Les nouvelles technologies sont aujourd’hui prises d’assaut par les établissements culturels.

©Rachel Létang

Les nouvelles technologies sont aujourd’hui prises d’assaut par les établissements culturels. En effet comment pourraient-ils y échapper s’ils veulent adapter leur discours à la génération des « digital natives» ? Car le musée, à l’écoute de son public, se trouve aujourd’hui face à des visiteurs dont une grande part de la communication se fait par un intermédiaire technologique. L’intérêt suscité pour ces nouveaux outils devient alors un argument de poids pour leur acquisition. Mais peut-on réellement compter sur cette attirance du public, somme toute éphémère, envers la nouveauté ? Afin d’assurer la pérennité de ces installations coûteuses, les propositions se doivent d’être forte, en ne limitant pas ces outils au simple rang d’attraction. Notons également qu’en interrogeant les questions de patrimonialité, le musée ne peut pas contribuer à enfermer son public dans un seul mode de communication mais permettre de s’ouvrir à ce qui est autre ou autrement. Le musée à un rôle à jouer à la préservation et au développement de la convivialité. Comment ces nouvelles technologies et en particulier les tablettes tactiles peuvent elles s’inscrire dans cet objectif ? Particulièrement intéressantes comme objet de médiation et de pédagogie elles ne doivent pas se substituer au contact humain et accentuer l’enfermement individuel face à l’écran, seul source d’information.   

La mise en espace adaptée d’une tablette numérique au sein d’un parcours muséographique est essentielle à la valorisation de l’échange et du dialogue. Un bel exemple d’intégration peut être actuellement vu à la cité de la Villette au sein de l’exposition Gaulois, une expo renversante. Les activités proposées sont ici multiples et ne se limitent pas au seul dispositif numérique. Celles-ci prennent place de façon à ne pas entraver le dialogue tout en laissant libre cours à une  déambulation intéressante pour un public familial.  

La séquence de la fouille au laboratoire se présente sous la forme de six pavillons indépendants qui proposent aux visiteurs de découvrir, par le biais d‘ateliers, de jeux multimédias et traditionnels, la véritable vie des Gaulois. Dans quatre de ces pavillons se trouve une table tactile, l’activité présentée permet de révéler des informations par le biais d‘un jeu attrayant ou d’un dispositif interactif. L’enfant, tout à fait à l’aise avec l’écran et ses fonctionnalités s’approprie très vite la manipulation de celui-ci et aime se retrouver dans la position de guide pour ses parents.  Cette mise en confiance avec l’objet lui permet d’être réceptif aux informations qu’il divulgue. La manipulation fictive des objets est intéressante pour l’apprentissage, notamment par le sentiment d’appropriation qu’elle développe. Le rôle des parents reste ici primordial pour une utilisation adaptée, parfois pour la compréhension de l’exercice, mais également pour que celui-ci ne soit pas exécuté de façon systématique, ce en privilégiant la manipulation au contenu. Les informations acquises par l’usage de ces tablettes sont en adéquation avec le support dont la présence se trouve légitimée. Mais insistons sur la mise en espace de ces tables numériques qui sont ici entourées d’activités aux formes diversifiées. Les informations acquises entrent en dialogue par la suite avec d’autres supports de médiation, créant ainsi un parcours qui alterne les activités et éveille la curiosité des enfants. La circulation au sein du parcours fonctionne et l'accès aux tables tactiles n'est pas embouteillé. Si celles-ci permettent ici de privilégier l’apport de connaissance à un public spécifique, elles ne peuvent pourtant se substituer  à des jeux plus traditionnels, comme le démontre le succès du Qui-est-ce en bois représentant les amphores gauloises; un jeu qui fait appel à la description, à l’analyse et au dialogue spontané et qui permet aux enfants de sortir un peu leur tête des écrans.  

Camille Savoye