Bonjour ! Je suis Monique la céramique, et aujourd'hui, je vais vous raconter l’aventure de mon exposition dans un musée.
Archéologue en train de fouiller un petit objet à 86 Lexden Road, Colchester, Essex (24 janvier 2023). Photo : Tabitha Lawrence / Colchester Archaeological Trust via Wikimedia Commons. Licence : Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).
Tout a commencé le jour où une équipe d'archéologues m’a trouvée. Je faisais une sieste bien douillette au milieu des sédiments où j'avais ma place depuis des lustres. Quand soudain, je sentis la terre s'agiter au-dessus de moi ! Cela se rapproche et rapidement, je vois la lumière du soleil. Une atmosphère humide, brrrrr, il fait froid ! Et l'on ne trouve rien de mieux que de me prendre en photo dans mon lit alors que je me les caille ! Et, ni une ni deux, on me range dans un sachet en plastique isotherme où je me sens déjà plus à l'aise. C'est le début d'un grand voyage.
On me conduit en voiture dans un laboratoire, heureusement les secousses ne m'abîment pas davantage, moi qui suis déjà en 1000 morceaux. À peine arrivée, on me pose sur un plateau comme si j'allais être mangée à la cantine. Mais rien à voir avec un repas, c'est pour me faire ma toilette. Après autant d'années sous terre, c'est vrai que j'ai besoin d'un bon nettoyage. J'apprécie donc ma douche à l'eau claire, j'ai même le luxe de me faire délicatement brosser au pinceau. Je suis ravie que cette petite séance détente spa fasse réapparaître mes couleurs !

Conservation de céramiques au Musée d’État de l’Indiana, lors du retrait d’un adhésif Duco d’un anneau céramique paléolithique. Photo : Mgeurts / Wikimedia Commons. Licence : Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 Unported (CC BY-SA 3.0).
Pour cette beauté, on me reprend en photo, pour documenter les réserves dans lesquelles on va me ranger. Je me retrouve à nouveau dans le noir réduit à refaire une sieste. Je suis triste.
Heureusement quelques mois plus tard, une conservatrice de musée qui a adoré mon shooting photo me veut absolument dans son exposition. Je vais être restaurée et devenir une star !
La restauratrice va me relooker. Comme je suis un peu fragile, elle commence par me recouvrir d’un liquide spécifique : une résine acrylique très diluée, ce Paraloid B72, pénètre doucement mes parois pour consolider mes fragments.
Une fois séchée, je deviens un puzzle sous ses doigts, elle recolle mes morceaux, non pas avec une version plus concentrée de cette résine, mais avec une colle époxy adaptée, me dit-elle, pour que tout tienne solidement en place.
Peu à peu, je prends forme et je redeviens l'amphore que j'étais dans ma jeunesse ! Enfin presque : il me manque une grosse partie de céramique au milieu... J'ai un peu honte.
Mais la restauratrice est magicienne : elle colle une feuille de cire à l'intérieur, et elle comble mon manque avec du plâtre. Elle a même la bonté de peindre cette partie pour donner l'impression qu'elle m'appartient. Néanmoins, pour ne pas tromper les visiteurs qui vont m'observer, elle différencie le plâtre de ce qui est vraiment moi, pour ne tromper personne.
Je suis émue. Cela fait des siècles que je n'ai pas été aussi belle ! J'ai vraiment hâte de défiler lors de l'exposition, les gens ne regarderont que moi !

Gobelet en céramique peinte, IVè siècle, AC1690, Musée Carnavalet
Mathis CHOCAT
Pour aller plus loin :
Petit Vade-mecum de la Conservation préventive : https://formation-exposition-musee.fr/l-art-de-muser/2150-petit-vademecum-de-la-conservation-preventive
#restauration #beauté #céramique