Lorsque l’évènement est éphémère, tel qu’un colloque ou une exposition temporaire, les traces peuvent se manifester sous différentes formes. La mémoire de l’exposition se fera à travers son catalogue, un colloque peut faire de même en éditant les actes de la manifestation. Ces ouvrages permettent aux personnes présentes comme à celles n’ayant eu la possibilité de s’y rendre ou ayant eu vent de la rencontre après sa date effective, de découvrir ou compléter les réflexions abordées.

Les textes réunis dans « Architecture et musée » sont les actes d’un colloque organisé au Musée Royal de Mariemont en janvier 1998. L’ouvrage en question m’a donc permis de revivre la rencontre par la lecture attentive des articles débattant sur une question qui m’interpelle: « le bâtiment muséal,aujourd’hui, doit-il apparaitre comme une simple « coque » servant de réceptacle minimaliste aux pièces exposées ; ou bien, tout au contraire,la structure architecturale du musée doit-elle devenir œuvre à son tour, au risque d’interférer dangereusement avec les autres œuvres présentées en son sein ? ».

L’ouvrage,à son grand avantage, regroupe un panel d’acteurs de la sphère muséale.Spécialistes et hommes de terrains, ceux-ci sont issus de formationsdiverses : conservateurs, historiens, architectes, muséologues (théoricienet praticiens), critiques et gestionnaires culturels, ce qui permet d’aborderla question sous divers angles, confrontant les points de vues professionnels.Certains textes abordent une réflexion sur un thème particulier comme« Sustainable Museum, les musées de demain », « de la nécessitéd’une architecture muséologique », « surface d’exposition ou espaced’exposition : lorsque la muséographie fait place à la muséologie »,« si le musée sortait de ses pompes ! », d’autres textestraitent de thèmes précis comme  « le message et l’image »,« œuvre et lieu », « muséographie et design decommunication ». D’autres encore abordent des cas précis d’architecturemuséale locale et internationale de Louvain-la-Neuve, Liège, Gand et Bruxellesà Saint-Etienne, Aix-la-Chapelle, Péronne, Copenhague, Québec, … L’ouvrageaborde peu la problématique de l’institution prenant place dans un bâtimentancien. Étant forcément soumis aux difficultés de conservations, d’entretien,de restriction liées au bâtiment, accentuées si celui-ci est classé, ce cas defigure peut faire l’objet d’un colloque dans sa totalité.

Couverture de Architecture et Musée

Avantde détailler quelque peu le contenu de l’ouvrage, il me semble important depréciser le cadre dans lequel s’est développé le colloque. Deux professeurs del’institut supérieur d’architecture de Tournai, Pierre Coussement et MichelDussart, sont à l’initiative du projet. Dans le cadre de leur atelierd’architecture pour les quatrièmes années, ils ont proposés aux membres dumusée de Mariemont de réfléchir ensemble à de nouvelles implantations,extensions du musée. Suite à l’exercice, une exposition a pris lieu au deuxièmeétage du musée, intitulée Muséofolie, relatant une douzaine de réponsesgraphiques, créatives et imaginatives, présentées sous forme de plansdétaillés, maquettes, dessins d’architecture et vidéos expliquant la nature etles caractéristiques des projets d’étudiants. Cet exercice est à admirer car,ayant moi-même étudié l’architecture, le même travail est effectué dansd’autres écoles sans sortir de l’atelier, impliquant un manque d’échange avecles théoriciens du monde muséal et les professionnels ou sans aller à larencontre des visiteurs réguliers.

Letexte de Philippe Samyn, figure majeure de l’architecture belge aujourd’hui,énonce que le rôle de l’architecte est de répondre à la demande du maîtred’ouvrage, des pouvoirs publics, municipalités, … en apportant sa vision, sescritères et son expérience. L’architecture des nouveaux musées, quelques foisrelevant de la folie, de l’ambition s’avèrent être parfois de grandes boitesvides extrêmement coûteuses à l’usage. L’architecte se doit de répondre aussi àce critère en pensant aux frais d’entretien et de maintenance que devrontassumer par la suite les collectivités. Jean Barthélémy, professeur à l’écolepolytechnique de Mons, relève aussi dans son texte la question d’unearchitecture muséale spectaculaire conduisant quelques fois à des dérives« dans la mesure où le souci de remporter la course à la notoriétél’emporteraient sur l’authenticité de la recherche ».

Laprincipale question du colloque aborde la problématique de l’édificationmuséale en relevant les relations parfois difficiles entre les œuvres et lesbâtiments qui les abritent. Une autre donnée semble importante et revient dansdivers articles de l’ouvrage, dont celui d’André Juneau, directeur de larecherche et de la conservation au musée de la Civilisation à Québec.L’architecte ne peut concevoir un édifice muséal sans avoir une idée de qui unjour viendra le fréquenter ponctuellement ou régulièrement : doncconnaître les publics potentiels, leurs gouts, leurs attentes, leurs pratiques.Les équipements muséologiques doivent être conçus comme des lieux de rencontre,de découverte, de réflexion, d’apprentissage, de loisir ; « unendroit privilégié dans nos sociétés modernes pour la médiation, lacommunication, la compréhension entre les peuples ». Les planificateurs nedevraient-il dès lors pas penser les musées comme des espaces de rencontre etnon comme des lieux d’exposition ? « Le musée doit ressembler à lavie puisqu’il veut en être le reflet au passé et au présent ».

Lesréflexions abordées dans l’ouvrage édité en 2001 restent d’actualité.L’institution muséale soulève encore bien des questionnements. Dans moins d’unmois, nous vivrons l’ouverture d’un grand musée en province, l’arrivée duLouvre à Lens relève aujourd’hui divers défis. Ce musée ressemblera-t-il à lavie ? Un musée comme acteur social, lieu d’interaction et d’expertise. Cemusée, vu par ses concepteurs comme « nouveau modèle» de par sonarchitecture et sa programmation, arrivera-t-il à dépasser une attitude, unepensée à son égard, perçue comme « pyramide des temps passés » ?

ClaraLouppe