Aller au musée c’est bien, montrer qu’on a été au musée c’est mieux ! C’est en tout cas la tendance qui semble se démarquer dans nos espaces culturels français. Pour autant, et afin d’éviter les généralités,voyons différentes raisons de prendre des photographies dans un lieu culturel précis.

© C.A

Au Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture situé à Landerneau, s’achève tout juste l’exposition d’un ponte de l’art moderne pour lequel plus de 200 000 personnes se sont déplacées. L’évènement Picasso, photograph friendly, a été largement relayé sur les réseaux sociaux et dans la presse numérique et papier. Le public s’en est donc donné à cœur joie, visitant le doigt vissé sur le déclencheur, ce sont des milliers de photos qui ont été prises. Qu’est-ce qui motive cette  pratique  du visiteur 2.0 ?

Cette rétrospective sur Picasso présente de manière chronologique l’évolution de l’art du peintre. Organisée en plusieurs grands axes,elle guide le visiteur dans les différentes phases de la vie de l’homme, du mari et de l’artiste. Ce dernier apparaît plus humain, désacralisant ainsi le mythe autour de son être. Le parcours chronologique laisse volontairement de coté les périodes les plus connues pour montrer des œuvres d’art inédites. Il s’agit « des Picasso de Picasso », ce sont les pièces non vendues qu’il a souhaité les garder près de lui. Ainsi on propose au spectateur une rétrospective intimiste.

Lors de ma visite, le public présent était transgénérationnel,en famille, entre amis, entre collègues chacun partage un moment de plaisir etde divertissement. Les différents visiteurs interrogés ne partagent pas lesmêmes attentes et n’ont pas non plus la même manière d’aborder l’exposition. Laphotographie reste tout de même pour chacun d’entre eux un moyen de s’approprier l’espace, le moment et l’artiste.

Le visiteur sans bagage peut se sentir mal à l’aise dans un environnement dont il ne connaît pas les règles. Capturer une image est un moyen d’avoir le contrôle sur l’expérience qu’il est en train de vivre. Face à la multiplicité d’œuvres, il choisit sélectionne et catégorise pour peut-être former son goût et comprendre ce qu’il aime. Certains vont prendre des photos sans jamais les regarder après, d’autres au contraire les classent dans des dossiers comme Paul. La caméra vissée au poing, il photographie toutes les œuvres.Puis, il les transfère sur un ordinateur et organise ses données par exposition. Cela lui permet de les consulter plus tard afin de se replonger dans l’expérience de visite mais aussi de partager avec sa famille qui habite loin. Le caractère inédit de l’exposition motive la prise de photographies et le nom justifie l’action « c’est Picasso tout de même ! » m’a confié Paul. Les œuvres en question sont prêtées de manière exceptionnelle et ne tarderont pas à retourner dans l’ombre chez leur propriétaire, il faut donc en profiter.

Mathieu, un jeune professeur qui travaille avec des enfants,voit dans les tableaux un outil de travail. Certains dessins de l’artiste,uniquement faits au crayon de couleur sur une feuille blanche, sont très simples de réalisation mais fort de sens. Organiser des ateliers avec des enfants en leur demandant de dessiner « à la manière de » est un moyen d’ouvrir ces derniers à l’art. La photo devient  ici un outil  pour  garder une trace et   travailler à partir des images.

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La photographie personnelle a également la fonction d’être un marqueur de présence. Elle constitue la preuve que la personne s’est rendue surplace et a visité l’exposition. Cette notion de preuve peut avoir plusieurs sens selon le photographe.

Pour le public jeune il s’agit de montrer son quotidien en partageant ses activités. Les réseaux sociaux poussent de plus en plus à cela par l’ajout de nouvelles fonctions dans les applications telles que le partage de story (courte vidéo). On partage plus et dans l’immédiateté. L’expérience muséale devient un moment ordinaire sur lequel on communique. Les musées l’ont compris puisqu’ils se tournent vers les réseaux et communiquent sur ces derniers afin d’attirer le jeune public. Bien sur cet acte est intéressé et à plusieurs vocations, démocratiser oui mais en continuant à capitaliser.  Les applications des musées se multiplient,les hashtags les invitant à partager leur visite également, c’est une nouvelle manière de « consommer » le musée. Pour autant il n’y a pas de perte de valeur de l’expérience muséale, aller vers une démocratisation des musées est essentiel, changer les codes d’accès encore plus.

Pour une mère de famille prendre des photos c’est pouvoir inclure postérieurement le membre de la famille absent lors de la visite. Cette notion de partage a aussi une teneur émotive, « tu n’étais pas là mais on a pensé à toi ». Enfin la photographie devient souvenir. Les enfants pourront des années plus tard regarder les images, se rappeler d’un moment furtif ou d’une émotion et eux-mêmes continué à partager l’expérience muséale. Il y a là une réelle notion de patrimonialité, la photo acquiert une « valeur » issue uniquement de l’intérêt porté par le photographe. Il ne cherche pas particulièrement à se rappeler des œuvres mais plus du moment ou de l’émotion ressentie lors de cette visite.

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Lors de cette exposition, force est de constater que les détenteurs de téléphone portable ou d’appareil photo sont de tous âges. La critique facile est de dire que la photographie dénature le plaisir, qu’on prend une photo sans vraiment regarder l’œuvre tout en gênant les autres. Pour autant, et comme le dit André Gunthert, « la photo n’est pas l’ennemi du musée »,photographier est une manifestation physique de l’intérêt du visiteur. L’expérience muséale peut se vivre seule ou à plusieurs, dans une optique de partage ou non mais elle est surtout propre à chacun.

Charlotte Abily

#Picasso

#Photographie

#FHEL

Pour aller plus loin :

- Pour en savoir plus sur l’exposition Picasso du Fonds Hélène et Edouard Leclerc : http://www.fonds-culturel-leclerc.fr/Pass%C3%A9es-Exposition-_Picasso_-648-15-0-0.html

- Pour en savoir plus sur la question du visiteur-photographe avec André Gunthert :  http://histoirevisuelle.fr/cv/icones/2659

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