Au cœur de Fresnes, l’écomusée se reconnecte à sa nature. Dans un ancien corps de ferme au plein milieu d’un paysage urbain, l’écomusée se déploie dans la bergerie. Son équipe se concentre notamment sur la formation d’une collection particulière ; la collection écomuséale, un concept hors cadre, une collection hors-les-murs, vivantes et désignée par les plus expert·e·s de ce paysage fresnois : ses habitant·e·s.
Image vignette : Photo d’une carte du Grand-Orly Seine Bièvre © Blanc Alys
Image d'introduction : Photo de l'entrée de l'écomusée de Fresnes, dans un corps de ferme au coeur d'un paysage urbain, 15 nov. 2025, ©Blanc Alys
L’écomusée de Fresnes, autrement appelé du Grand Orly Seine Bièvre, se définit en principe par son ancrage sur le territoire. À Fresnes, cette nature écomuséale s’est traduite par la volonté d’inclure les habitant·e·s fresnois.es à participer aux collections. En 2016, l’écomusée réalise leur première collection écomuséale. Celle-ci a pour principe de désigner des objets appartenant à des Fresnois.es représentant une mémoire collective. Cette démarche est perçue comme un « chamboule-tout » muséale. La collection nommée écomuséale, n’est pas la propriété du musée, mais celle d’habitant·e·s environnant·e·s. C’est la responsabilité d’un collectif et non d’une institution qui est mise en jeu autant pour la désignation des objets, que pour la conservation. De plus, l’écomusée a pour volonté de les considérer au même titre que les collections muséales. La collection écomuséale est répertoriée dans le logiciel Flora auprès des collections muséales.

Capture d’écran du Logiciel Flora qui répertorie les collections muséales et dans le cas de l’écomusée de Fresnes, la collection écomuséale. Elle se distingue uniquement par l’appellation ECOF2 au lieu de ECOF1 pour la collection muséale. 15 nov. 2025 ©Ecomusée de Fresnes
Cette initiative s’est malheureusement essoufflée au fil des années, et les objets sont pour la plupart difficiles à retrouver. Dans une optique d’améliorer cette collection écomuséale, la nouvelle équipe a privilégié une démarche innovante. La création d’un statut de désignateur·ice·s pour les habitant·e·s et associations locales permet de redonner le pouvoir de construire leur propre récit. La méthode s’organise en plusieurs temps avec l’accompagnement des Ami·e·s de l’écomusée: des ateliers de désignation collective dans des groupes sociaux (Exemple : Conseil municipal des enfants), suivis d’une phase de recherche de témoignages et d’informations pour étayer le dossier de ce patrimoine désigné. L’entrée d’un élément en collection est validée par un vote majoritaire lors de l’assemblée des désignateur·ice·s du patrimoine, en début 2026. Ce processus transforme l’habitant·e de simple visiteur·euse en participant·e actif·ve, faisant de la collection une propriété morale collective. Il se veut être une fabrique de patrimoine dont l’objectif est d’ouvrir la définition du patrimoine et de la collection à cette nouvelle notion de collection écomuséale. Les ateliers de désignation ont déjà pris part dans le Conseil municipal des enfants, composés de 44 enfants de classes de CM1, par exemple. Les éléments désignés font surtout partie d’un patrimoine immatériel tel que le carnaval des enfants ou encore Berty Albrecht, résistante morte à la prison de Fresnes dont le nom a été choisi pour renommer une école de Suresnes, ville limitrophe, cette année.
L’approche de Fresnes s’inscrit dans une collaboration étroite avec l’Ecomusée du fier monde à Montréal. L’institution québécoise a une collection écomuséale bien installée. Cette collection s’est historiquement concentrée sur le patrimoine bâti et immatériel, travaillant maintenant à combler les lacunes de leurs collections sur des sujets encore peu abordés tel que « Le Village », quartier LGBT de Montréal. L’écomusée du fier monde donne une vision assez claire de comment la collection écomuséale de Fresnes peut prendre de l’ampleur et s’inscrire dans le paysage fresnois.

Sélection non-exhaustive d’éléments désignés se trouvant dans la collection de l’écomusée du fier monde à Montréal, disponible sur leurs sites ©Ecomusée du fier monde
Pour la valorisation de ce patrimoine, l’équipe québécoise utilise un kiosque itinérant qui sillonne les rues et parcs de Montréal pour présenter le patrimoine immatériel désigné et recueillir de nouvelles suggestions. À Fresnes, l’équipe s’engage à rapprocher collections muséales et écomuséales en valorisant les éléments désignés dans les futures expositions temporaires, comme ce fut déjà le cas en 2018 avec Objets privés, histoire partagée. L’idée de réaliser des balades urbaines, mobilisant les Ami·e·s de l’écomusée, est aussi un élément possible dans la médiation autour de ce patrimoine vivant.
En définitif, le processus de participation confère aux habitant·e·s un droit moral sur leur patrimoine. Cette responsabilité partagée crée une réelle connexion entre l’écomusée et le territoire, et favorise un sentiment d’appartenance. En donnant la voix aux habitant·e·s, l’écomusée devient une ressource puissante à laquelle les fresnois·es accordent leur confiance. La collection écomuséale s’annonce donc comme LA bonne idée et risque de s’étendre bien au-delà des murs de l’écomusée et de la ville de Fresnes.
Alys BLANC
Un grand merci à Angèle Dumant pour son rôle essentiel dans cette démarche, et à Raphaëlle Venet qui m'a permis de découvrir ce beau musée et d'approfondir ma compréhension de ce sujet passionnant.
#Patrimoineimmatériel #Collection #Communauté