Qu’advient-il du mobilier d’une exposition temporaire quand elle se termine ? Ce n’est pas la question que l’on se pose lorsqu’on visite une exposition, sauf si, comme moi, vous voulez tout remporter chez vous). Par contre, c’est une question que se posent les concepteurs d’exposition, qu’ils soient exécutants ou commanditaires. Petit tour d’horizon des différents cas de figure.

Direct à la poubelle...

Le cas le plus triste est l’aller simple à la case poubelle. Faute de moyens de stockage ou manutention, les lieux d’exposition doivent se résoudre à jeter les mobiliers utilisés. Mais comme l’éco-conception rentre de plus en plus dans les mœurs, les déchets occasionnés ne sont pas forcément importants. Si quelque chose doit vraiment être jeté, un suivi est mis en place pour que les déchets soient acheminés vers les centres de tri appropriés. Au musée portuaire de Dunkerque, l’exposition Tous pirates ? finira sa course à la poubelle, excepté pour certains éléments qui peuvent servir à la médiation. C’est aussi le sort qui a été réservé à l’exposition Zizi Sexuel réalisée par la Cité des Sciences et de l’Industrie. 

Mobilier de Zizi sexuel à la Cité des Sciences et de l’Industrie © Sortir à Paris

Vive le réemploi !

Consciente des enjeux, la Cité des Sciences a élaboré un guide d’éco-conception des expositions pour ne pas reproduire cette destruction. Ainsi l’exposition Ma terre première pour construire demain a été conçue de manière à ce que les supports soient réutilisables pour d’autres expositions : avec une nouvelle esthétique, les supports embrassent une nouvelle identité. 

Les structures de Ma terre première pour construire demain © Musées et développement durable

La conception de mobilier durable et réutilisable dès le départ d’une exposition n’est pas encore de mise partout. C’est toutefois le cas à la BnF, sur le site de Richelieu, où des cimaises mobiles conçues en 2007 ont été réutilisées quatre fois par la suite.

Quand le mobilier ne peut resservir tel quel comme dans le cas précédemment abordé, il est stocké dans l’attente d’une possible réutilisation ou d’une itinérance. Au Musée National de l’Education à Rouen, le mobilier est stocké là où on peut, sans lieu dédié, jusqu’à sa réutilisation. Le Musée essaye de prévoir celle-ci en amont, en demandant aux scénographes lors de la conception des nouvelles expositions d’essayer de réutiliser l’existant. C’est le même principe à la BnF, qui inclut dans les cahiers des charges de nombreux critères de développement durable, dont l’obligation d’utiliser au maximum les vitrines existantes. Au Musée de l’île d’Oléron, ce sont des matériaux de récupération qui servent à faire les expositions et qui, une fois celles-ci terminées, sont “remis en jeu”. Pour l’exposition À la côte, des palettes furent utilisées pour créer des cloisons puis servirent à la manutention au sein du musée. 

Les palettes de À la côte © photos du musée de l’île d’Oléron

De son côté, le musée de Bretagne dispose de peu d’espace de stockage dédié aux matériaux bruts, c’est pourquoi on n’y garde que des grandes surfaces de bois ou de plexiglas, qui peuvent être réutilisées pour d’autres usages. Des cloisons de la dernière exposition de l'Écomusée du pays de Rennes ont été utilisées pour l’exposition-écrin Louise de Quengo - Dame des Jacobins qui a eu lieu cet hiver. 

L’exposition Louise de Quengo - Dame des Jacobins © Musée de Bretagne

A l’inventaire !

A l’inverse, Rennes Métropole a mis à disposition du musée un espace où sont gardés tous les mobiliers moins ordinaires. Ceux-ci sont répertoriés dans une base de données indépendante, qui est communiquée aux scénographes pour privilégier la réutilisation en amont même de la conception. 

D’autres lieux d’exposition possèdent des espaces de stockage conséquents pour leur mobilier d’exposition. C’est le cas du Centre Pompidou-Metz qui, dans une ancienne base aérienne, conserve les mobiliers intéressants. Un inventaire de ce mobilier est tenu à jour pour faciliter la réutilisation. La Cité des Sciences et de l’Industrie dispose elle aussi d’un tel lieu, où le mobilier est entreposé en attente d’itinérance ou de réutilisation. 

L’entrepôt de la Cité des Sciences et de l’Industrie © M. C.

L’essor des ressourceries

Si la réutilisation des mobiliers n’est pas possible pour le lieu d’exposition lui-même, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas envisageable pour quelqu’un d’autre. Au musée de Bretagne, c’est La Belle Déchette, une ressourcerie qui donne une seconde chance à des objets et matériaux réutilisables, qui récupère une bonne partie du mobilier que le musée ne peut pas garder. Sinon, les chutes de matériaux font le bonheur des petites associations et des maisons de quartier de Rennes. 

Upcycling, késako ?

La BnF, lorsqu’elle ne fait pas des expositions en carton, donne ses bâches d’exposition à la société bilum, qui les “upcycle” en articles de bagagerie. L’upcycling est l'action de récupérer des matériaux dont on n'a plus l'usage afin de les transformer en produits de qualité ou d'utilité supérieure : c’est du recyclage « par le haut ». En plus de l’intérêt écologique, l’upcycling crée des objets uniques, comme cette gamme de bagagerie à partir des expositions Astérix à la BNF et Astérix s'affiche à Bercy Village. La RMN-Grand Palais et le Louvre font aussi confiance à bilum. 

Modèles issus des expositions Astérix à la BnF, Monet et Hokusai © bilum

Plus tournés vers le grand public et sans partenaire régulier, les Ateliers Chutes Libres investissent des lieux d’exposition le temps d’un atelier, pour réutiliser les chutes de matériaux d’exposition et fabriquer des objets divers à destination du grand public. 

Et les coopératives ?

La règle des 3R (réduire, réutiliser, recycler) est de plus en plus respectée par les musées et lieux d’exposition. Toutefois, les exemples abordés ici ne sauraient être représentatifs du paysage français, qui est bien plus varié. La vie du mobilier d’exposition temporaire devrait être une question centrale pour toutes les institutions : certaines ont du mobilier qui ne va plus servir mais qui pourrait servir à d’autres, des manipes et des maquettes, du matériel audiovisuel,... Il faudrait, comme Michaël Liborio le suggère dans l’ouvrage Musées et développement durable, créer une coopérative de mobilier d’exposition à l’échelle d’une région, d’un département ou tout simplement d’un réseau d’institutions. Une coopérative de ce type permettrait à bien des lieux de faire des expositions qu’ils ne pourraient faire autrement, et aux autres de s’engager plus fortement dans une démarche durable et solidaire. 

Si l’on se penche sur l’éco-conception des expositions, il y a beaucoup à dire, à réfléchir et bien sûr à faire. De nombreuses structures se sont déjà engagées dans cette voie (la BnF, Universciences pour ne citer qu’elles), et il y a fort à parier que d’autres vont suivre d’ici quelques années.

Juliette Lagny

#recycler

#expositiontemporaire

#développementdurable

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Pour en savoir plus :

CHAUMIER Serge et PORCEDDA Aude (sous la direction de), Musées et développement durable, Paris, La Documentation Française, 2011

DEROUAULT Serge et RIGOGNE Anne-Hélène, « Une gestion responsable des expositions temporaires à la Bibliothèque nationale de France », La Lettre de l’OCIM [En ligne], 140 | 2012, mis en ligne le 01 mars 2014, consulté le 06 janvier 2018

http://journals.openedition.org/ocim/1035