Qui n’a jamais rêvé de survoler Paris, surplomber tous les quartiers de la capitale, voir toujours plus, explorer la ville dans sa totalité? Le city-trip immobile est maintenant possible au Pavillon de l’Arsenal.


©
Clara Louppe

Qui n’a jamais rêvé de survoler Paris, surplomber tous les quartiers de la capitale, voir toujours plus, explorer la ville dans sa totalité? Le city-trip immobile est maintenant possible au Pavillon de l’Arsenal. Ré-ouvert le 14décembre 2011, la nouvelle exposition permanente du Pavillon de l’Arsenal, lieu chargé d’exposer l’histoire urbanistique et architecturale de la capitale, intègre une gigantesque maquette numérique« Paris, métropole 2020 », créée par le Pavillon en partenariat avec Google et JCDecaux.

Ce projet de 37m² règne en maître des lieux dans le hall. Aménagé sous laforme d’un patio et centré par rapport à la mezzanine, il cohabite parfaitementavec l’architecture des lieux. Au total, ce sont 4 pupitres tactilesmultipoints, 17 ordinateurs, 48 écrans LCD basse consommation, donc 48 GoogleEarth synchronisés, cent millions de pixels et mille mètres de câbles, quirassemblent 1300 projets en 2D ou en 3D. Absolumentimpressionnant, ce dispositif haute technologie, conçu sur le principecartographique du logiciel Google Earth, procure une expérienceinteractive unique, ludique et pédagogique. Sur le site internet, vous pouvezadmirer la vidéo de l’installation de la maquette. En une minute quarante-cinq,celle-ci montre en accéléré les quelques jours de montage et la complexité dumatériel utilisé, nécessitant de s’armer de techniciens expérimentés etd’informaticiens ingénieux.

Ce projet multimédia permet au Pavillon de l’Arsenalde dépasser les limites géographiques de l’ancienne maquette en carton,précédemment à cet emplacement, qui ne reprenait que le centre« construit » de Paris. Actuellement, ce sont plus de 12 000 km² duterritoire métropolitain que l’on survole d’un doigt, de 15m à 50km d’altitude,permettant de traverser « les grands territoires de projets en mutation,les nouveaux ou futurs réseaux de transport et les architectures emblématiquesde la ville de demain ou déjà en construction dans la métropoleparisienne ». L’utopie n’est pas de mise, l’ensemble ne reprend queles projets déjà pourvu d’un permis de construire.

Cette premièremondiale donne donc la possibilité unique de présenter simultanément l’existantet le futur d’une agglomération sur Google Earth, pour découvriraujourd’hui les quartiers de demain : voir en 3D les projets de laPhilharmonie, des Halles, la fondation Louis Vuitton pour laCréation, … . Au travers d’une “navigation libre outhématique”, elle propose des visites guidées (bientôt disponibles),thématiques – architecture, urbanisme, transports- ou par recherche libre.Facilement manipulable et étonnamment fluide, il faut cependant prendre letemps de comprendre son fonctionnement car le doigté n’est ni celui du MACbook,ni celui connu de Google Earth. Le zoom, l’inclinaison, et larotation nécessite une dextérité particulière comme de retourner chaque fois enbas de l’écran pour utiliser les flèches et icônes de l’option en question.

Cetoutil, permettant bien des surprises, paraît cependant encore bien incomplet.Les principaux bâtiments et monuments y sont déjà modélisés (de la même façonqu’une bonne partie des villes de New-York et de San Francisco l’ont étéfaites), mais beaucoup de travailattend encore la communauté d’internautes de GoogleEarth pour lui assurer un ensemble harmonieux et cohérent. Fortheureusement, il a été conçu pour être « constamment et simplementcomplété et actualisé » car c’est bien un outil commun aux acteurs quifaçonnent notre lieu de vie. Terrible challenge de rassembler tous lesprojets d'architecture et d'urbanisme en cours d'élaboration pour donner unepré-vision complètement unifiée.

Ses concepteurs ontla volonté que cet outil soit « accessible à tous, jeunes, étudiants,parisiens et franciliens, professionnels français ou étrangers ». Il nel’est cependant pas totalement car, certainement par soucis de pureté, ilmanque de clarté : les noms des rues et des arrondissements ne sontmalheureusement pas indiqués, ce qui ne rend pas évident l’orientation. Lesfiches techniques sont elles aussi bien inégales dans leurs informations. Ontrouve parfois une date, parfois une photo, parfois un texte informatif sur leprojet, mais bien souvent, elles sont en attente de traitement.

L’application« Paris, métropole 2020 » sera bientôt téléchargeable pour vivrecette expérience chez soi, bien installé dansson divan.  La question qui se pose est : qu’offre-t-elle de plus auPavillon de l’Arsenal? Sa force première est bel etbien les différents points de vue qu’offre son emplacement. Sa taillemonumentale en fait aussi l’élément agréable qui permet de s'accouder à labalustrade de la mezzanine pour se laisser guider par un autreutilisateur, qui mène la barque un étage plus bas.

Cette innovationtechnologique questionne, comme bien d’autres, l’utilité qu’offrent de tels outils. Pour le moment, ce sont surtout les fantasmes de latransposition des supports qu’elle révèle, s'avérant des limites plutôt qu'un avantage.Le manque de contenu induit cette envie technophile d’attirer, desurcroit avec des grands partenaires tels que Google et JCDecaux. Cettetechnologie avant-gardiste devrait avant tout être conçue comme un élément demédiation permettant une meilleure accessibilité au contenu. Ne serait-est pasnécessaire d’y amener le jeu pour que les plus petits découvrent et apprennenteux aussi en s’amusant ? Des animations ou diverses vidéos lui permettraientd’acquérir l’ensemble des possibilités et des opportunités du multimédia,complémentaires à l’exposition permanente, réalisée de panneaux traditionnelset exposée sur les murs du Pavillon de l’Arsenal.

Clara Louppe