Vous venez de terminer votre balade dans les jardins du Luxembourg, mais peut-être n’avez-vous aucune envie de rentrer tout de suite chez vous, même si le froid vous pique le visage. Vous errez alors dans les rues parisiennes et arrivez sans même vous en apercevoir devant un panneau “Musée Zadkine”. Vous ne vous attendiez pas à rencontrer un musée caché entre deux immeubles et pourtant vous voilà déjà franchissant la grille et vous aventurant dans une petite cour. Encore quelques pas, et vous voici devant une petite maison : poussez-donc la porte, et laissez-vous guider.

En l’espace de quelques mètres, c’est dans un univers carrollien que vous vous apprêtez à voyager. Vous vous trouvez à la lisière de l’exposition, à la lisière de la forêt. Comme tant d’artistes avant vous, vous allez pénétrer un lieu sauvage et sacré, puissamment empreint d’inspiration artistique. Si des vues de forêts d’artistes contemporains, comme Estefania Peñafel Loaza ou Patrick Bard, permettent d’embrasser un large champ, votre regard est néanmoins arrêté par des troncs d’arbres, placés au cœur de la pièce. Vous n’avez nul autre choix que de les contourner, pour enfin les voir se muer en des corps sculptés de la main d’Ossip Zadkine.

 

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Première salle de l’exposition, sculptures de Zadkine  © Jade Garcin

 

Comme à son habitude, le musée Zadkine met en avant la matérialité de ses collections. C’est pourquoi, les mains, encore engourdies de froid dans vos poches, vous percevez tout de même la douceur de ce bois, sa rugosité, et parviendriez même à le toucher, s’il n’était derrière sa vitre. Le lien entre vous et la forêt commence à se tisser, et vous mène ainsi un peu plus loin dans les bosquets, un peu plus loin dans la création.

 

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Œuvre de Dubuffet / © Jade Garcin

 

C’est ici que tout commence peut-être à vous échapper. Des formes inconnues se détachent, des bruits vous parviennent, heureusement, quelques figures connues et rassurantes sont là elles aussi. Les meilleurs botanistes de l’exposition s’apercevront de la diversité des espèces : ici, la graine du Sein dans la forêt de Raoul Ubac a donné naissance au Parle Ment Branche (1) et (2) de Laure Prouvost, de 82 ans son cadet.

 

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Les œuvres de Raoul Ubac et Laure Prouvost © Jade Garcin

 

C’est également un espace de grande liberté, où les formes sont inspirées de développements naturels, par des processus de morphogénèse. Les sons qui nous parviennent dépendent  eux aussi de nos actions, comme le serait le craquement des branches au sol.

C’est à ce moment de l’exposition que la poésie du discours est la plus puissante : chaque œuvre est un vers qui compose le poème de l’exposition. Face à L’arbre foudroyé d’André Masson, vous entendez au loin un visiteur ne pas comprendre l’exposition, sentir qu’elle n’est pas faite pour lui. Vous aimeriez alors échanger avec lui, et peut-être lui montrer qu’il lui suffirait de se laisser toucher par ces formes et ces couleurs pour ressentir tout ce qui lui est donné. Il n’est pas nécessaire de comprendre avec exactitude un poème pour qu’il nous délivre son message. De même, le lyrisme de l’exposition est à la portée de celui ou celle qui s’y ouvrira.

Vous sortez finalement dans le jardin de sculptures, pas encore prête à retrouver la rue parisienne. L’atelier vous offre alors un dernier moment de rêverie auprès de différents personnages sylvestres, avant de retourner à une réalité plus prosaïque.

Pour vivre cette expérience, vous avez jusqu’au 23 février 2020 pour vous rendre au musée Zadkine.

 

Jade Garcin

 

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