En amorce même de la création des FRAC, le Musée d'Art Contemporain de Dunkerque a ouvert ses portes le 4 décembre 1982 sous l'impulsion singulière de Gilbert Delaine.

Crédits : NordM@g

« L’espace muséographique

de la régiondu Nord-Pas de Calais »

En amorce mêmede la création des FRAC, le Musée d'Art Contemporain de Dunkerque a ouvert sesportes le 4 décembre 1982 sous l'impulsion singulière de Gilbert Delaine.Passionné et collectionneur d'art contemporain des années 70, il fonde en 1974l'association « L'Art Contemporain » et convintla municipalité de Dunkerque, de créer un musée d'art contemporain en échangedu legs total de sa collection. En raison de son vif succès, le MAC subiraquelques transformations pour devenir aujourd'hui le Lieu d'Art et d'ActionContemporaine que nous connaissons. Au cœur des préoccupations dedémocratisation culturelle, Le LAAC est un projet humaniste d'ouverture de l'artà la population. Situé aux abords des chantiers de construction navale, le longdu canal exutoire et près de la plage, le musée s'inscrit de manièresignificative dans son territoire. Imaginé par la collaboration de l'architecteJean Willerval et le paysagiste Gilbert Samel, le musée s'implante en bord delac d'où son appellation. Ce site s'offre alors à se découvrir comme un jardinpoétique de sculptures, d'eau, de pierres et de vent en osmose avec sonenvironnement. Sa fonction de délectation clairement assumée, le site du LAACpermet à chacun de venir s'y divertir pour des promenades enrichies dedécouvertes artistiques.

Loin d'unearchitecture excentrique et spectaculaire, elle n'en reste pas moinssurprenante. Androïde et protéiforme, une enveloppe de céramique blancherecouvre la masse du bâtiment en laissant apparaître son cœur de verre. A lafois massive par sa forme globale et allégée sur des pilotis, la structure sedéploie par toutes sortes d'organes. Mélange de nombreuses influences de son époque,elle représente une synthèse de grands principes architecturaux qui conjuguentesthétique et fonctionnalité. La typologie même du bâtiment est construite surl'idée de déambulation. Le visiteur est appelé au voyage en franchissant unpont qui le transporte vers cette nouvelle sphère. Arrivé dans l'atrium, un puitde lumière l'immerge et l'oriente naturellement dans les espaces supérieurs. Demultiples escaliers en colimaçon continuent de provoquer la vertigineusité del'expérience pour conduire le visiteur au premier étage réservé auxexpositions. Élaboré autour de la circularité du forum, les sallesd'expositions sont distribuées dans les branches qu'on devine de l'extérieur.Aucun espace est entièrement fermé mais suffisamment cloisonné pour séquencer leparcours muséographique. Simultanément, on peut jouir de la visite, tout enprofitant de l'animation du dessous et garder une visibilité sur les autressalles. De plus, de grandes fenêtres donnant sur le parc à sculpture ponctuentle passage d'une pièce à une autre. Double lecture ou moment d'évasion versl'extérieur, la visite est ainsi aérée. Enfin, le dernier niveau est un vastecabinet d'arts graphiques élaboré par Grafteaux & Klein, chargé del'aménagement intérieur. A la fois économique en terme d'espace et interactifpour le visiteur, des jeux de tiroirs dévoilent comme par magie près de 200dessins et estampes de la collection.

Du 8 octobre2011 au 8 janvier 2012, une exposition temporaire intitulée « les années 68 »fait ré émerger les pièces majeures de la collection du LAAC. Articulées parmid'autres, elles tendent à rendre de cette période d'effervescence sociale &culturelle de la manière la plus exhaustive qui soit. Dans un premier temps,les arts psychédéliques sont mis à l'honneur autour de la célébration de ladrogue, la liberté sexuelle et de la musique rock. Instinct et spontanéité sontles états du moment. On reconnaît alors les couleurs saturées et les lettragesfluides caractéristiques du style. Nombreux magasines, pochettes de disques etautres artefacts présentés en parallèles de tableaux viennent témoigner decette nouvelle société de consommation. Malgré une bonne complétude entrechaque expôt, il est dommage que l'ambiance sensorielle ne soit pas plusaffinée ne serait-ce qu'avec de la musique, des jeux de lumières ou desmatériaux plus sensibles. Dans la continuité du parcours, deux salles fontplace à des discours plus politique et annoncent leurs interrogations face aumonde. D'un côté balancé par la libération de la femme et de l'autre dans lesdénonciations des atrocités des guerres. « Réconfort par ici, torture par là »,plusieurs sens de lecture sont proposés. La liberté sexuelle tantôt unevictoire, tantôt perçue comme une excentricité occidentale, il est juste derappeler qu'il s'agit également d'une période de guerre. Suffisammentexplicite, la figuration narrative se passe de médiation pour être comprise.

Jusqu'alors,des titres à l'entrée de chaque salle guidait la compréhension du parcours.Quand brusquement, la seconde partie de l'exposition nous propulse dans unenouvelle salle au milieu d'Olivier Mosset, Mark Brusse, Giovanni Anselmo, FredSandback et Robert Barry.  Dans un même temps on traverse dangereusementart minimaliste, art conceptuel, arte povera et fluxus sans aucune explicationhormis quelques notes dans le livret d'accueil. On voit alors très bien larupture de ces mouvements dans l'histoire de l'art mais un manque de transitionsi violent peut cruellement fâcher le spectateur avec l'art contemporain. D'ailleurspourquoi avoir choisi de faire cohabiter ces quatre mouvements fondamentauxdans une seule pièce alors que les quatre salles précédentes développaient lesmêmes styles de représentation figurative? La suite est assurée par troispièces réservées à la collection permanente sans connexion logique nimédiation: « Et pourtant elle tourne » (des artistes du Nord & Vasarely),Appel Circus (la mascotte du musée) et la dernière (tout ce qu'il restait àmontrer: Erro, Kermarrec, Télémaque, Peter Saul, Warhol, Ben, des pochettes dedisques, etc).... Une manière d'achever sa visite dans un chaos étourdissanttel un bouquet d'artifice. Certes le mode d'acquisition originel de lacollection n'avait pas été thématisé, mais pourquoi ne pas avoir intégré cespièces à l'exposition temporaire comme les autres? Ou pourquoi ne pas avoirfait une sélection plus rigoureuse? A priori, l'idée devait simplement être defaire une exposition grand public, valorisant la représentation narrative d'unepart et les salles permanentes de l'autre sans se soucier du reste. Quoi qu'ilen soit, il s'agit malgré tout d'une belle exposition qui permet d'avoir unpanorama des pratiques plastiques et culturelles des années 68.

Le LAAC assuretrès bien sa volonté de s'ouvrir à un large public et propose une approchesingulière aux enfants. Pendant les temps d'expositions, des coffrets de jeuxsont mis à leur disposition pour leur apprendre à analyser les œuvres tout ens'amusant. Sous forme de puzzles, de photographies ou de dessins, les petitsdoivent retrouver chacun des points de vue, des facettes ou des détails de lasculpture de Niki Saint-Phalle afin d'en explorer tous ses aspects. Dans lemême esprit, la pièce consacrée à Karel Appel dénommé « Circus » propose desjeux d'observations adaptés aux différents âges. Carnets d'observations en lienavec l'exposition, carnets de croquis et livrets-jeux "Promenade à360°" (pour la visite du jardin de sculptures) sont distribués librement àl'accueil en complément de visite. Plus globalement, les formes de médiationssont multipliées allant des ateliers créatifs pour enfants, aux promenadesmusicales pour tous... Plus que jamais soucieux de ses habitants, le LAAC estavant tout un musée dynamique mis au service de la population en perpétuel développement.

Elodie Bay