob’s Ladder, Kader Attia,Bozar, 2015 © O.L

Le quatrième indice est la forme queprend le débat « Being Afropean ». Dans le studio de Bozar, espaceoscillant entre la salle de conférence, de cinéma et de théâtre se joue unepièce improvisée d’échanges rebondissant. Ken Ndiaye, anthropologue ayantparticipé au programme Réseau International des Musées d’Ethnographie (RIME) sepropose de questionner la notion d’afropéanité. Il est très vite rattrapé parl’assistance. Celle-ci impose sa parole, chacun et chacune témoignant de sonparcours, enfin, je commence à comprendre, à sentir du sens émerger de cesvoix. Ce mot afropean, s’incarnant soudain à travers le visage de chacun desintervenants, se transformant selon le vécu des êtres prenant la parole.Afropean est une identité polymorphique, une traduction d’un état singulier :celles des êtres aux cultures africaines et européennes. Comment comprendre lesens d’afropéanité quand on est franco-française vivant entre deux payseuropéens aux cultures proches ? Blanche dont la voix pense enfrançais ? Quelle place puis-je avoir au cœur des problématiques quesoulèvent l’afropéanité ? Quelle place les êtres sans diversité culturellepeuvent-ils avoir avec ces identités polymorphes en constanteconstruction ?

Le cinquième et dernier indice est lalecture-spectacle Autrices  de « Ecarlatela compagnie » à partir d’extraits choisis du texte Ecrits pour la parole de l’auteure française Léonora Miano. Deuxfemmes, deux voix accompagnées par une création sonore inédite. Moment fort oùla langue de Miano surgit, s’incarne dans le corps blanc des deux actrices. Etc’est cette incarnation du texte interrogeant « le rapport souventconflictuel qu’entretiennent les afropéens avec les notions d’intégration et dedouble culture »[1]qui donne sens à l’afropéanité. Afropéanité est un mot dépassant la couleurpour interroger des identités qui restent dynamiques et uniques. En échoj’entends la voix de Léonora Miano dire : « Je sais très bien que jesuis le produit de la rencontre entre deux mondes, qui, d’ailleurs, se sont malrencontrés. Mais, enfin, j’existe. »[2]La voie à tracer pour se reconnaitre, se rencontrer, ne se situerait-elle pasdans ce retour aux conditions de la rencontre entre Afrique et Europe ? Ilsemble que pour construire les identités contemporaines, il nous faille faireun retour sur notre passé , sur ce que nous avons en commun.

Ophélie Laloy

Pour aller plus loin :

http://www.bozar.com/activity.php?id=15637

#Afropéanité

#Événementiel culturel

#Postcolonialisme


[1] Programme Bozar

[2] http://www.leonoramiano.com/docs/causette_0314.pdf