Passionnée de géologie, je m'interroge sur la capacité des expositions à partager mon enthousiasme pour les cailloux, véritables mines de savoirs.

 

La géologie est la science qui étudie la Terre, à la fois matériaux, phénomènes et histoire depuis sa formation il y a environ 4,6 milliards d’années. Tout autour de nous est sous-tendu par un contexte géologique, aucun environnement n’y échappe. Cette science est divisée en plusieurs disciplines, dont la pétrographie (étude des roches), la volcanologie (étude des volcans), la géochimie (étude du comportement chimique des éléments), la tectonique (étude des déformations de la partie superficielle de la Terre) ou encore la paléontologie (étude des fossiles). Les dinosaures font rêver petits et grands, ici, je vais peu parler des expositions de paléontologie !

La géologie n’est pas toujours facile d’approche. Elle nécessite souvent de nombreux prérequis, en mathématique, en chimie, en physique et parfois en biologie. Et cette difficulté d’accès se fait ressentir jusque dans les expositions. Dans les parcours permanents, beaucoup d’institutions exposent les cailloux sous vitrine, accompagnés de notions scientifiques complexes : les visiteurs observent des jolis cailloux. Il n’y a peu, voire pas d’interactif ni de vulgarisation ou de mise en contexte. Comme si ces roches et minéraux inertes n’avaient ni passé, ni présent, ni futur. Ces salles permanentes ont, pour certaines, été faites par et pour des géologues, comme le musée minéralogique de Strasbourg ou musée de Minéralogie Mines ParisTech.

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Et si les expositions et la géologie ne sont tout simplement pas compatibles ?

Je me demande pourquoi la géologie intéresse aussi peu, outre sa complexité. Une évidence : un caillou ça ne bouge pas. Beaucoup de géologues pense que la principale raison est là et Patrick De Wever le résume très bien dans sa MiniConf Géole n°6 - P. De Wever - Faire aimer les histoires racontées par les cailloux.

Il semble que pour rendre attractif cette science, il faut savoir la vulgariser et être capable de faire bouger les cailloux, en somme, raconter des histoires, les rendre vivants. De mon point de vue, j’ajoute qu’une exposition de géologie doit être tactile, avoir de l’humour et remettre dans le contexte : la géologie est partout autour de nous, elle nous concerne tous. Cette recette ne relève pas d’une véritable mission impossible car les exemples ne manquent pas.

Le Naturalis Biodiversity Center à Leiden (Pays-Bas) est un centre scientifique particulièrement intéressant notamment pour son exposition permanente « Earth ». Elle expose les conséquences des mouvements des plaques tectoniques. Sur fond de voyage autour du monde, la scénographie est innovante et immersive : une salle est coupée en 4 zones géographiques, Hawaii avec ses volcans, le Japon avec ses tremblements de terre, le Brésil avec une carrière et l’Islande avec son rift continental.

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Photos de l’exposition permanente « Earth » du Naturalis Biodiversity Center à Leiden (Pays-Bas) dont un plan illustré de la salle. ©MT

 

Côté muséographie, le public apprend en manipulant. Il a la possibilité d’assister à une pièce de théâtre humoristique, de monter sur une plateforme reproduisant les sensations d’un tremblement de terre, de toucher des roches volcaniques assis à une table de pique-nique, d’admirer des minéraux sous un superbe éclairage dans une grotte plongée dans le noir. Il existe aussi des animations avec un médiateur, liste non exhaustive.

Autre exemple : le début de l’exposition permanente « Le grand récit de l’Univers » de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris est consacré à la géologie. Malgré une scénographie vieillissante et quelques médiations cassées ou désactivées, les manipulations et l’espace sont bien pensés. Un dispositif a retenu mon attention : quand le visiteur touche le caillou, il commence à raconter son histoire et sa formation, simple et efficace.

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Dispositif « parole de basalte » à la Cité de Science et de l’Industrie de Paris, dans l’exposition permanente « le grand récit de l’Univers ». ©MT

 

Petit détour par une exposition de paléontologie au Tellus Science Museum de Cartersville en Georgia (Etats-Unis) : le visiteur est invité à toucher une roche, à côté un cartel Touch this if you dare ! then lift (touche-moi si tu l’oses ! puis soulève). Quand le visiteur soulève, il apprend qu’il vient de toucher un coprolithe, un caca fossilisé !

Un dernier exemple me permet d’évoquer un sujet important en géologie : le terrain. Pour comprendre la Terre, il faut l’observer et aller dehors. Et c’est ce que propose l’Association Ally Action 2000, où j’ai pu animer l’atelier de recherche de minéraux dans la mine de la Rodde. Le visiteur se glisse dans la peau d’un géologue et, à l’aide d’outils, va observer et essayer d’identifier des minéraux. Petits et grands prennent un grand plaisir à découvrir les cailloux sous un nouveau jour !

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Atelier de recherche de minéraux dans la mine de la Rodde par l’Association Action Ally 2000 ©Aurane LUCAS

 

Comme nos exemples le montrent, si les bons outils sont utilisés, je suis persuadée que la géologie est accessible au plus grand nombre. Cette science nous concerne tous puisque nous marchons sur la Terre, sur des cailloux. Dans nos téléphones (lithium), nos voitures (silice), nos maisons (le béton et les vitres sont composés de sable), notre quotidien (dans notre alimentation, le fer, le calcium …), la géologie est partout et indispensable. Et les expositions ont leur rôle à jouer dans la vulgarisation de la géologie !

Mélanie Terrière

 

#géologie #exposition #cailloux

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