La Cité des Electriciens, rattachée à la fosse n°1-1 bis (Bruay-la-Buissière), est la plus ancienne cité minière préservée dans la partie Ouest du Bassin minier. Elle a été construite par la Compagnie des mines de Bruay entre 1856 et 1861 pour loger les mineurs et leurs familles. Elle est un équipement culturel de la Communauté d’Agglomération Béthune-Bruay, Artois Lys Romane (CABBALR).
La Cité des Électriciens est un témoin direct de l’évolution de l’habitat ouvrier au XIXe siècle, des corons vers les cités pavillonnaires. Sa configuration n’a pas changé depuis sa construction, elle comprend sept barreaux parallèles à la rue et un barreau perpendiculaire. La conservation des carins (dépendances) et des voyettes (ruelles) a permis à la Cité de garder son intégrité.
D’où vient son nom, “Cité des Électriciens” ? Les compagnies des mines donnaient des noms aux cités minières, Cité des fleurs, Cité des oiseaux… en référence des noms des rues ! La Cité des Électriciens ne possédant pas de noms de rues - causant des soucis administratifs - la Compagnie des mines de Bruay décida de les nommer en référence aux grands inventeurs de l’électricité : Ampère, Edison, Franklin, Volta…
Site culturel de mémoire, de rencontres et de création, la Cité des Électriciens invite aujourd’hui tout au long de l’année artistes et collectifs en résidence et propose des espaces d’exposition, des jardins pédagogiques et partagés, ainsi que des gîtes aménagés dans les anciennes maisons de mineurs. Elle propose également une programmation d’art contemporain, liée aux questionnements autour de la vie minière et industrielle, tout en proposant un Centre d’interprétation du Bassin Minier.
De nombreuses recherches historiques et généalogiques permettent de retracer le parcours de plusieurs familles ayant vécu sur place. Afin de leur rendre hommage, chaque hébergement porte le nom d’un·e ancien·ne habitant·e (chez Alice, Léon, Rosalie…), écrit dans une typographie représentative de leur époque. De courtes explications sont données sur ces personnes (dates et lieux de naissance et de mort, mariage et enfant, lien avec la Cité et avec la mine…), dans le logement leur correspondant.
Image d'introduction : Cité des Électriciens © Léa Loriot.
UN GRAND PROJET POUR LA CITÉ

Pavillon rouge © Léa Loriot.
Entre 2013 et 2019, la Cité des Électriciens fait l’objet d’une réhabilitation menée par l’Atelier d’Architecture Philippe Prost associée à l’agence de paysagisme FORR, aux muséographes de l’agence Du&Ma et à Villar+Vera pour la signalétique, avec la construction d’un bâtiment contemporain à l’emplacement d’un ancien barreau. Le Pavillon Rouge accueille un centre d’interprétation de l’habitat et du paysage minier.
En conservant l’existant et en lui affectant de nouveaux usages, le projet muséographique préserve et adapte la Cité aux nouveaux modes d’habiter comme aux problématiques environnementales. Trois barreaux restent la propriété d’un bailleur social (Maisons & Cités) qui les a rénovés en dix logements sociaux, permettant de maintenir son usage initial.
Le Pavillon rouge offre, dans l’ordre, un panorama du paysage minier de 1720 à 1970 (avec la construction de la Cité des Électriciens et l’arrivée de ses première·es habitant·es), une vidéo sur les différents types de paysages dans le Bassin minier (vallée minière, campagne, paysage urbain, mine, forêt…), une chronologie de l’habitat minier et une comparaison à l’échelle mondiale (avec des explications sur le classement à l’UNESCO). Des dispositifs audiovisuels expliquent l’histoire de l’exploitation minière, de la question de l’habitat ouvrier et son amélioration entre le XIXe et le XXe siècle (l’hygiénisme influençant le mode de construction des habitats), ainsi que les différentes vagues d’immigration (polonaise, italienne, Afrique du Nord, belge).
De nombreuses maquettes tactiles présentant les différents types de cités minières (cité-jardin, cité coron, cité moderne, cité pavillonnaire…) ponctuent le parcours. Les jardins partagés sont à disposition des habitant·es, et celles·ceux qui veulent participer sont les bienvenu·es.
Les Logements Témoins sont des espaces réhabilités, entièrement décloisonnés, qui servent maintenant aux expositions temporaires.
Inspiré des anamorphoses de Georges Rousse, on retrouve dans l’une des salles de nombreux papier-peint qui proviennent véritablement de la Cité, écorchés comme une sorte d’archéologie des murs.

Différentes couches de papier-peint © Léa Loriot.
Plusieurs carins accueillent des artistes en résidence. Jusqu’à fin mai 2026, c’est l’artiste performeur Julien Carpentier qui y réside, avec le soutien de la DRAC Hauts-de-France (dispositif « Qu’art’iers ») et de la Politique de la Ville. En lien avec 16 groupes d’habitant·es de Bruay-la-Buissière, d’Houdain et de Calonne-Ricouart, il crée des ateliers participatifs autour des “Grosses Têtes”, ancienne tradition du Pas-de-Calais, figures populaires et joyeuses qui animaient autrefois les fêtes locales.
Dans le jardin des artistes, chaque parcelle représente une nationalité accueillie sur le territoire ou en lien avec l’exposition temporaire. Par exemple, pour l’exposition L’Utopie de la patate, des tubercules de pommes de terre de nationalités différentes y étaient plantés.
BASSIN MINIER, PATRIMOINE MONDIAL !

Mission Bassin Minier © Olivier Sampson
Les façades et toitures de l'ensemble de la cité de la fosse no 1-1 bis (la totalité des rues Ampère, Branly, Coulomb, Edison, Faraday, Franklin, Gramme, Laplace, Marconi, Volta) font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 25 novembre 2009. Le samedi 30 juin 2012, 353 éléments répartis sur 109 sites sont inscrits sur la Liste patrimoine mondial de l’UNESCO, sous l’impulsion des associations Mission Bassin Minier et La Chaîne des Terrils. La Cité des Électriciens devient alors l’un des cinq grands sites miniers.
Quel est l’intérêt pour le Bassin minier d’être inscrit sur la Liste patrimoine mondial de l’UNESCO ?
Créée en 1945, l’UNESCO est l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture. Elle est fondée sur le principe que « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, [c’est] dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». En 2026, l’UNESCO compte 194 pays membres.
La Convention du Patrimoine mondial, quant à elle, définit deux catégories de biens qui sont exceptionnels pour l’Humanité :
- Le patrimoine culturel : les monuments ou les sites culturels qui ont une importance historique et/ou artistique ;
- Le patrimoine naturel : les sites naturels qui sont essentiels pour la science ou la conservation des espèces menacées.
En 2025, 1 248 biens sont inscrits dont : 972 biens culturels / 235 biens naturels / 41 biens mixtes. Ils sont 46% situés en Europe et en Amérique du Nord contre 16% en Afrique. Un fort déséquilibre persiste dans la répartition géographique et la typologie des sites inscrits. Le rééquilibrage de la Liste constitue l’un des défis du Comité du patrimoine mondial.
La France possède 54 biens inscrits au patrimoine mondial, dont 45 culturels, 7 naturels et 2 mixtes.
Pour figurer sur la Liste patrimoine mondial, il faut délimiter un périmètre d’inscription porteur de la Valeur Universelle Exceptionnelle. Pour cela, le Bassin minier a été hiérarchisé et sélectionné selon de nombreux critères : intégrité, authenticité, architecture, histoire, état de conservation…
Pour rappel, le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais correspond à la partie française du filon charbonnier Nord-Ouest Européen, traversant les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais. C’est un territoire marqué économiquement, socialement, paysagèrement, écologiquement et culturellement par l’exploitation intensive du charbon (fin XVIIe – fin XXe siècle). Avec ses grands sites de production et leurs chevalements, ses terrils et ses cités ouvrières, il présente une grande diversité de patrimoines hérités de l’histoire charbonnière, témoignage de l’intensité de l’activité industrielle sur le territoire et sur les hommes et les femmes qui, jusque dans leur quotidien, sont liés à la mine. C’est un paysage culturel évolutif vivant exceptionnel.

Terrils du Pays à Part, Haillicourt © Léa Loriot.
Le système minier « fosse-terril-cité » s’est imposé en surface, d’est en ouest, suivant l’orientation du gisement en sous-sol. Les fosses, les terrils, les cavaliers et les cités minières ont profondément modifié le paysage d’origine et créé de nouvelles lignes d’horizon. Ce sont ces paysages industriels qui constituent aujourd’hui la signature patrimoniale du Bassin minier, et qui le différencie à l’échelle de la région, de la France et du monde. Cette histoire universelle résonne internationalement, avec l’industrie et l’activité extractive créatrice de nouveaux paysages caractéristiques, et avec la présence de mines et de mineurs mondialement.
C’est aussi une histoire qui se distingue par la présence à grande échelle d’une mono-industrie extractive, d’une représentation exceptionnelle et dense des facettes patrimoniales techniques et sociales, de toutes les époques de l’industrie charbonnière, ainsi que d’une conservation remarquable de ses paysages. Le Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial selon les critères (ii), (iv) et (vi).
Le critère (ii), « Témoignage d’un échange d’influences sur le développement de l’architecture, des arts, des villes et du paysage » estime que le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais témoigne, de manière exceptionnelle, des échanges d’idées et d’influences à propos des méthodes d’exploitation des filons charbonniers souterrains, de la conception de l’habitat ouvrier et de l’urbanisme, ainsi que des migrations humaines internationales qui ont accompagné l’industrialisation de l’Europe.
Le critère (iv), « Exemple d’un type de construction ou de paysage illustrant une période de l’histoire humaine » place les paysages miniers évolutifs et vivants du Bassin du Nord-Pas-de-Calais comme exemple du développement à grande échelle de la mine de houille, aux XIXe et XXe siècles, par les grandes compagnies industrielles et leurs masses ouvrières. C’est un espace structuré par un urbanisme, des constructions industrielles spécifiques et des reliquats physiques de cette exploitation (terrils, affaissements).
Le critère (vi), « Lieu associé à un événement ou des traditions vivantes, idées, croyances, œuvres ayant une signification universelle » montre que les événements sociaux, techniques et culturels associés à l’histoire du Bassin minier ont eu une portée internationale. Ils illustrent de manière unique et exceptionnelle la dangerosité du travail de la mine et l’histoire de ses grandes catastrophes. Ils témoignent de l’évolution des conditions sociales et techniques de l’exploitation des houillères. Ils représentent un lieu symbolique majeur de la condition ouvrière et de ses solidarités le long de l’exploitation. Ils témoignent de la diffusion des idéaux du syndicalisme ouvrier et du socialisme.
FOYERS ARTISTIQUES
Du 23 mai au 15 novembre 2026, La Cité des Électriciens accueille l’exposition Foyers artistiques, dans le cadre de la Biennale des arts visuels organisée par la Communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, Artois Lys Romane, sur le thème Les mondes invisibles : d’Augustin Lesage à aujourd’hui. La Biennale rend hommage à Augustin Lesage et à son héritage artistique à l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance.


Vues de l’exposition Foyers artistiques © Léa Loriot.
L’exposition Foyers artistiques prend le logement ouvrier comme cadre de l’œuvre. Du Pavillon rouge aux Logements Témoins, jusque dans les jardins, le parcours replace ces œuvres sur leur territoire d’origine et affirme le Bassin minier comme un foyer majeur de l’art brut.
Foyers artistiques révèle l’envers sensible du Bassin minier. Derrière les façades alignées des corons, derrière des vies de labeur, Augustin Lesage (1876-1954), Victor Simon (1903-1976), Fleury Joseph Crépin (1875-1948), Stefan Nowak (1925-2013) ou encore Rémy Callot (1926-2001), sont mineurs de fond, cafetiers, plombier-zingueurs, ajusteurs, comptables ou employés aux bureaux d’études des Houillères. Au fond ou encore à l’étage de leur café, ces artistes ont écouté les esprits leur parler. Inspirés par ces guides spirituels, ils se sont mis à peindre, à sculpter, à écrire. L’anodin devient une source d’inspiration, les cuisines étroites deviennent des ateliers, les jardins des œuvres vivantes, bricolées de vaisselle et de ciment.
Leurs préoccupations ouvrières, profondément universelles, dialoguent avec celles d’artistes contemporain·es qui en prolongent l’élan et réactivent leur héritage. L’exposition se situe dans les anciens logements de Juliette, François, Paul, Antoinette, Jeanne, Nellie, Terezya et Josepha. Chaque artiste possède deux à trois salles monographiques, à l’exception des dialogues avec les artistes contemporain·es : Aurélie Damon, Alan Affichard, Christian Allard, Joachin Biehler, Grégoire Blanc, Hugo Capron, Javier Carro Temboury, Fanny Chiarello, Lore de Quengo, Penda Diouf, Frédéric Logez, Jacques Trovic, Jisoo Yoo.
Léa LORIOT
Pour en savoir plus !
- https://www.citedeselectriciens.fr/fr
- https://www.missionbassinminier.org/
- https://bassinminier-patrimoinemondial.org/
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