A l’occasion de ses 10 ans, le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (Mac Val) questionne la notion de musée au sein de sa nouvelle exposition permanente par la mise en abîme d’une des caractéristiques qui lui est associé. En effet, lieu dédié à la conservation, il n’en reste pas moins que le musée est aussi un lieu de questionnements et de réflexions tourné vers le présent et le futur, et a la volonté de rendre acteur le spectateur.

 

Vue de l’exposition L’Effet Vertigo, crédit photographique S.H.

Une question de temps

Dans un musée se rejoignent et cohabitent plusieurs temporalités, ce sur quoi met l’accent L’Effet Vertigo. Les artistes présentés, comme tous les autres d’ailleurs, réalisent leurs œuvres à un instant précis de l’histoire. Toutefois les œuvres sélectionnées ici ont pour point commun selon Alexia Fabre, la conservatrice en chef, de reconsidérer au moment de leur réalisation « les faits historiques, les usages des matériaux,les motifs et sujets ». Des œuvres qui apportent un regard rétrospectif sur le passé mais à destination de spectateurs qui y seront confrontés dans un futur plus ou moins lointain. Les œuvres exposées portent donc en elles plusieurs temporalités : s’entrechoquent ainsi passé et présent, présent et futur ou parfois même passé, présent et futur. A l’échelle de l’exposition toute entière sont convoquées plusieurs temporalités dont le spectateur est la mesure. Vous me suivez toujours ?

Vue de l’œuvre de Pascal Convert, Histoire Enfant, crédit photographique S.H.

 

J’explicite. Au-delà d’une banale confrontation passé-présent, L’Effet Vertigo sous tend la notion de cycle, de boucle, de continuité temporelle. L’œuvre de Pascal Convert, Histoire Enfant (2011), illustre parfaitement cela. Sérigraphiées sur plaques de verre et ensuite recouvertes de peinture métallisée, les différentes photographies qui tapissent le mur de l’exposition représentent des hommes et des femmes arborant un large sourire. Le cartel nous apprend qu’il s’agit de personnes fusillées durant la Seconde Guerre mondiale. Le spectateur devient ainsi témoin de la joie de ses personnes mais aussi témoin de leur devenir tragique.

L’implication de celui-ci dans l’œuvre est d’ailleurs redoublée en raison de la réflexion de sa propre image dans le miroir. Le spectateur n’est plus seulement témoin, mais fait ainsi partie prenante de l’œuvre. Par une double action, l’œuvre ancre le visiteur dans l’histoire passée et dans l’œuvre, le visiteur ancre l’histoire passée dans le présent.

 

Un visiteur impliqué et éprouvé

Le titre même de l’exposition fait référence à l’effet filmique mis au point par Alfred Hitchcock dans le film éponyme Vertigo (titre original de Sueurs Froides) visant à traduire la sensation de vertige éprouvée par l’un des protagonistes. Comme Hitchcock qui a voulu faire ressentir cette sensation de vertige au spectateur par le regard du personnage, les organisateurs de l’exposition ont souhaité éprouver physiquement le visiteur.

La volonté de produire une expérience de visite est notamment palpable, nous l’avons vu, par le choix des œuvres qui rend le spectateur témoin du passé ou d’un futur en devenir, mais encore par la scénographie de l’exposition.

Vues de l’exposition L’Effet Vertigo,crédit photographique S.H.

 

Les œuvres dialoguent entre elles grâce à la présence de miroirs et aux effets de transparence qui en composent certaines, permettant alors de refléter ou d’entrevoir d’autres œuvres. Un effet accentué par les espaces de l’exposition qui sont ouverts les uns sur les autres ; ils sont délimités mais ne sont pas cloisonnés. D’une certaine façon, les œuvres s’interpénètrent, réduisant ainsi l’espace et le temps. D’autre part, les deux premiers grands espaces de l’exposition sont lumineux. Ce qui s’oppose nettement aux deux espaces suivants plongés dans le noir. Dans l’avant dernière salle est disposée l’installation lumineuse de Sarkis, Trésors de la mémoire (2002). Dans l’autre, sont pour l’essentiel projetées des vidéos et diapositives.

Vue de gauche : l’installation de Sarkis, Trésors de la mémoire. Vue de droite : la dernière salle de l’exposition présentant l’œuvre d’Ange Leccia, Maria Callas et Monument de Christian Boltanski,crédit photographique S.H.

 

           

En passant d’un environnement très lumineux à un espace très sombre, la perception du visiteur est troublée. Un changement d’ambiance qui éprouve le corps du spectateur, lui impose de se réadapter à un nouvel environnement. Cette volonté de perturber sa perception renvoie à l’effet de vertige qui désoriente et déstabilise physiquement.

Comme toujours le Mac Val donne à voir une exposition à fort partis-pris tant dans le choix de la thématique (tel Chercher le garçon), que par la sélection d’œuvres étonnantes ou le mode de présentation. Créant de multiples interactions entre les œuvres et le regardeur, l’exposition L’Effet Vertigo entreprend, entre autres, la relecture et la reconsidération de certains faits établis par le spectateur, en le mettant ainsi au cœur de la démarche.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’exposition temporaire Seven Corridors actuellement visible au Mac Val est celle de François Morellet qui déclare : « J’étais, et je reste persuadé que la part accordée aux créateurs est disproportionnée par rapport à celle accordée aux spectateurs. Il y a là toute une histoire de l’art à réécrire ». Si ce n’est pas là une invitation à vous y rendre en visiteur actif ?

 

 Sarah Hatziraptis

Lien vers le site de l'exposition : http://www.macval.fr/francais/collection/l-effet-vertigo/article/presentation-5828

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