Situé à l’embouchure du grand canal de Venise, le centre d’art contemporain Punta della Dogana (pointe de la douane) est le résultat d’une volonté de la ville de Venise de réhabiliter ces anciens entrepôts maritimes, abandonnés depuis plus de trente ans.


© Palazzo Grassi

Situé à l’embouchure du grand canal de Venise, le centre d’art contemporain Punta della Dogana (pointe de la douane) est le résultat d’une volonté de la ville de Venise de réhabiliter ces anciens entrepôts maritimes, abandonnés depuis plus de trente ans. La collection d'art moderne et contemporain de François Pinault déjà présentée au Palazzo Grassi à Venise, trouve ainsi un second espace dans lequel se déployer, le bâtiment des anciennes douanes. Ouvert au public depuis 2009, le travail de Tadao Ando a permis au lieu de garder toute sa magie. L’extérieur est majestueux, et très en adéquation avec l’architecture des palais vénitiens avoisinants. L’intérieur l’est tout autant par la hauteur sous plafond et le volume disponible. Mais sa beauté est bien plus brute et authentique, l’architecte n’ayant que très peu dénaturé cet édifice. Il est parvenu à maintenir une grande cohérence entre le bâtiment historique et les installations modernes muséographiques.

Ainsi le musée revêt une enveloppe très soignée pour des œuvres issues de l’une des collectons privées les plus importantes en art contemporain : celle de François Pinault, grand homme d’affaires et collectionneur français. L’espace exposition est entièrement dédié à des expositions temporaires longues. «L’éloge du doute», rassemble des pièces historiques et des productions nouvelles, exigeantes, porteuses de signification. L'objectif affiché d'exposition est de nous interroger sur la force et la fragilité de l’homme en essayant à travers les œuvres présentées de réinventer notre regard sur le monde et sur nous même. La première salle, grandiose, très haute sous plafond avec briques et poutres apparentes nous donne une vision immédiate du type lieu dans lequel on vient de pénétrer. Chaque cimaise est support à un grand nom de l’art contemporain, Maurizio Catelan côtoie ici Donald Judd et bien d’autres. Les salles suivantes, d’une surface moindre, sont pour la plupart adaptées à l’œuvre d’un unique artiste, comme vous pouvez le voir avec Paul McCarthy dans la photographie ci-contre.


© Palazzo Grassi

Alors que peut on dire de exposition en elle même, de sa pertinence ? L'interrogation de l'identité, « L’éloge du doute », thématique qui a tout de suite retenu mon est passée presque inaperçue lors de la visite.Une fois entré dans exposition, plus rien ne fait référence à cette idée, et on finit par visiter l'exposition comme on visiterait le parcours permanent d’une grande institution d’art contemporain lambda. En effet, aucun texte ni cartel n’est présent sur les murs de l’espace exposition pour rappeler la thématique. Aucun dispositif de médiation n’aide à mieux appréhender les travaux, souvent hermétiques, au risque de rebuter un public de non-initiés et de conforter l’image d’un art contemporain élitiste. Les conservateurs-commissaires de l'exposition ont choisi de laisser les œuvres parler d’elles-mêmes. L’expérience est donc tout d’abord esthétique et émotionnelle. Les informations sont en fait présentes, mais de façon discrète par le biais de fiches de salle disponibles en français, anglais et italien dans chaque espace. Celles-ci sont très complètes et permettent de comprendre très aisément la démarche de l'artiste en plus de donner les informations basiques indiquées en principe par les cartels.Aussi intéressantes soit ces fiches, tout le monde ne fera pas spontanément la démarche de les consulter. Et ces personnes qui ne lisent pas, manquent par la même occasion des informations basiques comme le nom de l'œuvre, de l'artiste qui l’a conçue ainsi que sa date de création pour ne citer que ces quelques éléments. Ce part pris pousse la médiation au second plan, rendant l’art contemporain encore plus obscur aux non-initiés.Une partie d'entre eux a surement déjà rebroussé chemin en voyant les prix affichés, qui sont de 15 € tarif plein et 10 € tarif réduit, une somme que seule une personne motivée est prête à dépenser. Mais une fois l’exposition terminée on ne regrette pas du tout cet investissement. Le lieu communie avec son cadre idyllique que l'on peut admirer lui aussi comme une œuvre d'art, notamment à travers la baie vitrée de l'espace de repos. De plus, la Punta della Dogana offre un panorama riche et éclectique de la création la plus contemporaine dans un lieu chargé d'histoire avec lequel les œuvres entrent en symbiose.

Anaïs Kraemer