Une expérimentation du champdes possibles

Un portrait atypique : H.U.O

Hans Ulrich Obrist, d’origine suisse est l’une des personnalités de lascène internationale qui a le plus marqué la dernière génération descommissaires d’exposition. Curateur, il est aussi critique et historien del’art. Partant de l’idée que le curator a pour but de « faire surgir l’art oùon l’attend le moins », H.U.O a imaginé et conçu dans sa carrière desexpositions sous toutes ces formes, venant bouleverser les codes préalablementétablis. Dans la cuisine, dans une chambre d’hôtel, dans un avion et même dansune poche ou une valise… le « format exposition » peut se décliner à l’infini !Dans cet ouvrage, l’auteur nous transpose littéralement dans son univers decurator expérimenté.

La vision d’un curator-magicien

Tel un magicien voulant révéler les mystèresdu monde et en expliquer les phénomènes, le curator prend possession d’une idéequ’il cherche à matérialiser en lui donnant une forme puis une vie. Chercher àcréer une histoire qui n’existe pas encore et qui plus est, souhaite s’inscriredans le registre surréaliste, apparaît comme un véritable challenge. Enressassant plusieurs fois l’idée, il vise à lui donner une identité, un visage,une signification qui va pouvoir se concrétiser matériellement dans le réel. Lesoin pour donner vie à une idée est un travail de curation. Ça tombe bienparce-que curator ne trouve-t-il pas son origine dans le verbe« curare » qui veut dire « prendre soin de » ?

                     Tout le curating est une question de dosage et d'équilibre !

Afternoons  Nap,1986 (c) Peter Fischli et David Weiss, Zurich, 2010

Combien créer les conditions depossibilité de partager entre le public et les artistes une émotioninhabituelle, apparaît enrichissant ! N’est-ce pas de la magie que de « mettredes gens en relation qui ne se seraient jamais rencontrés dans les cadres habituelsde la production des savoirs » ? L’art contemporain peut permettre cettealchimie. Passionné par les potentialités créatives qui sommeillent en chaquehomme, H.U.O. fait du curating une voie tracée pour donner du sens à la pluspetite insignifiance. Tout à la fois essai sur la vie, l’art et le hasard, sesconfessions relatées nous invite à une ballade poétique et philosophique autourde l’univers des expositions. « Les voies du curating » se présententchez l’auteur comme l’aboutissement d’une vocation.

L’exposition est un humanisme …          

Le choix de cette vocation peut apparaîtrecomme la promotion d’une certaine forme d’humanisme. Réfléchir sur ce quipourrait faire l’objet d’un épanouissement pour notre « être » seretrouve dans l’idée et la grandeur que nous nous faisons de l’art et de laculture. L’exposition en tant que monde à construire stimule notre intérêt pouréchanger, dialoguer et vivre des émotions multiples. En somme, l’expositioncomme médium chez Hans apparaît comme le moyen de surprendre l’homme en luiproposant de vivre des expériences artistiques uniques.

La question centrale du format desexpositions

L’exposition en soi, n’est pas un modèlefigé,  elle se métamorphose ; il y a un exercice intéressant à faire quiconsisterait à réaliser des expositions comme si on éprouvait la sensation àchaque fois d’avoir fait une découverte scientifique novatrice qui viennechasser la précédente, désormais devenue désuète. A inventer ses formats del’exposition et donc s’interroger sur ses multiples natures et supports.

« Dans leurs formats, les expositions sont souvent trop figées; elles nesont pas assez novatrices dans leur appréhension de l’espace ou du temps ».L’idée doit pouvoir être flexible et ne pas se limiter dans un cadrespatio-temporel trop défini à l’avance. Non plus intégrées au sein d’un espacefixe, les expositions peuvent se décliner sous plusieurs formes, matérielles etmême immatérielles: les entretiens enregistrés devenant ainsi une archivesonore d’exposition proche de l’ethnographie (Exemple de l’entretien informelde Joseph Beuys portant sur le thème de l'art comme science de la liberté et dela responsabilité), les non-conférences, les livres d’artiste, les biennales,les pavillons, les marathons… le panel de choix peut s’élargir à l’infini tantsont divers les supports pour s’exprimer sur un sujet précis. Ainsi un type deformat d’expo correspond souvent à l’envie de rendre compte d’un sentimentprécis : susciter la surprise, provoquer l’impossible, montrer l’in-montrable,donner à entendre l’innommable, juxtaposer les paradoxes, introduire le déjantédans le sérieux…Plus que des expositions au format classique, il s’agit decréer des expériences qui viennent bouleverser notre confort intellectuelquotidien. Je vous laisse deviner ces expériences… en lisant l’ouvrage !

Mais bon quand même, même si la frustration peut être un moteur, un exemplepour la route ? “Do it”, concept d’exposition participatif inspiré parDuchamp dans les années 60, correspond à un exemple typique d’exposition où lesrôles des concepteurs s’inversent ; imaginez que ce soit les visiteurs quicréent l’œuvre à partir des instructions écrites laissées par les artistes,quant à eux absents du processus créatif… Adieu les problèmes d’assurance ou detransport de l’exposition puisque l’œuvre finale sera détruite !

© doitmoscow

SandraPain

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