Le 13 juin dernier, le réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains organisait une formation technique sur les collections d’armements au Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux.

Les armes à feu soulèvent de nombreuses questions au quotidien pour les professionnels des musées. La formation tentait de répondre à ces interrogations qui gravitent autour des modalités de conservation, d’exposition et de médiation autour de l’armement.

Car tout le monde n’est pas Jamie Foxx dans Django Unchained © The Weinstein Company

Musée d'art et d'industrie de St EtienneLa neutralisation d’une arme est une problématique en pleine reconsidération dans les institutions muséales ces dernières années. En effet, même si auparavant la démilitarisation de l’armement était systématique, aujourd’hui les musées s’interrogent. Les modifications qu’elle entraîne sur les objets sont irréversibles, ce qui ne permet pas de conserver l’objet dans son état original et va donc à l’encontre de la mission déontologique principale de la conservation. De nombreux musées ont fait le choix de ne plus neutraliser les armes et les équipements des collections (sauf obligation légale) ce qui induit automatiquement, pour le chargé des collections, une maîtrise parfaite des règles à respecter à la fois dans les réserves et dans l’espace d’exposition.

Collections d’armement © Musée d’Art et d’Industrie de la ville de Saint Etienne, 2012 

Comment savoir si une arme est neutralisée ou non ?

Les armes démilitarisées possèdent au moins un poinçon, généralement gravé sur les parties métalliques. Ce poinçon va permettre de savoir quelle entreprise a procédé à la neutralisation. Lors de la démonstration, sera pris l’exemple le plus connu : celui du Banc National d’Epreuve de Saint-Etienne. Il est désormais possible de demander un duplicata de certificat de neutralisation si l’arme n’est pas délivrée avec son certificat lors de l’acquisition. Il est important de pouvoir retracer l’histoire de l’arme surtout dans les circonstances actuelles où une arme pourrait avoir servi lors d’événements. La plupart des musées refusent des donations d’armes pour lesquelles ils ne peuvent connaître l’ancien propriétaire ou pour laquelle la neutralisation aurait été « faite maison » par un tiers.

Poinçon avant le 8 avril 2016, poinçon après le 8 avril 2016

Comment acquérir dans les règles ?

La réglementation est stricte en ce qui concerne la possession, la conservation et l’exposition d’armement face à un public et si vaste qu’il est aisé de s’y perdre. Après un retour sur l’origine des armes à feu et leur évolution jusqu’à aujourd’hui en France, la première partie de la formation proposait de faire le tour des points essentiels des réglementations française et européenne. Cette mise à jour, faite par le Major Van Hove et l’Adjudant-chef Laurent du Musée de l’Armée, était nécessaire à tous les professionnels présents dans la salle puisque la nouvelle directive à rayonnement européen date du 17 mai 2017 et prend fonction petit à petit pour les institutions muséales françaises.

La réglementation, valable pour les institutions comme pour les civils, classe les armes à feu et l’armement en 4 catégories en France : la catégorie A qui sont les armes interdites, la catégorie B qui requiert une autorisation de la préfecture, la catégorie C qui requiert une déclaration à la préfecture du département et la catégorie D où un enregistrement est soit nécessaire pour la catégorie D1 et soit libre pour la catégorie D2. La réglementation européenne classe l’armement en seulement trois catégories, la catégorie D étant ajustable pour chaque pays. Il faut savoir que chaque catégorie possède des exceptions pour certains modèles d’armes ou d’équipements et qu’il est utile de se renseigner au cas par cas.

Une fois qu’on connait la catégorie d’une arme, comment l’utiliser ?

Ce classement est intéressant premièrement pour l’inventaire car cela va permettre de s’interroger sur les différents attributs d’une arme (modèle, année de fabrication, taille et qualité du canon, munitions, etc.) qui vont par la suite définir son affiliation à une catégorie. Mais plus important encore, connaître la catégorie de chaque arme détenue permet de tenir le cahier de police, document rempli par le chargé des collections, qui permet de faire état des lieux des différentes armes conservées et exposées en cas de contrôle. Si lors d’un contrôle, le musée n’est pas en mesure de présenter les catégories d’armes et des équipements ainsi que les documents qui y sont liés, la préfecture peut décider de saisir les objets mais également de les détruire. Lors de cette formation on apprendra que les musées peuvent se protéger d’une manière simple. En effet, même s’il est décrété qu’un musée peut acquérir et conserver de l’armement de catégories A, B, C et D, l’institution peut demander une autorisation de détention au préfet pour l’ensemble de l’armement présent dans les collections. On apprendra également qu’en fonction des relations que la structure détient avec son préfet les choses peuvent prendre des tournures bien différentes ! Il en va de même pour les relations avec les démineurs lors de vérification sur des explosifs, à qui il est possible de demander un P.V pour autorisation de détention et d’exposition, mais qu’ils ne sont pas dans l’obligation de fournir.

Comment traiter l’acquisition d’une arme non neutralisée ?

Il est important en premier lieu de vérifier que l’arme n’est pas chargée, ni dans le magasin d’approvisionnement ni dans le canon, par un contrôle visuel des chambres. Un atelier de manipulation et démontage des armes à feu, animé par Yannick Marques du Musée de la Grande Guerre, durant l’après-midi permettait de voir les gestes à adopter et de les reproduire. 

Atelier mise en sécurité des armes et neutralisation par le retrait d’un élément © Samantha Graas

Si un transport doit avoir lieu, l’arme doit être divisée en deux parties qui seront soit transportées dans deux véhicules différents et sous mallettes scellées, soit dans le même véhicule avec un verrou pontet sur la détente et sous mallettes scellées. Le convoyeur doit pouvoir justifier d’un motif légitime lors d’un contrôle.

Une fois arrivé au musée et traité, il est obligatoire de retirer une pièce du mécanisme de mise à feu avant sa mise en réserve. Une fois la pièce retirée et l’objet hors d’état de nuire, la pièce doit être mise dans un sachet et placée dans un coffre avec la référence de l’arme à laquelle elle appartient. L’arme quant à elle doit être placée idéalement couchée et enchaînée et cadenassée à son support. 

L’absence de neutralisation complique une des missions essentielles d’un musée qui est le prêt et le dépôt des pièces de collections. Johanne Berlemont du Musée de la Grande Guerre, confiera aux participants qu’ils ont décidé de ne plus prêter les armes à moins qu’il s’agisse de structures françaises réputées qui peuvent donner une garantie concernant la sécurité ainsi qu’une autorisation de détention. Justifier le déplacement sur le territoire d’une arme non neutralisée n’est déjà pas aisé, ainsi le prêt et le dépôt à l’étranger est exclu.

Comment exposer une arme ?

Depuis deux ou trois ans existe une sensibilisation à l’armement dans les institutions muséales. Le retrait d’une pièce du mécanisme de mise à feu est devenu la première condition à la mise en exposition devant un public d’une arme non neutralisée. Dans l’idéal, les armes doivent également être fixées soit à leur socle soit directement au sol pour les armes présentées debout sur des mannequins par exemple.

En dehors des conditions de sécurité il existe aussi des interrogations sur les meilleures manières de présenter des armes à feu face à un public. Montrer ses plus belles pièces risquerait de susciter de la fascination pour un bel objet plus que de diriger un visiteur vers un discours. Johanne Berlemont nous explique qu’avant l’ouverture du Musée de la Grande Guerre, la question de la présentation de l’armement était essentielle car il était un point d’ancrage d’une grande partie du discours. Le musée a donc choisi trois moyens de présentation différents en fonction du rapport que le public peut avoir avec l’arme à feu. La première méthode a été le mannequinage très réaliste, avec des corps à l’échelle 1 et des visages moulés sur des personnes existantes. Cette présentation permet non seulement de montrer un ensemble complet d’uniforme, matériel et armement d’un soldat mais également de donner une attitude, un mouvement. Les armes n’ont alors pas été fixées pour qu’elles puissent être tenues dans les mains ou rangées sur l’épaule dans un souci de réalisme. Présente en grande partie dans le musée, elle est un atout majeur dans le parcours de visite de l’espace d’exposition permanente. Les visiteurs peuvent alors s’identifier plus aisément à l’humain, se comparer en taille et en carrure et ainsi se rapprocher du côté sensible de la Grande Guerre.

  

De gauche à droite : mannequinage réaliste, abstrait et présentation arme seule © Samantha Graas

Le mannequinage abstrait est quant à lui un moyen de montrer un ensemble mais qui ne suggère l’humain que par l’assemblage des pièces. L’arme est souvent exposée debout, dans la continuité avec le bras, et elle est fixée dans le sol. Enfin l’arme peut être exposée seule, sans contexte d’appartenance à une unité afin de se concentrer sur l’objet en lui-même et de pouvoir l’approcher de plus près. Elle est alors fixée à son support ou son socle.

Comment se passe la médiation autour d’une arme ?

Atelier médiation autour de l’armement © Samantha Graas

 

Médiation autour des armesAu Musée de la Grande Guerre, 40% des visites annuelles sont représentés par les scolaires. Pour les médiateurs en charge des groupes il est essentiel d’avoir un discours teinté en matière d’armement. En effet, il est difficile pour un médiateur d’évincer la fascination des enfants pour les armes à feu ou encore les chars qu’ils ont l’habitude de voir dans les jeux vidéo ou les films. Mélanie et Charlotte du Musée de la Grande Guerre expliquent l’attrait des enfants pour certaines vitrines en particulier, par exemple celles des armes de poing qui sont plus accessibles en taille et plus présentes dans l’imaginaire collectif. Elles parlent également du côté humain qui est totalement exclu dans les questions des enfants qui sont plus portés sur l’authenticité des objets ou l’aspect scientifique de fonctionnement. C’est pourquoi elles décident d’utiliser le corps dans l’espace d’exposition comme outil de compréhension. Par exemple, placer deux adolescents de tailles différentes à côté des vitrines et leur demander de tendre le bras afin de voir les différences d’échelle face aux armes. Plusieurs manipulations permettent de soulever des poids afin de se rendre compte du poids des différentes armes et de se mettre à la place du soldat. Elles expliquent également qu’après la visite de « la salle des armes » (nommée ainsi par les enfants qui reviennent régulièrement) elles dirigent généralement le groupe vers la salle « corps et souffrance » afin d’aborder le sujet des impacts physiques et psychologiques. La liaison entre les deux se fait avec la plus grande subtilité et les enfants sont prévenus avant l’entrée dans chaque salle de ce qu’ils vont voir, les sujets qui vont être abordés afin qu’un enfant puisse signaler s’il ne souhaite pas visiter une salle. Le vocabulaire utilisé en fonction des âges est choisi pour décomplexifier le discours qui peut leur sembler parfois trop distancé ou tout simplement trop violent.

Ces réflexions, en pleine expansion, ont permis lors de ce temps de formation aux différents professionnels du monde muséal d’échanger sur les différentes expériences et solutions apportées par chacun. L’adaptation est à chaque fois différente en fonction des responsables, de l’espace muséal, du budget mais aussi du public. Il est important pour le personnel muséal de se mettre à jour dans ces questionnements en participant notamment à ce type de rencontre enrichissante qui donne des perspectives. Pour cela vous pouvez vous abonner à différents réseaux qui proposent un large panel de rencontres professionnelles aux thématiques contemporaines.

Samantha Graas

#armement

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