Vous n’avez pas encore eu l’occasion de visiter le nouveau Musée Yves Saint Laurent ? Une étudiante du master MEM s’est infiltrée pour vous ! Installé dans l’ancien hôtel particulier qui a accueilli la maison de couture d’Yves Saint Laurent, le musée éponyme a tout pour intriguer. Au loin, on ne peut que s’interroger sur la longue file d’attente. Que viennent donc faire tous ces gens ? En s’approchant, une photographie d’Yves Saint Laurent accompagnée d’une citation interpelle le piéton qui marche sur les trottoirs de l’avenue Marceau. 

© N.V.

Le musée a été inauguré le 3 octobre 2017, une dizaine de jours avant son homologue à Marrakech1 et près d’un mois après la mort de Pierre Bergé2. Auparavant, de nombreuses expositions ont déjà pu attirer l’attention des férus de mode : depuis 2004, la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent propose des expositions temporaires. Avec Yves Saint Laurent, Dialogue avec l’Art ou Deux collectionneurs de génie, Jacques Doucet et Yves Saint Laurent, ce n’est donc pas la première fois que le créateur de mode est mis à l’honneur. Cependant, l’ouverture du musée par la Fondation propose un lieu d’exposition permanente et une reconnaissance muséale (et donc patrimoniale) encore plus forte d’Yves Saint Laurent. Peu de créateurs ont la chance d’avoir leur propre musée ! Il existe par exemple le musée Pierre Cardin (25€ l’entrée en plein tarif, contre 10€ au Musée Yves Saint Laurent !) ou le musée Christian Dior à Granville (à 8€ l’entrée). Autrement, de nombreuses expositions temporaires sont organisées au musée des Arts décoratifs, au Grand Palais, ou encore à la Pinacothèque, mettant à l’honneur Hermès, Dior, Louis Vuitton ou Karl Lagerfeld. 

Ici, il s’agit véritablement d’un hommage au génie d’une personnalité, voulu originellement par son partenaire en amour et en affaires, Pierre Bergé. Yves Saint Laurent a profondément marqué l’histoire de la mode, avec des répercussions sociales. En effet, ses vêtements font véritablement partie de l’histoire du XXe siècle : ils accompagnent l’émancipation des femmes, tant dans le privé que dans le public. « Les modes passent, le style est éternel. La mode est futile, le style pas » : le caractère éternel de la création d’Yves-Saint-Laurent s’affirme, dans ce musée labellisé Musée de France garantissant l'inaliénabilité des collections. 

Les musées Yves Saint Laurent, aboutissement des missions de la Fondation

La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent prend le relais de 40 ans de création (1961-2002). Reconnue d’utilité publique l’année même de sa création, elle a pour objectif de conserver des collections variées (vêtements de haute couture, accessoires de mode, croquis…), de mettre en valeur ce patrimoine et d’organiser des expositions sur la mode, les arts décoratifs, les photographies, etc., et de soutenir des actions culturelles et éducatives. D’emblée, cela rappelle indéniablement les missions d’un musée (conservation, mise en valeur patrimoniale et actions tournées vers les publics) ! 

Depuis 2010, la Fondation est également propriétaire du Jardin Majorelle à Marrakech, ville que le créateur de mode a découverte en 1966.

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C’est ainsi qu’à proximité du jardin Majorelle, un musée de près de 4 000m² est désormais consacré à Yves Saint Laurent3. Cette antenne marocaine - installée dans un assemblage de cubes qui semblent habillés de dentelle4 - est complémentaire au musée parisien. Le génie créatif d’Yves Saint Laurent ne peut se comprendre sans le véritable choc esthétique qu’a symbolisé pour lui l’expérience marocaine. C'est à Marrakech qu'il disait avoir « découvert la couleur ». En attendant d’avoir la chance de faire un petit voyage dans « la ville rouge », concentrons-nous sur le cas parisien.

Si le choix du majestueux ancien hôtel particulier de la maison de haute couture est pertinent du point de vue du propos, il n’est pas adapté pour accueillir un musée.

Le parcours inaugural : l’immersion au prix d’une bonne circulation ?

Le musée propose une exposition inaugurale, prévue pour durer 1 an5. L’alliance du décorateur Jacques Grange et de l’agence de scénographie et d’architecture d’intérieur Nathalie Crinière donne beaucoup d’élégance, de luxe et de sophistication à ce lieu. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé étaient des clients de longue date de Jacques Grange : c’est donc tout naturellement qu’il a apporté sa touche « classique-contemporaine » à l’ancien hôtel particulier.

L’agence Nathalie Crinière, quant à elle, n’en est pas à sa première exposition pour la Fondation, ni dans le domaine de la mode6. Elle est donc familière avec le fait de magnifier les pièces de créateur, les collections de luxe. Le mot d’ordre de la scénographie semble être celui de l’élégance : épurée et accompagnée d’un éclairage particulièrement soigné, elle propose un véritable environnement d’écrin aux objets. Comme le dit Yves Saint Laurent, « La ligne doit avant tout son élégance au dépouillement et à la pureté de sa construction. […] Jamais de surcharge, il ne faut pas trop de fantaisie. ». Le visiteur a l’impression d’assister à un doux bal d’étoffes, tant les matières sont mises en valeur dans leur diversité de formes, de couleurs, de textures. La mise en scène s’accompagne de jeux de drapés, d’effets d’ombre et de lumière… Et les photos ne peuvent donner qu’une infime idée de l’effet rendu ! 

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Du point de vue des contenus, l’exposition propose un bon équilibre entre les différents expôts et éléments scénographiques : les pièces de haute couture côtoient les croquis, les documents d’archives, les textes (cartels, textes explicatifs assez courts), les ressources audiovisuelles (interviews, films) et l’ambiance sonore7. Les choix muséographiques offrent donc un bon équilibre entre contemplation et consultation d’informations. 

En revanche, la complexité du parcours de visite rend l’organisation du propos assez floue. Le visiteur entre dans le bâtiment, commence son cheminement par une salle à gauche (film sur la biographie d’Yves Saint Laurent) avant de revenir sur ses pas, de repasser par la salle de l’accueil. Il doit ensuite monter au 1er étage, puis au 2e étage, avant de repasser par le 1er étage, puis de descendre au niveau -1, pour enfin terminer sa visite au rez-de-chaussée. Si la signalétique fait office de fil d’Ariane, difficile tout de même de comprendre la logique d’un tel cheminement ! Ajoutez à cela les problèmes en termes de circulation (sas d’attente avant la découverte d’un film… dans un escalier !) en raison du nombre de visiteurs (dans des salles souvent assez exiguës), l’expérience de visite s’en trouve gênée. C’est ici que l’exploitation architecturale d’un ancien hôtel particulier, dont le rôle originel n’était en aucun cas d’accueillir un ERP, montre ses limites. Un ascenseur permet toutefois de rendre la visite accessible aux PMR.

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N. V.

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1 Le Musée Yves-Saint-Laurent de Marrakech a ouvert le 19 octobre 2017, après 3 ans de travaux.

2 Pierre Bergé est décédé le 8 septembre 2017. C’est lui qui est à l’initiative du musée.

3 Comprenant un espace d’exposition permanente de 400 m², une salle d’exposition temporaire, une bibliothèque de recherche, un auditorium de 140 places, une librairie et un café.

4 Ce bâtiment a été conçu spécialement pour accueillir le musée. L’architecture a été confiée au studio KO (Olivier Marty et Karl Fournier).

5 Du 03.10.2017 au 09.09.2018.

6 Elle s’est notamment chargée de la scénographie de Hermès à tire-d’aile au Grand Palais, et de Dior, couturier du rêve au Musée des arts décoratifs.7 Dans la salle « Hommage à la mode » : chanson de Maria Callas ; dans la salle « Les fantômes esthétiques » : musique du film L’amour fou de Pierre Thoretton, composée par Côme Aguiar.

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Pour en savoir plus :

Musée Yves Saint Laurent Paris

Musée Yves Saint Laurent Marrakech

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