L'exposition "Au Charbon !" au Centre Historique Minier de Lewarde, questionne la place du charbon dans un contexte de transition énergétique. Ce combustible issu du Nord de la France et de la Lorraine était le moteur du pays. L’extraction de cette ressource a quasiment disparu de ces régions aujourd'hui, car il n’était plus considéré assez rentable. Pourtant, il n'a jamais été aussi présent dans le reste du monde, même dans des pays voisins comme l’Allemagne.

Cette ressource perçue comme étant l’une des causes principales de pollution atmosphérique est ici présentée également sous le prisme artistique.

Un couloir d'introduction laisse le visiteur choisir librement de commencer sa visite par l'une ou l’autre des deux sections de l’exposition. À gauche, dans la partie blanche, il pourra appréhender le charbon sous le prisme artistique. Ou à droite, dans la partie noire, il pourra comprendre l'impact que peut avoir cet or noir.

Photographie du couloir d’introduction de l’exposition « Au Charbon ! » au Centre Historique Minier de Lewarde, Mathis CHOCAT, 2025

 

Photographie du couloir d’introduction de l’exposition « Au Charbon ! » au Centre Historique Minier de Lewarde, Mathis CHOCAT, 2025

La première salle de la section blanche présente le charbon sous un prisme esthétique. Le matériau est extrait de son contexte industriel pour devenir médium. Les artistes en explorent les textures, la densité, la profondeur. La scénographie claire et lumineuse participe à cette requalification. Le charbon n’est plus uniquement associé à la combustion ou à la mine, il devient surface, pigment, volume.

Cependant, cette approche suppose une connaissance préalable du matériau. L’exposition ne revient pas sur ses propriétés fondamentales : sa formation, ses caractéristiques physiques ou chimiques, sa transformation. Or, plusieurs œuvres reposent précisément sur ces propriétés. Sans ces éléments, il peut être difficile d’appréhender pleinement la performance technique ou le geste artistique. Le visiteur perçoit le résultat sans toujours comprendre ce qui le rend possible.

La seconde salle de la partie blanche accentue cette tension entre esthétique et lisibilité. Les textes explicatifs, rédigés en trois langues, sont intégrés dans une mise en page très travaillée. Le design est cohérent avec l’identité visuelle de l’exposition, mais certains cartels apparaissent légèrement décalés par rapport aux œuvres auxquelles ils se rapportent. Le regard doit parfois chercher l’information. Ce choix scénographique privilégie l’harmonie formelle mais peut en atténuer la lecture.

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Photographie des cartels décalés dans l’exposition « Au Charbon ! » au Centre Historique Minier de Lewarde, Mathis CHOCAT, 2025

 

Une vidéo, particulièrement soignée sur le plan visuel, illustre cette ambivalence. Présentée sans explication immédiate, elle s’impose par sa qualité formelle. Pourtant, dans une salle consacrée aux procédés de création et aux usages artistiques du charbon, l’absence de contextualisation rend son interprétation plus incertaine. L’exposition semble faire le choix d’une autonomie de l’œuvre, au risque de laisser certains visiteurs à distance.

La boucle ramène ensuite au couloir central, avant de pénétrer dans la partie noire.

 

Le charbon comme fracture

Le changement d’atmosphère est immédiat. La section noire aborde les conséquences de l’exploitation minière et replace le charbon dans une économie extractive. Là où la partie blanche isolait la matière, la partie noire la réinscrit dans un système.

Un vitrail en charbon constitue un moment particulièrement fort du parcours. Une église en Allemagne a été détruite afin de construire à son emplacement une mine de charbon. Mercedes Klausner a reproduit la rosace de cette église disparue à partir de charbon. Le choix du matériau agit comme un renversement symbolique : le charbon, responsable de la disparition du bâtiment, devient support de mémoire. L’œuvre est esthétiquement remarquable, mais elle porte surtout un message clair sur la destruction du patrimoine au profit d’intérêts économiques. Ici, la forme et le fond convergent avec efficacité.

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Photographie d’un vitrail en charbon réalisé par Mercedes Klausner dans l’exposition « Au Charbon ! » au Centre Historique Minier de Lewarde, Mathis CHOCAT, 2025

 

Plus loin, une projection monumentale montre une machine d’extraction minière en action. L’engin, gigantesque, transforme et détruit le paysage. L’échelle de l’image répond à celle de la machine. Le gigantisme devient un argument visuel. Contrairement à certaines œuvres de la partie blanche, l’absence d’explication détaillée ne nuit pas à la compréhension. L’impact environnemental est perceptible immédiatement. La force de l’image suffit à transmettre le propos.

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Photographie de la projection vidéo de la gigantesque foreuse dans l’exposition « Au Charbon ! » au Centre Historique Minier de Lewarde, Mathis CHOCAT, 2025

 

Une scénographie efficace mais exigeante

La division noir/blanc fonctionne immédiatement. La lisibilité spatiale permet de comprendre intuitivement les deux thématiques abordées : l’esthétique et l’impact. Le parcours en boucle renforce cette idée d’aller-retour entre fascination et conscience critique.

Cependant, si la macro-scénographie est claire, certains choix de médiation fragilisent l’ensemble. Le refus de revenir sur les bases scientifiques du charbon, combiné à une scénographie parfois plus soucieuse de design que de clarté, rend l’exposition exigeante. Elle semble s’adresser à un public déjà informé ou disposé à accepter certaines zones d’ombre.

Au Charbon ! ne cherche pas à résoudre la contradiction inhérente à ce matériau. Il est à la fois ressource, médium, richesse économique et cause de destruction. L’exposition met en scène cette tension avec cohérence. Reste à savoir si une contextualisation plus affirmée aurait permis de renforcer encore la portée critique du propos, sans nuire à l’élégance formelle qui constitue l’une de ses qualités principales.

 

Mathis CHOCAT

 

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