Le mélange subtil entre Beaux-arts, Art contemporain et la multitude d’animaux naturalisés, est ce qui fait tout le charme du Musée de la Chasse et de la Nature, situé en plein centre de Paris.

Afin de rendre le parcours permanent encore plus vivant et attractif, un artiste contemporain est invité chaque saison à investir le musée, avec ses créations se fondant dans la collection. C’est le cas actuellement pour l’artiste Marlène Mocquet, du 7 mars au 4 juin 2017, qui présente une cinquantaine d’œuvres de son univers imaginaire peuplé de créatures fantastiques aux allures enfantines mais en réalité moqueuses et cruelles.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui ce n’est pas seulement cette nouvelle artiste. En effet, le musée a complété son parcours : une « nouveauté » qui se marie à merveille avec les collections. Mais de quoi peut-il bien s’agir ? Un conseil : « Fiez-vous à votre flair ! »

 Mais avant de vous révéler cette nouveauté, voyons un peu comment sont sollicités les cinq sens dans ce musée. C’est parti !

Quels sens sont sollicités lors d’une visite d’exposition ? Facile, me direz-vous : principalement la vue ! Et c’est tout à fait juste, bravo. D’autant que le Musée de la Chasse a une collection très riche et il faut mieux garder les yeux grand ouverts pour remarquer la multitude de détails étonnants et détonants tout au long de la visite.

 

☑ LaVue, Ok !

L’ouïe peut être sollicitée ponctuellement lorsque des films sont projetés par exemple. C’est plutôt commun dans les expositions, rien de bien innovant. Dans son parcours, le Musée de la Chasse a déjà mis en place des éléments renforçant l’utilisation de ce sens : on trouve en effet, dans le cabinet des oiseaux de proie, des chants et bruits de forêt qui nous plongent dans un univers forestier. Dansla salle des trophées, le sanglier albinos de Nicolas Darrot nous surprend par son  rugissement inquiétant.

 

☑ L’ouïe c’est fait !

Passons maintenant au toucher.

Là encore, ce sens est déjà sollicité dans de nombreux musées, pas de quoi casser trois pattes à un canard. Ici, les « armoires » font très bien l’affaire : le visiteur peut ouvrir les différents tiroirs et découvrir les spécificités de chaque animal. De plus, dans la salle des armes, les très nombreux tiroirs peuvent également être manipulés par les visiteurs les plus téméraires ou ceux qui ont eu le conseil de la part du gardien. Ces tiroirs impliquent le visiteur dans sa visite mais pour plus d’information sur la thématique des tiroirs dans le musée, je vous renvoie à un autre article du blog : Tirer, ouvrir et soulever 

 

☑ Le toucher c’est bon aussi ! 

Donc on a : vue, ouïe, toucher. Jusque là, facile. Mais quant est-il du goût et de l’odorat ? C’est déjà beaucoup plus difficile à mettre en place.

Pour le goût, les événements gustatifs dans les musées se font de plus en plus. Le Palais des Beaux-Arts de Lille a invité un chef étoilé, Alain Passard, lors de l’Open Museum #4 . Le musée de la Chasse a également voulu tester : « Mange-moi », une visite comestible, a eu lieu le jeudi 4 mai 2017. Créée en lien avec l’exposition de Marlène Mocquet et son monde imaginaire, l’artiste scénographe Brigitte de Malau a réalisé une dégustation face aux œuvres. Il faut dire que dans les œuvres de Marlène Mocquet, on trouve bon nombre de pommes, fraises et autres œufs au plat…

 

☑ Le gout : check ! 

Finalement, qu’est ce qui peut être mis en place pour l’odorat ? Quelle est la grande nouveauté du Musée de la Chasse ? Je vous le donne en mille : le « Sentiment de la licorne » qui est un parcours olfactif ! Enfin « parcours », plutôt une ambiance olfactive créée dans quatre salles du musée : la salle des armes, le cabinet du cheval, le cabinet de Diane et le cabinet de la licorne. Il a été mis en place en collaboration avec la Maison Trudon, Manufacture Royale de Cire. Les « fragrances » ont été créées par Antoine Lie de la Maison Takasago.

Je me suis adonnée à un jeu simple : j’ai décrit les odeurs que je m’attendais à trouver selon les salles avant de comparer avec le parfum réellement diffusé.

 

Voici le résultat de la première étape. Mes attentes :

Salle des armes : une odeur de poudre, de feu éteint et de métal refroidissant. Quelque chose qui pique un peu le nez et qui remonte bien dans les sinus. Et puis quelque qui reflète la chasse àl’animal donc quelque part la mort.

Cabinet du cheval : le foin, le crottin de cheval. L’écurie en fait, l’odeur du box de cheval.

Cabinet de Diane (des chouettes) : une forêt mais fraiche, un peu l’odeur de la forêt la nuit, peut être également l’odeur de lapluie et puis bien sûr la fiente de pigeon (parce que je ne connais pas d’autre odeur de fiente, désolé).

Cabinet de la licorne : alors là il faut que ça sente les paillettes, la magie, l’arc-en-ciel ! J’imagine une odeur très sucrée, comme une barbe à papa. Oui, quelque chose de doux et sucré.

Une fois cet exercice accompli, je me suis rendue dans les différentes pièces, et les yeux fermés, j’ai pris une grande inspiration.

  

Salle des armes : ça sent le vieux, le renfermé. C’est un peu l’odeur de chez ma grand-mère tiens… mais finalement ça correspond assez bien avec l’agencement de cette salle qui est composée de grande armoires renfermant plusieurs dizaines d’armes. Et en reniflant bien, je sens l’odeur du métal, et puis un peu celle du coup de feu ou en tout cas celle de la poudre. Et c’était d’ailleurs la volonté de l’artiste-nez, Antoine Lie, qui voulait retranscrire l’odeur de « la poudre à canon / bête blessée » et a utilisé pour cela de la graisse à fusil ainsi que de la poudre à canon.

 

Cabinet du cheval : Je perçois légèrement la senteur de l’écurie, mais assez subtilement (voir trop) pour ne pas prendre au nez commeune réelle écurie. On sent bien avec cette salle que le but n’est pas de reconstituer une réelle odeur conforme à la réalité maisque c’est un vrai travail créatif, avec une interprétation propre. En regardant le cartel, je suis quand même tout à fait ravie de voir qu’il a réellement du crottin de cheval dans le parfum ! Malgré cela, plus l’on s’approche de la source de diffusion, plus l’effluve s’éloigne du crottin pour devenir du patchouli, également présent dans la composition. En recherchant également dans ma mémoire olfactive, cela me rappelle l’odeur de l’église, plus précisément l’eau bénite. Allez savoir pourquoi, peut-être que le cheval est en odeur de sainteté.

 

Cabinet de Diane (des chouettes) : dans cette petite salle c’est un parfum frais et fruité que ce discerne. C’est acidulé, citronné même, et me donne vraiment l’impression de me trouver dans un sous-bois un beau jour de printemps. C’est une « chouette » odeur ! Dans la fragrance, on retrouve entre autres : de l’épicéa, de la mousse de chêne, du humus.

 

 

Cabinet de la licorne : Ah, c’est doux, chaud et sucrée. Une odeur tout à fait mystérieuse qui colle bien avec la figure de la licorne. C’est très subtil mais également très enveloppant, un peu comme un nuage. Cela me rappelle très fortement l’odeur du parfum de ma mère lorsqu’elle sortait le soir quand j’étais petite et que je ne savais pas où elle pouvait bien aller : c’est ça, c’est l’odeur du mystère ! L’ingrédient principal de ce parfum est le beurre d’iris.

Donc l’odorat aussi : ☑

 

Solliciter les cinq sens (ou quatre, puisque le goût n’est sollicité que très ponctuellement) dans une exposition est tout à fait intéressant. Cela permet une expérience complète et l’odorat, récemment arrivé dans ce musée, permet de parfaire l’ambiance générale d’une salle. Ce dispositif sert vraiment le propos des salles out en restant délicat et non agressif pour le visiteur, qui peut-être n’en a même pas conscience et qui se fait mener par le bout du nez.

Méline Sannicolo

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