Après un an et demi de fermeture pour rénovation, le LaM – Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut rouvre ses portes avec Kandinsky face aux images, une exposition présentée du 20 février au 14 juin 2026.
Vassily Kandinsky, Bild mit rotem Fleck [Tableau à la tâche rouge], 1914, Huile sur toile © Centre Pompidou, MNAL-CCI/Adam Rzepka/Dist.GrandPalaisRmn
Après un an et demi de fermeture pour rénovation, le LaM – Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut – rouvre ses portes avec Kandinsky face aux images, une exposition présentée du 20 février au 14 juin 2026. Conçue en collaboration avec le Centre Pompidou, cette exposition de réouverture marque à la fois le retour du LaM sur la scène culturelle et le déploiement hors les murs d’une institution parisienne majeure.
Kandinsky face aux images s’inscrit dans une série d’expositions dédiées à l'œuvre de Vassily Kandinsky, dont Kandinsky, la musique des couleurs, qui s’est déroulée à la Philharmonie de Paris avec Kandinsky du 15 octobre 2025 au 1 février 2026, également en collaboration avec le Centre Pompidou.
Loin de proposer une simple rétrospective, l’exposition invite à pénétrer au cœur du processus créatif de l’artiste. Kandinsky face aux images propose de comprendre comment le peintre se construit ses œuvres. En mettant en relation les tableaux de Kandinsky avec des images de référence très variées, le visiteur est invité à regarder autrement son travail : non plus seulement comme un aboutissement, mais comme le résultat d’un processus.
Vers une désacralisation du "génie artistique"
Vassily Kandinsky est connu comme le père de l’abstraction, artiste précurseur du XXe siècle qui fait émerger un nouveau type d’art, un art qui bouleverse les codes esthétiques et artistiques. Les précurseurs ont souvent dans l'imaginaire collectif une sorte d’aura du génie dont le don aurait presque quelque chose de divin, inatteignable et mystérieux.
Mais l’image du génie artistique solitaire est ici déconstruite. L’exposition montre en quelque sorte les coulisses de création de Kandinsky. Dans le communiqué de presse, le LaM la présente comme “la fabrique de l'œuvre de Kandinsky”. Une fabrique dans laquelle le génie artistique devient plutôt un travail de longue haleine, sans cesse requestionné, toujours en quête d'inspiration, de connexion et de nouvelles influences.
Kandinsky face aux images montre que le “nouveau”, le “précurseur”, le “jamais vu” puise sa force dans le quotidien, l’ordinaire, l'anecdotique. Un souvenir de vacances, un phénomène psychique, une forme géométrique, une structure cellulaire sont autant de choses qui peuvent sembler ordinaires ou encore incongrues dans un processus artistique.
Le visiteur comprend alors que le génie réside dans la capacité d’être curieux de tout, dans la magie de voir le beau, l’artistique, le sensible dans une chose si ordinaire qu’un souvenir de vacances ou aussi pragmatique qu’un schéma cellulaire.

Image d’inspiration du travail de Vassily Kandinsky dans la séquence Matérialisation. Oeuvres de l’auteur et photographe Louis Darget et du photogramme Jakob OTTONOWITSCH VON NARKIEWITSCH-JODKO © Lise Mattei
Si l'œuvre de Kandinsky est si saisissante, évocatrice et pionnière, elle le doit à la curiosité du peintre qui lui a permis de s’intéresser et de s’émouvoir du monde qui l’entoure dans toute sa diversité, sa complexité et ses mystères. Il a su s’entourer de mille et une image qui n’ont cessé de le nourrir, lui et son art.
Des images veulent 1000 mots, une monstration qui dit tout
Le parcours propose au visiteur d’appréhender les coulisses de la conception artistique de Vassily Kandinsky à travers cinq séquences chrono-thématiques. Le visiteur découvre alors successivement cinq périodes de sa production artistique, chacune entretenant un rapport différent avec des images de référence tant bien dans la typologie d’image que dans le thème de celle-ci : Souvenir, Reproduction, Matérialisation, Légitimation, Inspiration.
Au gré du parcours, le visiteur découvre dans chaque salle une confrontation différente entre l'œuvre de Kandinsky et ces images d’inspiration : tantôt elles sont côte à côte et entrent en résonance, tantôt elles sont séparées et se font face, autant de choix de monstration au service du propos. Dans la première séquence, Souvenir, par exemple, tableaux et images de référence cohabitent tout à fait. Le visiteur, sûrement à cause du format plus imposant ou peut-être à cause des couleurs plus vives, est happé en premier par le tableau abstrait qui lui laisse plus une impression générale qu’une réelle compréhension de l’image. Puis il remarque une photographie ou un croquis de voyage figuratif qui se trouve à côté et d’un coup le tableau se révèle, les formes qui, jusque-là, lui semblaient totalement abstraites, paraissent se réagencer pour se confier enfin au visiteur.

Mise en dialogue de trois œuvres dans la séquence Souvenir. À gauche : Vue d’une ville russe depuis le remblai, 14 juin 1889 ; au centre : Vassily Kandinsky, Église de la Nativité de la Vierge à Moscou, 1886 ; à droite : Vassily Kandinsky, Verfolgung [Poursuite] © Lise Mattei
Dans la séquence Matérialisation, à l’inverse, le visiteur découvre en premier des ouvrages sur le spiritisme accompagnés de “photographies de la pensée” de Louis Darget, dans lesquelles le photographe souhaite rendre visible l’invisible. Puis, le visiteur, intrigué de comprendre le lien entre ces œuvres et le travail de Kandinsky, se retourne et découvre l’interprétation du peintre face à ce sujet et comment il a su s’approprier et réinvestir ce langage graphique de l’occultisme dans ses œuvres.
À la frontière entre la séquence Légitimation et la dernière Inspiration, entre donc les ouvrages de référence de géométrie et ceux de biologie, le visiteur découvre une vitrine de plusieurs mètres de long qui accueille une mosaïque d’images de référence de tout type et de tout sujet. Le visiteur comprend alors que Kandinsky ne se limite pas : tout peut devenir inspiration si on le regarde avec l'œil de la curiosité.

Iconothèque pédagogique de Vassily Kandinsky [1925-1933], images de presse collectées sur carton © Lise Mattei
Kandinsky face aux images démontre qu’un juste jeu de dialogue, de confrontation, de face-à-face, permet de faire dire aux œuvres ce qu’elles n’auraient pas pu exprimer seules. Des œuvres emblématiques du travail de Kandinsky telles qu’Improvisation 3, Jaune-rouge-bleu ou encore Bleu de ciel prennent un sens nouveau, une profondeur supplémentaire grâce à cette confrontation. Et dans un certain sens l’abstrait devient alors profondément juste et réaliste si bien que le visiteur peut, sans lire le texte de salle, deviner la thématique de la séquence et comprendre comment tel ou tel sujet a influencé le travail de l’artiste.
La lecture de l'œuvre isolée, que l’abstraction rend au premier abord difficile, s’éclaire grâce à cette mise en tension de références. La muséographie et notamment la monstration de Kandinsky face aux images donnent au visiteur des clés de lecture. Plus besoin de grands textes scientifiques qui dictent comment bien lire l'œuvre, l’exposition devient une médiation en elle-même. Le visiteur n’est plus démuni face à l’abstraction des œuvres et commence à décrypter et identifier l’essence du tableau en autonomie, à comprendre des dynamiques, à reconnaître des formes, et finalement à en faire sa propre lecture à travers sa compréhension et sa sensibilité personnelles.
Lise Mattei
Pour aller plus loin !
- https://musee-lam.fr/fr/kandinsky-face-aux-images
- https://www.arte.tv/fr/videos/132004-000-A/exposition-kandinsky-face-aux-images/
- Réouverture Dossier de presse → 20.02.2026 Lille Métropole Un musée de la Musée d'art moderne d'art contemporain d'art brut : https://www.calameo.com/books/006619537869fa4d602d2
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