Situé sur la Grand Place de Cassel dans le département du Nord et à environ cinquante kilomètres au nord est de Lille et dix kilomètres au nord de Hazebrouck, ce musée que l’on pourrait qualifier de « Beaux-arts », propose des médiations tactiles originales et plutôt novatrices. Il prend place au sein de l’Hôtel de la Noble-Cour (XVIème siècle) classé monument historique depuis1910 et entièrement rénové. Ce même monument fût le théâtre en 1964 de l’inauguration d’un musée d’art, d’histoire et du Folklore. En le rachetant en1997, le département en aura la tutelle et le chantier du musée de Flandre ne s’ouvre qu’en 2008 après dix ans de fermeture. Projet muséographique moderne et unique en Europe, la thématique s’inscrit dans le territoire et sa priorité constitue la mise à jour de l’identité culturelle et artistique de la Flandre en valorisant sa richesse à travers les âges. Les collections présentées initient un dialogue entre les oeuvres dites « classiques », ethnographiques et contemporaines.

           On note immanquablement unobjectif d’accessibilité à un large public. Fonctionnel pour les personnes àmobilité réduite, ce musée présente des médiations et animations diverses pouroptimiser l’accès à la compréhension des œuvres : outils multimédias, panneauxexplicatifs, visites guidées adaptées aux publics (visites en LSF, pour lesenfants…), ateliers divers, attention particulière donnée aux groupes et biend’autres. Le musée de Flandre accorde en outre un soin particulier en faveurdes personnes déficientes visuelles ; c’est notamment la raison pour laquelleont été crées ces maquettes tactiles qui permettent de surcroît de donner vie àses collections. Ces publics spécifiques sont bien pris en compte et impliqués.Le parcours muséographique est partagé en quatre thématiques ambivalentes «Soumission et Colère », « Entre Terre et Ciel », « Mesure et Démesure » et «Ostentation et Dérision » et est enrichi d’une maquette tactile par thèmepermettant une approche sensorielle du contenu de l’exposition permanente.

"Carnaval de Cassel" d'Alexis Bafcop – 1876

© Artesens, association dontle « but est d’offrir

un éveil à l’Art par le biaisdes sens », a réalisé

les maquettes tactiles del’exposition permanente

Ces maquettes représentent uneadaptation en 3D et reliefs d’œuvres phares au sein des thématiques danslesquelles elles sont disposées ainsi que des cartels qui les accompagnent. Cesderniers sont constitués d’une apposition en transparence d’un texte en braillesur le texte classique, ce qui est pertinent pour des publics souvent non prisen compte. Leur sens du toucher est sollicité par le relief et la description ;l’imagination opérant, d’autres images peuvent naître.

           Pour les deux premièresmaquettes du parcours, on peut parler d’une traduction sensorielle de l’imagepicturale et de support de délectation esthétique de quelque visiteur. Présentédifféremment, l’art est perçu autrement et de façon inhabituelle. De fait, despublics plus « secondaires » peuvent également utiliser ces maquettes. Parexemple, toucher un expôt présent dans un musée s’assimile à l’élan naturel del’enfant. Je vis d’ailleurs un enfant, sourire aux lèvres, prononcer un « jepeux toucher ? » adressé à sa mère les yeux pétillants : les doigtss’affairaient déjà à toucher cette maquette simultanément au son produit. Ainsiil est possible que le jeune public soit d’entrée capté par une maquettetactile car elle peut donner l’occasion de s’approprier ce qu’il peutconsidérer comme un jeu, alors même qui lui est transmis un certain savoir. Etmême si son interprétation est approximative, l’enfant est accompagné dans sadynamique et sa soif de découverte du monde qui passe principalement parl’usage des yeux et des mains. Un musée communément boudé par l’enfant estdevenu vivant et attractif, alors que sans médiation particulière la visiterevêtirait un aspect contraignant par l’attention et la concentrationnécessaire à l’observation des œuvres (si différent de son environnement habituel).

           La troisième maquette présente un aspect plus didactique au regard del’histoire de la pièce où elle se situe : cette ancienne cuisine est baptisée «Gourmandise » dans le parcours de visite. Celle-ci est plutôt un « meubletactile » avec plusieurs tiroirs à ouvrir de haut en bas et séparé en deux : lagauche éclairant sur la gastronomie « chez les riches », la droite celle « chezles pauvres ». Le tiroir le plus bas présente deux maquettes en reliefillustrant deux scènes de repas. La lecture du cartel incite à découvrirsuccessivement les tiroirs afin de toucher et décrypter les différents objets :porcelaine, fruits de mer, légumes… Le toucher est confronté à l’aspect desmatières : lisse, rugueux, chaud, froid etc., ce qui participe à l’apprentissagedes différentes perceptions. Cette maquette tactile ramène à la réalité enréajustant la thématique abordée à la réalité du quotidien. Enfin, la dernièreapporte et révèle une plus-value du discours véhiculé par le musée. C’est ainsique celle représentée par la photographie ci-dessus invite plutôt les visiteursà s’imprégner des us et coutumes flamands : la tradition spécifique, lecarnaval et de surcroît celui de Cassel. Cette création comportant des piècesmobiles évoque l’ambiance et l’énergie de la fête avec la foule, les danseurset l’identification d’un géant (Reuze Papa), élément reconnu du patrimoinecassellois. L’esprit du carnaval transparaît d’une manière innovante. Le nouvelélan du musée, incarné par la diffusion de ce type de médiation, met à jour unrenouveau dans l’interaction avec l’art et les oeuvres, ouvrant alors d’autresperspectives d’expériences émotionnelles et/ou sensorielles.

           A quand la généralisation de cesmédiations dans les musées « traditionnels » pour démocratiser et favoriserl’accessibilité à l’art et principalement aux Beaux Arts, au plus grand nombre?

Lucie ValladeMusée de Flandre de Cassel