Superbe édito publié par Laurent Joffrin dans Libération le vendredi 9 janvier :

« […] La République vivra, enfin, parce que les démocraties sont des régimes de faible apparence et d’une force insoupçonnée. En général, elles gagnent les guerres. La soumission, contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, n’est pas leur fort. L’air du temps intellectuel et politique voudrait qu’elles soient sur le déclin, en décadence, que l’individu des droits de l’homme, déraciné, sans principes ni traditions, se détourne du bien commun et se laisse perde dans l’angoisse d’une liberté laissée à elle-même. Il n’y arien de plus faux. Certes, la société marchande fait souvent perdre de vue les valeurs fondatrices. Mais les épreuves les font ressurgir. La liberté est comme l’air, on la respire sans y penser. Mais si elle vient à manquer, chacun étouffe et se débat aussitôt pour la retrouver […] ».

Nous sommes tous bouleversés par ce qui est arrivé à la rédaction de Charlie Hebdo. La brutalité des faits n’est pas le seul élément à l’origine de notre émotion. La cible de l’attentat a éveillé en nous un sentiment indicible. De toute part, en France, les témoignages se sont multipliés, et le besoin de verbaliser non seulement le soutien mais aussi la perte éprouvée par chacun s’est manifesté.  

Et pour cause, notre sens du symbolique nous murmure « là c’est sûr, il y a quelque chose ».

Mon père psychanalyste me disait que depuis deux jours, tous ses patients avaient consacré leur séance aux  évènements. Tous, sans exception, ont témoigné de leur saisissement et certains ont tenté d’identifier les raisons pour lesquelles ils étaient aussi intimement affectés par l’assaut du 7 janvier. Le psychanalyste, amoureux de la parole libre, « de la parole incongrue, insoumise à la force de l’habitude » semblait sans doute l’interlocuteur idéal pour aborder la trace laissée par la tentative, terrifiante, de mettre un terme à l’expression.

bnf+wolinskiLes institutions culturelles ont elles aussi tenu à dire leur ébranlement. Les collectivités, les musées et les bibliothèques ont réagi prestement, ressortant les archives de l’hebdomadaire qu’elles possédaient parfois. Beaucoup de ces structures se sont mises au travail, et ont commencé à concevoir des expositions autour des dessins du journal satirique.

© BNF

La bibliothèque Kandinsky, située au niveau 3 du Centre Pompidou a notamment décidé d’organiser une exposition sur les débuts du journal, de 1969 à 1986. La BNF, qui avait consacré en 2012 une rétrospective à Wolinski, a quant à elle projeté sur la façade de l’un de ses bâtiments un autoportrait du caricaturiste intitulé « Adieu ». Issue de l’album Vive la France (éditions du Seuil, 2013), l’image, monumentale, illumine depuis jeudi les nuits qui nous séparent de la fin de la période de deuil national.

Il est fort probable que les projets d’exposition en hommage aux dessinateurs, ou plus généralement consacrés à la liberté d’expression essaiment dans les prochaines semaines en France, pour notre plus grande satisfaction.

Mercredi 14 janvier, le prochain numéro du journal satirique sera publié à un million d’exemplaires. Admiratifs de la détermination avec laquelle l’équipe de rédaction s’est remise au travail, nous sommes nombreux à attendre de découvrir les textes et les dessins que les journalistes composent en ce moment. Ces documents sont les témoins que la parole libre continuera à s’élever, explorant tous les horizons qu’elle désire pour le faire, sans restriction.

N.D.

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