La fausse Une de journal du Nobel Peace Center


(c) Nobel Peace Center

         Voici ci-contre un souvenir familial datant d'un peu moins d'un an. Nous étions allées avec Madame ma Mère au Nobel Peace Center de la ville d'Oslo. Une exposition temporaire pour les enfants portait sur la vie de Fridtjof Nansen, Prix Nobel de 1938, racontée par un petit personnage appelé Masika. Voici qu'à la fin du parcours se présentait Nansen, lui même, grandeur nature en carton pâte, et qu'il nous était proposé de poser à ses côtés pour immortaliser l'instant. Ma mère s'est exécutée, et la simili une de journal, dont il vous est ici proposé une reproduction, est apparue aussitôt fraîchement imprimée.

Un souvenir qui étend le lien avec l'exposition

         L'avantage de ce genre de dispositif est tout d'abord d'avoir encore des informations sur l'exposition une fois la visite passée. En effet, on peut retrouver sur ce tract-souvenir quelle était la personne présentée, quel était le personnage qui nous guidait dans l'espace, quelle était la situation des réfugiés alors, et ce que Nansen avait fait pour eux de son vivant. Tel un résumé de l'exposition, il pourrait même devenir un document d'archive personnel. Il y a aussi sur le côté droit les scores réalisés à un jeu situé juste en amont de la prise de vue, consistant en un lancer de palets qui correspondaient à des montants d'aides offertes pour les réfugiés. Il pourrait y avoir à redire sur ce mélange de jeu et de moralité, mais cette fausse première page permet ainsi de se rappeler une expérience à l'intérieur du musée, de recontextualiser le déroulement de la visite, et donc faire appel à la mémoire par des biais plus multiples et plus sensibles.

Le visiteur sur un autre écran que la caméra de surveillance

         La facilité de capture de l'image des visiteurs pour les intégrer dans le processus de l'exposition semble bien n'en être qu'à ses débuts. Après des premiers essais plutôt du côté du parc d'attraction que du musée de connaissances, la multiplicité des usages maintenant amène à ce que chacun puisse y trouver son compte. On se rappelle des premiers clichés, les bras par dessus tête, criant d'épouvante dans un petit wagonnet. Bien cher était le résultat pour que cet instantané se retrouve matérialisé entre les mains, et puis de toutes façons, il était difficile de trouver l’intérêt d'avoir une photo floue de soi avec les traits révulsés. Mais il y avait pourtant une sorte de fascination à découvrir sur un écran sa propre personne dans une situation totalement ubuesque. Soudainement, on devenait à notre tour un personnage sur l'écran, au milieu d'un décor vu tant de fois dans des fictions.

         L'essor des nouvelles technologies continue d'ouvrir de nouvelles perspectives pour que le visiteur se retrouve de l'autre côté du miroir, et qu'il soit partie prenante des contenus qui lui sont proposés. On peut citer à titre d'exemple l'exposition La grande illusion au Musée d'ethnologie de Neuchâtel en 2001 où les visiteurs pouvaient amener deux clichés et où un médiateur-bidouilleur sur place se chargeait avec un logiciel de faire apparaître un visage mêlé des deux. L'image de ce mélange obtenu était alors un moyen d'illustrer une partie de l'exposition qui portait sur l'illusion de la réalité, elle permettait de donner corps à un concept tout en étant davantage évocateur puisque appuyé sur la propre image des visiteurs. C'est aussi la proposition de l'exposition Des transports et des hommes, ouverte en juillet 2011 à la Cité des Sciences. Au début du parcours, le visiteur peut se faire prendre en photo, être « mappé » et se retrouve aussitôt incrusté sur le tableau vidéo de Pierrick Sorin à bord d'un des nombreux modes de transport dont parle ensuite l'exposition. Une manière ludique d'impliquer, de faire en sorte de concerner par ce qui est ensuite présenté.

Connaissance ou communication ?

On peut tout de même se demander si ce genre d'intervention du numérique ne tient pas plus du gadget que de l'outil muséal. Est-ce que demander aux publics de poser dans un décor de carton est le meilleur moyen de faire passer un message envers Nansen, les réfugiés ou la paix dans le monde ? Là-dessus, le doute est davantage de mise.

        

 Jody Herrero-Beconnier